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22 février 2009 7 22 /02 /février /2009 12:22

Chers amis,

Je voudrais répondre au commentaire de notre ami Hervé au sujet de l’article publié la semaine dernière sur l’athéisme.

Le texte de cet article était issu du remarquable ouvrage de Claude Tresmontant sur l’existence de Dieu, et tendait à démontrer l’inexistence de l’athéisme sur le plan philosophique.
« Dieu n’existe pas ! » claironnent les athées. « L’athéisme n’existe pas » pourrait-on aisément leur rétorquer.

Le texte de Tresmontant a suscité parmi vous de nombreuses réactions, dont celle de notre frère Hervé :

« Salut Matthieu ! Je ne veux pas défendre le point de vue des athées, mais pour combattre leurs idées, il ne faudrait pas les minimiser :
il ne me semble pas exact de dire qu'il n'y pas réellement d'athéisme ou qu'aucune philosophie ne répond aux problèmes métaphysique de manière rationnelle sans tomber dans le panthéisme.

Si l'on peut admettre que les athées de l'Antiquité étaient en fait sceptiques ou critiques (mais pas de "purs athées"), depuis le 18ème siècle, il y en a eu des tas : les rationalistes des "Lumières", puis Feuerbach, Karl Marx, Nietzsche, Comte (et les positivistes), les existentialistes du type Sartre ou Camus et actuellement tous les "libre-penseurs" comme Onfray, pas très solides mais influents. Il y en aurait bcp d'autres (notamment à l'étranger), mais je ne suis absolument pas spécialiste de la question et préfère utiliser mon temps pour lire les auteurs chrétiens ;-)

Cela me semble donc un peu rapide d'éliminer l'athéisme d'un revers de manche en niant que des penseurs aient réfléchi sérieusement aux problèmes métaphysiques.

On peut défendre la foi chrétienne sans caricaturer ses opposants, qui ne sont pas si nuls que ce que laisse supposer ton article. Par contre, on peut souvent démonter leurs arguments et expliquer patiemment que ce en quoi nous croyons n'est pas insensé ! »

Tout d’abord, une précision importante : je ne dis pas qu’il n’y a pas de personnes athées ! Je dis que l’athéisme n’existe pas ; que la pensée athée n’existe pas ; que l’athéisme n’est pas une pensée. Il ne sert de rien par conséquent de me citer tous les grands auteurs athées des siècles passés ; je ne les connais que trop, et Claude Tresmontant aussi !

Non, mon propos n’est pas là. Il consiste à dire que l’athéisme n’existe pas sur le plan philosophique :

Ø
SOIT qu’il dérive vers le panthéisme – et nous allons voir que pour demeurer dans la rationalité, l’athéisme est obligé de se convertir en panthéisme ;

Ø
SOIT qu’il dérive vers l’irrationalisme – et nous allons voir que pour éviter le panthéisme, l’athéisme n’a d’autre issue que de se réfugier dans l’absurde…

Il est donc loin le temps où l’on assimilait l’athéisme à la Raison éclairée, et les croyances religieuses aux superstitions irrationnelles !

Je dis qu’il n’existe pas de philosophie athée au sens où :
- une philosophie panthéiste ne peut plus se prétendre (si les mots ont un sens) athée ;
- et où un athéisme irrationnel ne peut plus se prétendre une philosophie – la philosophie n’étant pas l’art de dire tout et n’importe quoi, mais de penser le monde et notre rapport au monde de manière rationnelle.

OU BIEN l’athéisme opte pour une conception panthéiste (passéiste ?) de l’univers, et il ne peut plus se dire athée. OU BIEN l’athéisme opte pour une conception irrationnelle de l’univers, et il ne peut plus se prétendre une philosophie. Mais dans les deux cas, il est abusif et erroné de parler de « philosophie athée » – les deux termes, en vérité, sont antinomiques.

Sans doute existe-t-il une philosophie des athées, une philosophie pour les athées – ainsi que le suggère Pneumatis sur ce fil, commentaire n°17 –, en ce sens que les athées, à partir de leur présupposé athée, vont concevoir une pensée, élaborer une doctrine, former une philosophie, qui va les aider à vivre dans le monde réel en athée. Le penseur athée a beau nier l’existence de Dieu ; cette négation posée, il faut bien vivre… Le penseur athée va donc chercher à « réinventer » le réel à partir de son préjugé athée pour se donner des raisons de vivre, et trouver son Salut sans Dieu. Telle est d’ailleurs la manière dont Luc Ferry définit la philosophie : la doctrine du Salut sans Dieu. Il est bien clair pourtant que cette définition ne peut désigner la philosophie dans son ensemble – car alors, elle serait une discipline interdite aux croyants (un comble !) ; elle ne peut désigner en vérité que cette philosophie dont nous parlons, la philosophie des athées, c’est-à-dire la philosophie de tous ceux qui croient que Dieu n’existe pas, et qui s’efforcent, par les ressources de leur intelligence et avec tout leur génie, de trouver des raisons de vivre sans Dieu ; des moyens de se sauver – essentiellement de la peur de la mort –, sans Dieu.

Mais cette philosophie des athées, cette doctrine du Salut sans Dieu, n’est en aucune manière une philosophie de l’athéisme. C’est le philosophe qui est athée, non l’athéisme qui est pensé ! L’athéisme du philosophe ne secrète pas une philosophie de l’athéisme – comme on pourrait s’y attendre – mais une philosophie découlant de son athéisme, ce qui n’est pas la même chose. L’athéisme lui-même n’est pas pensé ; il n’est pas réfléchi jusqu’au bout ; il est simplement posé là, comme un postulat de départ ; comme un dogme.

Si l’athéisme est une philosophie, alors elle est une philosophie « Canada Dry » (publicité non payée…) : elle a la couleur de la philosophie, l’odeur de la philosophie, le goût de la philosophie, mais… elle n’est pas une philosophie en ce sens qu’elle ne propose aucune explication plausible et rationnelle à l’existence de l’univers. Et quand elle s’y essaye, elle se dissout immédiatement dans le panthéisme (cessant dans ce cas d’être athée) ou l’irrationalisme (cessant dans ce cas d’être une philosophie – la destruction de la raison n’étant pas une philosophie). C’est soit l’un, soit l’autre ! Il n’y a pas de troisième voie possible ! La troisième voie : c’est la doctrine de la Création – qui est une métaphysique croyante, celle-là même que combattent ensemble les athées, les panthéistes véritables, et les « irrationalistes » – puisqu’il convient bien de les appeler ainsi…

L’athéisme est tellement dans l’impasse qu’il a dû se fabriquer lui-même une troisième voie pour échapper à ce dilemme insupportable entre un panthéisme mythique et un irrationalisme délirant ; cette troisième voie, c’est celle qui est suivie par les athées modernes, et qui consiste… à faire l’impasse pure et simple sur la question de l’être de l’univers ! L’athéisme, qui se trouve dans une impasse philosophique, se voit contraint, pour en sortir, de faire l’impasse sur les questions métaphysiques – jugées vaines ou insolubles…

L’athéisme moderne ne s’interroge donc plus sur l’être de l’univers. Il rejette les métaphysiques croyantes (et au-delà : toute métaphysique, puisque toutes les métaphysiques sont croyantes) – le plus souvent au nom de la raison : l’athée estime que les raisons de ne pas croire en Dieu sont supérieures aux raisons de croire, et il décide en conscience de ne pas croire – ce qui donne à l’athéisme un semblant de rationalité. Sauf que… Sauf que notre athée oublie de traiter un tout petit problème ; il oublie d’expliquer et de rendre compte philosophiquement de l’être de l’univers, de son existence, de sa genèse, de son évolution, et de ses étonnantes caractéristiques… L’athéisme élimine le Créateur, mais il nous laisse orphelin. Il « oublie » de nous donner une autre clef d’explication à l’existence de l’univers ! C’est un peu comme si quelqu’un venait réparer votre ordinateur (disons : notre conception de l’univers), qu’il vous sortait la pièce jugée inappropriée (le théisme) et omettait de vous la remplacer par une autre ! Avec la pièce inappropriée, votre ordinateur ne marchait peut-être pas à votre convenance, mais il marchait ; sans cette pièce, il ne marche plus du tout !

Tel est l’athéisme : un système de pensée qui, appliqué jusqu’au bout, ne « marche » pas ; ou qui ne fonctionne que pour autant que la prémisse posée (l’inexistence de Dieu) ne soit pas contestée, et que l’on ne cherche pas (surtout pas !) à la remettre en question en s’interrogeant sur l’être du monde et de l’univers.

Si l’athéisme est une philosophie, alors elle est une philosophie inachevée. Et à dire vrai, inachevable, en ce sens qu’elle aboutit finalement – si on la pousse au bout de sa logique interne – au panthéisme (qui est la négation de l’athéisme) ou à l’irrationalisme (qui est la négation de la philosophie).

Il est sans doute facile de concevoir une morale sans Dieu – ainsi que s’y essayent un André Comte-Sponville ou un Miky (dont nous attendons les travaux avec impatience !). Car la loi morale est inscrite dans la nature de l’homme. Il suffit donc de savoir lire et comprendre cette nature pour en déduire un art de se comporter en société qui permette à tous et à chacun de vivre dans la paix, le respect mutuel et la tolérance – sinon l’amour au sens chrétien.

Beaucoup plus difficile en revanche est de fonder une ontologie sans Dieu. C’est même chose impossible si l’on veut éviter les deux récifs du panthéisme et de l’irrationalisme. Dès que l’on aborde la question de l’être de l’univers, l’athée transpire… ; il tremble sur ses fondations, il « vacille »… C’est pourquoi il a finalement décidé de fermer boutique et de ne plus s’intéresser au problème. Il considère dorénavant que la question de l’existence de l’univers ne se pose plus, ou que, si elle se pose, elle est de toute façon insoluble ; que la métaphysique est sans intérêt ; qu’elle ne peut rien nous enseigner avec certitude ; que si l’univers est ce qu’il est comme il est, c’est parce que c’est comme ça et pas autrement ! Il n’y a pas lieu de s’en étonner ou le lui chercher une raison d’être que nous ne pouvons pas connaître. Dieu n’existe pas, c’est tout – c’est d’ailleurs le titre d’un blog athée

L’ironie de l’histoire, c’est qu’au moment même où l’athéisme moderne a décidé de tirer un trait sur la métaphysique de la nature, les sciences positives sont venues nous révéler l’inévidence de l’univers, et sa très grande « étrangeté » (selon l’expression du physicien Georges Lemaître)… Jamais l’univers (cet univers fini dans le temps et dans l’espace, en régime d’évolution vers des formes nouvelles et toujours plus complexes d’êtres qui n’existaient pas auparavant), jamais cet univers, disais-je, n’avait autant interpellé la raison humaine que depuis les grandes découvertes du siècle dernier.

L’athéisme ne peut donc être considéré comme une opposition sérieuse aux métaphysiques croyantes. Non seulement l’athée ne démontre pas l’inexistence de Dieu, mais beaucoup plus embêtant : il ne nous montre pas comment l’univers pourrait être ce qu’il est comme il est, sans Dieu. C’est pourtant le minimum qu’on serait en droit d’attendre de la part d’un interlocuteur non croyant ! Qu’il nous explique comment l’univers peut exister et évoluer comme il le fait sans Dieu ; qu’il remplace l’explication « Dieu » par une autre explication, au moins aussi satisfaisante sur le plan rationnel ! Il ne suffit pas de rejeter en bloc un système de pensée en le jugeant – hâtivement – non valide ; il faut encore proposer un autre système de pensée plus satisfaisant. C’est bien là le moindre. Détruire, tout le monde sait le faire. Mais rebâtir sur les ruines que l’on a soi-même provoquées, c'est une autre paire de manche ! Or, si les athées excellent dans l’art de détruire toute croyance religieuse, force est de constater qu’ils sont dans l’incapacité de proposer la moindre explication alternative à l’être du monde – sauf, je le répète, à verser dans le panthéisme (qui n’est pas athée) ou dans l’irrationalisme (qui n’est pas plus satisfaisant sur le plan rationnel).

L’athéisme n'existe donc pas sur le plan philosophique. Il a peut-être l’apparence de la philosophie – puisqu’une fois posée le postulat de l’inexistence de Dieu, il est tout à fait possible d’élaborer une doctrine cohérente, une vision du monde et un art de vivre sans Dieu. Mais il n’en a pas la réalité, puisqu’un système philosophique, pour être valide, doit fournir à la raison humaine une réponse satisfaisante à l’être du monde – qui est la première des questions métaphysiques, celle dont tout le reste découle !

C’est là un fait objectif, que tout un chacun peut vérifier par soi-même, que l’athéisme est radicalement impuissant à expliquer l’existence du monde sans Dieu, sauf à se renier lui-même.

La philosophie des athées, pourrait-on dire, est comme un corps sans âme. Extérieurement, le raisonnement est impressionnant de complexité et paraît extrêmement savant. Mais à l’intérieur, c’est le vide abyssal, le néant. La philosophie des athées est comparable à une maison construite sans fondations. La maison est belle, ça oui, elle est bien bâtie ; tout le génie intellectuel de l’homme s’y exprime. Mais la maison n’a pas de fondations. A la première intempérie, elle s’écroule… Elle ne supporte pas la nature et ses caprices. Eh bien ainsi en est-il de l’athéisme : il ne supporte pas la réalité, l’être de la nature, les caprices de ce réel qui refuse obstinément de se plier aux critères d’un univers sans Dieu. C’est pourquoi l'athéisme évite d’être affronté au problème, et quand il ne peut l’éviter, s’effondre tout seul sur lui-même…

On a décidément bien tort de considérer l’athéisme comme une philosophie rationnelle – a fortiori comme la seule philosophie, selon Luc Ferry –, et de l’opposer aux religions considérées comme des croyances irrationnelles. Les croyances religieuses ont beau paraître irraisonnées et instinctives – puisqu’on les retrouve dans les tribus les plus primitives – il n’empêche ! elles sont issues de métaphysiques rationnelles puissamment enracinées dans le réel (à la portée de tout homme, fût-il le moins civilisé) ; tandis que l’athéisme se présente comme une pure croyance sans aucun fondement ontologique ; un vrai « pari ». Sans autre motif que son intime conviction, l’athée va faire le « pari » de l’incroyance, et miser toute sa vie sur l’inexistence de Dieu. Il va mettre sa vie en jeu sans prendre la précaution minimale de vérifier au préalable la validité de son choix par le moyen d’une réflexion élémentaire sur l’être de l’univers. Un vrai saut dans le vide… et sans parachute de surcroît, puisque l’athée se refuse dorénavant à s’interroger sur l’être de l’univers…

Ainsi que l’affirme Tresmontant dans son ouvrage, « il n’y a que deux métaphysiques possibles : la métaphysique panthéiste et la métaphysique de
la Création. L’athéisme pur est impossible, impensable, et il n’a jamais en fait été pensé. Si des hommes pensent pouvoir se dire athées, c’est qu’ils n’ont pas traité le problème que pose l’existence du monde. Ils ont négligé de traiter ce petit problème. Leur athéisme est donc purement verbal. Ce n’est pas un athéisme philosophique. Ce n’est pas un athéisme qui résulte d’une analyse sérieuse, solide rationnelle, tenant compte du donné. Un tel athéisme n’existe pas encore. Personne n’a jamais montré comment on pouvait penser l’existence du monde dans la perspective de l’athéisme ».

Ah si ! répond Hervé ! Il y a les Lumières ! Il y a Marx, Freud et Nietzsche ! Il y a le courant positiviste et le courant existentialiste ! Il y a Onfray ! etc.

Outre qu’il faille parfois se garder de toute simplification hâtive – tous les philosophes des Lumières, par exemple, se sont pas athées – nous allons voir dans un prochain article que l’on peut regrouper tous ces « penseurs » en trois grandes catégories – ou plutôt deux grandes et une petite :

1°) ceux qui n’ont pas réfléchi à la question (les athées modernes pour qui la métaphysique est sans intérêt) – la « petite » catégorie ;

2°) ceux qui ont réfléchi à la question mais dont la doctrine dérive immanquablement vers le panthéisme (ex. le matérialisme marxiste) ;

3°) ceux qui ont réfléchi à la question, qui ont absolument voulu éviter l’écueil du panthéisme, mais qui ont finalement abouti à une conception irrationnelle de l’existence de l’univers et de toute existence (ex. Sartre).

(à suivre…)

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25 janvier 2009 7 25 /01 /janvier /2009 17:04

Pourquoi la croyance en l'existence de Dieu est-elle fondamentalement pertinente sur le plan rationnel?

Et pourquoi les croyances alternatives peuvent-elles être considérées comme irrationnelles?

La série d'articles qui suit s'efforce de répondre à ces deux grandes questions ; elle s'inscrit dans le cadre de notre disputatio avec Miky, un de nos lecteurs agnostique athée, sur la question de l'existence de Dieu.



La pertinence rationnelle de la croyance en Dieu (et l'irrationalité des croyances alternatives) - I

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La pertinence rationnelle de la croyance en Dieu (et l'irrationalité des croyances alternatives) - II

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La pertinence rationnelle de la croyance en Dieu (et l'irrationalité des croyances alternatives) - III

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La pertinence rationnelle de la croyance en Dieu (et l'irrationalité des croyances alternatives) - IV

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La pertinence rationnelle de la croyance en Dieu (et l'irrationalité des croyances alternatives) - V

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La pertinence rationnelle de la croyance en Dieu (et l'irrationalité des croyances alternatives) - VI

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La pertinence rationnelle de la croyance en Dieu (et l'irrationalité des croyances alternatives) - VII
(article conclusif en préparation)

 

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 17:27

Chers amis lecteurs,

 

Nous avons réfléchi la semaine dernière sur ce mystère du Purgatoire, « lieu » de souffrance et de purification des âmes sauvées par le Christ, préalable à leur entrée glorieuse au Ciel « où rien de souillé ne peut pénétrer » (Ap 21. 27). Nous avons vu que le pardon des péchés nous rétablissait en amitié avec Dieu, mais qu’en dépit de ce pardon, nous demeurions pécheurs dans tout notre être (et donc, en révolte contre Dieu) ; que le Purgatoire avait pour fonction par conséquent d’achever notre transformation intérieure, notre sanctification, de manière à nous ajuster à la vie du Ciel où plus aucun mal ne se commettra.

 

Dans cette perspective, il apparaît que l’âme sauvée qui aura commis dans sa vie terrestre de nombreux péchés aura à souffrir de grands tourments, tandis que celle au contraire qui se sera efforcée au mieux de parvenir à la sainteté intérieure par la prière, la pénitence, les œuvres de justice et de charité, aura à en souffrir de moindres. Cela, la raison peut le comprendre : plus je pèche, et plus le mal s’enracine en moi ; plus il sera difficile, long, et pénible de le déloger. A contrario, plus je lutte ici-bas contre mes penchants mauvais, plus j’accoutume mon âme à la vertu ; et plus il me sera facile de me laisser envahir par la Sainteté de Dieu – vers laquelle j’aurais tendu toute ma vie –, lorsque celle-ci se manifestera au dernier jour.

 

Mais voilà que notre ami RV (webmestre du site Chère Gospa) nous fait cette observation très judicieuse : « Entièrement d'accord avec toi, Matthieu, sur l'importance de la conversion et des oeuvres de bonté que nous faisons. En même temps, j'ai envie de dire que la Miséricorde de Dieu est vraiment TRES TRES grande. Il y a des gens qui ont loupé leur vie et qui ont fait beaucoup de mal et qui, pourtant, sont allés droit au ciel sans passer par le Purgatoire. Un illustre exemple : le bon larron (…). La Miséricorde de Dieu est quelque chose de vraiment insondable qui dépasse notre entendement. »

 

Comme je suis heureux de ce commentaire ! Je remercie vivement RV pour cette remarque très pertinente qui va nous permettre d’aller un peu plus loin dans la réflexion.

 

Il est clair, si l’on en croit l’Ecriture, que le Bon Larron n’est pas allé au Purgatoire. Dans l’Evangile de Luc, Jésus lui déclare en effet : « Amen, je te le déclare, aujourd’hui avec moi, tu seras dans le Paradis » (Lc 23. 43). « Aujourd’hui », dit Jésus…

 

Le Bon Larron n’est pourtant pas un homme très recommandable. Nous ne savons pas grand-chose sur lui, si ce n’est que l’Evangéliste l’appelle « malfaiteur » (le terme « bon larron » n’est pas biblique), qu’il est condamné à mort avec Jésus, et qu’il considère avoir mérité cette condamnation : « Pour nous, dit-il au « mauvais larron », c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons » (Lc 23. 41).

 

« Qui étaient-ils [ces deux larrons ?] Des « droits communs » ? des politiques ? D’ordinaires brigands opérant sur la route de Jéricho à Jérusalem, ou des zélotes, agresseurs des soldats d’occupation… ? ou les deux à la fois ? Des durs comme Barrabas ? Entrés dans la résistance ? Qu’importe ! Au langage injurieux du révolté qui apostrophe Jésus, on saisit qu’ils ne sont pas des enfants de chœur » (Mgr Guy Gaucher).

 

Nous voilà donc en présence d’un brigand, criminel de surcroît, directement envoyé par Jésus au Paradis, sans passer par la case « Purgatoire » ! Mince alors ! Tout « mon » édifice s’écroulerait-il comme château de cartes ?

 

Cet épisode du Bon Larron m’inspire plusieurs réflexions que je souhaiterais vous partager.

 

La première – celle qui m’est venue spontanément à l’esprit – est que le Bon Larron est sauvé… alors qu’il est cloué sur une Croix. Lorsqu'il rencontre Jésus, il est dans les affres de l’agonie ; il subit une peine pénale – la plus lourde : la peine capitale ; et la plus infamante et atroce qui soit : le crucifiement .

 

Deuxième réflexion – chose admirable et étonnante : le Bon Larron ne se révolte pas contre cette peine. Il estime l’avoir méritée : « Pour nous, c’est juste, dit-il : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. » (Lc 23. 41). Bien sûr, rien ne dit que c’est pour cela que Jésus l’accueille directement au Paradis (nous allons voir qu’il n’en est rien), mais il convient, je crois, de ne pas oublier cet arrière-fond de souffrance et de justice lorsque l’on médite sur la figure du Bon Larron.

 

Revenons donc sur ces deux éléments de réflexion (j’ai un plan bien structuré aujourd’hui…:D).

 

1. Le Bon Larron subit une peine

 

Le Bon Larron a vécu sa vie terrestre comme un brigand. Il l’a finit sur une Croix, crucifié aux côtés de Jésus. On peut donc considérer qu’il « paye » par sa souffrance le prix de son péché. On se souvient de la parole de Jésus dans le Sermon sur la Montagne : « Hâte-toi de t’accorder avec ton adversaire tant que tu es encore avec lui sur le chemin, de peur que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu'on ne te jette en prison. Amen, je te le dis, tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou » (Mt 5. 25-26). Jésus évoque dans ce passage un prix à payer pour le péché (ici : le désaccord avec un « adversaire » – qui s’avère être en l’espèce un « créancier » à qui une dette est due). Non qu’il y ait dans l’esprit de Jésus une quelconque peine à subir pour satisfaire extérieurement à une justice commutative ou vindicative (« œil pour œil, dent pour dent ! ») ; ou qu’il y ait un prix à payer pour la seule raison qu’il faille payer (« Un vol = 10 coups de fouets ! ») ; mais parce que le péché a provoqué un désordre, une injustice (quelqu’un a été lésé) ; et que cette injustice doit être réparée (il convient de lui rendre son dû). Elle ne peut pas perdurer car elle a bouleversé l’ordre de l’amour (le « créancier » se révèle être dans l'Evangile un frère que j’ai blessé par ma faute, et qui a quelque chose à me reprocher). Ce bouleversement appelle une « re-création », une « restauration », non pas tant de l’ordre ancien – qui restera à jamais marqué par la faute passée (le pardon n’est pas l’oubli, et tout péché n’est pas réparable) – que de celui qui a provoqué le désordre, et d’abord à l’intérieur de lui-même…

 

« Quoi qu’on en dise, il y a une dette à payer, mais loin d’être contre l’amour, cette exigence provient de l’amour même. Ce qui répare un amour et réconcilie ceux qui ont rompu, c’est de pleurer ensemble sur le mal qui a été fait, ce sont les larmes versées sur cette rupture » (P. Bernard Bro).

 

La dette à payer, les "larmes" de pénitence, c’est ce que l’Eglise appelle la « peine temporelle du péché ». La satisfaction de cette peine, nous dit le Catéchisme de l’Eglise catholique, « peut consister dans la prière, une offrande, dans les œuvres de miséricorde, le service du prochain, dans des privations volontaires, des sacrifices, et surtout dans l’acceptation patiente de la Croix que nous pouvons porter. De telles pénitences aident à nous configurer au Christ qui, seul, a expié pour nos péchés une fois pour toutes. Elles nous permettent de devenir les cohéritiers du Christ ressuscité, puisque nous souffrons avec lui (Rm 8. 17) » (§ 1460).

 

L’enseignement que nous pouvons tirer de l’expérience du Bon Larron est que nos souffrances vécues ici-bas peuvent nous purifier intérieurement, et acquitter la « peine temporelle du péché », nous épargnant ainsi un très long purgatoire où sont purgées les peines non accomplies sur la terre… Comme l’écrivait Saint Augustin dans « La Cité de Dieu » (21.13) : « les uns souffrent les peines temporelles en cette vie seulement, d’autres après la mort, d’autres et durant et après cette vie. » Il est donc des personnes très éprouvées et traversant de grandes souffrances dont on peut dire, en quelque sorte, qu’elles font leur Purgatoire sur la terre… Tel fut sans doute le cas du Bon Larron.

 

La souffrance vécue ici-bas n’est certes pas la garantie absolue de notre parfaite purification, car on peut tout aussi bien se révolter contre notre souffrance, et s’enfermer dans un refus obstiné du réel (de notre condition de créature, ou de l’existence et des conséquences du péché) : c’est là l’expérience du Mauvais Larron – et c’est évidemment l’enfer pour qui le vit… Mais en contemplant le Bon Larron, nous sommes invités à voir dans la souffrance et les épreuves de toutes sortes une grâce à accueillir, en ce qu'elles nous font sentir notre condition de créature, et saisir combien le mal est mal et fait mal : c’est alors que notre cœur peut comprendre que son seul Bonheur est en Dieu ; que son seul Bien est Dieu lui-même.

 

Cela dit, le Seigneur, dans sa grande Miséricorde, nous offre d'autres moyens (dont certains évoqués plus haut) de « travailler » à notre Salut et de satisfaire la peine temporelle du péché. Parmi ces moyens, il y a le don merveilleux de l’Indulgence que Dieu a confié à son Eglise en vertu du pouvoir qui lui a été accordé de lier et de délier. « L’Indulgence est la rémission devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés dont la faute est déjà effacée » (cf. Paul VI, Indulgentiarum doctrina, 1) Par l’indulgence, l’Eglise « intervient en faveur d’un chrétien, et lui ouvre le trésor des mérites du Christ et des saints pour obtenir du Père des miséricordes la remise des peines temporelles dues pour ses péchés. » (cf. Paul VI, loc. cit, 5) Le chrétien "indulgencié" est donc libéré de la perspective du Purgatoire! Notons que les indulgences sont toujours données sous conditions : confession et communion, prière aux intentions du Pape et tel acte de charité. Pourquoi ? Parce que « l’Eglise ne veut pas seulement venir en aide [au] chrétien, mais aussi l’inciter à des œuvres de piété, de pénitence et de charité » (cf. Paul VI, loc. cit, 8).

 

Il est donc possible de recevoir aujourd’hui la même grâce que celle qui fut accordée par Jésus au Bon Larron – l’accès direct au Paradis – sans avoir rien d’autre à souffrir que les quelques petites exigences que l’Eglise nous impose. Si nous ne pouvons pas faire l'économie ici-bas du mystère de la Croix, le redoutable Purgatoire, lui, est évitable – ce qui est quand même une très bonne nouvelle! un don ineffable de la grâce divine. Il suppose toutefois un choix radical en faveur de la sainteté et du Paradis. Ne repoussons pas ce choix au moment de notre mort, en nous disant « qu’après tout, le Bon Larron, lui, s’est décidé le jour de sa mort. J’en ferai donc autant ! » Ce serait là un très mauvais calcul… N’oublions pas que le Seigneur nous a averti qu’il reviendrait à l’improviste, comme un voleur. Et que c’est à l’heure où nous n’y penserons pas que nous paraîtrons face à lui… Alors prenons notre existence au sérieux ; pesons bien le poids de nos actes de chaque jour qui façonnent notre éternité ; et choisissons dès maintenant la vie, la vraie vie, la vie éternelle avec Dieu, la vie en plénitude promise par Jésus.

 

2. Le Bon Larron estime sa peine juste

 

… et c’est bien là sans doute le plus important. Il ne cherche pas à se défendre ou à justifier ses actes. Il en confesse le caractère mauvais ; il en assume la responsabilité et toutes les conséquences. « Pour nous, c’est juste ; après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons »… Il se voit dans la vérité de son être pécheur. Il est pauvre et désarmé.

 

Le contraste avec son « camarade » est saisissant : le mauvais larron, lui, ne sait qu’injurier. En se tournant vers Jésus, il se met à le railler : « N’es-tu pas le Messie ! Sauve-toi toi-même, et nous avec ! » (Lc 23. 39) Nul repentir dans ses paroles, mais un enfermement : il réclame d’être « sauvé » de la Croix ! Qu’il ait fait le mal, et que ce mal l’ait conduit là où il est, il n’en a cure ; son seul regret, semble-t-il, est d’avoir été « pris » par la soldatesque romaine, et de subir, lamentablement pendu à une Croix, les conséquences de ses actes. En insultant Jésus, il trahit son aveuglement : il ne sait plus discerner où est le bien et le mal ; où est la justice et l’injustice. Et cela le conduit à se révolter contre la justice même dont il est l’objet, et dont il rejette le verdict implacable.

 

Le Bon Larron, lui, ne se révolte pas contre la justice – en dépit de sa grande rigueur ; mais contre l’injustice. En voyant les tourments subis par Jésus, son cœur se soulève. Son attitude révèle une grande lucidité : il appelle mal ce qui est mal, et bien ce qui est bien ; il reconnaît juste ce qui est juste, et injuste ce qui est injuste. Il se met alors à faire de vifs reproches à son compagnon : « Tu n’as donc aucune crainte de Dieu ! Tu es pourtant un condamné toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal » (Lc 23. 41). Il reconnaît en Jésus le Juste et l'Innocent ; c’est pourquoi il croit en sa messianité. Parce qu’au fond de son cœur, il sait que l’Amour ne peut mentir ; que l’Innocence ne peut tromper. Si Jésus, le Juste et l’Innocent, affirme qu’il est le Messie, c’est qu’il l’est. Le Bon Larron peut alors se tourner vers lui pour lui demander, dans un acte d'humilité bouleversant : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne »

 

Ce qui sauve le Bon Larron, en définitive, c’est sa pauvreté et son humilité. Il ne revendique rien pour lui-même, il ne se reconnaît aucun droit. Il ne demande pas à être sauvé d’un supplice qu’il reconnaît mérité. Mais il demande au Seigneur de se souvenir de lui, le jour où il viendra établir son Règne de Justice. Il manifeste ainsi son aspiration à vivre de la Justice de Dieu ; il la désire, il l’espère. Il reconnaît que sa vie a été une impasse, un échec. Mais l’échec apparent du Messie crucifié mourrant à ses côtés lui donne d’entrevoir aussi Sa victoire et Sa Royauté absolue ; un au-delà du mal et du péché où la justice et l’amour seront victorieux. Il ose alors demander à Jésus de se souvenir de lui le Jour où il viendra inaugurer son règne ; et confesse ainsi son désir d’être associé à cette Victoire sur le mal et le péché qui l’ont crucifié sur cette terre.

 

Cette demande lui vaudra cette réponse magnifique de Jésus, que nous rêvons tous un jour d’entendre de sa bouche : « Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis »

 

Le Bon Larron n’a donc pas de Purgatoire à faire pour entrer au ciel, pour la bonne raison qu’il est déjà prêt. Son cœur est disposé à rejeter le mal et à embrasser le bien ; il aime déjà le Royaume et sa Justice. Il n’a plus rien à souffrir : la souffrance et les épreuves endurées sur la terre lui ont donné un cœur de pauvre. Et l’on entend résonner cette parole de Jésus, prononcée au début de son ministère : "Heureux les pauvres de coeur, le Royaume des Cieux est à eux". Béatitude dont on remarquera qu’à la différence des suivantes – et à l’instar de la dernière –, elle est au présent de l’indicatif. Et l’on peut dérouler ainsi les Béatitudes en songeant au Bon Larron : « Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise ! Heureux ceux qui pleurent : il seront consolés ! Heureux ceux qui ont faim et soif de la Justice : ils seront rassasiés ! »… (Mt 5. 1-12).

 

La finalité du Purgatoire n’est pas de nous faire souffrir. Il est de nous rendre pauvre. De nous rendre aptes à accepter de devoir dépendre en toute chose de Dieu, et de Lui seul. On peut donc avoir commis beaucoup de péchés sur la terre et monter directement au ciel, parce que le péché est un esclavage, et que du cœur de l’esclave peut jaillir un cri de liberté (aussi puissant que l’appel de l’oxygène chez la personne qui se noie au fond de l’eau). Rappelons-nous cette parole de Jésus aux chefs de prêtres et aux Anciens : « les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu » (Mt. 21.31). On peut aussi avoir commis peu de péchés, et se retrouver dans un long et pénible purgatoire, parce que notre vie n’aura pas été donnée à Dieu et à nos frères, et que notre cœur, fait pour le grand large de l’Amour, se sera peu à peu rétréci...

 

Retenons donc que le Purgatoire (et a fortiori l’enfer) ne sont pas des fatalités. Que Jésus est venu sur la terre non pour nous juger, mais pour nous sauver (on le voit bien avec le Bon Larron). Que tous, nous pouvons espérer entrer dans le Royaume de Dieu, quelque soit notre passé, nos échecs, la gravité de nos fautes. Que nos souffrances ici-bas, intérieures ou physiques, causées par le péché ou inhérentes à notre condition de créature mortelle, peuvent purifier puissamment notre cœur si nous savons les accueillir avec humilité dans notre pauvreté de créature pécheresse ; qu’elles peuvent nous préserver d’un long et pénible purgatoire. Qu’il existe des moyens spirituels de grandir dans l’amour et la pauvreté : la prière personnelle, les sacrements (spécialement l’Eucharistie et la Confession), les Indulgences offertes par l’Eglise, les actes de pénitence (jeûn et privations diverses, méditation sur la Passion de notre Seigneur…), et autres œuvres de miséricorde et de charité (souvenons-nous que « la charité couvre une multitude de péchés » - 1 P 4. 8) ; et par dessus tout, la confiance en la miséricorde divine, qui comme l’écrivait RV, est vraiment TRES-TRES grande. « C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’Amour » disait Petite Thérèse…

 

Seigneur Jésus, Roi de miséricorde, nous t’adorons et nous te bénissons. Nous te prions de poser sur chacun de nous un regard d’amour et de tendresse, celui-là même que tu posas sur le Bon Larron du haut de la Croix. Nous avons tant besoin de toi ! Nous te supplions de nous pardonner tous nos péchés, toutes nos fautes, et d’ouvrir notre cœur à l’Amour, à la Justice et à la Vérité. Prends pitié de nous qui sommes de pauvres pécheurs, et souviens-toi de nous quand tu viendras inaugurer ton règne. Amen.

 

Saint Bon Larron, prie pour nous !

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16 novembre 2008 7 16 /11 /novembre /2008 14:21


Tous les chrétiens, de par leur foi en Jésus-Christ et en la Parole de Dieu contenu dans les Saintes Ecritures, croient au paradis et à l’enfer. Que l’on songe par exemple au grand récit du Jugement dernier en Matthieu 25, où Jésus annonce pour les uns « le Royaume préparé pour [eux] depuis la Création du monde » (25. 34) et pour les autres « le feu éternel préparé pour le démon et ses anges » (25. 41). Il n’est donc pas douteux pour un disciple du Christ qu’au terme de notre vie, selon le Jugement de Dieu, nous irons les uns « à la vie éternelle », les autres au « châtiment éternel » ; au Paradis ou en enfer (Mt 25. 46).

L’Eglise catholique indique cependant une troisième destination possible pour les âmes : le Purgatoire.

Le Purgatoire, selon l’enseignement de l’Eglise catholique, est un état de purification accordé par Dieu à tous ceux qui, bien que Sauvés par leur foi en Jésus-Christ, auraient encore besoin d’être lavés des conséquences de leurs fautes, et purgés des mauvaises habitudes contractées par leur péché.

Cette troisième destination n’est en rien comparable au Paradis ou à l’enfer, puisqu’à la différence de l’un et de l’autre, le Purgatoire ne durera qu’un « temps » ; il n’est pas éternel et cessera d’exister à la fin des temps. Le Purgatoire n’est donc pas une troisième voie alternative au Paradis et à l’enfer. Il est le « sas » qui conduit l’homme sauvé de l’ombre de son péché à la pure lumière de Dieu : il est chemin vers le Ciel.

Ne sont donc admis au Purgatoire que les Sauvés. Le Purgatoire n’est nullement une session de rattrapage pour ceux qui auraient vécu leur vie terrestre égoïstement, dans le mépris de Dieu et des hommes – ceux-là devront assumer pour l’éternité devant Dieu les conséquences de leurs actes. « Il est réservé aux hommes de mourir une seule fois, nous dit l’Ecriture, après quoi vient le jugement. » (Heb. 9. 27).
Le Purgatoire est donc une grâce offerte par Dieu après ce jugement à tous ceux qui, s’étant entièrement repentis de leurs fautes et ayant obtenu le pardon de Dieu, n’auraient pas encore achevé leur conversion intérieure sur cette terre, conservant quelque compromission avec le mal, et n’étant pas complètement disposés à vivre la plénitude de la grâce et de l’amour de Dieu dans l’éternité du Royaume « où rien de souillé ne peut pénétrer » (Ap. 21. 27).

Dans le Purgatoire, Dieu vient au secours de notre faiblesse, et achève notre transformation commencée ici-bas, de telle manière à ce que nous devenions des êtres capables de lui dire OUI pour l’éternité (sans quoi, nous pourrions encore pécher au ciel…). Bref, des pauvres pécheurs que nous sommes ici-bas (et que nous demeurons après que Dieu nous ait pardonné nos fautes), Dieu fait de nous des Saints, de telle sorte que nous ne péchions plus jamais. Et cette transformation du pauvre pécheur que nous sommes en Saint de Dieu (cette métamorphose aurait dit Saint Paul) sera d’autant plus douloureuse que nous n’aurons pas entrepris ici-bas ce qu’il convenait pour déraciner le péché de notre cœur et devenir un Saint, malgré toute notre bonne volonté et notre désir sincère du Salut.

Cette croyance dans l’existence du Purgatoire est un dogme de l’Eglise catholique.
C’est-à-dire : une vérité que celle-ci estime divinement révélée. C’est pourquoi il n’est pas permis à un fidèle catholique de la contester. C’est ce qu’ont affirmé très explicitement les conciles de Florence et de Trente.

Concile de Florence – 1439 : « Nous déclarons que les âmes des véritables Pénitents, morts dans la charité de Dieu, avant que d'avoir fait de dignes fruits de pénitence pour expier leurs péchés de commission ou d'omission, sont purifiés après leur mort par les peines du Purgatoire ».

Concile de Trente – 1545-1563 : « Si quelqu'un dit qu'à tout pécheur pénitent qui a reçu la grâce de la justification, l'offense est tellement remise et l'obligation à la peine éternelle tellement effacée et abolie, qu'il ne lui reste aucune peine temporelle à payer, soit en cette vie, soit en l'autre dans le Purgatoire, avant que l'entrée au Royaume du Ciel puisse lui être ouverte, qu'il soit anathème » (c’est-à-dire hors du Corps de la Pensée de l’Eglise universelle).

Ces deux conciles, intervenus tardivement dans l’Histoire de l’Eglise, expliquent sans aucun doute pourquoi certains considèrent le Purgatoire comme une « invention » sur le tard de l’Eglise catholique.

Toutefois, il convient de noter que dix siècles avant le Concile de Trente, le Pape Saint Grégoire le Grand (540-604), affirmait déjà que : « Pour ce qui est de certaines fautes légères, il faut croire qu'il existe avant le jugement un feu purificateur, selon ce qu'affirme Celui qui est la Vérité, en disant que si quelqu'un a prononcé un blasphème contre l'Esprit Saint, cela ne lui sera pardonné ni dans ce siècle-ci, ni dans le siècle futur (Mt 12,31). Dans cette sentence nous pouvons comprendre que certaines fautes peuvent être remises dans ce siècle-ci, mais certaines autres dans le siècle futur » (Dialogues 4. 39).

Il est donc manifeste que le Purgatoire « existait » dans la pensée de l’Eglise bien avant les conciles de Florence et de Trente. Faut
-il alors considérer Saint Grégoire le Grand comme le « père » du Purgatoire ?

Ce serait oublier la requête de Sainte Monique adressée, peu avant de mourir, à son fils Saint Augustin, de se souvenir de son âme à chacune de ses messes (Confessions, 9. 11). Requête qui n’aurait pas grand sens si Monique ne croyait pas que son âme pouvait être aidée par des prières – chose inconcevable au Paradis (où l’âme est pleinement comblée par Dieu) ou en enfer (où elle ne peut plus jouir de la moindre consolation ni de la moindre assistance de quiconque). Rappelons que les Confessions ont été écrites à la fin du 4e siècle. Faut-il donc attribuer la paternité du Purgatoire à Saint Augustin – ou Sainte Monique ?

Ce serait négliger les graffitis trouvées dans les catacombes romaines, où les premiers chrétiens, durant les persécutions des trois premiers siècles, inscrivaient leur prière pour les morts. Il est évident que si de telles prières ont pu être composées, c’est parce que nos Pères dans la foi croyaient en la réalité du Purgatoire, même s’ils n’en avaient pas le mot.

L’histoire de l’Eglise nous révèle donc l’existence d’une croyance commune, dès les origines du christianisme, en la possibilité de prier et d’offrir des sacrifices pour les défunts qui ne seraient ni au Paradis ni en Enfer, et donc – même s’il a fallu de nombreux siècles pour que l’Eglise précise sa pensée sur cette réalité mystérieuse, sous la conduite du Saint Esprit (cf. Jn 16. 13) – en l’existence du Purgatoire.

Il est dès lors inexact de prétendre que le Purgatoire serait une « construction théologique » tardive et artificielle de l’Eglise catholique. Aussi loin que l’on puisse remonter dans l’histoire du christianisme, on observe des traces de cette pratique de la prière pour les défunts. Le Purgatoire a donc toujours fait partie de la foi des fidèles ; et l’Eglise fondée par Jésus-Christ y a toujours cru.

Si tel n’avait pas été le cas d’ailleurs, de nombreuses voix n’auraient pas manqué de se lever contre une telle « invention ». La croyance dans le Purgatoire aurait apporté en effet un tel changement dans la foi catholique qu’elle aurait soulevé un tollé chez les défenseurs de l’orthodoxie. Or, curieusement, il n’existe, dans les années immédiatement postérieures à l’âge apostolique, pas la moindre trace de protestation contre l’insertion du Purgatoire (ou de la prière en faveur des morts) comme d’une doctrine nouvelle.

Ceux qui affirment que le Purgatoire serait une invention de l’Eglise catholique se trouvent confrontés, on le voit, à une double difficulté : 1°) définir la datation de l’introduction de cette « nouveauté », et 2°) expliquer l’absence de toute controverse au moment de cette prétendue introduction.

Mais il est un autre élément de preuve encore plus décisif : c’est le témoignage même de l’Ecriture qui atteste de l’existence, dans le judaïsme des derniers siècles avant Jésus-Christ, de cette antique pratique de la prière pour les défunts. Ainsi, pouvons-nous lire, dans le deuxième livre des Maccabée : « Le jour suivant, on vint trouver Judas Macchabée pour relever les corps de ceux qui avaient succombé [au combat] et les inhumer avec leurs proches dans le tombeau de leurs pères. Or, ils trouvèrent sous les tuniques de chacun des morts des objets consacrés aux Idoles, que la Loi interdit aux Juifs (…). Tous donc (…) se mirent en prière pour demander que le péché commis fût entièrement effacé (…). Si Judas n’avait pas espéré que les soldats tombés dussent ressusciter, il était superflu et sot de prier pour les morts, et s’il envisageait qu’une très belle récompense est réservée à ceux qui s’endorment dans la piété, c’était là une pensée sainte et pieuse. Voilà pourquoi il fit faire ce sacrifice expiatoire pour les morts, afin qu'ils fussent délivrés de leur péché ». Ce texte est essentiel pour notre propos, car il est évident que ce n’est ni au Paradis, ni en enfer que quiconque peut être délivré de ses péchés ! Même si de nombreux chrétiens ne reconnaissent pas la valeur canonique de ce texte, il reste que sa valeur historique, elle, est incontestable. Il constitue donc un précieux témoignage de ce qu’était la croyance d’une partie du judaïsme peu avant l’arrivée de Jésus. Et là encore, nous voyons bien que l’Eglise catholique n’a rien « inventé » ; que la croyance dans le Purgatoire remonte au judaïsme, même si elle n’a été définie dogmatiquement par l’Eglise qu’en 1439, au Concile de Florence, à l'occasion des controverses avec les Grecs.

« Mais le Purgatoire ne figure pas dans la Bible »
 ! répliquent alors ceux qui ne reconnaissent pas le livre des Maccabées.

Il est vrai que le mot « Purgatoire » ne se trouve pas dans l’Ecriture. Mais les mots « Trinité » et « Incarnation » non plus ! Et pourtant, la Bible nous parle bien de l’une et de l’autre ! Eh bien ainsi en est-il du Purgatoire. Passons sur 2 Maccabée déjà cité, et non reconnu par tous. Plusieurs paroles de Jésus pourraient être comprises comme renvoyant à la réalité du Purgatoire. Songeons à Mt. 12. 32 (cité plus haut par Saint Grégoire le Grand) : « Si quelqu’un parle contre l’Esprit Saint, dit Jésus, cela ne lui sera pardonné ni en ce monde-ci, ni dans le monde à venir ». Dans ce passage, le Seigneur évoque des péchés qui pourraient être pardonnés non « en ce monde-ci », mais « dans le monde à venir ». Comme il ne peut s’agir du Paradis (où tout est déjà pardonné), ni de l’enfer (où il n’y a plus de possibilité de pardon), il ne peut être question ici que du Purgatoire. Il est intéressant de noter que Jésus « canonise » dans ce passage l’attitude de Judas Macchabée, qui croyait en la possibilité d’intercéder pour les défunts, et de leur obtenir « dans le monde à venir » la délivrance de leur péché.

Mais il existe d’autres références évangéliques. Ainsi en Mt. 5. 25-26 : « Hâte-toi, dit Jésus, de t’accorder avec ton adversaire tant que tu es encore avec lui sur le chemin, de peur que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu'on ne te jette en prison. Amen, je te le dis, tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou ». Dans cette péricope, Jésus évoque clairement la nécessité d’une réparation « jusqu'au dernier sou ». Il nous parle d’une prison – qui est un lieu de privation de liberté où nous satisfaisons à la pure justice –, et d’une peine temporaire puisque Jésus évoque la perspective d’une sortie de prison (inconcevable en enfer), ainsi que sa condition : que nous ayons « payé jusqu’au dernier sou ». Jésus nous donne aussi un moyen très simple pour éviter d’aller dans cette prison subir cette peine temporaire : c’est de s’accorder bien vite avec notre adversaire, tant que nous sommes en chemin avec lui…

Autre parole de Jésus : « Tout homme sera salé au feu » (Mc 9. 49)… Rappelons que le sel est ce qui donne goût à ce qui est fade (« c’est une bonne chose que le sel » dit Jésus au verset suivant). Or, Jésus nous parle d’un feu qui transformera l’homme fade en un homme « bon », ayant retrouvé toute sa saveur évangélique…

Saint Paul, dans son enseignement, est plus explicite encore : « Cette révélation [de l’œuvre de chacun au jour du jugement] se fera par le feu, et c’est le feu qui permettra d’apprécier la qualité de l’ouvrage de chacun. Si l’ouvrage construit par quelqu’un résiste, celui-ci recevra un salaire ; s’il est détruit par le feu, il perdra son salaire. Et lui-même sera sauvé, mais comme s’il était passé à travers un feu » (1 Co 3. 13-15). Ce passage à travers le feu ne peut faire référence ici à l’enfer qui ne conduit pas au Salut, ni au Paradis où il n’y n’a plus de destruction. Ce passage en vérité ne peut avoir de sens qu’en référence au Purgatoire, qui se présente comme ce feu « salant » l’homme sauvé, et détruisant ce qui est mauvais dans son ouvrage pour ne conserver que ce qui résiste.

La conception du Purgatoire comme lieu de purification et d’expiation des péchés commis par les hommes pardonnés et sauvés par Dieu n’est donc pas une pure invention de l’Eglise. Même si le mot est apparu tardivement au Concile de Florence, l’Ecriture Sainte, ainsi que l’Histoire du judaïsme et du christianisme, témoignent de l’existence dans le Peuple de Dieu d’une croyance séculaire en cette réalité mystérieuse du Purgatoire comme un feu temporaire, consumant toutes souillures et redonnant à l’âme – satisfaisant à la justice divine – toute sa saveur, la disposant à vivre pour l’éternité avec Dieu dans la compagnie des Saints et des bienheureux.

Cette croyance séculaire s’accompagne de la conviction qu’ici-bas, nous pouvons être utiles à nos défunts et leur obtenir des faveurs et des grâces ; que les liens de la charité par conséquent ne sont pas rompus avec la mort biologique, mais perdurent au contraire par delà la mort, en raison de la survivance de l’âme – qui est immortelle – et de la communion des saints (ou des « sauvés ») en Jésus-Christ ressuscité.

N’oublions donc pas nos chers défunts. Car s’ils ne peuvent plus rien pour eux-mêmes, nous pouvons ici-bas les soulager, les consoler, et même les délivrer des flammes purificatrices en leur obtenant ce que l’Eglise appelle des « suffrages ». Rappelons-nous en ce mois de novembre les différentes pratiques que l’Eglise recommande en faveur des défunts : la prière, le jeûne et l’aumône ; les indulgences gagnées à leur intention ; la sainte communion et surtout le Saint Sacrifice de la Messe offert à leur intention.

Et croyons que Dieu, dans sa Miséricorde, nous rendra au centuple le bien que nous aurons fait à toutes ces âmes qui lui sont si chères, et que celles-ci, une fois délivrées, dans leur reconnaissance éternelle, prieront Dieu pour nous, et nous deviendront des alliées précieuses et sûres tout au long de notre route vers le Ciel.


Pour approfondir le sujet :
Ø écouter "Le Purgatoire : de l'ombre du péché à la pure lumière de Dieu" ;
Ø lire "Pourquoi prier pour les morts?".  

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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 23:00

Chers amis,

Comme précédemment annoncé, je souhaiterais réagir à quelques unes des affirmations de Lucccio dans l'une de ses deux vidéos publiées en réponse à un frère protestant évangélique.

Il ne s’agit nullement pour moi de chercher à « démolir » l’excellent travail d’un frère catholique, admirable à bien des égards. Je suis très impressionné par exemple de la grande simplicité avec laquelle Lucccio répond à ce frère protestant – connu pour sa véhémence et ses excès de langage. Répondre comme il le fait, sur un ton amical et fraternel, avec des mots que tout le monde peut comprendre, de manière spontanée et relativement improvisée (sans lire de texte pré-écrit pour l’occasion) ; contribuer ainsi à transmettre l’intelligence de la foi au plus grand nombre par le biais de ce remarquable média qu’est Internet, au moyen d’une vidéo (qui a l’avantage d’établir un contact plus « humain » avec l’interlocuteur et un peu moins « virtuel »), voilà qui est – ô combien – digne d’éloge (si ! si !) et mériterait de très larges encouragements ! Je rêve pour ma part de voir se multiplier ce type d’initiative – dont le Père Pagès m’apparaît l’un des précurseurs dans le monde catholique, avec notre ami Lucccio, côté laïc –, qui me paraît inaugurer une forme nouvelle de disputatio – par référence à ces grandes disputes médiévales, si enrichissantes pour la pensée et stimulantes pour la réflexion et la découverte de l’autre.

Que notre ami Lucccio ne m’en veuille donc pas de publier cette petite mise au point qui ne concerne qu’une toute petite partie de son travail – en fait : les trois premières minutes du premier de ses deux clips. Mais voilà : cette petite partie touche à un point tellement essentiel de notre foi que je ne pouvais pas ne pas réagir. Certes, comme le fait observer notre ami Hervé de P., « c'est un jeune laïc non spécialiste qui parle, donc on ne s'attend pas à un cours de théologie dogmatique ;-) ». Il n’en demeure pas moins qu’un fidèle catholique souhaitant exposer sur Internet – ou ailleurs… – la doctrine de l’Eglise (et c’est chose louable et nécessaire, je le répète, que de le faire) doit avoir le souci constant d’être le plus fidèle possible à l’enseignement du Magistère. Nous n’avons pas en effet à défendre nos propres conceptions, mais celles du Seigneur Jésus et de son Eglise. De la nécessité de bien se former, et d’avoir toujours au moins sur son bureau une Bible et le Catéchisme de l’Eglise Catholique – il me paraît que c’est le minimum.

En l’occurrence, ce sont les considérations de Lucccio sur l’expression « hors de l’Eglise, point de salut » qui me gênent beaucoup. Selon Lucccio (et j’espère ne pas trahir sa pensée en tentant ici de la synthétiser) : le Concile Vatican II aurait mis fin à cette idée selon laquelle l’Eglise catholique serait le seul moyen d’accéder au Salut offert par Jésus-Christ. Le Christ est la porte, nous dit Lucccio, et l’Eglise catholique offre un chemin de salut – que Lucccio, en tant que catholique, estime le meilleur. Mais il en est d’autres, « et heureusement » nous dit-il. « Le Salut passe aussi par d’autres Eglises. Peut-être aussi ailleurs que dans l’Eglise. L’Esprit Saint souffle partout ». Puis, reprenant son interlocuteur protestant qui affirme sur Dailymotion (avec le sens de la nuance qu’on lui connaît…) que l’Eglise Catholique n’est pas l’Eglise de Jésus-Christ, Lucccio lui réplique : « Qui suis-je, moi, pour dire que les anabaptistes, les pentecôtistes et autres évangéliques ne sont pas les Eglises de Jésus-Christ ? ».

Bref, en quelques trois minutes, Lucccio (qu’il ne m’en veuille pas de le dire) nous livre une conception de l’Eglise très… protestante, puisqu’il s’interdit de dénier aux diverses confessions chrétiennes qu'il cite la qualité d’Eglise de Jésus-Christ – l’Eglise catholique apparaissant ici comme une Eglise de Jésus-Christ parmi d’autres ; et une conception relativiste de surcroît, puisque le Salut passerait « ailleurs que dans l’Eglise. L’Esprit Saint souffle partout » nous dit Lucccio. La foi catholique n’apparaît donc plus nécessaire au Salut. Et cela est présenté comme un acquis du dernier Concile…

Bon, j’entrevois bien ce que veut dire Lucccio. Il n’a pas tout à fait tort dans le fond, ainsi que nous allons le voir, mais l’expression de sa pensée est vraiment malheureuse.

Commençons donc par rendre justice à la formule : « Hors de l’Eglise, point de salut ». Elle est attribuée, on le sait, à Saint Cyprien, évêque de Carthage au IIIe siècle. Ce qui ne date pas d’hier... Le Concile Vatican II l’aurait-il donc désavouée, débarrassant ainsi la foi de l’Eglise d’une doctrine poussiéreuse, datant d’un autre âge ? Eh bien… non ! La formule conserve sa pleine vigueur, aujourd’hui encore, et plus de 40 ans après le Concile ; le Pape Jean-Paul II lui-même rappelait dans son audience générale du 31 mai 1995 que « l’expression « Hors de l’Eglise point de salut » appartient à la tradition chrétienne ». Elle n’est donc pas révoquée par le Magistère, ni même révocable du fait de l’infaillibilité de la Tradition ; encore faut-il s’entendre sur ce qu’elle signifie en réalité…


Dans une fameuse lettre du 8 août 1949 adressée à l’archevêque de Boston, le Saint Office (ancêtre de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi) déclarait que : « Parmi les choses que l’Eglise a toujours prêchées et ne cessera jamais de prêcher, se trouve aussi cette déclaration infaillible qui nous enseigne que « Hors de l’Eglise, il n’y a pas de salut ». Ce dogme doit cependant être compris dans le sens où l’Eglise elle-même le comprend »

Comment donc l’Eglise comprend-elle cette formule ?

Certainement pas au sens où tous ceux qui n’appartiendraient pas formellement à l’Eglise catholique seraient damnés ! La lettre précitée du Saint Office condamnait d’ailleurs les thèses du Père Feeney, qui assimilait à la damnation la non-appartenance explicite à l’Eglise Catholique romaine.

Alors… qu’entend-on, dans l’Eglise, par l’expression « Hors de l’Eglise, point de salut » ?

Nous allons voir que la doctrine de l’Eglise catholique à ce sujet est ferme, et toute en subtilité à la fois ; et qu’il faut en saisir toutes les nuances pour ne pas commettre d’erreur d’appréciation quant au sens et à la portée d’une formule, qui mal comprise et interprétée, pourrait conduire à de graves déviations dans la foi (que ce soit dans un sens ou dans un autre).

Voici donc ce que l’Eglise enseigne très précisément :

1°) L’Eglise catholique fondée par Jésus-Christ est nécessaire au Salut.
Jésus-Christ en effet est l’unique Sauveur du Monde, le seul Médiateur entre Dieu et les hommes (cf. Ac 4. 12 ; 1 Tm 2.5) ; seul celui qui croit en lui et reçoit le baptême en son nom peut obtenir le salut. Voilà peut-être une vérité difficile à comprendre et à accepter pour beaucoup, mais ce n’est pas là une invention de l’Eglise catholique : c’est ce que Jésus lui-même nous enseigne dans la Sainte Ecriture (cf. Mc 16. 16 ; Jn 3. 5). La profession de foi et le baptême étant les moyens par lesquels nous entrons dans l'unique Eglise du Christ, tous les hommes sont donc appelés à en faire partie : protestants et orthodoxes, musulmans et bouddhistes, athées et agnostiques,…

Les Apôtres ont été envoyés par le Christ « dans le monde entier », avec mission de « proclamer la Bonne Nouvelle à toute la Création » (cf. Mc 16. 15). Toute l’humanité est donc concernée par cet appel de Jésus à croire en Lui, à recevoir le baptême dispensé par ses Apôtres, et à entrer dans la Communauté des croyants qu’est l’Eglise, pour être sauvé. Nul n’est dispensé de cet appel, et tous ceux qui refuseraient d’entrer dans l’Eglise fondée par Jésus-Christ (ou d’y demeurer), alors même qu’ils la sauraient fondée par Dieu, ne pourraient être sauvés. C’est là un enseignement particulièrement clair, explicité encore au siècle dernier… par le Concile Vatican II lui-même (cf. Lumen Gentium, n°14 ; CEC § 846) ! Celui-ci n’a donc nullement amoindri, on le voit, cette nécessité d’appartenir à l’Eglise catholique pour être sauvé : l’expression de Saint Cyprien, de ce point de vue, demeure pleinement valable et actuelle.

Il n’est donc pas juste d’affirmer qu’aucune religion ne peut sauver l’homme (ainsi que Lucccio l’affirme dans les premières secondes de son premier clip). Certes, comme le dit notre frère, en toute rigueur, Dieu seul sauve ; aucune institution humaine ne peut procurer à l’homme le Salut éternel et la Vie en plénitude. Mais précisément : l’Eglise catholique ne peut être réduite à une institution purement humaine, puisqu'elle est aussi l’œuvre de Dieu. C’est le Seigneur lui-même qui a voulu l’Eglise, et faire de celle-ci le lieu même du déploiement de sa grâce, en sorte qu’il n’est pas possible de dissocier le Christ et son Eglise en déclarant que le Salut se trouverait du côté du Christ, et non du côté de son Eglise. Jésus a voulu se rendre présent à l’humanité en son Corps qui est l’Eglise ; c’est donc en son Corps qu'est l’Eglise que nous trouvons le Salut. Comme le rappelait la Déclaration Dominus Jesus de la Congrégation pour la doctine de la Foi (alors présidée par le Cardinal Joseph Ratzinger, devenu depuis lors notre Pape Benoît XVI) : le Seigneur Jésus « est lui-même dans l’Eglise, et l’Eglise est en lui. La présence et l’œuvre de salut de Jésus-Christ continuent dans l’Eglise et à travers l’Eglise. Et comme la tête et les membres d’un corps vivant sont inséparables mais distincts, le Christ et l’Eglise ne peuvent être ni confondus ni séparés et forment UN SEUL CHRIST TOTAL » (n°16). « M’est avis, disait encore Jeanne d’Arc, que le Christ et l’Eglise, c’est tout UN ». Par conséquent : là où est l’Eglise, là est Jésus-Christ et la plénitude du Salut qu’il nous offre. L'Eglise catholique est l'instrument voulu par Dieu pour communiquer au monde la grâce salvifique de la mort et de la résurrection de son Fils, Jésus-Christ, notre unique Sauveur.

2°) Pour être incorporés pleinement à l’Eglise de Jésus-Christ, le chrétien doit accepter intégralement son organisation, ainsi que tous les moyens de salut institués en elle ; il doit être uni au Souverain Pontife et aux Evêques par le lien de la profession de foi, des sacrements, du gouvernement ecclésiastique et de la communion. C’est là encore une affirmation explicite… du Concile Vatican II (cf. Lumen Gentium, n°14)!

Il en ressort que l’Eglise catholique n’est pas une Eglise parmi d’autres. Elle est LA communauté visible et spirituelle voulue et établie par Jésus-Christ sur la terre. « L’unique Eglise du Christ (…), c’est dans l’Eglise catholique qu’elle se trouve, gouvernée par le successeur de Pierre et les Evêques qui sont en communion avec lui » (cf. Lumen Gentium, n°8). Les communautés chrétiennes qui se sont détachées de la succession apostolique et ne sont plus en communion avec le successeur de Pierre et les Evêques unis à lui ne peuvent donc être considérées en toute vérité comme des "Eglises" à proprement parlé : ainsi en est-il des communautés protestantes, des « anabaptistes, (…) pentecôtistes et autres évangéliques » cités par Lucccio. (concernant les Eglises orthodoxes, voir le commentaire n°9 ci-dessous : la partie en bleue).

Pour autant, cela ne signifie pas que ces communautés chrétiennes sont « dépourvues de signification et de valeur dans le mystère du salut. L’Esprit du Christ en effet ne refuse pas de se servir d’elles comme de moyens de salut ».
Mais la force même de ces communautés « dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l’Eglise catholique » (Unitatis redintegratio, n°3 – encore un document conciliaire…). C’est donc à ce qui reste, dans ces communautés, de l’unique Eglise du Christ que nos frères séparés doivent leur salut. Car c’est toujours par le Christ et l’Eglise catholique que tout chrétien est sauvé : l’axiome « Hors de l’Eglise, point de salut » garde ici toute sa pertinence.

3°) Il est absolument erroné de penser que les hommes appartenant à d’autres religions seraient dispensés, depuis Vatican II, de l’obligation d’entrer dans l’Eglise catholique pour se sauver ; de croire qu’il leur suffirait, pour parvenir au Salut, de vivre leur propre religion du mieux qu’ils peuvent avec un cœur sincère. Le pluralisme religieux est un état de fait ; cela ne signifie pas qu’il faille l’accepter comme un état de droit. Tous les hommes de toutes les religions ont une égale dignité devant Dieu, et il n’y a de ce point de vue aucune « supériorité catholique » ; mais cette égale dignité entre les hommes n’implique pas une égalité des doctrines, et encore moins une égalité entre Jésus-Christ – Dieu fait homme – et les fondateurs des autres religions. Il est donc erroné de penser que « toutes les religions se valent ». La Déclaration Dominus Jesus l’affirme avec la plus grande fermeté :
« il serait clairement contraire à la foi catholique de considérer l’Eglise comme un chemin de salut parmi d’autres » (cf. Dominus Jesus, n° 21 et 22) ; et on ne peut attribuer aux autres religions, quelque vénérables soient-elles, « l’origine divine et l’efficacité salvifique ex opere operato qui sont propres aux sacrements chrétiens » (Dominus Jésus, n° 21). Le relativisme religieux n’est donc pas chrétien.

Pour autant, cela ne signifie pas que les hommes appartenant à d’autres religions ne peuvent pas se sauver ! Le Salut éternel des non-chrétiens est possible,
« et heureusement » dirait Lucccio. Mais il n’est possible que par l’Eglise catholique, avec elle, et en elle. C’est ce que déclarait le Pape Jean-Paul II, dans son audience générale précitée du 31 mai 1995 : « Pour ceux qui n’ont pas reçu l’annonce de l’Evangile (…), le salut est accessible par des voies mystérieuses, dans la mesure où la grâce divine leur est donnée en vertu du sacrifice rédempteur du Christ, sans adhésion extérieure à l’Eglise, mais toujours, pourtant, en relation avec elle (…). Pour agir, la grâce salvifique requiert une adhésion, une coopération, un « oui » au don divin : cette adhésion est, au moins, explicitement, orientée vers le Christ et l’Eglise. On peut donc dire aussi : « Hors de l’Eglise point de salut » : l’adhésion au Christ, quoique implicite et justement mystérieuse, constitue une condition essentielle pour le salut ».

Ces paroles s'adressent tout autant aux croyants des autres religions qu'aux « infidèles », « agnostiques » ou « athées »… qui peuvent être rattachés à l’Eglise sans le savoir si, de bonne foi, ils ignorent « invinciblement » (l’expression est de Pie IX) la vérité de l’Evangile :
« Tous ceux qui ignorent invinciblement notre sainte religion, qui observent avec fidélité la loi naturelle et les préceptes gravés par Dieu même dans le cœur de tous les hommes, qui sont prêts à obéir au Seigneur et mènent une vie honnête, peuvent avec le secours de la lumière et de la grâce divine arriver à la vie éternelle, car Dieu qui voit, scrute et connaît les esprits, les cœurs, les pensées, les habitudes de tous les humains, ne saurait permettre dans sa bonté et sa clémence que quelqu’un, sans avoir de faute volontaire, soit livré au supplice éternel. » (Pie IX, alloc. Singulari qua, 9 déc. 1854 ; bien avant, on le voit, Vatican II…)

C'est Pie XII qui dira de ces derniers qu’ils sont rattachés invisiblement à l’Eglise, sans qu’ils le sachent. Mais on le voit ici encore : c’est en vertu même de ce rattachement invisible à l’Eglise catholique qu’ils seront sauvés. C’est donc toujours par le Christ et l’Eglise que l’on obtient le Salut. Aucune âme sur la terre ne sera sauvée en dehors du Christ et de l’Eglise. Tel est le sens profond de la formule de St Cyprien, qui, ainsi comprise, conserve toute sa vigueur dans la doctrine de l'Eglise (cf. Catéchisme de l'Eglise Catholique, § 846 et s.).

Maintenant et pour conclure : à quoi bon entrer formellement dans l’Eglise catholique s’il suffit, pour être sauvé, d’être rattaché à cette dernière
« par des voies mystérieuses », de manière « implicite » et « sans adhésion extérieure » (pour reprendre les termes employés par le Pape Jean-Paul II) ?

Eh bien pour deux raisons.

La première est liée au premier point évoqué plus haut, à savoir que celui
qui refuserait d’entrer dans l’Eglise catholique (ou souhaiterait en sortir), alors même qu’il la saurait fondée par Dieu, ne pourrait être sauvé. Or, nous dit le Concile : « tous les hommes sont tenus de chercher la vérité, surtout en ce qui concerne Dieu et son Eglise et, quand ils l’ont connue, de l’embrasser et de lui être fidèle » (Dignitatis humanae, n°1). Notre responsabilité est donc engagée dans le jugement que nous portons sur l’Eglise catholique, et sur l’honnêteté des moyens que nous employons pour nous forger ce jugement. Ne nous croyons pas quitte des certitudes que nous croyons avoir à son sujet. « Je suis venu en ce monde pour une remise en question » dit Jésus (Jn 9. 39). Et cela vaut également pour tous ceux qui appartiendraient formellement à l’Eglise catholique romaine, mais n’en auraient point l’esprit ; qui lui seraient rattachés de corps, mais non de cœur (cf. Lumen Gentium, n°14). Chacun de nous a donc son examen de conscience à faire, nul n'en est exempté ; notre péché nous empêche de nous reposer dans la position confortable de celui qui est « arrivé »…

La deuxième raison est que « s’il est vrai que les adeptes d’autres religions [et les non croyants] peuvent recevoir la grâce divine, il n’en est pas moins certain qu’objectivement, ils se trouvent dans une situation de grave indigence par rapport à ceux qui, dans l’Eglise, ont la plénitude des moyens de salut » (Dominus Jésus, n° 22). D’où l’exhortation du Pape Pie XII : « Nous invitons ceux qui n’appartiennent pas à la société visible de l’Eglise catholique à s’arracher à cet état où nul ne peut être sûr de son Salut éternel ; en effet, même si par un certain désir et souhait inconscient, ils se trouvent ordonnés au Corps mystique du Rédempteur, ils sont cependant privés des si nombreux et si grands secours et faveurs célestes dont on ne peut jouir que dans l’Eglise catholique » (cf. Mystici Corporis, 1943).

D’où l’importance de la Mission de l'Eglise. La certitude que nous avons que Dieu veut sauver tous les hommes, non seulement n’atténue pas, mais augmente le devoir et l’urgence d’annoncer le Salut et la conversion au Seigneur Jésus-Christ (Dominus Jesus, n° 22). Il s'agit pour l'humanité toute entière d'une question de vie ou de mort, de bonheur ou de malheur. C’est parce que l’Eglise croit au dessein universel du salut qu’elle doit être missionnaire (cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, § 849 et suivants).

Un grand merci à toi Luccio de nous avoir permis de méditer sur ces grandes vérités de notre foi ! Puissent-elles nous stimuler à évangéliser avec plus d'ardeur tous ceux que le Seigneur nous confie, en n'hésitant pas à recourir aux moyens modernes et puissants dont nous disposons aujourd'hui et dont tu as toi-même usé pour répondre à ton interlocuteur protestant.


Pour prolonger la réflexion :
Ø écouter la réponse du Père Batut sur Radio Notre Dame

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30 août 2008 6 30 /08 /août /2008 12:00

Chers amis lecteurs,

Je voudrais saluer ici l'initative d'un jeune catholique, Lucccio, qui a entrepris de répondre sur Dailymotion au clip d'un protestant évangélique au sujet de l'Eglise catholique (qui ne serait pas, selon ce dernier, l'Eglise de Jésus-Christ).

C'est tout simple, et fait avec beaucoup d'humilité, dans le souci d'instruire.

On peut regretter toutefois un léger manque de rigueur dans l'exposition de la foi catholique (j'avoue que les premières minutes - sur le Concile Vatican II et la formule de St Cyprien "Hors de l'Eglise, point de salut" - ont été un véritable supplice pour moi...). Je reviendrai donc dans un prochain article sur certaines affirmations de notre frère catholique, afin préciser quelques points de doctrine qui me paraissent importants.

En attendant, je vous livre tels quels les deux clips publiés par Lucccio. Qu'ils soient une puissante incitation pour tous les internautes catholiques à se mobiliser pour faire connaître au monde l'Evangile de Jésus-Christ par le biais de ce média audio-visuel qui ne nécessite pas de grands moyens, sinon celui d'une "application zélée à la formation spirituelle et culturelle", selon le voeu exprimé par notre Saint Père, le pape Benoît XVI, dans son intention de prière missionnaire du mois d'août 2008.

N'attendons pas toutefois d'être parfaits pour évangéliser,... sinon, nous n'évangéliserons jamais!
 

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13 juillet 2008 7 13 /07 /juillet /2008 20:13

Dans les discussions au sujet de l’existence de Dieu, il est une question qui revient régulièrement dans la bouche de nos interlocuteurs athées, et qui a récemment été reposée sur ce Blog par Miky : à savoir, si Dieu existe et a créé le monde (ainsi que le professent les croyants),… qui donc a créé Dieu ?

Nous avons vu que l’être de ce monde, parce qu’il a eu un commencement (le fameux "Big Bang"), a nécessairement dû être créé par autre un Être que lui-même : que c’est là en tous les cas l’hypothèse la plus rationnelle, puisque le néant ne produit rien : il n'existe pas en toute rigueur de terme ; il est donc impuissant à faire advenir quelque être que ce soit. Le néant n’offre pas une explication rationnelle crédible à l’existence de l’être de l’univers.

Par ailleurs, l’ordre admirable régnant dans l’univers, sa structure mathématique et ses lois, nous révèlent que l’Être qui est à l’origine de notre Univers possède en lui-même l’intelligence, car de même qu’il faut une intelligence pour construire une voiture à partir de ses pièces détachées, de même il a fallu nécessairement l’intervention d’un Créateur intelligent pour concevoir et réaliser une merveille comme le cerveau humain, à côté duquel une voiture automobile fait figure de minable brouette (et dont le moindre des composants est infiniment plus complexes que ceux-là mêmes qui constituent un véhicule). La théorie du hasard n’offre pas une explication rationnelle crédible à l’existence de l’ordre dans l’univers : nous aurons l’occasion d’y revenir abondamment la semaine prochaine (si Dieu le veut…).

On voit donc que c’est la raison qui nous conduit à la connaissance de l’existence d’un Être transcendant doté de l’intelligence à l’origine de notre univers : notre expérience du réel ne nous permet pas en effet d’inférer l’existence d’effets sans cause, ni d’ordre par le simple jeu du hasard. Si l’être de l’Univers existe, c’est qu’il tire son origine d’un autre Être qui en est la « source » ; et s’il y a de l’ordre dans l’Univers, c’est que l’Être « source » de l’univers l’y a mis ; que s’il l’y a mis, c’est qu’il possède en lui-même l’intelligence, car il faut de l’intelligence pour concevoir des lois et inventer les mathématiques ! Il faut une intelligence sur-naturelle pour insuffler de l’intelligence dans la nature, et à un niveau suréminent dans le cerveau humain.

« Mais cette intelligence, Matthieu,
réplique astucieusement Miky, il faut bien à son tour qu'elle vienne de quelque part (si je concède provisoirement à ta méthodologie). Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Cela ne t'interroge pas toi, que des êtres intelligents puissent exister comme ça, sortis de nulle part ? Si la complexité du cerveau d'un être (ou de ce qui lui sert à réfléchir en ratissant large...) est proportionnel à son intelligence, ce qui est un fait d'expérience, alors le créateur d'un univers complexe comme le notre et qui est donc supérieurement intelligent doit être supérieurement complexe. Ce qui exige donc de lui supposer à son tour un créateur ! Et ainsi de suite à l'infini... Mais si à un moment donné tu dis : Stop ! Cet être intelligent là trouve sa raison d'être en lui-même, il n'a pas besoin d'avoir été créé, alors tu te retrouves pris au piège car tu es obligé de concéder une exception injustifiée au principe même qui fonde ta démarche : à savoir qu'une réalité complexe ne peut avoir qu'une cause intelligente... »

En fait, dirais-je, il y a deux aspects de la question qu’il convient de tenir simultanément : la question de l’intelligence, et celle de l’être. Oui, c’est vrai, une construction ordonnée ne peut être le fruit du hasard, elle ne peut rationnellement s’expliquer que par l’intervention créatrice d’une intelligence. Chacun d’entre nous peut faire l’expérience de ce que l’ordre survient parce qu’une intelligence est à l’œuvre : par exemple, il faut que je classe mes papiers sur mon bureau pour que celui-ci soit en ordre ; sinon, le désordre va progressivement s’installer jusqu’au chaos, et il est vain d’espérer que mon bureau se range « tout seul », par le simple jeu du hasard. Premier constat.

Mais une intelligence par définition est une forme d’ordre supérieure à l’ordre par elle conçu et réalisé (tel le rangement dans mon bureau). Par conséquent, si l’on applique le principe rationnel ci-dessus défini à l’intelligence humaine elle-même – et il n’y a aucune raison a priori de ne pas le faire – il faut en conclure que le cerveau humain, qui est une forme d’ordre supérieure à celle qui règne dans mon bureau, a été créé par une Intelligence supérieure à ce cerveau même qu’elle a conçue et réalisé. Et l’on en vient à l’existence de Dieu : c’est l’argument des croyants. MAIS – et c’est l’objection de Miky : si l’on étend maintenant le principe rationnel ci-dessus défini à l’intelligence divine qui a créé le cerveau humain – et il n’y a aucune raison a priori de ne pas le faire – alors, il faut en conclure que cette Intelligence divine, qui est une forme d’ordre supérieure à celle que l’on observe dans le cerveau humain, a elle-même été créée par une Intelligence supérieure à cette Intelligence divine qu’elle a elle-même conçue et réalisé. Et ainsi de suite…

Pour résoudre cette difficulté, il faut se tourner vers la question de l’être. Comme nous l’avons dit plus haut, pour que l’univers soit, il faut nécessairement qu’il procède d’un Être, puisqu’il ne peut pas procéder du néant. Puisque nous savons aujourd’hui qu’avant le Big Bang, notre univers n’existait pas ; qu’il n’y avait pas de matière, ni d’espace ni de temps (au point qu’il n’y a pas grand sens à parler d’un « avant » Big Bang) ; sachant que l’être ne peut naître spontanément du néant (c’est là une impossibilité absolue) ; que le néant en toute rigueur de terme n’existe pas ; il faut donc admettre que l’être de l’Univers provient nécessairement d’un autre être qui lui, nécessairement, est éternel, sans quoi il ne pourrait lui-même exister (pour la même raison qu’indiquée pour l’univers). On voit donc que c’est la raison elle-même qui nous conduit à inférer de l’existence de notre univers spatio-temporellement limité l’existence d’un Être « source » distinct de l’univers – transcendant – et éternel, n’ayant ni commencement, ni fin ; en dehors du temps. C’est en vertu même de la raison que nous sommes conduits à penser que si de l’être existe, de l’être contingent, n’existant pas par soi-même, c’est que l’Être absolu existe nécessairement, et qu’il existe par soi-même. Il ne peut pas en être autrement, considérant que la seule alternative à l’Être transcendant absolu et éternel est le néant (ou l'auto-création de l'Être), et que cette alternative n’est pas rationnelle.

Et voilà résolu le problème : si une Intelligence supérieure a créé l’intelligence de l’homme, ce ne peut être que celle-là même de l’Être absolu qui par définition (et par nécessité) est éternel, et qui ne dépend de rien ni de personne pour exister ; c’est l’intelligence même de l’Être qui existe non pas parce qu’il se serait donné l’être à lui-même (ce qui est une impossibilité absolue), mais parce qu’il est l’être en lui-même, et qu’il est dans son essence d’exister ; qu’il ne peut pas ne pas être puisqu’il EST et que l’être par définition ne peut pas ne pas être.

Autrement dit : s’il est nécessaire que l’Être absolu de Dieu soit pour que l’être contingent de l’univers existe, il est nécessaire que l’Être absolu n’ait pas lui-même de cause, sinon… il ne serait plus l’Être absolu, mais un être contingent, à l’image de l’univers !

On pourrait rétorquer que l’Être absolu pourrait ne pas exister en lui-même, mais dans une succession infinie d’êtres contingents : de toute éternité, de l’être succède à l’être, sans qu’il y ait eu de commencement à ce mouvement, et sans qu’il y ait besoin de concevoir une fin. Dans ce cas, l’absolu de l’être résiderait dans cette succession même d’êtres contingents. Mais dans le cas qui nous préoccupe, cela soulèverait de très nombreuses questions, quant à la dégradation progressive par exemple de l’intelligence – puisque par hypothèse, les Intelligences divines successives créeraient des intelligences divines inférieures, jusqu’à l’intelligence de l’homme qui n’est capable, elle, que de créer des intelligences artificielles, celles-ci n’étant pas capables de créer la moindre intelligence... En outre, on ne voit pas pourquoi, dans ce schéma là, l’homme ne serait pas un dieu comme ses augustes prédécesseurs, ni non plus d’ailleurs l’intelligence artificielle… Et puis si l’homme ou l’intelligence artificielle ne sont pas capables de créer une intelligence qui soit elle-même créatrice, c’est donc bien qu’il y aura une fin à la succession des êtres ; que celle-ci n’est pas éternelle ; qu’elle a donc eu un début, puisque tout ce qui a une fin a nécessairement eu un commencement.

Bref, cette option d’une succession infinie et éternelle d’êtres contingents s’avère être une impasse intellectuelle, et une option dont il n’est pas sûr qu’elle soit très rationnelle. Le philosophe Paul Clavier prenait ainsi l’exemple d’une succession d’emboutissements de véhicules sur le périphérique.
« Imaginez une suite infinie de voitures, sur un périphérique infini s’emboutissant dans un carambolage infini. Chaque conducteur était à l’arrêt au moment où, embouti par l’arrière, il a été propulsé sur le véhicule de devant. A qui l’assureur de la voiture de tête demandera-t-il réparation du dommage ? Qui doit payer la remise en état de son pare-choc ? Certainement pas l’automobiliste qui l’a embouti ! Un automobiliste à l’arrêt n’est pas responsable du dommage qu’il fait subir à un autre, du fait qu’il a lui-même subi un dommage. C’est le tiers responsable qui doit payer. Or, ce tiers responsable doit bien exister. Il me paraît impossible de concevoir une infinité de véhicules emboutis sans qu’aucun ne puisse être déclaré emboutisseur. Il y a bien quelqu’un ou quelque chose qui a déclenché le carambolage. Autrement, il faudrait dire qu’il y a carambolage sans que personne n’ait, le premier, embouti le véhicule de devant. » Ce qu’il n’est pas rationnel de penser. Ou comme disait Thomas d’Aquin : « si la chose qui opère le changement subit elle-même le changement, il faut qu’elle aussi soit changée par une autre, et celle-ci par une autre encore. Or, cela ne peut pas continuer à l’infini, car alors il n’y aurait pas de premier opérateur du changement, et il s’ensuivrait qu’il n’y aurait pas non plus d’autres opérateurs, comme le bâton ne bouge que s’il est bougé par la main. [« Si vous supprimez la cause, vous supprimez l’effet », dira-t-il ailleurs]. Donc, il est nécessaire de parvenir à un premier opérateur du changement qui ne soit lui-même changé par aucun autre, et un tel être, tout le monde comprend que c’est Dieu ».

Si l’on s’en tient donc aux données de la raison : il faut affirmer que l’univers que nous connaissons et dans lequel nous vivons ne pourrait pas exister s’il n’avait été créé par un autre Être que lui-même ; que cet Être créateur est intelligent, puisque l’univers est structuré mathématiquement ; que les alternatives proposées à l’existence d’un Être créateur et intelligent (à savoir l’auto-création de l’univers à partir du néant et son auto-organisation par le jeu du hasard) ne sont pas crédibles sur le plan rationnel ; que l’Être intelligent Créateur de l’univers existe nécessairement de toute éternité (sans quoi il ne pourrait lui-même exister, sauf à considérer qu’il se soit créé tout seul à partir du néant, ce qu’il n’est pas rationnel de penser – l’argument applicable à l’univers étant parfaitement transposable à l’Être créateur intelligent) ; qu’il est donc l’Être absolu, qui ne s’est pas donné l’être, qui n’a pas commencé d’être, mais qui est l’être en lui-même qui, parce qu’il est l’être, ne peut pas ne pas exister, parce qu’il est dans la nature de l’être d’être.

Autrement dit : tu as raison Miky de dire que pour affirmer l’existence d’une Intelligence incréée, je suis obligé
« de concéder une exception (….) au principe même qui fonde [ma] démarche ». Mais tu as tort selon moi de considérer cette exception comme « injustifiée ».

On pourrait cependant continuer de spéculer en affirmant : « Bon OK, l’Être absolu existe. Mais qu’est-ce qui te dis que cet Être absolu est le Créateur de l’Univers? Qu’est-ce qui empêche de penser que le Créateur de l’Univers ait eu lui-même un Créateur, qui lui-même a peut-être eu un Créateur, etc. jusqu’à l’Être absolu ? On pourrait alors concevoir une hiérarchie de dieux créateurs au sommet duquel le trouverait le Grand Dieu, le Principe Absolu, entouré de ses enfants dieux qui constituerait comme sa Cour royale ».

Si rien n’oblige en effet de penser que le Créateur de l’Univers a lui-même été créé (puisque nous savons dorénavant que l’Être absolu existe nécessairement), rien ne nous empêche absolument d’imaginer que le Créateur de l’Univers ne soit pas l’Être absolu, et que le premier a lui-même été créé (directement ou indirectement) par le second. Il s’agit là certes une pure spéculation ne reposant sur rien d’autre qu’une pure hypothèse, mais il faut reconnaître que rien ne permet de l’écarter absolument.

Eh bien c’est là qu’il convient de reconnaître les limites de la raison humaine. Nous avons vu que celle-ci peut aller très loin dans la reconnaissance de l’existence d’un Être transcendant, éternel et intelligent, Créateur de l’Univers ; mais sur la nature même de cet Être, elle s’avère impuissante à fournir des réponses certaines à nombre de nos questions. Nous savons que l’Être absolu existe, que cet Être est transcendant (en ce qu’il se distingue de l’univers), intelligent (puisqu’à l’origine de la structure mathématique de l’univers) et éternel (sans quoi, il ne pourrait exister). Nous pouvons également inférer sa Toute-Puissance (au-delà de ce que nous pouvons concevoir et expérimenter humainement de la « puissance »), voire sa personnalité, mais… c’est à peu près tout. L’Être absolu est-il un Dieu unique, ou bien « cohabite »-t-il avec d’autres dieux ? Est-il un Dieu bon ou mauvais (considérant la présence du mal dans le monde) ? Un Dieu agissant, proche de nous, ou bien passif, et lointain ?... Là, il faut reconnaître que les ressources de la philosophie sont impuissantes à fournir le moindre commencement de réponse ; tout au plus peuvent-elle soulever des hypothèses, mais rien ne permettra de trancher en faveur de l’une ou de l’autre. C’est ce qu’affirmait Saint Thomas d’Aquin lorsqu’il écrivait qu’
« en partant des effets de Dieu, on peut démontrer l’existence de Dieu, même si au moyen de ces effets, nous ne pouvons pas le connaître parfaitement selon son essence ».

Pour connaître ce mystérieux Créateur de l’Univers, la nature de cet Être absolu duquel procède toute réalité et à qui nous devons la vie, il faudra que Lui-même se manifeste à nous, qu’il prenne Lui-même l’initiative de nous parler de Lui, et de nous révéler QUI Il est et ce qu’Il veut. Autrement, nous serons irrémédiablement condamnés à l’ignorance...

C’est la raison pour laquelle la conséquence logique de la découverte de l’existence de Dieu sera d’étudier le fait religieux, et en particulier les religions qui prétendent avoir bénéficié d’une Révélation divine. Car si Dieu existe et a créé l’homme, il est prévisible qu’il se manifeste à lui, et qu’il se manifeste de telle manière que l’authenticité de cette révélation soit solidement attestable. Dans cette enquête, nous pourrons donc remettre notre intelligence au travail, pour essayer de déterminer parmi toutes les propositions religieuses existantes, celle qui sera la plus crédible sur le plan rationnel. Et une fois notre choix effectué, nous pourrons alors plonger dans le mystère, et entrer dans une relation vivante avec ce Dieu Créateur qui est Amour : c’est cela même que nous appelons la « foi », et la « vie de foi ».
 

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4 mai 2008 7 04 /05 /mai /2008 10:34

Cher Miky,

Dans ton commentaire (n°7 - sur le fond) à mon précédent article – qui s’efforçait de démontrer l'existence de Dieu à partir de ton excellent exemple de l’album de Kraftwerk découvert en pleine Amazonie –, tu contestes ma conclusion selon laquelle, pour être ce qu’il est comme il est, l’Univers a nécessairement été créé par Quelqu’un. Le motif que tu invoques est le suivant : cette conclusion ne serait pas plus crédible que les hypothèses alternatives proposées, en particulier celle du hasard.

« Tu écartes avec raison une création de l'univers par le hasard (au sens scientifique du terme) ou par lui-même. Mais il m'étonne que tu n'ais pas remarqué que les mêmes raisons que tu évoques contre l'hypothèse du hasard valent contre l'hypothèse d'un "quelqu'un". Car en effet, en reprenant presque mot pour mot ce que tu as écris :

« Pour qu'une personne puisse se déployer, il faut déjà que l’Univers existe. S’il n’existe pas, aucune personne ne peut trouver à exercer son action. Or, notre Univers n’a pas toujours existé. Il a eu un commencement : le Big Bang. C’est à partir du Big Bang que la matière existante à ce jour s’est progressivement constituée. Elle s’est peut-être ensuite trouvée arrangée par l'action d'êtres personnels comme les hommes pour donner l’univers tel que nous le connaissons aujourd’hui, en sa forme actuelle qui compte la civilisation.
Mais au départ, il n’y avait pas de matière. Comment peut-on dire alors que l’Univers s’est constitué par l'action d'un créateur personnel ? Dans les théories socio-psychologiques, nous pouvons parler de causes personnelles, intentionnelles, parce que nous avons de la matière qui a donné des êtres humains par exemple, et des lois de la matière, dont ou ainsi que des lois psychobiologiques. Mais à l’époque du Big Bang, il n’y avait rien de tout cela. Aucune matière, donc aucun être personnel, aucune loi physique, et encore moins psychobiologique. Pas de temps, pas d’espace. Comment parler de personnes et de causes personnelles et intentionnelles dans ces conditions ?

« Bref, tu notes que l'existence de la matière est nécessaire à l'existence du hasard, mais tu oublies que notre expérience commune nous enseigne que l'existence de la matière est également nécessaire (même si peut-être pas suffisante) à l'existence d'êtres personnels.

« Maintenant, tu peux fort bien vouloir soutenir, contre l'expérience commune, que des personnes sans corps peuvent exister ; mais cela ne vaudra alors pas mieux qu'un hasard sans matière... »

Eh bien… si, Miky ! Tu vas voir que c’est la raison elle-même qui nous conduit irrésistiblement à cette conclusion, à partir de notre expérience commune, au terme d’un cheminement par étape.

S’il y a de l’être, avons-nous dit, c’est que de l’être existe éternellement. Car s’il y avait eu un temps où l’être n’existait pas, alors rien ne serait de toute éternité puisque du néant absolu ne peut rien sortir. Pour que l’être soit, il faut donc qu’il procède d’un Être qui, lui, est nécessairement éternel ; qui ne doit son existence à personne, et qui est tout simplement parce qu’il est l’Être, et qu’en tant qu’Être, il ne peut pas ne pas être.

Notre univers peut-il lui-même être assimilé à cet Être éternel duquel procède toute la réalité matérielle que nous observons au microscope et au télescope ? Rien ne nous permet de l’affirmer. Ce que les sciences positives nous enseignent aujourd’hui de l'Univers (et ce fut la grande révolution cosmologique du XXe siècle !), c’est qu’il n’est pas éternel : qu’il a eu un commencement, et qu’il aura une fin. La conclusion s’impose donc à notre raison : l’être de l’univers n’est pas l’Être éternel nécessairement existant. Rien dans l’expérience objective ne permet en tous les cas d’inférer l’éternité de la matière, tout au contraire...

Puisque l’être de l’univers existe ; sachant qu’il n’est pas l’Être éternel nécessairement existant et qu’il ne peut pas provenir du néant (sans quoi il ne pourrait exister) ; il faut admettre qu’il reçoit nécessairement son être de l’Être nécessairement existant, l’Être par essence, l’Être éternel qu’il n’est pas lui-même, mais duquel il procède nécessairement pour être.

Nous avons donc franchi une première étape importante, et je suis heureux que nous l’ayons franchi tous deux : l’Être éternel existe, et il ne se confond pas avec l’être de l’Univers. Il y donc deux êtres identifiables par notre raison (quand bien même nous ne pouvons pas le vérifier expérimentalement) : l’Être absolu, qui ne dépend de rien ni de personne pour exister, et l’être contingent de l’univers, qui dépend ontologiquement de l’Être absolu sans lequel il ne pourrait exister.

Qu’est-ce qui me dit maintenant que l’Être éternel est une personne, et non pas un principe abstrait ou une énergie impersonnelle ? Tu as raison en un sens de dire que notre expérience commune ne nous enseigne pas immédiatement l’existence de « personnes sans corps ». Mais que nous enseigne-t-elle par ailleurs ? Que le hasard n’est pas créateur ; qu’il est impuissant par lui-même à susciter la moindre structure ordonnée de manière stable, permanente et croissante. J’observe par exemple que ma chambre ne se range pas – malheureusement… – toute seule ; qu’elle n’est ordonnée durablement que dans la mesure où je la range intelligemment : les livres sur l’étagère, mes vêtements dans le placard, les tableaux sur les murs…

Si ma raison me conduit à croire dans une première étape à l’existence d’un Être éternel distinct de l’univers, l'ordre mathématique régnant dans l’univers et son évolution créatrice (pour reprendre l’expression d’Henri Bergson) sont pour moi le signe tangible et raisonnable que l’Être éternel duquel procède l’être de l’univers est doté de
la personnalité. Car le hasard ne peut rendre compte à lui tout seul de l’ordre admirable régnant dans l’univers ; du hasard ne peut sortir que le chaos et le désordre ; c’est là le donné de l’expérience.

La conclusion s’impose donc : si l’on ne peut affirmer que le hasard est le Principe organisateur de l’Univers sans perdre la raison, celle-ci nous conduit à affirmer que le Principe organisateur de l’univers est nécessairement doté de l’intelligence et d’une puissance d’action hors du commun, c’est-à-dire d’une personnalité qui pense, qui veut et qui agit.

Dès lors, tu vois bien que si l’expérience courante que nous faisons du réel ne nous permet pas de penser a priori qu’il puisse exister de « personnes sans corps », elle nous donne cependant de solides raisons de croire a posteriori en l’existence d’un Être transcendant non corporel doté de
la personnalité. Ce n’est pas plus vérifiable expérimentalement que l’existence d’un Être éternel distinct de l’être de l’univers, mais c’est tout aussi irrésistible quand on s’applique à raisonner correctement à partir du réel.

Je résume maintenant :

- S’il y a de l’être, c’est qu’il existe nécessairement l’Être éternel ; le néant n’est pas une alternative rationnelle à l’existence de l’Être éternel. L’Être éternel existe parce qu’il ne peut pas ne pas exister. S’il n’existait pas, alors aucun être ne pourrait exister, car le néant ne produit rien.

- S’il y a de l’ordre, c’est que cet être éternel est dotée de la personnalité ; le hasard n’est pas une alternative rationnelle à l’existence d’une transcendance personnelle. Le Transcendant personnel existe parce qu’il ne peut pas ne pas exister. S’il n’existait pas, aucun ordre, aucune structure intelligente ne pourrait exister, car le hasard ne produit aucun ordre. L’univers serait alors un grand chaos, un Tohu Bohu éternel ; il n’y aurait pas eu de Big Bang, et la « soupe de photons et de quarks » initiale serait demeurée à l’état de potage pour l’éternité…

Tu vois donc Miky que les deux propositions – le hasard sans matière, ou la personne sans corps – ne sont pas d’égales valeur sur un plan épistémologique, puisque la première hypothèse ne repose sur aucune donnée objective vérifiable expérimentalement et ne peut être admise qu’au prix d’une destruction de notre raison ; tandis que la seconde est inférée logiquement par notre raison à partir de l’expérience commune que nous faisons tous de la réalité concrète.
 

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13 avril 2008 7 13 /04 /avril /2008 20:26

Cher Miky,

Après quelques longues semaines d’interruption, je reprends le cours de notre discussion sur l’IME.

Je rappelle à mes lecteurs que dans trois grands articles publiés en juillet 2007 (1, 2 et 3), tu t’efforçais de réfuter l’idée (défendue sur ce Blog) qu’il soit possible pour l’esprit humain de parvenir à une connaissance certaine de l’existence de Dieu à partir d’une réflexion rationnelle sur l’Univers.

Pour défendre ta thèse, tu commençais par annoncer… que la question de la Cause de l’Univers ne se pose pas ! Or, nous avons vu qu'elle se pose ; et qu’elle se pose avec une acuité d’autant plus grande que les sciences positives nous révèlent aujourd’hui un Univers bien étrange, dont il serait pour le moins téméraire d’affirmer qu’il « va de soi »…

Tout ton raisonnement tombe donc à l’eau ! Non pas qu’il soit mauvais en soi (on y trouve de bonnes intuitions). Simplement, il part d’un présupposé erroné : à savoir que la question de la Cause de l’Univers ne se pose pas. Si la question de la Cause de l’Univers ne se pose pas, c’est que l’Univers est le seul Être, l’Être absolu qui n’a besoin de rien ni de personne pour exister. Et si l’Univers est l’Être absolu, il n’y a aucune raison de chercher d’autres explications aux phénomènes extraordinaires observés ici ou là (comme les apparitions « surnaturelles » ou les OVNIS) que dans la Nature, puisque celle-ci est par hypothèse
la seule Réalité existante. Donc : Dieu n’existe pas. L’ennui Miky, c’est que cette conclusion ne se trouve pas à la fin de ton raisonnement, comme la démonstration irréfutable d’un théorème mathématique, mais au début : car en postulant que l’Univers est l’Être absolu, tu as par avance décidé d’exclure l’hypothèse de l’existence de Dieu. Outre que cette méthode est en elle-même contestable sur le plan strictement rationnel (qui ne devrait normalement s’embarrasser d’aucuns préjugés), nous avons vu dans nos précédents articles combien ce présupposé de la suffisance ontologique de l’Univers était injustifié.

Ce présupposé écarté, il convient maintenant de revenir à ce qui constitue la substance même de ton raisonnement, et de l’appliquer non plus aux soucoupes volantes ni aux guérisons inexpliquées, mais à l’Univers lui-même dont il convient de rendre compte de l’existence sur le plan rationnel.

Le principe général que tu poses (et qui est finalement le cœur de l’IME – qui signifie je le rappelle : « l’Inférence à
la Meilleure Explication »), est le suivant : « Une bonne explication, en matière d’IME, c’est une proposition qui, si elle est vraie, rend moins bizarre le fait que l’on cherche à expliquer. » C’est du bon sens en effet. Et c’est un principe que je veux bien retenir avec toi pour tenter de résoudre la question métaphysique de l’origine de l’Univers. Encore faut-il l’appliquer correctement ! Or précisément : ton application concrète de ce principe général me paraît pour le moins discutable. Je veux parler ici de ton exemple de l’album de Kraftwerk perdu en pleine Amazonie.

« Admettons,
écris-tu, que je tombe sur un album de Kraftwerk en pleine forêt amazonienne. C’est assurément un événement inattendu. On pourrait vouloir proposer comme explication : « Dieu a fait apparaître cet album de Kraftwerk en pleine forêt amazonienne ». Il est clair que si Dieu existe et est tout-puissant, il peut faire apparaître un album de Kraftwerk en pleine forêt amazonienne. Mais a-t-il de bonnes raisons de le faire plutôt que de s’abstenir ? S’il n’est pas un tant soit peu plus probable que Dieu (s’il existe) fasse apparaître un album de Kraftwerk dans la forêt amazonienne qu’il n’est probable que cet album se trouve là par pur hasard, alors manifestement, mon explication n’en est pas une, car elle n’apporte rien de plus par rapport à l’hypothèse du hasard. »

A priori, le raisonnement est séduisant. Si je trouve un album de Kraftwerk en pleine forêt Amazonienne, c’est que : OU BIEN Dieu l’y a mis, OU BIEN il est là par hasard. Mais si je retiens la première hypothèse, je me heurte immédiatement à une énigme insoluble, qui réside dans la question de savoir pour quelle mystérieuse raison Dieu a bien voulu que cet album de Kraftwerk se trouve là, au beau milieu de l’Amazonie ? On a donc là une explication… qui n’explique rien ! Le « gain en intelligibilité », pour reprendre ton expression, est nul. Le postulat de départ étant qu’« une bonne explication, en matière d’IME, c’est une proposition qui, si elle est vraie, rend moins bizarre le fait que l’on cherche à expliquer », nous sommes naturellement conduit à invalider cette première explication, pour retenir l’hypothèse du hasard qui a l’avantage de rendre « moins bizarre » le fait que l’on cherche à expliquer, à savoir : la présence d’un album de Kraftwerk au beau milieu de la jungle.

C’est propre en apparence, c’est rationnel, ça semble irréfutable. Mais… c’est ce que l’on appelle un sophisme. C’est un sophisme, parce que le problème au départ est mal posé. La question n’est pas en effet de savoir ici si l’album de Kraftwerk est là par hasard ou par le fait d’une intervention divine. Car si tu poses le problème en ces termes, c’est que tu présupposes déjà l’existence de Dieu ! Je sais bien que tu as indiqué qu’il est pour toi « essentiel de connaître cette probabilité a priori de l’existence de Dieu, afin de la comparer avec la probabilité a priori des phénomènes anormaux qui se manifestent de temps en temps dans notre monde sensible, pour pouvoir inférer l’existence de Dieu comme meilleure explication de ces phénomènes anormaux. » Mais c’est un point avec lequel je suis en désaccord formel avec toi. Car pour résoudre un problème métaphysique quelconque, il me paraît important au contraire d’exclure par avance tout préjugé. Si tu poses a priori Dieu comme principe possible de solution, c’est que tu as manifestement une arrière-pensée, une intention plus ou moins secrète SOIT d’en démontrer l’existence (c’est peut-être le travers de certains théologiens naturels…), SOIT d’en rejeter l’existence (c’est ce que tu fais dans ton article). Mais dans les deux cas, tu as déjà la réponse à ta question avant même d’avoir raisonné. L’IME entendu comme cela n’est donc pas une méthode rationnelle et fiable pour découvrir la vérité objective. C’est bien plus, comme tu l’écris toi-même, « un moyen de renforcer une croyance préalable, et de légitimer cette croyance au moyen du vernis de
la rationalité. Il y a bien une rationalité dans ce cheminement, mais elle est secondaire, elle vient après la croyance, pour la confirmer, et non en amont pour la fonder ».

Je te propose donc une autre méthode. Gardons le principe selon lequel « une bonne explication, en matière d’IME, c’est une proposition qui, si elle est vraie, rend moins bizarre le fait que l’on cherche à expliquer », mais supprimons de notre champ de pensée tout préjugé, et tout a priori. Oublions pour le moment que Dieu puisse exister. Ne prenons comme méthode de raisonnement que celle qui s’appuie sur le réel tel que nous le connaissons et expérimentons. Et revenons à ton album de Kraftwerk.

Imaginons que je marche en sifflotant dans
la forêt Amazonienne, et que soudain, bing ! je trébuche, et me retrouve nez à nez avec un album de Kraftwerk ! Mon intelligence s’interroge : qu’est-ce que peut bien faire là un album de Kraftwerk, perdu en pleine forêt amazonienne ??? Je réfléchis, et me dis : « bon, de deux choses l’une, Matthieu. OU BIEN cet album est là par hasard. OU BIEN, s’il est là, c’est que quelqu’un l’y a mis. » Voilà Miky en quels termes se pose le problème! Je considère alors la première solution : les atomes présents en cette forêt se sont constitués par hasard en molécules, qui elles-mêmes se sont constituées par hasard en macro-molécules, qui elles-mêmes se sont constituées par hasard………….., etc. jusqu’à former par hasard ce disque de Kraftwerk en pleine forêt amazonienne. L’album en question se trouve donc là par le jeu d’un arrangement moléculaire hasardeux, au même titre que le champignon qui se trouve sous mes pieds. Mmmouais… me dis-je. Ca paraît quand même peu plausible dans la mesure où cet album ne cadre pas avec l’environnement naturel de cette forêt amazonienne. L’explication par le hasard me donne donc un résultat « bizarre », parce que la forêt amazonienne ne produit pas à ma connaissance de disques de Kraftwerk ! J’examine maintenant la seconde hypothèse : si cet album se trouve là, c’est que quelqu’un l’y a mis. Quelqu'un d'ailleurs. J’ignore certes de qui il s’agit, et pour quelle raison il a laissé cet album ici. Mais je sais que quelqu’un l’a nécessairement placé là ; qu’il ne peut en être autrement compte tenu de ce que je sais de la réalité. Le résultat de cette hypothèse est en tous les cas « moins bizarre » que l’explication par le jeu d’un arrangement moléculaire hasardeux. C’est donc une explication relativement plus rationnelle, qui donne de sérieuses raisons de la croire véridique.

Cela me rappelle, au passage, l’échange que nous avions eu l’année dernière au sujet du Père Noël (cf. commentaires n°6 et 8) : « Le Père Noël, m’écrivais-tu, pourrait constituer une explication scientifique plausible à partir du moment où on pourrait prouver scientifiquement son existence et ses pouvoirs magiques. Mais dans l'hypothèse d'un Père Noël qui se dérobe malicieusement à toute tentative d'observation, comme cela semble être le cas en effet (puisque malgré plus d'un siècle de bons et loyaux services, le vrai Père Noël, et non pas ses pâles copies de supermarchés, n'a encore été vu par aucun enfant digne de foi :-)), nous sommes en pleine métaphysique... » (métaphysique étant entendu ici au sens d’élucubration. Etonnant tout de même, venant de l’administrateur d’un Blog « métaphysique » !)

« Cher Miky,
te répondais-je, ta comparaison avec le Père Noël est excellente! Car si les cadeaux sous le sapin n'ont pu être effectivement déposés par le mythique Père Noël, il n'en demeure pas moins qu'ils ont bien été mis là par quelqu'un de bien réel! Sans doute un Père aimant, qui désirait offrir une belle joie à son enfant. Incognito... »

Nous pouvons donc maintenant appliquer l’IME à l’Univers lui-même. Confronté à la réalité de l’Univers telle que nous la livrent les sciences positives, notre intelligence s’interroge. Notre Univers peut-il exister par hasard, ou bien est-ce que Quelqu’un l’a créé ?

Pour que le hasard puisse se déployer, il faut déjà que l’Univers existe. S’il n’existe pas, le hasard ne peut pas trouver à s’exercer. Or, notre Univers n’a pas toujours existé. Il a eu un commencement : le Big Bang. C’est à partir du Big Bang que la matière existante à ce jour s’est progressivement constituée. Elle s’est peut-être ensuite arrangée par hasard pour donner l’univers tel que nous le connaissons aujourd’hui, en sa forme actuelle. Mais au départ, il n’y avait pas de matière. Comment peut-on dire alors que l’Univers s’est constitué par hasard ? Dans la théorie de l’Evolution, nous pouvons parler du hasard, parce que nous avons de la matière et des lois de la matière (la sélection naturelle, par exemple). Mais à l’époque du Big Bang, il n’y avait rien de tout cela. Aucune matière, aucune loi physique. Pas de temps, pas d’espace. Comment parler du hasard dans ces conditions ? Si l’on part de la seule réalité que nous connaissons et expérimentons – au sein de laquelle le hasard a peut-être créé les espèces que nous connaissons –, il faut reconnaître que le hasard ne permet pas de rendre compte à lui tout seul de l’existence de cette Nature que nous connaissons et expérimentons, et que celle-ci ne peut donc être considérée comme auto-suffisante. Pour que la Nature puisse être considérée comme auto-suffisante, il faudrait qu’elle soit éternelle. Or, nous savons aujourd’hui qu’elle ne l’est pas. Pour que la Nature soit auto-suffisante malgré tout, sans être éternelle, alors il faudrait qu’elle se soit… auto-créée ! Ce qui est une hypothèse extrêmement « bizarre »!!! Sans doute même la plus « bizarre »! Voilà pourtant ce à quoi sont acculés les athées de ce siècle pour échapper à Dieu : démontrer que l’Univers s’est créé tout seul, comme un grand ! Reconnais Miky que l’hypothèse d’une Création de l’Univers par Quelqu’un, pour autant mystérieuse qu’elle soit, a quand même l’avantage d’être plus rationnelle, et de rendre « moins bizarre » le fait que l’on cherche à expliquer, à savoir l’existence de l’Univers. Je ne sais certes pas grand-chose sur ce Quelqu’un.
Et je ne sais pas pourquoi il a créé l’Univers. Mais je sais qu’il existe ; qu’il existe nécessairement ; et qu’il ne peut en être autrement compte tenu de ce que je sais de la réalité. Ma raison ne me laissera pas cela dit dans une totale ignorance quant à l’identité de ce mystérieux Créateur, puisqu’elle me mettra sur la piste d’un Être transcendant (qui ne se confond pas avec la Nature créée elle-même), donc incréé et par suite éternel.

Mais laissons de côté cette question du commencement de l’Univers. Nous avons en effet un second problème à résoudre : celui de savoir si l’ordre régnant dans l’Univers peut être lui-même le fruit du hasard. Nous avons déjà eu l’occasion de réfléchir sur la structure mathématique et intelligente de l'Univers, qui en fait une réalité non pas chaotique comme on aurait pu s’y attendre, mais ordonnée, harmonieuse. La présence de cet ordre dans l’Univers est au moins aussi surprenante que celle d’un album de Kraftwerk en plein forêt amazonienne ! Eh bien, là encore, notre intelligence s’interroge : cette organisation admirable de l’Univers peut-elle être le fruit du hasard, ou bien a-t-elle été inscrite dans la Nature par Quelqu’un ? Comme l'écrivait Ti Hamo (Commentaire n°10) :
« l'expérience que l'on fait (…) en pratique concrète dans l'univers tel que nous le connaissons, c'est que du hasard ne sort que du hasard. A la limite des bribes ou des briques auxquelles nous essayons de donner du sens (j'ai tiré "roi-dame-valet à la suite, qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire?"), mais en tout cas rien qui s'organise spontanément qui ne n'était déjà organisé en puissance (…). Vérifier expérimentalement que l'univers apparaît et s'organise par hasard, c'est pas gagné. (…) Il me semble que l'intelligence organisatrice et créatrice sorte beaucoup moins du cadre des "expériences que l'on fait", que le postulat d'un hasard duquel émergeait un univers organisé (…). Le fait que jeter au hasard des pierres sur un terrain vague ne donne pas naissance à une cathédrale ou une pyramide ou un Stonhenge, ressort de l'expérience courante et concrète (…). »

Le cosmologiste anglais Fred Hoyle estimait pour sa part les chances d’obtenir une enzyme biologique convenable par hasard à partir de l’ensemble des 20 acides aminés utilisés dans sa fabrication, à… 1 contre 1020. Sachant que pour reproduire une bactérie, il faut assembler quelque 2.000 enzymes différentes en ordre de marche, les chances d’obtenir cette bactérie seraient de 1 contre 1020 que multiplie 2.000, soit 1 chance sur 1040.000 ! Autrement dit, selon Fred Hoyle, la probabilité qu’un tel évènement se produise est du même ordre que celle de voir une tornade balayer un entrepôt de ferrailleur et édifier un Boeing 747 à partir de ces matériaux ! Ce qui relève très exactement du miracle! Et nous ne parlons ici que de la bactérie…

L’explication de l’ordre régnant dans l’Univers par l’intervention d’une
« intelligence organisatrice et créatrice » s’impose donc à ma raison. Je n’en sais certes pas plus à ce stade sur l’identité de cette « intelligence organisatrice et créatrice ». Mais l’intervention de cette dernière est nécessaire, compte tenu de ce que je sais de la réalité. Cette hypothèse rend en tous les cas « moins bizarre » le fait que l’on cherche à expliquer, à savoir l’existence d’un ordre mathématique dans l’Univers. Elle est donc plus rationnelle et plus crédible, même si elle demeure mystérieuse. Tout ce que ma raison peut dire sur cette « intelligence organisatrice et créatrice », c’est qu’elle est intelligente (capable de penser, de concevoir un projet et de le mener à bien ; qu’elle est par conséquent dotée d’une volonté et par suite, d’une personnalité) ; qu’elle gouverne l’Univers (par les lois qu’elle a y inscrite) ; et qu’elle est souverainement puissante (d’une puissance sans commune mesure avec l’idée que nous nous faisons de la puissance, puisque capable de faire jaillir la matière du néant !).

Si l’on considère donc qu’une
« bonne explication, en matière d’IME, c’est une proposition qui, si elle est vraie, rend moins bizarre le fait que l’on cherche à expliquer », alors tu vois bien Miky que nous sommes inéluctablement conduit, en réfléchissant sur l'Univers, à l’existence d’un Être transcendant, incréé, éternel, intelligent, personnel et tout puissant.

Celui-là même que nous appelons Dieu.

(à suivre…)
 

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16 mars 2008 7 16 /03 /mars /2008 19:40

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Bonne question n’est-ce pas ?

Réponse : en lisant cette série d’articles écrits à un lecteur qui me la posait il y a quelques mois, et les nombreux commentaires qu’ils n’ont pas manqué de susciter.

Bonne lecture !


1- Introduction

2- Sur l'existence de Dieu

3-  Sur la vérité du monothéisme

4-  Sur la vérité du christianisme

5-  Sur la vérité du catholicisme (1)

6-  Sur la vérité du catholicisme (2)

7-  Sur la vérité du catholicisme (3)

8-  Sur la vérité du catholicisme (4)

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