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19 mars 2008 3 19 /03 /mars /2008 12:43

Le 31 août 2006, le Pape Benoît XVI a reçu les membres du Clergé d’Albano, et répondu (de manière improvisée) à leur question. Extrait.

Question du Père Angelo Pennazza
, curé à Pavona :

"Votre Sainteté, dans le Catéchisme de l'Eglise catholique, nous lisons que l'
"Ordre et le Mariage sont ordonnés au salut d'autrui... Ils confèrent une mission particulière dans l'Eglise et servent à l'édification du Peuple de Dieu" (n. 1534). Cela nous semble véritablement fondamental, non seulement pour notre action pastorale, mais également pour notre façon d'être prêtres. Que pouvons-nous faire, en tant que prêtres, pour traduire dans la pratique pastorale cette proposition et (selon ce que vous avez vous-même réaffirmé récemment), comment transmettre de façon positive la beauté du Mariage qui sache encore rendre amoureux les hommes et les femmes de notre temps? Que peut apporter à notre vie de prêtres la grâce sacramentelle des époux?

Réponse du Pape Benoît XVI :

Deux grandes questions! La première est : comment transmettre aux personnes d'aujourd'hui la beauté du mariage? Nous constatons que de nombreux jeunes tardent à se marier à l'église, car ils ont peur de l'aspect définitif du mariage : ils tardent même à contracter un mariage civil. Le caractère définitif apparaît aujourd'hui à de nombreux jeunes, et également moins jeunes, comme un lien contre la liberté. Et leur premier désir est la liberté. Ils ont peur à la fin de ne pas y arriver. Ils voient tant de mariages qui échouent. Ils ont peur que cette forme juridique, telles qu'ils la perçoivent, soit un poids extérieur qui éteint l'amour.

Il faut faire comprendre qu'il ne s'agit pas d'un lien juridique, d'un poids qui se réalise avec le mariage. Au contraire, la profondeur et la beauté résident précisément dans le caractère définitif. Ce n'est qu'ainsi que celui-ci peut faire mûrir l'amour dans toute sa beauté.
Mais comment le transmettre? Cela me semble un problème commun à nous tous.

Pour moi, à Valence  – et vous, Eminence, vous pourrez le confirmer – cela fut un moment important non seulement lorsque j'en ai parlé, mais lorsque se sont présentées devant moi diverses familles avec plus ou moins d'enfants ; l'une des familles était presque une "paroisse" avec tous ses enfants! La présence, le témoignage de ces familles a été véritablement plus fort que toutes les paroles. Elles ont présenté avant tout la richesse de leur expérience familiale : comment une famille aussi grande devient réellement une richesse culturelle, une opportunité d'éducation des uns et des autres, une possibilité de faire vivre ensemble les diverses expressions de la culture d'aujourd'hui, le don et l'aide réciproque également dans la souffrance, etc... Mais le témoignage des crises qu'elles ont traversées a également été important. L'un de ces couples en était presque arrivé au divorce. Ils ont expliqué comment ils ont ensuite appris à vivre cette crise, cette souffrance de la différence de l'autre et à s'accepter à nouveau. C'est précisément en surmontant le moment de la crise, du désir de se séparer, que s'est développée une nouvelle dimension de l'amour et que s'est ouverte une porte sur une nouvelle dimension de la vie, qui ne pouvait s'ouvrir qu'en supportant la souffrance de la crise. Cela me semble très important. Aujourd'hui, on arrive à la crise au moment où l'on s'aperçoit de la différence des caractères, de la difficulté de se supporter chaque jour, pour toute la vie. A la fin, on décide alors de se séparer. Nous avons compris précisément de ces témoignages que c'est dans la crise, en traversant le moment où il semble que l'on n'en puisse plus, que s'ouvrent réellement de nouvelles portes et une nouvelle beauté de l'amour. Une beauté faite de seule harmonie n'est pas une véritable beauté. Il manque quelque chose, elle devient insuffisante. La véritable beauté a besoin également du contraste. L'obscurité et la lumière se complètent. Même le raisin a besoin pour mûrir non seulement de soleil, mais aussi de la pluie, non seulement du jour, mais aussi de la nuit.

Nous-mêmes, prêtres, tant les jeunes que les adultes, devons apprendre la nécessité de la souffrance, de la crise. Nous devons supporter, transcender cette souffrance. Ce n'est qu'ainsi que la vie s'enrichit. Pour moi, le fait que le Seigneur porte éternellement les stigmates revêt une valeur symbolique. Expression de l'atrocité de la souffrance et de la mort, ils représentent à présent le sceau de la victoire du Christ, de toute la beauté de sa victoire et de son amour pour nous. Nous devons accepter, en tant que prêtres ou en tant qu'époux, la nécessité de supporter la crise de la différence, de l'autre, la crise dans laquelle il semble que l'on ne puisse plus demeurer ensemble. Les époux doivent apprendre ensemble à aller de l'avant, également par amour pour leurs enfants, et ainsi se connaître à nouveau, s'aimer à nouveau, d'un amour beaucoup plus profond, beaucoup plus vrai. C'est ainsi, en parcourant un long chemin, avec ses souffrances, que mûrit réellement l'amour.

Il me semble que nous, les prêtres, pouvons également apprendre des époux, précisément de leurs souffrances et de leurs sacrifices. Nous pensons souvent que seul le célibat est un sacrifice. Mais, en connaissant les sacrifices des personnes mariées – pensons à leurs enfants, aux problèmes qui apparaissent, aux peurs, aux souffrances, aux maladies, à la rébellion, et également aux problèmes des premières années, lorsque les nuits sont presque toujours privées de sommeil à cause des pleurs des petits enfants – nous devons apprendre d'eux, de leurs sacrifices, notre propre sacrifice. Et apprendre ensemble qu'il est beau de mûrir dans les sacrifices et ainsi oeuvrer au salut des autres. Dom Pennazza, vous avez à juste titre cité le Concile, qui affirme que le mariage est un sacrement pour le salut des autres : avant tout pour le salut de l'autre, de l'époux, de l'épouse, mais également des petits, des enfants, et enfin de toute la communauté. Et de cette façon, le prêtre aussi mûrit dans la rencontre.

Je pense alors que nous devons faire participer les familles. Les fêtes de la famille me semblent très importantes. A l'occasion des fêtes, il faut que la famille apparaisse, il faut qu'apparaisse la beauté des familles. Les témoignages également – bien qu'ils soient peut-être un peu trop à la mode – peuvent en certaines occasions être réellement une annonce, une aide pour nous tous.

Pour conclure, il demeure très important pour moi que dans la Lettre de saint Paul aux Ephésiens, les noces de Dieu avec l'humanité à travers l'incarnation du Seigneur se réalisent dans la Croix, dans laquelle naît la nouvelle humanité, l'Eglise. Le mariage chrétien naît précisément dans ces noces divines. Il est, comme le dit saint Paul, la concrétisation sacramentelle de ce qui a lieu dans ce grand Mystère. Ainsi, nous devons toujours apprendre à nouveau ce lien entre Croix et Résurrection, entre Croix et beauté de la Rédemption, et nous insérer dans ce Sacrement. Prions le Seigneur afin qu'il nous aide à annoncer correctement ce Mystère, à vivre ce Mystère, à apprendre des époux comment ils le vivent, à nous aider à vivre la Croix, de façon à arriver également aux moments de la joie et de la Résurrection.



Lire le texte intégral de l'échange du Pape Benoît XVI avec les prêtres d'Albano

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commentaires

François 19/03/2008 22:43

Oui, le mariage chrétien est une vocation, une grace, une espérance à vivre au quotidien.http://liberezlescaptifs.over-blog.net/article-7079055.html

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