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22 octobre 2008 3 22 /10 /octobre /2008 14:00

Les sources de la théologie, cela peut paraître très simple à première vue, puisque c’est essentiellement la Parole de Dieu. Seulement la Parole de Dieu se présente à nous non pas à travers deux sources qui seraient l’Ecriture et la Tradition, mais à travers une complexité, organiquement UNE toutefois, d’approches d’une source unique.

La Parole de Dieu, en effet, est communiquée à l’Eglise comme révélation du mystère
et non comme une série de propositions distinctes, ni même comme une proposition fondamentale dont toutes sortes d’autres propositions pourraient être déduites. La Parole de Dieu est communiquée à l’Eglise dans une vision inséparable de l’entrée vitale dans l’union avec Dieu le Père. Elle est communiquée dans le Christ, non par Lui mais bien en Lui, du fait de l’Incarnation rédemptrice par laquelle Dieu nous devient accessible dans sa Parole vivante.

Cette Parole vivante s’est exprimée elle-même d’une manière préparatoire dans l’Ancien Testament, et en plénitude dans tout ce qu’à dit, tout ce qu’a fait, tout ce qu’a été pour nous le Christ dans sa vie terrestre, dans sa mort et sa résurrection qui a provoqué l’écho immédiat de la prédication apostolique. De tout ceci, nous avons une formulation inspirée qui a été fixée par écrit dans l’Ecriture Sainte.

Ce document premier n’épuise cependant pas la formulation inspirée de tout l’enseignement des prophètes et des apôtres qui est resté, non pas sous sa seule forme littérale, mais encore sous une forme indirecte – mais tout aussi agissante et effective –, la source de la conscience collective de l’Eglise. Celle-ci a accueilli la Parole écrite, mais avant cette Parole écrite, la Parole orale et vécue, qui seule finalement, par sa permanence assurée grâce à l’action constante du Saint Esprit, est susceptible de garder le sens exact du texte écrit, et au-delà de ce texte, la vision du mystère dans son intégrité et dans son caractère vital qui lui permet d’assimiler en nous tout ce qui est humain et de le faire servir à la communication de la vie divine.

C’est pourquoi c’est à travers toute la Tradition, vue justement non comme une accumulation de documents, mais comme la manifestation dans l’histoire et à travers tous ses monuments de ce même courant de vie qui reste actuel dans la prédication de l’Eglise, et avant tout, dans cette catéchèse, dans cette didascalie fondamentale que constitue la célébration liturgique, que nous percevons le sens de l’Ecriture. Cette Tradition de la vérité, de la vie, ou de la vie de la vérité, qui s’opère dans tout le corps de l’Eglise est constamment jugée ou tout au moins constamment susceptible d’être jugée, quand le besoin s’en fait sentir, par le Magistère.

C’est là la fonction propre des évêques, soit dans leur enseignement concordant et facilement repérable, soit par une énonciation commune de la vérité face à l’erreur, soit encore par les réponses données aux questions nouvelles qui se posent en ce qui concerne l’interprétation de la Révélation dans un concile ou, dans le cas où ce moyen ne peut être commodément utilisé, par la simple définition ex cathedra donnée par le Pape qui peut ainsi exprimer ce que l’Eglise pense d’un sujet donné. Nous avons là la coopération de Dieu à un travail humain, coopération qui le pénètre tout entier, à travers les esprits des théologiens comme à travers la foi des fidèles dont les théologiens ne doivent jamais se séparer, s’abstraire.

La foi des fidèles et leur expérience sont évidemment mêlés d’erreurs, comme toute assimilation de la vérité par des esprits faillibles et encore sujets aux tentations et à des orientations sinon pécheresses, tout au moins infléchies par le péché. Il a donc fallu que Dieu prévoie un moyen de discerner, lorsque la question se pose de distinguer entre les interprétations légitimes et celles qui ne le sont pas. Il a fallu que Dieu prévoie un moyen de rejeter tout ce qui serait interprétation déformante du sens profond de la vérité révélée, et il l’a fait par cette conduite providentielle de l’Eglise, qui s’affirme d’ailleurs non seulement dans l’exercice du Magistère, mais aussi dans l’acceptation par les fidèles ou la reconnaissance par eux comme actes décisifs du Magistère de ceux qui le sont effectivement. Il y a là comme un entrecroisement de l’effort commun de toute la chrétienté et de l’effort spécial pour guider, éclairer et discerner ce qui est authentique de ce qui ne l’est pas, lequel appartient en propre aux évêques, soit agissant dans une unanimité spontanée, soit confrontant leur expérience et la foi telle qu’elle s’exprime dans tout ce que leurs Eglises particulières ont contribué à formuler.

Finalement, ce double effort est non pas soumis, ce qui ferait penser à une passivité, mais unifié réellement par en haut par l’assistance providentielle toute spéciale donnée à celui qui est le signe vivant et efficace de l’unité de l’épiscopat et de l’unité de l’Eglise dans et par l’épiscopat : à savoir le Souverain Pontife.

Voilà donc quel est le rôle du Magistère et comment ce Magistère s’articule très étroitement sur toute la conscience de l’Eglise en ne faisant que contribuer à la révéler à elle-même, à en tirer toute l’expression authentique là où un discernement s’impose face aux courants divergents qui tendent à obscurcir la vision de la vérité. Le théologien, par conséquent, doit vivre de cette expérience de la vérité dans l’Eglise. Il s’agit de l’expérience des Saints qui, chez lui comme chez eux, est nourrie par la vie liturgique, dont on approfondit le sens en recourant constamment aux sources de l’Ecriture et de ses grands interprètes que sont les Pères et Docteurs de l’Eglise. Tout cet effort d’assimilation et d’interprétation authentique doit être poursuivi sous la conduite du Magistère qui s’exprime sous trois modes que nous avons évoqués et qui d’ailleurs sont étroitement mêlés dans la pratique : les évêques dispersés mais donnant une orientation commune, les évêques rassemblés en concile, et enfin, le Pape seul.

Louis Bouyer, « Le métier de théologien », Editions France-Empire, 1979.

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