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19 septembre 2010 7 19 /09 /septembre /2010 16:29

C’est avec grande joie que nous avons accueilli et vécu en ce jour béni la béatification du Cardinal John Henry Newman, au cours de cette quatrième et dernière étape de la visite apostolique du Pape Benoît XVI au Royaume Uni.

 

Ancien prêtre anglican, John Henry Newman est venu au catholicisme par l’étude des Pères de l’Eglise. « Passionné par la découverte des Pères de l’Église, peut-on lire dans la petite notice biographique du site de l’Association Française des Amis de Newman, il s’interroge sur les fondements de l’Église. Il devient le chef de file d’un mouvement de renouveau théologique, liturgique et spirituel de l’anglicanisme, connu sous le nom de "Mouvement d’Oxford". »

 

« Sa conviction grandissante que l’Église catholique romaine est le véritable successeur de l’« Église des Pères » le conduit, au prix d’énormes sacrifices personnels mais sans rupture sur le plan intellectuel, à quitter l’Église anglicane en 1845 pour rallier l’Église catholique. En 1848, il fonde l’Oratoire de saint Philippe Neri en Angleterre. »

 

« Théologien, historien, philosophe, prédicateur, romancier, poète, accompagnateur et guide spirituel, Newman est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages et d’une vaste correspondance d’un grand intérêt. »

 

C’est sur l’un d’entre eux que nous allons commencer de réfléchir en ce saint jour : l’« Essai sur le développement de la doctrine chrétienne. » Il s’agit d’un ouvrage extrêmement important qui s’efforce de penser la notion de « développement » et de l’appliquer au cas particulier du christianisme.

 

Comme chrétiens, nous croyons que Jésus-Christ a fondé avec ses Douze Apôtres une unique Eglise, et que celle-ci était faite pour durer dans le temps, pour Lui survivre après son passage sur la terre, et pour survivre à la mort du dernier Apôtre. La grande question est donc de savoir OÙ se situe aujourd’hui cette unique Eglise fondée par Jésus-Christ ? Dans l’Eglise catholique romaine ? Dans les communions protestantes ? Dans l’anglicanisme ?

 

Dans son introduction à l’œuvre de Newman, Louis Bouyer rappelle que la position originelle de Newman « revenait à définir l’anglicanisme par une double opposition au protestantisme et au catholicisme romain. On se déclarait d’accord avec les protestants pour reprocher à ce dernier d’avoir altéré la foi et les pratiques de l’Eglise primitive. Mais on se retournait aussitôt contre le protestantisme pour lui reprocher d’avoir simplement substitué de nouvelles innovations non moins graves, aux innovations romaines ».

 

« Que le protestant, écrivait Newman, prenne, de ses doctrines, celle qu’il voudra : sa conception de la justification, des cérémonies, de la superstition ; sa notion de la foi, de l’adoration en esprit ; sa négation de la vertu des sacrements, ou de la mission apostolique, ou de l’Eglise visible ; sa doctrine de l’efficacité divine des Ecritures comme seule source authentique de l’enseignement religieux. Qu’il examine si l’antiquité chrétienne, telle que nous la connaissons, lui apporte le moindre appui » et il verra qu’il est assez « facile de montrer que le protestantisme n’est pas le christianisme de l’Histoire » (« Essai sur le développement de la Doctrine chrétienne », Ad Solem 2007, p. 31).

 

Les Anglicans pour leur part « prétendaient (...) faire retour, non seulement en principes mais en fait, au christianisme de l’Eglise des premiers siècles » (Bouyer).

 

Mais la pensée de Newman allait peu à peu évoluer, devant la prise de conscience que l’anglicanisme lui-même n’échappait pas aux reproches simultanément adressés aux catholiques et aux protestants. A la fin de l'année 1842, écrit Bouyer : « l’idéal d’une Eglise qui n’évoluerait pas sinon pour se corrompre et qu’on pourrait ramener à un stade antérieur aux corruptions avait cessé de le satisfaire ».

 

Newman se range alors à l’idée que le développement est un phénomène inévitable, irrésistible, une loi de la Création, un dynamisme vital contenu dans le dépôt révélé de la foi lui-même ; et qu’il n’est donc pas nécessairement le signe d’une corruption, ainsi qu’il l’avait longtemps cru. « Le développement est un fait qui s’impose trop massivement pour qu’il puisse être question de le nier. Et c’est un fait universel » (Bouyer). Au point qu’aucune communauté chrétienne ne peut prétendre y avoir échappé. « Le changement, certains changements plus ou moins irréversibles, lui étaient apparus comme un fait irrécusable, apparent dans toutes les communions chrétiennes » (Bouyer).

 

Dès lors, dans sa recherche de l’authentique Eglise du Christ, la question qui le tourmentait allait-elle évoluer. Il n’était plus question de rechercher parmi toutes les confessions chrétiennes laquelle était la plus ressemblante aux premières communautés chrétiennes – celles des temps apostoliques –, mais celle dont on pouvait raisonnablement penser qu’elle était le fruit « naturel » du développement inévitable de la vérité révélée.

 

L’idée de développement étant acquise pour Newman – ce développement se constatant dans toutes les communautés se revendiquant comme chrétiennes – il restait à discerner le bon développement du mauvais ; à réfléchir non sur la pertinence du développement lui-même, mais sur la légitimité de l’orientation prise par tel développement.

 

« La vraie Eglise, écrit Bouyer, ne peut être une autre que celle qui a existé à l’origine, telle que le Christ l’a voulue et telle que les Apôtres l’avaient fondée. Mais l’espoir simpliste s’étant évanoui de la retrouver aujourd’hui telle qu’elle était alors en tout point », la question se pose désormais de savoir quels développements sont légitimes et quels ne le sont pas ; quels changements sont des corruptions et quels ne le sont pas ; et selon quels critères distinguer les développements légitimes, naturels et attendus, des corruptions et altérations du dépôt révélé ?

 

C’est toute la réflexion que l’on retrouve dans cet Essai, et que nous aurons ici l’occasion d’examiner à fond – compte tenu des nombreuses contradictions qui nous ont été opposées sur ce blog à maintes reprises et qui trouvent, me semble-t-il, dans cet ouvrage leur réponse définitive.

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Published by Matthieu BOUCART - dans John Henry Newman
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