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15 septembre 2010 3 15 /09 /septembre /2010 08:52

Texte de la Newsletter n°9 (publiée le 12 septembre 2010) du Groupe Facebook consacré à l'oeuvre de Claude Tresmontant, l'un des plus grands métaphysiciens du siècle passé – qui réfuta magistralement l'athéisme.

 

Les philosophes qui affirment que le monde qui nous entoure est une illusion – que la réalité authentique, c’est le Brahman, ou l’Un ou la Substance (selon le nom qu’on lui donne) – ces philosophes doivent affronter une difficulté majeure : il leur faut nous expliquer la cause d’être de cette illusion dans laquelle nous nous trouvons plongés. Pourquoi donc, si l’Être est UN, existe-t-il en apparence des êtres multiples qui n’ont pas conscience d’être l’UN ? Pourquoi le torturé ne sait-il pas qu’il forme avec son bourreau un seul et même être ? Pourquoi ce sentiment très vif dans l’esprit du torturé que sa torture n’est pas une illusion… Si l’Un est bien l’Unique, c’est en lui qu’il faut rechercher la cause de l’illusion. « Puisque seul l’Un existe, cette illusion est en réalité la sienne. L’illusion qui est la nôtre est l’illusion de l’Un. Le fait que nous soyons tombés ou déchus dans l’illusion, c’est le fait de l’Un. » (Claude Tresmontant, in Les Métaphysiques principales, Ed. François-Xavier de Guibert, p. 173).

 

Au commencement donc, il y a l’Un. L’Âme universelle. L’Être absolu, éternel, sans genèse et sans évolution. Dans la 4e Ennéade (8, 1 et s.), Plotin se demande comment l’Âme universelle a bien pu venir à l’intérieur de nos corps. Il voit deux explications possibles. La première, c’est celle d’une Chute de l’Un. L’Âme universelle est tombée dans le monde du multiple et de la matière ; elle s’est divisée, fragmentée, parcellisée. L’Âme depuis lors se trouve enchaînée ; elle est comme ensevelie. C’est la théorie de l’individuation par la matière. « L’Âme universelle qui est divine est unique. Mais elle est descendue ou tombée dans la matière ou la matérialité, qui est le principe du multiple. Et c’est ainsi que se sont constituées les âmes particulières, singulières, individuelles, selon les apparences du moins. » (op.cit., p. 174). La deuxième explication, c’est qu’après la Chute, l’Âme morcelée fait ce qui est mal...

 

Cette pensée qui nous vient de l’Inde ancienne était aussi celle des divers systèmes gnostiques qui proliféraient aux premiers siècles de notre ère. Elle a considérablement influencée la métaphysique d’Origène d’Alexandrie : « Origène expliquait que la première Création, la création originelle, était purement spirituelle. Les substances spirituelles pures et nues s’étaient séparées de l’Unité originelle, et ainsi s’était produite la chute qui a causé cet univers physique, divers et multiple. La matérialité de l’Univers physique est le résultat, la conséquence d’une chute. Les substances spirituelles pures et nues sont descendues dans des corps mauvais. L’individualisation des substances spirituelles et leur matérialité, leur incorporation, sont un unique et même processus, qui est une chute, une descente dans la matière » (op.cit., p. 176).

 

La conséquence de cette doctrine est double : d’une part, si nous sommes tous une parcelle de l’Âme universelle, si les âmes particulières résultent de l’individuation de Brahman, alors chacune de nos âmes est divine – l’âme individuelle est identique à l’Âme universelle. « Ce suprême Brahman, Atman universel, grande demeure de tout ce qui existe, plus subtil que le subtil, constant, il est toi en vérité, et toi en vérité tu es lui » (Kaivalyopanishad, 16). Notre âme existait donc avant la naissance de notre moi actuel, et elle existera encore après notre mort, pour l’éternité. Elle migre de corps en corps tant que dure sa captivité dans ce monde.

 

La deuxième conséquence, c’est le mépris des choses de la terre, de la chair, de la matière : « Ô Seigneur ! dans ce corps insubstantiel et puant, magma d’os, de peau, de muscles, de larmes, de chassie, d’excréments, d’urine, de bile et de phlegme, à quoi bon la satisfaction des désirs ? » (Maitry Upanishad, I, 3).

 

 

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Published by Matthieu BOUCART - dans Claude Tresmontant
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