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4 juillet 2010 7 04 /07 /juillet /2010 14:10

Nous poursuivons notre méditation du premier verset du livre de la Genèse.

 

« Au commencement, Dieu… ».

 

Au commencement, c’est-à-dire à la racine ontologique de notre univers, il y a… Dieu. « Elohim » en hébreu. Ce terme nous donne une indication précieuse quant à l’origine du texte biblique – Dieu n’étant pas désigné ainsi dans toute l’Ecriture.

 

L’expression « Elohim » était employée dans l’école hébraïque dite « sacerdotale » – une tradition littéraire se rattachant à une période particulière de l’Histoire d’Israël : l'exil du peuple hébreu à Babylone (587-538). Elle était l'oeuvre de prêtres d’Israël qui relisaient leurs traditions, rites et coutumes pour maintenir la foi et l'espérance du peuple déporté. Nous sommes donc en présence d’un texte rédigé en période de crise ; un texte de combatmarqué « par la rigueur de la théologie, le sentiment aigu de la transcendance de Dieu qui réagit contre les tentations du syncrétisme ambiant » (Alain Marchadour).

 

Avec la prise de Jérusalem en 587, Israël a tout perdu : sa terre (qui lui avait été donnée par Dieu) de laquelle il a été chassé ; son Temple (qui manifestait la présence de Dieu au milieu de son peuple), profané par les troupes de Nabuchodonosor et détruit ; son Roi (de la descendance duquel devait naître le Messie). Des signes de l’Alliance et de la réalisation de la Promesse, il ne reste plus qu’un tas de ruine fumant. Le Dieu d’Israël apparaît vaincu et les dieux concurrents (tel Mardouk, le dieu de Babylone), triomphants et victorieux.

 

Chaque année, à Babylone, était célébrée la grande fête du dieu Mardouk. A cette occasion, les esclaves juifs étaient contraints de réaliser d’importants travaux de terrassement : combler les ravins, abaisser les collines ; de chemins tortueux faire d’amples avenues… pour préparer la voie triomphale par laquelle devait passer le cortège, roi et statue de l’idole en tête ! Pour les juifs croyants, c’était l’humiliation suprême et le déchirement intérieur… A l’occasion de cette fête, on récitait le poème de l’Enouma Elish (poème babylonnien de la Création) racontant les débuts du monde et la Création de l’humanité – qui commençait ainsi : « Lorsqu’en haut le ciel n’était pas nommé, qu’en bas la terre ferme n’avait pas reçu de nom, ce fut Apsou l’initial qui les engendra, la causale Tiamat qui les enfanta tous »

 

Dans ce contexte, les prêtres d’Israël, cherchant à maintenir vivante la foi au Dieu unique et la pratique sacrée du sabbat, ont eu l’idée de composer leur propre poème de Création – et c’est notre texte de Genèse 1. Ses rédacteurs replacent la Création dans le cadre des sept jours de la semaine s’achevant par le repos sabbatique de Dieu (rappelant ainsi la nécessité pour l’homme de se reposer un jour de la semaine pour le consacrer à Dieu).

 

On voit donc que notre texte est relativement tardif dans l’Histoire du peuple Juif (autour du 6e siècle avec Jésus-Christ, vers la fin de l’exil) et que ce n’est pas parce qu’il se trouve en tête de notre Bible qu’il est le plus ancien ! La méditation qu’il propose de l’action créatrice de Dieu intègre toute l’expérience du peuple hébreu de l’action libératrice de Dieu en sa faveur. Notre texte ne se veut donc pas une description exacte de ce qui s’est passé aux origines, mais une profession de foi au Dieu unique et libérateur d’Israël. C’est un texte théologique, et non scientifique.

 

Mais revenons sur le mot « Dieu »… « Elohim » en hébreu. C’est un nom dérivé de l’arabe, « aliah », qui signifie « trembler ». Elohim est l’être devant lequel on tremble, l’être souverainement redoutable, l’être devant lequel aucune puissance humaine et angélique ne peut résister. C’est la toute-puissance de Dieu qui est ici exaltée, sa grandeur et sa magnificence ; sa radicale transcendance. Il est l’Ëtre à la source de tous les êtres ; il est l’Être absolu et incréé, qui n’a besoin de rien ni de personne pour exister : il EST, tout simplement (« Je SUIS Celui qui SUIS » dira-t-il à Moïse dans la révélation au buisson ardent en Ex 3. 14).

 

Le nom « Elohim » a ceci d’étrange qu’il est… au pluriel. Doit-on y voir là un relent de polythéisme ? Non, bien sûr. En raison du contexte historique décrit plus haut dans lequel le texte est rédigé – il s’agit en effet d’affirmer la suprématie du Dieu Unique d’Israël sur les faux dieux païens (les idoles). Et parce que le verbe qui suit immédiatement ce nom d’Elohim (le verbe « bara »), lui, est au singulier. Il est donc évident que l’auteur emploi le nom d’Elohim dans un sens monothéiste, et que le pluriel renvoie à la pluralité des perfections redoutables de l’Être suprême par lesquelles notre auteur désigne Dieu (dont le Nom très Saint est imprononçable pour l’homme). « Ce qu’est Dieu dans son être, personne ne le saisira en profondeur, ni l’esprit angélique, ni l’esprit humain » disait Jésus à Ste Faustine (in Petit Journal, § 30) : « Prends connaissance de Dieu, lui demandait-il, par la contemplation de ses attributs ».

 

Bien sûr, les pères de l’Eglise ont vu dans ce pluriel « Elohim » une référence à la pluralité des personnes divines, et dans le verbe conjugué au singulier une allusion à leur unité. Le tout premier verset de notre Bible porte donc la trace de la Sainte Trinité ! Nous verrons que l’Ecriture elle-même atteste que l’œuvre de la Création est une œuvre Trinitaire ; que Dieu (le Père) créé le monde par sa Parole (le Verbe) dans le souffle de son Esprit.

 

« Au commencement, Dieu… ».

 

« Dès le commencement, Dieu existe et son existence s’impose comme un fait initial qui n’a besoin d’aucune explication. Dieu n’a ni origine, ni devenir ; l’Ancien Testament ignore les théogonies qui, dans les religions de l’Orient ancien, explique la construction du monde par la genèse des dieux. Parce qu’il est seul, « le premier et le dernier », le monde est tout entier son œuvre, sa Création » (Vocabulaire de théologie biblique, « Dieu », Cerf, p. 278).

 

« Au commencement… Dieu. »

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Published by Matthieu BOUCART - dans Bible
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