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30 avril 2008 3 30 /04 /avril /2008 10:33

Extrait du discours du Pape Benoît XVI à la Curie romaine, le 22 décembre 2006.

Nous poursuivons en esprit vers la Bavière 
  Munich, Altötting, Ratisbonne, Freising. Là, j'ai pu vivre des journées d'une beauté inoubliable, des rencontres avec la foi et avec les fidèles de mon pays. Le grand thème de mon voyage en Allemagne était Dieu. L'Eglise doit parler de tant de choses : de toutes les questions liées à l'être qui est l'homme, sa propre structure et sa propre organisation et ainsi de suite. Mais son véritable et – sous certains aspects – unique thème est "Dieu". Et le grand problème de l'Occident est l'oubli de Dieu : c'est un oubli qui se répand. En définitive, chaque problème particulier peut être ramené à cette question, j'en suis convaincu. C'est pourquoi, au cours de ce voyage, mon intention principale était de bien mettre en lumière le thème de "Dieu", me rappelant aussi du fait que dans certaines parties de l'Allemagne vit une majorité de non-baptisés, pour qui le christianisme et le Dieu de la foi semblent des choses qui appartiennent au passé (…).

Au thème de Dieu étaient et sont liés deux thèmes qui ont marqué les journées de la visite en Bavière : le thème du sacerdoce et celui du dialogue. Paul appelle Timothée – et à travers lui l'Evêque et, en général le prêtre – "homme de Dieu" (1 Tm 6, 11). Tel est le devoir central du prêtre : apporter Dieu aux hommes. Certes, il ne peut le faire que si lui-même vient de Dieu, s'il vit avec et de Dieu. Cela est exprimé de façon merveilleuse dans un verset d'un Psaume sacerdotal que nous – l'ancienne génération – avons prononcé au cours de l'admission à l'état clérical : "Seigneur, mon partage et ma coupe : de toi dépend mon sort" (Ps 16 [15], 5). L'orant-prêtre de ce Psaume interprète son existence à partir de la forme de la distribution du territoire établie dans le Deutéronome (cf. 10, 9). Après la prise de possession de la Terre, chaque tribu obtient par tirage au sort sa portion de la Terre sainte et prend ainsi part au don promis par le chef de lignée Abraham. Seule la tribu de Lévi ne reçoit aucun terrain : sa terre est Dieu lui-même. Cette affirmation avait certainement une signification tout à fait pratique. Les prêtres ne vivaient pas, comme les autres tribus, de la culture de la terre, mais des offrandes. Toutefois, l'affirmation va plus loin. Le véritable fondement de la vie du prêtre, le sol de son existence, la terre de sa vie est Dieu lui-même. L'Eglise, dans cette interprétation de l'Ancien Testament sur l'existence sacerdotale – une interprétation qui apparaît à plusieurs reprises également dans le Psaume 118 [119] – a vu à juste titre l'explication de ce que signifie la mission sacerdotale dans la sequela des Apôtres, dans la communion avec Jésus lui-même. Le prêtre peut et doit dire aujourd'hui également avec le Lévite : "Dominus pars hereditatis meae et calicis mei". Dieu lui-même est ma part de terre, le fondement extérieur et intérieur de mon existence. Ce théocentrisme de l'existence sacerdotale est nécessaire précisément dans notre monde totalement fonctionnel, dans lequel tout est fondé sur des prestations qui peuvent être calculées et vérifiées. Le prêtre doit véritablement connaître Dieu de l'intérieur et l'apporter ainsi aux hommes : tel est le service prioritaire dont l'humanité a besoin aujourd'hui. Si dans une vie sacerdotale, on perd cet aspect central de Dieu, le zèle de l'action disparaît peu à peu. Dans l'excès des choses extérieures manque le centre qui donne un sens à tout et qui le reconduit à l'unité. Il y manque le fondement de la vie, la "terre" sur laquelle tout cela peut demeurer et prospérer.

Le célibat, qui vaut pour les Evêques dans toute l'Eglise orientale et occidentale, et, selon une tradition qui remonte à une époque proche de celle des Apôtres, pour les prêtres en général dans l'Eglise latine, ne peut être compris et vécu en définitive que sur la base de ce fondement. Les raisons uniquement pragmatiques, la référence à la plus grande disponibilité ne suffisent pas : cette plus grande disponibilité de temps pourrait facilement devenir également une forme d'égoïsme, qui s'épargne les sacrifices et les difficultés découlant de l'exigence de s'accepter et de se supporter réciproquement contenue dans le mariage ; elle pourrait ainsi conduire à un appauvrissement spirituel ou à une dureté de coeur. Le véritable fondement du célibat ne peut être contenu que dans la phrase : Dominus pars – Tu es ma terre. Il ne peut être que théocentrique. Il ne peut signifier être privés d'amour, mais il doit signifier se laisser gagner par la passion pour Dieu, et apprendre ensuite, grâce à une présence plus intime à ses côtés, à servir également les hommes. Le célibat doit être un témoignage de foi : la foi en Dieu devient concrète dans cette forme de vie qui a un sens uniquement à partir de Dieu. Placer sa vie en Lui, en renonçant au mariage et à la famille signifie que j'accueille et que je fais l'expérience de Dieu comme réalité et que je peux donc l'apporter aux hommes. Notre monde devenu totalement positiviste, dans lequel Dieu entre en jeu tout au plus comme une hypothèse, mais non comme une réalité concrète, a besoin de s'appuyer sur Dieu de la façon la plus concrète et radicale possible. Il a besoin du témoignage de Dieu qui réside dans la décision d'accueillir Dieu comme terre sur laquelle se fonde notre existence. C'est pourquoi le célibat est si important aujourd'hui, dans notre monde actuel, même si son application à notre époque est constamment menacée et remise en question. Une préparation attentive est nécessaire au cours du chemin vers cet objectif ; de même qu'un accompagnement tenace de la part de l'Evêque, d'amis prêtres et de laïcs, qui soutiennent ensemble ce témoignage sacerdotal. Il faut une prière qui invoque sans cesse Dieu comme le Dieu vivant et qui s'appuie sur Lui dans les moments de confusion comme dans les moments de joie. De cette façon, contrairement à la tendance culturelle qui cherche à nous convaincre que nous ne sommes pas capables de prendre de telles décisions, ce témoignage peut être vécu et ainsi, dans notre monde, il peut remettre en jeu Dieu comme réalité.



Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI

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