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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 23:03

Suite à notre article sur la foi et la démarche scientifique, le P. Beukelaer nous répond sur son blog :« Même s’il l’exprime avec délicatesse, l’auteur ne m’en voit pas moins glisser vers le « fidéisme » (la foi sans la raison). Personnellement, je pense que c’est lui qui risque de verser dans le « rationalisme » en déclarant: « Voilà pourquoi la foi est fondamentalement un acte de l’intelligence ». Entendons-nous : Les « raisons de croire » sont d’utiles marche-pieds pour inviter notre intelligence à reconnaître que la foi est raisonnable. Ils constituent donc également souvent une préparation à l’Evangile. Mais ils ne sont pas les prémisses logiques qui conduisent nécessairement en la foi au Ressuscité. Comme si la nature humaine se suffisait pour devenir chrétien et que l’Esprit était superflu. « Credo ut intelligam » enseignait saint Augustin. »

 

Je remercie le Père pour cette réponse qui nous permet d’approfondir – en cette Année de la Foi récemment inaugurée par Benoît XVI – l’importante question des relations de la Foi avec la Raison (qui est au cœur, me semble-t-il, des préoccupations de nos derniers pontifes). Elle me fournit l’occasion également d’écarter toute équivoque quant à mon propos – et ceux de Claude Tresmontant.

 

Il est vrai qu’à vouloir trop insister sur l’importance de la raison, on peut donner à penser qu’il suffit de savoir pour croire. Auquel cas, bien entendu, le reproche de rationalisme serait fondé.

 

Qu’est-ce en effet que le rationalisme ? Nous avons cité dans notre précédent article la définition du fidéisme selon Mgr Léonard. Reprenons son ouvrage sur Les raisons de croire pour écouter maintenant ce qu’il nous dit du rationalisme – qui est l’erreur symétrique du fidéisme que nous dénoncions.

 

« Le rationalisme pur consiste dans le rejet a priori de la révélation ou de certains de ses aspects au nom d’une conception trop étroite de la raison qui interdit à l’avance à Dieu soit d’exister, soit de se révéler et d’agir de la manière dont la religion (…) se représente qu’il se révèle et agit. Le rationalisme dira par exemple : Dieu est éternel, donc il ne peut entrer dans l’histoire pour s’y révéler ; il est transcendant, donc il ne peut s’incarner en Jésus ; il est impassible, donc il ne peut souffrir la Croix et ressusciter ; etc… »

 

En cette acception-là, je pense qu’il n’y a pas la moindre ambiguïté – nous ne sommes pas rationalistes. Comme chrétiens, et conformément à la pensée de Claude Tresmontant, nous affirmons que Dieu existe ; qu’il s’est révélé à Israël ; qu’il s’est incarné en Jésus-Christ – mort et ressuscité pour notre Salut ; qu’il est réellement présent à son Eglise, aujourd’hui et jusqu’à la fin du monde – la conduisant peu à peu vers la Vérité toute entière. Nous croyons que les vérités révélées par Dieu ne sont pas accessibles, de soi, à la seule raison – et que pour les connaître, il fallait que Dieu nous les révélât ; que la Vérité absolue dépasse notre raison.

 

Mais nous croyons et affirmons tout cela indissociablement au nom de la foi et de la raison – car nous pensons que toutes ces vérités que je viens d’évoquer peuvent être connues par une analyse rationnelle partant de la considération des phénomènes objectifs que sont : la Création, le fait de la Révélation, l’évènement Jésus-Christ, et la réalité organique de l’Eglise catholique.

 

Nous encourons par conséquent le risque d’être considérés comme rationalistes en la seconde acception évoquée par Mgr Léonard : « Sous une forme plus souple, le rationalisme est moins préoccupé de rejeter la foi que de se l’annexer en la résorbant dans le champ de la raison. Cela aboutit à la gnose et à sa version contemporaine, l’idéologie (…). Le rationalisme consiste à vouloir enfermer le fait et le contenu de la révélation dans l’enceinte de la simple – et souvent trop simple – raison, comme si la vérité de la foi était nécessairement à la mesure de l’homme. »

 

C’est donc là qu’une précision s’impose. Dans mon précédent article, j’écrivais : « Le croyant croit parce qu’il sait ». Je reconnais que cette formule n’est pas très heureuse – et qu’elle peut prêter à confusion. Ce n’est pas parce que je sais que Dieu existe, que Dieu s’est révélé au peuple hébreu, que Jésus-Christ est le Fils de Dieu fait homme, que l’Eglise catholique est guidée infailliblement par l’Esprit Saint ; que nécessairement, obligatoirement, mécaniquement, je vais croire. Comme le dit à juste titre le P. Beukelaer, les raisons de croire « ne sont pas les prémisses logiques qui conduisent nécessairement en la foi au Ressuscité. » La preuve ? Elle se trouve en Satan et dans les démons. « Tu crois qu'il y a un seul Dieu? Tu as raison. Les démons, eux aussi, le croient, mais ils tremblent de peur. » (Jc 2. 19)« Pas un dogme dont le démon ne sache l’exacte vérité » rappelait Fabrice Hadjadj dans un ouvrage saisissant que tout évangélisateur devrait avoir en bonne place dans sa bibliothèque[1] « L’apologétique s’efforce de montrer la vérité du christianisme, mais cette vérité connue n’empêche pas d’être pire. Elle ouvre la possibilité de la conversion, mais aussi celle d’un refus consommé. » [2].

 

La foi n’est donc pas simplement affaire de connaissance intellectuelle. Elle est plus que du savoir. Elle implique un consentement à la vérité qui se révèle, une humble soumission à Dieu, une filiale obéissance à sa Parole – à laquelle nos cœurs endurcis par l’orgueil ne se plient pas facilement.

 

Pour croire en Dieu, il ne suffit pas de savoir QUI il est et ce qu’il fait : il faut encore accepter de remettre notre vie entre Ses mains ; reconnaître sa seigneurie dans toutes les dimensions de notre existence ; renoncer à nos propres vues lorsqu’elles contredisent les Siennes ; remettre en cause certains de nos comportements auxquels nous sommes attachés, lorsqu’ils nuisent à notre relation vitale avec Dieu et avec nos frères – ce qui suppose une conversion de tout notre être, un choix de notre volonté, l’exercice de notre liberté : un Amour de Charité, tout simplement.

 

Ce n’est pas parce qu’une chose est vraie que nous l’acceptons volontiers ni facilement ; que nous l’aimons ; surtout lorsqu’elle bouscule nos habitudes, dérange notre confort, contrarie nos convictions premières. Nous pouvons préférer suivre nos voies plutôt que celles de Dieu... en toute connaissance de cause.

 

Un tel déni du réel est possible, selon Tresmontant, parce que « L’intelligence est une action, elle procède d’un choix, d’une disposition originelle, elle naît dans les secrets du cœur » [3] : « Il n'y a pas de double comptabilité, cloisons étanches entre la pensée et la liberté, l'action première et essentielle qui définit un être. La pensée ne se joue pas dans un lieu pur, séparé de l'option du coeur et de ses desseins obscurs. Le contraire de la vérité n'est pas l'erreur, mais le mensonge. Il y a mensonge et non pas seulement erreur, à cause de l’inhabitation dans le secret de l'homme, de la vérité qui le travaille. La relation entre cette vérité et l’homme constitue la conscience morale. L'homme a le pouvoir de refouler, de se cacher à soi-même l'exigence de cette vérité qui opère en lui. »[4].

 

Aussi : « La connaissance n’est pas un luxe, un épiphénomène inutile. Elle est une question de vie ou de mort (…). Le progrès dans la connaissance est un cheminement vers la vie(…). L’intelligence est notre acte principal ; nous en sommes responsables. » [5]

 

C’est en ce sens que je disais que la foi est un « acte de l’intelligence ». Le P. Beukelaer me reproche fraternellement l’usage de cette expression. Elle n’est cependant pas de moi, mais… de Saint Thomas d’Aquin. Himself !

 

« Croire, nous dit le Docteur Angélique, est un acte de l’intelligence adhérant à la vérité divine sous le commandement de la volonté mue par Dieu au moyen de la grâce » [6].

 

Il y a donc dans la foi une double part : celle de Dieu – qui révèle une vérité inaccessible à la raison humaine (mais non inintelligible) et qui communique sa grâce. Et celle de l’homme – dont l’intelligence choisit d’adhérer à la vérité divinement révélée.

 

La part de l’homme, c’est l’intelligence. C’est par son intelligence (des vérités naturelles) qu’il est conduit à la foi ; et c’est à l’intelligence (des vérités divines) que la foi le conduit. Quoiqu’il en soit, on voit bien que, comme le disait Benoît XVI en 2008 à Paris : « Jamais Dieu ne demande à l'homme de faire le sacrifice de sa raison ! Jamais la raison n'entre en contradiction réelle avec la foi ! L'unique Dieu, Père, Fils et Esprit Saint, a créé notre raison et nous donne la foi, en proposant à notre liberté de la recevoir comme un don précieux. C'est le culte des idoles qui détourne l'homme de cette perspective, et la raison elle-même peut se forger des idoles. »

 

Puisqu’il n’y a pas contradiction entre la raison et la foi – mais au contraire fécondation mutuelle –, tous les moyens humains que nous pouvons prendre pour développer notre intelligence du réel disposera notre cœur à l’accueil de la foi – qui est la plénitude de la Connaissance. « La foi, c’est l’intelligence (…) rappelait Claude Tresmontant à la suite du Docteur Commun. La foi est adhésion à la vérité » [7]. Encore faut-il la connaître... C’est tout l’enjeu, me semble-t-il, de l’apologétique chrétienne qui,en dépit de ses limites justement soulignées plus haut par Fabrice Hadjadj, reste un outil majeur d’apostolat : la mission de l’Eglise est de donner au monde la Vérité.

 

Non pas, je le répète, que l’intelligence de la Vérité soit suffisante pour croire – la foi n’est pas le fruit naturel d’une raison qui sait – la raison qui sait a aussi le pouvoir de se perdre... Mais elle est fondamentale et nécessaire pour croire. Une foi sans fondement rationnel, pour aussi admirable qu’elle soit lorsqu’elle manifeste un attachement sincère au Christ et à l’Eglise, est comparable à une maison bâtie sur le sable… A la première tempête, elle s’effondrera. Le croyant sera alors ‘l’homme d’un moment’, comme dit Jésus au sujet de ceux qui croient sans comprendre.

 

Voilà pourquoi il faut inciter ceux qui ne croient pas à approfondir la question de l’existence de Dieu et de sa Révélation à Israël ; voilà pourquoi il faut aider nos contemporains à connaître Jésus-Christ, à réfléchir sur le mystère de sa personne et sur l’évènement de sa résurrection (dont notre histoire porte la marque) ; voilà pourquoi nous devons présenter l’Eglise catholique pour ce qu’elle est : le foyer de la présence divine d’où jaillit la sainteté – qui est l’humanité nouvelle régénérée dans le Christ. Non par des proclamations sentencieuses. Mais avec des arguments rationnels.

 

« Le motif de croire, dit le Catéchisme de l’Eglise catholique, n’est pas le fait que les vérités révélées apparaissent comme vraies et intelligibles à la lumière de notre raison naturelle (…). Néanmoins (…)Dieu a voulu que les secours intérieurs du Saint-Esprit soient accompagnés des preuves extérieures de sa Révélation. C’est ainsi que les miracles du Christ et des saints, les prophéties, la propagation et la sainteté de l’Église, sa fécondité et sa stabilité sont des signes certains de la Révélation, adaptés à l’intelligence de tous, des "motifs de crédibilité" qui montrent que l’assentiment de la foi n’est nullement un mouvement aveugle de l’esprit. » (CEC § 156).

 

Il est donc capital de retrouver la raison de notre foi si l’on veut entrer en dialogue avec les non-chrétiens, puisque là précisément se situe le terrain propice à l’évangélisation du monde moderne : « En défendant la capacité de la raison humaine de connaître Dieu, l’Église exprime sa confiance en la possibilité de parler de Dieu à tous les hommes et avec tous les hommes. Cette conviction est le point de départ de son dialogue avec les autres religions, avec la philosophie et les sciences, et aussi avec les incroyants et les athées. » (CEC, § 39).

 

Ce que je regrette un peu dans la réponse du P. Beukelaer aux propos de Christian de Duve, c’est qu’il n’ait pas provoqué le vénérable prix Nobel dans son domaine de prédilection qui est… la connaissance scientifique. Car au fond, le problème de Christian de Duve, ce n’est pas d’être trop scientifique ; c’est de ne l’être pas assez. Comment un scientifique de son envergure peut-il affirmer que le Pape assène au monde des « vérités révélées, et donc non contestables » comme autant « de certitudes qui ne se fondent sur aucune réalité démontrable » ? Comment un savant peut-il porter un jugement aussi péremptoire, sans avoir pris la précaution d’examiner objectivement, scientifiquement, sans préjugés ni a priori, la réalité qu’il critique – et que manifestement, il ne connaît pas. Dire que l’Eglise ne fonde ses certitudes théologiques sur aucune réalité démontrable, c’est tout simplement faux ! – c’est contraire à la réalité objective qu’est censée scruter le scientifique. L’Eglise a toujours tenu à « rendre raison » de l’espérance qui est en elle – elle ne s’est jamais contenté d’asséner des vérités inintelligibles. L’Eglise, dans son annonce de l’Evangile, a toujours sollicité l’intelligence, le raisonnement, la logique, le bon sens. Jamais elle ne nous a demandé d’avaler des couleuvres indigestes et inassimilables.

 

La parole de Saint Augustin (« Credo ut intellegam») que m’oppose aimablement le P. Beukelaer, est celle d’un théologien qui n’a accès aux vérités qu’il contemple que par la foi. Augustin rappelle que l’intelligence des vérités révélées trouve sa source dans la foi – ce qui est très juste. Mais cette parole n’a de valeur que dans l’ordre théologique – chez ceux, donc, qui croient déjà. Elle est inopérante pour des non-croyants qui n’ont pas accès aux vérités révélées, et à qui on ne peut pas demander de renoncer à la raison pour croire ! « Que voulez-vous que pense un savant, habitué à la pratique des sciences expérimentales, en présence d’un théologien qui lui dit qu’il faut partir de la Parole de Dieu, mais qui a bien pris soin de préciser auparavant qu’il est impossible d’établir l’existence de Dieu par l’analyse rationnelle et qu’il est impossible aussi d’établir que Dieu a parlé ? Le tout est remis à la « foi », comprise par la force des choses comme un assentiment aveugle. » [8].

 

C’est à la raison de nos contemporains qu’il faut s’adresser – c’est elle que nous devons interpeller, questionner, stimuler. Ce n’est pas du rationalisme dans la mesure où nous savons bien que pour aussinécessaire que soit ce travail, il ne sera jamais suffisant – et qu’il doit être suppléé par des moyens surnaturels qui attirent la grâce de Dieu (la prière, les sacrements, des expériences d’Eglise, le jeûne, la lecture de la Bible…). Les seuls vrais évangélisateurs, nous le savons, ce sont les saints. C’est par notre sainteté personnelle que nous pourrons toucher le cœur et l’intelligence de nos contemporains, plus que par nos grands discours.

 

Il reste que nous ne pouvons pas renoncer à l’intelligence – puisqu’elle a partie liée avec la foi ; et qu’il n’y a pas de foi authentique sans la raison ; que c’est mutiler la foi que de lui soustraire la raison : « L’Eglise veut et elle tient à ce que l’ordre intellectuel et rationnel conserve sa consistance propre, son autonomie. Elle ne veut pas qu’on tente d’établir l’ordre surnaturel sur des soubassements friables, sans consistance, sans solidité. Elle ne veut pas qu’on affaiblisse l’ordre naturel, l’ordre de la Création, pour introduire l’ordre surnaturel de la grâce (…). L’ordre surnaturel, l’ordre de la grâce, n’abolit pas l’ordre naturel, ne le détruit pas, au contraire, il l’achève, le réalise, le conduit à son terme ultime et à sa perfection. » [9]

 

Distinguer foi et raison de manière à ce pas les confondre n’implique nullement de les séparer – car de fait : elles sont inséparables. La foi présuppose la raison ; la foi contient la raison ; la foi surélève la raison et la porte à son sommet. Foi et Raison sont inséparables du fait de l’unité de la personne qui pense et qui croit. On ne peut pas plus séparer la Foi et la Raison que l’Âme et le Corps. Ce serait la mort assurée... La dialectique entre la foi et la raison n’est pas dualisme, mais articulation et communion.

 

Alors en ce sens là, oui peut-être : nous sommes rationalistes. Mais ce rationalisme-là, nous le revendiquons, nous l’assumons. Nous sommes même, à la vérité, les seuls vrais rationalistes au monde, les rationalistes authentiques – puisque nous conférons à la Raison humaine un pouvoir exorbitant que les rationalistes athées eux-mêmes lui dénient : celui de connaître Dieu et de pénétrer ses mystères. « La seule chose, en réalité, que nos frères athées et rationalistes, auprès de qui nous sommes déshonorés, pourraient reprocher à la théologie chrétienne catholique, serait d’être rationaliste à l’excès, d’être rationaliste d’une manière intempérante, puisque, comme nous l’avons vu, aux yeux de la théologie catholique, la métaphysique est une science de ce qui est, et à ses propres yeux, la théologie catholique est une science. » [10].

 

Il convient donc de reconnaître, avec le Cardinal Joseph Ratzinger – futur pape Benoît XVI – que : « Par son option pour le primat de la raison, le christianisme est encore aujourd’hui un rationalisme philosophique. » 

 


[1] Fabrice Hadjadj,  "La foi des démons, ou l'athéisme dépassé", Salvador 2009, p. 153.

[2] Ibid., p. 15

[3] Claude Tresmontant, in "Essai sur la Pensée Hébraïque", Cerf 1953, p. 122.

[4] Ibid., p. 117.

[5] Ibid., p. 126

[6] Saint Thomas d'Aquin, in "Somme Théologique", 2-2, 2, 9.

[7] Claude Tresmontant, in "Essai sur la Pensée Hébraïque", Cerf 1953, p. 134.

[8] Claude Tresmontant, in  "L'histoire de l'univers et le sens de la Création", François-Xavier de Guibert 2006, p. 55.

[9] Ibid., p. 49.

[10] Ibid., p. 60-61

[11] Joseph Ratzinger, in "Est-ce que Dieu existe?", Payot 2006, p. 102. 

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Published by Matthieu BOUCART - dans Questions sur la foi
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commentaires

armel h 28/10/2012 18:53


Oh, et une autre confusion (non mais chez Satan aussi c'est la crise, pas moyen de se payer les services d'un avocat réputé...) :


. Que l'amour doive aller au-delà de la sympathie naturelle et spontanée (aimer ses ennemis et pas seulement ceux qui nous font du bien) ne veut pas dire qu'il faille pour autant
abandonner cette partie plus spontanée et plus facile de l'amour.


Jésus a dit "aimez vos ennemis", pas "aimez vos ennemis et laissez tomber vos amis" : lui-même a bien eu des proches, des amis, des préférés.


 


Certes, aimer ceux par qui on n'est pas attiré semble plus "méritant" : mais comme, justement, on vient de tomber d'accord que l'amour se fiche du mérite, on ne va donc pas se mettre à n'aimer
QUE ceux qui font de notre amour quelque chose de méritoire.

Donc, oui, l'amour pour son épouse ou ses amis se nourrit d'attirances, de points communs... : cela n'empêche pas qu'il s'agisse bien d'amour.

Ça cesse d'être de l'amour vrai uniquement si on ne s'en tient plus qu'à cela : si on ne s'intéresse à son épouse ou à ses amis QUE sous l'angle des biens et des plaisirs qu'ils peuvent nous
apporter.


Ainsi, "lorsque vous dîtes à votre femme "je t'aime", ce n'est pas quelque chose de rationnel mais un acte constamment amputé de sa rationnalité et de sa liberté" :


et bien, peut-être pour vous, je ne sais pas ; mais de notre côté, non, ça va, merci. :-)
C'est au contraire un des actes les plus libres qu'on puisse poser. À condition, on vient de le dire, que les atomes crochus, les plaisirs retirés, ... soient le point de départ de la relation,
viennent ensuite colorer et embellir la relation, mais n'en soient pas le critère ni ne conditionnent les choix.

C'est justement en cela que le couple est une école de liberté et d'amour : parce que, en commençant par un amour facile, d'inclination, on s'entraîne ensuite à passer peu à peu
à un amour libre, d'élection : en aimant son épouse ou son époux chaque jour, tout simplement, y compris lorsque les soucis, les petits agacements, la fatigue,
ou que sais-je, occulte l'inclination et nous pousserait à nous enfermer dans notre coin.

armel h 28/10/2012 18:41


Il y a également confusion entre "raisons" et "intérêts" :


. aimer par intérêt (ceux qui nous font du bien, ceux qui nous sont utiles, ou pour mériter quelque chose...), c'est effectivement assez peu original, les singes font la même chose. (enfin,
peut-être pas "aimer" mais au moins "être bienveillant", ce qui est l'exemple choisi ici)

. par contre, on peut avoir des raisons (ou penser avoir des raisons) d'aimer sans autre considération que l'amour ; d'aimer même contre son propre intérêt matériel ou
psychologique (sans rien en attendre, quoi).


 


Ainsi, Mère Térésa est effectivement un bon exemple d'une personne qui aime, réellement, pas par intérêt... mais qui avance elle-même de bonnes raisons à cet
amour.



(confondre "raisons" et "intérêts", quand-même... où donc le Diable a-t-il trouvé cet avocat ? )

armel h 28/10/2012 18:36


" Ce qui me chagrine dans cet exposé, c'est le recours aux concepts irrationnels de "confiance", de "soumission" et "d'humilité". C'est toujours la même rengaine."


 


Si la confiance état un concept irrationnel, c'est donc qu'il n'y a aucune raison de faire confiance à quiconque. Ce qui voudrait dire que tous nos choix fondés sur la parole d'autrui ne sont
jamais rationnels, mais équivalents à tirer à pile ou face,


y compris quand il s'agit de faire confiance à son médecin quand il propose un diagnostic et un traitement, ou à notre époux ou notre épouse quand il ou elle dit nous aimer.


Pourquoi pas. Mais il faudrait sérieusement argumenter ce point, alors, pas simplement l'affirmer.
Sinon, on s'en tiendra à ce que chacun vit et constate concrètement dans sa vie : que si la confiance, en effet, consiste à aller au-delà des preuves mathématiques, des assurances certaines et
des garanties sur facture,


le fait de faire confiance, par contre, s'appuie bien sur des considérations rationnelles : il y a bien des raisons de fair confiance, même si'l n'y a pas de
preuves.


 


La phrase d'introduction est donc fausse, qui fait de la confiance un concept irrationnel. Fausse par défaut d'observation, et par une confusion entre ce qui dépasse le domaine des
preuves tout en s'appuyant sur la raison, et ce qui sort du domaine rationnel et ressorit à l'irrationnel.


 


Comme tout le reste du développement de "l'avoact du Diable" repose sur cette première phrase...   :-)

L'Avocat du Diable 28/10/2012 14:15


Les croyants sont déconcertants...


 


Toutes vos réponses sont de "foi" mais pas de "raison". Que votre Dieu soit capable de créér toute chose à partir de rien n'est pas de l'ordre du rationnel. C'est votre foi en un Dieu créateur
qui vous fait dire cela. Moi, je crois en une Cause première. Que cette "Cause" soit "créatrice", cela reste à démontrer scientifiquement.


 


Les croyants vont-ils crier au "miracle" lorsqu'un malade prend avec confiance un médicament dont il ne sait pas qu'il n'y a absolument rien à l'intérieur, et que, par magie, son "mal" n'existe
plus ? Non. Les croyants savent que les effets-placebo existent. Bizarrement, lorsque ces effets-placebo sont relatifs à leur "fond de commerce", ils parlent de "miracle". La vérité est que vos
prétendus "miracles" ne sont que des effets-placebo. Ces effets existent pour la médecine tout comme ils existent pour la parapsychologie et la religion. Comparé aux millions de visiteurs venant
chaque année à Lourdes s'asperger d'une eau prétendue "miraculeuse", que des effets-placebos soient détectés au niveau "moral" (miracle moral) ou bien au niveau "physique" (miracle physique) n'a
rien de miraculeux. Je dirai même que c'est de l'ordre des choses les plus "naturelles". Savez-vous qu'il existe aussi des choses "inexplicables" lorsque des patients vont voir des médecins, des
gourous, des guérisseurs ou bien encore des sorciers ? Le médecin-rationnel parlera d'effets placebo ; le croyant, lui, parlera de "miracle" pour faire avancer son fond de commerce irrationnel.


 


Pourquoi relativisez-vous la parole du Christ qui vous dit que d'aimer ceux qui vous aime ne sert à rien ? D'après le Christ, pour aimer véritablement, il faut prendre comme Lui "sa Croix". Le
problème est que les croyants pensent que l'amour serait le "résultat" logique d'une raison, fusse-t-elle limitée. Non. En réalité, il y a seulement un 'acte d'amour" à chaque fois que je prends
volontairement ma Croix (comme le Christ) dans le but d'aimer ceux et celles qui me répugne le plus possible. Là, il y aurait eu véritablement un acte d'amour car je n'aurais pas été "téléguidé"
par mon instinct animal (fut-il aussi rationnel) qui me fera choisir une femme ou une amie "selon mes goûts égoïstes". Selon le Christ, il faut que la Raison prenne sa Croix. Sans la Croix,
l'Amour n'a aucun mérite. Ce n'est pas moi qui le dit, c'est votre Maître.


 


Ce n'est pas pour "gagner des mérites". C'est pour "aimer avec mérite", nuance !

L'Avocat du Diable 26/10/2012 21:27


C'est bien ce que je disais depuis le début... Si je n'ai pas la Foi, les croyants vont tout de suite m'accuser en disant que le problème vient de moi. Est-ce de ma faute si votre Dieu ne m'a pas
donné gratuitement la Foi, qui consiste à la base à poser un concept "surnaturel" ? Rationnellement, je veux bien croire en une "cause première" naturel. Mais cette "cause première" est une Foi
en ma propre rationalité. A l'inverse, la Foi au Christ implique une totale décadence de la Raison. Comment pouvez-vous croire en de telles inepties ? Il parait que Jésus est "vrai homme" avec
seulement la partie chromosomique de la Vierge Marie. Comment croire encore en cela au XXIème siècle ?


 


"la proclamation brutale du Kérygme risque bien de susciter l’ironie d’un grand nombre". C'est l'inverse ! Relisez le passage de St Paul à l'Aéropage ! Ce dernier a voulu "draguer" son auditoire en passant sous silence le Kérygme...
et lorsqu'à la fin, il annonce sa Foi, il se fait humilier par tous les intellectuels ! Votre argument de "causalité première" ne donnera pas poour autant la Foi ! Il est beaucoup plus
raisonnable de croire en une Cause première (si vous voulez l'appelez "Dieu", grand bien vous fasse) que de croire en la mythologie du Kérygme. Je préfère me "convertir" à une Cause première qui
elle, est entièrement rationnelle ! Celui qui a une foi infantile, c'est celui qui abdique sa Raison pour croire en des choses purement irrationnelles (multiplication des pains, marcher sur les
eaux, etc).


 


"Mais ces "concepts" que vous citez sont aussi des raisons !". Donc vous aimez votre femme à cause d'élements subjectifs ? Votre "amour" est donc bien relatif puisqu'il se base sur des raisons de "physique",
"d'atomes-crochus", etc. N'est-ce pas votre Seigneur qui vous dit que vous n'avez AUCUN mérite d'aimer ceux qui vous aime ? A quoi cela sert-t-il ? Un amour entièrement pur devrait "transcender"
tous concepts humains. Mère Teresa qui s'avançait avec joie vers des miséreux subjectivement repoussants à beaucoup plus aimé que vous car elle savait faire fi de tous "concepts humains". Un
amour qui s'accorde sur des concepts humains n'a à mes yeux aucun mérite (sur ce point là, je suis d'accord avec votre "Christ")


 


Malgré tout, le christianisme me semble une mythologie. Pendant de nombreux millénaires, il y a eu des croyances similaires. La Vierge-Marie est au christianisme ce que Gaïa est à la mythologie
grecque ou bien encore ce que Isis est à la mythologie égyptienne. Et on pourrait continuer longuement la liste. Ce n'est pas la première fois dans l'humanité qu'une vierge "enfante" ; Idem, on
nous a déjà fait le coup d'un Dieu qui ressuscite (Osiris, Dionysos, etc.). C'est même un
archétype de toutes les mythologies !


 


Jésus a eu un peu la même histoire que Prométhée. Savez-vous que Prométhée est aussi "descendu du Ciel" , qu'il s'est lui aussi "incarné", et qu'il a souffert, a été crucifié et est mort sur le
Mont Caucase ? Idem, Zeus nous a dejà fait le coup du déluge ! Et la divinité Sarapis guérissait aussi les malades ! Combien de temps vous faudra-t-il donc pour reconnaître que le christianisme
n'est qu'un continuum de toutes ces mythologies ? Il a fallu quelques millénaires pour que les mythologies egyptiennes et grecques s'effondrent... Le christianisme va bientôt suivre le même
mouvement... C'est une question de temps !

Matthieu 27/10/2012 20:34



"la Foi au Christ implique une totale décadence
de la Raison. Comment pouvez-vous croire en de telles inepties ? Il parait que Jésus est "vrai homme" avec seulement la partie chromosomique de la Vierge Marie. Comment croire encore en cela au
XXIème siècle ?" Jésus est vraiment homme, parce qu'il a revêtu tout ce qui constitue notre humanité : une âme spirituelle, et un corps de chair. Que Jésus soit né sans l'intervention
d'un père humain ne pose pas de problème à la raison, puisque celle-ci admet naturellement l'existence d'un Dieu créateur. Si Dieu est capable de créer toute chose à partir de
rien, a plus forte raison est-il capable de créer un homme à partir d'une vierge. Je crois sans difficulté que Jésus est né d'une vierge, parce que j'ai la certitude
rationnelle 1°) que Dieu est capable de créer de l'être à partir de rien, et 2°) que l'athéisme "implique une totale décadence de la
Raison".


 


"Celui qui a une foi infantile, c'est celui qui abdique sa Raison pour croire en des choses
purement irrationnelles (multiplication des pains, marcher sur les eaux, etc)." Les miracles ne sont pas irrationnels, puisqu'on les observe dans notre expérience empirique (si vous
en doutez, allez donc voir du côté de Lourdes...). Ce qui est rationnel, ce n'est pas ce que ma raison (limitée) peut concevoir a priori : c'est ce que la réalité me révéle d'elle-même à
l'observation : "On appelle pensée rationnelle
une pensée qui est conforme à l'expérience" (Claude Tresmontant). Les miracles, en outre, que
vous citez signifient la souveraineté de Dieu sur la matière - qu'Il a lui-même créé. Le problème de fond, ce ne sont donc pas les miracles en tant que tels : c'est l'existence du Dieu Créateur,
qui domine les éléments qu'il créé. Si vous croyez vraiment en un Dieu Créateur - et son existence peut-être rationnellement démontrée -, ce type de miracle n'est pas
irrationnel, mais dans la logique même d'une création qui est en situation de dépendance ontologique vis-à-vis de son Créateur.


 


"Mère Teresa qui s'avançait avec joie vers des miséreux subjectivement repoussants à
beaucoup plus aimé que vous car elle savait faire fi de tous "concepts humains". Un amour qui s'accorde sur des concepts humains n'a à mes yeux aucun mérite (sur ce point là, je suis d'accord
avec votre "Christ")" Que Mère Térésa ait beaucoup plus aimé que moi, je vous le concède volontiers! Je ne suis, croyez-le, qu'un pauvre pécheur.  Cela dit : si vous aimez pour gagner des mérites, je doute que votre amour soit absolument "pur"... 


 


Ce que je sais, c'est que Mère Teresa avait des raisons d'aimer les miséreux - qui n'étaient certes pas
ses sentiments pour eux, ni ses atomes-crochus, ni leur physique... mais sa conviction intérieure que chacun d'eux est à l'image de Dieu. En chaque pauvre, en chaque mourant, elle voyait Jésus,
son bien-aimé, avoir soif, avoir faim, être seul, souffrir, agoniser... C'est son amour pour Jésus qui a ouvert son coeur aux dimensions de l'humanité.


 


De même, quand Jésus nous demande d'aimer nos ennemis (qui est certainement la forme la plus haute de l'Amour),
il nous donne des raisons de le faire : parce que c'est ainsi que Dieu Lui-même se comporte avec nous, qui étions ses ennemis à cause de nos péchés. Il nous demande de donner aux autres
ce que nous recevons nous-mêmes de Dieu.


 


Un Amour "pur" de toute raison est donc une vue de l'esprit. Il n'y a pas d'amour humain sans raison - comme il
n'y a pas de Foi authentique sans raison. La Raison ne rend pas l'Amour impur - pas plus qu'il ne rend la Foi impure. Un vrai rationaliste ne peut pas voir dans la Raison une cause d'impureté. Ce sont ceux qui affirment que la Raison rend la
Foi et l'Amour impurs qui ne sont pas vraiment les amis de la Raison.


 


"Combien de temps vous faudra-t-il donc pour reconnaître que
le christianisme n'est qu'un continuum de toutes ces mythologies ?" C'est un argument que j'entends, et que je trouve intelligent. On peut avoir l'impression d'une réminiscence dans
le chistianisme des plus antiques mythologies. Mais on peut prendre aussi les choses à l'envers : si le christianisme est vrai (et cela s'établit par la raison), on peut considérer les
mythologies dont vous parlez comme de lointaines préfigurations des évènements du salut à venir. Comme si l'homme avait, depuis l'origine, l'intuition fondamentale du plan de Salut de Dieu - et
l'exprimait dans un langage mythique.


 


CS Lewis voyait le fait central du christianisme comme un "mythe devenu fait". Et pour Chesterton, l'Evangile réconcilie les "deux aspects de l'esprit humain" : la "quête mythologique" qui a besoin d'une histoire, et la "quête philosophique", qui a besoin d'une histoire vraie. "Cette parenté des thèmes mythiques - incarnation, mort, renaissance - ne doit pas être occultée mais revendiquée : elle
témoigne de la rencontre du christianisme et de la recherche que l'humanité fait du divin, recherche que Vatican II nous invite à considérer avec sympathie. Jésus n'est pas un mythe, mais les
mythes l'attendaient..." (Irène Fernandez)