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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 19:01

Suite de la lettre apostolique du Pape Jean-Paul II sur le sens chrétien de la souffrance humaine (Salvifici Doloris, le 11 février 1984).

 

17. Les Ecritures devaient s'accomplir. Nombreux étaient les textes messianiques de l'Ancien Testament qui annonçaient les souffrances du futur Oint de Dieu. L'un d'entre eux est particulièrement touchant, celui que l'on appelle habituellement le quatrième chant du Serviteur de Yahvé, contenu dans le Livre d'Isaie. Le prophète, appelé à juste titre « le cinquième évangéliste », présente dans ce chant l'image des souffrances du Serviteur avec un réalisme aigu, comme s'il les voyait de ses propres yeux, les yeux du corps et ceux de l'esprit. A la lumière des versets d'Isaïe, la Passion du Christ devient presque plus expressive et émouvante encore que dans les descriptions des évangélistes eux-mêmes. Voici comment se présente devant nous le vrai Homme de douleur :

 

« Il n'avait ni beauté ni éclat pour attirer nos regards...

Objet de mépris, abandonné des hommes,

homme de douleur, familier de la souffrance,

comme quelqu'un devant qui on se voile la face,

méprisé, nous n'en faisions aucun cas.

Or ce sont nos souffrances qu'il portait

et nos douleurs dont il était chargé.

Et nous, nous le considérions comme puni,

frappé par Dieu et humilié.

Mais lui, il a été transpercé à cause de nos crimes,

écrasé à cause de nos fautes.

Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui,

et dans ses blessures nous trouvons la guérison.

Tous, comme des moutons, nous étions errants,

chacun suivant son propre chemin,

et le Seigneur a fait retomber sur lui

nos fautes à tous ».

 

Le chant du Serviteur souffrant contient une description dans laquelle on peut, en un sens, identifier les étapes de la Passion du Christ dans tous leurs détails : l'arrestation, l'humiliation, les soufflets, les crachats, le mépris de la dignité même du prisonnier, le jugement inique, puis la flagellation, le couronnement d'épines et la dérision, le chemin de croix, la crucifixion, l'agonie.

 

Ce qui nous touche dans les paroles du prophète, plus encore que cette description de la Passion, c'est la profondeur du sacrifice du Christ. Bien qu'innocent, voici qu'il se charge des souffrances de tous les hommes parce qu'il se charge des péchés de tous. « Le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à tous » : tout le péché de l'homme dans son étendue et sa profondeur devient la véritable cause de la souffrance du Rédempteur. Si la souffrance se « mesure » en fonction du mal enduré, les paroles du prophète nous permettent de comprendre la mesure du mal et de la souffrance dont le Christ s'est chargé. On peut dire que c'est une souffrance de « substitution » ; mais elle est surtout une souffrance de « rédemption ». L'Homme de douleur de cette prophétie est vraiment « l'agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Dans sa souffrance, les péchés sont effacés précisément parce que lui seul, comme Fils unique, a pu les prendre sur lui, les assumer avec un amour envers le Père qui surpasse le mal de tout péché ; en un certain sens, il anéantit ce mal dans l'espace spirituel des rapports entre Dieu et l'humanité, et il remplit cet espace avec le bien.

 

Nous touchons ici la dualité de nature d'un unique sujet personnel de la souffrance rédemptrice. Celui qui, par sa Passion et sa mort sur la Croix, opère la Rédemption est le Fils unique que Dieu « a donné ». Et en même temps, ce Fils de même nature que le Père souffre en tant qu'homme. Sa souffrance a des dimensions humaines, elle a aussi – à un degré unique dans l'histoire de l'humanité – une profondeur et une intensité qui, bien qu'humaines, peuvent être également une profondeur et une intensité incomparables de souffrance du fait que l'Homme qui souffre est en personne le Fils unique : « Dieu, né de Dieu ». Lui seul par conséquent – lui, le Fils unique – est capable d'étreindre l'étendue du mal contenu dans le péché de l'homme : dans tout péché et dans le péché « total », selon les dimensions de l'existence historique de l'humanité sur la terre.

 

 

Source 

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Published by Matthieu BOUCART - dans Salvifici Doloris
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