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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 00:26

Bertrand Vergely, philosophe et théologien orthodoxe, nous livre sa réflexion sur le "mariage gay". Voici aujourd'hui la première partie de son texte. 

1. Il importe d’abord de distinguer la question de l’homosexualité de celle du mariage gay. L’homosexualité appartient à la sphère privée et renvoie à une histoire singulière. C’est ainsi, il y a des personnes dans la société dont la manière d’aimer consiste à aimer une personne du même sexe. Pourquoi en est-il ainsi ? Nous n’en savons rien et nous ne le saurons sans doute jamais, tant il y a de raisons possibles à cela. Toujours est-il qu’il s’agit là d’une réalité que la société se doit de respecter en offrant aux couples homosexuels une protection de leur vie privée au même titre que celle dont peut jouir chaque citoyen.

[COMMENTAIRE : Il me paraît pour le moins discutable d'affirmer que nous ignorons les causes de l'homosexualité. Il en est différentes qui ont bien été identifiées par Arnaud Dumouch. La principale cause, évoquée par Tony Anatrella ou dans le très intéressant enseignement du Docteur Bernard Dubois sur Exultet, est d'ordre psychologique ; elle réside dans une perturbation de la croissance psycho-affective de l'enfant dans sa relation avec ses parents. Cette perturbation est malheureuse et provoque chez lui, à l'adolescence et à l'âge adulte, un trouble d'identité. Mais - et c'est quelque chose qui est peu dit - elle n'est pas absolument irrémédiable. Un changement est possible si l'on veut bien s'en donner les moyens (psycho-thérapeutiques, spirituels...). Ils passent par une réconciliation avec soi-même, son identité, son corps, sa sexualité ; une réconciliation avec ses parents (en particulier le parent du même sexe) ; une réconciliation avec Dieu, qui a fait de moi ce que je suis - un homme ou une femme, en tout état de cause : une merveille.

On ne peut donc séparer tout à fait le mariage gay de la question de l'homosexualité. Le mariage gay fait problème parce que l'homosexualité fait problème - et provoque de grandes souffrances chez les homosexuels, que nous devons traiter avec délicatesse et compréhension. La proposition du mariage homosexuel procède d'une ignorance de ce qu'est profondément l'homosexualité. L'homosexualité, parce qu'elle est la traduction sexuelle d'un trouble identitaire, ne peut être encouragée d'aucune manière - et c'est un mensonge de faire croire aux homosexuels qu'ils seront heureux en vivant selon leur tendance dans une imitation du modèle familial naturel. Ce n'est pas une preuve d'amour envers les homosexuels que de leur proposer de s'installer dans une situation de trouble, génératrice d'angoisse existentielle, de peur (envers les personnes de l'autre sexe) et de violence intérieure (le plus souvent contre le parent du même sexe) sans chercher à les aider à en sortir. Comme disait le Père Daniel-Ange : "J'ose te demander de tout aimer chez l'homosexuel, au point de ne rien accepter de son homosexualité. L'aimer assez pour rejeter ce qui l'abîme. L'aimer assez pour ne pas prétendre que son homosexualité le rend heureux. L'aimer pour lui-même, afin qu'il aime en Vérité!"]

2. Le mariage gay relève en revanche d’une question qui regarde tout le monde, celui-ci étant appelé à bouleverser de manière irréversible la norme en vigueur en établissant une nouvelle norme en matière de famille, de filiation et de transmission, s’il vient à être adopté. 

3. À l’origine, le mariage est une donnée naturelle. C’est ainsi, pour faire naître la vie un homme et une femme s’unissent et procréent un enfant. En établissant le mariage comme institution, la société a donné un cadre juridique à cette donnée naturelle afin de la protéger.

4. Il s’avère qu’aujourd’hui le mariage, la filiation et la transmission ont changé de sens. La procréation n’est plus l’unique sens du mariage, le mariage-sentiment ayant tendance à l’emporter sur le mariage-procréation. De même, l’enfant n’a plus pour unique sens d’être le fruit de l’union d’un couple, le désir d’enfant introduisant des demandes d’enfants de la part de personnes seules ou des demandes d’adoption ou de procréation assistée de la part de couples stériles.

5. La question qui se pose dès lors  et qui concerne tous les couples, qu’ils soient hétérosexuels ou homosexuels, est celle de savoir si le sentiment doit devenir l’unique sens du mariage et si le désir d’enfant d’où qu’il vienne doit devenir la raison d’être de ce dernier. Elle est également le fait de savoir si ce qui se fait doit devenir la norme de ce qui est. Si tel est le cas, il faut savoir que rien ne va pouvoir s’opposer formellement  à ce qu’on lève désormais l’interdit de l’inceste au nom du droit de s’aimer pour tous. Le sentiment en dehors de toute donnée naturelle devenant la norme, au nom de l’amour un père pourra réclamer d’épouser sa fille voire son fils, une mère son fils voire sa fille, une sœur son frère ou sa sœur, un frère sa sœur ou son frère. Si tel est le cas, tout étant noyé dans l’amour érigé en droit au-dessus de toute réalité, plus personne ne sachant qui est qui, il y aura fatalement une crise d’identité et avec elle un problème psychique majeur. Les tendances psychotiques générées par l’individualisme hédoniste pour qui le réel n’existe pas et ne doit pas exister vont se renforcer. 

Un père étant aussi un amant et une mère une amante, il va devenir impossible de parler de père et de mère et donc de savoir qui a autorité pour élever des enfants. En ce sens, la famille va littéralement exploser.

Enfin, l’interdit de l’inceste étant levé, c’est le sens même du devenir de l’être humain qui va être atteint, le sens de cet interdit  étant de rappeler aux êtres humains qu’ils sont faits pour devenir, en épousant, non seulement un autre hors de sa famille mais aussi de son sexe et non pour demeurer dans la même famille et le même sexe.

En ce sens, le législateur qui va devoir se prononcer sur le mariage homosexuel a de lourdes responsabilités. S’il décide de faire du mariage une affaire de droit et de sentiment en dehors de toute donnée naturelle, il introduira dans la cité la ruine possible de l’identité psychique, de la famille ainsi que du devenir symbolique de l’être humain.

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Published by Matthieu BOUCART - dans Questions d'actualité
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