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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 18:11

Chers amis,

Poursuivons notre réponse au commentaire d’Hervé sur l’athéisme. « Il ne me semble pas exact de dire qu'il n'y pas réellement d'athéisme ou qu'aucune philosophie ne répond aux problèmes métaphysique de manière rationnelle sans tomber dans le panthéisme. »


Vraiment ? Eh bien c’est ce que nous allons voir !


« 
Si l'on peut admettre, écrit Hervé, que les athées de l'Antiquité étaient en fait sceptiques ou critiques (mais pas de "purs athées"), depuis le 18ème siècle, il y en a eu des tas : les rationalistes des "Lumières", puis Feuerbach, Karl Marx, Nietzsche, Comte (et les positivistes), les existentialistes du type Sartre ou Camus et actuellement tous les "libre-penseurs" comme Onfray, pas très solides mais influents. Il y en aurait bcp d'autres (notamment à l'étranger), mais je ne suis absolument pas spécialiste de la question et préfère utiliser mon temps pour lire les auteurs chrétiens ;-) »


Comme je l’indiquais dans mon précédent article, les auteurs cités par notre frère et ami pourraient être regroupés en trois grandes catégories (ou plutôt : une "petite" et deux "grandes").

La première (la "petite") : c’est celle des athées modernes qui ne s’intéressent pas à l’univers, à la question de son origine. Pour eux, il ne s’agit pas d’une vraie question. Et il est vain de se la poser. Si l’univers existe, eh bien… c’est qu’il existe ! C’est comme ça ; c’est un
fait que l’on ne peut que constater. Se demander s’il aurait pu ne pas être, ou s’il aurait pu être différent que ce qu’il est, n’a pas de sens, puisqu’il est, et qu’il est ce qu’il est. Il faut donc le prendre comme il est sans se demander s’il aurait pu être autre ou ne pas être du tout ! Toutes ces questions restent de toutes façons sans réponses. La « métaphysique » – la discipline réfléchissant précisément sur ces questions là – ne présente aucun intérêt sur le plan de la connaissance. Mieux vaut s’intéresser à la « physique », au réel concret mesurable, expérimental, et s’efforcer de vivre au mieux dans ce monde qui est là et dans lequel nous existons.

La plupart des athées aujourd’hui pensent comme cela. C’est le cas d’un Luc Ferry, d’un André Comte-Sponville, d’un Michel Onfray, et plus largement : de tous ceux qui ont le poster d’Emmanuel Kant dans leur chambre…

Le problème, le
tout petit problème… c’est que la science a connu une révolution majeure au XXe siècle, dont il faut bien tenir compte. Cette révolution dans le domaine cosmologique est d’une portée aussi considérable que les révolutions copernico-galiléenne et newtonienne qui l’ont précédé : cette nouvelle révolution cosmologique, c’est la révolution relativiste – à savoir la découverte, à partir de la théorie de la relativité générale d’Albert Einstein, de l’expansion de l’univers et d’une évolution du cosmos dans son ensemble à partir d’une origine singulière (le Big Bang).

On a découvert avec stupeur au siècle dernier que l’univers n’était pas infini ; qu’il n’était pas éternel ; qu’il n’était pas stable et immuable comme on l’a longtemps cru, mais en croissance et développement à partir d’un unique point d’origine ; en régime d’expansion,
d’évolution. Et on s’est rendu compte que cette évolution se dirigeait toujours dans le même sens, celui d’une complexification progressive de la matière : de la matière relativement simple à la matière vivante ; puis de la matière vivante à la matière pensante.

L’univers que les sciences positives nous dépeignent aujourd’hui se révèle dans toute son « étrangeté » (l’expression est de Georges Lemaître). C’est un modèle d’univers auquel on ne s’attendait pas, loin – très loin – des représentations que l’on s’en figurait jusque là…
On sait désormais de science certaine que l’univers n’est pas une chose posée là de toute éternité ; qu’il n’a pas toujours existé ; qu’il a eu un commencement ; et que depuis ce commencement, la matière qui le constitue ne cesse d’évoluer et de s’organiser vers des structures et des formes d’êtres de plus en plus complexes et… intelligentes.

C'est ce donné nouveau qu'il s'agit d'analyser.

Comme le faisait remarquer Luestan (commentaire n°28) :
« La physique a beaucoup changé depuis un siècle. Normalement la métaphysique devrait changer en conséquence. » C’est tout à fait juste, et sans doute est-ce inéluctable : il est impossible en effet que le réel ne finisse par s’imposer à la raison humaine, en dépit des efforts désespérés de celle-ci pour l’occulter ou la combattre. Je crois profondément pour ma part que le XXIe siècle verra l’avènement d’une nouvelle métaphysique de l’être, à laquelle l’athéisme ne pourra plus rien opposer – s’il respire encore… Une métaphysique intégrant le donné positif du siècle passé.

Si cette révolution métaphysique n’a pas encore eu lieu – quoiqu’elle soit en marche, ainsi qu’en témoignent les ouvrages de Claude Tresmontant, Michael Denton, Trinh Xuan Thuan, Jean Staune,… – c’est sans doute parce que les mentalités mettent du temps à évoluer ; et qu’elle se heurte par ailleurs à une résistance acharnée des partisans de l’Ancien Régime hérité du 19e siècle scientiste. Mais cette résistance est vouée à l'échec et les athées le savent bien…. C’est pourquoi ils refusent dorénavant toute confrontation directe avec les croyants sur le terrain métaphysique. Ils préfèrent esquiver le débat, et tourner la métaphysique en dérision. Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage.


Les athées modernes se moquent de la métaphysique de la nature comme de leur première Bible. La révolution cosmologique les a laissé de marbre. Ils continuent d’affirmer imperturbablement et contre toute évidence que l’univers ne pose pas question ; qu’il n’y a pas lieu à s’étonner qu’il soit ce qu’il est comme il est ; que s’il est ainsi, c’est parce que c’est comme ça et pas autrement ! On peut simplement être sûr d’une chose, disent-il, c’est que Dieu n’existe pas. La seule réalité, c’est celle que l’on peut scruter au microscope ou au télescope ; la seule réalité, c’est l’univers. Il est le seul Être. Il n’y en a pas d’autre. Dieu n’existe pas.

Le problème, le tout petit problème, c’est que si l’univers est le seul Être, la seule réalité, il doit alors pouvoir rendre compte à lui seul de sa propre existence. Or, c’est précisément cela qui est remis en cause par les sciences positives. Les caractéristiques de notre univers – un univers fini, dont l’être s’inscrit dans une histoire, avec un commencement repérable et une fin programmée – ne sont pas celles d’un univers auto-suffisant.

Qu’on le veuille ou non, le réel positif nous interroge ; il est une question posée à notre humaine intelligence. Et il est vain de jouer les autruches, de faire comme si cette réalité n’existait pas. Elle est là aujourd’hui, elle se révèle à nos yeux, elle s’impose à nous, et il nous appartient dorénavant de la penser.


Ø
Il faut aujourd’hui penser le Big Bang, et rendre compte rationnellement d’un univers qui commence d’exister. Comment expliquer ce commencement d’être de la matière, du temps et de l’espace ? Par une génération spontanée du néant ? Absurde ! Le néant est stérile et ne peut produire aucun être. Par une auto-création de l’univers ? Mais pour que l’univers puisse se donner l’être, il faudrait déjà qu’il existât ; et s’il existait déjà, il n’aurait pas à se donner l’être puisqu’il l’aurait déjà en lui-même... Par l’initiative créatrice d’un autre Être, alors ? Et pourquoi pas, après tout ? On ne voit guère d’alternative rationnelle à cette option.

Ø
De même, il faut aujourd’hui penser l’évolution cosmique, et rendre compte rationnellement d’une matière qui ne cesse, au cours de l’évolution de l’univers, de se complexifier, et de faire surgir des êtres nouveaux d’un état antérieur où ils n’existaient pas. Comment expliquer cette succession de commencements, cette création continue d’êtres nouveaux dans l’histoire de l’univers ? Comment rendre compte du fait que, sans cesse, du « plus » émerge du « moins » ? Comment expliquer par exemple que la vie ait pu jaillir de la matière inerte ? Par la théorie de la génération spontanée ? Absurde (et scientifiquement réfuté, depuis Louis Pasteur) ! Par le fait d’une activité créatrice de l’univers lui-même ? Mais il faudrait reconnaître au nuage d’oxygène et d’hélium tous frais sortis du Big Bang une puissance extraordinaire : celle de créer in fine des êtres personnels capables de penser, d’aimer, de vouloir! Bref, il faudrait attribuer au gaz originel infiniment « plus » que ce que l’on peut en observer ; des propriétés cachés, des pouvoirs magiques. Il faudrait concevoir dans cette perspective l’univers comme un grand Vivant, intelligent et pensant, bref comme un Dieu… ce qui nous plongerait en plein panthéisme, et laisserait irrésolue la question précédente de l’origine de son être même.

A moins que…


A moins que l’univers ne soit qu’un phénomène purement physique et matériel, nullement divin, et qu’il reçoive son être et son dynamisme interne d’un autre Être qui les lui communique ; un Être infini, éternel, immuable, doté de la puissance créatrice - et par conséquent de tous les attributs dont l'univers aurait besoin pour être l'Être absolu, mais dont les sciences positives l'ont pour ainsi dire dépouillé.

Et pourquoi pas, après tout ? On ne voit guère d’alternative rationnelle à cette option.


Ø
On pourrait continuer, et s’étonner par exemple que notre univers soit structuré de manière mathématique. Comment rendre compte de ce fait ? D’où vient qu’il y ait de l’ordre dans le cosmos plutôt que du désordre ? Comment se fait-il que l’univers ne soit pas un chaos indescriptible, mais tout au contraire un système intelligible et cohérent, que notre raison peut déchiffrer et comprendre ; travailler et exploiter ? Tout cela ne devrait pas nous étonner ? Tout cela ne devrait pas nous interroger ?

Les athées modernes peuvent proclamer tant qu’ils le souhaitent, en sautant comme des cabris, que la question de l’être de l’univers ne se pose pas, que l’univers est tout simplement et qu'il n'y a rien d'autre à en dire, cela ne changera rien au fait que l’univers, par ses caractéristiques même, pose question à notre intelligence humaine.


Il est de plus en plus difficile aujourd’hui de considérer l’existence de l’univers comme allant de soi ; de soutenir qu’il est le seul Être, la seule réalité. Tout ce que nous découvrons de l’univers va plutôt dans le sens de sa radicale inévidence. Tout ce que nous savons de lui ne nous autorise nullement à affirmer qu’il est l’être nécessaire, le seul Être, l'Être existant par lui-même, ne dépendant de rien ni de personne pour exister ; autrement dit : l’Être absolu. A moins de verser dans le panthéisme, et de renoncer définitivement à l’athéisme pour professer dorénavant que l’univers est divin…


Comprenons bien que la question n’est pas de savoir si l’univers aurait pu ne pas être ou s’il aurait pu être autrement ; ces questions n’ont qu’un intérêt tout à fait relatif et secondaire. La question fondamentale est de savoir pourquoi l’univers est ce qu’il est comme il est, et ce que son existence présuppose pour qu’il soit ce qu’il est comme il est.


Les athées modernes qui concédent à contre-coeur que l’univers pose question croient pouvoir s’en tirer en affirmant que l'on ne trouvera jamais de toute façon de réponse sûre à la question de son origine. Ils considèrent le problème  « insoluble ». Si cela est vrai, si cette question est vraiment insoluble, alors effectivement : à quoi bon se la poser? Mais comment savoir si un problème est insoluble si on ne le traite pas jusqu’au bout ? Les réflexions ci-dessus montrent bien qu’un raisonnement métaphysique de base s’appuyant sur le donné révélé (par les sciences positives) et l’expérience commune de tout un chacun, nous conduisent irrésistiblement à l’existence d’un Être créateur distinct de l’univers, duquel l’univers tire son propre être et reçoit son dynamisme évolutif. Si l’on refuse de croire que l’univers est divin et si l’on veut raison garder, on est conduit inéluctablement à affirmer l’existence de Dieu.


L’affirmation de l’existence de Dieu est donc incontournable aujourd’hui, et elle l’est d’autant plus qu’il n’existe, je le répète, aucune alternative rationnelle à cette option. Il n’existe pas de métaphysique athée, et c’est la raison pour laquelle les philosophies athées (pour reprendre la distinction de Luestan) sont nulles et non avenues. Car si la raison nous conduit naturellement à l’existence de Dieu, il est évident qu’on ne peut plus penser, vivre et se comporter sur la terre comme si Dieu n’existait pas ! Une telle attitude serait aussi insensée que celle consistant à décider arbitrairement que la route est à sens unique, et à mettre plein gaz sans se soucier de rencontrer d’éventuels obstacles…


Si notre existence a été créée, il faudrait sans doute se demander pourquoi. Et interroger directement le Créateur qui a peut-être quelque chose à nous dire. Ce qui implique une recherche passionnée de ce mystérieux Créateur, un désir de le rencontrer et d’entrer en relation avec lui ; de l’interroger et de recevoir de lui la réponse à nos questions. Si le Dieu Créateur existe vraiment, le secret de notre existence se trouve en Lui. La quête spirituelle devrait donc être la priorité de tout homme raisonnable cherchant à orienter sa vie selon la vérité. Ce serait une attitude en tous les cas beaucoup plus sage que celle consistant à élaborer des constructions intellectuelles toutes plus savantes les unes que les autres pour éliminer Dieu du champ de la vie, sans vérifier au préalable la justesse d'une telle option ni en mesurer toute la gravité…


Mais laissons-là nos athées modernes.


Après nous être longuement épanché sur le cas de ces malheureux qui ont renoncé à la réflexion et à la pensée métaphysique, tournons-nous maintenant vers ceux qui, parmi les auteurs athées que notre ami Hervé cite, ont réfléchi sur l’univers et proposé une ontologie sans Dieu.


Et voyons le résultat.

(à suivre…)

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Published by Matthieu BOUCART - dans Questions sur la foi
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commentaires

Bruno 30/07/2010 18:35



Sur l'athéisme impensable.


 


Pas grand chose à ajouter: Matthieu, après Tresmontant, a presque tout dit.


 


Je suis pas contre très étonné du commentaire de Luestan 


 


La métaphysique que la cosmologie actuelle rend caduque à mes yeux est celle d'un dieu intelligent créateur de l'univers, métaphysique datée, héritée de Platon et de la Genèse.


D'abord sur la lecture de Platon, qui n'est sûrement pas un "créationniste".


 


En plus, et plus grave, sur le fait que la cosmologie actuelle (big bang, évolution et extinction prévisible des galaxies)démontre une non-création, ce serait plutôt l'inverse. Mais face à
l'aveuglement, que dire d'autre. La foi et la raison ne sont pas opposées, bien au contraire, mais les idéologies athées ont encore la vie dure, m^me pour ceux qui se prétendent scientifiques.


 


Quand est-ce que l'on acceptera le principe de réalité. PArtir des faits, et essayer de les comprendre, et non partir des modèles, et essayer de faire correspondre la réalité aux modèles. LA
carte n'est pas le territoire, et, pourtant, certaines pseudo-scientifiques préférent les  cartes à l'exploration du territoire, à savoir, ici, la compréhension de la cosmologie, qui montre
que l'univers finira, et donc qu'il a eu un commencement. Que la notion de temps soit liéé à l'existence de l'univers est évident. C'est la succession des évènements qui "invente" la chronologie.
L'éternité contient le temps, dans un sens peut être un peu mystérieux, certes.



Luestan 09/03/2009 10:48

Mise au point.Cet article de Matthieu cite et détourne de son intention un de mes commentaires à son article précédent. Je suis donc obligé de rappeler ce que je voulais dire. La métaphysique que la cosmologie actuelle rend caduque à mes yeux est celle d'un dieu intelligent créateur de l'univers, métaphysique datée, héritée de Platon et de la Genèse. La science moderne nous décrit un univers ni éternel ni créé, mais qui se crée au fil du temps par le jeu de la nécessité (lois physiques, ordre) ET du hasard (désordre, catastrophes, Einstein était choqué à l'idée que Dieu joue aux dés). Le temps lui-même nait avec le big-bang et la question de l'avant ne se pose pas. Ceci n'exclut pas toute métaphysique de transcendance, mais, pour qu'elle soit compatible, il faudrait qu'elle soit épurée par une révolution copernicienne que Matthieu ne semble pas avoir accomplie: même son concept de création devrait devenir métaphorique et symbolique.Bien plus, les conceptions de Mathieu et de ceux dont il se réclame ne me semblent pas réellement métaphysiques. En voulant faire du théisme ou du panthéisme "les seules alternatives rationnelles", il met la métaphysique au niveau de la physique, en infligeant d'ailleurs à celle-ci une déviation mortelle: l'abandon du principe d'objectivité. La science ne détruit pas la possibilité de toute métaphysique, elle oblige la métaphysique, en tant que réflexion (et non savoir), à s'épurer de ses représentations imaginaires non compatibles.