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10 mars 2006 5 10 /03 /mars /2006 09:51

[Nous poursuivons notre commentaire de l’Encyclique Deus Caritas Est du Pape Benoît XVI ; nous avons réalisé aujourd’hui le quart de notre parcours]

10. L’eros de Dieu pour l’homme, comme nous l’avons dit, est, en même temps, totalement agapè. Non seulement parce qu’il est donné absolument gratuitement, sans aucun mérite préalable, mais encore parce qu’il est un amour qui pardonne.

C’est surtout le prophète Osée qui nous montre la dimension de l’agapè dans l’amour de Dieu pour l’homme, qui dépasse de beaucoup l’aspect de la gratuité.    

Israël a commis «l’adultère», il a rompu l’Alliance; Dieu devrait le juger et le répudier. C’est précisément que se révèle cependant que Dieu est Dieu et non pas homme :      

«Comment t’abandonnerais-je, Éphraïm, te livrerais-je, Israël ? ...

Mon cœur se retourne contre moi, et le regret me consume.

Je n’agirai pas selon l’ardeur de ma colère, je ne détruirai plus Israël,

car je suis Dieu, et non pas homme :

au milieu de vous je suis le Dieu saint»

(Os 11, 8-9).

L’amour passionné de Dieu pour son peuple – pour l’homme – est en même temps un amour qui pardonne. Il est si grand qu’il retourne Dieu contre lui-même, son amour contre sa justice. Le chrétien voit déjà poindre là, de manière voilée, le mystère de la Croix : Dieu aime tellement l’homme que, en se faisant homme lui-même, il le suit jusqu’à la mort et il réconcilie de cette manière justice et amour.  

L’aspect philosophique, historique et religieux qu’il convient de relever dans cette vision de la Bible réside dans le fait que, d’une part, nous nous trouvons devant une image strictement métaphysique de Dieu : Dieu est en absolu la source originaire de tout être; mais ce principe créateur de toutes choses – le Logos, la raison primordiale – est, d’autre part, quelqu’un qui aime avec toute la passion d’un véritable amour. De la sorte, l’eros est ennobli au plus haut point, mais, en même temps, il est ainsi purifié jusqu’à se fondre avec l’agapè.

À partir de là, nous pouvons ainsi comprendre que le Cantique des Cantiques, reçu dans le canon de la Sainte Écriture, ait été très vite interprété comme des chants d’amour décrivant, en définitive, la relation de Dieu avec l’homme et de l’homme avec Dieu. De cette manière, le Cantique des Cantiques est devenu, dans la littérature chrétienne comme dans la littérature juive, une source de connaissance et d’expérience mystique, dans laquelle s’exprime l’essence de la foi biblique; oui, il existe une unification de l’homme avec Dieu – tel est le rêve originaire de l’homme. Mais cette unification ne consiste pas à se fondre l’un dans l’autre, à se dissoudre dans l’océan anonyme du Divin; elle est une unité qui crée l’amour, dans lequel les deux, Dieu et l’homme, restent eux-mêmes et pourtant deviennent totalement un : «Celui qui s’unit au Seigneur n’est avec lui qu’un seul esprit», dit saint Paul (1 Co 6, 17).  

[« L’amour passionné de Dieu pour son peuple – pour l’homme –, écrit le Souverain Pontife, est en même temps un amour qui pardonne. Il est si grand qu’il retourne Dieu contre lui-même, son amour contre sa justice ».

Voilà bien une parole qu’il faut prendre le temps d’intérioriser, de « digérer ». Combien de nos contemporains se font-ils de Dieu une image terrible : un Dieu Juge, Vengeur du Mal, qui punit les pécheurs, et épie les sourcils froncés chacun de nos faits et gestes pour les noter dans son Livre, et nous en faire le reproche le Jour venu…

Cette vision de Dieu, tirée de l’imagerie païenne, et qui renvoie à la figure mythologique d’un Jupiter ou d’un Zeus grecs, est absolument contraire au visage du Père révélé par Jésus Christ.

En Jésus, nous pouvons contempler le vrai visage de Dieu. « Qui m’a vu a vu le Père », dit Jésus. Et que voyons-nous en Jésus ? La douceur, l’humilité, la patience (vis-à-vis de ces disciples), le dialogue (vis-à-vis des pécheurs, et de tous ceux qui s’approchent de lui), la bonté (Jésus guérit les malades, chasse les démons, ressuscite les morts), la solidarité (Jésus partage la faiblesse de notre condition en rencontrant la faim, la soif, la fatigue,… la souffrance et la mort), et par-dessus tout, la miséricorde (il pardonne aux pécheurs). Il a passé sur la terre en faisant le bien, libérant l’homme de tout ce qui l’opprime et l’empêche de vivre vraiment.

« Le Christ eut à pâtir des lois figées, canaux que la vie a désertés : sabbats inventés pour le bien de l’homme et qui en viennent parfois à le mutiler. Si le Christ m’a séduit si fort, c’est parce qu’Il me rejoignait au cœur de cette réalité. N’était-il pas le rebelle qui s’indigne et se dresse contre tout ce qui limite, brime, rétrécit, empêche l’amour ? » (Stan Rougier, « Dieu était là et je ne le savais pas », Presses de la Renaissance 1998, page 143).

Tel est le vrai visage de Dieu, le visage du seul Vrai Dieu, le Dieu d’Israël, le Dieu de toute la terre. Un Dieu Juste et Saint, il est vrai, mais un Dieu dont la Sainteté et la Justice s’exprime précisément… en faisant miséricorde, et en aimant, bien au-delà du raisonnable, chacun de ses enfants, en aimant comme aucun homme livré à ses seules forces ne peut aimer.

C’est en aimant que Dieu se révèle le plus Dieu ; c’est en aimant qu’il fait valoir sa différence par rapport aux hommes, et qu’il se révèle le Tout Autre (« Je n’agirai pas selon l’ardeur de ma colère CAR je suis Dieu et non pas homme » dit Dieu au Prophète Osée) ; c’est en devenant pour chacun de nous le Tout Proche qu’il manifeste paradoxalement le plus sa distance infinie par rapport à l’homme, et qu’il dévoile pleinement la splendeur de sa divinité. En Jésus, l’amour de Dieu pour l’homme pécheur prend ainsi les dimensions de la folie. « Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ? »…

C’est dans cette descente dans les abîmes de notre pauvre humanité pécheresse pour la tirer de sa détresse et la sauver de sa perdition, « sans aucun mérite préalable » de notre part, ainsi que l’écrit le Saint Père, que le Seigneur fait resplendir le plus sa Puissance et sa Grandeur, qu’Il manifeste le plus qu’Il est vraiment Amour, à un degré qui n’est pas humain, et qu’Il est vraiment le Père de tous les hommes.]  

 

Texte intégral de l'Encyclique

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