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4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 18:09

Extrait de l’homélie prononcée par le Pape Benoît XVI le 7 novembre 2006, lors de la Messe célébrée avec les Evêques Suisses.

Les textes que nous venons d'écouter – la Lecture, le Psaume responsorial et l'Evangile - ont un thème commun qui pourrait être résumé dans cette phrase : Dieu n'échoue pas. Ou, plus exactement : initialement, Dieu échoue toujours, il laisse exister la liberté de l'homme et celle-ci dit toujours "non". Mais l'imagination de Dieu, la force créatrice de son amour est plus grande que le "non" humain. A travers tout "non" humain, est donnée une nouvelle dimension de son amour, et Il trouve une voie nouvelle, plus grande, pour réaliser son oui à l'homme, à son histoire et à la création.

Dans le grand hymne au Christ de la Lettre aux Philippiens par laquelle nous avons commencé, nous entendons avant tout une allusion à l'histoire d'Adam, qui n'était pas satisfait de l'amitié avec Dieu ; c'était trop peu pour lui, car lui-même voulait être un dieu. Il considéra l'amitié comme une dépendance et se crut un dieu, comme s'il pouvait exister uniquement par lui-même. C'est pourquoi il dit "non" pour devenir lui-même un dieu, et, précisément de cette façon, se jeta lui-même de toute sa hauteur. Dieu "échoue" en Adam – et il en est ainsi apparemment au cours de toute l'histoire. Mais Dieu n'échoue pas, car à présent il devient lui-même homme et recommence ainsi une nouvelle humanité ; il enracine la condition de Dieu dans la condition d'homme et descend dans les abîmes les plus profonds de la condition d'homme; il s'abaisse jusqu'à la croix. Il vainc l'orgueil par l'humilité et par l'obéissance de la croix.

Et ainsi advient ce qu'Isaïe, chap. 45, avait prédit. Du temps où Israël était en exil, et avait disparu des cartes géographiques, le prophète avait prédit que le monde entier - "tout genou" - fléchirait devant ce Dieu impuissant. Et la Lettre aux Philippiens le confirme : à présent, cela a eu lieu. Au moyen de la croix du Christ, Dieu s'est approché des hommes, il est sorti d'Israël et il est devenu le Dieu du monde. Et à présent, l'univers s'agenouille devant Jésus Christ, ce que nous aussi nous pouvons constater aujourd'hui de façon merveilleuse : sur tous les continents, jusque dans les plus humbles cabanes, le Crucifié est présent. Le Dieu qui avait "échoué", à présent, à travers son amour, conduit véritablement l'homme à s'agenouiller, et ainsi, vainc le monde par son amour.

Nous avons chanté comme Psaume responsorial la seconde partie du Psaume de la passion 21/22. C'est le Psaume du juste qui souffre, et avant tout d'Israël qui souffre et qui, face au Dieu muet qui l'a abandonné, s'écrie : "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? Comment as-tu pu m'oublier? A présent, je ne suis presque plus rien. Tu ne fais plus rien, tu ne dis plus rien... Pourquoi m'as-tu abandonné?". Jésus s'identifie avec Israël qui souffre, avec les justes de tout temps qui souffrent, abandonnés par Dieu, et porte le cri de l'abandon de Dieu, la souffrance d'être oublié l'élève jusqu'au coeur de Dieu lui-même et transforme ainsi le monde. La seconde partie du Psaume, celle que nous avons récitée, nous dit ce qui en découle : les pauvres mangeront et seront rassasiés. C'est l'Eucharistie universelle qui provient de la croix. A présent, Dieu rassasie les hommes dans le monde entier, les pauvres qui ont besoin de lui. Il les rassasie selon leurs besoins : il donne Dieu, il se donne lui-même. Puis le Psaume dit : "Tous les lointains de la terre se souviendront et reviendront vers Yahvé". C'est de la croix que naît l'Eglise universelle. Dieu va au-delà des juifs et embrasse le monde entier pour l'unir au banquet des pauvres.

Et, enfin, le message de l'Evangile. A nouveau l'échec de Dieu. Ceux qui ont été invités en premier se dérobent, ne viennent pas. La salle de Dieu reste vide, le banquet semble avoir été préparé en vain. C'est ce dont Jésus fait l'expérience dans la phase finale de son activité : les groupes officiels, faisant autorité, disent "non" à l'invitation de Dieu, qui est Lui-même. Ils ne viennent pas. Son message, son appel finit dans le "non" des hommes. Mais ici non plus : Dieu n'échoue pas. La salle vide devient une occasion d'appeler un plus grand nombre de personnes. L'amour de Dieu, l'invitation de Dieu s'élargit – Luc nous raconte cela en deux étapes : d'abord, l'invitation est adressée aux pauvres, aux personnes abandonnées, à ceux qui ne sont invités par personne dans la ville. De cette façon, Dieu fait ce que nous avons entendu dans l'Evangile d'hier (…). Dieu fait à présent ce qu'il a dit au Pharisien : Il invite ceux qui ne possèdent rien, qui ont vraiment faim, qui ne peuvent pas l'inviter, qui ne peuvent rien lui donner. Puis a lieu la deuxième étape : Il sort de la ville, sur les routes de campagne ; il invite les sans-abris. Nous pouvons supposer que Luc a compris ces deux étapes dans le sens où les premiers à arriver dans la salle sont les pauvres d'Israël et après – étant donné qu'ils ne sont pas assez nombreux, car le domaine de Dieu est plus grand – l'invitation s'étend au-delà de la Ville Sainte vers les autres nations. Ceux qui n'appartiennent pas du tout à Dieu, qui sont au-dehors, sont à présent invités pour remplir la salle. Et Luc, qui nous a transmis cet Evangile a certainement vu en cela la représentation anticipée de façon imagée des événements qu'il rapporte ensuite dans les Actes des Apôtres, où c'est précisément ce qui a lieu : Paul commence toujours sa mission dans la synagogue, par ceux qui ont été invités en premier, et ce n'est que lorsque les personnes faisant autorité se sont dérobées et que n'est resté qu'un petit groupe de pauvres qu'il sort et va vers les païens. Ainsi, l'Evangile, à travers ce parcours de crucifixion toujours nouveau, devient universel, englobe tout, et arrive finalement à Rome. A Rome, Paul appelle les chefs de la synagogue, leur annonce le mystère de Jésus Christ, le royaume de Dieu dans Sa personne. Mais les notables se dérobent, et il prend congé d'eux par ces paroles : étant donné que vous n'écoutez pas, ce message est annoncé aux païens, et eux l'écouteront. C'est par cette certitude que se conclut le message de l'échec : eux écouteront ; l'Eglise des païens se formera. Et elle s'est formée et continue de se former.

(…) Nous devrions donc nous demander : Que signifie tout cela pour nous? Cela signifie avant tout une certitude : Dieu n'échoue pas. Il "échoue" continuellement, mais précisément pour cela, il n'échoue pas, car il en tire de nouvelles opportunités de miséricorde plus grande, et son imagination est inépuisable. Il n'échoue pas car il trouve toujours de nouveaux moyens d'atteindre les hommes et d'ouvrir davantage sa grande maison, afin qu'elle se remplisse complètement. Il n'échoue pas car il ne se soustrait pas à la perspective de solliciter les hommes afin qu'ils viennent s'asseoir à sa table, à prendre la nourriture des pauvres, dans laquelle est offert le don précieux, Dieu lui-même. Dieu n'échoue pas, pas même aujourd'hui. Même si nous entendons de nombreux "non", nous pouvons en être certains. De toute cette histoire de Dieu, à partir d'Adam, nous pouvons conclure : Il n'échoue pas. Aujourd'hui aussi, il trouvera de nouvelles voies pour appeler les hommes et il veut que nous soyons à ses côtés comme ses messagers et ses serviteurs.


Lire le texte intégral de l'homélie du Pape Benoît XVI  

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