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2 avril 2008 3 02 /04 /avril /2008 08:43

Le 30 novembre 2006, en la fête de l'apôtre André, saint Patron de l'Église de Constantinople, le Pape Benoît XVI a été accueilli par le Patriarche œcuménique Bartholomeos Ier en l'église Saint-Georges du Phanar où il a assisté à la Divine liturgie de saint Jean Chrysostome. Voici quelques extraits de l'homélie du Patriarche suivie du discours prononcé en anglais par le Pape à la fin de la célébration.

Homélie du Patriarche œcuménique Bartholomeos Ier

Nous avons été bénis par la Grâce de Dieu, Sainteté, d'entrer dans la joie du Royaume pour « voir la lumière véritable et recevoir l'Esprit céleste ». Chaque célébration de la Divine liturgie est une concélébration dynamique et inspirée du ciel et de l'histoire. Chaque Divine liturgie est à la fois une anamnèse du passé et une attente du Royaume. Nous sommes convaincus qu'une fois encore durant cette Divine liturgie, nous avons été spirituellement transportés dans trois directions différentes : vers le Royaume des Cieux où les anges célèbrent, vers la liturgie célébrée à travers les siècles et vers le Royaume espéré de Dieu.

Cette extraordinaire liaison du ciel avec l'histoire signifie que la liturgie orthodoxe est l'expérience mystique et l'intime conviction que « le Christ était, est et sera parmi nous ». Car il existe en Christ un lien infrangible entre le passé, le présent et le futur. De cette manière, la liturgie est bien plus que l'évocation des paroles et des actes du Christ. C'est la réalisation de la présence du Christ lui-même qui a promis d'être toujours là où deux ou trois se trouvent réunis en son nom.

En cela, nous reconnaissons que la règle de la prière est celle de la foi (lex orandi lex credendi), que l'enseignement sur la Personne du Christ et de la Sainte Trinité a laissé une empreinte indélébile sur la liturgie, dogme impénétrable, « mystère qui nous a été révélé » selon l'expression pertinente de saint Basile le Grand. C'est pourquoi la liturgie nous rappelle le besoin d'atteindre l'unité dans la foi aussi bien que dans la prière. Dès lors, dans l'humilité et le repentir, nous nous prosternons devant le Dieu vivant et notre Seigneur Jésus-Christ dont nous portons le nom tout-saint et dont nous avons pourtant divisé la tunique sans couture. Nous confessons dans une profonde affliction de ne pas pouvoir encore célébrer unis les saints sacrements. Et nous prions pour que vienne le jour où cette unité sacramentelle sera pleinement réalisée.

Pourtant, Sainteté et chers Frères en Christ, cette célébration du ciel et de la terre, de l'éternité et du temps, nous rapproche les uns des autres grâce à la bénédiction de la présence aujourd'hui, parmi tous les saints, des prédécesseurs de notre modeste personne : saints Grégoire le Théologien et Jean Chrysostome. C'est une bénédiction de vénérer les saintes reliques de ces deux géants de l'Esprit, après leur translation solennelle en cette sainte église, il y a deux ans, lorsque le bienheureux Pape Jean-Paul II nous les a aimablement restituées. Comme alors, à l'occasion de notre fête patronale, nous avions accueilli et placé leurs saintes reliques sur le trône patriarcal, en chantant : « voici votre trône », de même aujourd'hui, nous sommes réunis en leur présence vivante et leur éternelle mémoire, pour célébrer la Divine liturgie qui porte le nom de saint Jean Chrysostome.

Ainsi, notre culte s'identifie avec la joyeuse célébration dans le ciel et dans le cours de l'histoire. En effet, comme saint Jean Chrysostome l'affirme lui-même : « C'est ensemble que les êtres célestes et les êtres terrestres forment une assemblée de fête ; c'est une seule action de grâces, une seule allégresse, un seul chœur joyeux » (Homélie sur Ozias, I, 1, 35-37. SC 277, 45-46). Le ciel et la terre offrent une prière, une fête, une doxologie. La Divine liturgie est à la fois le Royaume céleste et notre foyer, « un ciel nouveau et une terre nouvelle » (Ap 21, 1), le fondement et le centre où toute chose acquiert son sens véritable. La liturgie nous enseigne à élargir nos horizons et notre vision. À parler le langage de l'amour et de la communion. À vivre avec autrui dans l'amour, malgré nos différences, voire malgré nos divisions. Dans son étreinte généreuse, elle embrasse le monde entier, la communion des saints et toute la création divine. L'univers devient une « liturgie cosmique» pour citer la doctrine de Maxime le Confesseur. Ce genre de liturgie ne pourra jamais être dépassé ni révolu.

À l'abondance des dons célestes et de la miséricorde dont Dieu fait preuve à l'égard de l'homme, nous ne pouvons donner qu'une seule réponse : l'Eucharistie. En effet, Eucharistie et doxologie sont la seule réponse que les hommes doivent adresser à leur Créateur. Car à lui appartiennent gloire, honneur et adoration : Père, Fils et Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles.

Homélie du Pape Benoît XVI

Cette Divine liturgie célébrée en la fête de l'apôtre saint André, saint Patron de l'Église de Constantinople, nous ramène à la primitive Église, à l'âge apostolique. Les évangiles de Marc et de Matthieu nous rapportent comment Jésus appela les deux frères, Simon, qu'il allait appeler Képhas ou Pierre, et André : « Suivez-moi, et je ferai de vous des pêcheurs d'hommes » (Mt 4, 19 ; Mc 1,17). Le quatrième évangile aussi nous présente André, le premier à être appelé, d'où le titre sous lequel il est connu dans la tradition byzantine : « ho protoklitos ». C'est André qui ensuite amena son frère Simon à Jésus (cf. Jn 1, 40 sq).

En ce jour, dans cette église patriarcale Saint-Georges, nous sommes en position de vivre une fois encore la communion et la vocation des deux frères, de Simon Pierre et d'André, lors de cette rencontre entre le successeur de Pierre et de son frère dans le ministère épiscopal, chef de cette Église dont la tradition se fonde sur l'apôtre André. Notre rencontre fraternelle met en relief les relations spéciales qui unissent l'Église de Rome et l'Église de Constantinople, comme Églises sœurs.

(…) Les deux frères, Simon, appelé Pierre, et André, étaient des hommes pécheurs que Jésus appela à devenir des pêcheurs d'hommes. Le Seigneur ressuscité, avant son Ascension, les envoya ensemble vers les autres Apôtres, avec mission de faire de toutes les nations des disciples, les baptisant et leur proclamant son enseignement (cf. Mt 28, 19 q ; Lc 24, 47 ; Ac 1, 8).

Cette charge, telle qu'elle nous a été transmise par les saints frères Pierre et André, est loin d'être terminée. Au contraire, elle est même aujourd'hui plus urgente et plus nécessaire. Car elle concerne non seulement les cultures qui n'ont été atteintes que marginalement par le message évangélique, mais également les vieilles cultures européennes profondément enracinées dans la tradition chrétienne. Le processus de sécularisation a affaibli le rôle de cette tradition ; celle-ci est même remise en question, voire rejetée. Devant une telle réalité, nous sommes appelés, avec toutes les autres communautés chrétiennes, à faire reprendre conscience à l'Europe de ses racines chrétiennes, des traditions et des valeurs qui vont avec, et à leur redonner une nouvelle vitalité.

Nos efforts pour tisser des liens plus étroits entre l'Église catholique et les Églises orthodoxes relèvent de cette tâche missionnaire. Les divisions entre chrétiens sont un scandale pour le monde et un obstacle à la proclamation de l'Évangile. À la veille de sa passion et de sa mort, Notre Seigneur, entouré de ses disciples, pria avec ferveur pour que tous soient un, pour que le monde puisse croire (cf. Jn 17, 21). Ce n'est que par la communion fraternelle entre chrétiens et par leur amour mutuel que le message de l'amour de Dieu pour tous et chacun des hommes et femmes deviendra crédible. Quiconque porte un regard réaliste sur le monde chrétien contemporain verra combien ce témoignage est urgent.

Simon Pierre et André furent appelés ensemble à devenir pêcheurs d'hommes. Pourtant, cette unique tâche prit une forme différente pour chacun d'eux. Simon, malgré ses faiblesses humaines, fut appelé « Pierre », le « Roc » sur lequel l'Église allait être construite ; à lui furent confiées de façon toute spéciale les clefs du Royaume des Cieux (cf. Mt 16, 18). Ses pas le menèrent de Jérusalem à Antioche, puis d'Antioche à Rome, pour que, à partir de cette ville, il puisse exercer une responsabilité universelle. La question du service universel de Pierre et de ses successeurs a malheureusement suscité entre nous des différences d'opinion, que nous espérons surmonter, grâce, entre autres, au dialogue théologique qui vient de reprendre.

Mon vénérable prédécesseur, le Serviteur de Dieu Jean-Paul II, parlait de la miséricorde comme d'une caractéristique du service de l'unité chez Pierre, miséricorde que Pierre personnellement expérimenta le premier (Encyclique Ut unum sint, 91) (4). C'est sur cette base que le Pape Jean-Paul II lança une invitation à un dialogue fraternel pour identifier les formes dont le ministère pétrinien pourrait s'exercer de nos jours, tout en en respectant la nature et l'essence, de sorte que « ce ministère puisse réaliser un service d'amour reconnu par les uns et par les autres » (ib. 95). Je désire aujourd'hui rappeler et renouveler cette invitation.

André, le frère de Simon Pierre, reçut du Seigneur une autre mission, que suggère son nom même.
Comme hellénophone, il devint, en même temps que Philippe, l'apôtre de la rencontre avec les Grecs qui vinrent trouver Jésus (cf. Jn 12, 20 sq). La Tradition nous dit qu'il fut missionnaire non seulement en Asie mineure et dans les territoires au sud de la Mer Noire, c'est-à-dire dans cette région-ci, mais également en Grèce, où il subit le martyre.

L'apôtre André incarne par conséquent la rencontre qui se produisit entre le christianisme et la culture grecque. Cette rencontre, surtout en Asie mineure, devint possible spécialement grâce aux Pères cappadociens, qui enrichirent la liturgie, la théologie et la spiritualité des Églises aussi bien orientales qu'occidentales. Le message chrétien, tel le grain de froment (cf. Jn 12, 24), tomba sur cette terre et porta beaucoup de fruit. Il nous faut être profondément reconnaissants pour l'héritage issu de cette rencontre féconde entre le message chrétien et la culture hellène. Elle eut un impact durable sur les Églises d'Orient et d'Occident. Les Pères grecs nous ont laissé un immense trésor dans lequel l'Église continue à puiser des richesses anciennes et nouvelles (cf. Mt 13, 52).

La leçon du grain de froment qui meurt pour porter du fruit a son parallèle également dans la vie de saint André. La Tradition nous dit qu'il subit le sort de son Maître et Seigneur, terminant ses jours à Patras, en Grèce. Comme Pierre, il subit le martyre de la croix, cette croix en diagonale que nous vénérons aujourd'hui comme « la croix de saint André ». De son exemple, nous apprenons que la vie de tout chrétien, comme la vie de l'Église entière, mène à une vie nouvelle, à la vie éternelle, par l'imitation du Christ et l'expérience de la croix.

Au cours de l'histoire, aussi bien l'Église de Rome que l'Église de Constantinople ont vécu l'expérience de la leçon du grain de blé. Nous vénérons ensemble les mêmes martyrs dont le sang, selon les mots de Tertullien, est devenu une semence de chrétiens (Apologeticum, 50, 13). Avec eux nous partageons cette même espérance qui pousse l'Église à « aller de l'avant, parmi les persécutions du monde et les consolations de Dieu » (Lumen gentium, 8 ; saint Augustin, La Cité de Dieu, XVIII, 51, 2). Pour sa part, le siècle qui vient de se terminer a vu, lui aussi, de courageux témoins de la foi, en Orient et en Occident. À l'heure qu'il est même, de semblables témoins sont nombreux en diverses parties du globe. Nous nous souvenons d'eux dans nos prières et, selon nos possibilités, nous leur apportons notre soutien, en même temps que nous demandons instamment aux responsables des affaires mondiales de respecter la liberté religieuse, qui est pour l'homme un droit fondamental.



Lire le texte intégral des homélies du Patriarche oecuménique Bartholomeos Ier et du Pape Benoît XVI 

 

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