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18 février 2006 6 18 /02 /février /2006 17:00

[Nous poursuivons notre étude de l’Encyclique Deus Caritas Est du Pape Benoît XVI]

5. De ce regard rapide porté sur la conception de l’eros dans l’histoire et dans le temps présent, deux aspects apparaissent clairement, et avant tout qu’il existe une certaine relation entre l’amour et le Divin : l’amour promet l’infini, l’éternité – une réalité plus grande et totalement autre que le quotidien de notre existence.

Mais il est apparu en même temps que le chemin vers un tel but ne consiste pas simplement à se laisser dominer par l’instinct. Des purifications et des maturations sont nécessaires; elles passent aussi par la voie du renoncement. Ce n’est pas le refus de l’eros, ce n’est pas son «empoisonnement», mais sa guérison en vue de sa vraie grandeur.

[Beaucoup de nos contemporains s’érigent contre les interdits en matière sexuelle, et souhaiteraient pouvoir vivre une sexualité libérée de toute contrainte. L’interdit serait ainsi l’ennemi juré de la liberté. Mais c’est partir un peu vite du postulat, très rousseauiste, que la sexualité de l’homme serait naturellement harmonieuse et pacifique. Or, l’expérience prouve le contraire. Elle démontre que la sexualité recèle une force qui, livrée à elle-même, peut « emporter » l’être tout entier. L’homme doit donc s’efforcer de soumettre sa propre nature aux instances de sa volonté, selon le projet créateur de Dieu, afin d’humaniser cette nature sauvage et hostile, et en faire une offrande eucharistique au Seigneur.

« L'impureté vire si facilement à l'obsession! On finit par ne plus pouvoir penser à autre chose. (…) Le champ visuel de notre imagination tend à s'y réduire. Terrible rétrécissement de l'esprit! Ne va pas me dire que c'est sans retentissement dans la vie quotidienne (…). L'esprit est alors parasité par des images malsaines, telles des longueurs d'ondes brouillées par un émetteur pirate. Il est paralysé dans le déploiement de ses autres facultés. Le regard en prend un coup! Du visage au sexe, ton regard s'échappe, t'échappe : réflexe conditionné. Tu n'es même plus maître de tes yeux! Et tu ne t'en rends même plus compte (…)!

« Rien comme des actes sexuels ne marque autant la mémoire au fer rouge. Quantités d'événements de telle période de la vie peuvent être oubliés, mais eux, y sont rivés à jamais. Des décades plus tard, leurs images, lancinantes, te reviennent, avec une telle impétuosité, une telle fraîcheur, une telle vivacité; comme si c'était hier! Le passé s'y revit au présent. Là, tu touches du doigt à quel point la sexualité engage non seulement ton corps, mais ton être tout entier. En des profondeurs telles que rien ne peut venir l'en déraciner (…).

« Comprends-moi bien, il ne s’agit nullement de réprimer, de refouler, de sanctionner la sexualité. Mais bien au contraire de l’investir au maximum sur le point précis où elle peut être au service de l’amour et de la vie. Comme on canalise un torrent impétueux pour y construire une centrale électrique. Orienter, maîtriser l’énergie sexuelle pour en faire une source de feu et de lumière : d’amour et de joie. En évitant ses débordements destructeurs, tel un torrent à la fonte des neiges. »

(Père Daniel-Ange, « Ton corps fait pour l’amour », Le Sarment Fayard, 1988.)

« La chasteté comporte un apprentissage de la maîtrise de soi qui est une pédagogie de la liberté humaine. L’alternative est claire : où l’homme commande à ses passions et obtient la paix, ou il se laisse asservir par elles et devient malheureux (cf. Si 1, 22).

« La dignité de l'homme exige de lui qu'il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d'une contrainte extérieure.

« L'homme parvient à cette dignité lorsque, se délivrant de toute servitude des passions, par le choix libre du bien, il marche vers sa destinée et prend soin de s'en procurer réellement les moyens par son ingéniosité.»

(Catéchisme de l’Eglise catholique, § 2339)]

Cela dépend avant tout de la constitution de l’être humain, à la fois corps et âme.

L’homme devient vraiment lui-même, quand le corps et l’âme se trouvent dans une profonde unité ; le défi de l’eros est vraiment surmonté lorsque cette unification est réussie.

Si l’homme aspire à être seulement esprit et qu’il veut refuser la chair comme étant un héritage simplement animal, alors l’esprit et le corps perdent leur dignité. Et si, d’autre part, il renie l’esprit et considère donc la matière, le corps, comme la réalité exclusive, il perd également sa grandeur.

L’épicurien Gassendi s’adressait en plaisantant à Descartes par le salut: «Ô Âme !». Et Descartes répliquait en disant: «Ô Chair !».

Mais ce n’est pas seulement l’esprit ou le corps qui aime : c’est l’homme, la personne, qui aime comme créature unifiée, dont font partie le corps et l’âme. C’est seulement lorsque les deux se fondent véritablement en une unité que l’homme devient pleinement lui-même. C’est uniquement de cette façon que l’amour – l'eros – peut mûrir, jusqu’à parvenir à sa vraie grandeur.

Il n’est pas rare aujourd’hui de reprocher au christianisme du passé d’avoir été l’adversaire de la corporéité ; de fait, il y a toujours eu des tendances en ce sens. Mais la façon d'exalter le corps, à laquelle nous assistons aujourd’hui, est trompeuse. L’eros rabaissé simplement au «sexe» devient une marchandise, une simple «chose» que l’on peut acheter et vendre; plus encore, l'homme devient une marchandise. En réalité, cela n’est pas vraiment le grand oui de l’homme à son corps.

Au contraire, l’homme considère maintenant le corps et la sexualité comme la part seulement matérielle de lui-même, qu’il utilise et exploite de manière calculée. Une part, d’ailleurs, qu'il ne considère pas comme un espace de sa liberté, mais comme quelque chose que lui, à sa manière, tente de rendre à la fois plaisant et inoffensif.

En réalité, nous nous trouvons devant une dégradation du corps humain, qui n’est plus intégré dans le tout de la liberté de notre existence, qui n’est plus l’expression vivante de la totalité de notre être, mais qui se trouve comme cantonné au domaine purement biologique.

L’apparente exaltation du corps peut bien vite se transformer en haine envers la corporéité. À l'inverse, la foi chrétienne a toujours considéré l’homme comme un être un et duel, dans lequel esprit et matière s’interpénètrent l’un l’autre et font ainsi tous deux l’expérience d’une nouvelle noblesse.

Oui, l’eros veut nous élever «en extase» vers le Divin, nous conduire au-delà de nous-mêmes, mais c’est précisément pourquoi est requis un chemin de montée, de renoncements, de purifications et de guérisons

[La maîtrise de l’Eros n’est donc pas une atteinte à la liberté humaine, mais la condition même de son expression. En méditant sur ce 5e paragraphe de l’Encyclique du Pape, il me revient à l’esprit cette autre réflexion de Père Daniel-Ange, cité plus haut, au sujet de l’Eglise et de la sexualité : « Chaque avion reçoit un chenal de vol précis à l’intérieur duquel il peut naviguer librement, sans menace constante de collision. Eh bien ! La tour de contrôle qui t’aiguille et te donne les coordonnées de sécurité, c’est l’Eglise! »]

Pour de plus amples développements sur la question de la sexualité, voir le Site de l'Amour vrai. 

 

Texte intégral de l'Encyclique

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