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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 19:12

Extrait de l’exhortation apostolique post-synodale sur la Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l’Eglise, donnée par Benoît XVI le 30 septembre 2010, en la 6e année de son pontificat.

 

90. Saint Jean insiste sur le paradoxe fondamental de la foi chrétienne : d’une part, il affirme que « Nul n’a jamais vu Dieu » (Jn 1, 18; 1 Jn 4, 12). En aucune manière, nos images, nos concepts ou nos mots ne peuvent définir ou mesurer la réalité infinie du Très-Haut. Il reste le Deus semper maior. D’autre part, Jean affirme que réellement « le Verbe s’est fait chair » (Jn 1, 14). Le Fils unique qui est tourné vers le sein du Père, a révélé le Dieu que « personne n’a jamais vu » (Jn 1, 18). Jésus-Christ vient chez nous, « plein de grâce et de vérité » (Jn 1, 14) qui à travers lui nous sont données (Jn 1, 17) ; en effet, « tous nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce » (Jn 1, 16). De cette manière, l’évangéliste Jean, dans son Prologue, contemple le Verbe, de son habitation en Dieu à son Incarnation, jusqu’à son retour dans le sein du Père, emportant avec lui notre humanité qu’il a assumée pour toujours. Par cette sortie du Père et par ce retour à lui (cf. Jn 13, 3; 16, 28; 17, 8.10), il se présente à nous comme le ‘Narrateur’ de Dieu (cf. Jn 1, 18). Le Fils, en effet, affirme Saint Irénée de Lyon, « est le Révélateur du Père ». Jésus de Nazareth est, pour ainsi dire, l’‘exégète’ de Dieu que « personne n’a jamais vu ». « Il est l’image du Dieu invisible » (Col 1, 15). Ici, s’accomplit la prophétie d’Isaïe sur l’efficacité de la Parole du Seigneur : comme la pluie et la neige qui descendent des cieux pour irriguer et faire germer la terre, ainsi la Parole de Dieu « ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce que je veux, sans avoir accompli ma mission » (Is 55, 10s). Jésus-Christ est cette Parole définitive et efficace qui est venue du Père et qui est retournée à Lui, en réalisant parfaitement sa volonté dans le monde.

 

91. Le Verbe de Dieu nous a communiqué la vie divine qui transfigure la face de la terre, faisant toutes choses nouvelles (cf. Ap 21, 5). Sa Parole fait de nous non seulement les destinataires de la Révélation divine, mais aussi ses messagers. Lui, l’envoyé du Père pour faire sa volonté (Jn 5, 36-38; 6, 38-40; 7, 16-18), nous attire à lui-même par sa vie et par sa mission. L’Esprit du Ressuscité habilite ainsi notre vie à l’annonce efficace de la Parole dans le monde entier. C’est l’expérience de la première communauté chrétienne qui voyait la Parole se répandre grâce à la prédication et au témoignage (cf. Ac 6, 7). Je voudrais ici me référer particulièrement à la vie de l’Apôtre Paul, un homme totalement saisi par le Seigneur (cf. Ph 3, 12) – « je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20) – et par sa mission : « malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile » (1 Co 9,16), conscient que tout ce qui est révélé dans le Christ, est réellement le salut de tous les Gentils, la libération de l’esclavage du péché pour entrer dans la liberté des fils de Dieu.

 

En effet, ce que l’Église annonce au monde est le Logos de l’espérance (cf. 1 P 3, 15); l’homme a besoin de la ‘grande Espérance’ pour vivre son présent, la grande Espérance qui est Dieu qui possède un visage humain et qui nous ‘aima jusqu’à la fin’ (Jn 13, 1). Pour cette raison, l’Église est missionnaire dans son essence. Nous ne pouvons pas garder pour nous-mêmes les paroles de la vie éternelle, qui nous ont été données dans la rencontre avec Jésus-Christ : elles sont destinées à tous, à tout homme. Toute personne de notre temps, qu’elle le sache ou non, a besoin de cette annonce. Puisse le Seigneur lui-même, comme au temps du prophète Amos, susciter dans les hommes une faim et une soif nouvelles des paroles du Seigneur (cf. Am 8, 11). Notre responsabilité est de transmettre à notre tour ce que nous avons reçu par grâce.

 

92. Le Synode des Évêques a insisté sur la nécessité de redonner vigueur dans l’Église à la conscience missionnaire, présente au sein du Peuple de Dieu depuis ses origines. Les premiers Chrétiens ont considéré l’annonce missionnaire comme une nécessité dérivant de la nature même de la foi : ils croyaient en un Dieu qui était le Dieu de tous, l’unique et vrai Dieu qui s’était révélé dans l’histoire d’Israël et, finalement, en son Fils, donnant ainsi la réponse qu’au fond d’eux-mêmes tous les hommes attendent. Les premières communautés chrétiennes ont compris que leur foi n’appartenait pas à une tradition culturelle particulière – distincte suivant les peuples –, mais au domaine de la vérité, qui concerne de manière égale tous les hommes.

 

C’est encore Saint Paul qui, par sa vie, nous éclaire sur le sens de la mission chrétienne et sur son universalité originelle. Pensons à l’épisode des Actes des Apôtres sur l’Aréopage d’Athènes (cf. 17, 16-34). L’Apôtre des Gentils entre en dialogue avec des hommes de cultures diverses, en étant conscient que le Mystère de Dieu, Connu-Inconnu, dont chaque homme a la perception, quoique confuse, s’est réellement révélé dans l’histoire : « ce que vous vénérez sans le connaître, voilà ce que, moi, je viens vous annoncer » (Ac 17, 23). En effet, la nouveauté de l’annonce chrétienne est la possibilité de dire à tous les peuples : « Il s’est montré, lui personnellement. Et à présent, le chemin qui mène à lui est ouvert. La nouveauté de l’annonce chrétienne ne réside pas dans une pensée, mais dans un fait: Dieu s’est révélé ».

 

93. Par conséquent, la mission de l’Église ne peut être considérée comme une réalité facultative ou optionnelle de la vie ecclésiale. Il s’agit de laisser l’Esprit Saint nous configurer au Christ même, en participant ainsi à sa mission : « de même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie » (Jn 20, 21), de manière à communiquer la Parole par toute notre vie. La Parole elle-même, nous envoie vers nos frères : c’est la Parole qui illumine, purifie et convertit ; nous ne sommes, nous, que des serviteurs.

 

Il est nécessaire donc, de redécouvrir toujours davantage l’urgence et la beauté d’annoncer la Parole, en vue de l’avènement du Règne de Dieu prêché par le Christ lui-même. En ce sens, renouvelons en nous la conscience, combien familière chez les Pères de l’Église, que l’annonce de la Parole a comme contenu le Règne de Dieu (cf. Mc 1, 14-15), qui est la personne même de Jésus (l’Autobasileia) comme le rappelle bien Origène. Le Seigneur offre le Salut à tous les hommes de toute époque. Nous comprenons tous combien il est nécessaire que la lumière du Christ illumine tous les domaines de l’humanité : la famille, l’école, la culture, le travail, le temps libre et les autres secteurs de la vie sociale. Il ne s’agit pas d’annoncer une parole de consolation, mais une parole de rupture qui invite à la conversion, qui rend possible la rencontre avec Dieu, germe d’une humanité nouvelle.

 

  

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Published by Matthieu BOUCART - dans Benoit XVI
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