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21 octobre 2007 7 21 /10 /octobre /2007 15:15

Convaincu que je doive vivre ma foi avec mes frères et soeurs en Jésus-Christ, vers quelle communauté me tourner ? Quelle Eglise choisir ? Toutes les Eglises chrétiennes se valent-elles ?

De l’Eglise de Jésus-Christ, nous savons… ce que Jésus lui-même a bien voulu nous en révéler. Dans l’Evangile de Matthieu, après la vibrante confession de foi de Pierre à Césarée-de-Philippe (« Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! »), Jésus va prononcer cette parole fondamentale, décisive : « Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise ; et les portes de l’enfer ne prévaudront pas sur elle. » (Mt 16. 18).

De l’Eglise de Jésus-Christ, nous pouvons donc dire ceci :

1°) qu’elle est fondée sur Pierre (« Tu es Pierre, ET sur cette pierre… ») ;

2°) qu’elle n’est pas œuvre humaine, mais œuvre divine (« JE bâtirai… »), et par suite invincible en sa mission (« et les portes de l’enfer ne prévaudront pas sur elle ») ;

3°) qu’elle est unique (« je bâtirai MON Eglise », et non « l’une de mes Eglises »…).

1°) L’Eglise de Jésus-Christ est fondée sur Pierre : « Tu es Pierre, ET sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise », dit Jésus. Cette Parole nous révèle le rôle éminent de Saint Pierre et de ses successeurs dans le projet du Seigneur. De ses successeurs ? Oui, tant il est évident qu’en annonçant cela à Pierre, Jésus ne voulait pas signifier que l’édification de son Eglise serait achevée à la mort de l'Apôtre ! La parole adressée à ce dernier est donc une parole prophétique qui dépasse la personne même de Pierre. Le « Je bâtirai » désigne non pas un futur proche, mais la suite des siècles.

Comme le reconnaissait le pasteur protestant Jean-Jacques Von Allmen : « Les trois fonctions pétriniennes ne peuvent pas prendre fin avec la mort de Pierre, puisque après sa mort il reste une Eglise à protéger, des collègues dans le ministère à fortifier, un troupeau à paître ».

Et le théologien Charles Journet voyait dans cette parole de Jésus une annonce de « l’immortalité » de l’Eglise : « Le Christ promet à ses disciples que son Eglise ne mourra pas, qu’elle sera inébranlable dans la suite des temps du fait qu’Il la fonde sur un roc solide : Simon, qui devient « Pierre ». Cette promesse n’a de sens que si ce fondement doit durer lui aussi à travers les siècles. Ce qui suppose évidemment que Pierre aura des successeurs tout au long de l’Histoire. Le fondement doit durer autant que l’édifice. La notion de durée et de succession n’est pas mentionnée dans les textes explicitement, mais implicitement et en toute vérité ».

De même, quand Jésus dit aux Apôtres, « Je suis avec vous tous les jours, et jusqu’à la fin du monde » (Mt 28. 18), il est bien évident que le « vous » de Jésus ne désigne pas seulement les Apôtres qu’il s’est choisi durant sa vie terrestre, qui sont tous morts aujourd’hui et ne connaîtront pas de leur vivant la « fin du monde », mais bien tous ceux qui après eux, leur succéderont jusqu’à la « fin du monde ».

L’autorité conférée par Jésus à Pierre et aux Apôtres devait donc être transmise aux évêques, successeurs des Apôtres, et au Pontife romain, successeur de Saint Pierre, parce qu’elle était établie non pour eux personnellement, mais pour l’Eglise qui doit subsister toujours.

La primauté et le ministère particulier de Saint Pierre, qui heurte tant de nos contemporains, s’explique par la volonté du Seigneur d’établir dans son Eglise un principe d’unification du Peuple de Dieu répandu à travers le monde. Ce qu’avait très bien perçu le Frère Roger Schutz, de Taizé : « Comment espérer une communion entre les chrétiens à travers la terre, sans un pasteur universel placé au cœur du cœur ? ».

2°) L’Eglise de Jésus-Christ n’est pas œuvre humaine, mais œuvre divine. Ainsi, le Pape est-il nommé dans l’Eglise « vicaire de Jésus Christ » [vices agere en latin : remplir les fonctions de suppléant], comme pour bien signifier que le véritable chef de l’Eglise catholique n’est pas Benoît XVI, mais bien… Jésus-Christ Ressuscité en Personne ! (« JE bâtirai… »).

L’histoire de l’Eglise témoigne de cette présence du Christ en son sein, et de la réalisation de la promesse faite à Pierre : « Et les portes de l’enfer ne prévaudront pas sur elle ».

« I
l est impossible d’expliquer [en effet], sans le secours de la toute-puissance divine, que quelques hommes sans fortune, sans éloquence, complètement illettrés pour la plupart, prêchant des dogmes incompréhensibles, une morale austère, l’adoration et l’amour d’un crucifié, ayant contre eux toutes les puissances humaines, aient fondé un royaume spirituel qui compte aujourd’hui [plus de un milliard de sujets]. Parce qu’il est impossible d’expliquer, sans l’intervention constante de Dieu, que l’Eglise, sans cesse attaquée, n’ayant d’autre arme que la parole, soit demeurée victorieuse de tous ses ennemis, et qu’elle reste debout, pendant qu’autour d’elle tout passe et s’écroule (…). Ses caractères, sa propagation, son immuable stabilité, sont des miracles qui attestent qu’elle est une création de Dieu dans l’ordre surnaturel. Nulle part, ailleurs que dans l’Eglise romaine, on ne trouve l’exemple d’une société religieuse qui ait subsisté déjà pendant [plus] de vingt siècles, une et invariable dans son enseignement, féconde en héros de sainteté et en prodiges extraordinaires, d’une société qui s’étend à tous les lieux, gouvernée par une dynastie incomparable de pontifes qui perpétuent, avec l’autorité doctrinale, l’autorité de laquelle émane tout pouvoir religieux. » (Exposé de la doctrine chrétienne, Tome I, « Le Dogme », Editions Fideliter).

C’est ce qu’énonçait encore au siècle dernier le Concile Vatican II : « L’Eglise porte les marques visibles de son origine céleste. Son admirable propagation, sa sainteté éminente, son inépuisable fécondité pour le bien, son unité catholique et son immuable stabilité, sont un grand et perpétuel argument de crédibilité, un témoignage de sa mission divine » (Concile du Vatican, Const. Dei Filius, chap. III).

3°) L’Eglise bâtie par Jésus-Christ et conduite par l’Esprit Saint (Jn 16. 13) ne peut enfin qu’être unique, selon la Parole même du Maître : « Je bâtirai MON Eglise », (et non : « l’une de mes Eglises »).

L’Eglise désigne certes le Peuple de Dieu en son ensemble et dans toute sa diversité, déclare le Concile Vatican II (Const. Lumen Gentium, chap. II), « mais un Peuple qui tire son unité de l’unité du Père, du Fils et de l’Esprit Saint », selon l’enseignement de Saint Cyprien : « Unique est la véritable Eglise (…). Il n’y a qu’un seul Dieu et un seul Seigneur (…). L’Eglise unique participe donc de la nature de l’Unique, elle à qui on fait violence pour la morceler en sectes nombreuses » (St Cyprien).

Il n’y a donc qu’une seule et unique Eglise de Jésus-Christ, parce qu’il n’y a qu’un seul Dieu. Et cette Eglise est celle-là même que le Seigneur, après sa Résurrection, confia à Pierre pour qu’il en soit le Pasteur (Jn 21. 7), et aux Apôtres pour qu’ils la répandent et la dirigent (Mt 28. 18-20) ; elle dont il a fait pour toujours la « colonne et le fondement de la vérité » (1 Tm 3. 15).

L’unité est un caractère essentiel de l'Eglise de Jésus-Christ, car elle est le cachet de l'unique vérité
Historiquement ainsi, le terme « catholique » fut employé tant pour désigner l’universalité de l’Eglise que pour la qualifier, et la distinguer ainsi des nombreuses Eglises hérétiques.

Comme l’enseignait Vincent de Lérins dans un cours composé vers 434, peu après le Concile d’Ephèse : « Existe-t-il, demandai-je, une règle sûre, d’application générale, qui me permette de distinguer la vraie foi catholique de l’erreur des hérésies ? Ces hommes saint et savants que j’interrogeai m’ont tous répondu : « Abrite ta foi sous l’autorité de la loi de Dieu, puis sous la Tradition de l’Eglise catholique ». On m’objectera peut-être : le canon des Ecritures est parfait ; il se suffit largement à soi-même. Pourquoi donc y ajouter l’autorité de l’interprétation qu’en donne l’Eglise ? Précisément parce que le sens de l’Ecriture est si profond que tous ne l’entendent pas pareillement ni universellement. Les mêmes mots sont interprétés différemment par les uns et par les autres. On pourrait presque dire qu’il y a autant de commentaires de l’Ecriture qu’il en existe de lecteurs… » Et Vincent de Lérins de citer une douzaine d’hérésiarques des IIIe et IVe siècles, pour finir par Nestorius dont le Concile d’Ephèse (431) venait de dénoncer l’erreur. « Il est donc bien nécessaire devant cette erreur aux replis si variés de soumettre l’interprétation des Livres prophétiques et apostoliques à la règle du sens ecclésiastique et catholique. Dans l’Eglise catholique même, il faut veiller avec le plus grand soin à tenir pour vrai ce qui a été cru partout, toujours et par tous. Car n’est vraiment catholique au sens fort du terme que ce qui saisit le caractère universel de toute chose. »

« Une seule et unique Eglise a
[donc] été instituée par le Christ Jésus »
(Unitatis redintegratio, n°1) : cette unique Eglise se trouve dans [« subsistit in », nous reviendrons sur cette formule...] la sainte Eglise Catholique, gouvernée par le successeur de Pierre et les Evêques qui sont en communion avec lui (Lumen Gentium, n°8) : « car c’est au seul collège apostolique, dont Pierre est le chef, que furent confiés, selon notre foi, toutes les richesses de la Nouvelle Alliance, afin de constituer sur la terre un seul Corps du Christ » (Unitatis redintegratio, n°3).

L’unique Eglise de Jésus-Christ se trouvant dans l’Eglise catholique gouvernée par le Pape Benoît XVI et les Evêques en communion avec lui, tu vas certainement maintenant me demander, cher Christophe : que penser alors des autres Eglises ou communautés chrétiennes ? Doivent-elles être rejetées, combattues, ou bien au contraire accueillies, reconnues ? Comment comprendre en vérité tous les efforts déployés depuis le dernier Concile par l’Eglise catholique en faveur du dialogue œcuménique avec les Protestants et les Orthodoxes ?

(à suivre…)

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14 octobre 2007 7 14 /10 /octobre /2007 11:24

Cher Christophe,

Nous voici arrivés au terme de notre route. J’ai essayé de t’exposer du mieux que je pouvais les raisons que nous pouvions avoir :

1. de croire en Dieu,

2. de croire dans le Dieu unique du monothéisme,

3. et de croire dans le Dieu révélé par Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme.

Parvenus à cette étape, il nous reste encore à déterminer vers quelle Eglise s’orienter. Car, tu l’auras remarqué, il existe dans le christianisme trois grandes « chapelles » : le catholicisme, le protestantisme et l’orthodoxie.

Mais au fait, me demanderas-tu certainement : pourquoi se choisir une Eglise ? Ne puis-je pas vivre ma foi en solitaire ? La relation à Dieu est une relation intime, après tout, qui ne regarde que moi ! Pourquoi m’embêterais-je à aller à la messe (ou au culte) chaque dimanche, jour béni réservé à la « grâce »… matinée et aux activités sportives et de détente ?

La réponse s’impose d’elle-même : Jésus-Christ nous révèle que Dieu est Amour, qu’il est Trinité d'amour. Si Dieu est amour, il n’est pas étonnant qu’il nous invite… à l’amour fraternel, à la rencontre, et à la communion avec Lui et entre nous ! Si Dieu est vraiment Père de tous les hommes, comment s’étonner qu’il prenne plaisir à rassembler toute sa famille autour de lui pour le célébrer et le louer, dans la joie du Salut offert en son Fils Jésus-Christ et réactualisé de manière particulière chaque dimanche par le don de l’Esprit Saint ?

Jésus est venu sur la Terre pour rassembler les fils du Père dispersés par le péché, leur communiquer l’amour et le pardon du Père, leur donner la paix du Ciel, et leur apporter la vraie nourriture : la Parole de Dieu, et le Pain de Vie qu’il est lui-même : son Corps et son Sang. « Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas mon sang, vous n’aurez pas la vie en vous » nous avertit Jésus (Jn 6. 53). La participation à la messe n’est donc pas facultative pour qui prend Jésus et l’Evangile au sérieux : c’est un commandement du Seigneur. « Vous ferez ceci en mémoire de moi » disait Jésus à ses disciples, le soir de la dernière Cène. Et le Seigneur de nous exhorter ainsi dans l’Epître aux Hébreux : « Ne désertez pas votre propre assemblée comme quelques-uns ont coutume de le faire ; mais encouragez-vous mutuellement. » (He 10. 25)

Oui, Dieu veut l’Eglise, car Dieu veut rassembler les hommes dans une communauté fraternelle d’hommes et de femmes rachetés par son Fils, nourris et enseignés par Lui, qui soit un signe dans le monde de la présence de Royaume de Dieu parmi nous. Voilà pourquoi il n’est pas possible d’être authentiquement chrétien en vivant sa foi replié sur soi-même, dans un splendide isolement. Un chrétien isolé, dit-on, est un chrétien en danger. Car le chrétien est fait pour la communion.

Convaincu que je doive vivre ma foi avec mes frères et sœurs en Jésus-Christ, vers quelle communauté me tourner ? Quelle Eglise choisir ? Toutes les Eglises chrétiennes se valent-elles ?

(à suivre…)

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7 octobre 2007 7 07 /10 /octobre /2007 12:14


2. La seconde objection de Miky au sujet de la théologie naturelle est la suivante : quand bien même serait-elle débarrassée de tout préjugé concernant Dieu, de tout
a priori en faveur de son existence, ses conclusions ne sont pas convaincantes. Or, selon Miky : « Si Dieu existe et qu'il est tout-puissant, il peut, s'il veut que je crois en lui, faire en sorte que j'y crois. Puisque je ne crois pas en lui, c'est donc, ou bien qu'il ne souhaite pas particulièrement que je crois en lui, ou bien qu'il n'est pas tout-puissant. Le Dieu en lequel tu crois étant tout-puissant, alors s'il existe, il ne tient pas particulièrement à ce que je crois en lui. Tu vas me dire : "Oui mais Dieu respecte notre liberté". Cela n'a rien à voir. La vérité doit s'imposer à partir du moment où l'on applique la méthode adéquate pour la trouver et qu'elle est accessible. On n'a pas le choix d'y croire ou de ne pas y croire. Je n'ai pas le choix de croire que la Terre est plate, car cela s'impose à moi qu'elle est ronde. (…) [Si les arguments de la théologie naturelle] ne sont pas absolument convaincants et sont sujets à discussion, cela voudra dire que la démonstration en question n'en sera pas une. La vérité du théorème de Pythagore peut être démontrée. Cela veut dire qu'une fois vérifié que le raisonnement est correct, il n'y a plus matière à discussion. L'affaire est close. Connais-tu des religions en géométrie ? Non, bien sûr. Si les arguments de théologie naturelle sont encore discutés aujourd'hui, c'est que précisément, ils ne démontrent rien du tout... Vas-tu enfin l'admettre ? » (Cf. le fil de discussion de l'article "L'impuissance à accueillir la vérité est la maladie de la raison", commentaire n°11 et suivants).

Prenant pour exemple son cas personnel, Miky nous dit que « émotionnellement, je serais plutôt porté à croire, mais intellectuellement, aucun de tes arguments ne me satisfait. Donc j'en conclus qu'il n'y a pas de tels arguments objectifs et rationnels, et donc que Dieu, s'il existe, préserve à 100% ma liberté de croire. Mais cela veut dire aussi que la théologie naturelle est vaine. »

A ceci, je répondrais tout d’abord
que : OUI, Dieu nous laisse libre de croire en son existence ou pas.

Comme disait RV au sujet de la résurrection du Christ (mais le raisonnement peut tout à fait être transposé à l’existence de Dieu) : « Je pense qu'il est peut-être un peu maladroit de chercher absolument une preuve irréfutable de la résurrection de Jésus car Dieu travaille surtout dans la discrétion. Autrement dit, il laisse une place à ta liberté (de croire ou de ne pas croire). Si Dieu voulait absolument convaincre les hommes de la résurrection de son Fils, cela lui serait très simple. Il suffirait qu'il fasse entendre sa voix, du haut du ciel, et qu'il dise très fort : "C'est Dieu qui vous parle. Je voudrais dire à tous les hommes de tous les pays que Jésus est vraiment ressuscité. Le catholicisme n'est pas une supercherie". Il pourrait faire cela (puisqu'il peut tout). S'il ne le fait pas, c'est parce qu'il s'y prend autrement avec nous. Il laisse des signes suffisamment clairs pour que notre foi repose sur des bases solides, mais suffisamment discrets pour que personne ne puisse dire : "Je suis obligé (forcé, au sens négatif du terme) de croire. Il n'y a aucune place pour la réflexion et le cheminement personnel. La preuve s'impose à nous". Oui, voilà, je pense que c'est peut-être là l'explication : Dieu ne laisse pas de preuve qui s'impose (au sens négatif du terme) à l'homme. » (Le mystère Jésus, commentaire n°12).

Le Père François Varillon, grand théologien du siècle passé, n'écrivait pas autre chose :

"Dieu seul respecte absolument la liberté de l'homme. Il la crée : ce n'est pas pour la pétrifier ou la violer. C'est pourquoi jamais il ne crie ni n'impose. Il suggère, il propose, il invite. Il ne dit pas "Je veux", mais "Si tu veux..." Des expressions comme "commandements de Dieu", "volonté de Dieu" doivent être critiquées, comprises selon l'amour. Dieu ne reproche pas : il abandonne ce soin à notre conscience.
"Il est plus grand que notre coeur" (1 Jn 3. 20). Il reste caché pour n'être pas irrésistible ; son invisibilité est pudeur. Il ne veut pas que nous puissions le "prouver" de telle manière que notre raison soit contrainte. L'indiscrétion, incompatible avec la majesté, signifierait une extension de l'amour de soi : cela même que finalement nous discernons à la racine de nos impérialismes et de nos cléricalismes." (François Varillon, L'humilité de Dieu, Le Centurion 1974, page 91).

Tu ne vas pas t’en tirer comme ça ! me réplique alors Miky. Car « Je ne vois pas comment tu peux concilier les deux. A la fois dire que la métaphysique nous apporte des vraies certitudes quant à l'existence de Dieu, et en même temps affirmer que Dieu nous laisse libre de croire. C'est vouloir concilier la chèvre et le chou. Et que dire de la théologie naturelle ! Elle va contre les desseins de Dieu de préserver notre liberté de croire, puisque son but et de fournir des bonnes raisons de croire en Dieu... »

Sur la théologie naturelle, je renvoie à ce que j'écrivais la semaine dernière à ce sujet : à savoir que son but est de fournir des raisons de croire… aux croyants qui ont choisi librement, par la grâce de Dieu, de croire en Lui.

Sur la métaphysique, je dirais : OUI, elle nous apporte de vraies certitudes. Mais… il est vrai aussi que les vérités métaphysiques n'ont pas la même force contraignante que les vérités dans l'ordre physique.

D'où vient que les vérités métaphysiques n'aient pas la même force de persuasion que les vérités dans l'ordre physique?

Claude Tresmontant, un autre théologien du siècle passé, nous éclaire à ce sujet :

"L'humanité est travaillée par des passions si violentes qu'elle ne parvient pas à s'élever d'une manière unanime jusqu'à la considération du bien commun, et la soumission à ses exigences (...).

"Il est peut-être aisé de se mettre d'accord sur le fait que deux et deux font quatre, car cela nous est indifférent. Mais dès que les intérêts humains entrent en jeu, les passions se mêlent, comme on sait, à la recherche de la vérité.
Cela est vrai en science comme en politique et en philosophie.

"En science, les intérêts sont plus subtils. Mais l'histoire des sciences, l'histoire de la physique, de la biologie, de la médecine, montre que les passions jouent un rôle considérable dès lors qu'une découverte nouvelle, une théorie révolutionnaire, vient mettre en question un acquis, un enseignement reçu, des structures mentales habituelles, une vérité que l'on croyait inébranlable. Chaque découverte importante a provoqué, on le sait, une résistance violente de la part des docteurs de la Loi ancienne, aussi bien en physique qu'en astronomie, en chimie, en biologie, en médecine, en psychologie...

"En philosophie, les problèmes soulevés engagent tout l'homme. Les conclusions auxquelles on aboutira comportent des conséquences pratiques, concrètes. Elles seront susceptibles d'exiger des transformations dans la vie même du philosophe qui sera conduit à les reconnaître pour vraies.
Comment s'étonner dans ces conditions que les passions, les préférences secrètes, les hostilités inavouées, jouent un rôle dans la conduite du raisonnement, dans le choix des éclairages, dans l'appréciation des arguments?" (Claude Tresmontant, Comment se pose aujourd’hui le problème de l’existence de Dieu, Editions du Seuil, Livre de Vie, 1966, page 65).

Miky n’ayant pas jugé pertinente la référence à Claude Tresmontant, en raison de la sympathie suspecte que lui porte un Blogueur fantaisiste, je me permets de relever cette citation de Karl Jaspers, philosophe existentialiste allemand, qui reprend en substance la même idée :
« Que contrairement aux sciences, la philosophie sous toutes ses formes doive se passer du consensus unanime, voilà qui doit résider dans sa nature même. Ce que l’on cherche à conquérir en elle, ce n’est pas une certitude scientifique, la même pour tout entendement ; il s’agit d’un examen critique au succès duquel l’homme participe de tout son être. Les connaissances scientifiques concernent des objets particuliers et ne sont nullement nécessaires à chacun. En philosophie, il y va de la totalité de l’être, qui importe à l’homme comme tel ; il y va d’une vérité qui, là où elle brille, atteint l’homme plus profondément que n’importe quel savoir scientifique » (Karl Jaspers, Introduction à la philosophie, Librairie Plon, 10/18, 1981, page 6).

Ce caractère non contraignant de la démonstration n’est donc pas propre à la question de l’existence de Dieu. Elle s’étend en vérité à toutes les grandes questions de l’existence humaine.

Ainsi en est-il par exemple de l'Amour.

L'Amour existe-t-il? Oui, on le voit bien, on en fait soi-même l'expérience. Mais voilà : certains n'y croient pas... L'existence de l'Amour peut être démontrée de manière rationnelle à partir de la réalité objective (les mariages, les témoignages de ceux qui en vivent...), mais les arguments invoqués ne seront jamais absolument convaincants pour qui n’en aura pas fait soi-même l’expérience, et toujours sujets à discussion (à partir du chiffre des divorces, des témoignages contraires...).

Si on ne croit pas en l'amour, et que l’on rechigne de surcroît à en faire soi-même l'expérience, alors les choses se compliqueront quasi-irrémédiablement : on se donnera peu de chances de pouvoir un jour le rencontrer...

Eh bien, ainsi en est-il de l’existence de Dieu ! La démonstration reste objectivement convaincante, et suffit à donner de vraies certitudes (j'y renvoie mes lecteurs : http://totus-tuus.over-blog.com/article-7006879.html), mais elle n’est pas contraignante à la manière des vérités scientifiques rappelées par Miky
.

Ell
e est édifiante, mais non contraignante.

Comme pour l’Amour, elle emportera définitivement la conviction lorsqu’elle se trouvera confirmée par l’expérience personnelle.

« D'où je dois en déduire que la seule manière d'avoir la preuve de l'existence de Dieu est de le rencontrer soi-même. »
rétorque Miky.

Pas tout à fait : à moins d’une intervention divine fulgurante à la Saint Paul (toujours possible : Dieu est souverainement libre de se révéler aux hommes comme Il veut), ce sont bien plutôt en général les preuves de l’existence de Dieu qui vont nous conduire à tenter l’expérience de la foi, à rechercher la rencontre avec Dieu : pour tenter une expérience en effet, il faut avoir de bonnes raisons de la tenter. Mais c’est la seule expérience qui validera ces preuves en dernier ressort, et qui nous en révèlera toute la valeur ; c’est elle en définitive qui aura le dernier mot. Mais qu’y a-t-il d’étonnant à cela ? N’en est-il pas de même dans le domaine scientifique ?

En conclusion : Dieu, dans sa grande Sagesse nous donne les moyens de croire avec certitude en son existence, mais il ne nous y contraint pas ; là est son génie : de pouvoir nous communiquer une vraie certitude, sans que cette certitude nous écrase et ne s’impose à nous de l’extérieur avec la même force contraignante qu’une démonstration mathématique. Oui, c’est le génie de Dieu d’avoir permis qu’il en soit ainsi ; je dirais même plus : cela seul est digne de Lui.

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30 septembre 2007 7 30 /09 /septembre /2007 17:08

A l’occasion de deux de nos « joutes » estivales, Miky a soulevé la question de la pertinence de la théologie naturelle. Je souhaiterais revenir sur ce sujet, en synthétisant le contenu de nos échanges.

Selon Miky, la théologie naturelle serait une entreprise vaine. Pour deux raisons. D’abord parce qu’elle présuppose la foi. Ensuite parce qu’elle ne serait pas convaincante objectivement.

Je rappelle que l’expression « Théologie naturelle » s’applique à la démarche intellectuelle qui consiste à « connaître Dieu à partir de l’expérience du monde » (Définition Wikipedia).

Reprenons donc ces deux objections de Miky.

1. La première objection soulevée par Miky est la suivante : « Tu dis que la théologie présuppose la foi. Heureux que tu le reconnaisses enfin ! Mais maintenant dis moi : à quoi bon faire de la théologie naturelle pour montrer que Dieu existe, puisque la théologie présuppose la foi et que la foi présuppose la croyance en l'existence de Dieu, ce que la théologie naturelle entends justement montrer. Tu n'as pas l'impression que c'est un peu circulaire ? » (Cf. "La vérité de la foi", commentaire n°9)

La question est excellente.

La théologie naturelle présuppose-t-elle la foi ? La réponse est clairement OUI, car comme son nom l’indique, elle est une théologie, c’est-à-dire, selon la définition de Wikipedia, « la science de la Révélation fondée sur l'étude des textes religieux, leur interprétation, dans le but d'éclairer le croyant ou le fidèle sur la façon d'agir ou de croire selon sa religion ». Elle est donc œuvre de croyants à l’usage de croyants.

Comme le rappelait le Pape Benoît XVI à la Commission théologique internationale, dans son discours du 1er décembre 2005 : « La révélation du Christ est (…) le principe normatif fondamental pour la théologie. Celle-ci s'exerce toujours dans l'Eglise et pour l'Eglise, Corps du Christ, sujet unique avec le Christ, et ainsi, également dans la fidélité à la Tradition apostolique. Le travail du théologien doit donc se dérouler en communion avec la voix vivante de l'Eglise, c'est-à-dire le Magistère vivant de l'Eglise, et sous son autorité. »

Très bien, dira Miky. Mais dans ce cas, si la théologie présuppose la foi, alors… la démonstration de l’existence de Dieu à partir de l’univers créé s’en trouve nécessairement viciée, puisque l’on cherche en définitive à démontrer l’existence même… de ce que l’on présuppose ! Que la théologie naturelle parvienne à la conclusion de l’existence de Dieu n’a dès lors rien d’étonnant, puisque l’existence de Dieu est précisément son postulat de départ. Une lecture croyante de l’univers ne peut donc prétendre à l’objectivité, ni à l’universalité ; elle est et sera toujours et par nature « orientée », « déviée », « déformée » au gré des conclusions auxquelles elle voudra parvenir pour démontrer la validité de ses préjugés, et ne pourra convaincre en fin de compte que les croyants eux-mêmes.

C’est ce qu’exprimait fort bien Miky dans son article Science ou métaphysique : il faut choisir :

« Toute théologie cohérente ne peut être qu’
a priori, et non pas a posteriori. Comme je pense l’avoir montré, la théologie naturelle n’offre pas d’alternative véritable entre l’existence ou l’inexistence de Dieu. Ou bien le monde n’est pas Dieu (il n’est pas nécessaire, pas immuable, etc.), donc Dieu existe. Ou bien le monde est Dieu, donc Dieu existe. Voilà en gros en quoi consiste le raisonnement proposé par cette théologie naturelle, qui n’est donc pas a posteriori, contrairement à ce que l’on pourrait penser, mais se ramène bien à une théologie a priori (quoique de manière cryptique), comme celle de Saint Anselme, car elle conclut à l’existence de Dieu quelque soit l’état du monde, et donc n’a réellement que faire du monde… Seul Dieu l’intéresse, dont les qualités en font le seul être possible, en vertu de son essence, à pouvoir exister sans être causé par un autre et à exister nécessairement s’il existe possiblement (…). Dieu, que l’on a introduit inconsciemment au début ressort explicitement à la fin du « raisonnement ». Mais si on n’introduit pas Dieu au début du « raisonnement », on ne conclut pas Dieu à la fin de ce dernier. »

A ceci, je répondrais que : OUI, la théologie naturelle est une œuvre de croyant ; d’un croyant habité par la Parole de Dieu en laquelle il croit, et qui lui enseigne que « les cieux proclament la gloire de Dieu, le firmament raconte l’ouvrage de ses mains » (Psaume 18). Par l’activité théologique, le croyant s’efforce « de déceler les traces de la Sagesse divine dans l’œuvre même de la Création » ainsi que je l’écrivais naguère. Il a chaussé pour cela les lunettes de la foi, lunettes que Miky jugera pour le moins… « déformantes », mais qui donnent au croyant de découvrir, à son grand éblouissement, des raisons de croire qu’un non croyant, qui en est dépourvu, aura bien du mal à percevoir.

Pourquoi les raisons de croire du chrétien exercent-elles si peu d’impact sur ceux qui ne sont pas illuminés par la grâce de la foi ? (nous reviendrons dans un prochain article sur ce caractère peu convaincant de la théologie naturelle : c’est la 2e objection de Miky). Sans doute parce que ces raisons sont comparables, pour les non croyants, à des vitraux sans soleil. C’est ce que laissait entendre Henri Bergson à Jean Guitton :
« Vous avez bien de la chance, vous, d’être nés dans une religion. Quand on ne l’est pas, on se trouve un peu dans la situation du personnage qui regarde des vitraux de l’extérieur de l’église ».

La foi, qui est à l’origine de la démarche théologique, ne vient donc pas
déformer notre vision de la réalité en suscitant artificiellement des raisons de croire conçues sur mesure et pour les besoins de la cause ; elle vient tout au contraire donner à notre intelligence la faculté d’en percevoir toute la valeur. Elle jette, pour ainsi dire, une lumière céleste sur le vitrail de notre intelligence, laissant transparaître nos raisons de croire dans leur sublime cohésion et leur fondamentale pertinence.

Dès lors, le théologien naturel qui cherche les traces de son Dieu dans l’œuvre de la Création va faire une découverte étonnante, capitale, et de très grande portée pour lui : celle de la
profonde rationalité de sa foi. Non seulement, la raison ne va pas l’éloigner de la foi, mais elle va au contraire la fortifier puissamment, en lui apportant un aliment supplémentaire qui lui donnera d’aimer son Dieu de tout son cœur et de toute son âme, mais aussi de toute son intelligence et de toute sa force.

Comme l’écrivait le regretté Cardinal Jean-Marie Lustiger dans son ouvrage
« Le choix de Dieu » : à partir du moment « où l’homme est fait pour Dieu et où Dieu donne à l’homme raison, liberté et intelligence, Dieu donne à l’homme le pouvoir de le reconnaître. Au nom même de la foi, le croyant est amené à affirmer le pouvoir de la raison humaine. C’est extraordinaire ! »

Ou comme disait encore le philosophe Pascal : « Si on soumet tout à la raison, notre religion n’aura rien de mystérieux et surnaturel. Mais si on choque les principes de la raison, notre religion sera absurde et ridicule ».

Voilà pourquoi il me paraît important de réfléchir sur les questions de théologie naturelle : pour permettre aux chrétiens
d’enraciner leur foi dans la raison, et de satisfaire ainsi aux légitimes requêtes de leur intelligence ; mais aussi (et cela répondra à la question "à quoi bon?") pour les inciter à entrer en dialogue avec les incroyants, surtout et en particulier avec ceux qui se prétendent amis de la raison.

Dans ce dialogue avec les incroyants, la démarche philosophique sera d’un grand secours, car il ne s’agira plus alors de faire de la théologie naturelle, mais d’entrer dans la « peau » du sceptique, et d'essayer de le rejoindre au lieu même de son scepticisme pour essayer de l’en faire « remonter ». Non pas à coup de citations bibliques, ni par je ne sais quel prosélytisme irrespectueux. Mais par le moyen de la raison. En refaisant avec lui le chemin inverse que celui parcouru dans son propre cheminement spirituel : non plus le chemin "descendant" de la foi à la raison (emprunté par la réflexion théologique naturelle), mais le chemin "montant" de la raison à la foi (au moyen du raisonnement métaphysique qui part de l'observation du monde sans autre présupposé que la seule réalité de l'univers)
.

Ce chemin « montant » restera cependant ardu et difficile pour quiconque n’a pas la foi. Il nous faut donc examiner maintenant la question de savoir pourquoi les arguments de la théologie naturelle sont si peu convaincants aux yeux du non croyants, et si cette faiblesse congénitale, pourrait-on dire, la rend vaine, et par suite inapte à toute entreprise d’évangélisation.

(à suivre…)

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22 septembre 2007 6 22 /09 /septembre /2007 23:00

3°) Sur la vérité du christianisme

Nous avons vu que Dieu existe, et que le niveau de maturité auquel est parvenu l’intelligence humaine lui permet d’écarter de sa recherche spirituelle toutes les traditions religieuses dont les assertions ne trouvent pas d'écho dans l'observation de l'univers physique et de la nature.

Reste à choisir entre les trois grands monothéismes : l’Islam, le Judaïsme et le Christianisme. Comment alors se déterminer ?

La différence majeure entre ces trois grandes religions tient à la personne de Jésus-Christ, et de l’idée que l’on s’en fait. Pour le Judaïsme, il n’est qu’un imposteur, un blasphémateur. Pour l’Islam, il est un grand prophète,… mais un homme seulement. Pour le Christianisme, il est Dieu fait homme.

Jésus-Christ est-il Dieu ?

Il l’affirme lui-même explicitement (cf. Jn 8. 24 ; 58). Il le manifeste par la pureté de sa doctrine, et par sa très haute perfection dans l’amour. Il le signifie par ses nombreux miracles qui ont fortement marqué les esprits de ses contemporains, et dont nous trouvons trace jusque dans le Talmud (peu suspect de sympathie envers Jésus…).

Surtout, il est mort… et il est ressuscité ! Après sa mort ignominieuse sur la Croix, le Christ s’est manifesté vivant à ses disciples, qui ont pu toucher ses plaies, manger en sa présence, et l’entendre à nouveau les enseigner. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, l’inouïe, l’impensable, l’incroyable s’est produit : un homme est revenu de la mort ! La mort a trouvé son Maître… Le Christ est vivant, dans une condition nouvelle rapportée par les Evangiles, condition nouvelle marquée par l’immortalité : le Christ ressuscité est vivant pour toujours, il ne mourra plus ; sur lui, la mort n’a plus de prise (Cf. Rm 6.9).

La foi en la résurrection de Jésus est donc centrale pour le christianisme. Si le Christ n’est pas ressuscité, nous dit Saint Paul, notre foi est vaine (cf. 1 Co 15. 17). Et pour cause ! c’est la Résurrection qui confirme l’enseignement de Jésus. Discrédité par les hommes, crucifié au motif qu’il se faisait l’égal de Dieu, Jésus a été accrédité par Dieu en le ressuscitant des morts. La résurrection du Christ est donc la preuve absolue de la vérité de ses paroles, et de ses incroyables prétentions.

Il me revient à ce sujet cette histoire avec Talleyrand : un « hommes des lumières » proposait, pendant la Révolution, une nouvelle religion de la Raison, pour remplacer le christianisme. Et il voulait recueillir à son sujet le suffrage des députés. Au bout de cinq minutes, Talleyrand l’interrompit en disant : « Nous vous croirons volontiers, Monsieur, quand vous serez mort pour votre religion, et qu’après trois jours vous ressuscitiez ! »

Mais… comment croire en la résurrection de Jésus ?

Par le témoignage de ceux qui, précisément, en furent les témoins médusés… « Ce n’est pas en suivant des fables sophistiquées que nous vous avons fait connaître la puissance et l’Avènement de Notre Seigneur Jésus, mais après avoir été témoins oculaires de sa Majesté » proclame Saint Pierre dans sa Deuxième Lettre (2 P 1. 16).

Toute la foi de l’Eglise repose ainsi non pas tant sur le fait lui-même de la résurrection que sur le
témoignage des Apôtres. « Ce que nous avons entendu, écrit Saint Jean dans sa Première Epître, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché, c’est le Verbe, la Parole de la vie. Oui, la vie s’est manifestée, nous l’avons contemplé, et nous portons témoignage (…). Ce que nous avons contemplé, ce que nous avons entendu, nous vous l’annonçons à vous aussi (…). Nous vous l’écrivons pour que vous ayez la plénitude de la joie » (1 Jn 1. 1-4).

L’Eglise croit le témoignage des Apôtres digne de foi, parce qu’il fut un témoignage sanglant. « Je crois volontiers les histoires dont les témoins se laissent égorger » disait Pascal… Qui accepterait en effet de mourir pour défendre un canular ?

La plupart des douze Apôtres sont allés jusqu’au sacrifice suprême de leur vie pour témoigner à la face du monde de la vérité de Jésus-Christ : les prodiges et les miracles se sont de surcroît multipliés dans leur sillage depuis l’évènement de la Pentecôte, et cela encore jusqu’à aujourd’hui, avec le surgissement de nombreux saints et autres héros de la foi à la destinée extraordinaire (Saint Augustin, Saint François d’Assise, Sainte Jeanne d’Arc, Saint Jean-Marie Vianney, Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus…) et le foisonnement depuis deux siècles du phénomène des apparitions, en particulier de
la Vierge Marie (comme à Lourdes, Fatima, Guadaloupe…)

Il est donc raisonnable de croire en la divinité du Christ, et dans la validité du témoignage apostolique, scellé dans le sang versé, et confirmé par les multiples manifestations du Saint Esprit dans l’Eglise de Jésus-Christ ; de croire par conséquent dans la vérité du christianisme.

Mais… demandes-tu à nouveau Christophe :
« Si dieu fut capable de changer l’alliance qu’il fit avec le peuple juif, pour sceller une nouvelle alliance avec la mort de son fils, comment être sûr qu’il n’est pas venu sceller une nouvelle alliance avec Mahomet ? » Eh bien je dirais encore : par la raison. Car il n’est pas possible de croire en l’Islam si je crois en la divinité du Christ. Tout simplement parce que l’Islam n’y croit pas, et que la révélation divine ne peut pas se contredire. Ou bien je crois que Jésus est Dieu, et dans ce cas je ne peux adhérer à l’Islam qui n’y croit pas. Ou bien je crois qu’il n’est pas Dieu, et je ne puis être chrétien. Mais en aucune manière je ne peux accueillir, en tant que chrétien convaincu de la divinité du Christ, l’Islam comme une nouvelle étape dans la révélation divine, une sorte d’accomplissement du christianisme. Les deux traditions sont foncièrement incompatibles.

Est-ce à dire qu’il n’y aura plus de nouvelle Révélation de la part de Dieu ? En effet. Un texte fameux de Saint Jean de la Croix peut nous aider à le comprendre.

« Dès lors qu'Il nous a donné son Fils, qui est sa Parole, Dieu n'a pas d’autre parole à nous donner.

« Il nous a tout dit à la fois et d’un seul coup en cette seule Parole, et il n’a rien de plus à dire ; car ce qu'Il disait par parties aux prophètes, Il l'a dit tout entier dans son Fils, en nous donnant ce tout qu'est son Fils.

« Voilà pourquoi celui qui voudrait maintenant l'interroger, ou désirerait une vision ou une révélation, non seulement ferait une folie, mais ferait injure à Dieu, en ne jetant pas les yeux uniquement sur le Christ, sans chercher autre chose ou quelque nouveauté »
(Carm. 2, 22, 3-5).

Le catéchisme de l’Eglise catholique affirme pour sa part que « Le Christ, le Fils de Dieu fait homme, est la Parole unique, parfaite et indépassable du Père. En Lui Il dit tout, et il n’y aura pas d’autre parole que celle-là. » (§ 65)

« L’Économie chrétienne étant l’Alliance Nouvelle et définitive, elle ne passera donc jamais, et aucune nouvelle révélation publique n'est dès lors à attendre avant la manifestation glorieuse de notre Seigneur Jésus-Christ"
(DV 4). »

Cela ne signifie certes pas que la révélation ne connaîtra pas de développements ultérieurs. Jésus lui-même annonçait ces développements (cf. Jn 16. 12-15). Mais cela signifie que cela se fera en conformité avec la révélation chrétienne, et dans l’Eglise fondée par Jésus-Christ pour conserver intact le dépôt de la foi, et le répandre par toute la terre.

Maintenant que nous avons fait le choix du christianisme, il reste encore à savoir à quelle porte frapper : catholicisme, protestantisme ou orthodoxie ?

(à suivre…)

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16 septembre 2007 7 16 /09 /septembre /2007 11:20

 


A lire absolument
:


I - notre série d'articles sur la question de l'existence de Dieu, et sur l'importance de la raison dans la démarche de foi :

1.
Débat autour de l'existence de Dieu

2. Peut-on connaître Dieu au moyen de notre intelligence?

3. La constante insistance de l'Eglise Catholique sur la raison

4. La métaphysique au service de l'évangélisation

5. Hors de l'Eglise, point de rationalisme

6. La raison et le Christ

7. Est-il raisonnable de croire... en la raison?

8. Compagnons de route sur le chemin de la vérité

9. Croire ou ne pas croire... en la métaphysique? 

10. "L'impuissance à accueillir la vérité est la maladie de la raison"  

11. Le néant existe-t-il?

12. La vérité de la foi (Réponse à Christophe Moreau - 1/5) 

13. Sur l'existence de Dieu (Réponse à Christophe Moreau - 2/5) 

14. Sur la vérité du monothéisme (Réponse à Christophe Moreau - 3/5)


II- Notre série d'articles en réponse à Miky sur la question des "preuves" de l'existence de Dieu.

15.
Existe-t-il des preuves de l'existence de Dieu? 

16. Les limites de la démarche scientifique

17. La foi chrétienne : une expérience personnelle ancrée dans une Histoire


III- Notre série d'articles en réponse à l'article de Miky : "Science ou métaphysique, il faut choisir".

18.
Science ou métaphysique : faut-il choisir? 

19. La métaphysique peut-elle nous donner des certitudes?

20. L'existence de Dieu : un préjugé?


IV- Le passionnant débat avec Miky et le Pasteur Eric Georges sur la question du "dessein intelligent"

21. Ce que nous enseignent les sciences de la nature


V- L'intéressante discussion avec le Pasteur Eric Georges au sujet d'une réflexion de Philippe Capelle en réponse à André Comte-Sponville

22. Ce qui fait vaciller André Comte-Sponville...


VI- L'étonnant témoignage de Jean-Claude Guillebaud

23. "C'est par la raison que je suis redevenu chrétien"


VII- Quelques bons liens

24.
Le Blog des raisons de croire

25. Le Site du livre "Notre existence a-t-elle un sens?"

26. "Dieu existe-t-il?" (vidéo du Père Guy Pagès)

27. "Savoir et connaître Dieu" (vidéo du Père Guy Pagès)

28.
Quelques bons textes du Pape Benoît XVI sur la question

29. Peut-on croire en la résurrection du Christ?

30. La résurrection : témoignage suprême de la vérité du Christ

31. Le mystère Jésus


VIII- Et bien sûr, toujours, notre série en cours...

32. Dieu existe-t-il?

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10 septembre 2007 1 10 /09 /septembre /2007 08:48

Suite à un récent échange avec Miky sur le sujet (cf. Commentaires n° 13 et 14), je souhaiterais revenir sur la question du néant, en essayant de l'approfondir un peu.

 

Le néant existe-t-il ?

 

La question peut paraître saugrenue à première vue, tant il est vrai que le néant est précisément et par définition ce qui n’est pas. Il ne peut donc avoir, en toute rigueur, d’« existence » à proprement parler.

 

Le philosophe Henri Bergson a émis, dans son fameux ouvrage "L'Evolution créatrice", une importante critique de l’idée de néant. Le point de départ de son raisonnement était la question métaphysique sur laquelle tout philosophe a un jour réfléchi, et qui interpelle l’humanité depuis la nuit des temps : « Pourquoi y a-t-il de l’être plutôt que rien ? »

 

Cette question, disait Bergson, est en réalité une fausse question. Car à bien la considérer, elle présuppose la possibilité du néant. Elle sous-entend qu’il pourrait - ou devrait - ne rien y avoir. Bref ! que le néant « existe » en quelque manière ; qu’il est possible en tous les cas qu’il ait « existé ».

 

Or, le néant n’existe pas. Il n’a jamais existé. Il est dans l’impossibilité même d’exister, puisqu’il est la négation même de l’être. Conclusion : le néant est impensable. Le mot même de néant ne recouvre aucune pensée réelle. Elle n’est pour Bergson qu’une pseudo-idée.

 

La question de l’existence ou de la possibilité du néant n’ayant pas de sens, la question de savoir « pourquoi il y a de l’être plutôt que rien » n’en a donc pas non plus. Il est dès lors absurde de se la poser.

 

Si ce que dit Bergson est vrai, et que le néant n’existe pas (ce qui nous paraît tomber sous le sens!) ; si l’être existe par nécessité depuis toujours et pour toujours (parce que c’est comme ça, et qu’il ne peut pas en être autrement), devons-nous alors renoncer à nous poser la question de l’existence de Dieu, fermer définitivement le Blog Totus-Tuus, et partir à la pêche à la ligne prendre un repos (dont on pourrait du coup douter qu’il soit bien mérité…)?

 

La question se pose, car si l’être existe nécessairement, et que le néant n’existe pas par définition, alors… Dieu n’est plus nécessaire ! L’univers est : un point c’est tout ! Il ne peut pas ne pas être. La question de son existence, de son origine, de sa cause ontologique, tout ça, tout ça,… ne se posent plus, puisque l’être ne peut pas ne pas être, et que le non-être ne peut être.

 

Oui, mais…

 

Cette dernière appréciation présuppose elle-même que l’Univers soit l’être absolu, le seul être existant, l’être tout simplement. Or, tel est précisément ce qu’il convient d’établir. La question que nous posons n'est pas de savoir "pourquoi il y a de l'être plutôt que rien", mais : d'où vient l'univers ; elle ne porte pas sur la question de l'être en général, mais sur la question de l'être de l'univers en particulier. Toute la question est en effet de savoir si nous avons le droit d’identifier l’être de l’univers avec l’être pris absolument. Et cette question se pose avec d’autant plus d’acuité que nous avançons dans la connaissance de l’histoire et de la structure de l’univers. Plus les sciences positives progressent, et plus nous nous rendons compte… que l’existence de l’univers ne va pas de soi, et qu’il est de moins en moins évident que l’univers soit l’Être nécessaire, le seul être, ainsi que le croyait Parménide.

 

Si l’on pose arbitrairement que l’univers est l’Être même, le seul être possible, l’Être nécessaire, alors la critique bergsonienne de l’idée de néant nous conduit inévitablement à la conception parménidienne de l'univers : l’Univers, qui est l’Être absolu, est incréé, éternel, et impérissable. Le problème, c'est que les sciences positives nous révèlent que notre univers a eu un commencement (le Big Bang), connaît un développement (une Evolution), et subira un vieillissement qui le conduira inéluctablement à la mort. C’est là une donnée scientifiquement établie. Il est donc impératif que nous l’intégrions dans notre réflexion sur l’être de l’univers. De crainte de nous égarer. Si l'on est à tout le moins attaché à la raison, il ne nous est pas permis de ne pas en tenir compte.

 

Or, si l’univers réel ne correspond pas à ce qu’il devrait être si le néant n’existait pas et si l’univers était le seul être ; comme le néant ne peut pas exister : il faut donc admettre que l’univers n’est pas le seul être.

 

Notons d’ailleurs que la critique de Bergson du néant n’est pas incompatible avec la considération que notre univers ait eu un commencement temporel. Elle n'implique nullement en effet que l'univers soit l'Être nécessaire, le seul être, l'être pris absolument. La critique du néant par Henri Bergson est celle du néant absolu, total, radical. Et par néant absolu, il faut entendre, dans le langage du philosophe, l’absence de tout être : de l’être de l’univers et de tout ce qu’il contient, en particulier ce « roseau pensant » qu’est l’homme ; mais aussi l’absence de tout être qui ne serait pas l’univers, et en particulier l’être même de Dieu. Pour Bergson, cette idée là d’un néant absolu, total, radical est impensable ; l’opération intellectuelle qui consiste à vouloir annihiler tout être est impossible.

 

La critique bergsonienne de l’idée de néant absolu permet donc de conclure qu’un être au moins est nécessaire. La question sera ensuite de savoir quel est cet être : l’être de l’univers, OU BIEN un autre Être qui présenterait toutes les caractéristiques de l’Être absolu : incréé, éternel, et impérissable,… cet Être même que nous appelons Dieu.

 

Ainsi que l’écrivait Henri Bergson lui-même, dans une Lettre (publiée dans Les Etudes, 1912, page 514) : « L’argumentation par laquelle j’établis l’impossibilité du néant n’est nullement dirigée contre l’existence d’une Cause transcendante au monde : j’ai expliqué au contraire qu’elle vise la conception spinoziste de l’être. Elle aboutit simplement à montrer que quelque chose a toujours existé. Sur la nature de ce « quelque chose » elle n’apporte, il est vrai, aucun conclusion positive ; mais elle ne dit, en aucune façon, que ce qui a toujours existé soit le monde lui-même, et le reste du livre dit explicitement le contraire ».

 

Pour Bergson, qui rejoint ainsi les intuitions d'un Maïmonide ou d'un St Thomas d’Aquin : il n’y a jamais eu de néant absolu. S’il y avait eu un néant absolu, rien ne serait de toute éternité, car le néant est stérile : il ne saurait produire aucun être. Or, il y a de l’être : l’être du monde, et le nôtre. Comme rien ne permet de dire que ce monde soit l’Être nécessaire (les dernières avancées de la science plaideraient plutôt en faveur du contraire…), il faut donc reconnaître qu’un être existe possiblement, qui n’est pas le monde, et qui est nécessaire.

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2 septembre 2007 7 02 /09 /septembre /2007 23:55

2°) Sur la vérité du monothéisme

Nous avons admis que Dieu existe, puisque notre raison elle-même le postule, les deux autres options alternatives n’étant pas philosophiquement crédibles.

Maintenant : comment faire mon choix parmi toutes les religions existantes ? Je crois que Dieu existe – je l’admets désormais –, mais je sais aussi qu’il existe une multitude de religions sur le « marché » : laquelle donc choisir ? L’hindouisme, le bouddhisme, l’islam, le christianisme… ? Laquelle dit vraie ? A laquelle puis-je me fier ? Sur laquelle puis-je fonder avec confiance mon existence ? Est-il simplement possible de le savoir ?...

Là encore, je dirais que notre raison peut nous être d’un précieux secours. L’option en faveur de la raison nous permet d’écarter en effet les traditions religieuses pour lesquelles l’univers physique n’est qu’une apparence, une illusion, seul le Brahman existant (ou l’Un de Plotin, ou l’Unique Substance de Spinoza…). Nous savons, nous, que l’univers existe ; nous croyons en tous les cas en son existence, ainsi que dans la recherche scientifique qui en explore le contenu : ce n’est donc pas une illusion. Pour croire en ces religions dont on trouve l’expression dans l’Inde ancienne, il faudrait renoncer à la raison. Tel n’est pas, je crois, l’objet de ta démarche, Christophe : tu n’as pas l’intention de renoncer à la raison. Eh bien, sois sans crainte : moi non plus…

Nous pouvons écarter également les religions qui tendent à diviniser la matière, rien de ce que nous pouvons observer de celle-ci n’accréditant en quoi que ce fut la thèse d’une quelconque sacralité de la nature… Nous savons par exemple que les étoiles ne sont pas des divinités, mais une masse d’hydrogène se transformant progressivement et irréversiblement en hélium…

De même encore, en l’état actuel des connaissances scientifiques, il ne me paraît plus possible d’assumer une cosmologie qui présuppose l’éternité de l’univers, ou bien des cycles successifs d’univers… La charge de la preuve incomberait immanquablement à ceux qui maintiendraient contre toute évidence de telles conceptions.

Entendons-nous bien : on peut dire tout et n’importe quoi si l’on veut, mais il me semble tout de même – sans vouloir offenser quiconque – que l’intelligence humaine ne peut croire avec fermeté et certitude que ce qu’elle peut vérifier par elle-même – au moins partiellement – dans la réalité objective.

On le voit : un jugement simplement rationnel permet d’élaguer beaucoup la difficulté posée par la pluralité des religions, les seules traditions religieuses paraissant tenir la route aujourd’hui sur le plan de la raison étant celles qui restent compatibles avec ce que les sciences positives nous enseignent de notre univers et de son histoire, qui comporte - rappelons-le - un commencement, un déploiement progressif et irréversible – une Evolution – selon un mode de croissance toujours ascensionnelle du « moins » vers le « plus », et une fin inéluctable et programmée…

Les seules traditions religieuses restant en lice sont donc celles qui proposent une cosmologie compatible avec ces données scientifiques. Or, la seule cosmologie religieuse qui satisfasse à ce critère est celle qui se présente sous la forme de la doctrine de la Création, qui désacralise l’univers physique et la nature, et selon laquelle ni les astres, ni le soleil, ni la lune, ni les étoiles, ne sont des substances divines. Cette doctrine est défendue par les traditions monothéistes qui enseignent que l’univers existe objectivement, réellement, indépendamment de l’homme qui le connaît ; qu’il n’est pas une illusion ni une apparence ; mais qu’il n’est pas non plus l’Être absolu, le seul Être ; qu’il ne se suffit pas à lui-même ; qu’il reçoit l’être et l’ensemble de ses caractéristiques de Dieu, par le don de la Création.

Cette thèse monothéiste est commune au judaïsme, au christianisme, et à l’islam. En conséquence : pour l’homme raisonnable qui sent intuitivement la nécessité de fonder sa croyance religieuse sur une assise rationnelle sûre, la vérité se trouvera nécessairement dans l’une de ses trois grandes religions.

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10 août 2007 5 10 /08 /août /2007 09:15

Cher Miky,

Je voudrais revenir sur ton échange avec RV (que je salue bien fraternellement au passage à mon tour !) sur la raison et la foi (Cf. Le mystère Jésus, Commentaires n° 12 à 17).

Pour vous répondre à l’un et à l’autre, je voudrais partir de l’ouvrage "Le choix de Dieu" du Cardinal Lustiger, dont nous célébrons les funérailles aujourd’hui. Cet article me fournit l’occasion de rendre hommage au grand théologien qu’il fut, et à l’archevêque des mains duquel j’ai eu la grâce de recevoir le sacrement de confirmation, un inoubliable 16 mai 1998 en la Paroisse St Léon , à Paris...

Dans un chapitre consacré à la « Raison, la science et la foi », le Cardinal pose tout d’abord l’affirmation selon laquelle il est possible, selon la foi catholique, de démontrer par l’usage de la raison, l’existence de Dieu. « Parce que l’homme est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Dieu a mis en l’homme un pouvoir raisonnable de connaissance de la vérité, qui doit lui permettre d’accéder à la vérité suprême qui est Dieu (…) Dès le moment où l’homme est fait pour Dieu et où Dieu donne à l’homme raison, liberté et intelligence, Dieu donne à l’homme le pouvoir de le reconnaître. Au nom même de la foi, le croyant est amené à affirmer le pouvoir de la raison humaine. »

Il est donc dans la nature de l’homme raisonnable de pouvoir parvenir à la connaissance de l’existence de Dieu. Tout homme peut accéder à cette connaissance, et non pas seulement le chrétien féru de théologie naturelle. Cette connaissance est universelle, et provient de la raison. Telle est cette « amorce de croyance en l'existence de Dieu » que tu évoques, et que tu appelles indûment « Foi ». Ainsi, l'homme qui contemple le ciel étoilé ne peut qu’être saisi par l’harmonie et la beauté qui règne dans la nature ; et s’il en vient à penser à Dieu, c’est que sa raison lui aura inspiré que tout cela ne peut qu’être l’œuvre d’un génial Artisan.

Comme l’écrivait Voltaire : « En apercevant l’ordre, les lois mécaniques et géométriques qui règnent dans l’univers, je suis saisi d’admiration et de respect. Si les ouvrages des hommes me forcent à reconnaître en nous une intelligence, je dois en reconnaître une bien supérieure agissant dans la multitude de tant d’ouvrages. J’admets cette intelligence suprême sans craindre que jamais on puisse me faire changer d’opinion. Rien n’ébranle en moi cet axiome : tout ouvrage démontre un ouvrier » (Enéide).

La foi ne se réduit donc pas à un sentiment. D’ailleurs, pour qu’un sentiment naisse pour quelqu’un, encore faut-il croire en son existence. Et cela est objet de raison, non de foi.

Pourtant Miky, tu soulèves une vraie question. Si la croyance en l’existence de Dieu est admissible rationnellement, et universellement connaissable par tous les hommes, comment se fait-il que beaucoup ne croient pas ? Comment se fait-il que tu n’y croies pas ? « Aucun argument en faveur de Son existence, ne peut, il me semble, me convaincre. (…) Je ne parviens pas à être convaincu par les arguments en faveur de l'existence de Dieu. »

Reprenons notre lecture du « Choix de Dieu » du Cardinal Lustiger.

« La révélation renforce l’optimisme fondamental sur l’outil intellectuel et sur sa validité, mais elle dévoile que les hommes sont blessés dans leur liberté, leur conscience, leur raison. « L’insensé dit en son cœur : « Dieu n’existe pas » (Ps 14/13, 53/52). La raison a voulu être souveraine ; elle a voulu se donner à elle-même ses propres mesures, alors qu’elle demeure appelée à la recevoir dans le respect d’une objectivité donnée par ailleurs et d’une finalité originaire.

« La raison n’existe pas indépendamment des volontés, des désirs, des choix. Pour que l’homme se laisse convaincre par les preuves de l’existence de Dieu, il faut que sa raison purifiée et ordonnée accepte de se laisser convaincre.

« Le travail de la raison sur l’affirmation de Dieu reçoit toute sa force de conviction dans l’acte de foi, qui est lui-même le fruit d’une guérison de Dieu, d’une grâce. Alors, la raison peut-elle accéder à son pouvoir propre si elle ne reçoit pas sa guérison de Dieu ? C’est la frontière – ou l’alliance – de la raison et de la foi. Frontière « irritante » pour le croyant comme pour l’incroyant. Le croyant ne peut renoncer à la raison, et en même temps il reconnaît dans la foi un surpassement de la raison. Une sagesse ou une lumière qui le dépasse et qui, en lui donnant accès à Dieu, le rend accessible à lui-même. »

A la question posée un peu plus loin : « Concevez-vous que la raison est la maladie de l’homme », le Cardinal répond : « Non. Mais l’impuissance à accueillir la vérité est la maladie de la raison. L’homme est blessé (…). Blessé par son péché et par sa condition déchirée jusqu’en sa raison. »

La pensée de RV est donc parfaitement orthodoxe, lorsqu’il affirme « qu'il ne faut peut-être pas trop enfermer la foi dans "l'intellectuel" ». Car notre raison est abîmée. A vouloir « enfermer » la foi dans une théologie par trop desséchante et intellectualiste, on risque d'étouffer la foi au point de la faire mourir (cf. les Pharisiens, les scribes et autres docteurs de la Loi, à l’époque de Jésus). Plus encore : à vouloir réduire la totalité de la réalité à ce qui est mesurable, vérifiable expérimentalement, et perceptible par nos sens, on en vient finalement à réduire l’homme lui-même en mutilant sa raison. Cela est paradoxal, mais… « trop de raison tue la raison » ; et a contrario, une certaine renonciation à la raison « raisonnante » peut nous donner accès à une Raison supérieure, un "Ultra-rationnel" que notre raison blessée ne peut atteindre par elle-même.

Là donc réside la principale « pathologie » de notre raison : dans cette tendance orgueilleuse à vouloir « enfermer » la totalité de la réalité dans ce qui lui est immédiatement accessible, au point d’exclure la question de Dieu et de la renvoyer dans le seul domaine de la subjectivité (je te recommande à ce sujet la lecture de la mémorable conférence du Pape Benoît XVI à l'Université de Ratisbonne, le 12 septembre 2006).

Tu seras peut-être heurté par l’emploi du terme de « maladie » ou de « blessure » au sujet de l’impossibilité de croire. Mais tu as écris un jour au sujet de l’athéisme : « Je ne suis pas convaincu que c'est plus parfait, mais je n'arrive pas à faire autrement. » Eh bien il y a peut-être une grâce à demander au Seigneur, une grâce de guérison et de purification de la raison. Et j’en viens à ma conclusion, que je t’offre comme un cadeau et que je livre à ta méditation avant de partir pour quelques jours de vacances, en te remerciant Miky pour tout ce que tu apportes à ce Blog par tes nombreux commentaires toujours enrichissants, et en te demandant pardon pour mes répliques un peu raides parfois.

Cette conclusion, la voici. Elle est tirée à nouveau du « Choix de Dieu » du Cardinal Lustiger.

« Celui qui hésite entre décider de croire ou attendre le foudroiement de Dieu est semblable à celui qui, dans une pièce obscure, recherche un interlocuteur inconnu et se voit pris dans une situation intolérable. Pourquoi celui vers qui il clame ne répond-il pas ? A qui me demande en cette situation : « Que faire ? », je suggère de prier conditionnellement : « Toi, Dieu que je cherche ou que je fuis, je ne sais si tu existes, mais donne moi de te rencontrer et de te reconnaître. » En effet, celui qui est engagé dans ce débat est déjà situé par rapport à Dieu, même s’il ne sait pas ce qui doit encore mûrir en lui. « Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé ». Cette phrase de Pascal exprime bien la situation de celui qui hésite devant Dieu. »

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5 août 2007 7 05 /08 /août /2007 12:24

1°) Sur l’existence de Dieu

Nous pouvons parvenir à une connaissance certaine de l’existence de Dieu à partir d’une réflexion métaphysique sur l’univers.

Nous savons aujourd’hui que l’univers dans lequel nous vivons n’a pas toujours existé ; qu’il a eu un commencement ; qu’il est en régime d’évolution dans le sens d’une complexification croissante ; et qu’un jour, il mourra. Rien dans l’observation physique de l’univers n’autorise à penser qu’il se régénèrera un jour pour donner naissance à un nouveau « cycle » de naissance/croissance/mort d’un autre univers ; tout ce que les sciences positives savent aujourd’hui de l’univers laisse à penser au contraire qu’il est le seul univers ayant jamais existé. D’où la question métaphysique – incontournable – qui se pose à notre humaine raison : quel est donc cet univers dans lequel nous vivons, d’où vient-il, comment et pourquoi existe-t-il ?

A cette question de l’origine de l’univers, il est trois réponses possibles :

F ou bien l’univers n’a pas de cause : mais à moins de vouloir renoncer définitivement à l’exercice de la raison, cette solution est philosophiquement irrecevable, tout effet ayant une cause, pour autant que l’on puisse observer ;

F ou bien l’univers a sa cause en lui-même : il s’est donc donné l’être tout seul, et s’est affublé tout seul ses propres caractéristiques d’organisation et de complexification croissante… jusqu’au cerveau humain! Mais c’est reconnaître à la seule matière une puissance extraordinaire, une intelligence et une ingéniosité inouïe… C’est l’option panthéiste, étrangement reprise par l’athéisme moderne qui n’a pas perçu, semble-t-il, la nature païenne d’une telle cosmogonie…

F ou bien l’univers a sa cause en dehors en lui-même : et son existence même, son organisation, sa complexification croissante, lui viennent d’une source X (appelons-là ainsi) qui possède nécessairement en elle-même l’être et les perfections qu’elle communique à l’univers, seul l’être pouvant engendrer de l’être (le néant ne produit rien !), et chaque être ne pouvant donner que ce qu’il a. C’est l’option « théiste » que je tiens pour la plus rationnelle.

Je conçoit que le fait que cette source X ne soit pas observable à l’œil nu constitue un sérieux obstacle, mais cette difficulté ne m’apparaît pas insurmontable. Comme Ti'Hamo le faisait pertinemment remarquer, il en est ainsi de l’Amour (tu l’as déjà vu, toi, l’Amour ?) ou de la Justice (tu as déjà pris une bière avec la Justice ?). L’Amour, on ne le voit pas : on n’en voit que les manifestations extérieures. La Justice, on ne la voit pas non plus : on n’en voit que les manifestations extérieures. Eh bien, ainsi en est-il de cette « source X » que l’on ne voit pas, mais dont nous pouvons savoir avec certitude qu’elle existe, puisque nous pouvons en voir les manifestations extérieures dans l’histoire et les caractéristiques de notre univers. C’est cette « source X » que nous nommons Dieu.

« Comment savez vous que notre intelligence nous vient d’un dieu? » Eh bien, c’est simple : notre cerveau est infiniment plus complexe que tout ce que l’homme a jamais pu produire avec tout son génie et toute sa science. Il est donc nécessairement l’œuvre d’un Créateur infiniment plus intelligent et plus puissant que l’homme. A moins de considérer que notre cerveau soit le fruit heureux du hasard… Mais cela voudrait dire alors que le hasard peut être infiniment plus intelligent et plus puissant que l’intelligence humaine. Eh bien dans ce cas, je dirais que c’est ce « hasard » infiniment plus intelligent et plus puissant que l’homme que nous nommons Dieu…

« L’intelligence, écris-tu encore en substance, devrait naturellement conduire la raison humaine à Dieu. Or tel n’est pas le cas » Ca dépend, Christophe… Il y a des gens sur la Terre qui pensent, et des gens qui, malheureusement, ne pensent pas. Les gens qui ne pensent pas vivent à la superficie des choses : ils ne croient que ce qu’ils voient, disent-ils… sans peser l'absurdité d'une telle assertion ! Même si ces personnes sont « intelligentes », elles ne réfléchissent pas à ce qu’elles disent. Il n’est donc pas juste de les considérer comme sérieuses et crédibles. Plus édifiant est l’histoire des idées, telles qu’elles ont pu être exprimées dans l’histoire par les philosophes du monde entier. Et là, ô surprise ! il n’existe pas de philosophie athée ! Il existe certes des philosophes athées, mais… pas de philosophie authentiquement athée, non panthéiste, qui ait été capable d’apporter une explication satisfaisante à l’existence de l’univers, sans avoir recours à l’existence d’un (ou des) dieu(x)… Conclusion : l’intelligence de l’homme, lorsque celui-ci la fait fonctionner, conduit naturellement l’homme à la croyance religieuse…

(à suivre...)

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