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24 janvier 2006 2 24 /01 /janvier /2006 23:35

Il y a quelques semaines, j’ai eu une conversation avec une amie croyante qui refuse obstinément de croire dans le Dieu d’Israël, le Dieu de Jésus-Christ.

Pour elle en effet, Dieu est au-delà de tout, bien au-dessus de tous les hommes. Il est fondamentalement le Tout-Autre, l’Inaccessible. Que Dieu puisse faire Alliance avec un petit peuple comme celui d’Israël, à l’exclusion de tous les autres, cela lui paraît inconcevable. Dieu est le Dieu de tous les hommes, et non seulement le Dieu d’Israël ! Aucun peuple ne peut prétendre avoir le monopole de l’Alliance avec Dieu.

Que Dieu puisse se faire homme lui paraît également impensable. Que Dieu s’incarne en Jésus-Christ, cela signifierait qu’il n’y aurait pas d’autre choix pour l’humanité que d’opter en faveur de Jésus-Christ pour entrer en relation avec Dieu. Or, les chrétiens, pour aussi nombreux qu’ils soient, sont minoritaires dans le monde et dans l’histoire. Si Jésus-Christ est Dieu, cela signifierait que les milliards d’hommes dans le temps et dans l’espace qui ne l’ont pas reconnu comme tel sont exclus de la relation avec Dieu. Or, cela est impossible, car Dieu, s’Il est vraiment Dieu, est le Dieu de tous les hommes, et que le Dieu chrétien puisse exclure de ses vues des milliards d’hommes suffit à démontrer qu’Il n’est pas, selon elle, le vrai Dieu.

J’espère n’avoir pas dénaturé les propos de mon amie en les schématisant ainsi, mais le titre du présent article me paraît bien résumer globalement son point de vue : Dieu serait trop Grand pour se faire petit, pour se "compromettre" avec notre humanité au risque d’être ignoré, voire méprisé et rejeté par les hommes dont Il est le Père universel.

Il y aurait beaucoup à dire sur ces différents propos, et le présent article n’a pas la prétention d’épuiser le sujet. Je souhaiterais simplement revenir sur quelques textes de méditations du Pape Benoît XVI sur ce mystère d’un Dieu Tout-Puissant qui renonce à ses prérogatives divines pour venir à la rencontre de l’homme, dans la pauvreté de sa condition.

Car ce qui est finalement en cause, ce n’est pas tant la question de savoir si Dieu est ou non le Dieu de tous les hommes. Cela, la Bible l’énonce clairement : « Il n'y a qu'un seul Dieu et Père de tous, qui règne au-dessus de tous, par tous, et en tous. » (Ep. 4. 5)

Non, ce qui est véritablement en cause me semble-t-il, dans les affirmations de mon amie, c’est la méthode que Dieu adopte pour se faire connaître -et aimer- de tous les hommes. Pour se révéler à nous, Dieu va employer en effet des moyens pour le moins… déconcertants. Mais pourrait-il en être autrement ? Ce qui fait que Dieu est Dieu pour moi, ce n’est pas tant sa grandeur inaccessible que son… imprévisibilité. Si Dieu est Dieu, Il ne peut être que déroutant pour un esprit  humain : si Dieu était à notre portée, serait-il Dieu ? Si Dieu est Dieu, Il ne peut être immédiatement à la portée de nos intelligences, faute de quoi, il serait éminemment suspect... « Mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes chemins ne sont pas vos chemins, déclare le Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, et mes pensées, au-dessus de vos pensées » (Isaïe 55. 8-9).

Ainsi, affirmait le Pape Benoit XVI lors de la veillée avec les Jeunes à Marienfeld aux dernières JMJ, les mages d’Orient venus à Jérusalem rencontrer le Roi des Juifs « étaient (…), des personnes qui avaient les pieds sur terre et qui savaient que, pour changer le monde, il faut disposer du pouvoir. C’est pourquoi ils ne pouvaient chercher l’enfant de la promesse ailleurs que dans le palais du Roi.

« Maintenant, ils se prosternent cependant devant un enfant de pauvres gens, et ils en viennent rapidement à savoir que, fort de son pouvoir, Hérode – le Roi auprès duquel ils s’étaient rendus – avait l’intention de le poursuivre, en sorte qu’il ne resterait plus à la famille que la fuite et l’exil.

« Le nouveau Roi, devant lequel ils s’étaient prosternés, était très différent de ce qu’ils attendaient. Ainsi, ils devaient apprendre que Dieu est différent de la façon dont habituellement nous l’imaginons. C’est ici que commença leur cheminement intérieur. Il commença au moment même où ils se prosternèrent devant l’enfant et où ils le reconnurent comme le Roi promis.

« Mais la joie qu'ils manifestaient par leurs gestes devait s'intérioriser. Ils devaient changer leur idée sur le pouvoir, sur Dieu et sur l’homme, et, ce faisant, ils devaient aussi se changer eux-mêmes. Maintenant, ils le constataient : le pouvoir de Dieu est différent du pouvoir des puissants de ce monde. Le mode d’agir de Dieu est différent de ce que nous imaginons et de ce que nous voudrions lui imposer à lui aussi.

« Dans ce monde, Dieu n’entre pas en concurrence avec les formes terrestres du pouvoir. Il n’a pas de divisions à opposer à d’autres divisions. Dieu n’a pas envoyé à Jésus, au Jardin des Oliviers, douze légions d’anges pour l’aider (cf. Mt 26, 53). Au pouvoir tapageur et pompeux de ce monde, Il oppose le pouvoir sans défense de l’amour qui, sur la Croix – et ensuite continuellement au cours de l’histoire – succombe et qui cependant constitue la réalité nouvelle, divine, qui s’oppose ensuite à l’injustice et instaure le Règne de Dieu.

« Dieu est différent – c’est cela qu’ils reconnaissent maintenant. Et cela signifie que, désormais, eux-mêmes doivent devenir différents, ils doivent apprendre le style de Dieu. »

Or, le style de Dieu est tout de délicatesse, et de douceur, aussi léger que le doux murmure d’une brise légère (cf. 1 R 19. 12). C’est dans le silence et la nuit qu’Il descend sur la terre des hommes pour nous révéler son vrai visage, dans les traits d’un nouveau-né. « Dans cet Enfant, proclamait le Saint Père dans son homélie de Noël, Dieu oppose sa bonté à la violence de ce monde et il nous appelle à suivre l’Enfant. »

« L’aujourd’hui éternel de Dieu est descendu dans l’aujourd’hui éphémère du monde et il entraîne notre aujourd’hui passager dans l’aujourd’hui éternel de Dieu.

« Dieu est si grand qu’il peut se faire petit.

« Dieu est si puissant qu’il peut se faire faible et venir à notre rencontre comme un enfant sans défense, afin que nous puissions l’aimer.

« Dieu est bon au point de renoncer à sa splendeur divine et descendre dans l’étable, afin que nous puissions le trouveret pour que, ainsi, sa bonté nous touche aussi, qu’elle se communique à nous et continue à agir par notre intermédiaire (…).

« Dieu est devenu l’un de nous, afin que nous puissions être avec Lui, devenir semblables à Lui. Il a choisi comme signe l’Enfant dans la crèche: Il est ainsi. De cette façon nous apprenons à le connaître. »

Cette « descente » vertigineuse du Dieu Saint et Tout-Puissant sur la paille de la crèche de Bethléem peut scandaliser à première vue le croyant qui se fait une haute idée de la Souveraineté de Dieu. Mais si l’on y regarde bien, « c'est précisément le fait de se cacher qui constitue la plus éloquente « manifestation » de Dieu : l'humilité, la pauvreté, l'ignominie même de la Passion nous font découvrir comment Dieu est réellement. Le visage du Fils révèle fidèlement celui du Père. » (Benoît XVI, homélie de l’Epiphanie, 6 janvier 2006).

Ainsi que l’écrivait le Père Varillon, théologien éminent du XXe siècle : « Il faut beaucoup plus de puissance pour s’effacer que pour dominer et s’imposer. Les chrétiens considèrent la Toute Puissance de Dieu comme une puissance d’expansion et de domination, alors que c’est une puissance d’effacement. Faites-en l’expérience. Il en faut de l’amour et un amour puissant pour s’effacer afin que l’autre soit. C’est cela la Création. » (Père Varillon, « Un chrétien devant les grandes religions », Bayard 1995, p. 117-118.)

"En entrant dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie, sa mère" (Mt 2, 11). « Rien d'extraordinaire à première vue,affirmait le Pape Jean-Paul II dans son dernier message pour les XXe Journées Mondiales de la Jeunesse. Et pourtant, cet Enfant est différent des autres : il est le Fils unique de Dieu qui s'est dépouillé de sa gloire (cf. Ph. 2, 7) et qui est venu sur la terre pour mourir sur la Croix. Il est descendu parmi nous et s'est fait pauvre pour nous révéler la gloire divine, que nous contemplerons pleinement au Ciel, notre patrie bienheureuse.

« Qui aurait pu inventer un signe d'amour plus grand ? Nous sommes en admiration devant le mystère d'un Dieu qui s'abaisse pour revêtir notre condition humaine jusqu'à s'immoler pour nous sur la Croix (cf. Ph. 2, 6-8). Dans sa pauvreté, Celui qui - comme nous le rappelle saint Paul - "de riche qu'il était, s'est fait pauvre pour vous, afin de vous enrichir par sa pauvreté" (2 Co 8, 9), est venu offrir le salut aux pécheurs. Comment rendre grâce à Dieu pour tant de bonté manifestée ? »

Maintenant, cette « méthode » qu’emploie Dieu pour se révéler aux hommes a-t-elle pour effet pervers d’exclure les milliards d’hommes qui n’adhèrent pas au Christ, ou au Dieu d’Israël ?

L’Ecriture Sainte nous enseigne que « Dieu, notre Sauveur, (…) veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité. » (1 Tm 2. 3). Tous les hommes... Tel est le dessein bienveillant de Dieu, pour reprendre une expression de St Paul. Et comment va-t-Il s'y prendre? Le Pape Benoît XVI, dans son homélie de la messe de l’Epiphanie, emploie l’image des cercles concentriques pour nous faire comprendre l’articulation entre l’élection d’Israël et le mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu en Jésus-Christ d’une part, et le projet divin de rassembler et unifier le monde entier (et donc chacun de nous personnellement) en un seul Corps.

« Dans le mystère de Noël, la lumière du Christ rayonne sur la terre, en se diffusant comme par cercles concentriques.

« Avant tout sur la sainte Famille de Nazareth : la Vierge Marie et Joseph sont illuminés par la présence divine de l'Enfant Jésus.

« La lumière du Rédempteur se manifeste ensuite aux bergers de Bethléem qui, avertis par l'ange, accourent immédiatement à la grotte et y trouvent le « signe » qui leur avait été annoncé : un enfant enveloppé de langes et couché dans une mangeoire (cf. Lc 2, 12). Les bergers, avec Marie et Joseph, représentent ce « reste d'Israël », les pauvres, les anawim, auxquels est annoncée la Bonne Nouvelle.

« L'éclat du Christ parvient enfin jusqu'aux Rois mages, qui constituent les prémices des peuples païens (…).

« Mais qu'est-ce que cette lumière ? Est-ce seulement une métaphore suggestive ou cette image correspond-elle à une réalité ? L'Apôtre Jean écrit dans sa Première Epître : « Dieu est Lumière, en lui point de ténèbres » (1 Jn 1, 5) ; puis il ajoute : « Dieu est amour ». Ces deux affirmations, mises ensemble, nous aident à mieux comprendre : la lumière, apparue à Noël, et qui se manifeste aujourd'hui aux nations, est l'amour de Dieu, révélé dans la Personne du Verbe incarné. Les Rois mages arrivent d'Orient, attirés par cette lumière.

« Dans le mystère de l'Epiphanie, par conséquent, en plus d'un mouvement de rayonnement vers l'extérieur, se manifeste un mouvement d'attraction vers le centre qui achève le mouvement déjà inscrit dans l'Ancienne Alliance. La source d'un tel dynamisme est Dieu, Un dans la substance et Trine dans les Personnes, qui attire tout et tous à lui.

« La Personne incarnée dans le Verbe se présente ainsi comme le principe de réconciliation et de récapitulation universelle (cf. Ep 1, 9-10). Il est le but ultime de l'histoire, le terme d'un « exode », d'un chemin providentiel de rédemption, qui culmine dans sa mort et sa résurrection. »

Le Pape Benoît XVI observe que « La fidélité de Dieu à Israël et sa manifestation aux nations pourraient apparaître comme des aspects divergents entre eux à un regard superficiel ; en réalité ce sont les deux faces d'une même médaille.

« En effet, selon les Ecritures, c'est précisément en restant fidèle au pacte d'amour avec le peuple d'Israël que Dieu révèle également sa gloire aux autres peuples.

« Grâce et fidélité » (cf. Ps 88, 2), « amour et vérité » (cf. Ps 84, 11) sont le contenu de la gloire de Dieu, son « nom », destiné à être connu et sanctifié par les hommes de toute langue et de toute nation. Mais ce « contenu » est inséparable de la « méthode » que Dieu a choisie pour se révéler, celle de la fidélité absolue à l'alliance, qui atteint son sommet en Jésus Christ.

« Le Seigneur Jésus est, dans le même temps et de manière inséparable, « lumière pour éclairer les nations païennes, etgloire d'Israël [son] peuple » (Lc 2, 32) (…). Les Rois mages ont adoré un simple Enfant dans les bras de sa Mère Marie car en Lui ils ont reconnu la source de la double lumière qui les avait guidés : la lumière de l'étoile et la lumière des Ecritures. Ils ont reconnu en Lui le Roi des Juifs, gloire d'Israël, mais aussi le Roi de toutes les nations. »

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