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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 18:49

Extrait de l’exhortation apostolique post-synodale sur la Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l’Eglise, donnée par Benoît XVI le 30 septembre 2010, en la 6e année de son pontificat.

 

109. L’annonce johannique concernant l’Incarnation du Verbe révèle le lien indissoluble qui existe entre la Parole divine et les paroles humaines, à travers lesquelles elle se communique à nous. C’est à partir de cette considération que le Synode des Évêques s’est arrêté sur le rapport entre la Parole de Dieu et la culture. En effet, Dieu ne se révèle pas à l’homme de façon abstraite, mais en assumant des langages, des images et des expressions liés aux différentes cultures. Il s’agit d’un rapport fécond amplement attesté dans l’Histoire de l’Église. Aujourd’hui, ce rapport entre dans une nouvelle phase due à l’extension et à l’enracinement de l’Évangélisation au sein des différentes cultures et aux développements les plus récents de la culture occidentale. Ceci implique avant tout la reconnaissance de l’importance de la culture comme telle dans la vie de tout homme. Le phénomène de la culture dans ses multiples aspects se présente, en effet, comme un élément constitutif de l’expérience humaine : l’homme vit toujours selon une culture qui lui est propre, et qui, à son tour, crée entre les hommes un lien qui leur est propre lui aussi, en déterminant le caractère inter-humain et social de l’existence humaine.

 

La Parole de Dieu a inspiré tout au long des siècles les différentes cultures en engendrant des valeurs morales fondamentales, des expressions artistiques de choix et des styles de vie exemplaires. C’est pourquoi, dans la perspective d’une rencontre renouvelée entre la Bible et les cultures, je voudrais répéter à tous les acteurs du monde culturel qu’ils n’ont pas à craindre de s’ouvrir à la Parole de Dieu, qui ne détruit jamais la vraie culture, mais qui constitue un stimulant constant dans la recherche d’expressions humaines toujours plus appropriées et significatives. Toute culture authentique, pour être véritablement en faveur de l’homme, doit être ouverte à la transcendance, et finalement à Dieu.

 

110. Les Pères synodaux ont souligné combien il importe de favoriser chez les hommes de culture une juste connaissance de la Bible, y compris dans les milieux sécularisés et parmi les non-croyants ; l’Écriture Sainte contient des valeurs anthropologiques et philosophiques qui ont influencé positivement l’humanité entière. Il faut pleinement retrouver le sens de la Bible comme un grand trésor pour les cultures.

 

113. Au rapport entre Parole de Dieu et cultures, est liée aussi l’importance de l’utilisation attentive et intelligente des moyens de communication sociale, anciens et nouveaux. Les Pères synodaux ont recommandé une connaissance appropriée de ces instruments, en prêtant attention à leur développement rapide et à leurs différents niveaux d’interaction et en investissant plus d’énergies pour acquérir une compétence dans les différents secteurs, en particulier dans ce que l’on appelle les nouveaux médias, comme par exemple internet. Il existe déjà une présence significative de l’Église dans le monde de la communication de masse et le Magistère ecclésial s’est aussi exprimé à plusieurs reprises sur ce thème depuis le Concile Vatican II. L’acquisition de nouvelles méthodes pour transmettre le message évangélique fait partie de la tension évangélisatrice permanente des croyants et, aujourd’hui, la communication étend un réseau qui enveloppe tout le globe, donnant un sens renouvelé à l’appel du Christ : « Ce que je vous dis dans l’ombre, dites-le au grand jour; ce que vous entendez dans le creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits » (Mt 10, 27). La Parole divine, outre sa forme imprimée, doit résonner aussi à travers les autres formes de communication. C’est pourquoi, avec les Pères synodaux, je désire remercier les catholiques qui s’engagent avec compétence en vue d’une présence significative dans le monde des médias, en souhaitant un engagement encore plus large et plus qualifié.

 

Parmi les formes nouvelles de communication de masse, un rôle croissant est aujourd’hui reconnu à internet qui constitue un nouveau forum sur lequel il faut faire résonner l’Évangile, avec la conscience, toutefois, que le monde virtuel ne pourra jamais remplacer le monde réel et que l’Évangélisation ne pourra profiter de la virtualité offerte par les nouveaux médias pour instaurer des relations significatives que si l’on arrive à un contact personnel qui demeure irremplaçable. Dans le monde d’internet, qui permet à des milliards d’images d’apparaître sur des millions d’écrans dans le monde, devra apparaître le visage du Christ ainsi que la possibilité d’entendre Sa voix, car s’il n’y a pas de place pour le Christ, il n’y a pas de place pour l’homme.

 

114. Le Mystère de l’Incarnation nous fait savoir, d’une part, que Dieu se communique toujours dans une Histoire concrète, en assumant les codes culturels inscrits en elle, mais que d’autre part, la même Parole peut et doit se transmettre dans des cultures différentes, en les transfigurant de l’intérieur, grâce à ce que le Pape Paul VI appelait l’Évangélisation des cultures. La Parole de Dieu, comme du reste la foi chrétienne, manifeste ainsi un caractère profondément interculturel, susceptible de rencontrer et de faire se rencontrer les différentes cultures.

 

Dans ce contexte, on comprend aussi la valeur de l’inculturation de l’Évangile. L’Église est fermement persuadée de la capacité intrinsèque de la Parole de Dieu de rejoindre toutes les personnes quel que soit le contexte culturel qui est le leur : cette conviction découle de la Bible elle-même, qui, dès le Livre de la Genèse, prend une orientation universelle (Gn 1, 27-28), la maintient ensuite dans la bénédiction promise à tous les peuples grâce à Abraham et à sa descendance (cf. Gn 12, 3; 18, 18) et la confirme définitivement en étendant à “toutes les nations” l’Évangélisation. C’est pourquoi l’inculturation ne doit pas être confondue avec des processus superficiels d’adaptation et moins encore avec un syncrétisme confus qui dilue l’originalité de l’Évangile pour le rendre plus facilement acceptable. L’authentique paradigme de l’inculturation est l’Incarnation même du Verbe : une “acculturation”, ou une “inculturation”, sera réellement un reflet de l’Incarnation du Verbe, lorsqu’une culture, transformée et régénérée par l’Évangile, produit à partir de sa propre Tradition vivante des expressions originales de vie, de célébration et de pensées chrétiennes, en germant à partir de la culture locale, en valorisant les semina Verbi et tout ce qui est présent en elle de positif, en l’ouvrant aux valeurs évangéliques.

 

115. Si l’inculturation de la Parole de Dieu fait partie de manière impérative de la mission de l’Église dans le monde, la diffusion de la Bible à travers le précieux travail de traduction dans les différentes langues est un moment important de ce processus. À ce sujet, on doit toujours avoir présent à l’esprit que le travail de traduction des Écritures a commencé dès le temps de l’Ancien Testament, lorsqu’on a traduit le texte hébreu de la Bible oralement en araméen (Ne 8, 8.12) et, plus tard, par écrit en grec. Une traduction, en effet, est toujours plus qu’une simple transcription du texte original. Le passage d’une langue à une autre comporte nécessairement un changement de contexte culturel: les concepts ne sont pas identiques et la portée des symboles est différente, car ils mettent en rapport avec d’autres traditions de pensée et d’autres façons de vivre.

 

Pendant les travaux du Synode, on a dû faire le constat que différentes Églises locales ne disposent pas encore d’une traduction intégrale de la Bible dans leurs propres langues. Combien de peuples ont aujourd’hui faim et soif de la Parole de Dieu, mais malheureusement ne peuvent encore avoir un accès largement ouvert à la Sainte Écriture comme cela avait été souhaité au Concile Vatican II! C’est pourquoi le Synode considère qu’il est important avant tout de former des experts qui se consacrent à la traduction de la Bible dans les diverses langues (…).

 

116. L’Assemblée synodale, dans le débat autour de la relation entre la Parole de Dieu et les cultures, s’est sentie poussée à réaffirmer ce que les premiers Chrétiens ont pu expérimenter à partir du jour de la Pentecôte (cf. Ac 2, 1-13). La Parole divine est capable de pénétrer et de s’exprimer dans des cultures et des langues différentes, mais cette même Parole dépasse les limites des cultures particulières en créant une communion entre les divers peuples. La Parole du Seigneur nous invite à aller vers une communion plus large. Nous sortons de l’étroitesse de nos expériences et entrons dans la réalité qui est vraiment universelle. En entrant dans la communion avec la Parole de Dieu, nous entrons dans la communion de l’Église qui vit la Parole de Dieu. C’est sortir des limites de chaque culture dans l’universalité qui nous relie tous, nous unit tous, nous fait tous frères. C’est pourquoi, annoncer la Parole de Dieu demande toujours, à nous les premiers, un nouvel exode, d’abandonner nos cadres et nos représentations limitées pour laisser place à la présence du Christ en nous.

 

 

 

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Published by Matthieu BOUCART - dans Benoit XVI
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