Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
30 mars 2007 5 30 /03 /mars /2007 08:08

Nous l’avons vu dans notre dernier article, pour connaître la vérité sur Dieu, la vérité de Dieu, il nous est nécessaire que Dieu lui-même se révèle en Personne. Car si Dieu est bien l’Absolu transcendant, le Tout-Autre de la Bible, bref, si Dieu est Dieu, alors il faut bien s’attendre à ce qu’il ne soit pas immédiatement accessible, perceptible, et compréhensible à la raison humaine : il est par essence l’Au-delà de tout, et en particulier, l’au-delà de toutes nos conceptions, de toutes nos pensées. Il y a dès lors comme un abîme infranchissable entre Lui et nous.

Notre humaine raison n’étant pas capable par elle-même et à elle seule de concevoir ce Dieu si grand et si Saint, il faut donc en quelque manière qu’Il descende jusqu’à nous pour se faire connaître. Sans quoi, nombre de nos questions demeureraient irrémédiablement sans réponse... C’est précisément cette descente, cette kénose de Dieu qui s’opère dans l’incarnation du Fils de Dieu. En Jésus-Christ, Dieu se rend accessible à notre humaine raison pour nous conduire dans son Royaume, là où notre raison ne saurait à elle seule nous mener.

Pour autant, lorsque Dieu se révèle, il ne nous fait pas entrer dans un ordre de déraison ou de folie, mais il nous donne accès tout au contraire à une Raison supérieure, sa Sagesse éternelle, qui est la source même de notre propre raison.

Comme l’écrivait le Père Carré : « L’oreille humaine, merveilleux organe, ne peut percevoir les ultrasons, et pourtant, les ultrasons existent. Il en va de la raison comme de l’oreille. Il existe un ultrarationnel que la raison ne peut atteindre. »

Dans la Révélation, la Sagesse divine s’adresse à notre raison ; elle l’élève et la conduit vers un degré de connaissance supérieur, divin, qui peut paraître « folie » à notre raison blessée par le péché originel, mais qui ne cesse jamais en réalité d’être Sagesse de Dieu.

Non ! notre Dieu n’est pas fou, et ne nous demande pas de le devenir. C’est le monde qui est fou, et qui prend pour de la folie l’expression même de la Sagesse éternelle du Père qui « se révèle juste à travers ce qu’elle fait » (Mt 11. 19).

Saint Paul ne dit pas autre chose :

- « Le langage de la croix est folie POUR ceux qui vont vers leur perte, mais pour ceux qui vont vers leur salut, pour nous, il est puissance de Dieu » (1 Co 1. 18) ;

- « nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie POUR les peuples païens » (1 Co 1. 23) ;

- « Car la folie de Dieu est plus sage que l'homme, et la faiblesse de Dieu est plus forte que l'homme » (1 Co 1. 25)

- « L'homme qui n'a que ses forces d'homme ne peut pas saisir ce qui vient de l'Esprit de Dieu ; POUR lui ce n'est que folie, et il ne peut pas comprendre, car c'est par l'Esprit qu'on en juge. » (1 Co 2. 14).

C'est donc un contresens, à mon humble avis, que d’invoquer ces textes de l’Ecriture pour disqualifier, réduire ou dévaluer l'oeuvre de la raison, en laquelle nous pouvons placer tout au contraire notre confiance pour penser le monde et l’univers, et parvenir ainsi à la connaissance de Dieu. J’ai même la faiblesse de penser que la raison nous a été donnée précisément pour cela…

Dans ton article du 13 mars 2007 , tu m’objectes, Miky, qu’« en voulant maintenir une confiance absolue en une raison toute-puissante (... je pense avoir démontré dans mon dernier article que je ne considère nullement la raison « toute puissante »), l'Eglise romaine ne tient pas compte des résultats fournis par la raison, et donc déroge aux principes de cette dernière. »

Mais il me semble, moi, tout au contraire que l’Eglise est bien la seule à tenir compte précisément « des résultats fournis par la raison » ! Quels résultats ? Eh bien ces résultats prodigieux que l’analyse rationnelle a permis d’obtenir sur le plan scientifique.

Je pense par exemple aux travaux de Urbain Le Verrier, qui a découvert la planète Neptune en 1846 au terme d’une démarche purement rationnelle, un calcul mathématique réalisé à partir des écarts constatés entre les positions théoriques d’Uranus, au regard de l’attraction solaire, des perturbations produites par Jupiter et Saturne, et du mouvement effectivement constaté par l’observation. Lorsqu’après avoir fait son calcul, Le Verrier demanda au directeur de l’observatoire de Berlin de pointer sa lunette sur l’endroit indiqué, ô miracle, la planète s’y trouvait ! Ce qui inspira à François Arago cette parole, prononcée à l'Académie des Sciences : « M. Le Verrier vit le nouvel astre au bout de sa plume »

Je songe également à Mendeleev qui avait décrit, en 1869, les propriétés des éléments qui auraient dû figurer dans les quelques cases laissées libres de son tableau périodique. La découverte ultérieure de ces éléments vint confirmer de manière éclatante les prévisions du chimiste russe…

On se souvient également comment Lemaître en 1927, Robertson en 1929, et Tolman en 1930, qui ne se connaissaient pas, avaient proposé des modèles d’univers à rayon variable… que les découvertes empiriques de Hubble et Humason allaient ensuite confirmer !

Et l’on pourrait multiplier les exemples.

L’expérience historique confirme donc la légitimité de l’analyse rationnelle non empirique. Elle nous montre de quelle manière la pensée peut atteindre la connaissance du vrai à partir d’une simple réflexion de l’esprit humain. Les limites que tu y poses, Miky, ne se trouvent donc pas là où tu les situes. Et le préjugé empiriste, selon lequel il n’y aurait de science certaine qu’expérimentale, se trouve contredit aujourd’hui… par la science elle-même !

Il n’est dès lors pas raisonnable de songer qu’il ne puisse y avoir de science certaine qu’expérimentale. Notons d’ailleurs que si tel était le cas, les mathématiques cesseraient de facto d'être une discipline scientifique, puisqu’elles ne sont pas expérimentales…

Cela dit, je te rejoins complètement sur la nécessité de se fier à l’expérience, et à tout ce qu’elle peut nous révéler de l’univers et de ses secrets (cf. ton texte de John Stuart Mill). C’est d’ailleurs le cœur de la philosophie première d’Aristote, dont s’inspirent tant les métaphysiciens catholiques.

Je suis d’accord avec toi pour considérer l’expérience comme pourvoyeuse d’informations précieuses et fiables, de preuves tangibles et réelles, pour parler comme Stuart Mill, à partir desquelles on peut raisonner correctement.

Mais je trouve en revanche tout à fait injustifié et déraisonnable de s’en tenir là, et d’invalider toute extrapolation métaphysique comme "non scientifique" au seul motif qu’elle ne seraient pas empirique, considérant qu’en dehors de l’expérience, il ne saurait y avoir de preuves recevables. Je trouve cela excessif, et de toute façon contredit par les faits, et… par l’expérience scientifique elle-même.

(à suivre...)

Partager cet article

Repost0

commentaires

laetitia 02/04/2007 14:11

bonjourj'ai 15 ans et je suis chrétienne ça me touche de voir qu'il existe dans ce monde beaucoup d'autres chrétiens que moi  et que je ne suis pas la seule !

Mclaughlin 01/04/2007 23:28

J'aime,tres intéressant.

Eric George 31/03/2007 13:18

Nous prenons tous les deux nos risques, vous celui de voir votre raisonnement battu en brêche et de donner ainsi de bonnes raisons de cesser de croire à ceux qui croient.Moi, celui de voir la Bonne Nouvelle pas aussi efficace auprès des non-croyants, que le croyais...

Matthieu 31/03/2007 12:38

C'est dommage alors, car vous risquez bien de n'avoir rien à dire à ceux de nos contemporains qui ne croient pas en l'existence de Dieu. Je ne vois guère en effet comment vous pouvez espérer toucher quiquonque en martelant à qui voudra bien l'entendre que Jésus-Christ est le Fils d'un Dieu en lequel vous ne donnez aucune raison de croire. Bonne chance à vous, cher Pasteur!
http://totus-tuus.over-blog.com/article-5885488.html
Quant à l'article d'Alexis Masson, je ne vois pas très bien en quoi il peut te satisfaire, Miky. Primo, il fait la confusion habituelle entre la foi et la croyance en l'existence de Dieu. Deuxio, ses développements sur la théologie spéculative et la théologie objective n'ont de sens que si l'on a déjà résolu la question de savoir s'il est raisonnable ou non de croire en la Révélation biblique. L'auteur part un peut vite à mon sens du postulat selon lequel la révélation biblique est digne de foi. Encore faut-il l'établir préalablement.
http://totus-tuus.over-blog.com/article-2476243.html

Eric George 31/03/2007 11:56

Je crois Matthieu que nous nous comprenons mal et que nous exagérons chacun la position de l'autre. Pour ma part, je ne défend pas une foi déconnectée de la raison mais je ne veux pas d'une foi assujetie à la raison. Nous sommes donc d'accord sur la limite du raisonnement Je ne pense pas une seconde que vous appeliez folie, la sagesse de Dieu, mais simplement au regard de la raison humaine, je trouve vos arguments moins convaincants que ceux de Micky ou de Conté Sponville, alors même que je suis chrétien. Je reste donc très circonspect par rapport à l'utilité de démontrer l'existence de Dieu à partir d'un raisonnement humain...

Miky 31/03/2007 11:50

Cher Matthieu, Je ferai une réponse à ton article et au précédent sur le même sujet prochainement (il faut aussi que je réponde à ti'hamo par la même occasion). J'ai passé le CAPES écrit de documentation hier et avant-hier, d'où ma présence sporadique sur la blogosphère. Mais à présent que j'ai un peu plus de temps, je vais pouvoir me remettre à "bloguer". La revue "Philosophie" n'est pas si mal, particulièrement le dernier n° avec un intéressant dossier sur l'éthique sexuelle que je te conseille (et qui passe en revue un peu tous les points de vue sur la question). Je crois d'ailleurs que tu as cité au moins une fois un passage tiré de ce magazine dans ton blog... En attendant que je te réponde, je te conseille (ainsi qu'à tes lecteurs) la lecture de cet article d'Alexis Masson, qui recoupe partiellement notre thématique, et dont je partage les analyses. Note que l'auteur est chrétien et, d'autre part, je ne pense pas qu'on puisse lui faire le reproche d'être irrationnel, y compris dans sa manière de vivre sa foi. Pour autant, il se situe aux antipodes de ta démarche de théologie naturelle. En revanche, il illustre admirablement bien, à mon sens, comment le rôle de la raison me paraît concevable dans un contexte chrétien. http://philalethes.over-blog.com/article-6014924.html Amicalement, Miky

Matthieu 31/03/2007 10:38

Cher Pasteur,
Tout est dans le "vous restez au niveau". Je ne sais plus dans quelle langue le dire, mais il me semblait avoir expliqué dans mon précédent article sur la "raison et le Christ" qu'on ne pouvait pas précisément "en rester au niveau" de la seule raison philosophique... Essayez quand même de décrypter ma pensée dans son ensemble, sinon, on risque de multiplier les malentendus.
Cela dit, il est absurde et dangereux à mon sens de se défier par principe du raisonnement métaphysique ou des dernières données de la science (A moins que tout ce qui est humain vous soit étranger)...
Absurde, parce que comme vous le dites vous-mêmes : la raison est "une très belle chose". Elle nous  été donnée par Dieu pour que nous éprouvions la joie de découvrir et de connaître. Qu'il y ait des manières erronnées de raisonner, je suis d'accord avec vous (la nouvelle revue grand public "Philosophie" me donne chaque mois l'occasion de le constater...). Mais il ne faut pas "jeter le bébé avec l'eau du bain"! Or, j'ai l'impression que vous rejetez par principe toute démarche philosophique, ainsi que la théologie naturelle (qui est pourtant, comme son nom l'indique, une théologie). Vous me faites ainsi penser à ceux qui rejètent par principe la religion au motif que l'on tuerait en son nom. Ne trouvez-vous pas cela excessif?
Dangereux aussi parce que déconnectée de la raison, le sentiment religieux peut dériver vers n'importe quoi. Exemples : les sectes, le paganisme, le mouvement "Créationniste" américain, le protestantisme (je plaisante.........................)...
Enfin, je crois que vous êtes bien l'un de mes seuls lecteurs à considérer que j'estime folie la sagesse de Dieu. Si c'est vraiment ce que vous pensez, il faudra me l'expliquer...

Eric George 31/03/2007 09:14

Eh bien simplement qu'en utilisant le recours aux catégories de la philosophie et du déisme (théologie naturelle) vous restez au niveau de cette sagesse qui finit par estimer folie la sagesse de Dieu

Matthieu 30/03/2007 18:36

Cher Pasteur,
Je vous rassure, j'ai fait tout un article pour bien situer les limites de la raison que je ne considère nullement "toute puissante", comme l'écrivais Miky :
http://totus-tuus.over-blog.com/article-6124231.html
Pour autant, j'affirme que notre raison est capable de parvenir avec certitude à la connaissance de l'existence de Dieu à partir de la Création, conformément à ce que nous enseigne la Bible elle-même :
http://totus-tuus.over-blog.com/article-5607421.html
Enfin, qu'entendez-vous lorsque vous dites que "l'Eglise catholique prétend utiliser la sagesse du monde"?

Eric George 30/03/2007 17:33

Mais Matthieu, je n'ai jamais dit que Dieu était fou ni qu'il nous demandait de le devenir,je maintiens en revanche que Paul nous rappelle les limites de notre propre raison.La raison humaine est une très belle chose, sauf quand elle oublie ses propres limites : Vous avez soigneusement passés sous silence ces versets qui aident à comprendre cette limite que Paul pose à la raison humaine :Car il est écrit je détruirais la sagesse des sages et l'intelligence des intelligents. Ou est le sage ? Ou est le docteur de la loi ? Ou est le raisonneur de ce siècle ? Dieu n'a-t-il pas rendu folle la sagesse du monde ? En effet, puisque le monde par le moyen de la sagesse n'a pas connu Dieu dans la sagesse de Dieu, c'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ce qui croient...I corinthiens I, 19 à 21Pour moi, quand l'Eglise catholique prétend utiliser la sagesse du monde, elle prend justement appui sur cette sagesse qui est en fait folie. Et son argumentation sort justement de cet "ultrarationnnel" (j'aime bien ce terme) pour retomber au niveau de ses détracteurs. Et à ce niveau, désolé, mais les arguments d'un Conté Sponville me semble plus fort que les votres.Bref, il me semble qu'il y a dans votre discours sur la raison une confusion parce que vous utilisez le même terme de raison pour la raison du monde (qui nous fait prendre pour folie la sagesse de Dieu) et la sagesse de Dieu.

Présentation

  • : Totus Tuus
  • : A Jésus par Marie - Un site catholique pour apprendre à connaître et aimer Dieu de tout son coeur et de toute son intelligence.
  • Contact

Cher ami lecteur, tu es le e visiteur. La Paix soit avec toi. 

Ecouter un enseignement sur la foi catholique

Vous rendre sur le blog ami dédié à Claude Tresmontant

Visiteurs actuels