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24 août 2008 7 24 /08 /août /2008 13:23

Au chapitre 2 de son ouvrage sur le Chemin de l'Imperfection, le Père André Daigneault médite longuement sur ce chemin de descente intérieure qui, seul, nous conduit à la véritable sainteté. Ce ne sont pas en effet nos efforts humains pour monter vers Dieu qui nous rendent saints – dans ce cas, nous n’aurions plus besoin de Dieu… –, mais la descente au fond de notre néant par l’échelle de la pauvreté et de l’humilité. « Il ne s’agit pas de gravir une montagne, disait Petite Thérèse, mais de descendre ».

C’est en étant touts petits devant Dieu que nous nous disposons à recevoir de lui la plus haute sainteté, car c’est Lui qui nous élève en nous prenant dans ses bras de Père, et nous hisse ainsi à une hauteur inaccessible pour nous et nos seules forces. Les bras du Père, pourrait-on dire, c’est Jésus-Christ. Ecoutons à ce sujet ce que disait le Pape Benoît XVI dans son homélie pascale du 7 avril 2007 : « L’homme demeure de manière singulière dans la mémoire et dans l’amour de Dieu, même après sa chute. Mais sa force ne lui suffit pas pour s’élever vers Dieu. Nous n’avons pas d’ailes qui pourraient nous porter jusqu’à une telle hauteur. Et pourtant rien d’autre ne peut combler l’homme éternellement si ce n’est être avec Dieu. Une éternité sans cette union avec Dieu serait une condamnation. L’homme ne réussit pas à atteindre les hauteurs, mais il aspire à monter : « Du ventre des enfers, j’appelle... » Seul le Christ ressuscité peut nous mener jusqu’à l’union avec Dieu, jusqu’à ce point où, par nos forces, nous ne pouvons parvenir. Lui prend vraiment la brebis perdue sur ses épaules et il la ramène à la maison. Nous vivons accrochés à son Corps, et, en communion avec son Corps, nous allons jusqu’au cœur de Dieu. » Et nous devenons saints.

Nous proclamons dans le Gloria de nos messes que Dieu seul est saint : cela signifie donc qu’aucun de nous ne l’est. Du moins, par nature. Car tous, nous sommes pécheurs. Et c’est humainement irrémédiable. Si nous pouvons devenir saints comme Dieu – à l’image de ceux que l’Eglise nous donnent en exemple par le moyen de la canonisation –, c’est en vertu d’une grâce que Celui-ci nous fait : la grâce imméritée et tout à fait gratuite de participer à la vie même de Dieu et à sa propre sainteté, au cœur même du mystère trinitaire.

Cette grâce toutefois ne peut être accueillie que dans un cœur pauvre et humble. Car « Dieu s’oppose aux orgueilleux ; aux humbles il accorde sa grâce » (1 P 5. 5). Il nous faut donc descendre au fond de notre néant et de notre état de pécheur pour découvrir à quel point nous sommes perdus et à quel point nous sommes aimés et sauvés. Nous pourrons alors recevoir de Dieu avec un coeur ouvert ce que nous ne méritons pas, ce dont nous ne sommes absolument pas dignes, et que nous sommes incapables d'atteindre par nos seules forces. Nous pourrons alors entrer dans la gratuité de l’amour ; d'un amour qui se reçoit, et d'un amour qui se donne et se diffuse.

Mais qu’est-ce à dire descendre au fond de notre misère ? « Lorsque le cheminement vers la descente commence, on ne dit plus de bien de nous, mais on parle souvent contre nous, on se moque de nos travers, de nos défauts, on voit clairement toutes les fautes que nous ne pouvons plus cacher. C’est la descente dans l’humiliation d’avoir pour ennemis « les gens de sa propre maison ». Ce chemin d’appauvrissement nous fait peur, et nous le fuyons d’abord de toutes nos forces, mais c’est le chemin de la descente dans la petite voie de la faiblesse et de la pauvreté du cœur » (Chapitre 2, page 34). « Quand je pense à tout ce que j’ai à acquérir pour devenir sainte » disait un jour une jeune novice à Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus ; « dites plutôt à perdre » répondit-elle avec un brin de malice…

Dans cette descente vers les abîmes, tout s’écroule autour de nous, et d’abord l’image idéalisée que nous avons de nous-même, notre « réputation ». Nous sommes comme en plein naufrage, absolument seuls, sans secours humain. Nous tremblons comme des enfants seuls dans la nuit noire et glacée. Nous réalisons avec angoisse que nous ne sommes rien, sinon de pauvres pécheurs…

Ce chemin de descente est un chemin douloureux de purification. Il passe par des nuits spirituelles terribles, par une descente au plus profond de notre misère, de notre détresse. C’est l’Heure de la grande épreuve ; l’Heure du combat entre le désespoir et l’espérance. C’est l’expérience de la Passion et de la Croix : de l’agonie à Gethsémanie ; de l’absence sensible de Dieu et de son amour ; de notre déréliction intérieure, morale et spirituelle ; de notre péché, qui semble tout envahir et dominer sur nous.

Ce chemin de descente dans les abîmes de notre néant, Dieu lui-même, en Jésus-Christ, a choisi de l’emprunter. Charles de Foucault observait ainsi que « toute sa vie, [Jésus] n’a fait que descendre : descendre en s’incarnant, descendre en se faisant petit enfant, descendre en obéissant, descendre en se faisant pauvre, délaissé, persécuté, supplicié, descendre en se mettant à la dernière place ». Oui, Dieu en son Fils est descendu dans les profondeurs de notre humanité ; et il l’a fait gratuitement, sans aucun mérite de notre part, par pur amour. De telle manière que là où nous soyons, aussi bas que nous soyons, il soit aussi lui aussi avec nous (tel est d’ailleurs la signification du nom de Jésus-Emmanuel : « Dieu AVEC nous ». Ainsi « nous ne sommes jamais assez au fond pour que la lumière ne nous atteigne pas dans la nuit » (Chapitre 2, page 47). « Il ne faut [donc] jamais perdre l’espérance, car l’heure de la détresse est souvent l’heure de Dieu » (Chapitre 2, page 50). Et l’heure de notre propre sanctification.

« Les vrais maîtres spirituels nous parlent tous d’humilité et de descente. Le vrai chemin de la sainteté réside dans l’humilité et la pauvreté, dans la descente de l’échelle et non dans la montée (…). Lorsque l’auteur du quatrième Evangile dit que le
« Fils de l’homme doit être élevé » (Jn 3. 14), il nous met face à face avec la Croix. C’est donc au plus bas de la descente, crucifié entre deux criminels, mourant abandonné de tous, qu’il est élevé »
(Chapitre 2, page 37). « En se mettant du côté des criminels, en mourant en dehors des murs, comme un exclu, en se faisant l’esclave des esclaves et pendu sur la Croix, Jésus rejoint ainsi le plus bas, le plus pauvre, le plus exclu, le plus faible, et le plus abandonné de ses frères ou de ses sœurs » (Chapitre 2, page 38).

Qui que nous soyons, et quelque soit le poids de misère et de désespoir que nous portons, nous pouvons lever avec confiance les yeux vers Jésus, et espérer de lui qu’il nous rétablisse dans notre dignité d’enfant de Dieu ; c’est pour cela qu’il est « sorti », qu’il a donné sa vie et versé son sang ; et c’est cela qu’opère la puissance de sa Résurrection à l’œuvre dans son Eglise, et en particulier dans les sacrements (spécialement celui de la confession).

« Tant que notre vie spirituelle nous apparaît comme une ascension à la force des poignets, nous sommes loin de la sainteté. Car pour recevoir la sainteté, comme le Bon Larron l’a reçue gratuitement sur la Croix, il nous faut
descendre et perdre une à une toute illusion de vertus. Il nous faut, au cours de la descente, faire l’expérience que la générosité naturelle de notre « perfection », c’est du sable : tout ce qu’on construit là-dessus s’écroule un jour. Aussi longtemps que nous nous figurons capables de quelque chose par nous-mêmes dans l’ordre de la grâce, nous ne savons pas ce qu’est la sainteté (…). Le saint, le juste, c’est le pauvre dépossédé de tout, qui reconnaît sa misère et sa finitude, et qui crie au fond de la fosse, au bas de l’échelle (…). « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs » : Voilà le cri de la prière de la sainteté des pauvres »
(Chapitre 2, pages 39-40).

Tout homme peut donc devenir un saint. Et même un grand saint. Il n’est pas nécessaire pour cela d’être un « super-héros » de la foi, d’exercer de grands charismes ni de réaliser des miracles. Pas besoin non plus d’être un champion de l’ascèse, ni même un modèle de vertu. Il suffit d’être un pécheur… « Ce chemin de la faiblesse et de l’imperfection est ouvert à tous les blessés, à tous les pauvres d’amour, à tous ceux qui souffrent de leurs faiblesses parce qu’ils tombent et retombent sans cesse, mais qui gardent au fond de leur misère une soif de sainteté, un grand désir de Dieu qu’aucune joie humaine, aucun plaisir n’ont jamais pu rassasier. » (Chapitre 2, page 42).

Le Père Daigneault observe que ce chemin de descente est celui de tous les véritables apôtres de Jésus. Car dans cette descente, nous découvrons les véritables motivations de notre apostolat pour le Seigneur... « Croyez-vous, demandait François Varillon, qu’il soit facile de dire « que ton règne vienne » ? Ne disons-nous pas plutôt : « Que je fasse arriver ton règne » ? Et si ton règne arrive par d’autres que par moi, il ne m’intéresse plus vraiment. Que je fasse arriver ton règne ! Et si on va au fond des choses, cela veut dire : Que mon règne vienne. Et puisqu’il s’agit de choses apostoliques, cela veut dire : Que mon règne arrive, Seigneur, par le moyen du tien. Comme d’autres font arriver leur règne par la littérature, la politique, la gloire humaine, moi, je fais arriver mon règne par l’apostolat ».

Nous réalisons alors vraiment ce que nous sommes : « Voir infecté d’égoïsme toutes nos actions, même les meilleures, même l’amour témoigné à Dieu et à ses frères… voir que nous avons manipulé nos frères au lieu de les servir, que nous avons travaillé pour notre propre royaume et non pour le Royaume de Dieu, comprendre qu’on a peut-être reçu beaucoup de compliments et qu’on a subtilement vécu pour soi-même ; bref, comprendre qu’on s’est toujours pris pour le centre du monde et enchevêtré dans les filets de l’égocentrisme… quelle découverte accablante ! Dans la lumière de Dieu, le pharisien en nous est impitoyablement démasqué » (Wilfried Stinissen).

« Plus nous descendons dans la nuit, plus nous voyons qu’il n’y a pas de différence entre nous et le pire des pécheurs, car nous avons en nous les mêmes tendances au mal (….). Avant la descente dans la nuit, nous avions cru que nous pouvions évangéliser et convaincre les autres par nos techniques et nos plans savamment préparés. Pourtant, c’est dans nos pauvretés que Dieu commence à agir »
(Chapitre 2, page 45).

« Quand tous nos moyens ont déçu,
racontait Saint Maximilien Kolbe, quand j’ai reconnu que j’étais perdu et que mes supérieurs ont constaté que je n’étais bon à rien, alors l’Immaculée a pris entre ses mains cet instrument qui n’était bon qu’à la casse ».

« La fécondité de l’apostolat du père Kolbe a commencé à se manifester quand il est tombé gravement malade, et que ses confrères et ses supérieurs ont constaté qu’il n’était plus apte au travail. Quand il fut au bas de l’échelle, rejeté et compté pour rien, quand tous ont désespéré de lui, quand il a été complètement dépouillé, alors Dieu s’est servi de lui. C’est cela le paradoxe de la spiritualité de la descente. Un homme qui se trouve au plus bas, un homme qui n’est plus bon à rien devient le plus efficace instrument, parce que Dieu agit à travers la pauvreté et la faiblesse de cet homme »
(Chapitre 2, pages 45-46). Voilà ce que l’on devrait prêcher avec force dans les hôpitaux, les maisons de retraite, les prisons… N’oublions pas que Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus est devenue patronne des missions… sans jamais quitter son Carmel !

Il faut dès lors absolument se défier des succès apparents de notre apostolat. « Les succès visibles en apostolat, disait Jean Daujat, ne sont pas les succès véritables ; les apôtres les plus saints sont souvent sanctifiés par une multitude d’échecs qui les purifient et leur procurent des souffrances très fécondes, et ils ne voient pas toujours les vrais résultats de leur apostolat… Si l’apôtre travaille pour lui, il sacrifiera l’essentiel et voudra organiser des œuvres humainement brillantes, mais ses œuvres ne feront aucun bien surnaturel véritable et les personnes qu’il attirera ne seront pas sanctifiées ».

« Le renouveau de l’Eglise,
conclut le Père Daigneault, viendra par la faiblesse, par l’acceptation du paradoxe évangélique. Dans le Royaume de Dieu, la loi de la grandeur, c’est celle de la petitesse, de la faiblesse consentie (…). Notre Eglise a besoin d’apôtres, de prêtres et même d’évêques au cœur d’enfant. » (Chapitre 2, page 48) Car l’enfant, écrivait le P. Le Guillou « évoque pour Jésus tous ces petits qu’il est venu sauver dans sa miséricorde. Jésus refuse de mépriser ces faibles et ces petits, comme le font spontanément ses disciples, qui ne pensent qu’à être des grands dans le Royaume. L’enfant signifie donc, pour Jésus, son propre mystère de pauvreté et de faiblesse, et lui rappelle cette tendresse infinie du Père qui a voulu cette incarnation de faiblesse, dans laquelle se manifeste la puissance de Dieu. Pour Jésus, l’enfance évoque tout le mystère de l’Eglise qu’il vient fonder. N’est-elle pas cette communauté des faibles, des petits, des pauvres et des humbles qui sera toujours méprisée comme lui ? »


Pour approfondir le sujet :
Ø relire "Tout pécheur est un saint en puissance" et "Pauvreté spirituelle ou endurcissement de coeur" ;
Ø écouter "Dieu mendiant de nos misères" (que je recommande tout spécialement à ceux qui ont besoin de consolation spirituelle), et "Dieu puissant en miséricorde" du Frère Remi Schappacher ;
Ø écouter les  conférences du Père André Daigneault sur Exultet.  

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