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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 21:53

Il y a environ un an, j’ai été invité à écrire un chapitre pour un ouvrage collectif portant sur la philosophie politique et les croyances religieuses, qui doit être publié l’an prochain par des presses universitaires. Mon chapitre est provisoirement intitulé : "Fides, ratio et juris : Comment certains tribunaux et certains juristes se font une idée fausse de la rationalité des croyances religieuses," et il traite des prétentions des tribunaux et des théoriciens juristes qui défendent la position selon laquelle les projets de politiques publiques d’inspiration religieuse n’ont pas leur place dans une démocratie libérale parce que les visions du monde religieuses d’où elles émanent sont fondamentalement non-raisonnables, puisqu’elles dépendent de croyances irrationnelles.

 

En préparant ce chapitre, j’ai lu et relu nombre d’actes de procès et de monographies académiques. Les opinions juridiques qui affirment pour la plupart, explicitement ou implicitement, l’irrationalité de la croyance religieuse, ne m’ont pas surpris, puisque les juristes qui les formulent n’ont souvent aucune connaissance de la littérature portant sur la rationalité des croyances religieuses, alors que celle-ci est pourtant au cœur de la philosophie anglo-américaine depuis presque cinq décennies.

 

La surprise est venue du côté des théoriciens du droit. Leur ignorance est confondante. Prenons par exemple l’affirmation d’un de ces chercheurs : "La science laïque et le libéralisme politique, tous deux dévouées au primat de la raison, affirment qu’il est nécessairement impossible d’avoir une vérité incontestable." Nous pouvons mettre cette affirmation sous la forme d’une proposition :

 

"A. La raison dénie nécessairement l’existence de vérités incontestables."

 

Qu’est-ce qu’une vérité incontestable ? Si la raison dénie nécessairement l’existence de vérités incontestables, et si cet auteur offre A comme canon de la raison, alors A n’est pas une vérité incontestable. Mais dans cette situation, il n’est pas incontestable que la raison dénie nécessairement l’existence de vérités incontestables. Par conséquent, la raison pourrait en fait affirmer l’existence de vérités incontestables.

 

D’un autre côté, si A est une vérité incontestable, et que l’auteur présente A comme un canon de la raison, alors il n’est pas avéré que la raison dénie nécessairement l’existence de vérités incontestables. En conséquence, la raison requiert que nous croyions au moins une vérité incontestable, selon laquelle la raison dénie nécessairement l’existence des vérités incontestables. Dans ce cas la raison est complètement non-raisonnable.

 

Mais il est possible de rejeter A parce que c’est une proposition que l’on appelle, dans le langage philosophique, contradictoire dans les termes, mais aussi parce que c’est tout simplement une proposition fausse. Prenons par exemple ces affirmations :

 

“B. Tous les hommes célibataires sont des mâles non-mariés.”

 “C. 2+2 = 4”

 “D. C = 2πr”

 

B, C, et D sont des vérités nécessaires. Elles sont vraies dans tous les mondes possibles. Pourtant les vérités nécessaires sont des vérités incontestables. S’il est raisonnable de croire en l’existence de vérités incontestables - et il semble que cela soit bien le cas, puisqu'elles sont en fait des "vérités" - alors il est non seulement faux que la raison dénie nécessairement l’existence de vérités incontestables, mais de plus, dans certains cas, la raison affirme la nécessité de l’existence de vérités incontestables.

 

Retour aux fondamentaux : les chrétiens doivent insister sur la compatibilité entre foi et raison.

 

Maintenant, considérons ces affirmations : “E. Il est toujours et partout immoral de torturer un enfant pour le plaisir.”

 “F. La finalité intrinsèque de l’esprit humain est l’acquisition de la sagesse.”

 “G. Les personnes humaines sont des êtres d’une valeur et d’une dignité incommensurables.”

 

E, F et G semble être des croyances parfaitement rationnelles. Elles sont, certes, non pas incontestables à la manière de B, C et D, mais elles semblent bien moins contestables que la théorie de la relativité d’Einstein, théorie scientifique bien établie s’il en est une. Cependant, il est facilement concevable que la théorie d’Einstein puisse être réfutée, alors qu’il est difficile de concevoir comment les propositions E, F, et G pourraient être fausses. En conséquence, il semble qu’il y ait des croyances que personne ne doit réfuter ou prouver et qui sont néanmoins parfaitement rationnelles, n’ayant pas besoin d’argumentaire ou de preuve.

 

Les théoriciens du droit que j’ai consultés se prétendent tous experts en loi et en religion et leurs travaux paraissent dans des journaux de droit publiés par des universités prestigieuses. Pourtant, je n’ai pas trouvé chez eux la moindre référence, même superficielle, à l’abondante littérature traitant de la religion et de la rationalité qui est produite par des penseurs, souvent philosophes, religieux ou non, depuis cinquante ans.

 

Il n’y avait aucune mention d’Alvin Plantinga, de William Lane Craig, de Robert C. Koons, de John Haldane, de William Alston, de J.P. Moreland, de Brian Leftow, de Nicholas Wolterstorff, de Linda Zabzebski, de Charles Taliaferro, de C. Stephen Evans, de Dallas Willard, de Richard Swinburne, de John Polkinghorne, d’Eleanore Stump, de John E. Hare, ou de N. T. Wright.

 

Ces chercheurs contemporains, parmi de nombreux autres, ont publié des argumentaires parmi les plus sophistiqués et ciselés concernant des aspects importants de la foi chrétienne, notamment sur la rationalité de la foi en Dieu, sur l’échec du matérialisme philosophique, sur l’existence de l’âme, sur le réalisme moral, sur l’incohérence du scientisme, sur l’historicité de la résurrection du Christ, et sur la coexistence entre Dieu et le mal.

 

Alors même que ces écrits sont complètement absents des articles juridiques que j’ai consultés, leurs auteurs affirment pourtant avec certitude que toutes les croyances religieuses sont sans aucun lien avec l’exercice de la preuve et la confrontation aux étalons ordinaires de la raison.

 

Nous ne devrions donc pas être surpris si, à l’occasion des conflits politiques entre l’Etat et l’Eglise, les élites médiatiques et académiques considèrent le point de vue de l’Eglise comme s’il s’agissait de l’émanation irrationnelle d’un corps étranger à la culture contemporaine. Comme j’ai fini par le réaliser à mon grand regret, ceux-ci n’y connaissent rien, puisque leur éducation les a isolés de points de vue contraires à l’hégémonie laïciste omniprésente dans leur formation intellectuelle.

 

Cela signifie que nous autres chrétiens - protestants, catholiques ou orthodoxes - ne pouvons nous résigner à une simple attitude de tolérance culturelle (ou au simple droit d’expression) sans en même temps défendre la position selon laquelle notre foi, avec tout ce qu’elle comporte et présuppose, est compatible avec la raison. Comme le disait le pape Jean-Paul II, "La foi et la raison sont comme les deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité."


Francis J. Beckwith

Source : France Catholique

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17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 10:57

J’ai suggéré antérieurement (...) que ce que nous croyons — le contenu de la Foi — est important, non parce qu’il faut obtenir un examen de théologie pour gagner le Ciel, mais parce que la Foi chrétienne est une réponse à une personne, et que l’amour, de par sa nature même, désire connaître le bien-aimé.

 

J’en ai eu un exemple instructif l’autre jour. Un ami professeur de philosophie lisait avec sa classe Le commentaire littéral de la Genèse, ouvrage de saint Augustin notoirement complexe, quand un des ses étudiants a demandé (dans le langage habituel aux étudiants) : « mouais, mais qu’est-ce que ça peut bien foutre ? »

 

A quoi mon ami a répliqué : « — Aimez-vous Dieu ? » « — Oui » a répondu l’étudiant, un peu interloqué. « — Eh bien, écoutez, a dit mon ami. un jour arrivera où vous aurez le bonheur de vous marier. Si ce jour arrive, vous pourriez vous retrouver en discussion avec votre femme, parce qu’elle aurait dit quelque chose et que vous auriez répondu  : « Je ne comprends pas ». Alors, elle essaierait de s’expliquer, et vous diriez probablement quelque chose du genre : « Est-ce cela que tu veux dire ? », et elle : « Non, ce n’est pas du tout ce que je voulais dire ».

 

« Et là, a finalement dit mon ami à son étudiant, là, vous avez un choix à faire. Vous pouvez choisir de dire : "mouais, qu’est-ce que ça peut bien foutre ?" ou vous pouvez choisir de ne pas être idiot. Croyez-moi, c’est important. »

 

C’est pour des raisons comparables que Saint Augustin a essayé sans relâche -à quatre différentes reprises -d’écrire un bon commentaire littéral de la Genèse. Y parvenir avait vraiment de l’importance pour lui, indubitablement parce qu’il croyait que la Genèse était la Parole de Dieu, et ce que Dieu essayait de dire à travers ces mots faisait toute la différence. Ainsi donc, si comme catholiques nous croyons que l’Esprit Saint continue de nous enseigner par les paroles du Magistère de l’Eglise, alors nous devrions prendre garde à comprendre convenablement ces paroles.

 

Dans mon travail de professeur de théologie, je rencontre plein de gens qui ont ce que j’appelle des "pseudo-réponses" à l’enseignement de l’Eglise. Il y en a de plusieurs types.

 

Le premier type est fondé sur une ignorance complète. Quelqu’un vous dit : je suis en désaccord complet avec l’enseignement de l’Eglise sur X !" "Avez-vous lu l’un ou l’autre des documents traitant de cette question ?" "Bien sûr que non, puisque je suis sûr d’être en désaccord."

 

Vraiment ? Combien de fois avez-vous fait l’expérience de rencontrer quelqu’un qui a seulement entendu parler de vous, par des gens parlant dans votre dos ? "Je n’aime pas ce que vous dites et faites", vous déclarent-ils. Puis, après un bref échange, il apparaît que vous n’avez rien dit ni fait de ce qu’ils s’imaginaient. Ils ont haï une chimère, une illusion. De même avec l’Eglise. Fréquemment, quand les gens me décrivent un enseignement de l’Eglise qu’ils détestent, j’ai à leur dire que l’Eglise n’enseigne pas ça du tout. J’ai eu des gens qui n’étaient pas catholiques, qui admettaient ne rien connaître du catholicisme, et qui soutenaient mordicus que l’Eglise avait dit X, Y ou Z quand elle n’en avait rien fait. Les préjugés ont la vie dure.

 

La seconde sorte de pseudo-réponse à l’enseignement de l’Église est basée sur une ignorance partielle et conduit la personne à tordre l’enseignement de l’Église dans une direction donnée.

 

L’Église enseigne que la propriété privée est un élément important de l’épanouissement humain. Ils entendent : l’Église enseigne que la propriété privée doit être protégée en toute circonstance. Non. L’Église enseigne la destination universelle des ressources nécessaires à l’homme. Oui. Ils comprennent : l’Église dit que les programmes d’Etat de redistribution des richesses sont une obligation morale. Non. En réalité, l’Église enseigne à la fois la valeur de la propriété privée et la destination universelle des ressources nécessaires à l’homme.

 

Vous pouvez soit infléchir l’enseignement de l’Église pour le faire cadrer avec vos propres prédispositions, soit essayer de comprendre ce que l’Église essaie réellement de dire. Cela demande un effort. Les préjugés ont la vie dure.

 

Dans ce pays, si vous êtes conservateur, vous aurez tendance à dire oui à l’enseignement de l’Église en matière de morale sexuelle, et non à l’enseignement de l’Église sur la justice sociale. Si vous êtes libéral, vous direz oui à l’enseignement sur la justice sociale et non à l’enseignement sur la morale sexuelle. Quand le Magistère affirme ce que vous aimez, il est "prophétique". Quand il enseigne ce que vous n’aimez pas, ce n’est qu’une poignée de vieillards à côté de la plaque.

 

Les gens demandent : « — Quest-ce qu’une poignée de prêtres peut bien connaître à propos de X » Remplacez l’inconnue par ce qui vous chante : sexe, économie, guerre, politique, science et technologie, comment bombarder une ville, etc. Eh bien, laissez-moi vous dire que leur clairvoyance collective est à l’image de celle de votre mère, bien plus profonde que vous ne l’imaginez. Mais nous ne croyons pas à la claivoyance des évêques per se ; nous croyons à la promesse du Christ d’être avec son Eglise jusqu’à la fin des temps et d’envoyer son Esprit-Saint pour la guider et la protéger.

 

Si vous aimez votre mère, vous vous efforcez de comprendre ce qu’elle vous dit. Et vous êtes attentif à la façon dont elle le dit pour découvrir ses véritables intentions. Si elle insiste sur le fait que quelque chose est vraiment important, vous ne le considérez pas comme un simple conseil, et quand elle dit "ce serait bien", vous n’en faites pas un commandement divin. De même avec l’Église, si vous êtes réellement à l’écoute, parce que vous vous préoccupez de ce qu’elle enseigne, vous ne considérerez pas l’avortement, par exemple, comme juste un choix de vie parmi d’autres, et ne traiterez pas des énergies renouvelables comme d’un commandement de Dieu. Non plus que, si vous aimez votre mère, n’est-ce pas, et que vous êtes avisé, vous n’allez pas lui tapoter la tête quand elle vous fait part de sa sagesse et lui disant : « Oui, oui, mère, comme vous êtes délicieusement vieux jeu ».

 

Nous écoutons souvent sélectivement et nous n’entendons que ce que nous avons envie d’entendre. Mais si le Verbe fait toute la différence dans nos vies, alors ce qu’Il nous enseigne doit tout aussi bien devenir important à nos yeux. L’amour désire connaître le bien-aimé.



Randall Smith, professeur de théologie à l’université Saint-Thomas, à Houston.

 Source : France Catholique

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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 17:39

"Ne cesse pas de faire des actes d'humilité et d'amour à l'égard de Dieu et des hommes ; car Dieu parle à celui qui tient son cœur humble devant lui, et il l'enrichit de ses dons.

 

"Si Dieu te réserve les souffrances de son Fils et veut te faire toucher du doigt ta propre faiblesse, mieux vaut faire acte d'humilité que perdre courage. Fais monter vers Dieu une prière d'abandon et d'espérance quand ta fragilité cause ta chute, et remercie le Seigneur de toutes les grâces dont il t'enrichit."

 

Saint [Padre] Pio de Pietrelcina

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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 00:00

Nous disions, dans notre précédent billet, qu’il convenait de vivre chaque jour comme s’il était le dernier.

Mais que cela signifie-t-il au juste ? Comment vivrions nous ce jour si nous savions qu’il était notre dernier sur la terre ?

Je me souviens de la réaction d’une amie, chrétienne peu fervente, à l’annonce de la mort brutale et inattendue d’une de nos connaissances communes.

A cette annonce, je me dis en mon for intérieur : « Tiens, voilà qui va la réveiller. Elle va comprendre enfin le sérieux et la gravité de cette vie sur terre. Elle va prendre conscience qu’il lui est urgent de se convertir et de revenir au Seigneur Jésus. »

Ce sur quoi, elle se tourne vers moi et me dit, l’air pensive : « Comme quoi, il faut vraiment profiter de la vie »………..

Profiter de la vie… Que cela peut-il donc vouloir dire ?

Est-ce que cela signifie approfondir ma relation avec le Seigneur, grandir dans la foi, l’espérance, la charité ? Aimer davantage les miens ; consacrer davantage de temps à la prière, au service des pauvres, des malades, des personnes âgées ?

Ou bien est-ce que cela signifie « mangeons et buvons, car demain nous mourrons » (cf. 1 Co 15. 32) ?

Dis-moi ce que tu ferais des quelques heures qu’il te reste à vivre, pourrait nous dire le Seigneur, et je te dirai qui tu es.

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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 19:33

Comme nous l'avons dit hier, nous ne savons ni le jour ni l’heure de la fin du monde. Et il ne nous appartient pas de le savoir (cf. Ac 1. 7).

Quelle attitude alors adopter face aux prétendues "prophéties" annonçant la fin du monde pour 2012 ?

Eh bien, celle que nous commande Jésus dans son Evangile.

Il ne s’agit pas de hausser les épaules avec dédain, en se disant que tout cela n’est pas vrai, que la date de la fin du monde est de toute façon imprévisible.

Il s’agit de se rappeler les paroles du Seigneur à ce sujet : « Tenez-vous sur vos gardes, de crainte (…) que ce jour-là ne tombe sur vous à l'improviste » (Lc 21. 34).

Si nous n’y prenons garde, dit Jésus, la fin du monde nous prendra par surprise. Et nous risquerions de ne pas être prêts… Jésus nous exhorte donc à veiller.

Non pas rejeter d’un revers de manche les prétendues prophéties sur la fin du monde. Mais veiller. Nous tenir prêts, en tenue de service. Garder notre lampe allumée (cf. Lc 12. 35). Car la fin du monde est peut-être pour ce soir.

Elle aura peut-être lieu le 21 décembre 2012. Peut-être après  en 2013, ou dans plusieurs siècles. Peut-être avant aussi. Nous n’en savons rien. Mais si nous écoutions vraiment Jésus, nous devrions vivre chaque jour comme s’il était le dernier.

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12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 13:49

Il y a quelques jours, je poste le message suivant sur le « statut » de ma page Facebook : « Viens, Emmanuel, viens nous sauver ! » S’ensuit un petit échange avec l’un de mes bons amis – appelons le Guillaume.

 

Guillaume : Il est déjà venu... lol !

 

Matthieu : Mais il vient encore, cher Guillaume! Nous attendons son retour dans la Gloire!

 

Guillaume : Oui, peut-être, mais en attendant l'être humain est là, et il a une vie, et c'est dans cette vie qu'il faut être chrétien en faisant du bon autour de soi.

 

Matthieu : Mais le Christ n'est pas étranger à notre vie ici-bas! Il est vivant, il est présent, il vient.

 

Le chrétien, ce n'est pas celui qui fait du bien autour de soi (cela, de nombreux non-chrétiens le font très bien). Le chrétien, c'est celui qui manifeste la présence du Ressuscité dans notre monde d'aujourd'hui. Car il est là, tout proche, à nos côtés. Il vient à nous. Il est à portée de voix. Nous pouvons l'appeler, il nous entend, et il nous sauve, encore aujourd’hui.

 

Guillaume : Je suis d'accord avec toi, c'est une manière de voir comme une autre. Mais je te dirai par rapport à ça : dans ce cas là, pour toi, est-ce que quelqu'un qui va à un office tous les jours et qui en dehors ne fait rien, est un chrétien??

 

Matthieu : Oui, mais c'est un mauvais chrétien! ;-) Car la meilleure manière de révéler la présence actuelle du Christ au monde, c'est de manifester son amour envers les hommes. "Celui qui dit qu'il aime Dieu et qui n'aime pas son frère est un menteur" dit St Jean (cf. 1 Jn 4. 20).

 

Guillaume : MDR… "mauvais chrétien". MSR… Chaque chrétien est libre de croire comme il l'entend. Les chrétiens comme les non-chrétiens... Ce n'est pas pour ça [pour les raisons que tu dis] que le chrétien est "mauvais"…

 

Matthieu : « chaque chrétien est libre de croire comme il l'entend » Ben non, Guillaume. La foi ne se fait pas à la carte. Elle se reçoit telle qu'elle se donne à nous. Il n'est pas dans notre pouvoir de la changer. Un homme qui croit en Jésus-Christ, Fils de Dieu, mort et ressuscité pour notre Salut est un chrétien. Mais s'il décide (parce que c'est comme ça qu'il l'entend) de ne pas vivre les exigences de la charité, c'est un mauvais chrétien.

 

On n'est pas libre de rejeter la Charité. Absolument pas.

 

***

 

Dans le prolongement de cet échange amical, voici une très belle méditation du Pape Benoît XVI dite lors de la prière de l’Angelus, le dimanche 16 décembre 2007 :

 

Chers frères et sœurs,

 

« Gaudete in Domino semper – Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur » (Ph 4, 4). Par ces paroles de Saint Paul s'ouvre la messe du 3e Dimanche de l'Avent qui est par conséquent appelé dimanche « gaudete ». L'Apôtre exhorte les chrétiens à se réjouir parce que la venue du Seigneur, c'est-à-dire son retour glorieux, est certain et ne tardera pas. L'Eglise fait sienne cette invitation, alors qu'elle se prépare à célébrer Noël, et son regard se dirige toujours plus vers Bethléem. En effet, nous attendons la seconde venue du Christ avec une espérance sûre, parce que nous avons connu la première. Le mystère de Bethléem nous révèle le Dieu-avec-nous, le Dieu qui nous est proche, pas simplement au sens spatial, et temporel. Il est proche de nous parce qu'il a en quelque sorte ‘épousé' notre humanité. Il a pris sur lui notre condition, en choisissant d'être comme nous en toute chose, excepté le péché, pour nous faire devenir comme Lui. La joie chrétienne jaillit donc de cette certitude : Dieu est proche, il est avec moi, il est avec nous, dans la joie et dans la douleur, dans la santé et dans la maladie, comme un ami et un époux fidèle. Et cette joie demeure aussi dans l'épreuve, dans la souffrance même, et elle reste, non en superficie, mais au plus profond de la personne qui se confie à Dieu et met en Lui sa confiance.

 

Certains se demandent : mais, cette joie est-elle encore possible aujourd'hui ? La réponse, ils la donnent par leur vie, les hommes et les femmes de tout âge et de toute condition sociale, heureux de consacrer leur existence aux autres ! La bienheureuse Mère Teresa de Calcutta n'a peut-être pas été, à notre époque, un témoin inoubliable de la vraie joie évangélique ? Elle vivait chaque jour en contact avec la misère, la dégradation humaine, la mort. Son âme a connu l'épreuve de la nuit obscure de la foi, et pourtant, elle a donné à tous le sourire de Dieu. Nous lisons dans un de ses écrits : « Nous attendons avec impatience le paradis, où il y a Dieu, mais il est en notre pouvoir d'être au paradis dès ici-bas, et dès ce moment-ci. Etre heureux avec Dieu signifie : aimer comme lui, aider comme lui, donner comme lui, servir comme lui » (La joie du Don, Seuil, Paris, 1975).

 

La joie entre dans le cœur de qui se met au service des petits et des pauvres. En qui aime ainsi, Dieu fait sa demeure, et l'âme est dans la joie. Si au contraire, on fait du bonheur une idole, on se trompe de chemin, et il est vraiment difficile de trouver la joie dont parle Jésus. C'est malheureusement la proposition des cultures qui mettent le bonheur individuel à la place de Dieu, une mentalité qui a son effet emblématique dans la recherche du plaisir à tout prix, dans la diffusion de l'usage de drogues en guise de fuite, de refuge dans des paradis artificiels, qui se révèlent ensuite comme totalement illusoires.

 

Chers frères et sœurs, à Noël aussi on peut se tromper de chemin, échanger la vraie fête avec celle qui n'ouvre pas le cœur à la joie du Christ. Que la Vierge Marie aide tous les chrétiens, et les hommes à la recherche de Dieu, à arriver enfin à Bethléem, pour rencontrer l'Enfant qui est né pour nous, pour le salut et le bonheur de tous les hommes.

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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 00:00

« Qui est négligent dans la contemplation ("qui vacare Deo negligit") se prive soi-même de la vision de la lumière de Dieu ; qui se laisse prendre démesurément par les préoccupations et permet que ses pensées soient emportées par le tourbillon des choses terrestres se condamne soi-même à l'impossibilité absolue de pénétrer les secrets du Dieu invisible. »

 

Raban Maur, Lib. I, PL 112, col 1263A.

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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 17:56

« De même que le fer devenu rouge s'est liquéfié au point qu'il semble n'y avoir plus que du feu, alors que toutefois la substance de l'un reste distincte de la substance de l'autre, de même il nous faut accepter que, après la fin de ce monde, toute la nature, aussi bien corporelle qu'incorporelle, manifeste uniquement Dieu, mais subsiste intégralement sous un mode tel que Dieu puisse, d'une certaine façon, y être saisi tout en restant insaisissable, et que la créature elle-même soit, par une merveille ineffable, transformée en Dieu. »

 

Jean Scot Erigène, cité par Benoît XVI

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31 décembre 2009 4 31 /12 /décembre /2009 12:42

Au crépuscule de l’année 2009 et à l’aube d’une nouvelle année, pleine de promesses et d’espérance, la Providence m’a conduit à découvrir un intellectuel musulman que je ne connaissais pas – dans l’ignorance que je suis à la fois du monde musulman et des agitations du microcosme médiatique.

Cet intellectuel musulman, c’est Tariq Ramadan.

C’est au hasard d’une navigation sur Internet que je suis tombé sur quelques vidéos le concernant ; quelques vidéos édifiantes à la vérité… où l’on voit s’abattre sur lui un flot de haine, de mensonges, d’amalgames absolument injustes, et où l’on cherche à travestir sa pensée sans jamais chercher à l’écouter et à le comprendre.

Etant chrétien de confession, c’est-à-dire disciple d’un homme que l’on a bafoué, injurié, rejeté et crucifié alors que sa doctrine n'était qu'amour et paix (cf. Ac 10. 38 : "Il a passé en faisant le bien"), je ressens – je l'avoue – une secrète affinité avec tous les pestiférés, les bannis, et autres parias que le monde diabolise…

Loin de moi bien sûr de considérer Tariq Ramadan comme un nouveau Jésus ! (quoique… l’Eglise nous enseigne que l’humanité souffrante se trouve intimement unie au Christ crucifié, même si elle n’en a pas conscience). Jésus-Christ est mon Seigneur et mon Dieu, et Tariq Ramadan est un croyant musulman. Mais ce que j’ai vu et entendu de lui me donnent à penser qu’il est un homme de raison, de paix et de dialogue. La pertinence de ses analyses, la mesure de son propos, l’élégance de ses réactions et sa pondération dans des situations de violentes contradictions, ont achevé de me séduire. Il me semblait respirer là la
« bonne odeur du Christ ». Et j’ai pensé qu’il pourrait être un interlocuteur tout à fait valable et intéressant pour un dialogue ouvert avec le monde musulman – que je connais, encore une fois, très mal.

Ce blog, vous le savez, a vocation au dialogue. Et je rends grâce à Dieu pour ces nombreux et fructueux échanges que j’ai pu nourrir avec certains d’entre vous, athées (comme Miky), protestants (comme le Pasteur Eric George) ou catholiques de sensibilités diverses (comme Yves ou Hervé...) – le plus étonnant pour moi étant de découvrir que le dialogue n’est pas forcément plus facile avec les frères les plus proches dans l’ordre de la foi…

Je n’ai pas encore eu la grâce d’échanger avec des musulmans. Il y a bien eu Salam à une époque, mais ses positions gnostiques et ésotériques en faisait un cas tout à fait particulier, absolument pas représentatif (me semble-t-il) de la réalité de l’islam – même s'il viendra peut-être nous dire le contraire (Paix à toi, cher Salam!).

Tariq Ramadan me paraît plus conforme à la réalité substantielle de l'islam. Ses positions seront jugées sans doute trop libérales par nombre de musulmans, ou trop « fondamentalistes » par les européens occidentaux non musulmans. Mais c’est ce positionnement là qui me paraît intéressant justement. N’est-ce pas aussi au fond ce que l’on reproche au Pape Benoît XVI et à l’Eglise catholique en général ? D’être trop libérale (quand il s’agit de promouvoir par exemple la liberté religieuse et le dialogue œcuménique) ou trop conservatrice (en matière de morale par exemple) selon que l’on se situe du point de vue chrétien ou du point de vue du monde ? On ne peut pas plaire à tout le monde...


Certains frères catholiques m’ont fait le grief de m’intéresser de trop près à Tariq Ramadan, au motif que le caractère policé de la présentation de son message dissimulerait en réalité l'intégrisme le plus intransigeant.
« Techniques de com'. Il manifeste un calme olympien et maîtrisé, affiche un air de bisounours battu pour enjôler son public et ridiculiser ses adversaires, soit, et il maîtrise ces techniques à la perfection. Soit. oui. Il maîtrise également l'art de tourner de longues phrases qui bercent l'auditoire et dont on ne sait plus trop ce qu'il y dit, mais dont on retient juste quelques mots rassurants. Soit. Il n'empêche, qu'il est proche des milieux musulmans "durs", et qu'il semble bien plus le fer de lance ou l'avocat d'une cause pas vraiment très claire. »

Mais qu’est-ce qu’un musulman « dur » ? Est-ce que nous-mêmes, catholiques pratiquants, lecteurs du Blog Totus Tuus, ne pourrions pas être considérés par certains comme des catholiques « durs », de par nos positions par exemple sur l’avortement, le préservatif ou l’homosexualité ?

En vérité, le fait de rencontrer un musulman « authentique » ou « orthodoxe » (dirais-je, de préférence à « dur ») me paraît une bonne chose. Que penserions-nous en effet si un croyant de telle confession se réjouissait de pouvoir entrer en dialogue avec le christianisme par l’intermédiaire d’un Mgr Gaillot, d’un Jacques Duquesne ou d’un Hans Küng ! Pour pouvoir dialoguer avec l’islam, il est quand même préférable d’avoir en face d’authentiques interlocuteurs musulmans. Enfin, il me semble...

A moins que…

A moins que, derrière la critique que l’on adresse à Tariq Ramadan, l’on ne fasse en réalité le procès de l’islam.

C’est ce que me suggère l’observation de mon interlocuteur catholique sus-désigné qui ajoutait un peu plus loin dans son (fraternel) réquisitoire :
« Je n'oublie pas que, de toute façon, celui que je m'efforce de suivre a sauvé l'Homme par amour jusqu'à en mourir, et que celui que les musulmans s'efforcent de suivre a été un chef de guerre et un conquérant, qui tue ses ennemis et prends leurs femmes et leurs enfants en butin. »

Mais est-ce là le rôle des chrétiens que de faire le procès de l’islam ?

Je ne le crois pas.

Je crois tout au contraire que nous avons vocation
en tant que chrétiens à promouvoir une culture de l’amitié et du dialogue ; et que l’évangile ne peut se frayer un chemin en vérité que dans un climat serein et pacifié de respect mutuel et d’authentique charité. Seul l’amour évangélise vraiment. Seul l’amour nous permet d’accueillir la Vérité dans sa plénitude. L’amour est l’écosystème de la Vérité. Sans amour, la Vérité devient froide et implacable ; écrasante et oppressante. Il devient alors impossible de l’accueillir vraiment, totalement. Il serait même légitime de la combattre.

Pour annoncer la Vérité, nous devons donc commencer par nous convertir,
nous ; nous devons commencer à aimer l’autre tel qu’il est, en tant qu’autre, dans toutes ses dimensions, y compris celles qui ne concordent pas avec nos propres conceptions.

Il est sans doute utile de préciser ici qu'accepter et accueillir l’autre en tant qu’autre, et consentir à dialoguer avec lui, ne signifie pas renoncer à soi-même ! Il ne s’agit pas de canoniser Mahomet, ni tout ce que pensent et font nos amis musulmans. Le dialogue n’implique pas que l’on soit d’accord sur tout avec notre interlocuteur.
Le dialogue n’est pas le relativisme. Le mot même de « dia-logue » implique un échange de vues où chacun peut exprimer sa pensée et affirmer ce en quoi il croit, dans l’assurance d’être écouté et respecté dans son identité profonde. Cela marche donc dans les deux sens! Le dialogue ne dispense pas le chrétien de faire valoir sa différence et sa spécificité ; bien au contraire, le dialogue amical et fraternel peut (et doit) être le lieu même de l’annonce de l’Evangile. Mais une annonce humble qui propose l’Evangile à la manière dont Jésus lui-même s’est présenté au monde ; non un prosélytisme conquérant qui chercherait à s’imposer par la force et la contrainte.

Le dialogue suppose donc un mystère d’abaissement et de renonciation à la prétention d'avoir raison ; une
kénose en quelque sorte. De même que le Christ n’a pas revendiqué son droit d’être traité à l’égal de Dieu – tandis qu’il aurait été juste qu’il le fît – de même, nous aussi, nous devons renoncer au droit d’être considérés comme les seuls vrais croyants appartenant à la seule vraie religion. Nous aussi devons consentir à nous abaisser et à rejoindre les croyants des autres religions là où ils se trouvent, dans l’assurance où nous sommes que « Dieu ne fait pas acception de personnes, et qu’en toute nation, quiconque le craint et pratique la justice trouve accueil auprès de lui » (Ac 10. 34-35).

Cet abaissement sera vu par certains comme une relativisation de la foi chrétienne, puisqu’elle consiste finalement à la placer au même niveau que les autres traditions religieuses. Mais n’est-ce pas ce que Jésus lui-même a réalisé dans le mystère de son incarnation et de sa Passion ? Il n’a pas craint de se placer au rang des pécheurs, et des pécheurs les plus vils. Et c’est dans cet abaissement même qu’il nous a sauvé ; c'est dans cet abaissement même qu’il nous touche et nous transforme. En Jésus-Christ, Dieu ne nous prend pas de haut – comme il serait juste qu’il le fît ; mais il vient partager notre condition et assumer ce que nous sommes, y compris notre athéisme en face du problème du Mal (« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?… »). Dès lors, nous aussi, nous devons partager les questionnements de nos contemporains, les assumer et les porter dans la prière, en leur proposant humblement la Voie de Jésus-Christ ; et en abandonnant le fruit de notre dialogue à l'Esprit Saint qui agit dans les coeurs.

Nous, chrétiens, croyons que Jésus-Christ est la plénitude de la Vérité ; qu’il est Dieu lui-même ; Dieu fait homme. Et je suis moi-même (passionnément !) son disciple. Mais précisément : être disciple de Jésus-Christ signifie aussi s’inspirer de son exemple et l’imiter dans son agir. Or, Jésus se manifeste dans l’Evangile comme un homme de relation et de dialogue qui manifeste à tous son ouverture et son accueil, qui mange à la table des pécheurs – sans jamais pactiser pour autant avec le mal ou l’erreur. Nous découvrons en lui un Dieu qui est relation par essence ; une Vérité qui rencontre et qui dialogue.

Si notre Dieu est essentiellement relation – ce qu’il est à l’intérieur de lui-même au sein de la Trinité, et non pas seulement dans ses relations avec nous – alors non seulement le dialogue avec d'autres croyants ne compromettra pas notre foi, mais nous pourrons approfondir notre connaissance de Dieu en intensifiant nos relations avec les autres. Au fondement du dialogue inter-religieux, il y a l’Esprit Saint qui a été répandu sur l’Eglise ; c’est Lui le lien qui unit de toute éternité le Père et le Fils ; c’est Lui qui est le Principe du dialogue entre les hommes, qui est refus de la violence et conversation aimante à l'égard de tous – y compris ceux qui ne partagent pas notre foi.


Comme l’affirmait le Pape Paul VI dans l’Encyclique
Ecclesiam Suam (publiée en 1964, au milieu du Concile Vatican II) :
« L’Eglise doit entrer en dialogue avec le monde dans lequel elle vit. L’Eglise se fait parole ; l’Eglise se fait message ; l’Eglise se fait conversation ».

Les chrétiens dans l’Histoire ont souvent été tentés par l’intolérance et la violence ; l’exigence du dialogue implique une
conversion personnelle ; une renonciation à l’orgueil et au pouvoir de la domination ; la recherche, non d’une confrontation antagoniste, mais d’une amitié ; une culture de l’accueil et de l’ouverture.

C’est cela être catholique, « universel ».

Il ne s’agit certes pas, dans le dialogue inter-religieux, de renoncer à ce qui fait la particularité de notre identité catholique (l’universalité catholique n'est pas la mondialisation des croyances ni le syncrétisme) ; mais il s’agit précisément de l’accomplir, puisque l’exigence du dialogue est intrinsèque au christianisme lui-même, au point que celui-ci cesserait d’être catholique s’il renonçait à s’ouvrir aux hommes de toutes cultures, races, langues, peuples… et religions.

« Sans rien sacrifier à la recherche de la Vérité, il importe de montrer comment l’attitude du dialogue est conforme à la manière d’être requise par l’Evangile »
(Mgr Santier, op. cit.).

En ce sens, le dialogue inter-religieux s’inscrit de plain pied dans la Mission de l’Eglise.

Il importe ici encore une fois de méditer  l'exemple du Maître, qui tout en voulant rendre témoignage à la Vérité, 
« n’a pas voulu l’imposer par la force à ses contradicteurs » ; et considérer qu’aux origines de l’Eglise, « ce n’est pas par la contrainte ni par des habiletés indignes de l’Evangile que les disciples du Christ s’employèrent à amener les hommes à confesser le Christ comme Seigneur, mais avant tout par la puissance de la Parole de Dieu » (Dignitatis humanae, 11).

A l'origine du dialogue inter-religieux, il y a donc la confiance du chrétien dans la puissance intrinsèque de la Parole de Vérité, qui fait que nous n’avons pas à craindre de la confronter à d’autres paroles qui semblent la contredire ou la relativiser. Le chrétien croit que la Lumière est plus puissante que les ténèbres, et que la Vérité s’impose d'elle-même, en vertu de la puissance qui l’habite et qui est la puissance même de Dieu. Je crois qu’un musulman authentiquement croyant peut nourrir cette même confiance dans la puissance attractive de la Vérité, et qu’un dialogue fructueux peut dès lors se développer sur cette base.

Cela dit, il est une autre raison qui peut justifier notre « abaissement » devant les croyants des autres religions. C’est que
« la plénitude de la Vérité reçue en Jésus-Christ ne donne pas au chrétien la garantie qu’il a aussi pleinement assimilé cette vérité. En dernière analyse, la vérité n’est pas une chose que nous possédons, mais une personne par qui nous devons nous laisser posséder. C’est là une entreprise sans fin. Tout en gardant intacte leur identité, les chrétiens doivent être prêts à apprendre et à recevoir des autres, et à travers eux, les valeurs positives de leurs traditions. Par le dialogue, ils peuvent être conduits à vaincre les préjugés invétérés, à réviser des idées préconçues et même parfois à accepter que la compréhension de leur foi soit purifiée » (cf. Mgr Santier, op. cit.)

La rencontre et le dialogue avec nos frères musulmans peut donc nous conduire à approfondir notre propre relation à Dieu ; à sonder toujours plus profondément le mystère du Christ. Autrement dit, nous avons besoin, en quelque manière, des musulmans pour mieux nous connaître nous-mêmes ! C’est ainsi que le dialogue inter-religieux peut être source d’enrichissement pour chacune des deux parties, tant sur le plan humain que spirituel, en permettant à chacun de fortifier sa foi et d'avancer sur son propre chemin de croyant.

Certains considèreront peut-être qu’on n’aura pas fait avancer la cause de l’Evangile d’un iota si les musulmans doivent être affermis dans leurs propres croyances. Mais le dialogue ne vise pas d’abord à convertir les hommes au sens où nous l’entendrions. La relation des hommes à Dieu s’exprime aussi dans leur manière de se rapporter à la Justice, à la Vérité et aux autres valeurs essentielles de l’existence humaine. Permettre aux musulmans de grandir dans la connaissance même de leur tradition ne peut être regardé comme une trahison de l’Evangile – à condition bien sûr que celui-ci leur soit par ailleurs loyalement annoncé. Car nous n’avons pas pour tâche de convertir quiconque – cela est l’affaire de Dieu et de l’homme qui s'ouvre ou non à la grâce. Nous avons pour mission simplement d’annoncer l’Evangile, et de trouver les chemins de cette annonce, afin que la bonne semence puisse trouver une terre propice où s'implanter. Or, le meilleur chemin, c’est celui du respect de l'autre, de la rencontre, du dialogue, de l’amitié. Bref, de l’Amour. Plus nous aimerons nos frères en vérité, plus la Vérité de l’Evangile sera audible et désirable. Plus la splendeur de la Vérité pourra se manifester dans tout son éclat.

La conversion du monde passe donc
nécessairement par la conversion de notre propre cœur à l’Amour, et par la renonciation à vouloir imposer ses propres vues aux autres. C’est certainement crucifiant quand on a la conviction d’avoir une Vérité (la plus belle !) à partager. Mais c’est la condition même du cheminement ultérieur de cette même Vérité dans les coeurs et dans les âmes.

Je vous invite donc cette année à promouvoir, chacun à votre place, selon vos compétences et possibilités, une culture du dialogue et de l’amitié avec tous, et particulièrement avec nos frères musulmans, de manière à ce que tous et chacun se sente aimé et respecté tel qu’il est. Que ce soit dans le cadre de nos relations quotidiennes ; dans la défense commune des valeurs morales ; dans l’échange de nos expériences spirituelles ou dans le dialogue théologique, nous avons tous et chacun beaucoup à donner et beaucoup à recevoir.

Jean-Paul Sartre prétendait que « l’enfer, c’est les autres ». Je ne dirais pas pour ma part que « le paradis, c’est les autres » (ce serait de l’angélisme) ; mais je dirais volontiers que la relation aimante à l’autre est le lieu privilégié de la manifestation de Dieu et de la Vérité – qui est Amour. N'ayons donc pas peur d’aller à la rencontre de l’autre en cette nouvelle année 2010.

Comme disait Sœur Emmanuel dans son testament spirituel, « c’est passionnant de vivre en aimant ! »

Alors, Yalla! Allons-y! A donf'!

A tous et à toutes, je vous souhaite une très bonne et sainte année 2010.



Cf. Source principale du présent article
Cf. Pour découvrir Tariq Ramadan : visionner les extraits de l'émission "On n'est pas couché" de Laurent Ruquier
Cf. Pour découvrir Tariq Ramadan : visionner le débat avec la journaliste Caroline Fourest
Cf. Pour découvrir Tariq Ramadan (et ce qui est réellement en jeu dans le débat concernant sa personne et sa pensée) : visionner l'analyse a posteriori par Tariq Ramadan du débat l'ayant opposé à Caroline Fourest

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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 17:25

« Le sauveur Jésus nous offrit l'exemple de la vie active, lorsque pendant le jour il se consacrait à offrir des signes et des miracles en ville, mais il montrait la voie contemplative lorsqu'il se retirait sur la montagne et y passait la nuit en se consacrant à la prière.

« C'est pourquoi le serviteur de Dieu, en imitant le Christ, doit se consacrer à la contemplation sans se refuser à la vie active. Se comporter différemment ne serait pas juste. En effet,
de même que l'on aime Dieu à travers la contemplation, on doit aimer son prochain à travers l'action. Il est donc impossible de vivre sans la présence de l'une et de l'autre forme de vie à la fois, et il n'est pas possible d'aimer si l'on ne fait pas l'expérience de l'une comme de l'autre. »

 

Isidore de Séville

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