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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 14:09

Extrait de l’Audience Générale du Pape Benoît XVI du 12 septembre 2007.

Chers frères et sœurs,

Je souhaite aujourd'hui m'arrêter pour réfléchir sur la visite pastorale que j'ai eu la joie d'accomplir ces jours derniers en Autriche, un pays qui m'est particulièrement familier, que ce soit en raison de sa proximité avec ma terre natale ou des nombreux contacts que j'ai toujours eus avec lui. Le motif spécifique de cette visite était le 850e anniversaire du Sanctuaire de Mariazell, le plus important d'Autriche, également aimé des fidèles hongrois et particulièrement fréquenté par les pèlerins d'autres nations limitrophes. Il s'est donc tout d'abord agi d'un pèlerinage, qui a eu comme devise "Regarder vers le Christ" : aller à la rencontre de Marie qui nous montre Jésus (…).

En tenant compte de l'histoire de l'Autriche et de ses relations étroites avec le Saint-Siège, ainsi que de l'importance de Vienne dans la politique internationale, le programme de mon voyage pastoral a prévu les rencontres avec le Président de la République et avec le Corps diplomatique. Il s'agit d'occasions précieuses, au cours desquelles le Successeur de Pierre a la possibilité d'exhorter les Responsables des nations à toujours soutenir la cause de la paix et du développement économique et social authentique. En considérant en particulier l'Europe, j'ai renouvelé mon encouragement à poursuivre le processus actuel d'unification sur la base de valeurs inspirées par le patrimoine chrétien commun. Du reste, Mariazell est l'un des symboles de la rencontre des peuples européens autour de la foi chrétienne. Comment oublier que l'Europe est porteuse d'une tradition de pensée qui conserve le lien entre foi, raison et sentiment? D'illustres philosophes, même indépendamment de la foi, ont reconnu le rôle central joué par le christianisme pour préserver la conscience moderne des dérives nihilistes ou fondamentalistes. La rencontre avec les Autorités politiques et diplomatiques à Vienne a donc été plus que jamais propice pour inscrire mon voyage apostolique dans le contexte actuel du continent européen.

J'ai accompli le véritable pèlerinage dans la journée du samedi 8 septembre, fête de la Nativité de Marie, à laquelle est dédié le Sanctuaire de Mariazell (…). J'ai admiré en ce lieu le courage exemplaire de milliers et de milliers de pèlerins qui, malgré la pluie et le froid, ont voulu être présents à cette célébration durant laquelle je leur ai illustré le thème central de ma visite "Regarder vers le Christ", un thème que les Evêques d'Autriche avaient savamment approfondi au cours de l'itinéraire de préparation qui a duré neuf mois. Mais ce n'est qu'en parvenant au Sanctuaire que nous avons pleinement compris le sens de cette devise : regarder vers Jésus. Face à nous se trouvait la statue de la Vierge qui, d'une main, indique l'enfant Jésus et, en haut, au-dessus de l'autel de la Basilique, le Crucifix. Notre pèlerinage a atteint là son objectif : nous avons contemplé le visage de Dieu dans cet Enfant dans les bras de sa Mère et dans cet Homme aux bras ouverts. Regarder Jésus avec les yeux de Marie signifie rencontrer Dieu Amour, qui pour nous s'est fait homme et est mort sur la croix.

(…) Au sanctuaire, j'ai ensuite vécu des moments de joyeuse fraternité avec les Evêques du pays et la Communauté bénédictine. J'ai rencontré les prêtres, les religieux, les diacres et les séminaristes, et j'ai célébré les Vêpres avec eux. Spirituellement unis à Marie, nous avons loué le Seigneur pour l'humble dévouement de tant d'hommes et de femmes qui se confient à sa miséricorde et se consacrent au service de Dieu. Ces personnes, malgré leurs limites humaines, et même précisément dans la simplicité et dans l'humilité de leur humanité, s'efforcent d'offrir à tous un reflet de la bonté et de la beauté de Dieu, en suivant Jésus sur la voie de la pauvreté, de la chasteté et de l'obéissance, trois vœux qui doivent être bien compris dans leur authentique signification christologique, non individualiste, mais relationnelle et ecclésiale.

Dans la matinée du dimanche, j'ai ensuite célébré la solennelle Eucharistie dans la Cathédrale Saint-Etienne à Vienne. Dans l'homélie, j'ai voulu approfondir de manière particulière la signification et la valeur du Dimanche, pour apporter un soutien au mouvement "Alliance en défense du Dimanche libre". Des personnes et des groupes non chrétiens adhèrent également à ce mouvement. En tant que croyants, naturellement, nous avons des motivations profondes pour vivre le Jour du Seigneur, tel que l'Eglise nous l'a enseigné. "Sine dominico non possumus!" : sans le Seigneur et sans son Jour, nous ne pouvons pas vivre, déclarèrent les martyrs d'Abitène (actuelle Tunisie), en l'an 304. Nous aussi, chrétiens du XXIe siècle, nous ne pouvons pas vivre sans le Dimanche : un jour qui donne un sens au travail et au repos, qui actualise la signification de la Création et de la Rédemption, qui exprime la valeur de la liberté et du service au prochain... Le dimanche est tout cela : bien plus qu'un précepte! Si les populations d'antique civilisation chrétienne abandonnent cette signification et laissent le dimanche se réduire à un week-end ou à une occasion pour des intérêts matériels et commerciaux, cela veut dire qu'ils ont décidé de renoncer à leur propre culture.

Non loin de Vienne se trouve l'Abbaye de Heiligenkreuz, de la Sainte-Croix, et cela a été une joie pour moi de visiter cette florissante communauté de moines cisterciens, qui existe sans interruption depuis 874 ans ! (…) En m'adressant en particulier aux moines, j'ai rappelé le grand enseignement de saint Benoît à propos de l'Office divin, soulignant la valeur de la prière comme service de louange et d'adoration dû à Dieu pour son infinie beauté et bonté. Rien ne doit être placé avant ce service sacré – dit la Règle bénédictine (43, 3) –, de façon à ce que toute la vie, avec ses temps de travail et de repos, soit récapitulée dans la liturgie et orientée vers Dieu. L'étude de la théologie elle-même ne peut pas être séparée de la vie spirituelle et de la prière, comme le soutint avec force précisément saint Bernard de Clairvaux, père de l'Ordre cistercien. La présence de l'Académie de théologie à côté de l'Abbaye témoigne de ce lien entre foi et raison, entre cœur et esprit.

La dernière rencontre de mon voyage a été celle avec le monde du volontariat. J'ai ainsi voulu manifester mon appréciation aux nombreuses personnes, d'âges divers, qui s'engagent gratuitement au service du prochain, que ce soit dans la communauté ecclésiale ou bien civile. Le volontariat n'est pas seulement une "action" : il est tout d'abord une façon d'être, qui part du cœur, d'une attitude de gratitude envers la vie, et qui pousse à "restituer" et à partager avec son prochain les dons reçus. Dans cette perspective, j'ai voulu encourager à nouveau la culture du volontariat. L'action des volontaires ne doit pas être vue comme une intervention "bouche-trous" à l'égard de l'Etat et des institutions publiques, mais plutôt comme une présence complémentaire et toujours nécessaire pour garder une attention vigilante à l'égard des derniers et promouvoir un style personnalisé dans les interventions. Il n'y a donc personne qui ne puisse être volontaire : même la personne la plus indigente et démunie a assurément quelque chose à partager avec les autres, en offrant sa contribution pour édifier la civilisation de l'amour.




Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI 

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