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Cher ami lecteur, tu es le e visiteur. La Paix soit avec toi.
Article revu et corrigé le 29 avril 2011
3. La foi chrétienne : une expérience personnelle ancrée dans une Histoire
[Cet article est la suite de Les limites de la démarche scientifique ]
Cher Miky,
Quelle que soit la pertinence des raisonnements que nous pourrons développer au sujet de l’existence de Dieu et le caractère convaincant des « preuves » que nous pourrons présenter, la foi en Dieu n’est (et ne sera) jamais le résultat d’une démarche purement intellectuelle de l’homme. Nul n’a jamais été converti au christianisme par un simple échange d’arguments ou d’idées, aussi bonnes soient-elles.
Oh certes, dans le meilleur des cas, je pourrais te persuader qu’il est raisonnable de croire en Dieu. Je pourrais même aller jusqu’à te convaincre de son existence (telle est l'ambition en tous les cas de ma série d’articles « Dieu existe-t-il ? ») Mais cela ne te donnera pas la foi pour autant. Car la foi, contrairement à ce que beaucoup pensent, n’est pas la croyance en l’existence de Dieu : « Tu crois qu'il y a un seul Dieu ? Tu as raison. Les démons, eux aussi, le croient, mais ils tremblent de peur » peut-on ainsi lire dans la Lettre de Saint Jacques (2. 19).
Il est important de bien distinguer ces deux notions, "croyance" et "foi", car elles ne se situent pas sur le même plan : je peux croire en l’existence de l’Himalaya sans y être jamais allé, mais est-ce que cela change ma vie ?
L’existence de Dieu n’est pas un article de foi, mais un simple préambule à la foi (cf. à ce sujet Saint Thomas d’Aquin, « Somme Théologique », I, Question 2, article 2). Comme l’écrivait Voltaire dans son Dictionnaire philosophique : « Il m’est évident qu’il y a un Être nécessaire, éternel, suprême, intelligent ; ce n’est pas de la foi, c’est de la raison » (« Dictionnaire philosophique », article « Foi », GF-Flammarion, 1969, page 195).
La foi est d’un autre ordre que la simple adhésion intellectuelle à une idée, à un concept ou une morale : elle est fondamentalement rencontre avec Quelqu’un.
Comme l’écrit le Père Descouvemont, dans son magistral Guide des Difficultés de la Foi Catholique (Cerf 1989), « Dieu n’est pas une vérité abstraite à atteindre par une démarche rationnelle, mais le Grand Vivant à rencontrer dans une expérience personnelle » On ne déduit pas Dieu : on le rencontre. « Dieu se rencontre comme une Personne, dans le cœur à cœur d’une expérience spirituelle ineffable. C’est une aventure éminemment personnelle. »
« L’incroyant, écrit Jean Guitton dans « Difficultés de croire » (Plon 1948, pages 7 à 9) est souvent étonné, quand il lit un ouvrage d’illustration ou de défense de la foi. Et il juge qu’il y a disproportion entre les motifs, les raisons alléguées et les conclusions, que les objections vraies et profondes dans ces traités sont souvent omises ou représentées d’une manière caricaturale, les difficultés voilées, les adversaires réduits ou diminués, parfois moqués, et d’une manière générale que la géométrie de la preuve est trop rapide.
« Mais cela se conçoit assez quand on se place à l’intérieur de la certitude. Le croyant n’est pas nécessairement un converti : et à supposer même qu’il le soit, il y a peu de chances qu’il ait passé de l’incroyance à la foi pour des motifs tirés de la raison, de l’histoire, de l’analyse impersonnelle. C’est une expérience intérieure incommunicable, un évènement, une série d’évènements orientés (une détresse, un attrait, une humiliation, une expérience du péché, une voix), qui l’ont conduit à la foi. La conversion se place dans ces régions profondes où la pensée claire pénètre mal, sauf pour justifier après coup une démarche intime et irrésistible (…).
« Et quand un croyant expose les raisons de sa foi, si grand que soit son soin pour les rendre aussi pertinentes, exactes que possible, pour ne pas bousculer et précipiter l’adversaire, il ne peut pas ne pas faire que les raisons ou motifs qu’il présente aux autres (alors même qu’il en aurait fait l’usage et le premier essai sur son propre esprit),ne sont pas toujours celles qui l’ont convaincu lui-même ; il demande à l’incroyant un effort que lui n’a pas fait, et qui est d’un tout autre ordre. »
Le Père Molinié décrit assez bien le phénomène de la conversion, dans son magnifique ouvrage, « Le courage d’avoir peur » (Cerf 2003, page 22) : « Il y a des moments dans notre vie (…) où nous pressentons le Royaume des Cieux. Imaginez un homme qui a vécu dans un pays merveilleux jusqu’à trois ou quatre ans, ne l’a jamais revu et qui, l’espace d’une seconde, respire un parfum qui lui rappelle ce pays –quelque chose de très fugitif, de très secret, mais de très fort quand même… C’est comme quand on s’approche de la mer : l’air n’est plus le même – c’est le vent du Ciel, le souffle du Saint-Esprit.
« Tous [le Père Molinié s’adresse à des chrétiens au cours d’une retraite spirituelle], nous l’avons senti passer un jour : il n’y a que cela qui puisse nous attirer vers Dieu. Ce n’est pas avec des coups de bâton qu’Il nous attire, ni avec des raisonnements : on ne devient pas chrétien parce qu’on est convaincu que c’est plus parfait, mais parce qu’on ne peut pas faire autrement. »
Cher Miky, je t’invite à relire mon propre témoignage : ma rencontre personnelle avec Dieu s’est ainsi faite à travers la découverte de l’Evangile. Ce sont des choses difficiles à expliquer à des gens qui n’ont pas fait dans leur vie une telle expérience de rencontre avec le Seigneur, mais que tout converti comprend au quart de tour : et c’est quelque chose qui ne trompe pas, car cela vient du plus profond de l’être, un peu comme un poussin qui finit par sortir de sa coquille lorsque son heure est venue.
Je te recommande également pour ta réflexion personnelle le témoignage de Ladji Diallo, et cet autre encore qu’un lecteur a eu la bonté de me transmettre par e-mail.
Pour autant, pour affirmer la valeur de sa foi, le chrétien ne s’appuie pas seulement sur sa propre subjectivité ou sur ses seules émotions : toute la foi chrétienne repose en effet sur des critères objectifs ; non sur des idées, ou des valeurs, quelques généreuses qu’elles soient, mais sur des évènements historiques.
Le cœur de la foi chrétienne consiste à croire en effet que Dieu est entré en dialogue avec l’humanité depuis Abraham, et qu’Il nous a envoyé son propre Fils en la personne de Jésus-Christ, à l’époque où Ponce Pilate était gouverneur de la Judée.
Du coup, le chrétien qui veut vivre sérieusement sa foi ne pourra faire l’économie d’un minimum de recherche historique. Il s’agira pour lui d’aller voir ce qu’il s’est réellement passé de si singulier au Proche Orient, il y a plus de vingt siècles de cela.
Une foi solide ne peut d’obtenir qu’à ce prix là. Comment pourrait-on en effet avoir la certitude de notre foi, par-delà le caractère tangible de notre expérience spirituelle, s’il ne s’était rien passé sous Ponce Pilate, et si le Christ ne s’était jamais manifesté à ses disciples depuis sa mort ?
A partir du moment où l’on croit que le Dieu Eternel a choisi un lieu, un temps, une race, une mère, des apôtres pour se manifester aux hommes, il nous faut bien passer par leur médiation pour savoir ce qu’Il est venu nous dire et accomplir sur cette terre.
Bref, comme l’écris le Père Descouvemont : « la Foi chrétienne est indissolublement affaire de cœur et de raison. Elle est quelque chose de plus que la simple expérience religieuse qui nous fait sentir Dieu dans le silence de la nature ou la beauté d’un office monastique. Certes, le chrétien ne dédaigne pas de prier, les yeux émerveillés par les derniers feux du soleil couchant ou les oreilles enchantées par son morceau d’orgue préféré. Mais dans la mesure même où sa foi est la rencontre du Christ ressuscité, elle ne peut se dispenser d’un recours à l’histoire. Celui dont nous expérimentons la présence dans le cœur à cœur d’une prière est Celui-là même qui est né à Bethléem, qui est mort à Jérusalem et qui s’est manifesté à plusieurs reprises à ses apôtres après sa résurrection d’entre les morts ».
Une étude approfondie des évènements surnaturels survenus depuis vingt siècles de vie de l’Eglise (apparitions, miracles, vie des saints…) achèvera d’enraciner notre foi dans le réel, et de nous convaincre qu’il existe décidément bien des raisons de croire.
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