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27 octobre 2008 1 27 /10 /octobre /2008 18:12

Extrait de l’homélie prononcée par le Pape Benoît XVI lors de sa visite pastorale à Assise, le 17 juin 2007.

Que nous dit aujourd'hui le Seigneur, alors que nous célébrons l'Eucharistie dans le cadre suggestif de cette place, où sont rassemblés huit siècles de sainteté, de dévotion, d'art et de culture, liés au nom de François d'Assise ?

(…) Parler de conversion signifie aller au cœur du message chrétien et en même temps aux racines de l'existence humaine. La Parole de Dieu qui vient d'être proclamée nous illumine, en plaçant devant nos yeux trois figures de convertis. La première est celle de David. Le passage qui le concerne, tiré du deuxième Livre de Samuel, nous présente l'un des dialogues les plus dramatiques de l'Ancien Testament. Au centre de cet échange, se trouve un verdict cuisant, avec lequel la Parole de Dieu, prononcée par le prophète Nathan, met à nu un roi parvenu au sommet de sa gloire politique, mais aussi tombé au niveau le plus bas de sa vie morale (…). La figure de David est (…) une image de grandeur à la fois historique et religieuse. L'abjection dans laquelle il tombe contraste d'autant plus avec cette image, lorsque, aveuglé par sa passion pour Bethsabée, il l'arrache à son époux, l'un de ses plus fidèles guerriers, et ordonne ensuite froidement l'assassinat de ce dernier. C'est quelque chose qui fait frissonner : comment un élu de Dieu peut-il tomber si bas? L'homme est vraiment grandeur et misère : il est grandeur, car il porte en lui l'image de Dieu et il est l'objet de son amour ; il est misère, car il peut faire un mauvais usage de la liberté qui est son grand privilège, finissant par se dresser contre son Créateur. Le verdict de Dieu, prononcé par Nathan sur David, éclaire les fibres intimes de la conscience, là où ne comptent plus les armées, le pouvoir, l'opinion publique, mais où l'on est seul avec Dieu seul. "Tu es cet homme" : c'est une parole qui renvoie David à ses responsabilités. Profondément frappé par cette parole, le roi développe un repentir sincère et s'ouvre au don de la miséricorde. Voilà le chemin de la conversion.

François nous invite aujourd'hui sur ce chemin, aux côtés de David. Dans ce que ses biographes nous rapportent de ses années de jeunesse, rien ne fait penser à des chutes aussi graves que celles qui sont imputées à l'ancien roi d'Israël. Mais François lui-même, dans le Testament rédigé au cours des derniers mois de son existence, considère ses vingt-cinq premières années comme une époque où "il était dans les péchés" (cf. 2 Test 1 : FF 110). Au-delà des faits particuliers, sa façon de concevoir et d'organiser une vie entièrement centrée sur lui-même, en suivant de vains rêves de gloire terrestre, était un péché. Lorsqu'il était le "roi des fêtes" parmi les jeunes d'Assise (cf. Cel I, 3, 7 : FF 588), il ne manquait pas d'une générosité d'âme naturelle. Mais celle-ci était encore bien loin de l'amour chrétien qui se donne sans réserve à l'autre. Comme il le rappelle lui-même, il lui semblait amer de voir les lépreux. Le péché l'empêchait de dominer cette répugnance physique et de reconnaître en eux autant de frères à aimer. La conversion le conduisit à exercer la miséricorde et il obtint en même temps miséricorde. Servir les lépreux, jusqu'à les embrasser, ne fut pas seulement un geste de philanthropie, une conversion, pour ainsi dire, "sociale", mais une véritable expérience religieuse, commandée par l'initiative de la grâce et par l'amour de Dieu : "Le Seigneur – dit-il – me conduisit parmi eux" (2 Test 2 : FF 110). Ce fut alors que l'amertume se transforma en "douceur d'âme et de corps" (2 Test 3 : FF 110). Oui, mes chers frères et sœurs, nous convertir à l'amour c'est passer de l'amertume à la "douceur", de la tristesse à la joie véritable. L'homme n'est vraiment lui-même et ne se réalise pleinement, que dans la mesure où il vit avec Dieu et de Dieu, en le reconnaissant et en l'aimant dans ses frères.

Dans le passage de la Lettre aux Galates, apparaît un autre aspect du chemin de conversion. Celui qui nous l'explique est un autre grand converti, l'Apôtre Paul. Le contexte de ses paroles est celui du débat dans lequel la communauté primitive se trouve engagée : dans celle-ci, de nombreux chrétiens provenant du judaïsme tendaient à lier le salut à l'accomplissement des œuvres de l'ancienne Loi, rendant ainsi vaine la nouveauté du Christ et l'universalité de son message. Paul se dresse comme témoin et proclamateur de la grâce. Sur le chemin de Damas, le visage radieux et la voix puissante du Christ l'avaient arraché à son zèle violent de persécuteur et avaient allumé en lui le nouveau zèle du Crucifié, qui réconcilie ceux qui sont proches ou loin dans sa croix (cf. Ep 2, 11-22). Paul avait compris que, dans le Christ, toute la loi est accomplie et que celui qui adhère au Christ s'unit à Lui, accomplit la loi. Apporter le Christ, et avec le Christ l'unique Dieu, à toutes les nations était devenu sa mission (…).

En parlant du fait qu'il est crucifié avec le Christ, saint Paul fait non seulement allusion à sa nouvelle naissance dans le baptême, mais à toute sa vie au service du Christ.
Ce lien avec sa vie apostolique apparaît avec clarté dans les paroles de conclusion de sa défense de la liberté chrétienne, à la fin de la Lettre aux Galates : "Dès lors, que personne ne vienne me tourmenter. Car moi je porte dans mon corps la marque des souffrances de Jésus" (6, 17). C'est la première fois, dans l'histoire du christianisme, qu'apparaît le terme "marque des souffrances de Jésus". Dans le débat sur la juste façon de voir et de vivre l'Evangile, ce ne sont pas, à la fin, les arguments de notre esprit qui décident ; ce qui décide est la réalité de la vie, la communion vécue et soufferte avec Jésus, non seulement dans les idées ou dans les paroles, mais jusqu'au plus profond de l'existence, faisant aussi participer le corps, la chair. Les meurtrissures reçues au cours d'une longue histoire de passion sont le témoignage de la présence de la croix de Jésus dans le corps de saint Paul, ce sont ses stigmates. Et ainsi peut-il dire que ce n'est pas la circoncision qui le sauve : les stigmates sont la conséquence de son baptême, l'expression de sa mort avec Jésus, jour après jour, le signe sûr du fait qu'il est une créature nouvelle (cf. Ga 6, 15). Du reste, Paul rappelle, en utilisant l'expression "marque des souffrances de Jésus", l'usage antique d'imprimer sur la peau de l'esclave le sceau de son propriétaire. Le serviteur était ainsi "marqué" comme propriété de son patron et se trouvait sous sa protection. Le signe de la croix, inscrit en longues passions sur la peau de Paul, est son orgueil : il le légitime comme véritable serviteur de Jésus, protégé par l'amour du Seigneur.



Lire le texte intégral de l'homélie du Pape Benoît XVI  

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