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29 juillet 2007 7 29 /07 /juillet /2007 20:53

Cher Christophe,

Laisse-moi tout d’abord te dire combien je suis heureux de te compter parmi mes nouveaux lecteurs.

Je te suis reconnaissant en particulier des commentaires que tu as bien voulu laisser sur ce Blog, et des nombreuses questions – ô combien légitimes et importantes – que tu as bien voulu soulever. Je vais tâcher d’y répondre du mieux que je peux...

Pour mes lecteurs, je me permets de reproduire le contenu de tes deux principales interventions :

Ø La première au sujet de l’existence de Dieu, où tu commentes certains passages de mon article sur les preuves de l'existence de Dieu :

« L’existence de Dieu, écrivais-je, ne se démontre pas, à la manière d’une démonstration scientifique … Dieu n’est pas un élément du monde, un objet parmi les autres objets, accessible aux instruments d’analyse. » Commentaire : « Où est-il ? Dans quel monde? Comme nous n’avons pas connaissance d’autres mondes, faut-il inventer un concept de monde pour le situer ? »

« Il n’est pas « situable » par rapport à nous : il n’occupe aucune place en hauteur ou en profondeur, il ne s’articule pas sur les phénomènes de l’univers. Dès lors, il ne peut être objet d’investigation scientifique : il ne fait pas nombre avec le monde. » Commentaire : « Pas situable, pas de hauteur ni profondeur, il ne s’articule pas sur des phénomènes observables, il ne peut être objet d’investigation… Mais alors, comment pouvez vous savoir qu’il existe ? »

« Si Dieu a donné l’intelligence à l’homme,… » Commentaire : « Comment savez vous que notre intelligence nous vient d’un dieu? Et si c’est ainsi, comment savoir qu’elle ne nous vient pas de Brahma/Shiva/Vishnou la trilogie hindou? »

« Il me semble que l’exercice par ce dernier de cette faculté remarquable devrait pouvoir le conduire naturellement à une certaine connaissance de Dieu. » Commentaire : « Non justement, l’intelligence fait tout à fait le contraire. »

Ø La seconde au sujet de la foi chrétienne :

« Comment être sûr que l’église catholique est la bonne si elle n’existait pas encore au moment de la mort du Christ?

« Quel est le moyen sans faille de savoir qu’on est dans la bonne église? Qu’est ce qui démontre l’erreur des protestants évangéliques, protestant reformés, orthodoxes et musulmans ? Si dieu fut capable de changer l’alliance qu’il fit avec le peuple juif, pour sceller une nouvelle alliance avec la mort de son fils, comment être sur qu’il n’est pas venu sceller une nouvelle alliance avec Mahomet ?

« Comment être sur que ce ne sont pas les hindous qui prient pour les vraies divinités?

« A vrai dire, je sens que si demain je dois choisir une religion, cela va être difficile puisque à les écouter toutes portent LA VERITE et sont LA VRAIE RELIGION, comment pourriez vous me convaincre, que votre foi est la bonne, votre dieu le vrai, votre croyance la vérité? »

Je me propose de te répondre en quatre parties successives, en réfléchissant tour à tour :

1°) sur l’existence de Dieu

2°) sur la vérité de monothéisme

3°) sur la vérité du christianisme

4°) sur la vérité du catholicisme.

Un petit avertissement au préalable : il est peu probable que mes arguments te convainquent de devenir chrétien. On ne devient pas chrétien en effet à l’issue d’une réflexion intellectuelle ou d’un échange d’idées, mais au terme d’un cheminement intérieur qui nous pousse irrésistiblement vers le Christ. Ou comme disait le Père Molinié : « on ne devient pas chrétien parce qu’on est convaincu que c’est plus parfait, mais parce qu’on ne peut pas faire autrement. »

Cela ne signifie pas qu’il faille renoncer à toute discussion ! La raison aussi peut nous conduire au Christ, ainsi que j'en ai déjà beaucoup parlé sur ce Blog. Et Saint Pierre lui-même nous exhorte dans sa première lettre à rendre compte à quiconque le demande de l’espérance qui est en nous (cf. 1 P 3. 16). Voilà pourquoi j’ai décidé de prendre la plume pour essayer de balbutier une réponse à tes importantes questions, en espérant qu’elles puissent t’éclairer sur la démarche des milliards d’âmes qui, dans l’Histoire et dans le monde, ont fait le choix de Jésus-Christ.

(à suivre…)

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15 juillet 2007 7 15 /07 /juillet /2007 14:52

Cher Miky,

Je te remercie pour ton dernier commentaire qui va me permettre de revenir sur des points importants déjà abordés ici (Cf. Compagnons de route sur la chemin de la vérité, Commentaire n°3).

J'observe tout d'abord que tu n'as toujours pas répondu à ma série d’articles en réponse à ta réflexion sur le raisonnement métaphysique (Cf. Est-il raisonnable de croire en Dieu?, III). Ceci n'est pas un reproche : je sais combien ton emploi du temps était particulièrement chargé ces dernières semaines... Mais cela rend ton commentaire un peu anachronique. Les réponses à tes objections s'y trouvent en effet. Et ce qui suit ne fait qu’en reprendre la substantifique moelle. Les as-tu donc lu ?

« Je pense, écris-tu, qu'il nous faut trancher le noeud gordien une bonne fois pour toute. » Démarche ambitieuse, à laquelle je veux bien essayer de contribuer…

Pour résumer nos positions : tu dénies pour ta part tout caractère rationnel à l’explication « théiste » de l’univers, seule l’explication « naturaliste » te paraissant intellectuellement satisfaisante et rationnellement valide : « les arguments "rationnels" en faveur de l'existence de Dieu ne sont justement pas rationnels, affirmes-tu, et c'est bien là le problème. Ils n'ont que l'apparence de la rationalité. S'ils dénotaient un usage excessif de la raison, cela pourrait passer. Mais ils dénotent plutôt un usage partiel et partial de la raison, et c'est au nom de la raison et de la vérité qu'il convient justement d'en montrer l'inanité. » (Cf. Compagnons de route sur la chemin de la vérité, Commentaire n°1).

J'affirme de mon côté l'exact contraire : à savoir que seule l'existence de Dieu fournit une explication authentiquement rationnelle à l'existence de l'univers, l'athéisme me paraissant une option absurde et dépassée, les découvertes scientifiques du siècle passé lui ayant asséné un coup fatal...

Nos deux positions s’avèrent donc foncièrement incompatibles, et irrémédiablement inconciliables.

Note bien Miky que cela ne nous empêche pas de dialoguer, de réfléchir, et même de nous respecter et de nous apprécier,… C’est un peu ce que je voulais exprimer dans mon dernier article. C’est le même amour de la vérité, me semble-t-il, qui nous a donné de nous rencontrer (par Blogs interposés), et d’entretenir un fructueux échange. Et même si en apparence rien n’a bougé dans nos conceptions réciproques, je suis convaincu que, silencieusement, mystérieusement, mais sûrement, la Charité divine a fait son chemin dans nos cœurs et dans celui de ceux qui nous lisent. Que le Seigneur soit béni pour cela !

Mais revenons à nos moutons…

« La démarche rationnelle, écris-tu, repose sur trois bases : la logique (principe d'identité, principe de causalité), la formation de concepts, l'expérience objective (…) Or, je ne vois pas comment une combinaison exclusive de ces trois bases selon les modalités que tu voudras pourrait permettre d'inférer, ne serait-ce qu'en probabilité, l'existence d'un être qui par définition transcende l'expérience objective » (Cf. Compagnons de route sur la chemin de la vérité, Commentaire n°3).

Voilà donc le problème… Tu te refuses à inscrire la croyance en l’existence de Dieu dans une démarche qui se prétendrait rationnelle, parce que cette croyance porte sur « l'existence d'un être qui par définition transcende l'expérience objective. » Or, la démarche rationnelle devrait, pour être authentiquement rationnelle, se limiter strictement à ce qui est « empiriquement attestable »

Eh bien, tel est précisément l’objet de notre désaccord ! Et c’est peut-être là le vrai nœud du problème. Car en réalité, ce n’est pas le procès de la religion que tu fais, mais bien celui de la métaphysique. Tu l’as du reste toi-même reconnu, en affirmant sur ton Blog « ne pas rejeter a priori toute démarche métaphysique, mais contester qu'une telle démarche puisse fournir une connaissance universellement et objectivement valable. C'est ma démarche. Pour moi, la métaphysique peut permettre de préciser, systématiser, rationaliser, etc. un ensemble d'intuitions, et de les synthétiser avec les connaissances objectives fournies par les sciences expérimentales, les mathématiques, l'histoire, etc. Autrement dit, la métaphysique ne dit pas le réel, elle dit une certaine vision du monde » (Cf. La métaphysique expérimentale : une définition personnelle, Commentaire n°2).

Voilà pourquoi il t’est si difficile de croire en l’existence de Dieu : parce que tu ne crois pas l’esprit humain capable de parvenir à « une connaissance universellement et objectivement valable », et de dire le réel au-delà de ce qui est « empiriquement attestable ».

Ce sur quoi je te répondrais que nous avons de l’univers une connaissance qui dépasse amplement ce que nous pouvons observer de lui… Je te citais l’exemple de Le Verrier, qui a découvert la planète Neptune au moyen d’une démarche purement intellectuelle, un simple calcul mathématique dont les résultats furent confirmés a posteriori par le télescope de l’Observatoire de Berlin… Je rappelais également que la découverte de l’expansion de l’univers a été faite par des travaux purement mathématiques à partir de la Relativité, avant même que l’on ait eu connaissance des travaux expérimentaux de Hubble et Humason, dans l’ignorance des découvertes faites par les astronomes (Cf. Est-il raisonnable de croire... en la raison?).

Mais je pourrais aussi m’inspirer de la recherche historique, qui démontre bien que l’homme a cette extraordinaire faculté, à partir de quelques indices seulement, de reconstituer tout un réel qu’il n’a jamais observé par lui-même.

Il est donc bien possible d’avoir des connaissances certaines sur des réalités qui nous dépassent, à partir du moment où l’on part de l’observation du réel, et que l’on raisonne correctement sur ce réel.

J’insiste sur ce point : un discours rationnel n’est pas seulement un discours cohérent et intelligent, mais un discours en rapport avec le réel. Tu seras d’accord avec moi pour considérer que la rationalité se définie exclusivement dans sa relation avec l’expérience, ce que les psychiatres appelaient naguère la « fonction du réel ». Le schizophrène peut ainsi raisonner correctement du point de vue de la logique pure : ce qui manque à son raisonnement pour être authentiquement rationnel, c’est précisément cette « fonction du réel », cette relation entre la pensée conçue et exprimée et la réalité expérimentée.

Il s’agit donc, dans une réflexion métaphysique sur l’existence de l’univers, de penser le réel tel qu’il nous est dévoilé par les sciences positives, et de le penser jusqu’au bout, en traitant à fond les problèmes qu’il pose par lui-même à la raison humaine. Ou pour reprendre tes catégories : il s’agit de partir du réel (expérience objective) et de l’analyser rationnellement (selon les principes de la logique : identité, causalité), pour en tirer un certain nombre de conclusions (formation de concepts).

Il ne s’agit donc pas d’ajouter quoi que ce soit au réel, mais de découvrir en réalité ce qu’il implique, ce qu’il présuppose, pour être ce qu’il est, et comme il est.

L’application de cette méthode de raisonnement conduira ainsi naturellement l’esprit humain à inférer des réalités qui le dépassent, et dont il n’a pas immédiatement l’expérience, sans jamais enfreindre les règles d’une saine rationalité. Ainsi, concernant l’existence de Dieu, l’expérience commune nous enseigne qu’il n’est pas d’effet sans cause. C’est donc bien notre expérience commune qui nous aide à comprendre que l’univers lui-même a nécessairement une cause, et une cause qui le dépasse nécessairement, puisque le « moins » ne peut pas produire le « plus » (encore un enseignement de notre « expérience commune » !) : dès lors, si notre univers a une cause ontologique (et ma raison postule qu’il en ait une), celle-ci est nécessairement plus « vaste » que l’univers lui-même (ainsi que ma raison elle-même le conçoit) ! Ce n’est donc pas être infidèle à l’expérience commune que d’affirmer une réalité qui échappe… aux prises de notre expérience commune, puisque c’est elle-même qui nous y conduit finalement !

Rien ne permet donc d’affirmer que « le résultat d'une induction à partir de faits empiriques ne dépasse pas le niveau de l'empiriquement attestable » L’analyse rationnelle selon les principes de la logique (identité, causalité), nous conduit en vérité bien au-delà de ce que nous pouvons connaître par nos sens. Et cela par le jeu naturel d’un raisonnement s’appuyant sur le réel observé et sur des principes métaphysiques sûrs dont nous avons tous pu vérifier la solidité par notre expérience commune. Tu admettais toi-même dans un récent article qu'il puisse exister une « connaissance métaphysique », au sens d'une « croyance vraie et justifiée », dès lors que « l'intuition qui fonde cette croyance est une intuition à la foi très forte et très commune ». Alors, sommes-nous si éloignés que cela?...

« Quant à la formation de concepts, conclus-tu, elle « abrège et résume une multiplicité d'objets empiriques ou mentaux par abstraction et généralisation de traits communs identifiables » (Wikipedia). Là encore, je ne vois pas comment on pourrait aboutir à l'affirmation de l'existence de Dieu. Un concept, fut-il le plus général possible, ne demeure qu'une représentation intellectuelle, qui n'a pas forcément de contrepartie réelle » (Cf. Compagnons de route sur la chemin de la vérité, Commentaire n°3).

Oui, sauf que justement, Dieu n’est pas un concept, une « représentation intellectuelle » dépourvue de toute « contrepartie réelle ». Dieu, c’est Quelqu’un, un Être dont nous pouvons connaître l’existence à partir de la Création, dont nous pouvons connaître l’identité par la Révélation qu’il a faite de lui-même, ultimement et de manière indépassable en Jésus-Christ, et dont nous pouvons faire nous-même personnellement l’expérience. Il n’est donc pas exact d’affirmer que Dieu échappe totalement à l’expérience commune des hommes. Le Transcendant est aussi l'Immanent, le Très-Haut également le Tout proche. Tous les croyants, les convertis, les saints et les mystiques de tous les temps et de toutes les religions (ce qui fait tout de même quelques milliards d’âmes…) témoigneront ainsi chacun à leur manière de cette expérience si particulière qu’ils ont faite de la présence de Dieu dans leur vie. Ne penses-tu pas Miky que ces témoins mériteraient d’être écoutés ? Je ne vois pas en tous les cas ce qui autoriserait à ne pas les considérer comme sérieux et dignes de foi. Même si l’expérience spirituelle qu’ils relatent échappe à nos instruments matériels de mesure et d’analyse, l’universalité du phénomène, vécu par tant d’hommes et de femmes dans le monde et dans l’histoire, et parfois attesté par d'authentiques miracles, doit singulièrement nous interroger…

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9 juillet 2007 1 09 /07 /juillet /2007 13:00

Je relisais récemment le recueil des actes du débat public s’étant déroulé, le 21 septembre 2000, entre le Cardinal Joseph Ratzinger, futur Pape Benoît XVI, et Paolo Flores d’Arcais, philosophe athée.

Dans ce débat, Paolo Flores d’Arcais opposait deux conceptions de la foi, dont celle, parfaitement inoffensive selon lui, fondée sur le Credo quia absurdum, c’est-à-dire « la foi comme scandale pour la raison » : « Si la foi c’est cela, il ne naîtra aucun conflit avec le non-croyant, car une foi de ce genre ne prétendra pas s’imposer, elle demandera seulement d’être respectée. Mais si la foi catholique prétend être le résumé et l’accomplissement de la raison, être les résumé et l’accomplissement de ce qui est le plus caractéristique de l’homme, être la véritable somme de la raison et de l’humanité, alors vous comprenez que, dans ce cas-là, le risque devient inévitable qu’elle ait ensuite la tentation de s’imposer, y compris avec le bras séculier de l’Etat. Car alors ceux qui seraient en conflit avec les préceptes de la foi, et surtout avec ses conséquences morales, seraient aussi contre la raison et contre l’humanité ».

Gad Lerner, le journaliste animant le débat, posa alors cette question au Cardinal : « Pourquoi, vous les chrétiens, vous les hommes de foi, ne renoncez-vous pas à la démonstration mondaine de la vérité (…), pourquoi prétendez-vous revêtir des habits de la raison ce qui de toute évidence est absurde ? Si vous acceptiez (…) l’idée de l’absurdité de la foi, eh bien, nous n’en demanderions pas plus, nous vous laisserions croire, nous vous laisserions croire parce que vous en avez la liberté, mais nous serions en sommes satisfaits que soit reconnue, établie, l’absurdité de cette foi ».

Réponse du futur Pape Benoît XVI : « Saint Pierre, dans sa première Epître, dit explicitement : vous devrez être toujours prêts à « rendre raison » de votre espérance, vous devez toujours apologein, rendre compte du Logos. Ce qui signifie que les chrétiens doivent être toujours prêts à démontrer le Logos, c’est-à-dire le sens profondément rationnel de leurs convictions. Naturellement (…), tout cela ne doit pas être imposé. On doit faire appel à la conscience et à la raison. C’est la seule instance qui puisse décider. Car c’est vraiment un péché que de penser : si ensuite la raison n’est pas prête, nous devons « l’aider », avec le pouvoir de l’Etat. Ceci est une grave erreur. Il ne faut donc pas s’imposer par le pouvoir – c’est un grand péché et une grave erreur – mais s’offrir à l’évidence de la raison et du cœur. »

Cet échange me paraît révélateur d’une certaine défiance de notre monde dans le pouvoir de la raison, que l’Eglise paraît seule aujourd’hui à vouloir réhabiliter par la voix de son Pape (au grand dam des philosophes!). La plupart de nos contemporains, comme désenchantés, ne semblent plus se fier à la réflexion et à la discussion pour donner un sens à leur vie. Il ne se posent plus les grandes questions qui ont pourtant traversées l’humanité : Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Pourquoi j’existe ? Où trouver le bonheur ?... Comme si tout n’était qu’illusion, comme si le bonheur n’était qu’une utopie, comme si la vérité n’existait pas…

Le PDG de British Airways, Willie Walsh, affirmait un jour qu’« un homme raisonnable n’aboutit à rien dans des négociations ». Or, dans notre monde, les négociations ne consistent pas à rechercher la vérité, mais à faire étalage de son habilité et de sa force. Ce qui importe, c’est de vaincre, de s’imposer.

L’une des grandes contributions de l’Eglise aux hommes de ce temps est sans aucun doute d’oser réaffirmer sa confiance en la raison. En dépit de toute la folie meurtrière du siècle dernier, de toute l’absurdité de la guerre et du génocide, l’Eglise proclame, à la lumière de la Révélation, que l’homme est un être doué de raison, et qu’il est fait pour la recherche de la vérité. Bien plus, qu’il est capable d’atteindre la vérité.

La conviction que l’homme est un être de raison fait pour la connaissance de la vérité est importante pour la vie en société. Car elle favorise la rencontre avec l’autre, l’ouverture, le dialogue, la recherche en commun. Une société ne serait pas viable si elle perdait confiance dans la possibilité de la vérité. Saint Augustin définissait ainsi l’humanité comme une « communauté de vérité ».

La notion de vérité rebute un certain nombre de personnes, semble-t-il. Sans doute parce qu’elle induit une certaine réduction de notre liberté. Une opinion se discute, se réfute, se dispute. Mais la vérité s’impose. On ne discute pas contre la vérité, on n’entre pas en débat avec elle. On la recherche, et quand on la trouve, on s’y soumet. Il est donc préférable en un sens qu’elle n’existe pas...

Il nous est ainsi souvent fait le reproche, à nous chrétiens, de prétendre « posséder » la vérité. Et il est vrai que nous pouvons avoir la tentation de le croire… Mais à y bien réfléchir, une telle prétention est absurde, et dangereuse pour notre vie spirituelle. Car si nous pouvons dire que nous avons rencontré la vérité, qui est le Christ, et que d'une certaine manière, nous la connaissons, il est abusif en revanche d’affirmer que nous la possédons. Cela voudrait dire que nous possédons Dieu…

En réalité, comme le Pape l'énonçait plus haut, la vérité ne doit pas être un enjeu de pouvoir, mais le lieu même de la rencontre, du dialogue, de la réflexion commune, et par suite, de la convivialité entre les hommes.

On raconte que Saint Dominique reçu l’inspiration de fonder l’Ordre des dominicains après une nuit passée à discuter avec un aubergiste hérétique. Ils avaient débattu toute la nuit. Il est difficile d'imaginer que Dominique ait passé la nuit à répéter sans cesse : « Tu as tort ! Tu as tort ! Tu as tort ! » On ne continue à discuter que parce que l’interlocuteur a raison lui aussi, d’une façon ou d’une autre. On ne discute pas pour vaincre ni s’imposer, mais pour que la vérité, elle, puisse triompher.

Nous ne pouvons donc véritablement nous rapprocher de ceux qui pensent différemment que si nous croyons pouvoir raisonner ensemble, et donc apprendre les uns des autres. La prétention à posséder la vérité ne peut qu’engendrer violence et intolérance – ce que le Cardinal Ratzinger considérait plus haut comme un « péché » et une « grave erreur ». Mais croire que ensemble, nous pouvons accéder à la vérité peut ouvrir des chemins de dialogue, d’écoute mutuelle et de paix avec tous les hommes.

Ainsi que le Pape Benoît XVI le déclarait aux évêques allemands, le dimanche 21 août 2005 : « De nombreuses personnes aujourd'hui sont en recherche. Nous aussi, nous le sommes (…). Nous devons respecter la recherche de l'homme, la soutenir, lui faire sentir que la foi n'est pas simplement un dogmatisme complet en soi qui éteint la recherche, la grande soif de l'homme, mais qui projette au contraire le grand pèlerinage vers l'infini ; qu'en tant que croyants, nous sommes toujours en même temps ceux qui cherchent et ceux qui trouvent (…). Nous devons soutenir les personnes dans leur recherche comme collaborateurs de leur recherche, et leur donner dans le même temps également la certitude que Dieu nous a trouvé et que nous pouvons donc également le trouver. »

Lors d'un débat entre Bertrand Russell et Freddie Copplestone, on en vint à se poser la question de savoir pourquoi l'univers existait. Russell affirmait que c'était là une question qui ne peut pas être posée. L'univers est là, c'est tout, c’est comme ça. Mais le philosophe chrétien lui faisait le grief d’abandonner la réflexion trop rapidement. Telle est notre mission, à nous chrétiens : nous devons être de ceux qui continuent à penser, à poser la question difficile, en quête de réponses. Nous devons interpeller les hommes sur le désir profond de vérité qui les habite, et les accompagner dans leur recherche. Mais nous ne pourrons le faire de façon convaincante que si nous sommes nous-mêmes perçus comme des pèlerins, des compagnons de route. Il faut que nous soyons perçus non seulement comme des gens qui enseignent, mais aussi comme des gens qui cherchent, et qui continuent à apprendre, qui s’enrichissent au contact des autres. L'Église doit avoir le courage de proclamer ses convictions, sans succomber à la terrible tentation du relativisme qui est renonciation à la raison et à la vérité ; mais elle doit avoir en même temps l'humilité de recevoir aussi des autres "les semences du Verbe" en qui elle croit et qu'elle adore. C’est cette humilité qui est le cœur même du mouvement œcuménique, et du dialogue interreligieux.

Comme disait saint Augustin : « celui qui pense que dans cette vie mortelle il est possible de disperser les brumes de l'imagination et de posséder la lumière limpide de la vérité immuable ne sait pas ce qu'il recherche et ne sait pas qui il est ».

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29 avril 2007 7 29 /04 /avril /2007 17:08

Cher Miky,

Pour conclure ma série d'articles en réponse à ton post du 2 avril 2007, je souhaiterais répondre à quelques objections que tu y as formulées.

Tu cites par exemple l’un de mes commentaires à ton article « L'insuffisance du principe de raison suffisante : une réponse à Matthieu » : « Concernant les limites de notre esprit, je suis d'accord avec toi, écrivais-je. Tu les poses en alternative à l'explication de l'univers par l'existence de Dieu. Mais je crois en la rationalité du monde créé. La science s'appuie d'ailleurs sur cette rationalité pour avancer dans la connaissance. L'univers obéit à des lois, et ces lois sont les mêmes dans tout l'univers. Par conséquent, je ne pense pas qu'il soit raisonnable de penser que la vérité soit absolument étrangère à l'expérience commune que nous faisons dans le cadre des limites de notre esprit, ou pis, qu'elle puisse les contredire. »

Tu me poses alors en réponse une question pleine de bon sens : « supposer Dieu (un être immatériel, intemporel, aspatial, qui créé on ne sait comment le monde et on ne sait pourquoi, etc.), n'est-ce pas outrepasser bien plus largement notre "expérience commune que nous faisons dans le cadre des limites de notre esprit" ? »

A ceci, je répondrais : en un sens oui. Mais il faut tout de même se rappeler que c’est au nom même de cette « expérience commune que nous faisons dans le cadre des limites de notre esprit » que nous sommes conduits à l’affirmation de l’existence de Dieu. Notre expérience commune nous enseigne en effet qu’il n’est pas d’effet sans cause. C’est donc bien notre expérience commune qui nous aide à comprendre que l’univers lui-même a nécessairement une cause, et une cause qui le dépasse nécessairement, puisque le « moins » ne peut pas produire le « plus » (encore un enseignement de notre « expérience commune » !) : dès lors, si l’univers a une cause ontologique (et ma raison postule qu’elle en ait une), celle-ci est nécessairement plus « vaste » que l’univers lui-même ! Ce n’est donc pas être infidèle à l’expérience commune que d’affirmer une réalité qui échappe… aux prises de notre expérience commune, puisque c’est elle-même qui nous y conduit finalement !

J’ajouterais qu’il n’est pas tout à fait exact de dire que Dieu échappe totalement à l’expérience commune des hommes, puisque tous les croyants, les convertis, les saints et les mystiques de tous les temps et de toutes les religions (qui ne sont pas moins « hommes » que les non-croyants, et qui représentent tout de même quelques milliards de personnes...) témoigneront chacun à leur manière de cette expérience si particulière qu’ils ont faite de la présence de Dieu dans leur vie. Je pense que ces témoins méritent d’être écoutés ; je ne vois pas en tous les cas ce qui autoriserait à ne pas les considérer comme sérieux et dignes de foi. Même si l’expérience spirituelle qu’ils relatent échappe à nos instruments matériels de mesure et d’analyse (encore que… les expériences scientifiques menées sur les voyants de Medjugorje par exemple sont tout à fait édifiantes, et donnent vraiment à réfléchir…), l’universalité du phénomène, vécu par tant d’hommes et de femmes dans le monde et dans l’histoire, doit singulièrement nous interroger.

Tiens ! je te recommande au passage un très beau témoignage : celui de Ladji Diallo que j’aime beaucoup, ou cet autre encore qu’un lecteur m’a communiqué par e-mail. Et puis celui-là encore : le mien...

Alors, j’ai bien conscience Miky de ne pas résoudre tous les problèmes, puisque posant l’existence de Dieu, je règle une difficulté… par une difficulté plus grande encore qui tient cette fois à l’être même de Dieu. Mais pourquoi renoncerais-je par avance à une explication au seul motif qu’elle soulève elle-même des difficultés ? Si tu cherches Miky une réponse à l’existence de l’univers qui mette un terme à toute réflexion, qui clôt définitivement tout débat et enferme toute la réalité dans un principe d’explication qui soit lui-même entièrement intelligible et compréhensible à notre humaine raison, je crains que tu n’ailles au devant de cruelles désillusions…

Pour résoudre les difficultés posées par l’existence de Dieu, il y a en outre un moyen tout simple : c’est de s’intéresser aux religions, et en particulier à celles qui se prétendent « révélées », pour voir de quoi il retourne exactement, et rechercher si oui ou non il y a de bonne raisons de penser que Celui que nous nommons Dieu (faute de mieux pour l’instant) s’est oui ou non effectivement manifesté aux hommes pour se faire connaître et entrer en relation avec nous (comme il est prévisible qu’il le fasse s’il existe réellement !). Mais c’est une seconde étape de la réflexion sur laquelle nous reviendrons. Pour l’heure, il me suffit de considérer que si je suis convaincu de l’existence de Dieu, ou à tout le moins de sa réelle possibilité, alors je ne pourrais plus ignorer les religions, ni les mépriser. Il me faudra bien à un moment ou à un autre les étudier d’un peu plus près…

Concernant l’argument du « préjugé », alors là, je le trouve carrément malhonnête ! (je parle de l’argument, Miky, pas de toi…) Car si je te comprends bien : si j’affirme au terme de mon raisonnement que Dieu existe, c’est que subrepticement, « inconsciemment » écris-tu, je l’ai présupposé. « Si on n’introduit pas Dieu au début du « raisonnement », écris-tu, on ne conclut pas Dieu à la fin de ce dernier ». Ah bon ? Et pourquoi pas ??? Si Dieu existe, qu’est-ce qui m’empêcherait de le trouver au bout de mon raisonnement ? Pourquoi serais-je condamné à ne pas le trouver ??

Ainsi, selon toi : si je réfléchis sur l’univers, et qu’au bout de mon raisonnement, il y a Dieu, alors, c’est que j’ai nécessairement un a priori. « Toute théologie cohérente ne peut être qu’a priori, et non pas a posteriori » martelles-tu à ce sujet. Mais si en revanche, je réfléchis sur l’univers, et qu’au bout de mon raisonnement, il n’y a pas Dieu, alors là, y’en a bon ! je suis objectif, mon raisonnement se tient, il est sain, sans a priori ni préjugé… Pardonne-moi, Miky, mais je ne puis m’empêcher de songer que cet argument ne peut provenir que de quelqu’un qui a en réalité… un préjugé énorme en faveur de l’athéisme !

Car une fois encore, il n’y a pas 36 explications possibles à l’existence de l’univers. Ou bien l’univers n’a pas de cause. Ou bien il a sa cause en lui-même. Ou bien il a sa cause ailleurs qu’en lui-même. Ce sont les trois grandes options métaphysiques possibles (d’inégales valeurs selon moi) pour expliquer l’existence de l’univers. Si tu décides a priori qu’il n’y aura pas Dieu au bout de l’analyse rationnelle du monde matériel dans lequel nous vivons (pour éviter paradoxalement tout a priorisme « parasitaire » en faveur de l’existence de Dieu…), c’est que subrepticement, inconsciemment, tu auras évincé a priori de ton raisonnement la troisième option métaphysique explicative de l’univers ! C’est donc toi, Miky, qui raisonne avec des préjugés, car sans t’en rendre compte peut-être, tu as décidé par avance que l’univers ne peut avoir sa cause ontologique qu’en lui-même (ou qu’il n’a pas de cause…). Ce sera ta grille de lecture et d’analyse exclusive, et de cette grille tu ne te départiras plus. C’est elle qui gouvernera toute ta pensée et qui te conduira à affirmer sans rire que : « Si on n’introduit pas Dieu au début du « raisonnement », on ne conclut pas Dieu à la fin de ce dernier »… C’est en fonction de cette même grille de lecture que tu déploieras des trésors d’énergie pour éviter absolument d’avoir à admettre la réelle possibilité de l’existence de Dieu, avec tout ce qu’elle peut impliquer. Je note à ce sujet que tu n’as jamais répondu au commentaire que je t’avais laissé, suite à ton premier article de fond sur ton Blog, et en particulier à ma dernière observation : puisque tu affirmais dans cet article que Dieu « Lui, demeure, comme hypothèse métaphysique possible » je te posais cette question toute simple : « Alors, pourquoi l’exclure a priori ? »

Je considère pour ma part qu’il n’y a aucun préjugé dans le raisonnement métaphysique que je défends et qui s’inscrit dans la tradition aristotélicienne (selon une méthode que l’on nomme « philosophie première »). Non pas que je sois moi-même dépourvu de tous préjugés (soyons honnêtes !). Mais cela n’interfère en aucune manière sur la démarche rationnelle elle-même qui consiste à partir de l’observation du réel tel qu’il nous apparaît à mesure que les sciences positives le dévoilent pour en extraire des principes d’explications qui soient conformes à la raison. Dans cette démarche, on part de la réalité objective, et on essaie l’analyse rationnelle jusqu’au bout.

Cette méthode est l’une des deux grandes manières de pratiquer la philosophie. L’autre manière consiste à raisonner à partir de principes posés a priori. Dans ce cadre, ma pensée appréhendera le réel comme une déduction logique à ces postulats de départ, et si les enseignements de l’expérience venait à les contredire, on les rejetterait alors purement et simplement (comme Parménide par exemple, qui déclarait que l’expérience a toujours tort, puisqu’elle n’est qu’« illusion »)… La question sera ici de savoir à partir de quels principes raisonner, selon quelles intuitions fondatrices, et – surtout ! – ce qu’elles valent en réalité…

Je me méfie personnellement de ces constructions a priori, où l’on pose arbitrairement des postulats à partir desquels on déduira la réalité (au prix de quelques déformations ou rejets si la réalité ne « colle » pas avec le raisonnement). L’analyse que je retiens pour ma part n’est pas déductive, mais inductive, car fondée sur l’expérience qui est toujours première.

Il ne s’agit pas en effet de raisonner en l’air, pour le plaisir de faire fonctionner ses petites cellules grises, mais de raisonner en fonction de la réalité objective scientifiquement explorée, de réfléchir sur ce donné expérimental que nous n’avons pas construit, et de le penser correctement, jusqu’au bout.

Raisonner correctement, ce n’est pas seulement tenir un discours cohérent, mais tenir un discours en rapport avec le réel. La rationalité ne se définie pas en effet d’une manière purement formelle, mais uniquement dans sa relation avec l’expérience, ce que les psychiatres appelaient naguère la « fonction du réel » : le schizophrène peut ainsi raisonner correctement du point de vue de la logique pure (on a même remarqué qu’il raisonnait trop !), mais ce qui manque à son discours ou à son raisonnement pour être authentiquement rationnel, c’est précisément la « fonction du réel ».

Eh bien, c’est cette fonction du réel qui sera la clef de voûte de la « philosophie première » qui consiste non pas à raisonner dans le vide, mais à partir de l’expérience scientifiquement explorée ; elle ne comporte dès lors par principe et par méthode aucun a priori. Selon cette démarche, on part de l’expérience, et l’on fait de l’expérience le critère de la vérité. Non que nous restions prisonniers de ce qui est mesurable et vérifiable empiriquement. Mais nous nous efforçons de penser le réel tel qu’il nous est donné dans notre expérience, jusqu’au bout, et de traiter les problèmes rationnels posés par ce réel dont nous faisons l’expérience. Comprends bien Miky qu’il ne s’agit pas d’ajouter quoi que ce soit au réel, mais de découvrir ce qu’il implique, ce qu’il pré-suppose, pour être ce qu’il est, et comme il est.

Amarré ainsi à la réalité explorée scientifiquement, nous ne risquons plus de voguer dans l’imaginaire ou l’arbitraire. Nous avons le contrôle de l’objet et le contrôle de l’expérience. Ce qui empêchera notre esprit de divaguer… et le philosophe de dire n’importe quoi !

Tu évoques enfin, Miky, les critiques de Kant… Mais ses critiques ne portent en réalité que sur la philosophie postcartésienne qui ne part pas de l’expérience objective, mais du cogito, et dont tout l’édifice se déduit et se construit à partir de là. Ce sont les grands systèmes métaphysiques de Descartes, Spinoza, Leibniz, Malebranche, Fichte, Schelling ou Hegel que Kant a si abondamment critiqués, en ce qu’ils procèdent totalement a priori et par purs concepts, indépendamment de l’expérience. La critique que Kant fait de ces métaphysiques est certainement justifiée. Mais elle ne concerne pas, me semble-t-il, la philosophie première qui ne procède pas a priori, d’une manière déductive, mais tout au contraire a posteriori selon une méthode inductive. Il est ainsi manifeste que Kant n’a jamais lu la moindre page d’un Saint Albert le Grand, d’un Saint Thomas d’Aquin, d’un Saint Bonaventure ou d’un Jean Duns Scot, puisque sa critique ne les concerne en aucune manière. Il convient donc de la relativiser, et de ne pas rejeter… a priori une métaphysique exempte des critiques kantiennes, et peut-être plus largement, de toute critique.

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22 avril 2007 7 22 /04 /avril /2007 22:04

Cher Miky,

Après avoir sommé les partisans de la théologie naturelle à faire le choix entre la science et la métaphysique – choix auquel je me refuse pour ma part : comme disait la petite Thérèse : « Je choisis tout » ! – tu t’emploies à réfuter l’argument selon lequel « il est raisonnable de croire en la raison » en affirmant que les découvertes que j’invoque dans mon dernier article – telle la découverte de Neptune par Le Verrier – « ne relèvent pas d’un raisonnement métaphysique (…) et que c’est bien uniquement l’expérience qui a pu valider, au final, le résultat de la démarche rationnelle qui a mené à ces découvertes ».

A cela, je répondrais que si l’expression « raisonnement métaphysique » te dérange, je veux bien l’échanger avec l’expression « démarche rationnelle » de laquelle procède le « raisonnement métaphysique », et que tu utilises toi-même dans la même phrase ; elle me convient parfaitement, car c’est bien une démarche purement rationnelle qui a permis à l’homme de faire, dans les exemples cités, de grandes découvertes sur le plan scientifique (ainsi que tu le reconnais toi-même : cf. la partie soulignée). Preuve s’il en est de la validité de cette « démarche rationnelle » pour chercher (et trouver!) la vérité.

Tu prends soin de relever que c’est l’expérience qui a permis dans ces exemples de valider la démarche rationnelle et de la reconnaître a posteriori pour vraie. Ce qui est exact. Mais ce n’est pas l’expérience qui a rendue vraie la démarche rationnelle, qui l’était avant même d’avoir pu être vérifiée. L’expérience n’a fait que confirmer ce que la démarche rationnelle avait pu découvrir par elle-même. Ce faisant, elle a confirmé les étonnantes capacités de l’esprit humain de voir et de connaître des réalités que nos sens eux-mêmes ne perçoivent pas.

Il est donc exagéré de ne vouloir considérer pour vraie que la démarche rationnelle confirmée par l’expérience scientifique. En disqualifiant par avance les « théories métaphysiques » comme « tout bonnement indémontrables » en ce qu’elles « rajoutent toujours au monde tel qu’on peut l’observer au moins un élément inobservable », tu retombes à nouveau (excuse-moi de te le dire) dans le vieux travers « scientiste » qui consiste à ne tenir pour intellectuellement recevable que ce qui est empiriquement démontré… toute autre considération étant pure conjecture… peut-être juste dans l’absolue, mais de toute façon invérifiable, et par suite insusceptible d’être objectivement reconnue pour vraie par la raison humaine.

Le problème, vois-tu, c’est que toute connaissance n’est pas vérifiable par l’expérience (au sens où tu l’entends). Seules les connaissances acquises dans le domaine physique le sont, en toute rigueur. Mais dans le domaine métaphysique, il n’est pas possible (par définition) de soumettre nos intuitions aux instruments d’analyse et de mesure fournis par la science (prouve moi scientifiquement l’amour de ta fiancée pour toi !). Cela ne signifie pas pour autant qu’elles soient invérifiables ! Invérifiables, elles le sont assurément selon le mode purement scientifique, mais non selon le mode propre à la métaphysique elle-même qui n’exclut pas, selon la perspective aristotélicienne, le mode scientifique, mais le dépasse (c’est d’ailleurs le sens du mot « méta-physique » : au-delà de la nature) sans jamais toutefois s’en séparer, tel un explorateur solidement attaché à son harnais.

Il me paraît dès lors tout-à-fait possible d’acquérir de vraies certitudes par une démarche rationnelle dont les résultats pourront être jugés valides dans la mesure où 1°) ils ne seront pas incompatibles avec les vérités mises au jour par les sciences expérimentales (j’en reviens à ce que je disais dans mon précédent article : la science comme « modérateur » de la pensée métaphysique), et où 2°) ils seront vérifiés par l’expérience commune que tout un chacun pourra faire.

J’entends bien ton argument tiré des échecs de la démarche rationnelle dans le domaine scientifique. J’ai beaucoup apprécié, tu t’en doutes, la référence à Wegener, mais à ce remarquable exemple, tu opposes les errements d’un Samuel Hahnemann, d’un J.J. Becher, ou d’un René Blondlot : « Combien d’égarements donc, pour une intuition géniale ? demandes-tu ainsi. Combien de Hahnemann pour un Wegener ? Le calcul de ce rapport pourrait, certes, peut-être donner une estimation de la probabilité a priori pour qu’une théorie basée seulement sur une démarche rationnelle soit vraie, avant même de l’avoir vérifiée. Ce calcul serait intéressant. (…) Il serait étonnant que cette probabilité soit très élevée. Mes propres estimations « à la louche » me conduisent à penser qu’elle serait plutôt faible. Il suffit de discuter avec des scientifiques pour se rendre compte qu’en matières d’hypothèses scientifiques, il y a beaucoup plus d’ivraie que de bon grain… » Alors, a fortiori, en métaphysique… 

Mais tes contre-exemples ne prouvent pas Miky qu’il n’y a pas de vérité (puisque la notion d’« erreur » n’a de sens qu’en face d’une « vérité »), ni que la raison humaine est incapable d’y parvenir. Ils témoignent simplement que la vérité est difficile à atteindre, qu’elle exige un labeur important et que l’erreur est possible. Que l’erreur soit possible, je le conçois très volontiers, puisqu’il y a des athées ! (humour………..) Mais s’il est avéré que l’on se trompe souvent, il n’est pas vrai que l’on se trompe toujours...

Or, concernant la question de l’existence de Dieu qui nous préoccupe, il n’y a pas 36 solutions! Je n'en vois que 3 pour ma part. Ou bien l’univers n’a pas de cause. Ou bien l’univers a sa cause en lui-même. Ou bien l’univers a sa cause ailleurs qu’en lui-même.

L’univers a-t-il une cause ? Je suis libre de répondre négativement à cette question. Mais il me faut alors reconnaître honnêtement que j’opte pour la solution la moins évidente et... la moins rationnelle ! Ce qui est bien sûr mon droit le plus strict, mais comme la philosophie n’est pas l’art de dire tout et n’importe quoi sans la moindre justification, il conviendra d’en rendre compte, et de « présenter ses preuves ». Avis aux amateurs…

L’univers a-t-il sa cause en lui-même ? C’est ce que pensent les athées, et que tu dis toi-même penser Miky (« Pourquoi le monde tel qu’on peut l’observer aurait-il besoin d’un monde inobservable pour exister, et être tel qu’il est ? » demandes-tu ainsi). Mais là encore, il faut faire face à la réalité telle qu’elle se dévoile progressivement à mesure que la science progresse. Il faut rendre compte d’un univers qui n’a pas toujours existé, et qui s’est, en quelque sorte, donné l’être (ou le mouvement) tout seul. Et puis, il faut reconnaître à la matière une extraordinaire « intelligence » capable de provoquer l’organisation inouïe que nous observons au télescope comme au microscope, et une intelligence suffisamment puissante pour faire surgir de la matière inerte la vie, et de la vie in fine l’homme et sa pensée réflexive (ce qu’aucun de nos plus grands savants, et des plus brillants esprits que la Terre ait jamais porté n’ont su reproduire dans leur laboratoire, la Nature, a priori inintelligente, elle, l’a fait !). Il faut expliquer ainsi que l’évolution se fasse toujours dans le même sens : celui d’une complexification croissante et accélérée ; et rendre compte du fait que le « moins » engendre sans cesse du « plus » – fait qui contredit singulièrement l’expérience que nous faisons tout un chacun des réalités de ce monde…

L’univers a-t-il sa cause ailleurs qu’en lui-même ? C’est la troisième option possible, que je tiens – et de loin ! – pour la plus vraisemblable. Tout d’abord par élimination des deux précédentes, que je considère absolument irrationnelle pour la première, et relativement moins rationnelle pour la seconde. Mais ensuite parce que ma raison m’y conduit naturellement en observant l’intelligence à l’œuvre dans l’univers, dont rien – mais alors rien « de chez » rien ! – sur le plan scientifique ne me donne à penser que cette intelligence soit celle de la matière elle-même. Qu’il y ait de l’intelligence dans l’univers, cela ne fait pas de doute, tout le monde l’observe et le reconnaît bien volontiers aujourd’hui. Mais que cette intelligence soit celle de la matière elle-même, je dirais qu’il ne suffit pas de l’affirmer, il faut encore le démontrer. Or, rien dans ce que les sciences positives nous enseignent aujourd’hui n’accrédite le moins du monde cette idée d’une quelconque intelligence de la matière...

Si je suivais ton raisonnement, Miky, et affirmais que l’intelligence observée dans l’univers est celle de l’univers lui-même, je ferais alors un spectaculaire bon de plusieurs dizaines de milliers d’années en arrière pour revenir à la bonne vieille doctrine panthéiste des premiers hommes, et à un animisme cosmique qu’aucune donnée scientifique, je le répète, ne vient étayer ou corroborer en aucune manière. A quelle extraordinaire régression de la pensée nous invites-tu Miky ?! L’aventure scientifique des siècles passés n’aurait-elle donc servi de rien ? « Tout ça pour ça… », serait-on tenté de dire, dans un soupir de découragement…

Alors, oui, je suis d’accord, l’erreur est possible. Mais une chose me paraît absolument certaine : c’est que des trois options ci-dessus énoncées, l’une seulement est vraie et les deux autres nécessairement erronées. En terme de probabilité, cela fait une chance sur trois de connaître la vérité sur l’origine de l’univers. Cela me paraît « jouable », tu ne crois pas ? En tout cas, pour ma part, et pour les raisons évoquées plus haut, je crois raisonnable de considérer la troisième option comme la plus satisfaisante sur le plan intellectuel.

Je répète à ce stade que mon propos n’est pas ici de démontrer l’existence de Dieu. Si j’y parviens, tant mieux, je serais le plus heureux des hommes. Mais mon ambition première n'est pas là. Elle est simplement de démontrer qu’en toute hypothèse, et malgré l’opinion la plus répandue, l’option de la croyance en l’existence de Dieu est de loin la plus rationnelle. Note bien Miky que je ne dis pas qu’elle est vraie. Je dis simplement qu’elle est la plus rationnelle. Après, libre à chacun de croire que l’univers est « absurde » ou « illusion ». Mais pour qui croit dans le secret de sa conscience en la raison, pour qui fait le choix de la raison, alors il faut bien reconnaître que l’existence de Dieu se présente comme une réelle possibilité dont rien ne justifie qu'elle soit écartée a priori, et s’impose même en vérité comme la seule solution authentiquement rationnelle au problème métaphysique de l’existence de l’univers. Car tout plaide en faveur de l’existence d’un Créateur.

(A suivre…)

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15 avril 2007 7 15 /04 /avril /2007 20:18

Cher Miky,

Tout d’abord laisse-moi sincèrement te féliciter pour ton dernier article, bien argumenté et charpenté, à mon sens l’un des meilleurs que tu ais écris sur ton Blog. C’est un réel plaisir que de discuter avec toi, et je te remercie d’avoir accepté d’entrer ainsi dans cette disputatio sur l’existence de Dieu.

Tu as intitulé ton texte : "Science ou métaphysique : il faut choisir", par référence - au moins inconsciente - sans doute à la fameuse publicité en faveur de la prévention routière : « Boire ou conduire… » Mais là, première grande objection : pourquoi serions-nous contraints de choisir ? Au nom de quelle étrange logique en effet devrions-nous renoncer à l’une ou l’autre de ces deux grandes démarches de l’intelligence humaine, comme si leur incompatibilité allait de soi, au même titre que le fait de boire et de conduire.

On ne peut séparer selon moi la science et la métaphysique aussi facilement et impérieusement que tu le prétends. Ce serait en tous les cas une grave erreur. Car si l’on écarte d’emblée la métaphysique pour ne retenir QUE la science comme mode d’appréhension du réel, on réduit alors le champ d’investigation de la connaissance humaine au seul « résumé » – pour reprendre tes termes – des phénomènes observés, sans chercher à les « interpréter » et à les comprendre à fond. Une telle abdication de la raison métaphysique me paraît totalement injustifiée. Car il est dans la nature même de notre humaine raison que de chercher une explication à ce que l’on observe. Et parce que la science ne donne pas l’intelligibilité complète. Certains concepts comme le vrai, le bien, l’existence ou la finalité sont irréductibles à l’analyse purement scientifique. La science est donc impuissante à résoudre les grands problèmes qui se posent à l’existence humaine, et elle ne pourra jamais assouvir la soif qui habite le cœur de l’homme de trouver un sens à sa vie, d’aimer et d’être aimé. « Croire que l’on va trouver la signification de la vie au bout d’un microscope ou d’une lunette astronomique est une plaisanterie. Analysez les larmes d’une femme qui pèle ses oignons, comparez le résultat à l’examen d’autres larmes qu’elle a versées à la mort de son mari, et essayez de découvrir la différence dans votre laboratoire ! Pauvreté de la science lorsqu’on lui assigne pour tâche la signification de l’univers. » (Stan Rougier, « Dieu était là et je ne le savais pas », Presses de la Renaissance 1998, Pocket, page 163).

« Les sciences de l’observation décrivent et mesurent avec toujours plus de précisions les multiples manifestations de la vie et les inscrivent sur la ligne du temps (…). Mais l’expérience du savoir métaphysique, de la conscience de soi et de sa réflexivité, celle de la conscience morale, celle de la liberté, ou encore l’expérience esthétique et religieuse, sont du ressort de l’analyse et de la réflexion philosophiques » (Jean Paul II, Message à l’Académie pontificale des Sciences, La Documentation catholique, 17 novembre 1996, n°2148).

Sur les limites de la démarche scientifique : http://totus-tuus.over-blog.com/article-2404284.html

Si maintenant l’on écarte d’emblée la science pour ne retenir QUE la métaphysique, alors on prend le parti de se déconnecter du réel, avec tous les risques que cela peut engendrer… C'est ce tournant qu'a malheureusement emprunté la philosophie contemporaine. Elle s’est nettement détournée de l’aventure scientifique du siècle dernier, de la physique et de la cosmologie modernes, de la biologie et de la biochimie. Et nombre de philosophes aujourd’hui raisonnent comme s’ils vivaient à l’époque de Descartes ou Malebranche, sans tenir le moindre compte du réel, de l’univers physique et de son contenu. Il est vrai que dans leur système de pensée, si le monde n’est que « ma » représentation, à quoi bon une cosmologie…

Il est donc nécessaire à mon sens, pour penser correctement les grandes questions qui se posent à nous, de retenir tout à la fois et la démarche scientifique et la démarche métaphysique.

Il faut tenir compte de la démarche scientifique parce que l’on ne peut raisonner correctement en dehors du réel. La démarche scientifique est notre point d’ancrage dans le réel, la garantie que nous ne nous égarerons pas dans notre cheminement rationnel. C’est le réel qui est, et qui doit rester, notre repère essentiel, notre "juge de paix" ; c’est lui et lui seul qui peut donner la juste tonalité à notre réflexion métaphysique ; c’est lui qui fournit les matériaux indispensables au bon raisonnement, et c'est à son école que nous devons impérativement rester,… à peine de nous perdre.

Mais il faut aussi retenir la démarche métaphysique, car les sciences positives soulèvent un certain nombre de problèmes de fond qu’elles ne résolvent pas... tout simplement parce que ce n’est pas leur rôle! Ces problèmes de fond existent bel et bien, et il est vain de les ignorer ; ils sont suscités par la recherche scientifique elle-même : chaque nouvelle découverte apporte ainsi son lot de questionnements, et posent à la raison humaine un certain nombre de difficultés qui sont pour elle autant de défis à relever.

Les sciences positives et expérimentales s’appliquent ainsi à nous faire découvrir l’univers, sa constitution, la structure et la constitution de la matière et de la cellule, l’histoire de l’organisation des organismes vivants, les modalités de l’évolution biologique, etc. Mais elles ne traitent pas (parce que ce n’est pas leur rôle!) les problèmes de l’être même de cette structure intelligible qu’est l’univers, de l’être même de l’évolution cosmique et de l’évolution biologique. Or, ces problèmes se posent – et s’imposent – à la raison humaine, avec une acuité accrue au fil du temps et des découvertes, et les hommes n’ont de fait jamais cessé de se les poser. La raison humaine se sent ainsi manifestement interpellée par le fait qu’il y ait de l’être, et qu’il y ait depuis l’origine des temps organisation et évolution. Ce qui la conduit à se poser le plus naturellement la question du « pourquoi » cet univers, tel qu'il est et comme il est ?

La question est légitime, pertinente, inéluctable même, et l’on ne voit pas très bien pour quelle fumeuse raison il conviendrait de renoncer à se la poser. Cela reviendrait à renoncer à l’exercice de la pensée et de cette raison même qui nous distingue pourtant si radicalement du monde animal. Autrement dit : rien ne me paraît plus humain que de poser la question métaphysique du pourquoi de l’existence, de sa "forme" et de son contenu ; rien ne me paraît moins humain en revanche que de renoncer volontairement à chercher une explication aux phénomènes observés.

Or, cette question du « pourquoi », si légitime, si nécessaire, si pressante, échappe aux prises de la science qui, comme tu le dis si bien Miky, se contente de « résumer » les faits observés, et d’expliquer le « comment » de l’univers et de son évolution.

La discipline qui réfléchit sur le « pourquoi » est celle que l’on désigne communément depuis Aristote sous le vocable de « philosophie ». L’analyse philosophique, selon Aristote, c’est l’analyse logique du réel, jusqu’au bout (ce que tu sembles appeler « une projection des structures de l’esprit sur le donné expérimental »). La philosophie n’est rien d’autre que cela : raisonner correctement sur ce qui est. Elle ne s'oppose donc pas au raisonnement scientifique, et n'a aucune raison d'être exclue du champ de la pensée et de la rationalité humaine. Elle en constitue même le prolongement logique et naturel, ainsi que l'écrivait Ti Hamo en commentaire de ton article.

(à suivre…)

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30 mars 2007 5 30 /03 /mars /2007 08:08

Nous l’avons vu dans notre dernier article, pour connaître la vérité sur Dieu, la vérité de Dieu, il nous est nécessaire que Dieu lui-même se révèle en Personne. Car si Dieu est bien l’Absolu transcendant, le Tout-Autre de la Bible, bref, si Dieu est Dieu, alors il faut bien s’attendre à ce qu’il ne soit pas immédiatement accessible, perceptible, et compréhensible à la raison humaine : il est par essence l’Au-delà de tout, et en particulier, l’au-delà de toutes nos conceptions, de toutes nos pensées. Il y a dès lors comme un abîme infranchissable entre Lui et nous.

Notre humaine raison n’étant pas capable par elle-même et à elle seule de concevoir ce Dieu si grand et si Saint, il faut donc en quelque manière qu’Il descende jusqu’à nous pour se faire connaître. Sans quoi, nombre de nos questions demeureraient irrémédiablement sans réponse... C’est précisément cette descente, cette kénose de Dieu qui s’opère dans l’incarnation du Fils de Dieu. En Jésus-Christ, Dieu se rend accessible à notre humaine raison pour nous conduire dans son Royaume, là où notre raison ne saurait à elle seule nous mener.

Pour autant, lorsque Dieu se révèle, il ne nous fait pas entrer dans un ordre de déraison ou de folie, mais il nous donne accès tout au contraire à une Raison supérieure, sa Sagesse éternelle, qui est la source même de notre propre raison.

Comme l’écrivait le Père Carré : « L’oreille humaine, merveilleux organe, ne peut percevoir les ultrasons, et pourtant, les ultrasons existent. Il en va de la raison comme de l’oreille. Il existe un ultrarationnel que la raison ne peut atteindre. »

Dans la Révélation, la Sagesse divine s’adresse à notre raison ; elle l’élève et la conduit vers un degré de connaissance supérieur, divin, qui peut paraître « folie » à notre raison blessée par le péché originel, mais qui ne cesse jamais en réalité d’être Sagesse de Dieu.

Non ! notre Dieu n’est pas fou, et ne nous demande pas de le devenir. C’est le monde qui est fou, et qui prend pour de la folie l’expression même de la Sagesse éternelle du Père qui « se révèle juste à travers ce qu’elle fait » (Mt 11. 19).

Saint Paul ne dit pas autre chose :

- « Le langage de la croix est folie POUR ceux qui vont vers leur perte, mais pour ceux qui vont vers leur salut, pour nous, il est puissance de Dieu » (1 Co 1. 18) ;

- « nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie POUR les peuples païens » (1 Co 1. 23) ;

- « Car la folie de Dieu est plus sage que l'homme, et la faiblesse de Dieu est plus forte que l'homme » (1 Co 1. 25)

- « L'homme qui n'a que ses forces d'homme ne peut pas saisir ce qui vient de l'Esprit de Dieu ; POUR lui ce n'est que folie, et il ne peut pas comprendre, car c'est par l'Esprit qu'on en juge. » (1 Co 2. 14).

C'est donc un contresens, à mon humble avis, que d’invoquer ces textes de l’Ecriture pour disqualifier, réduire ou dévaluer l'oeuvre de la raison, en laquelle nous pouvons placer tout au contraire notre confiance pour penser le monde et l’univers, et parvenir ainsi à la connaissance de Dieu. J’ai même la faiblesse de penser que la raison nous a été donnée précisément pour cela…

Dans ton article du 13 mars 2007 , tu m’objectes, Miky, qu’« en voulant maintenir une confiance absolue en une raison toute-puissante (... je pense avoir démontré dans mon dernier article que je ne considère nullement la raison « toute puissante »), l'Eglise romaine ne tient pas compte des résultats fournis par la raison, et donc déroge aux principes de cette dernière. »

Mais il me semble, moi, tout au contraire que l’Eglise est bien la seule à tenir compte précisément « des résultats fournis par la raison » ! Quels résultats ? Eh bien ces résultats prodigieux que l’analyse rationnelle a permis d’obtenir sur le plan scientifique.

Je pense par exemple aux travaux de Urbain Le Verrier, qui a découvert la planète Neptune en 1846 au terme d’une démarche purement rationnelle, un calcul mathématique réalisé à partir des écarts constatés entre les positions théoriques d’Uranus, au regard de l’attraction solaire, des perturbations produites par Jupiter et Saturne, et du mouvement effectivement constaté par l’observation. Lorsqu’après avoir fait son calcul, Le Verrier demanda au directeur de l’observatoire de Berlin de pointer sa lunette sur l’endroit indiqué, ô miracle, la planète s’y trouvait ! Ce qui inspira à François Arago cette parole, prononcée à l'Académie des Sciences : « M. Le Verrier vit le nouvel astre au bout de sa plume »

Je songe également à Mendeleev qui avait décrit, en 1869, les propriétés des éléments qui auraient dû figurer dans les quelques cases laissées libres de son tableau périodique. La découverte ultérieure de ces éléments vint confirmer de manière éclatante les prévisions du chimiste russe…

On se souvient également comment Lemaître en 1927, Robertson en 1929, et Tolman en 1930, qui ne se connaissaient pas, avaient proposé des modèles d’univers à rayon variable… que les découvertes empiriques de Hubble et Humason allaient ensuite confirmer !

Et l’on pourrait multiplier les exemples.

L’expérience historique confirme donc la légitimité de l’analyse rationnelle non empirique. Elle nous montre de quelle manière la pensée peut atteindre la connaissance du vrai à partir d’une simple réflexion de l’esprit humain. Les limites que tu y poses, Miky, ne se trouvent donc pas là où tu les situes. Et le préjugé empiriste, selon lequel il n’y aurait de science certaine qu’expérimentale, se trouve contredit aujourd’hui… par la science elle-même !

Il n’est dès lors pas raisonnable de songer qu’il ne puisse y avoir de science certaine qu’expérimentale. Notons d’ailleurs que si tel était le cas, les mathématiques cesseraient de facto d'être une discipline scientifique, puisqu’elles ne sont pas expérimentales…

Cela dit, je te rejoins complètement sur la nécessité de se fier à l’expérience, et à tout ce qu’elle peut nous révéler de l’univers et de ses secrets (cf. ton texte de John Stuart Mill). C’est d’ailleurs le cœur de la philosophie première d’Aristote, dont s’inspirent tant les métaphysiciens catholiques.

Je suis d’accord avec toi pour considérer l’expérience comme pourvoyeuse d’informations précieuses et fiables, de preuves tangibles et réelles, pour parler comme Stuart Mill, à partir desquelles on peut raisonner correctement.

Mais je trouve en revanche tout à fait injustifié et déraisonnable de s’en tenir là, et d’invalider toute extrapolation métaphysique comme "non scientifique" au seul motif qu’elle ne seraient pas empirique, considérant qu’en dehors de l’expérience, il ne saurait y avoir de preuves recevables. Je trouve cela excessif, et de toute façon contredit par les faits, et… par l’expérience scientifique elle-même.

(à suivre...)

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23 mars 2007 5 23 /03 /mars /2007 09:00

Cher Miky,

Au vu de ton article du 13 mars 2007 et du commentaire du Pasteur Eric Georges, une précision s’impose. Je n’affirme nullement la toute-puissance de la raison humaine – loin de là –, ni même sa capacité à nous communiquer la foi. La raison est un chemin qui nous conduit à la foi. Mais la foi n’est pas au bout d’un raisonnement. En d’autres termes, de la raison à la foi, il n’y a qu’un pas, mais ce pas, c’est la Révélation divine accomplie en Jésus-Christ qui va nous permettre de le franchir.

Que la raison puisse permettre à l’homme de parvenir avec certitude à la connaissance de la vérité de ce qui existe, je le crois profondément, avec toute l’Eglise me semble-t-il, et avec le judaïsme orthodoxe. Mais je reconnais en même temps que cette connaissance simplement humaine ne peut être parce que simplement humaine que parcellaire et imparfaite, ainsi que j'ai déjà pu l'écrire.

La raison nous met donc sur la voie de la foi, elle nous oriente, nous guide infailliblement vers la vérité ; elle est une boussole qui nous évite de nous égarer, de nous perdre dans les méandres d’une religiosité naturelle qui, livrée à elle-même et déconnectée du réel, nous conduirait immanquablement aux mythes et aux fables. Mais elle ne nous donne pas accès par elle-même et à elle seule au Royaume. Le monde de Dieu est inaccessible aux hommes. Sinon il ne serait pas le monde de Dieu.

Une fois acquis la certitude métaphysique que ce monde ne peut pas provenir du néant et du hasard, mais que son existence même et ses caractéristiques postulent nécessairement l’existence d’un Être intelligent conduisant l’évolution du monde dans un certain sens, il reste encore à définir la nature et l’identité de cet Être intelligent. Or, à ce stade, la raison semble a priori impuissante à fournir une réponse définitive. Le visage du Christ n’est pas inscrit dans les étoiles.

En d’autres termes, je peux savoir que Dieu existe, en être absolument convaincu et certain. Cela ne me renseigne pas encore sur l’identité de Dieu, sur son Nom. Dieu existe, oui. Mais qui est-il ? Voilà une question qui reste en suspend…

Par la réflexion métaphysique, je suis capable d’acquérir une vraie certitude en ce qui concerne l’existence de Dieu. Mais… toutes les religions croient en l’existence de Dieu ! Et elles sont nombreuses… Me voilà donc finalement peu avancé. La raison m’a conduit sur la route de Dieu, aux confins des religions. Mais elle me laisse là en plan, dans l’incertitude et le doute.

Toi-même d’ailleurs, Miky, n’affirmais-tu pas que si l’on te prouvait l’existence de Dieu, tu deviendrais « théiste », « mais certainement pas chrétien » ? De même, il me paraît extrêmement révélateur qu’un Miteny  consacre un blog tout entier à la démonstration rationnelle (fort peu convaincante malheureusement) de l’existence de Dieu,… pour rejeter avec violence et dans un même dédain toutes les religions « institutionnelles ». Preuve s’il en est que pour entrer dans une véritable démarche de foi, la raison est nécessaire, mais non suffisante.

Je me risquerais maintenant à aller plus loin. Dans le foisonnement de toutes les religions, je pense que la raison peut aller jusqu’à établir la vérité de la doctrine de la Création. Et cela, grâce aux formidables découvertes des sciences positives tout au long du XXe siècle, qui marqueront indiscutablement un tournant décisif dans l’histoire de la pensée humaine. Or, la doctrine de la Création n’est pas partagée par toutes les religions. Seules trois y adhèrent : les trois grandes religions monothéistes que sont le judaïsme, le christianisme et l’islam. Voilà donc qui élague considérablement…

Plus encore : la raison peut me permettre d’établir la vérité de l’authenticité de la révélation biblique. De deux manières : par l’établissement de la preuve du fait même de la révélation, du fait que Dieu ait parlé à Israël, se soit manifesté en Jésus-Christ, et conduise depuis plus de 20 siècles son Eglise. Et en établissant la preuve de la « fondamentale pertinence » du message biblique, pour reprendre l’expression de Jean-Claude Guillebaud. Il est donc tout à fait possible de devenir chrétien au terme d’une démarche purement rationnelle : c’est d’ailleurs la trajectoire de l’auteur précité.

Pour autant, je reconnais avec le Pasteur que tout chrétien que l’on puisse devenir par la raison... on n’est pas encore entré dans une démarche de foi. On peut donc tout à fait être chrétien sans avoir la foi. On peut même être chrétien sans croire en l’existence de Dieu, ainsi que nous le révélaient de récents sondages. Tel était le cas d’un Charles Maurras, par exemple, qui se disait volontiers « athée, mais catholique ».

Voilà donc où je situerais les limites de la raison humaine. La raison peut conduire l’homme très loin sur le chemin de la vérité. Mais elle ne lui permet pas d’avoir de Dieu une connaissance autre que livresque et purement intellectuelle. La raison ne nous permet donc pas d’accéder par elle-même et à elle-seule à la plénitude de la vérité, qui est une personne. Pour connaître cette vérité, il faut connaître la personne.

L’homme n'entre donc dans la foi et dans la vie spirituelle que lorsqu’il adhère, non pas d'abord au message, mais au Messager. La Bonne nouvelle de l’Evangile n’est pas d’abord en effet une doctrine à croire. Elle est Jésus-Christ lui-même. C’est Jésus en Personne qui est la Bonne Nouvelle du Royaume. C’est lui-même qui est l’Evangile de Dieu ; c’est lui-même qui est le Royaume de Dieu. C’est ce qu’affirmait Karl Rahner par exemple, dans son Traité fondamental de la foi, lorsqu’il évoquait « l’évènement salvifique que Jésus est lui-même ».

Cette considération « doit [donc] éclairer toute notre réflexion et nous empêcher de tomber dans le piège d’une rationalisation trop facile de la cause et des effets du salut au sein d’un système dont la personne de Jésus ne serait qu’un élément » (P. Sesbouë). Jésus-Christ « est le salut, disait encore Rahner, il ne se contente pas de l’enseigner et de le promettre ».

La foi est donc l’entrée dans le Royaume de Dieu par la médiation du Fils unique du Père, qui en est la « Porte ». C’est Jésus, et lui seul qui nous donne accès au Royaume, au monde de Dieu, à la vie dans l'Esprit, à une vraie vie de foi. Nous devenons croyant lorsque nous nous attachons à la personne du Christ, et lorsque nous cherchons à le rencontrer par tous les moyens qu'il nous a donné, à vivre en sa présence, à l’écouter, à le servir et à l’aimer, lui le Vivant, le Ressuscité.

Comme le déclarait le Pape Benoît XVI : « Sans le Christ, la lumière de la raison ne suffit pas à éclairer l’homme et le monde » (Message Urbi et Orbi de Noël 2005).

« Jésus s’est défini comme la Vérité en personne (…). C’est lui qui révèle la pleine vérité de l’homme et de l’histoire. C’est par la force de sa grâce qu’il est possible d’être dans la vérité et de vivre de la vérité, parce que lui seul est totalement sincère et fidèle. Jésus est la vérité qui nous donne la paix » (Message du 1er janvier 2006).

« La foi ne signifie [donc] pas seulement accepter un ensemble donné de vérités concernant les mystères de Dieu, de l’homme, de la vie et de la mort et des réalités futures. La foi consiste en une relation profonde et intime avec le Christ, une relation appuyée sur l’amour de celui qui nous a aimé le premier, jusqu’à notre entier sacrifice (…). L’amour envers le Christ s’exprime par le désir de vivre en accord avec les pensées et les sentiments de son Cœur (…). L’aimer signifie mener avec lui un dialogue perpétuel, pour connaître sa volonté et l’accomplir avec ferveur » (Homélie du 26 mai 2006 à Varsovie).

J’entre donc dans la vie spirituelle – et dans la dynamique de la foi – à partir du moment où j’entre dans une relation personnelle avec Dieu, en son Fils bien-aimé, Jésus-Christ, le Seigneur. « Nous rencontrons Dieu dans l’humanité de Jésus (…). C’est l’humanité de Jésus, en tant qu’humanité du Fils, qui est pour nous la médiation, le point d’appui à notre portée, par lequel il nous est donné avec certitude de pouvoir rencontrer Dieu et de nous unir à lui (…). C’est l’humanité de Jésus qui est ce sacrement primordial par lequel la Divinité se rend accessible aux hommes » (Père Jacques Philippe).

(à suivre...)

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11 mars 2007 7 11 /03 /mars /2007 17:53

Nous l’avons vu abondamment ces dernières semaines : la question de l’existence de Dieu n’est pas, en toute rigueur pour l’Eglise, objet de foi, mais bien de croyance rationnelle. C’est pourquoi il nous faut distinguer la foi, qui est la réponse personnelle et existentielle de l’homme à Dieu qui se révèle, et la croyance en l’existence de Dieu, qui relève davantage de la connaissance rationnelle à laquelle chacun peut parvenir au moyen d’un raisonnement métaphysique, par l’effort de son intelligence naturelle, indépendamment de la Révélation (si ce n’est tout de même la révélation que Dieu fait de lui-même… dans la Création, qui est la première de Ses grandes manifestations aux hommes).

Autrement dit, comme disait Voltaire : « Il m'est évident qu'il y a un Être nécessaire, éternel, suprême, intelligent ; ce n'est pas de la foi, c'est de la raison. »

C’est pourquoi l’Eglise tient tant à s’adresser à l’intelligence des hommes, et non pas seulement à leur sensibilité ou leur émotion ; elle pense, à la suite du judaïsme orthodoxe, que l’intelligence humaine est faite pour connaître la vérité, objet de son désir le plus profond, et qu’elle est capable d’y parvenir simplement, par l’usage de ses facultés naturelles.

L’Eglise confère ainsi la plus haute valeur à la raison humaine contre tous ceux qui la déprécient et dévalorisent. Elle enseigne avec force que l’homme est capable d’accéder à la connaissance du vrai, de ce qui existe, par l’usage de sa raison et de son intelligence. Elle sait bien à ce sujet que la raison a vocation à acheminer l’homme vers la foi, qu’elle est faite pour la foi, qu’elle dispose l’homme à la foi, et que l’on ne peut construire une foi solide sans la raison.

En ce sens, l’Eglise catholique est authentiquement rationaliste. Car en reconnaissant à la raison humaine le pouvoir d’aller jusqu’au bout de son désir profond, de son désir naturel qui est de connaître la vérité, l’Eglise professe une doctrine rationaliste, au sens vrai du terme. Et chose curieuse : elle semble être la seule au monde, avec le judaïsme dont elle est issue… Elle seule, en effet, cultive un tel optimisme sur la raison humaine, sur sa valeur, sa puissance et ses capacités. L’Eglise catholique paraît donc occuper seule aujourd'hui le terrain du véritable rationalisme, et en avoir le quasi-monopole… « faute de combattants » dirais-je.

L’on objectera qu’il existe des « rationalistes » athées, des « ligues » ou des « unions » rationalistes en dehors du christianisme. Certes. Mais à y bien regarder, on sera frappé de constater que ces rationalistes-là ne croient pas la raison capable d’atteindre la vérité objective, et d’apporter des réponses satisfaisantes et définitives aux problèmes métaphysiques qui se posent à l’esprit humain, dont la question de l’existence de Dieu. Le mot « métaphysique » leur donne même des boutons. Ils considèrent en général soit que ces questions ne se posent pas, soit qu’elles sont « insolubles » ; ils limitent en tous les cas le champ de la pensée rationnelle aux seuls domaines des sciences expérimentales. Leur rationalisme est donc un rationalisme imparfait, inachevé.

A l’opposé de ce rationalisme se trouve une pensée « irrationaliste », qui est tout près d’affirmer que la raison est mauvaise, que le rationalisme est mauvais, que la rationalité est mauvaise. Elle affirme en tout les cas, depuis Luther, que la raison humaine est impuissante. Contre ce pessimisme, l’Eglise catholique enseigne avec constance l’excellence de la raison humaine, la puissance de l’intelligence humaine, et sa haute dignité. Et encore une fois, elle apparaît bien seule…

On remarquera avec amusement que les partisans de cet irrationalisme affirment s’en remettre exclusivement à la Révélation, alors que c’est la Bible elle-même qui enseigne précisément la possibilité pour l’intelligence humaine de connaître avec certitude l’existence de Dieu à partir de ses œuvres…

(à suivre…)

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4 mars 2007 7 04 /03 /mars /2007 21:41

Nous avons vu ces dernières semaines combien l’Eglise insistait, à la suite du monothéisme hébreux, sur l'importance de la raison dans la démarche de foi.

Pour l’Eglise Catholique en effet, la raison est capable par ses seules ressources, et indépendamment de la révélation biblique, de parvenir à la connaissance de la vérité de ce qui est, et de croire avec certitude en l’existence de Dieu.

Comment cela ? A partir d’une réflexion sur la Création. Ou si vous préférez, sur la Nature, sur le monde physique qui nous entoure et dont les secrets nous sont révélés par la science, sur l’ensemble de l’univers.

La Création nous manifeste Dieu… comme la Joconde nous révèle Léonard de Vinci ! La Joconde en effet nous prouve par elle-même l’existence de son auteur, que nous n’avons pourtant jamais vu. Elle nous dit même quelque chose sur son auteur, même si ce qu’elle nous dit reste limité à ce que l’auteur a bien voulu donner de lui-même dans son œuvre. Aussi, analogiquement, pouvons-nous dire que la Création de Dieu nous manifeste l’existence de son Auteur, ainsi que quelques unes de ses perfections. Elle ne nous dit certes pas tout des richesses infinies du Créateur incréé, mais quoiqu’imparfaite et incomplète, la connaissance de Dieu à partir de la Création est une connaissance certaine, authentique, et rationnellement bien fondée.

Nous sommes donc bien loin des préjugés de tant de nos contemporains, chrétiens y compris ! Pour beaucoup de gens en effet, la question de l’existence de Dieu relève de la foi, entendue comme une adhésion aveugle à une vérité indémontrable par la raison. Ils sont convaincus que l’intelligence humaine ne peut pas connaître par elle-même et à elle seule la vérité sur l’existence de Dieu. On y croit ou on y croit pas. Moyennant quoi, s’ils choisissent d'y croire et de vivre un peu sérieusement leur "foi", il leur faut se mettre à l’écoute d’une Parole... dont ils n’ont pas la certitude qu’elle soit de Dieu, puisque son existence elle-même n’est pas assurée! Et ils empilent ainsi une foi aveugle en la Parole de Dieu sur une foi aveugle en l’existence de Dieu. Et lorsqu’il leur faut encore empiler sur ce bien frêle édifice une foi aveugle dans l’Eglise, dans ses dogmes et sa morale, il n’est pas étonnant que tout finisse par s’écrouler, « car leur maison était bâtie sur le sable »

Comme de récents sondages nous l’on encore révélé : seulement 51 % des Français se disent désormais catholiques. Parmi eux, 52 % n’iraient jamais à la messe, excepté lors de cérémonies familiales, et le ponpon : 50 % confesseraient… ne pas croire en l’existence de Dieu ! Ou comment le fidéisme conduit irrésistiblement à l’athéisme…

Le Pasteur Eric Georges m’avouait son scepticisme quant à l’intérêt d’une réflexion métaphysique de fond au sujet de l’existence de Dieu. La foi étant un don de Dieu, et non le fruit d’un quelconque raisonnement intellectuel (ce que je ratifie tout à fait !), il m’indiquait ne pas comprendre le sens d’une démarche qui ne lui paraissait pas s’inscrire dans une perspective d’évangélisation. J’espère que cet article répondra à cette légitime interrogation. Car enfin : si l’on veut évangéliser, il faut bien commencer par se demander QUI évangéliser, et QUOI annoncer.

QUI évangéliser, sinon des hommes et des femmes doués de raison, qui, pour la plupart, ont appris à penser correctement ? Or, comment ces hommes et ces femmes sensés pourront-ils bien accueillir notre invitation à croire en la Parole de Dieu, si nous leur concédons qu’il est impossible d’établir avec certitude que Dieu existe, et que Dieu a parlé ! Voilà beaucoup de couleuvres à avaler en une seule foi ! si je puis me permettre ce jeu de mots, et je conçois dans ces conditions qu’il y ait tant de résistances au message chrétien dans le cœur et l’âme de tant de nos contemporains.

QUOI annoncer, sinon Jésus-Christ Fils de Dieu, Verbe fait chair pour le Salut du monde ? Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, amis lecteurs engagés dans la grande œuvre d’évangélisation, mais mon expérience personnelle me confirme dans l’idée qu’il est décidément bien difficile de faire l’impasse sur la question métaphysique de l’existence de Dieu. Car comment annoncer la bonne nouvelle de la venue de Dieu en notre humanité à des interlocuteurs qui vous rétorquent que : « de toute façon, moi, je ne crois pas en Dieu » !

Il faut donc bien commencer par asseoir les fondations, et rendre les intelligences réceptives au don de Dieu dans la Révélation. Faute de quoi l’évangélisation risque de tourner au bourrage de crâne, et à l’insupportable prosélytisme. N’oublions pas que l’acte de foi est fondamentalement un acte de la raison, un assentiment de l’intelligence. On a conservé l’idée que la foi est une conviction, un assentiment, mais on a oublié qu’il s’agit très exactement d’un assentiment de l’intelligence à la vérité elle-même qui se révèle. Dieu parle à des êtres doués de raison, et Il attend de leur part une adhésion totale, y compris de cette raison même qui est don de Dieu.

Il faut donc « préparer la route au Seigneur » en disposant les esprits à recevoir la révélation divine, et à entrer dans une véritable démarche de foi, qui n’est pas dans le langage biblique une simple conviction intérieure, subjective, et dissociée de la raison, mais bien une certitude de l’intelligence fondée dans la réalité objective et expérimentale.

(à suivre…)

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