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22 décembre 2008 1 22 /12 /décembre /2008 00:00

Extrait de l’Audience Générale du Pape Benoît XVI, le 22 août 2007.

Nous chercherons aujourd'hui à recueillir certains des enseignements de Saint Grégoire de Nazianze, évêque au IVe siècle. En réfléchissant sur la mission que Dieu lui avait confiée, saint Grégoire concluait : « J'ai été créé pour m'élever jusqu'à Dieu à travers mes actions » (Oratio 14, 6 de pauperum amore : PG 35, 865). De fait, il plaça son talent d'écrivain et d'orateur au service de Dieu et de l'Eglise. Il rédigea de multiples discours, diverses homélies et panégyriques, de nombreuses lettres et œuvres poétiques (près de 18.000 vers!) : une activité vraiment prodigieuse. Il avait compris que telle était la mission que Dieu lui avait confiée : « Serviteur de la Parole, j'adhère au ministère de la Parole ; que jamais je ne néglige ce bien. Cette vocation je l'apprécie et je la considère, j'en tire plus de joie que de toutes les autres choses mises ensemble » (Oratio 6, 5:  SC 405, 134; cf. également Oratio 4, 10).

Grégoire de Nazianze était un homme doux, et au cours de sa vie il chercha toujours à accomplir une oeuvre de paix dans l'Eglise de son temps, lacérée par les discordes et les hérésies. Avec audace évangélique, il s'efforça de surmonter sa timidité pour proclamer la vérité de la foi (…).

Grégoire fit resplendir la lumière de la Trinité, en défendant la foi proclamée par le Concile de Nicée : un seul Dieu en trois personnes égales et distinctes – le Père, le Fils et l'Esprit Saint –, « triple lumière qui en une unique splendeur se rassemble » (Hymne vespéral : Carmina [historica] 2, 1, 32 : PG 37, 512). Dans le sillage de saint Paul (1 Co 8, 6), Grégoire affirme ensuite, « pour nous il y a un Dieu, le Père, dont tout procède ; un Seigneur, Jésus Christ, à travers qui tout est ; et un Esprit Saint en qui tout est » (Oratio 39, 12:  SC 358, 172).

Grégoire a profondément souligné la pleine humanité du Christ : pour racheter l'homme dans sa totalité, corps, âme et esprit, le Christ assuma toutes les composantes de la nature humaine, autrement l'homme n'aurait pas été sauvé.
Contre l'hérésie d'Apollinaire, qui soutenait que Jésus-Christ n'avait pas assumé une âme rationnelle, Grégoire affronte le problème à la lumière du mystère du salut : « Ce qui n'a pas été assumé, n'a pas été guéri » (Ep 101, 32:  SC 208, 50), et si le Christ n'avait pas été « doté d'une intelligence rationnelle, comment aurait-il pu être homme? » (Ep 101, 34:  SC 208, 50). C'était précisément notre intelligence, notre raison qui avait et qui a besoin de la relation, de la rencontre avec Dieu dans le Christ. En devenant homme, le Christ nous a donné la possibilité de devenir, à notre tour, comme Lui. Grégoire de Nazianze exhorte : « Cherchons à être comme le Christ, car le Christ est lui aussi devenu comme nous : cherchons à devenir des dieux grâce à Lui, du moment que Lui-même, par notre intermédiaire, est devenu homme. Il assuma le pire, pour nous faire don du meilleur » (Oratio 1, 5:  SC 247, 78).

Marie, qui a donné la nature humaine au Christ, est la véritable Mère de Dieu
(Theotókos : cf Ep. 101, 16:  SC 208, 42), et en vue de sa très haute mission elle a été « pré-purifiée » (Oratio 38, 13:  SC 358, 132, comme une sorte de lointain prélude du dogme de l'Immaculée Conception). Marie est proposée comme modèle aux chrétiens, en particulier aux vierges, et comme secours à invoquer dans les nécessités (cf. Oratio 24, 11:  SC 282, 60-64).

Grégoire nous rappelle que, comme personnes humaines, nous devons être solidaires les uns des autres. Il écrit : « "Nous sommes tous un dans le Seigneur" (cf. Rm 12, 5), riches et pauvres, esclaves et personnes libres, personnes saines et malades; et la tête dont tout dérive est unique : Jésus Christ. Et, comme le font les membres d'un seul corps, que chacun s'occupe de chacun, et tous de tous ». Ensuite, en faisant référence aux malades et aux personnes en difficulté, il conclut : « C'est notre unique salut pour notre chair et notre âme : la charité envers eux » (Oratio 14, 8 de pauperum amore:  PG 35, 868ab). Grégoire souligne que l'homme doit imiter la bonté et l'amour de Dieu, et il recommande donc : « Si tu es sain et riche, soulage les besoins de celui qui est malade et pauvre ; si tu n'es pas tombé, secours celui qui a chuté et qui vit dans la souffrance ; si tu es heureux, console celui qui est triste ; si tu as de la chance, aide celui qui est poursuivi par le mauvais sort. Donne à Dieu une preuve de reconnaissance, car tu es l'un de ceux qui peuvent faire du bien, et non de ceux qui ont besoin d'en recevoir... Sois riche non seulement de biens, mais également de piété ; pas seulement d'or, mais de vertus, ou mieux, uniquement de celle-ci. Dépasse la réputation de ton prochain en te montrant meilleur que tous ; fais toi Dieu pour le malheureux, en imitant la miséricorde de Dieu » (Oratio 14, 26 de pauperum amore:  PG 35, 892bc).

Grégoire nous enseigne tout d'abord l'importance et la nécessité de la prière. Il affirme qu'il « est nécessaire de se rappeler de Dieu plus souvent que l'on respire » (Oratio 27, 4:  PG 250, 78), car la prière est la rencontre de la soif de Dieu avec notre soif. Dieu a soif que nous ayons soif de Lui (cf. Oratio 40, 27:  SC 358, 260). Dans la prière nous devons tourner notre coeur vers Dieu, pour nous remettre à Lui comme offrande à purifier et à transformer. Dans la prière nous voyons tout à la lumière du Christ, nous ôtons nos masques et nous nous plongeons dans la vérité et dans l'écoute de Dieu, en nourrissant le feu de l'amour.

[Extrait de l'Audience Générale du 8 août 2007 : Grégoire reçut (...) l'appellation de "théologien". Ainsi, il fut appelé par l'Eglise orthodoxe le "théologien". Et cela parce que pour lui, la théologie n'est pas une réflexion purement humaine, et encore moins le fruit uniquement de spéculations complexes, mais parce qu'elle découle d'une vie de prière et de sainteté, d'un dialogue assidu avec Dieu. Et précisément ainsi, elle fait apparaître à notre raison la réalité de Dieu, le mystère trinitaire. Dans le silence de la contemplation, mêlé de stupeur face aux merveilles du mystère révélé, l'âme accueille la beauté et la gloire divine.]

Dans une poésie, qui est en même temps une méditation sur le but de la vie et une invocation implicite à Dieu, Grégoire écrit : « Tu as une tâche, mon âme, une grande tâche si tu le veux. Scrute-toi sérieusement, ton être, ton destin ; d'où tu viens et où tu devras aller ; cherche à savoir si la vie que tu vis est vie ou s'il y a quelque chose de plus. Tu as une tâche, mon âme, purifie donc ta vie : considère, je te prie, Dieu et ses mystères, recherche ce qu'il y avait avant cet univers et ce qu'il est pour toi, d'où il vient, et quel sera son destin. Voilà ta tâche, mon âme, purifie donc ta vie » (Carmina [historica] 2, 1, 78:  PG 37, 1425-1426).

(…) Grégoire a donc ressenti le besoin de s'approcher de Dieu pour surmonter la lassitude de son propre moi. Il a fait l'expérience de l'élan de l'âme, de la vivacité d'un esprit sensible et de l'instabilité du bonheur éphémère. Pour lui, dans le drame d'une vie sur laquelle pesait la conscience de sa propre faiblesse et de sa propre misère, l'expérience de l'amour de Dieu l'a toujours emporté. Ame, tu as une tâche – nous dit saint Grégoire à nous aussi –, la tâche de trouver la véritable lumière, de trouver la véritable élévation de ta vie. Et ta vie est de rencontrer Dieu, qui a soif de notre soif.



Lire le texte intégral de l'Audience Générale du Pape Benoît XVI

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