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29 septembre 2008 1 29 /09 /septembre /2008 23:00



Extrait du discours prononcé par le Pape Benoît XVI à la session inaugurale des travaux de la Ve Conférence générale de l’Episcopat latino-américain et des Caraïbes (CELAM), le 13 mai 2007.


Dans cet effort pour connaître le message du Christ et en faire le guide de sa propre vie, il faut rappeler que l'évangélisation s'est toujours développée en même temps que la promotion humaine et la libération chrétienne authentique. "L'amour de Dieu et l'amour du prochain se fondent l'un dans l'autre : dans le plus petit, nous rencontrons Jésus lui-même et en Jésus nous rencontrons Dieu" (Lett. enc. Deus caritas est, n. 15). C'est pour cette raison également que sera nécessaire une catéchèse sociale et une formation adaptée à la doctrine sociale de l'Eglise, pour laquelle le Compendium de la Doctrine sociale de l'Eglise catholique est d'une très grande utilité. La vie chrétienne ne s'exprime pas seulement dans les vertus personnelles, mais également dans les vertus sociales et politiques.

Le disciple, ainsi fondé sur le roc de la Parole de Dieu, se sent poussé à apporter la Bonne Nouvelle du salut à ses frères. La condition de disciple et la mission sont les deux faces de la même médaille : lorsque le disciple est amoureux du Christ, il ne peut pas arrêter d'annoncer au monde que Lui seul nous sauve (cf. He 4, 12). En effet, le disciple sait que, sans le Christ, il n'y a pas de lumière, il n'y a pas d'espérance, il n'y a pas d'amour, il n'y a pas d'avenir.

(…) Arrivés à ce point, nous pouvons nous demander : comment l'Eglise peut-elle contribuer à la solution des problèmes sociaux et politiques urgents, et répondre au grand défi de la pauvreté et de la misère? Les problèmes de l'Amérique latine et des Caraïbes, tout comme ceux du monde d'aujourd'hui, sont multiples et complexes, et l'on ne peut pas les affronter avec des programmes généraux. Sans aucun doute, la question fondamentale sur la manière dont l'Eglise, illuminée par la foi dans le Christ, doit réagir face à ces défis, nous concerne tous. Dans ce contexte, il faut inévitablement parler du problème des structures, surtout de celles qui créent de l'injustice. En réalité, les structures justes sont une condition sans laquelle un ordre juste dans la société n'est pas possible. Mais comment naissent-elles ? Comment fonctionnent-elles?

Le capitalisme, tout comme le marxisme, promirent de trouver la route pour la création de structures justes et ils affirmèrent que celles-ci, une fois établies, auraient fonctionné toutes seules ; ils affirmèrent que non seulement elles n'auraient pas eu besoin d'une moralité individuelle antécédente, mais que celles-ci auraient promu la moralité commune. Et cette promesse idéologique s'est révélée fausse. Les faits l'ont démontré. Le système marxiste, lorsqu'il est arrivé au gouvernement, n'a pas seulement laissé un triste héritage de destructions économiques et écologiques, mais également une douloureuse oppression des âmes. Et nous constatons également la même chose à l'ouest, où croît constamment la distance entre les riches et les pauvres et où se développe une inquiétante dégradation de la dignité personnelle à travers la drogue, l'alcool et les mirages de bonheurs trompeurs.

Les structures justes sont, comme je l'ai dit, une condition indispensable pour une société juste, mais elles ne naissent pas et ne fonctionnent pas sans un consensus moral de la société sur les valeurs fondamentales et sur la nécessité de vivre ces valeurs avec les renoncements nécessaires, même contre son propre intérêt personnel.

Là où Dieu est absent – le Dieu au visage humain de Jésus Christ – ces valeurs n'apparaissent pas avec toute leur force, et l'on ne parvient pas à un consensus sur celles-ci. Je ne veux pas dire que les non-croyants ne peuvent pas vivre une moralité élevée et exemplaire ; je dis seulement qu'une société dans laquelle Dieu est absent ne trouve pas le consensus nécessaire sur les valeurs morales et la force pour vivre selon le modèle de ces valeurs, même contre ses propres intérêts.

D'autre part, les structures justes doivent être cherchées et élaborées à la lumière des valeurs fondamentales, avec tout l'engagement de la raison politique, économique et sociale. Elles sont une question de recta ratio et elles ne proviennent pas d'idéologies, ni de leurs promesses. Il existe assurément un trésor d'expériences politiques et de connaissances sur les problèmes sociaux et économiques qui mettent en évidence des éléments fondamentaux d'un Etat juste et les voies qu'il faut éviter. Mais dans des situations culturelles et politiques différentes, et dans le changement progressif des technologies et de la réalité historique mondiale, il faut chercher de manière rationnelle les réponses adaptées et il faut parvenir – avec les engagements indispensables – au consensus sur les structures qu'il faut établir.

Ce travail politique n'est pas de la compétence immédiate de l'Eglise
. Le respect d'une saine laïcité – y compris la pluralité des positions politiques – est essentielle dans la tradition chrétienne. Si l'Eglise commençait à se transformer directement en sujet politique, elle ne ferait pas davantage pour les pauvres et pour la justice, au contraire elle ferait moins, parce qu'elle perdrait son indépendance et son autorité morale, en s'identifiant avec une seule voie politique et avec des positions partiales discutables. L'Eglise est l'avocate de la justice et des pauvres, précisément parce qu'elle ne s'identifie pas avec les hommes politiques ni avec les intérêts de parti. C'est uniquement en étant indépendante qu'elle peut enseigner les grands critères et les valeurs indispensables, orienter les consciences et offrir une option de vie qui va au-delà du domaine politique. Former les consciences, être l'avocate de la justice et de la vérité, éduquer aux vertus individuelles et politiques, est la vocation fondamentale de l'Eglise dans ce secteur. Et les laïcs catholiques doivent être conscients de leurs responsabilités dans la vie publique ; ils doivent être présents dans la formation des consensus nécessaires et dans l'opposition contre les injustices.

Les structures justes ne seront jamais achevées de manière définitive, en raison de la constante évolution de l'histoire, elles doivent être toujours renouvelées et mises à jour ; elles doivent être toujours animées par un "ethos" politique et humain, à la présence et l'efficacité duquel il faut toujours œuvrer. En d'autres termes, la présence de Dieu, l'amitié avec le Fils de Dieu incarné, la lumière de sa Parole, sont toujours les conditions fondamentales pour la présence et l'efficacité de la justice et de l'amour dans nos sociétés.

S'agissant d'un continent de baptisés, il faudra combler l'absence notable, dans le cadre politique, de la communication et de l'université, de voix et d'initiatives de leaders catholiques à la forte personnalité et au dévouement généreux, qui soient cohérents avec leurs convictions éthiques et religieuses. Les mouvements ecclésiaux disposent ici d'un vaste domaine pour rappeler aux laïcs leur responsabilité et leur mission d'apporter la lumière de l'Evangile dans la vie publique, économique et politique.


Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI
 

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