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10 septembre 2009 4 10 /09 /septembre /2009 08:47

Homélie du Cardinal André Vingt-Trois prononcée en la fête de l’Annonciation à Lourdes, le 26 avril 2008.

Trois mois de bonheur. Entre Elisabeth et Marie sa cousine, trois mois à savourer la joie des enfants qu’elles attendent, chacune : Elisabeth attend Jean-Baptiste qui a tressailli dans son sein et Marie attend Jésus. Pour chacune d’elles, cet enfant qui va venir, qui est déjà présent, qui bouge et qui tressaille, c’est le signe de Dieu vivant. Trois mois de bonheur, trois mois de joie. Comme nous voudrions entrer dans cette joie, partager ce bonheur, nous réjouir avec elles. Qui ?
Qui voudrait ne pas être heureux ? Qui voudrait ne pas chercher le bonheur ? Personne. Tout le monde veut être heureux. Tout le monde veut connaître le bonheur. Et pourtant… Pourtant, tout le monde ne le connaît pas. Alors peut-être faut-il chercher ensemble quelques instants la clef de ce bonheur que l’on cherche sans le trouver, de ce bonheur que l’on croit avoir trouvé et qui se révèle moins « bonheur » qu’on ne le pensait et même quelquefois un peu malheur, ce qui fait qu’au lieu de se laisser porter par la joie de vivre, l’allégresse, on est un peu écrasé par le doute, la mélancolie, la tristesse… On cherche toujours la clef. Qui nous donnera la clef du bonheur ? Qui sera capable d’ouvrir pour nous la porte du bonheur ?

Voilà ce que nous allons essayer de comprendre en regardant et en écoutant Elisabeth et Marie. Qu’est-ce qui les rend heureuses ? Qu’est-ce qui fait que Marie exulte de joie ? Qu’est-ce qui lui fait chanter « Magnificat » ? Ce n’est pas la richesse : elle n’est pas riche. Ce n’est pas la notoriété : elle n’est pas connue ; pas encore ; elle le sera plus tard mais elle ne sera plus sur notre terre. Ce ne sont pas les choses extraordinaires qu’elle fait : elle ne fait rien d’extraordinaire. Ce qui lui fait connaître la joie, c’est d’avoir cru à la Parole du Seigneur. Elle a cru ce que Dieu lui a dit par le message de l’Ange, elle a cru que Dieu voulait faire quelque chose avec elle, elle a cru que Dieu faisait appel à elle pour changer quelque chose dans ce monde. Elle a cru et elle a fait confiance. Cette confiance qu’elle a accordée à la Parole du Seigneur va changer toute sa vie. Non seulement elle va avoir un fils, mais quel fils ! Non seulement elle va être témoin de ce qu’il fait : des paroles, des signes, mais encore elle va être entraînée avec lui jusqu’à donner tout ce qu’elle a : son fils, son fils unique, qui sera cloué sur la croix. Malgré les épreuves, malgré les souffrances, malgré ce Mal absolu, ce fils, qui est le don de Dieu, c’est sa joie.

Essayons cette clef du bonheur sur notre serrure, sur notre vie.
Où cherchons-nous le bonheur ? Qu’espérons-nous ? Où croyons-nous que nous allons trouver la joie ? On peut trouver un peu de joie en buvant, et on peut trouver beaucoup de tristesse en buvant trop. Pas seulement parce que l’on a le vin triste, mais parce que la joie que donne l’effet artificiel laisse la place au vide. On peut trouver un peu de joie en achetant beaucoup de choses, en courant le monde, en cherchant à vivre des « trucs » extraordinaires, mais ce que l’on achète s’use, se perd, ne nous plaît plus ; les retours ne sont pas toujours joyeux, et il n’est pas donné à tout le monde de vivre des « trucs » extraordinaires. La joie, le bonheur que Dieu nous propose, il nous le donne gratuitement, sans payer, sans argent. Nous y entrons en prenant l’eau et le pain et le vin qu’il nous donne et sa Parole qu’il met en nous. Alors, si vous voulez vraiment progresser sur le chemin du bonheur, prenez ce petit sentier, où il y a quelquefois des pierres sous vos pas et des épines qui accrochent, mais où l’eau coule gratuitement, où le pain est partagé gratuitement, où le vin de la fête est donné gratuitement, où la joie est donnée gratuitement.

« Cherchez le Seigneur pendant qu’il est proche » : il est toujours proche, mais nous nous approchons. Il y a des moments où nous sommes un peu plus proches, et des moments où nous sommes un peu plus loin. En ce moment, nous sommes un peu plus proches, grâce à ce que nous vivons ici : alors, cherchez-le maintenant, pendant qu’il est proche, invoquez-le pendant qu’il vous écoute, parlez-lui dans vos cœurs, faites-lui vos confidences ; parlez-lui de vos désirs, de vos espoirs, de vos doutes, de vos peurs, parlez-lui de ce que vous voudriez, mais par dessus tout, écoutez-le ! Ecoutez sa voix qui vient toucher votre cœur. Elle vous indique le chemin du bonheur : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir ». Celui qui veut connaître la joie doit apprendre à aimer, pas apprendre à se faire aimer. Apprendre à aimer ; apprendre à se mettre au service des autres ; apprendre la joie d’avoir pu faire quelque chose d’utile pour nos frères ; apprendre la joie d’avoir pu partager ; apprendre la joie d’avoir pu vivre ces quelques jours ensemble, même si c’est un peu difficile ; apprendre la joie de faire des choses que l’on n’est pas capable de faire tout seul ; apprendre la joie d’entendre une parole, un chant, un silence, une présence.

Ce chemin, c’est le chemin de la sainteté. Le Christ nous appelle à devenir des saints comme il est Saint. Nous devenons des saints comme il est Saint si nous apprenons, comme lui, à nous faire serviteurs des autres, à nous mettre au service des autres (…). Répondez à l’appel du Seigneur ! Ne fermez pas votre cœur : vous connaîtriez le regret et la tristesse. Ouvrez vos cœurs ! Peut-être, quelques-uns et quelques-unes d’entre vous, vous serez appelés pour rendre service à travers le monde pendant quelque temps ; vous serez appelés à aller partager ce que vous avez appris, vous serez appelés à aller aider des pays plus pauvres. Ne fermez pas vos cœurs ! Ouvrez vos cœurs ! Beaucoup d’entre vous découvriront l’amour d’un homme et d’une femme, et ils seront appelés à devenir heureux dans cet amour.
Apprenez à devenir heureux par les autres, ouvrez vos cœurs. Dieu veut faire des vous des saints. Devenez des saints en devenant des serviteurs de l’amour.

+André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris

 

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Published by Matthieu BOUCART - dans Réflexions & Méditations
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commentaires

Matthieu 19/09/2009 13:12

L'ascèse est très certainement un moyen de sortir de l'acédie, comme de tout péché capital. Elle est en cela un moyen très efficace d'accéder à Dieu et au bonheur, et donc, à la profondeur de la vie mystique... pourvu qu'elle soit vécue dans la prière et l'état de grâce.La réception passive de la grâce évoquée par la théologie mystique présuppose, à mon avis, une maîtrise active de notre nature (qui elle même présuppose la grâce, qui est toujours première!) : comment rester en effet des heures en oraison ou en adoration devant le Saint Sacrement si je ne tiens pas en place plus de 2 minutes? Je ne crois donc pas qu'il y ait de réelle opposition entre théologie morale et théologie mystique. Simplement un point de vue différent selon l'angle considéré.Cela dit, ce que je réfutais dans la phrase que tu énonçais, c'est l'idée selon laquelle le bonheur se trouverait "exclusivement" dans l'ascèse. Jamais le christianisme n'a affirmé un telle exclusivité ; bien plus : jamais le christianisme n'a affirmé que le bonheur se trouvait dans l'ascèse. Si tel était le cas, nous n'aurions plus besoin du Christ.Le chrétien sait que son bonheur réside dans sa relation à Dieu ; que son bonheur est Dieu Lui-même ; que Dieu est Amour (cf. 1 Jn 4. 16) ; et que Dieu a manifesté indépassablement son Amour en Jésus-Christ "afin que nous vivions par lui" (cf. 1 Jn 4. 9).Si Dieu est le bonheur de l'homme et si l'homme est fait pour Dieu, alors, puisque Dieu est Amour, l'Amour est le bonheur de l'homme et l'homme est fait pour l'Amour. Voilà pourquoi le secret du bonheur se trouve dans l'Amour ; parce que "celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu, et Dieu en lui" (1 Jn 4. 16).

Vincent 19/09/2009 10:38

Mon Cher Matthieu. J'allais oublier. S'agissant de l'ascèse, qui effectivement ne figure pas dans le Nouveau Testament, nous nous trouvons là devant une vraie question qui, sauf erreur, a toujours fait débat entre les partisans de la théologie mystique (réception passive de la grâce de Dieu) et ceux de la thélogie morale qui estiment que l'ascétisme est une des voies d'accéder à Dieu, sans exclure la première. A cet égard, je m'interroge sur l'acédie, pêché capital, dont j'imagine mal que l'on puisse sortir sans recourir également, je n'ai pas dit uniquement, à une forme d'ascèse.     

Vincent 19/09/2009 10:19

Bonjour. Merci beaucoup de ta réponse. En écrivant que le Cardinal "dépasse les écritures" je voulais signifier, que se fondant sur elles, simplement il laissait la "lettre" de côté (texte que tu rappelles) pour les rendre plus accessibles aux pauvres ignorants que nous sommes. Je trouvais ce choix judicieux. Pour le reste, j'apprécie que nous soyons en phase sur cette question du bonheur, essentielle à mes yeux.    

Matthieu 19/09/2009 08:45

Merci Vincent de ton beau commentaire. Une précision cependant : je ne crois pas que l'on puisse dire que le Cardinal "dépasse" les Ecritures, puisqu'il fait écho ici au double commandement de l'Amour qui est au coeur de l'Evangile (cf. Mc 12. 28-31). L'expression que tu évoques ("Le bonheur se trouve exclusivement dans l'ascèse") n'est pas chrétienne. Il n'y avait donc pas lieu de s'attendre à ce que notre bien-aimé archevêque la développe.

Vincent 11/09/2009 08:07

C'est très intéressant. Au lieu de développer sur "Le bonheur se trouve exclusivement dans l'ascèse", le cardinal, tout en évoquant l'acédie sans l'exprimer, dépasse les écritures et explique que le bonheur réside dans l'Amour. L'amour de Dieu certes, mais aussi l'amour que l'on donne et celui qu'on reçoit, qui procède du premier. Seule vraie richesse, l'amour est effectivement ce qui permet de vivre en harmonie avec soi et les autres. "A minima", si j'ose dire, l'amour de son prochain permet de surmonter les difficultés de la vie quotidienne. Mais, surtout, "a maxima", lorsqu'on a la chance de l'approcher, de le connaître dans sa plénitude au travers d'une personne, il transcende notre vie. Le bonheur qui nait de cet amour dépasse tout, nous ramène à l'essence de toute chose : le Beau. En celà il ne peut procéder que de l'ordre du divin. L'amour nous invite à remercier chaque jour Dieu de cette allégresse : vivre dans l'Amour.