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29 juin 2010 2 29 /06 /juin /2010 22:36

Cher Tiago,

 

Je vous propose de commencer notre disputatio sur la foi chrétienne et sur l’Eglise – en cette belle fête (catholique) des Saints Apôtres Pierre et Paul.

 

Pour mes lecteurs qui n’auraient pas suivi nos débats, je rappelle que vous êtes intervenu sur le fil consacré à la Sola Scriptura, et que vous avez soulevé un certain nombre de questions concernant l’Eglise catholique, coupable selon vous de « dénaturer » et « souiller » la « pureté de l’Evangile » : « La tradition et les dogmes catholiques en général, contraires aux précieux enseignements de la Bible, représentent les enfants illégitimes d'une église qui a sombré dans l'apostasie et le reniement de la foi transmise aux saints une fois pour toutes. » (Com 24).

 

« Rome utilise certaines des méthodes propres aux sectes exclusivistes/apocalyptiques dont une des marques de fabrique est d'affirmer que Dieu leur a donné plus de vérité – une vérité que ne possède aucune autre église – et qu'en-dehors d'elle, point de salut. In fine, il s'agit d'une stratégie pour garder le pouvoir sur les âmes ; de les asservir au lieu de les servir comme Jésus-Christ le demande. » (Com 25).

 

« La Tradition catholique contredisant la parole de Dieu, il est tout aussi évident qu'elle ne prend pas sa source en Dieu mais dans des traditions, des coutumes, humaines contraires à la volonté de Dieu car Dieu ne Se contredit pas (…). L'Evangile a été jusqu'au jour où je vous écris ces quelques lignes, occulté, dénaturé, par la religion romaine papale dans laquelle vous mettez toute votre confiance. » (Com 46).

 

« Comment se fait-il que, sur ordre de l'église catholique de très nombreux exemplaires de la Bible aient été détruits par Rome ? Autrement dit, comment se fait-il que des papes, soi-disant vicaires et infaillibles serviteurs de Christ – Parole incarnée de Dieu – lorsqu'ils parlent ex-cathedra, ont pu ordonner de brûler des Bibles – parole écrite de Dieu – et que maintenant Rome invite les catholiques à lire la Bible ? » (Com 51).

 

« Il est un fait avéré que la Tradition catholique contredit très clairement la parole écrite de Dieu (…). Etant donné que les papes seraient les successeurs de Pierre, tous vicaires de Christ, comment expliquez-vous la vie dissolue qu'ont menée certains d'entre eux et plus particulièrement Alexandre VI ? L'Esprit-Saint a-t-Il vécu dans cet homme ? Si oui, pourquoi, comment ? Comment expliquez-vous, à la lumière du « Sermon sur la Montagne » le comportement de plusieurs papes envers les non-catholiques (croisades, inquisition) ? Je vous demande une réponse, sachant que Rome a décrété infaillibles les décisions papales.

 

« Comment expliquez-vous le dogme catholique lié aux indulgences ? Le célibat des prêtres à la lumière de 1 Cor. 9V5 ? Le culte des reliques, des saints, de Marie ? Les sacrements dont le baptême des enfants ? (…) Ce qui oppose le catholicisme et le christianisme biblique, c'est la grâce par la foi seule en l'œuvre rédemptrice de Jésus-Christ seul (vérité biblique) et la contrefaçon, l'imitation, de salut que Rome et sa théologie frelatée ont mis en place. C'est, en fait, un tout autre évangile que Rome enseigne. Cet évangile-là (…) est voué à la destruction (Gal. 1V8-9). (…)

 

« Jésus-Christ nous enseigne que l'on reconnaît l'arbre à son fruit. Les fruits que le catholicisme a portés pendant des siècles, est un fruit qu'il est impossible de confondre avec le christianisme biblique. La France, « fille aînée » de l'église catholique, est dans un état de ruine spirituelle avancée malgré 1500 ans de domination catholique. La plus importante contribution du catholicisme romain à la France ont été l'ignorance de masse, la superstition et l'idolâtrie. Cette contribution est directement le fruit de l'enseignement inique (= contraire, opposé, à l'enseignement biblique) propagé par Rome et contre lequel se sont insurgés les protestants avec raison. Il y a incompatibilité inhérente, fondamentale, viscérale, entre les enseignements catholiques et ceux de la Bible. » (Com 52)

 

« Je prie pour vous Matthieu et pour tous ceux qui, comme vous, sont prisonniers d'une organisation qui n’a cessé, au cours des siècles, d'œuvrer afin de dominer et d'enchaîner les âmes au lieu de les libérer » (Com 53).

 

« La succession apostolique romaine est basée sur un mensonge, une escroquerie spirituelle, une supercherie extra-biblique. Puisque la papauté est la cheville ouvrière de toute l'organisation de l'Eglise Catholique, ce sont toutes les prétentions de la Rome papale qui sont discréditées, vouées à la destruction et, par voie de conséquence, la religion qu'elle véhicule. Matthieu, il faut vous rendre à l'évidence : le pape romain est coupable devant Dieu et devant les hommes d'usurpation identitaire caractérisée, lui et toute l'Eglise Catholique que son organisation a enfantée. L'Eglise Catholique doit se repentir d'avoir usurpé le beau nom de Jésus et d'avoir participé à jeter le discrédit sur le nom de Dieu (Rom. 2v24) par ses pratiques/œuvres sanguinaires, criminelles, immorales, superstitieuses et blasphématoires. » (Com 57).

 

Ouf ! Les lecteurs apprécieront votre sens de la mesure…

 

Mais je comprends en un sens votre colère. Si vous êtes vraiment persuadé de ce que vous dites, alors vous ne pouvez réagir autrement. A votre place, je ferais de même. Je ne vous jette donc pas la pierre. Bien au contraire, je veux commencer par louer cet amour ardent pour Jésus-Christ que vous manifestez, et qui vous amène à déployer vos efforts pour combattre ce qui vous paraît une grave erreur dans l’ordre de la foi.

 

Pour entrer dans le débat cependant, je vous invite à dépasser l’aspect passionnel de tout ce qui peut nous diviser. Et à considérer d’abord ce qui nous unis. Vous et moi avons en commun d’aimer Jésus-Christ par-dessus tout ; nous l’adorons comme notre Dieu et Sauveur parce qu’il est le Fils éternel et bien-aimé du Père envoyé sur la terre pour sauver les hommes de la mort éternelle et du péché. Vous et moi adorons un Dieu unique en trois personnes (Père, Fils et Saint Esprit) ; vous et moi affirmons qu’il n’est pas d’autre nom sous le ciel que celui de Jésus par lequel nous puissions être sauvés (cf. Ac 4. 12). Voilà ce qui nous rassemble ; voilà ce qui nous unis ; voilà ce qui nous permet de nous regarder comme des frères ; voilà ce qui est premier.

 

C’est donc dans un esprit fraternel que je vous invite à entrer dans cette disputatio, en cultivant cette amitié en Christ, et en portant nos échanges dans la prière. Je ne doute pas que le Seigneur bénira notre partage ; je lui demande aussi de bénir tous ceux qui voudront bien y prendre part – tout le monde est invité !

 

Je voudrais engager le débat en commençant par répondre à votre dernier commentaire à l’article sur la Sola Scriptura (Com 51 et suivants).

 

Vous m’interrogez sur le premier Concile de Jérusalem en relevant que la décision prise « a été mise par écrit (donc préservée dans l'Ecriture). Pourquoi a-t-elle été mise par écrit si la « Tradition orale » pouvait convenir ? »

 

En raison sans doute de la particulière solennité de la décision prise et de son caractère impératif pour tout le peuple chrétien ; de sa dimension catholique, universelle (il fallait informer toutes les Eglises : quoi de plus approprié qu’un document écrit pour communiquer aux différentes communautés la réponse donnée à un problème susceptible de se poser partout ?). Notez bien au passage que l’Eglise a toujours conservé cette pratique des Conciles au long des siècles, et qu’elle a toujours consigné par écrit les décisions qu’elle entendait imposer au peuple de Dieu lorsque le dépôt de la foi était menacé.

 

C’est lorsque la Tradition est menacée qu’un texte écrit d'autorité s’impose (et cela vaut en partie pour le Nouveau Testament). La fonction de l’écrit est alors la préservation de la Tradition qui pré-existe à l’écrit. La Tradition est première ; elle existait déjà avant d’être mise par écrit. L'écriture ne fait qu'en rendre compte.  Ce n’est pas l’écrit qui fait exister la Tradition, mais la Tradition qui fait exister l’écrit. L’écrit est dépendant de la Tradition ; voilà pourquoi il est dangereux et nuisible de vouloir séparer l’Ecriture de la Tradition qui la porte.

 

« Actes 16v4 : ce passage fait référence aux décisions prises par les apôtres, les anciens et toute l'Eglise dans Actes 15 et que Paul, Silas et Timothée recommandaient aux chrétiens d'observer. Une fois encore, cette démarche, cette façon d'enseigner, d'instruire, de communiquer les « traditions » de l'Eglise, est consignée par écrit dans la Sainte Parole de Dieu. » L’Ecriture Sainte témoigne en effet de l’existence de ce premier Concile. Mais nulle part il n’est écrit que ce premier Concile serait le dernier… Nulle part il n’est écrit que « cette façon d'enseigner, d'instruire, de communiquer les « traditions » de l'Eglise » n’aurait pas à se perpétuer dans la suite des siècles. Et l’Histoire montrera que l’Eglise sera très vite contrainte de réagir par la voie conciliaire aux fortes contestations portant sur la divinité de Jésus-Christ ou celle de l’Esprit Saint – contribuant ainsi à forger, concile après concile, la doctrine catholique de la Sainte Trinité.

 

« Comme je vous l'ai déjà dit, l'expression « trinité » ne se trouve nulle part dans les Ecritures sacrées mais elle constitue le fondement même de la foi chrétienne. » C’est donc bien la preuve qu’il n’y a pas de Sola Scriptura, puisqu’un « fondement » de la foi chrétienne peut ne pas être énoncé explicitement dans la Bible !

 

La foi en la Trinité vous apparaît – avec juste raison – comme une évidence, et une évidence biblique. Mais force est de constater que ce n’est pas le cas pour tout le monde. Ca ne l’était pas au 4e siècle pour Arius et de nombreux évêques. Ca ne l’est pas encore aujourd’hui pour des communautés qui se revendiquent de la Bible, et qui nient ouvertement la Trinité au nom même de la fidélité aux Ecritures (cf. les unitariens ou les Témoins de Jéhova…) ! La foi en la Trinité implique donc que l’on s’approprie la Tradition catholique qui s’est élaborée à ce sujet au cours des premiers siècles de l’Eglise à l’occasion des 4 premiers conciles œcuméniques – ce que vous faites, ce dont je me réjouis.

 

On voit bien dès lors que l’Ecriture n’est pas suffisante ; qu'elle ne peut pas être "seule". Elle est nécessaire, ça oui. Absolument nécessaire. Mais elle n’est pas suffisante. Ce que vous reconnaissez vous-même lorsque vous me posez cette question, capitale entre toutes : « Comment peut-on lire la Bible sans l'interpréter? » Il me semble que tout est suggéré là, dans cette simple question. Si on ne peut pas lire la Bible sans l’interpréter, c’est donc que la Bible ne suffit pas – il faut encore se rattacher à une école d’interprétation, une « tradition ». Si l’on s’en tient à la lettre seule des Ecritures, alors on peut leur faire dire tout et n’importe quoi – tout, et le contraire de tout (voyez Satan au désert, qui cherche à tenter Jésus… avec la Bible !). Pour lire convenablement l’Ecriture, il faut aller au-delà du texte écrit : il faut en rechercher l’esprit.

 

Mais où trouver l’esprit du texte ? Dans mon intelligence ? Oui, mais cela ne suffit pas – sauf à considérer que je suis plus intelligent que les unitariens et les Témoins de Jéhova (ce que je suis en droit de penser – comme eux sont en droit de penser le contraire).

 

Plus fondamentalement, nous savons – dans la foi – que l’Esprit de Dieu a été répandu sur les disciples au jour de la Pentecôte. C’est donc dans l’Eglise que nous trouvons l’esprit des Ecritures – car c’est en elle qu’il demeure depuis cet évènement fondateur de la Pentecôte ; c’est l’Eglise qui peut nous livrer la juste interprétation des Ecritures – ou à tout le moins nous préserver de toute erreur d’interprétation ; des fausses pistes et autres impasses.

 

Vous allez me dire : oui, mais l’Eglise, c’est vous, c’est moi ! Ce qui est vrai... et pas vrai en même temps. C’est vrai que comme baptisés, nous sommes des ceps greffés sur la vigne et que nous pouvons recevoir ainsi la sève vivifiante de l’Esprit. Mais c’est vrai aussi que nous sommes pécheurs, et que nous pouvons nous tromper. N’oublions pas que l’Esprit de Pentecôte a été répandu sur une communauté rassemblée. Il faut donc toujours confronter notre lecture personnelle des Ecritures avec celle de la communauté, et spécialement de ceux qui sont chargés de l’enseigner. Il faut sans cesse revenir à l’esprit des Ecritures, à cet Esprit qui aime à se déployer parfois hors des cadres de l’Eglise, c’est entendu, mais qui se trouve à coup sûr dans l’Eglise. On ne peut donc lire l’Ecriture sans écouter ce qu’en dit l’Eglise – sans interroger sa Tradition dont elle (l’Ecriture) est l’émanation.

 

Vous allez sans doute encore m’objecter : oui, mais dans l’hypothèse où il y aurait divergence de vue à l’intérieur de l’Eglise sur tel ou tel point d’interprétation, comment trancher ? A cela je répondrai qu’il faut distinguer. OU BIEN il s’agit d’un conflit d’interprétation sur un point essentiel de la foi (ou de la morale) qui provoque de graves dissensions au sein de l’Eglise, auquel cas il existe en dernier ressort la possibilité d’avoir recours à un Concile (qui tranche alors définitivement la question, puisque dans la foi nous savons que c’est l’Esprit Saint qui s’y exprime – cf. Ac 15. 28 ; sur les conflits d’interprétation passés, on consultera avec profit les décisions des Conciles passés qui s’inscrivent dans la Tradition apostolique). OU BIEN, il s’agit d’un conflit d’interprétation sur un point non essentiel, auquel cas les chrétiens seront libres de penser ce qu’ils veulent (par ex. Jésus ressuscité est-il apparu en premier à sa mère ou à Marie-Madeleine ?)

 

Vous citez Jacques Blocher : « … le document écrit a, par nature, le privilège de rester inaltérable, invariable. Une institution construite avec des hommes a la fragilité de l'humaine nature, elle peut dévier. Pour savoir si elle est restée conforme à ce qu'elle était au commencement, il faut la comparer aux intentions de ses fondateurs, généralement formulées dans un document écrit qui fait autorité. »

 

Je n’ai pas dit tout d’abord que la Bible ne faisait pas autorité ; je dis qu’elle n’est pas notre seule autorité. Ce que dit Jacques Blocher explique assez bien pourquoi les chrétiens ont mis par écrit leur témoignage de foi. Mais il ne rend pas compte du petit problème que vous soulevez, à savoir : qu’on ne peut pas lire la Bible sans l’interpréter. En paraphrasant notre auteur, on pourrait tout aussi bien dire qu’une interprétation de l’Ecriture élaborée par les hommes « a la fragilité de l’humaine nature, elle peut dévier ». On en revient donc à cette nécessité d’interroger l’Eglise, que le Seigneur a instituée précisément pour pallier les fragilités de l’humaine nature, pour éviter aux hommes de « dévier ». C’est à elle que Jésus a confié les paroles de la vie éternelle – c’est elle qui est chargée de les porter au monde – c’est elle qui a reçue de la bouche même du Seigneur l’assurance que les portes de l’enfer ne l’emporteront pas sur elle (Mt 16.18).

 

(à suivre…)

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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 18:07

 

Un des mes bons amis sur Facebook me pose la question suivante :

 

« Je ne comprends pas le paradoxe qui consiste à être comme des enfants comme le réclame Jésus et de l'autre, Saint-Paul qui nous invite à dépasser notre état "d'enfance", à retirer tout ce qui soit propre à l'enfance, pour dépasser le "vieil homme". Si tu as des précisions, n'hésite pas, car la chose m'interroge. »

 

Voilà une belle question qui m’a inspiré la réponse suivante.

 

Pour ramasser les choses en une seule phrase, je dirais que : devenir adulte dans la foi, c'est devenir un enfant de Dieu. Un enfant dans l'Esprit est un adulte accompli dans la foi, car il a atteint la pleine maturité spirituelle qui consiste à vivre en totale dépendance de Dieu – à se recevoir entièrement de Lui. Celui qui croit qu'il peut vivre de manière autonome, sans Dieu, ou sans que Dieu prenne toute la place dans sa vie, est dans l'erreur : il est comparable à un petit enfant qui cherche à faire plier la réalité à sa volonté capricieuse. Il ne voit pas que sans Dieu, il n'est rien, il ne peut rien.

 

Au fond, nous sommes tous des enfants vis-à-vis de Dieu. Mais parmi tous ces enfants, il y a les capricieux (ou les ignorants), ceux qui pensent pouvoir faire les choses par eux-mêmes, se débrouiller tous seuls dans la vie. Et il y a ceux qui consentent à vivre avec Dieu, qui connaissent leur limite de créature. Les premiers comme les seconds sont des enfants vis-à-vis de Dieu ; mais les premiers sont des petits enfants puérils et capricieux (ou ignorants), tandis que les seconds sont des enfants de Dieu, adultes dans la foi, conscients des réalités du monde, de ce qu'ils sont et de ce qu'est Dieu.

 

On voit qu'en définitive, l'état d'adulte se défini dans le rapport que nous entretenons avec le principe de réalité (la Vérité). Soit nous la nions, ou nous tentons de la « reconstruire » autour de nos pensées, nos convictions, nos sentiments personnels ; soit nous l'accueillons, la respectons et nous efforçons d'y adapter notre pensée, nos convictions, nos sentiments personnels – auquel cas nous sommes suffisamment adultes dans la foi pour comprendre que nous sommes des enfants, des enfants de Dieu, des enfants pour Dieu, et que nous avons tout à recevoir de Lui.

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17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 18:19


Nous avons déclaré il y a quelques mois que l’athéisme n’existait pas.

« Dieu n’existe pas ! » s’écrient les athées.
« L’athéisme n’existe pas », leur répond l’écho…

Comment ça, l’athéisme n’existe pas ? Et que faites-vous donc des grands penseurs athées comme Nietzsche, Sartre, Marx, Heidegger, Comte-Sponville,
and so on ?... Ils méritent quand même le respect et la considération ! On ne peut raisonnablement balayer leur existence et leur influence d’un revers de la manche ! Ce serait du mépris, de l’arrogance, de l’intolérance !

Je n’ai certes pas dit qu’il n’existait pas de penseurs athées. Il serait insensé de le prétendre. Que cela plaise ou non, il existe un certain nombre de philosophes qui affirment que Dieu n’existe pas et qui en tirent des conclusions pratiques pour leur vie.

Mais s’il existe des penseurs athées, force est de constater qu’il n’existe pas de penseurs de l’athéisme.

Les athées existent ; c’est un fait – et ils sont nombreux. Mais l’athéisme des athées, lui, n’est pas pensé. Et pour cause, il est
impensable.

Que l’athéisme soit source de pensée philosophique – celle que développent les auteurs précités –, nul ne le nie. Mais l’athéisme lui-même n’est pas analysé sur le plan philosophique ; il n’est pas sérieusement examiné, sous-pesé, réfléchi. On ne cherche pas à en tester la validité, à en éprouver la solidité, à le remettre en question. Il est posé là, simplement, comme un postulat de départ. Dieu n’existe pas, nous dit-on, c’est une vue de l’esprit ; la seule réalité, c’est l’univers physique que nous connaissons et explorons par les sciences expérimentales ; en dehors de cette réalité, il n’y a
rien – pas de Dieu. L’univers physique, c’est donc lui l’être, le seul être, qui ne dépend de rien ni de personne pour exister. Tel est le dogme du matérialisme, qui ne souffre aucune contestation, et qui autorise toutes les représentations les plus fantaisistes du monde, même lorsqu’elles heurtent frontalement la réalité objective – celle-ci se voyant alors sacrifiée pour les besoins de la cause.

Si l’on entreprend de penser l’athéisme – qui se veut une pensée rationnelle –, et si l’on s’efforce de le penser sérieusement
jusqu’au bout, on se rend compte avec surprise… qu’il ne tient pas et qu’il se dissout in fine de lui-même : SOIT qu’il se métamorphose en pan-théisme (il cesse en ce cas d’être un « a-théisme »), SOIT qu’il dégénère en un irrationalisme – aux antipodes de la pensée rationnelle qu’il prétend être (il cesse en ce cas d’être une « philosophie »).

C’est pourquoi, la tendance actuelle des philosophes athées consiste à dire (c’est ce que nous avons vu dans notre précédent article) : « il n’y a pas lieu de s’interroger sur l’univers. L’univers
est, un point c’est tout. Se demander s’il aurait pu ne pas être ou s’il aurait pu être différent que ce qu’il est n’a pas de sens. Il est, un point c’est tout ; il n’y a pas lieu de s’en étonner. Il faut en prendre acte. Comme il faut prendre acte que Dieu n’existe pas. La preuve : on ne peut pas l’observer, ni au microscope, ni au télescope. L’évidence s’impose donc : Dieu n’existe pas. »

C’est une version développée du « Je ne crois qu’en ce que je vois »… Ou comment Saint Thomas est revendiqué comme Saint Patron par tous les athées du monde…

Eh bien, dont acte ! Prenons nos amis athées au mot. Et considérons qu’il n’y a pas lieu de s’étonner que l’univers existe. Il existe, c’est comme ça. Il faut le prendre tel qu’il est et ne pas chercher à se demander s’il aurait pu être autrement que ce qu’il est – ce serait de la science-fiction. Appuyons-nous sur le seul élément solide que nous connaissons : la science, rien que la science, toute
la science. Cette science même qui ne nous dit rien sur Dieu ; cette science qui est la source unique de toute connaissance et dont les conclusions (accablantes pour les croyants) révèlent que la nature se suffit à elle-même ; qu’elle n’a pas besoin de Dieu pour exister ni pour fonctionner.

Cette position, exprimée par nombre d’intervenants sur ce Blog, a été admirablement défendue au siècle dernier par Marx, Engels et Lenine.

Nous allons voir où elle nous mène…

L’univers donc existe. C’est un fait. Le seul fait certain sur lequel nous pouvons nous appuyer avec confiance. Rien dans la réalité objective ne nous dit qu’un autre Être que l’Univers existe. Considérons donc l’Univers en sa solitude, puisque lui seul existe ; puisqu’il n’existe aucun autre être que lui ; puisqu’il est le seul être, l’être qui ne dépend de rien ni de personne pour exister tel qu’il est, comme il est.

Les sciences positives (auxquelles nous attachons tant d’importance) nous enseignent aujourd’hui que l’Univers a commencé d’exister ; qu’il fut un temps où il n’existait pas ; un temps où tous les éléments matériels qui le composent (et qui seuls existent, puisque seule existe la matière) n’existaient pas. L’Univers s’est donc donné l’être
tout seul – puisque lui seul existe. C’est l’univers lui-même qui a provoqué le Big Bang. C’est l’univers lui-même qui s’est dit un jour (puisqu’il est seul) : « Tiens ? Je n’existe pas. Il faudrait quand même que j’existe. Donc : Big Bang ! Coucou me voilà, j’existe ! »

Le problème, le
tout petit problème, pas bien grave au fond, c'est que : si un être était capable de se donner l’être à lui-même, cela voudrait dire qu’il existait déjà avant d’exister (ce qui est impossible). Et s’il existait déjà, il n’aurait pas eu besoin de se donner l’être qu’il possédait déjà. Autrement dit, si l’univers était le seul être, l’être unique et incréé, il devrait nécessairement être éternel et sans changement. Car un être unique et incréé qui commence d’exister, voilà qui est impensable.

Tel est pourtant ce que les astronomes nous apprennent aujourd’hui de l’univers : qu’il n'a pas toujours existé ; qu'il a eu un commencement –  ils nous donnent même approximativement son âge : environ 15 milliards d’années…

On est donc conduit à affirmer contre toute raison, dans la perspective athée, la
génération spontanée de l’univers (puisque lui seul existe). L’univers s’est créé tout seul. Il n’a pas de géniteur. Il est l’être merveilleux qui se donne l’être à lui-même. Le seul qui soit capable d’une telle prouesse.

Pour Marx, l’univers ne doit son existence qu’à lui-même. Il est
selbständing, suffisant. Il ne dépend de rien ni de personne pour exister ; il existe par soi. Pour Marx, le Big Bang n’est pas un problème, puisqu’il nous apprend précisément que la formation de l’univers est une auto-génération, eine selbsterzeugung. Cette auto-génération n’est certes pas conçue par Marx comme un premier commencement : pour lui, l’univers est éternel pour la bonne raison qu’il n’est pas possible de le penser non existant. Engels confessera, dans sa Dialectique de la Nature, « l’éternel mouvement circulaire de la matière en mouvement ».

L’univers est donc éternel, selon Marx… mais il s’est
auto-généré ; et Marx tient cela pour un donné de la science.

Cela revient à attribuer à l’univers des pouvoirs merveilleux, magiques,
divins. C’est affirmer que l’Univers est plus puissant encore que le Dieu du théisme (qui ne s’est pas auto-généré, mais qui existe de toute éternité). C’est en tous les cas revenir aux doctrines des premiers philosophes grecs – non pas celle de Parménide qui repousse l’idée d’une genèse de l’être, mais celles d’Anaximandre de Milet, d’Anaximène ou d’Héraclite d’Ephèse – ; à une pensée théogonique de type mythique ; à l’animisme cosmique.

Loin d’être la fine pointe du rationalisme comme certains le croient encore, l’athéisme se révèle en réalité une pensée
mythologique qui nous fait retourner à la préhistoire de la pensée humaine ; une spectaculaire régression de l’intelligence.

Mais ce n’est pas tout.

Depuis le Big Bang, nous savons que l’univers est en régime d’évolution (et les marxistes sont les premiers à le professer). Aux premiers instants de son histoire, l’univers est lumière et rayonnement. Ce n’est que progressivement que la matière va se constituer.

Si donc les atomes se sont formés dans les étoiles dans un ordre de complexité croissante, c’est par l’action de l’univers et de lui seul – puisque lui seul existe.

Si les atomes se sont assemblés ensuite pour donner des molécules, et si les molécules elles-mêmes se sont assemblées pour donner des molécules complexes composées d’autres molécules, c’est encore grâce à l’univers – puisqu’il n’existe pas d’autre être que lui.

Si la matière a continué de s’organiser (cela, toujours dans le même sens : celui d'une complexification croissante) pour donner des molécules géantes et former les premiers messages génétiques, c’est toujours grâce à l’univers en son travail d’enfantement – puisqu’en dehors de lui, il n’y a rien.

L’apparition des premiers organismes monocellulaires et l’augmentation ultérieure des messages génétiques en taille, richesse et information, cela encore est l’œuvre de l’univers – puisqu’il est seul.

C’est l’univers qui a produit les êtres vivants et les espèces animales, qui les a fait évoluer en réalisant des systèmes nerveux de plus en plus riches en connexions et de plus en plus céphalisés. Qui serait-ce d’autre, puisque l'univers est, par hypothèse, l’unique existant ?

C’est l’univers qui a donné naissance, après des milliards d’années d’évolution, à la nature et à son foisonnement d’êtres vivants et pensants – jusqu’à l’homme. Cela, par ses seules forces – car où aurait-il puisé ailleurs qu’en lui-même les ressources nécessaires à la production de tous les êtres, et de l’animal pensant qu’est l’homme ?

Cela revient à dire que l’univers avait
en lui-même et dès l’origine de quoi produire tous les êtres que nous observons – y compris les animaux pensant que nous sommes. Car s’il ne les avait pas eu en lui-même, comment aurait-il pu les produire ? Nul ne peut donner que ce qu’il a. Si l’univers dès l’origine n’avait pas eu en lui-même la vie et la pensée, la vie et la pensée n’auraient jamais pu venir à l’existence, puisque rien ne peut naître du non-être. Si l’univers, au tout début de son histoire, n’avait été qu’un nuage de gaz, alors éternellement, nuage de gaz il serait resté ; car le gaz ne peut engendrer que du gaz, non une gazelle.

Si l’univers est le seul être ; s’il n’y a
rien en dehors de lui, alors il faut admettre que c’est lui qui s’est donné l’être à lui-même, qui s’est auto-généré, comme dit Marx – dans un premier commencement ou dans un cycle de commencements, peu importe. Et il faut admettre aussi qu’il s’est développé dans le temps en puisant dans ses propres ressources jusqu’à faire naître des êtres vivants et des êtres pensants. Ce qui implique qu’il était lui-même vivant et pensant dès l’origine, sans quoi il n’aurait pas trouvé où puiser pour produire la vie et la pensée. La conclusion s’impose d’elle-même : une cosmologie athée postule nécessairement que l’univers avait en lui-même dès l’origine la capacité de produire la vie et la conscience ; qu’il était lui-même vivant et pensant dès l’origine.

Qui l’eut crû ? Les nuages diffus d’hydrogène qui régnaient originellement sur l’univers contenaient déjà en eux-mêmes le cœur battant des hommes, leur intelligence et leur génie créateur. Cela ne se voyait peut-être pas, mais l’univers avait déjà en lui, d’une manière
occulte, la vie et la pensée, puisque la vie et la pensée ont été produites par l’Univers lui-même – par hypothèse, le seul Être existant.

Telle était la représentation du philosophe Hegel :
« De l’Absolu, il faut dire qu’il est essentiellement Résultat, c’est-à-dire qu’il est à la fin seulement ce qu’il est en vérité ». C’est la fin qui nous dévoile le secret de l’identité de l’Absolu, ce qu’il est en vérité depuis le commencement. Le marxisme a repris à son compte la théogonie hégélienne, en considérant que la matière s’engendre et prend peu à peu conscience de soi ; qu'elle devient progressivement ce que nous voyons : matière vivante, puis matière pensante.

Voilà tout ce qu’implique le matérialisme athée quand on s’efforce de le penser jusqu’au bout : la considération d’un univers qui se créé tout seul, qui se donne l’être à lui-même dans un processus d’auto-génération – nous ramenant aux plus antiques représentations théogoniques et mythiques de l’origine du monde ; et d’un univers aux propriétés occultes qui lui ont permis d’organiser
rationnellement la matière pour en faire ces milliards de milliards d’organismes vivants, jusqu’à l’apparition de l’animal pensant que nous sommes.

Pour Marx, la découverte d’une évolution qui se fait par elle-même en vertu de ses ressources propres est la réfutation expérimentale de la doctrine de la Création. Mais cette réfutation implique que l’on attribue à l’univers tous les caractères que la doctrine de la Création attribue précisément à Dieu : l’existence par soi, la suffisance ontologique, la vie, la pensée, la capacité de produire. Dans cette cosmologie, l’univers apparaît comme le grand Vivant incréé, seul producteur de tout ce qui naît en lui au cours du temps ; c’est lui qui se présente comme le grand Être, le Pensant éternel et auto-créateur, le Divin.

Voilà ce vers quoi l’on s’oriente si l’on veut maintenir à tout prix le dogme athée, et si l’on tient absolument à affirmer que l’Univers est le seul être, l’Être unique et nécessaire : nous sommes irrémédiablement conduits à l’animisme hylozoïque, au mythe théogonique. L'athéisme nous ramène quelques 25-30 siècles en arrière à la doctrine des anciens Grecs (Anaximandre, Héraclite et à leur suite, les Stoïciens). Où l’on voit que la cosmologie athée n’est autre qu’une cosmologie
panthéiste ; et qu’une cosmologie authentiquement athée est en vérité impossible, compte tenu de ce que nous savons aujourd’hui de l’univers.

Dire qu’il n’y a pas de Dieu revient à dire que l’univers, lui, est divin. Mais alors, si les mots ont un sens, nous ne sommes plus dans l’athéisme ; nous sommes dans le panthéisme.

La vérité est que l’athéisme ne supporte pas la moindre confrontation avec le réel objectif de l’univers ; et que poussé dans ses ultimes retranchements, il se dissout de lui-même et se métamorphose en panthéisme.

On ne se débarrasse pas aussi facilement de l’idée de Dieu.

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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 11:44

Je me suis récemment inscrit à la Fraternité des âmes délaissées du Purgatoire. Cette Fraternité dépend du sanctuaire de Notre-Dame de Montligeon, et moyennant une offrande symbolique (30 €), je me trouve lié spirituellement et perpétuellement aux membres de cette « paroisse invisible » et sans frontières qui compte plusieurs millions d’adhérents de par le monde. Je bénéficie en particulier des grâces obtenues par la célébration de toutes les messes, ce qui constitue un précieux soutien dans ma vie quotidienne de foi et de prière.

Cette adhésion m’a valu un abonnement gratuit de 6 mois à la revue du Sanctuaire : « Chemins d’éternité ». J’ai reçu cette semaine la livraison des mois de novembre/décembre 2009 consacrée aux Indulgences, et je voudrais vous partager ma joie et mes découvertes à la lecture de ce numéro vraiment
indispensable que je ne saurais que trop vous recommander.

« Le sujet des indulgences pose aux chrétiens de nombreuses questions
, introduit l’éditorial du Père Paul Préaux, recteur de la Basilique de Notre-Dame de Montligeon. Il s’agit, il est vrai d’un sujet délicat, à l’origine de ruptures dramatiques » (p. 3).

Le Père Jean-Robert Armogathe, aumônier de l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, rappelle à cet égard le grand conflit ayant opposé Martin Luther à l’Eglise catholique, coupable à ses yeux d’
« abus récurrents, le principal étant la simonie, le trafic de ces indulgences. ». Il a fallu tout le travail des Papes et des évêques pour « canaliser une piété populaire attachée à cette pratique : il fallait surtout éviter la spéculation sur l’au-delà » (p. 18). On ne marchande pas l’amour de Dieu.

Les mentalités catholiques d’aujourd’hui restent manifestement marquées par les conflits et abus d’autrefois. Car de fait, la pratique des indulgences semble plutôt délaissée par les fidèles.
« Ce qui est étonnant, remarque le P. Préaux, c’est que devant la richesse d’un tel trésor dont nous sommes dépositaires, bien peu de catholiques se sentent impliqués ». La revue « Chemins d’éternité » nous invite donc à redécouvrir ce grand don des Indulgences et à en tirer tout le profit spirituel qui s'y trouve attaché : « soyons indulgents avec les indulgences ! » nous exhorte le P. Préaux.

Mais de quoi parle-t-on au juste ?
« En latin, l’indulgence n’a rien à voir avec la vertu de ce nom en français : c’est une remise de peine » (P. Armogathe). Quelle peine ? Celle causée par notre attachement au péché. On pourrait entendre ici le mot « peine » non pas tant dans son acception pénale que dans le sens où le péché nous rend « triste ». On se souvient de la péricope du jeune homme riche dans l’Evangile, qui après avoir interrogé Jésus sur les moyens d’aller au Ciel, repart « tout triste parce qu’il avait de grands biens » (Mt 19. 22)… Le péché nous aliène et nous rend malheureux (même si nous avons le sentiment du contraire). Or, c’est de cette misère qu’il convient précisément d’être détaché. Ce détachement peut-être un véritable arrachement, à raison du profond enracinement du péché dans notre cœur. Et c’est ce qui explique sans doute la souffrance des âmes du Purgatoire. Mais cette souffrance nous délivre d’une douleur encore plus grande : celle qui résulte de notre éloignement de Dieu, notre seul vrai bonheur. En outre, elle n’est pas inévitable : les indulgences nous en libèrent. Preuve s’il en était besoin que ce n’est pas la souffrance en tant que telle qui purifie, mais bien l'Amour de Dieu.

Mais si tel est vraiment le cas, pourquoi alors le sacrement de réconciliation (qui est par excellence le sacrement de l'Amour de Dieu) n’efface-t-il pas toute la peine causée par le péché ? Parce que si le pardon des péchés a pour effet de remettre effectivement la dette du pécheur et de le rétablir dans sa dignité d’enfant de Dieu, il reste à l’homme de se mettre en mouvement pour manifester l’adhésion de sa liberté à cette toute nouvelle condition qui résulte de la grâce sacramentelle. Cette mise en mouvement est une exigence intrinsèque au don de la Miséricorde. Car une fois relevé, il n’est pas possible de faire comme s’il ne s’était rien passé, comme si la faute n’avait pas été commise, comme si elle n’avait pas eu de conséquences. Je dois m’efforcer de réparer ce qui peut l’être ; c’est là une nécessité de l’Amour même. Si je n’y procédais pas, je manifesterais une bien grande ingratitude qui me maintiendrait dans l’égoïsme et donc, dans le péché. Pour sortir du péché, me purifier de l’égoïsme et en guérir, le pardon reçu ne suffit pas : je dois encore poser un acte d’amour qui va me resituer dans la Justice ; et c’est cet acte qui va parachever l’œuvre de la Miséricorde accomplie dans le sacrement du pardon (cf. Mt 18. 23-34). Celui-ci ne peut donc produire ses fruits de guérison qu’en tant que l’homme participe lui-même activement à la
réparation du péché commis.

Pour mieux comprendre ce lien entre pardon de Dieu et réparation de l'homme, Don François-Regis Moreau, prêtre de la Communauté Saint-Martin, nous donne une image : celle
« d’un enfant qui aurait cassé un vase à la maison : il va demander pardon à ses parents, et sa faute est effacée ; mais il n’en demeure pas mois que le vase reste brisé ! » Le pénitent est donc invité à réparer son péché. C’est là la « peine » due au péché ; une exigence de la Miséricorde même qu'il a reçue et dont il vit désormais, à charge pour lui de le manifester dans ses actes.

« Tous les théologiens chrétiens conviennent de l’objectivité de la blessure que cause le péché. Luther rejetait fermement toute tentative d’alléger la pénitence qu’impliquait cette sanctification. Tout péché est une atteinte à l’ordre du monde. Le repentir permet d’obtenir le pardon de Dieu et la réintégration du pécheur dans la communion ; mais ce qui a été cassé ne peut être que réparé, recollé.
Il reste une trace matérielle du mal causé, y compris dans le pécheur lui-même : l’homme doit être progressivement guéri des conséquences négatives que le péché a causées en lui. »
(P. J.-R. Armogathe, p. 19).

Le don de l'indulgence (par laquelle l’exigence de réparation est totalement ou partiellement satisfaite) est donc indéfectiblement lié, lui aussi, au sacrement du pardon.
« Le sacrement de réconciliation vient rétablir mon lien avec Dieu. L’indulgence elle, vient une fois que le sacrement du pardon a été donné. Ce n’est pas l’un ou l’autre, c’est l’un après l’autre. » (Père Jean-Philippe Nault, recteur du sanctuaire d’Ars, p. 1). « La théologie catholique (…) situe les indulgences dans le contexte de l’agir sacramentel du Christ-Rédempteur à travers le sacrement de réconciliation pénitente » (P. Bertrand de Margerie, in Le Mystère des Indulgences, editions P. Lethielleux, cité p. 13).

Le Père Nault évoque à ce sujet la distinction classique entre la « peine éternelle » et la « peine temporelle » dues au péché. La peine éternelle est celle qui résulte du péché, en tant qu’il me coupe de Dieu. Le peine est dite éternelle
« parce qu’elle dure tant que je ne reviens pas à Dieu ». « Quand je vais me confesser, je renoue ce lien plus ou moins abîmé ».

La « peine temporelle » est celle qui résulte des conséquences du péché, qui laisse des séquelles plus ou moins graves selon la gravité de la faute commise. Cette peine est satisfaite par les bonnes oeuvres du pénitent, ou dans le Purgatoire… à moins qu’elle ne soit purement et simplement remise par la grâce de l’indulgence. La pratique de l’indulgence constitue ainsi
« une application concrète du principe selon lequel, dans le Royaume de Dieu, tout est DON, don grâcieux et immérité, et en même temps – dans le mystère de la Providence divine – [un rappel de ce que] nous sommes appelés, dès maintenant, à coopérer humblement à l’édification de ce Royaume. » (P. Préaux, p. 3).

Les indulgences sont accordées par le Pape, successeur de Saint Pierre, en vertu du « pouvoir des clés » qui lui a été conféré par le Christ :
« Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aux cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié aux cieux » (Mt. 16. 19). Elles puisent dans le trésor de la communion des Saints, « constitué des satisfactions surabondantes de Jésus-Christ, de la Vierge et de tous les Saints » : « Nous participons au merveilleux échange des biens spirituels dans lequel la sainteté de l’un profite aux autres, bien au-delà des dommages que le péché de l’un a pu causer aux autres » (Jeanine le Goff, p. 14). Les indulgences ne contredisent pas la Justice divine, puisqu’en les obtenant, nous nous approprions les mérites du Seigneur Jésus et de tous les Saints du ciel ; nous faisons nôtres leurs propres mérites, et leurs propres actes de réparation. Nos péchés sont donc bien réparés et la peine temporelle satisfaite, mais par d’autres que nous, en vertu de la solidarité qui nous unis dans le Christ. Pour reprendre notre exemple de l’enfant qui a cassé le vase, il faut imaginer qu’il soit aidé dans son acte de réparation par sa maman et sa grande sœur. Or, l’Eglise est une grande famille ! Par la pratique de l’indulgence, nos frères et sœurs aînés dans la foi viennent à notre secours et font l'essentiel du "travail", par la grâce de Dieu. C'est ainsi que « dans l’indulgence, il y a un surplus de miséricorde » (P. Nault). Jean-Paul II parlait de l'indulgence comme du « don total de la miséricorde ».

Il pourra paraître choquant à certains que le sacrifice du Seigneur Jésus-Christ sur la Croix ne suffisent pas à tout réparer. Mais quand on y réfléchit, cela renvoi à une vérité très profonde de notre foi, à savoir que
« Dieu fait tout pour nous, mais pas en dehors de nous » (Jeanine Le Goff). Si Dieu agissait sans nous, il manquerait quelque chose. Or, c’est ce manque que nos œuvres viennent combler. Non pas les œuvres de la loi, qui ne sanctifient pas, mais les œuvres de la foi, dont parle St Jacques dans son Epître (2. 14-26). Les œuvres de la foi viennent compléter « ce qui manque aux souffrances du Christ pour son Corps qui est l’Eglise » (Rm 1. 24). Le P. Armogathe nous invite à contempler l’Eglise décrite dans l’Apocalypse comme l’épouse vêtue d’une simple robe de lin blanc, d’une étoffe pure et resplendissante, lequel lin blanc représente selon Saint Jean « les bonnes actions des Saints ».

En conséquence, si le Royaume de Dieu est un don gratuit que nous ne pouvons pas « mériter » par nos « bonnes œuvres », il n’en demeure pas mois que
« notre agir n’est pas indifférent devant Dieu et qu’il n’est donc pas non plus indifférent pour le déroulement de l’Histoire. Nous pouvons nous ouvrir nous-mêmes, ainsi que le monde, à l’entrée de Dieu : de la vérité, de l’amour, du bien. C’est ce qu’ont fait les Saints, qui, comme « collaborateurs de Dieu » ont contribué au Salut du monde (cf. 1 Co 3. 9 ; 1 Th. 3. 2). Nous pouvons libérer notre vie et le monde des empoisonnements et des pollutions qui pourraient détruire le présent et l’avenir. » (Benoît XVI, Encyclique Spe Salvi, n°35).

« Le Christ est l’unique Sauveur des hommes,
affirme Jeanine le Goff, mais Il a besoin de nous comme Il a eu besoin de Marie pour que son Fils vienne sur terre » (p. 14).

Si les indulgences nous permettent d'échapper à la peine temporelle due au péché par la grâce de Dieu et les mérites des Saints, elles s'inscrivent dans une démarche de pénitence (dont nous ne sommes pas affranchis) et de
conversion (dont nous ne pouvons faire l'économie) : c’est la raison pour laquelle leur réception est conditionnée à un certain nombre de pratiques, destinées à manifester notre repentir. Par exemple, à l’occasion du Jubilé célébré à Ars pour le 150e anniversaire de la mort du Saint Curé, une démarche en cinq points a été proposée aux pèlerins :

« 1) passer la Porte Sainte, c’est-à-dire poser un acte de foi, choisir le Christ comme unique Sauveur et donc refuser ce qui m’en éloigne ;
2) se laisser laver par la Miséricorde dans le sacrement de pénitence ;
3) se laisser nourrir par Dieu par l’Eucharistie et la communion ;
4) prendre un temps de prière aux intentions du Saint Père (…) ;
5) choisir un acte de charité et le mettre en œuvre.


Il s’agit ainsi d’ouvrir notre cœur et d’entrer, avec la grâce de Dieu, dans un chemin de conversion et donc de sainteté »
. (P. Nault, p. 11 et 12).

C’est donc à la mesure de notre amour que nous recevons le don des indulgences. Celles-ci n'ont aucun caractère magique. Ainsi qu’il en est également de la prière ou du sacrement de réconciliation, la grâce de l'indulgence n’agit que dans la mesure où mon cœur est suffisamment ouvert pour la recevoir. Il en résulte que l’indulgence ne présente aucun caractère automatique.
« La théologie catholique (…) ne peut nullement garantir que, même dans le cas de l’indulgence plénière, la peine temporelle encore due au péché est entièrement remise par Dieu. Pour l’Eglise, la conversion est toujours nécessaire, sinon l’indulgence plénière ne serait qu’illusion. Pas d’indulgence plénière sans contrition parfaite » (P. Bertrand de Margerie, p. 13).


Rappelons ici que les indulgences peuvent être obtenues pour soi-même ou pour nos frères défunts ; que si nous ne pouvons en faire bénéficier des frères ou des sœurs vivants (en raison de l’exigence de conversion que leur réception suppose, et que nous ne pouvons satisfaire à leur place), nous pouvons les appliquer à nos frères défunts qui, eux, ne peuvent plus rien pour leur propre sanctification.
« En clair, (…) ces âmes ont besoin de notre prière pour que le Seigneur leur donne les soins nécessaires. C’est un bien grand mystère qui peut étonner, voire même choquer. Mais si l’on prend le parti de se dire que l’Eglise est inspirée, on peut trouver magnifique que Dieu nous veuille aussi solidaire les uns des autres ; tant dans le mal que dans le bien. En somme, comme dans une famille ! » (Florent Triadot, p. 21).

Vous trouverez également dans ce remarquable dernier numéro de « Chemins d’espérance » un témoignage poignant de Tim Guénard, raconté par son épouse (vous saurez pourquoi en lisant la revue). Et aussi un petit livret contenant quelques prières indulgenciées (pleinement ou partiellement) qui est un trésor à soi tout seul. Saviez-vous ainsi qu’adorer le Seigneur une demi-heure devant le Saint Sacrement nous vaut une indulgence plénière ? Qu’il en est ainsi également avec la prière du Rosaire ? Que le fait pour les fidèles de chanter à la messe le « Âme du Christ » de Saint Ignace de Loyola en action de grâce après la communion leur obtient une indulgence partielle ?...

Redécouvrons donc ce trésor des indulgences afin de plonger dans le cœur de la Miséricorde divine, et cueillir ainsi abondamment les fruits de notre Rédemption.
« Rendez-vous compte qu’un fidèle qui fait une démarche d’indulgence en vérité et meurt peut aller directement au Ciel ! » (P. Nault, p. 13)


Ø Pour approfondir la réflexion sur les notions de réparation et de Justice, sur les indulgences et le Purgatoire, relire "La réparation, le feu purificateur et la Justice de Dieu"
Ø Pour approfondir la réflexion sur les fins dernières, relire "Réflexions et méditations sur les fins dernières"

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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 16:31
Nous avons réfléchi la semaine dernière sur ce qui pouvait constituer l’essence de l’identité catholique, et avons vu à cette occasion que le qualificatif de « catholique » était exempt en soi de toute connotation morale subjective, le terme renvoyant simplement à l’appartenance objective et visible de la personne à l’Eglise catholique ; pas plus, pas moins.

Pour objective qu’elle soit, cette appartenance n’est pas extérieure à nous-même : elle implique une adhésion explicite, consciente et volontaire de la personne aux dogmes de la foi catholique : aux articles du Credo, tels que l’Eglise catholique les a compris et explicité dans ses catéchismes successifs ; mais aussi au développement de la Tradition (qui est le déploiement de la Parole de Dieu et de l’intelligence de la foi dans l’Histoire) et du Magistère (qui désigne l’enseignement des Apôtres et des évêques qui leur ont succédé, unis à Saint Pierre et à son successeur sur le siège romain : le Pape).

Notre lectrice,
Nathalie, à qui était spécialement dédiée l’article précédent, réplique à nouveau : « Etre baptisé, si je suis ton raisonnement, si cela est un fait objectif, ne suffit donc pas pour faire d'une personne un catholique. Car l'adhésion de la personne concernée est nécessaire. Ce qui, par exemple, me fais demander ceci : faut-il être théologien pour être catholique ? (…) Car, pour adhérer au magistère et à la Tradition, il faut en connaître quelque chose, n'est-ce pas ? Du moins est-ce la logique de la démarche. Autrement dit, est-ce que l'ignorance en matière religieuse peut remettre en question mon titre – ou ma qualité – de catholique ? Cela nonobstant les sacrements que j'ai pu recevoir – baptême, 1ère communion, confirmation, mariage. »

Un grand merci à toi, Nathalie, pour ces magnifiques questions auxquelles j’ai choisi de répondre par le présent article plutôt que par un simple commentaire, tant elles appellent de développements.

Faut-il être théologien pour être catholique ? Sans hésiter, je répondrai… OUI. Encore faut-il s’entendre sur le sens du mot « théologien ». La théologie (« theo-logos ») désigne littéralement un discours sur Dieu, une pensée sur Dieu (« théo » signifiant Dieu, et « logos » la parole, ou la raison, la pensée). Dès lors,
le catholique est théologien par nature, puisque le Credo qu’il professe est porteur d’une certaine idée de Dieu et de Ses relations avec les hommes. Le catholique croit en un Dieu personnel et Trinitaire ; un Dieu qui s’est fait homme en Jésus-Christ, mort et ressuscité pour notre Salut ; un Dieu dont l’Esprit est descendu sur la communauté des disciples (l’Eglise) le jour de la Pentecôte ; un Dieu qui vit avec nous tous les jours et jusqu’à la fin du monde dans son Eglise (cf. Mt 28. 20) et qui se manifeste entièrement en elle et par elle.

Donc : le baptême ne suffit pas. Ou plutôt si : il suffit. Car le baptême n’est pas simplement un sacrement que l’on reçoit un jour du temps ; ce n’est pas seulement un évènement du passé, daté et révolu, dont on peut faire mémoire avec nostalgie, en compulsant les pages jaunies d’un album-photo. Le baptême ne se réduit pas à la seule cérémonie religieuse que l’on a célébrée à l’église du coin, avec sa famille rassemblée ; il ne consiste pas dans le seul fait d’avoir reçu à cette occasion un peu d’eau sur le front.
Le baptême est fondamentalement un engagement de la personne baptisée :
l’engagement de vivre en enfant de lumière selon la foi confessée par l'Eglise, dont nous renouvelons solennellement la profession publique chaque année lors de la vigile pascale, en la nuit de Pâques.

Le baptême est donc inséparable de la confession de foi, de l’affirmation publique de notre attachement à la pensée de l’Eglise catholique sur Dieu et sur la manière de vivre notre relation à Lui. En ce sens,
le baptême fait de nous des « théologiens ». Cela est si vrai qu’il est impensable aujourd’hui de baptiser un adulte (ou un enfant d’un certain âge) sans qu’il se soumette préalablement à une préparation (
le catéchuménat) relativement longue dans la durée, puisqu’elle s’étend en général sur deux années : soit le temps que l’Eglise se donne pour enseigner le catéchumène sur sa théologie et sur ce qu’elle implique dans la vie concrète du baptisé. On ne baptise en vérité dans l'Eglise catholique que des « théologiens » catholiques, c’est-à-dire des personnes qui décident en toute conscience et liberté de faire leur la foi de l’Eglise catholique. « Revêtir le Christ » sous ce rapport signifie donc aussi revêtir le vêtement blanc de l’Eglise, de sa doctrine de vérité et de Salut qui lui vient du Christ et qu’elle a pour mission d’enseigner aux nations (cf. Mt 28. 18-20 ; Ac 4. 2 ; etc.)

Bien sûr, ce que nous disons là du baptême ne concerne pas les petits enfants, qui sont baptisés à un âge où ils n’ont pas encore conscience de ce qu’ils font. Mais ceux-ci sont portés par le libre engagement de leurs parents de les éduquer dans la foi catholique ; et parvenus à l’âge de la claire conscience et de la libre volonté, ils seront invités à ratifier personnellement l’engagement baptismal pris pour eux par leurs parents, et à s’approprier la théologie catholique telle qu’elle se trouve déclinée dans le Symbole des Apôtres ou le Credo de Nicée-Constantinople.
Un catholique ne peut donc faire l’économie de la libre adhésion à la pensée théologique de l’Eglise catholique et à la vie qui en découle. C’est cet acte de libre volonté à l'égard de la théologie catholique qui me va me constituer comme « catholique » ; c’est mon rapport aux dogmes de la foi catholique qui va me situer objectivement dans mon appartenance confessionnelle.

La formation théologique impliquée par le baptême et qui en est ordinairement l’une des conditions, est rendue plus nécessaire encore par le sacrement de Confirmation. Le Sacrement de Confirmation est en effet le Sacrement par excellence de l’envoi en mission. L’Esprit Saint nous est donné afin que nous témoignions du Christ ressuscité au monde entier ; afin que nous soyions en mesure de rendre compte de notre foi à quiconque nous demandera raison de l’espérance qui nous habite (cf. 1 P 3. 15). La Mission – dont nous célébrons aujourd’hui le Dimanche – nous invite à entrer en dialogue avec les hommes de notre temps, et à confronter notre pensée « théologique » avec les différentes conceptions de nos contemporains (sur la vie, l'amour, la mort ; l’homme, la société, les rapports de celle-ci avec le fait religieux, etc.). Pour que cette mission ne tourne pas au bourrage de crâne (l’annonce « marteau-pilon ») ou au dialogue de sourd (« à chacun sa foi »), il est essentiel de rejoindre les hommes là où ils se trouvent, et de leur porter la lumière de l’Evangile sur les chemins enténébrés où ils peuvent se trouver englués.

Par exemple, à quelqu’un qui défend l’avortement ou l’euthanasie, il ne suffira pas de lui clamer : « Christ est ressuscité, convertis-toi mon frère » ! Il faudra aussi lui dire notre conception de l’homme, et lui faire entendre la position de l’Eglise sur ces sujets-là – ce qui implique de la connaître. De même, à celui qui nie la divinité de Jésus ou sa naissance virginale dans le sein de Marie, il faudra être en mesure de lui opposer les arguments qui sont ceux de l’apologétique catholique depuis plus de deux mille ans. Autrement, nous ne serions pas fidèles à notre mission. Non pas que la conversion des hommes dépende de l’échange d’arguments rationnels ; mais notre témoignage consiste aussi à dire à nos contemporains la manière dont l’Eglise de Jésus-Christ – et partant, Jésus-Christ lui-même – voit l’homme et son rapport à Dieu et au monde. Aux hommes qui nous interrogent à partir de leurs préoccupations et de leur mode de pensée, il faut apporter une réponse qui fasse sens pour eux, et qui soit porteuse en elle-même de la lumière de l’Evangile. Ce qui implique un effort de formation dont l’exigence ne s’éteint pas avec baptême, mais s’accroît tout au contraire avec la Confirmation, et a vocation à se poursuivre tout au long de notre vie. Nous avons tous ainsi le devoir impérieux de hisser nos connaissances spirituelles et religieuses au même niveau que nos connaissances profanes. Il n’est pas normal par exemple qu’un polytechnicien ait un niveau CP en catéchisme !

Cela dit, nous ne saurons jamais tout sur tout. Nous serons toujours en deçà de ce que le Seigneur nous demande. Nous serons toujours des ignorants de la foi, en ce sens que ce que nous ignorons sera toujours infiniment supérieur à ce que nous savons. Il ne faut pas s’en affliger ni s’en s’inquiéter : il faut simplement travailler, sûr que ce travail portera ses fruits, ne serait-ce que dans notre cœur. A l'inverse, nous devons être convaincus que la paresse intellectuelle peut nous porter un grave préjudice.
A défaut d’avoir labouré notre cœur avec la bonne semence de l’enseignement salvifique du Christ, nous risquons d'être fragilisés et vulnérables face au scepticisme ambiant, au relativisme de notre société et à l’athéisme de nos contemporains. L’ignorance religieuse (dans la limite imposée par les exigences intrinsèques au baptême dont j’ai parlé plus haut) ne nous disqualifie certes pas en droit de notre titre de « catholique » ; mais elle peut nous le faire perdre en fait par la contamination progressive de notre pensée par celle du monde, avec le venin du soupçon dont elle est porteuse. Autrement dit : je peux perdre la foi si je ne prends pas soin de la petite graine du Salut qui a été déposée en moi le jour de mon baptême. Comme une plante, le développement de ma foi dépendra du soin dont je l’aurais entouré.

« Un peu de science nous éloigne de Dieu
, disait Louis Pasteur ; beaucoup nous en ramène ». Pour croire solidement, durablement et fidèlement, il me faut donc un surcroît de science et d'intelligence ; il me faut travailler, « bûcher ma foi » comme aime à dire le Père Guy Gilbert : c’est-à-dire « bûcher » la Parole de Dieu ; « bûcher » le Magistère catholique sur tous les sujets sur lesquels je suis interpellé ; « bûcher » mon catéchisme… Ce qui est certainement plus facile aujourd’hui qu’à une certaine époque, de par l’essor d’Internet qui offre aujourd’hui diverses manières simples et variées de se former : que ce soit par les blogs ou les enseignements disponibles en ligne (cf. les Cours Alpha, les sites qui proposent des cours en libre écoute, une initiation à la théologie, et tant et tant d’autres possibilités...).

Cela dit, je pense que rien ne remplacera les livres ou les revues (songeons à Famille Chrétienne, Feu et lumière, Il est vivant!...). Un catholique qui a un certain niveau de diplômes (et je pense que c’est le cas de la plupart des lecteurs de ce Blog) doit lire. C’est dans le travail intellectuel qu’un Paul Claudel ou un Curé d’Ars (dont la bibliothèque contenait plus de 400 livres) trouvaient les aliments vitaminés de leur foi.

Et si nous allions rendre une prochaine visite à la librairie religieuse la plus proche de chez nous ?

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11 octobre 2009 7 11 /10 /octobre /2009 12:01

J’ai publié, il y a quelques mois de cela, un questionnaire qui se voulait un test pour déterminer l’authenticité de notre foi catholique.

Nous savons que beaucoup, à l’occasion de sondages d’opinion, se présentent comme « catholiques ». Certains à bon droit (heureusement…). D’autres, simplement parce qu’ils ont été baptisés dans leur petite enfance et qu’ils demeurent vaguement croyants, même s’ils ne vont pas à la messe tous les dimanches.

Nous savons aussi que nombre de ceux qui se déclarent catholiques sont extrêmement critiques à l’égard de l’Eglise du même nom, que ce soit sur ses positions jugées rétrogrades ou intolérantes, ou sur son Pape, considéré comme réactionnaire et dépassé.

Au point que la question : « suis-je catholique ? » doit certainement être reposée par nombre de ceux qui se considèrent comme tel.

Le principal mérite du petit questionnaire de Cyril Brun, qui relevait 50 points fondamentaux et déterminants de l’identité catholique, était de nous re-situer en face de cette question de notre adhésion à la foi catholique.

L’une de nos lectrices cependant, Nathalie, s’interrogeait sur la pertinence d’une telle démarche. « Qui a élaboré ce questionnaire, demandait-elle, et quelle validité (crédit officiel, si je m'exprime bien, comme venant de l'Eglise elle-même) on peut lui accorder ? Ce que j'entendais, en posant cette question, c'est : est-ce que n'importe qui a le droit de décréter que je suis catholique ? Est-ce que moi-même, j'ai autorité pour affirmer, de manière crédible et indiscutable, que je suis catholique ? Si tout le monde est en droit et légitime pour dire, ceci est catholique, cela ne l'est pas, donc je peux dire que JE suis catholique, mais si mon voisin vient affirmer le contraire, que se passera-t-il ? Enfin, pourquoi inventer un questionnaire lorsque nous avons le Credo ? » (commentaire n°21)

Elle réitérait plus loin sa question :
« Qui est légitime pour dire qui est catholique et qui ne l'est pas. Moi ? la voisine ? Miky ou Jonas ? ou l'auteur de ce blog ? Ce questionnaire est bien intéressant, amusant aussi, sans doute juste, mais d'où tire-t-il sa légitimité ? » (commentaire n°25)

Je demande pardon à Nathalie de n’avoir pas réagit plus tôt à sa légitime interrogation, mais celle-ci est restée dans mon cœur, et je voudrais aujourd’hui tenter d’y répondre.

Qu’est-ce qu’un catholique ? La question peut être posée aujourd’hui comme elle le fut naguère dans le monde anglo-saxon pour un autre terme, celui de « gentleman » (exemple évoqué par CS Lewis dans son ouvrage sur « Les fondements du christianisme »). Le mot « gentleman » désignait autrefois un homme qui possédait des armoiries et des biens fonciers. Ce n’était donc pas là un compliment, une qualité d’être, mais un fait objectif. Et dire de quelqu’un qu’il n’était pas un « gentleman » n’avait rien d’infâmant pour la personne ; il s’agissait simplement d’apporter une précision concernant l’état de son patrimoine. Affirmer que Untel était un grossier personnage et en même temps un gentleman n’avait donc rien de contradictoire, pas plus qu’il ne l’est d’affirmer qu’Untel est un grossier personnage et en même temps diplômé en droit ou en philosophie.

Le mot gentleman a connu cependant une mutation. Des gens ont commencé à considérer que « ce ne sont pas par les possessions matérielles que l’on définit un vrai gentleman, mais par sa conduite ». Et à partir de là, on commencé à dire qu’Untel était « gentleman » en raison de sa courtoisie et de sa gentillesse, tandis qu’Untel autre ne l’était pas en raison de sa morgue et de son manque de savoir-vivre.

Chacun s’accorde à penser qu’être honorable dans sa conduite vaut mieux que d’arborer des armoiries. Mais au-delà du jugement moral que l’on peut porter sur les personnes, le sens du mot « gentleman » s’en trouvait considérablement modifié ; il ne désignait plus la même réalité que celle qu’il visait originellement. L’emploi du terme en cette nouvelle acception était devenu un moyen de rendre hommage à la personne, à ses qualités humaines et morales, non plus de désigner sa situation matérielle et patrimoniale. Dès lors, dénier à quelqu’un la qualification de « gentleman » revenait à porter sur lui un jugement négatif, et pouvait être pris par lui comme une offense, une injure.

Ce changement subreptice du sens de terme anglo-saxon « gentleman » n’est sans doute pas un drame dans l’absolu : mais il serait assurément très malheureux que le mot « catholique » ait à subir le même sort. Car tout comme l’expression « gentleman », l’expression « catholique » renvoie depuis l’origine à une réalité objective que tout un chacun peut apprécier – et non pas seulement l’Eglise elle-même, le terme « catholique » ne comportant en lui-même aucun sens moral sur la personne ainsi qualifiée – même si idéalement, cela le devrait peut-être.

Aujourd’hui, il arrive que l’on dise d’une personne qui se conduit humainement et avec générosité envers les autres qu’elle agit « chrétiennement » ou en vrai « catholique ». La personne en question pourrait ne pas être croyante ou pratiquante que cela ne changerait rien à l’affaire : parce qu’elle fait le bien et qu’elle aime son prochain, elle serait plus proche du Christ qu’un prétendu catholique qui passerait son temps à l’Eglise, à prier et à étudier la Bible, mais qui mépriserait ses frères et ne cesserait par exemple de médire à leur sujet. Untel, non croyant et non pratiquant, pourrait se considérer plus « chrétien » ou « catholique » qu’un habitué des assemblées dominicales ou un érudit sur les questions théologiques.

Alors qu’en est-il ? Qu’est-ce qu’un catholique ? Et qui a autorité pour dire de son frère qu’il est ou non catholique ?

Si l’on entend par catholique quelqu’un de bien, qui pour cette raison, serait habité par l’esprit d’amour et de compassion de Jésus-Christ, alors je suis d’accord avec Nathalie : il n’appartient à personne de juger si quelqu’un est ou non « catholique ». Dieu seul peut sonder les reins et les cœurs ; il ne nous appartient pas en tant qu’hommes de juger nos frères et de les « chasser » de la catégorie des « gens biens » en leur déniant la qualification de « catholique ». Ce serait leur faire offense que de leur dire qu’ils ne sont pas catholiques. Cela reviendrait à porter sur eux un jugement moral dévalorisant. Or, comme chacun sait, il n’est pas permis à un chrétien de juger son frère. « Ne jugez pas, dit Jésus, si vous ne voulez pas être jugés » (Mt 7. 1)

Mais l’emploi du mot catholique en ce sens constituerait une grave dénaturation du mot lui-même, le conduisant à désigner une réalité autre que celle qu’il visait originellement.

Depuis l’origine du christianisme en effet, le mot catholique désigne un fait objectif, que tout un chacun peut constater : l’appartenance visible à l’Eglise catholique. Tout simplement. Ce qui implique plusieurs choses concrètes et vérifiables.

Le catholique est tout d’abord un chrétien, c’est-à-dire un disciple de Jésus-Christ ; une personne qui adhère au Credo et à toutes les vérités de la foi qui y sont déclinées : la Sainte Trinité, l’Incarnation du Fils de Dieu dans le sein d’une Vierge, la mort et la résurrection de Jésus, etc.

Dire de quelqu’un qui ne croit pas en la résurrection (qui adhère par exemple à la théorie de la réincarnation) ou qui refuse de penser que Jésus ait pu naître d’une vierge, qu’il n’est pas catholique ni même chrétien, ne peut être considéré une insulte ou une offense : c’est là simplement la constatation d’un fait objectif. Car on ne peut se prétendre catholique si l’on ne croit pas dans les vérités de la foi chrétienne, si l’on est pas chrétien. Pour être catholique, il faut d’abord être chrétien. S’affirmer catholique quand on affirme que la croyance en la Trinité est une perversion polythéiste de l’idée de Dieu, voilà qui n’a pas beaucoup de sens ; bien plus : cela est faux, tout simplement.

Alors certes, comme le rappelle Cyril Brun dans son analyse des résultats du test : une difficulté de croire ne signifie pas un refus de croire. « Mille difficultés ne font pas un doute » disait le Cardinal Newman. Mais face à telle ou telle difficulté, quelle sera mon attitude ? L’ouverture d’esprit ? La recherche active ? OU BIEN le rejet pur et simple ? la dérision ou le mépris ? Dans le premier cas, je reste chrétien, même si j’ai du mal à croire en tel ou tel article du Credo ; dans le second, je ne le suis plus. Ce qui est mon droit. Encore me faut-il avoir l’honnêteté intellectuelle de reconnaître en ce cas que je ne suis pas (ou plus) catholique.

Ce qui importe dans l’acte de foi, c’est l’orientation de ma volonté. Je crois lorsque je veux croire. Si je n’ai pas la volonté de croire en la divinité de Jésus, en sa naissance virginale, ou en sa prochaine venue dans la gloire, je ne suis pas (ou plus) catholique. Si j’ai le désir de croire en dépit des difficultés que je rencontre pour croire vraiment, je peux dire en vérité que j’appartiens à la famille catholique.

Mais… si tous les catholiques sont nécessairement chrétiens, tous les chrétiens ne sont pas catholiques. Pour être catholique, il ne suffit pas de croire en Jésus-Christ, ni dans l’Evangile, ni dans la vérité de l’amour – de cela, nos frères orthodoxes et protestants sont absolument convaincus. Il faut encore croire que le Pape et les évêques sont les successeurs légitimes dans l’ordre de la grâce de Saint Pierre et des premiers Apôtres ; que l’Eglise catholique actuelle, institutionnelle et organisée hiérarchiquement autour du Pape et des évêques, est le signe visible de l’Unique Eglise du Christ ; la successeur directe de l’Eglise fondée par le Seigneur, dont les Apôtres sont les pierres de fondation.

Je réponds donc à Nathalie : Non, le Credo ne suffit pas pour définir un catholique. Les orthodoxes et les protestants aussi le confessent. Pour être catholique, il ne suffit pas de proclamer la foi commune des chrétiens. Il faut encore l’entendre comme l’Eglise catholique l’entend ; affirmer par exemple le « Je crois en l’Eglise catholique » avec tout ce que cela implique de confiance et d’adhésion à la Tradition de l’Eglise et à son Magistère, d’obéissance filiale à ses pasteurs légitimes en communion avec le Pape.

Encore une fois : on peut avoir des difficultés de croire en l’Eglise catholique. Tel enseignement du Magistère peut nous poser problème, ou tel aspect de la Tradition (sur la Vierge Marie, ou le Purgatoire par exemple) constituer un obstacle. Mais face à ces troubles, je peux décider : OU BIEN d’approfondir ma foi, prier le Seigneur afin qu’il m’éclaire, étudier les points qui me posent question, interroger des prêtres ou des évêques ; OU BIEN de rejeter en bloc l’enseignement de la Tradition et du Magistère sur ces sujets qui me gênent en considérant qu’après tout, il ne s’agit là que de l’œuvre a posteriori d’hommes et non pas de Dieu. Dans le premier cas, même si je tâtonne et en viens à dire des sottises (nous sommes tous des hérétiques, disait le Père Molinié), je suis catholique ; dans le second cas, je cesse clairement de l’être. Ce qui importe fondamentalement, c’est l’orientation de ma volonté : est-ce que OUI ou NON, je veux être fidèle au Pape et à l’Eglise catholique ; est-ce que OUI ou NON j’accepte l’autorité de l’enseignement de l’Eglise comme venant du Christ lui-même – « qui vous écoute, m’écoute » (Lc 10. 16) – même si cet enseignement heurte dans un premier mouvement mes convictions profondes ? Si OUI, je suis catholique, nonobstant les difficultés rencontrées ; si NON, je ne le suis pas (ou plus).

Tu vois donc, chère Nathalie, qu’il est relativement aisé de déterminer si tel ou tel est catholique ou ne l’est pas. Il suffit pour cela de savoir si cette personne fait ou non partie de l’Eglise catholique ; si elle souhaite vivre ou non de ses préceptes et de son enseignement. Il s’agit là d’un fait objectif qui n’implique aucun jugement moral sur les personnes qui en font ou n’en font pas partie. Je ne suis pas catholique parce que je suis meilleur que les autres, mais parce que je crois de tout mon cœur en Jésus-Christ, mon Sauveur, et en l’Eglise catholique par laquelle il se donne au monde.

Si des catholiques se comportent de manière indigne de leur foi, il serait sans doute beaucoup plus juste de les considérer comme de « mauvais catholiques » plutôt que de dire qu’ils ne sont pas catholiques du tout. De même qu’il serait préférable de dire d’une personne généreuse qu’elle est… généreuse, plutôt que de dire qu’elle est catholique, lors même qu’elle ne l’est pas objectivement parlant.

Cela dit, si nous pouvons dire de quelqu’un qu’il est ou n’est pas catholique sans que cela n’implique un jugement moral sur la personne, nous ne sommes peut-être pas les mieux placés pour dire de tel ou tel qu’il est un « bon » ou un « mauvais » catholique… Comme dit Jésus en la messe de ce dimanche : « Personne n’est bon, sinon Dieu seul » (Mc 10. 18).

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6 septembre 2009 7 06 /09 /septembre /2009 15:27
Mon cher Miky,

Je voudrais t’exprimer ma gratitude pour ton dernier article concernant le problème du Mal en face de l’existence de Dieu – reprenant les termes d’une discussion que nous avions eu à ce sujet il y a quelques mois de cela.

Je te remercie, car cet article, extrêmement stimulant pour la réflexion, me remet un peu en selle, après quelques mois de léthargie.

Je te remercie aussi, car cette question du Mal est essentielle, et je suis prêt à y consacrer du temps pour en débattre si tu le souhaites.

« Une des théodicées les plus en vogues (et défendue notamment par Plantinga), tente d'expliquer l'existence du mal malgré l'existence de Dieu comme un moindre mal : Dieu tenait à ce que nous soyons libres, or la liberté impliquait que l'on puisse choisir le mal. »

Cette théodicée ainsi énoncée n’est pas chrétienne (en tout cas, pas catholique). Dans le christianisme, Dieu est absolument étranger au Mal, à l’idée même de mal. Il n’est pas de Mal en Dieu, et Dieu ne peut absolument pas concevoir le Mal. On ne peut donc pas dire que le Mal – fut-il le « moindre » – ait été voulu par Dieu.

Ce que Dieu a voulu de toute éternité, en créant les anges et les hommes – qui ont en commun d’être des créatures libres –, c’est manifester sa Bonté souveraine et sa Toute-Puissance. L’existence est un Bien. La liberté aussi (n’est-ce pas ton avis ?). Aussi, quand Dieu crée un être libre, gratuitement, sans que cet être n’ait rien demandé ni mérité pour cela, en vue d’une communion d’amour avec Lui et une multitude de frères et de sœurs, il manifeste sa Bonté infinie et sa Toute-Puissance ; il fait resplendir sa Gloire et triompher le Bien.

Contrairement à ce que tu dis, la liberté n’implique pas que l’on puisse choisir le Mal. Elle implique que l’on puisse choisir le Bien, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Elle comporte certes comme conséquence la possibilité d’un refus, d’un choix différent. Mais cette conséquence est hors des vues de Dieu. Lorsque Dieu créé, Il ne peut pas imaginer que des anges et des hommes vont le rejeter – comme je ne peux pas imaginer que si je t’offrais le choix entre une cerise et une Ferrari, tu choisirais la cerise (la comparaison vaut ce qu’elle vaut, mais elle me paraît éclairante). Voilà pourquoi le Mal est un mystère ; pour l’homme, qui en fait l’amère expérience sur la terre ; mais aussi, je crois, pour Dieu. C’est peut-être la raison pour laquelle la Bible ne nous éclaire pas vraiment sur ce « mystère d’iniquité » (cf. 2 Th 2. 7) qui ravage la Création, et qui conserve ainsi toute son épaisseur. Si Dieu ne nous apporte aucune explication à l’existence (si l’on peut dire) du Mal, c’est sans doute… qu’il n’en a aucune ! Il nous révèle certes que « c’est par l’envie du Diable que la mort est entrée dans le monde » (Sg 1. 13). Mais pourquoi cette envie de l’Ange déchu? Pourquoi le Mal ? Pourquoi cet usage dévié de la liberté des créatures, et ce choix par elles d’un moindre bien que le Bien souverain – qui est Dieu et la vie avec Dieu (la cerise contre la Ferrari ; le plat de lentille contre le droit d’aînesse…). Nul ne le sait. Pas même Dieu, je pense.

« Dieu ne pouvait donc pas atténuer le mal sans nous rendre esclaves et donc brimer notre liberté. »

En fait, pour remédier au problème du Mal, Dieu avait trois possibilités :

Ø
OU BIEN détruire purement et simplement les anges et les hommes ; les réduire à néant : on efface tout… et on ne recommence pas !

Ø
OU BIEN les maintenir dans l’être, mais leur ôter effectivement toute liberté de faire le Mal ; et par voie de conséquence : toute liberté de choisir le Bien (car de même que le choix du Bien implique la possibilité du non-choix du Bien, donc du Mal ; de même la suppression du Mal implique la suppression du libre choix en faveur du Bien – ne resterait donc plus sur la scène du monde que des esclaves soumis ou des robots pré-programmés) ;

mais dans ces deux cas, le Mal aurait finalement triomphé de Dieu, puisqu’à cause du Mal, Dieu aurait été contraint de faire « marche » arrière et de renoncer aux Biens que sont la vie et la liberté ; le Mal aurait donc paradoxalement le dernier mot, en dépit de sa suppression !

Ø
 OU BIEN utiliser le Mal commis par les anges et les hommes pour… le retourner contre lui-même, le vaincre et en triompher ; en tirer un plus grand Bien ; et manifester de cette manière-là sa Bonté et sa Toute-Puissance.

C’est cette dernière option que Dieu a choisi (si l’on peut dire, car Dieu ne peut vouloir QUE le Bien, donc : la Vie et la Liberté ; la suppression de l’une ou de l’autre était hors de ses vues ; elle l’aurait conduit à se renier lui-même).

« Un monde "bon" mais sans liberté ne serait pas aussi parfait qu'un monde "mauvais" mais où les êtres sont libres. Par conséquent, Dieu a actualisé ce dernier type de monde, et non le premier. »

Je ne crois pas que l’on puisse dire que Dieu a actualisé le type d’un monde « mauvais » où les hommes sont libres au nom d’une convenance supérieure de ce type de monde. Car ce type de monde (qui correspond au monde dans lequel nous vivons) n’est justement pas celui que Dieu a voulu ! Ce monde qui est le nôtre n’est pas le Paradis terrestre du Jardin d’Eden (cf. Gn 2), ni le Ciel nouveau et la Terre nouvelle à venir (cf. Is 65. 17 ; Ap 21. 1). Il est un monde transitoire et inachevé « qui gémit dans les douleurs d’un enfantement qui dure encore » (Rm 8. 22). Et qui doit déboucher sur un monde parfaitement « bon » dans lequel la liberté des hommes est totalement préservée. Dès lors, si « un monde "bon" mais sans liberté ne serait pas aussi parfait qu'un monde "mauvais" mais où les êtres sont libres », tu reconnaîtras avec moi qu’un monde « mauvais » où les êtres sont libres ne serait pas aussi parfait qu’un monde « bon » où les êtres sont libres. Or, c’est ce dernier type de monde (le plus parfait) que Dieu actualise dans notre Histoire. Il l’actualise en son Fils Jésus-Christ – dont la Résurrection inaugure le monde nouveau et annonce la restauration finale de la Création déchue ; et dont chaque eucharistie re-présente (présente à nouveau) l’évènement pascal aux hommes d’aujourd’hui pour les y associer, avec les heureuses conséquences que l’on peut voir et mesurer (la vie des Saints).

Oui, Miky, je te l’annonce avec joie – telle est la Bonne Nouvelle de l’Evangile : le Royaume des Cieux est déjà là ; il est actuel. Le Christ est ressuscité ; il est réellement présent au milieu de nous, et il est porteur de la puissance de transformation de l’humanité acquise sur la Croix et appliquée aux âmes dans chaque sacrement (qui est le canal privilégié de la grâce transformante). Le Mal dont souffre l’humanité est déjà vaincu en son Principe – qui est la rébellion du cœur de l’homme ; avant sa déroute finale, à la fin des temps, et l’avènement du Royaume de Dieu dans lequel il n’y aura plus de pleurs, ni de larmes, ni de souffrance et de Mal (cf. Ap. 21. 4) – qui est le seul type de monde que Dieu peut actualiser, en considération de sa Bonté, de sa Sagesse et de sa Toute-Puissance.

« Le présupposé de cette théodicée semble être qu'il est impossible de pouvoir librement choisir entre le bien et le mal si nous ne pouvons pas causer, par nos actions, des actes bons ou mauvais aux conséquences profondes, durables, voire définitives. D'où la nécessité, non seulement que puisse naître en nous des mauvaises intentions, mais encore qu'elles trouvent moyen de s'actualiser pleinement, et donc que de véritables atrocités (comme l'Holocauste) puissent être commises. »

Selon la théodicée catholique, le Mal n’est pas nécessaire à la Liberté. La preuve : Dieu est souverainement libre ; il est pourtant incapable de faire le Mal.

De même, la Sainte Vierge, parce qu’elle était immaculée, était totalement libre de répondre à l’appel de Dieu. C’est la raison pour laquelle elle a répondu OUI et n’a pas commis de péché – non pas parce qu’elle était moins libre, mais au contraire : parce qu’elle était plus libre (même si la possibilité théorique de dire NON et de commettre le péché existait – l’exemple de Eve et des anges est là pour nous le montrer).

Ce qui fonde la liberté, ce n’est pas la possibilité du Mal, c’est la possibilité du Bien. Possibilité qui implique secondairement (pour une créature) celle de faire du Mal (c’est-à-dire de se détourner de Dieu). Mais qui ne met pas celui qui fait le Mal sur le même plan que celui qui fait le Bien, du point de vue de la liberté. Car celui qui fait le Bien use de la liberté que Dieu lui a donné ; tandis que celui qui fait le Mal en abuse. La Liberté ne nous a pas été donnée pour le Mal, mais pour le Bien. Il ne faut donc pas penser la liberté en terme d’alternative entre le bien et le mal, mais uniquement en terme de possibilité de choix du bien ; de même qu’il ne faut pas penser le mal en terme de liberté, mais seulement de péché (au sens littéral de « manquer sa cible », en l’occurrence celle de la vraie Liberté – le choix du Bien – et du vrai bonheur). Celui qui fait le mal peut certes avoir l’illusion d’être libre et de s’affranchir du carcan des règles morales qu’il juge brimante pour la satisfaction de ses désirs égoïstes (cf. Ga 5. 13). Mais en réalité, il perd sa liberté et devient un esclave (cf. Jn 8. 34), lorsque celui qui fait le bien devient toujours plus libre, au point de devenir lui-même libérateur pour ses frères.

« Or, il se trouve que par l'action des forces publiques et les décisions des tribunaux, des criminels sont mis hors d'état de nuire. Cela ne supprime pas nécessairement leurs mauvais penchants, mais cela permet d'éviter que ceux-ci s'expriment, ou du moins qu'ils s'expriment au-delà d'une certaine limite. On peut imaginer sans peine que de telles mesures ont permis, sinon un perfectionnement moral des dits criminels, au moins d'éviter que d'horribles méfaits soient perpétrés. »

« Toutefois, si une condition, pour que l'on puisse vraiment choisir entre le bien et le mal, est que nous pouvions causer, par nos actions, des actes bons ou mauvais aux conséquences profondes, durables, voire définitives, alors il est manifeste que ces criminels mis hors d'état de nuire ne peuvent plus choisir véritablement entre le bien et le mal. Si cela, c'est-à-dire choisir véritablement entre le bien et le mal, est un bien plus important que le fait que des actes mauvais ne soient pas commis et que des actes bons soient réalisés, alors il vaudrait mieux laisser ces criminels libres, afin qu'ils puissent, en commettant délibérement leurs crimes, réaliser ce bien supérieur. »

Si la Liberté pour Dieu est un Bien tel qu’il justifie à lui seul la prolifération du Mal sur la terre, alors pourquoi (demandes-tu) ne Le prendrions-nous pas en exemple en ouvrant toutes grandes les portes de nos prisons en permettant aux délinquants et criminels d’accomplir librement leurs méfaits ?

Tu réponds toi-même partiellement à cette question un peu plus loin dans ton article en faisant observer que la liberté des loups anéantirait la liberté des agneaux…

Je te renvoie en outre à ce que je t’écrivais déjà à ce sujet dans mon précédent article (cf. le point 5 sur le combat de Dieu contre le Mal, et le point 6 sur la question de la Liberté et du libre-arbitre).

Comme je te le disais naguère, Dieu n’est pas passif face au Mal (au contraire de Toto dans ton exemple, ou de l’attitude que tu préconises dans ton dernier article pour nous inviter à imiter Dieu). Dieu agit contre le mal. Et son action passe principalement… par nos propres mains.
« Il se trouve que par l'action des forces publiques et les décisions des tribunaux, des criminels sont mis hors d'état de nuire. » C'est vrai Miky, et c’est tant mieux. Simplement, c’est Dieu qui donne à l’homme la Raison qui lui permet d’organiser une vie sociale pacifiée, et qui donne à Untel une vocation de policier, à Untel autre, une vocation de magistrat ou d’avocat… (cf. Jn 19. 10-11) Dieu appelle – interpelle ! – les hommes dans le tréfonds de leur conscience, et les incite à se liguer contre le Mal. Aussi, quand un homme décide de consacrer son temps ou sa vie à la lutte contre telle ou telle forme de Mal ou d’injustice, il répond à un appel qui vient d’au-dedans… et d’au-delà de lui ! Dieu n’est donc pas étranger aux efforts entrepris pas les hommes pour lutter contre le Mal ; au contraire, c’est Lui qui les inspire et les suscite. C’est pourquoi laisser le Mal prospérer au nom de la Liberté des hommes serait une pure folie ; non seulement, nous n’imiterions pas Dieu dans son action face au Mal, mais nous entraverions son action contre le Mal. Nous nous ferions ainsi les complices du Mal, et nous rangerions parmi les ennemis de Dieu.

« Cela ne supprime pas nécessairement leurs mauvais penchants, mais cela permet d'éviter que ceux-ci s'expriment, ou du moins qu'ils s'expriment au-delà d'une certaine limite (…). On peut imaginer sans peine que de telles mesures ont permis, sinon un perfectionnement moral des dits criminels, au moins d'éviter que d'horribles méfaits soient perpétrés. »
Tes observations montrent bien qu’un système de justice purement humain ne peut régler le problème du Mal au fond. Car dans un tel système, le mal peut être empêché de « s’exprimer », non « d’exister » (si l’on peut dire). Les « mauvais penchants », ainsi que tu le reconnais, ne sont pas supprimés. Or, ce sont précisément ces mauvais penchants que Dieu veut extirper du cœur de l’homme. Définitivement. Pour qu’il puisse enfin goûter le vrai bonheur. Sans qu’il soit besoin pour cela de lui ôter la liberté (ce qui serait le choix de la facilité, mais consacrerait l’échec de Dieu en face du Mal, ainsi que je le disais plus haut, Dieu devant renoncer à un Bien… à cause du Mal). La manœuvre que cela implique est délicate ; elle s’exerce sur le théâtre de ce monde, un monde où coexistent et s’affrontent le Bien et le Mal, et où le Mal semble même parfois l’emporter ; mais sa réussite passe précisément par le mystère de la Croix. C’est sur la Croix que le Mal est vaincu de l’intérieur – et non seulement empêché d’agir ; c’est sur la Croix que les penchants mauvais des hommes sont engloutis dans la Miséricorde divine ; et c’est de la Croix que les hommes reçoivent leur "perfectionnement moral" – par la puissance transformante du Cœur de Jésus sur le cœur des hommes qui consentent à l’accueillir en eux par le moyen des sacrements (spécialement le baptême, la confession et l'eucharistie). C’est par la Croix que Dieu manifeste sa victoire et sa Toute-Puissance sur le Mal, en détruisant les forces hostiles, non par l’emploi d’une force supérieure, mais par la toute-faiblesse du Fils de l’homme crucifié. En Jésus-Christ, la faiblesse de Dieu se révèle plus puissante que toutes les ligues de l’enfer réunies. Dieu se révèle sur la Croix dans la vérité de son être : Bon et Tout-puissant, mais non pas selon nos conceptions étriquées (parce que trop humaines) de la bonté et de la Toute Puissance.

« A la limite, il faudrait que Dieu empêche les maux résultants en une diminution de la liberté morale de quelqu'un. Il y aurait donc un peu moins de liberté morale, mais elle serait équitablement répartie. Tout le monde pourrait causer des maux profonds, durables, voire définitifs, à l'exception des maux qui, limitant la liberté d'action des gens, les empêcheraient de commettre les maux en question ou des biens et donc porterait ainsi atteinte à leur libre-arbitre. »

Si je te suis, il faudrait – pour que Dieu fasse bien son travail – un peu moins de liberté, afin qu’il y ait un peu moins de mal ; un subtil dosage entre la Liberté et le Mal en somme. Mais la merveille, Miky, c’est que Dieu va faire mieux que cela : il va supprimer totalement le mal en sauvegardant totalement notre Liberté. Et cette entreprise n’est pas une promesse fumeuse pour un avenir lointain et incertain ; elle est déjà commencée (cf. Is. 43. 19).

Alors dis-moi : ce monde nouveau que Dieu est en train de créer, n’est-il pas infiniment plus beau que le monde « parfait » que tu nous dépeins ?

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13 mai 2009 3 13 /05 /mai /2009 14:19

Une de nos lectrices – témoin de nos débats houleux avec l’ami Yves – s’interroge sur ce qu’est un catholique. « Voyons, c'est une question bien difficile : qui est catholique ? Et qui peut le dire : celui-là est catholique, celui-là non. Quelles sont les conditions précises pour l'être ? (…) La première des conditions n'est-elle pas d'aimer Jésus ? » 

Notre Miky national lui fait alors remarquer que
« les
protestants et les orthodoxes l'aiment aussi, donc ça ne suffit pas ».

Voici donc un petit test, publié sur le site de Cyril Brun, qui peut nous aider à comprendre ce que peut être cet étrange animal que l’on appelle : le Catholique.


Répondez par OUI ou par NON aux questions suivantes.

1.
Croyez-vous en Dieu ?

2.
Croyez vous que ce Dieu est unique et qu’il n’y en a pas d’autre ?

3.
Croyez vous que ce Dieu est Trinité (Père, Fils et Saint Esprit) ?

4.
Croyez vous que le Père a engendré le Fils ?

5.
Croyez-vous que le Père et le Fils et le Saint-Esprit sont de même nature (c'est-à-dire qu’ils sont tous les trois Dieu) ?

6.
Croyez-vous que Dieu Père Fils et Saint Esprit a créé le monde ?

7.
Croyez vous que Dieu est infini ?

8.
Croyez vous que Dieu est éternel (c'est-à-dire sans commencement ni fin) ?

9.
Croyez-vous que Dieu est le tout autre et en même temps tout proche de l’homme ?

10.
Croyez vous que Dieu a créé l’homme ?

11.
Croyez vous que Dieu a créé l’homme par amour ?

12.
Croyez vous que Dieu a créé l’homme pour avoir avec lui une relation amoureuse ?

13.
Croyez-vous au péché originel (c'est-à-dire la désobéissance de l’homme voulant être indépendant de Dieu) ?

14.
Croyez vous que Dieu a parlé par les prophètes (c'est-à-dire : croyez-vous au contenu de la Bible) ?

15.
Croyez-vous qu’il fallait que l’homme soit racheté de ses péchés ?

16.
Croyez-vous que Dieu a envoyé son propre Fils pour le rachat de l’homme ?

17.
Croyez-vous que le Christ soit né de la Vierge Marie ?

18.
Croyez-vous que le Christ, le Messie, est le Fils même de Dieu ?

19.
Croyez-vous que le Christ est mort sur la Croix ?

20.
Croyez-vous que le Christ est descendu au séjour des morts ?

21.
Croyez-vous que le Christ est ressuscité des morts ?

22.
Croyez-vous que le Christ est monté à la droite du Père ?

23.
Croyez-vous à la vie éternelle ?

24.
Croyez-vous au jugement dernier ?

25.
Croyez-vous à l’enfer ?

26.
Croyez-vous au Paradis ?

27.
Croyez-vous au purgatoire ?

28.
Croyez-vous à la résurrection des morts ?

29.
Croyez-vous aux saints ?

30.
Croyez-vous que l’Eglise catholique est le Corps du Christ ?

31.
Croyez-vous que l’Eglise est le lieu de l’union à Dieu ?

32.
Croyez-vous que l’Eglise est le lieu du Salut ?

33.
Croyez-vous que l’Eglise est le lieu de la grâce ?

34.
Croyez-vous à la grâce (action sanctifiante de Dieu envers les hommes) ?

35.
Croyez-vous aux sacrements (signes efficaces de l’action de Dieu par l’intermédiaire de l’Eglise) ?

36.
Croyez-vous que le baptême fait de nous des enfants de Dieu ?

37.
Croyez vous que le baptême nous ouvre la grâce ?

38.
Croyez vous à la présence réelle (et non symbolique) du Christ Dieu dans l’eucharistie ?

39.
Croyez-vous au sacrement de l’ordre qui met des hommes (prêtres, diacres, évêques) au service de l’Eglise et de Dieu pour le salut de toute l’humanité ?

40.
Croyez-vous au péché qui rompt la relation avec Dieu ?

41.
Croyez-vous au sacrement de pénitence pour retrouver la grâce qui unit à Dieu ?

42.
Croyez-vous au mariage comme sacrement donc indissoluble ?

43.
Croyez-vous à l’Immaculée conception (c'est-à-dire que Marie a été conçue préservée du Péché originel) ?

44.
Croyez-vous en la Virginité de Marie ?

45.
Croyez-vous en la Tradition de l’Eglise catholique enseignée et préservée par le Magistère de l’Eglise ?

46.
Croyez vous que l’Eglise est dépositaire de l’interprétation des Ecritures ?

47.
Croyez-vous que le Saint-Esprit œuvre dans l’Eglise ?

48.
Croyez-vous à l’infaillibilité du pape en matière de mœurs et de foi ?

49.
Croyez-vous que l’Eglise est dépositaire du pouvoir des clefs (c'est-à-dire du pouvoir d’ouvrir et de fermer les portes du ciel) ?

50.
Croyez vous que le Christ est le chemin de salut pour les hommes (c'est-à-dire pour leur donner la plénitude de la joie qui est dans cette relation amoureuse avec Dieu) ?

Réponses :


1/ Vous n’avez que des réponses positives


Vous êtes catholique en pleine communion avec l’Eglise romaine. Ce qui veut dire que vous adhérez à la totalité de la foi de l’Eglise et que vous cherchez à vivre de cette foi. Cela ne veut pas dire que vous êtes déjà un saint et que tous les préceptes de l’Eglise sont faciles tous les jours pour vous, mais vous tentez de les vivre et de progresser dans cette vie en vue d’une union intime avec Dieu.


2/ Vous avez quelques réponses négatives


Vérifiez si ces réponses sont des NON catégoriques ou des doutes. Dans le second cas, douter n’est pas ne pas croire et douter suppose un acte de foi et de raison. Dans le premier cas vérifiez la cohérence de votre foi, car la foi de l’Eglise est telle qu’il est impossible de ne pas adhérer à un des points de la foi sans que tout l’édifice spirituel ne s’effondre. La foi est cohérente en elle-même. On ne peut être catholique pour un bout et refuser le reste. Approfondissez votre réflexion et refaites le test, soit vous gagnerez des OUI soit vous gagnerez des NON ! Reportez vous alors au numéros 1 ou 3 selon le résultat.


3/ vous avez de nombreuses réponses négatives


Vérifiez s’il s’agit de doutes ou de certitudes. Les doutes appellent un acte de foi et de raison. Si vos NON sont catégoriques, vous avez une foi qui est différente de celle de l’Eglise. C’est votre foi, votre choix, votre droit. Vous ne pouvez donc vous dire membre de l’Eglise catholique. L’Eglise catholique, parce qu’elle est le corps même du Christ est un vêtement trop grand pour l’homme. Deux solutions se posent donc à l’homme : où grandir à la taille du manteau ou tailler le manteau à sa propre taille. Dans ce dernier cas, le manteau ne peut être celui de l’Eglise catholique. Il faut donc en tirer les conclusions qui s’imposent et ne pas chercher à transformer l’Eglise en sa propre Eglise. A ce niveau de refus, il vaut mieux créer sa propre Eglise, ou rechercher la religion qui vous semble correspondre à votre foi et ainsi être en vérité avec vous même. Si malgré ces refus quelque chose vous pousse à rester dans l’Eglise, alors considérez l’Eglise comme votre mère et essayer de grandir à la taille du manteau quelqu’en soit les difficultés, les peurs, les renoncements.


4/ Vous n’arrivez pas à répondre, vous avez des doutes, des questions, des incompréhensions


Venez poser vos questions…

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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 10:06

Chers amis lecteurs,

Avant de reprendre mon bâton de pèlerin et le cours habituel de mes articles, je voudrais vous partager aujourd’hui un échange que j’ai récemment eu avec une amie qui m’interrogeait sur la question du discernement.

Voici sa question :

« Cher Matthieu,

Dans une décision à prendre, un choix à faire, une situation (importante ou pas), comment reconnaître la voie désirée par le Seigneur ?

« Comment discerner pour ne pas se tromper de chemin, ne pas se tromper dans la décision, l'orientation à faire ?

« Comment être sûr de fuir ce que nous propose Satan qui est très Malin car il sait faire référence à Dieu (Cf. Jésus au désert et les tentations) et donc de manière spontanée il sait comment faire, il sait quoi dire pour nous séduire... ? »

Je vous livre ici ma réponse – un peu dense, compte tenu du format de la réponse (un simple e-mail).

« Chère
Audette (appelons-là ainsi),

« Je te remercie de tes questions et de ta confiance.

« Pour te répondre, je dirais qu'il faut distinguer selon l'importance des décisions que nous avons à prendre.

« Il y a celles qui engagent notre vie et qui touchent par exemple à notre vocation ; et puis il y a les "petits" choix de la vie quotidienne.

« Pour les grandes décisions de notre vie, je pense qu'il est important de s'en remettre à l'Eglise. Et en particulier au ministère de l'accompagnement spirituel. Il faut bien sûr écouter notre désir profond, et s'efforcer de discerner dans nos vies les "lieux" d'épanouissement et de joie. Cela nous mettra sans doute sur la piste. Mais il faut aussi le secours de l'Eglise. Sachant que dans tout appel, notre liberté est requise et que personne ne l'exercera à notre place... Il y aura donc toujours une part de risque et d’incertitude dans notre prise de décision. Avec une possibilité d'erreur. Il faut le savoir, et l'accepter. Nous ne sommes pas infaillibles. L'important est de toujours demeurer unis à Dieu ; de croire que la grâce de Dieu nous sera donnée dans toutes les circonstances de notre vie, jusque dans nos tatonnements et échecs ; et faire tout ce que nous pouvons, avec les moyens naturels et surnaturels que le Seigneur met à notre disposition : nous sommes libres et doués de raison, et nous avons une mère, l'Eglise ; à nous donc de réfléchir, d'écouter notre coeur et les conseils de l'Eglise, et de décider en conscience. Si nous faisons cela, et si nous avons par ailleurs une vie chrétienne fervente (de prière personnelle, de lecture de la Parole de Dieu, de pratique régulière des sacrements,...), nous n'avons
rien à craindre du "toto".

« Pour les décisions de la vie quotidienne, là encore, notre Père spirituel peut nous être d'un précieux secours dans telle ou telle situation. Mais il est possible qu'il ne soit pas là au moment où nous avons tel ou tel choix à poser. Dans ce cas, je dirais :

« 1°) que la Parole de Dieu et le Magistère de l'Eglise sont d'excellentes boussoles : une "inspiration" qui te viendrait et qui contredirait la Parole de Dieu ou le Magistère ne viendrait sûrement pas de l'Esprit Saint ou de ton bon Ange... Certes, le "toto" se sert parfois de la Parole de Dieu pour nous induire en erreur (on le voit dans le récit des tentations au désert). Mais la Tradition de l'Eglise est là pour nous éclairer sur les fausses pistes et les interprétations qui ne sont pas selon Dieu. De l'importance de "bûcher" notre foi...

« 2°) Il ne faut pas avoir peur de risquer sa liberté. Nous ne sommes que des créatures, nous sommes faillibles. Il nous arrivera de nous tromper, c'est inévitable. Cela fait partie de notre condition humaine. Il faut y consentir, et surtout ne pas se crisper sur ce risque d'erreur (sinon, nous ne ferons jamais rien...). L'important est de garder le coeur droit et de toujours interroger nos motivations (dans un vrai et régulier examen de conscience). Si notre volonté reste bonne, et si nous avons une vie d'intimité sérieuse avec le Seigneur, avec la Parole de Dieu comme boussole (lumière sur nos pas!) et les prêtres (ou amis chrétiens) que le Seigneur nous donne pour nous conseiller, alors nous n'avons
rien à craindre du "toto". Il n'est pas bon d'ailleurs de faire une fixation sur le "toto" ; c'est lui accorder trop d'importance et d'honneur. Lui, il fait son boulot de te combattre et de te perdre ; toi, tu dois faire le tien en t'efforçant de vivre dans la présence de Dieu. Plus tu seras proches de Lui, et plus tu le regarderas, Lui, moins le "toto" sera influent sur toi. Mais quoiqu'il arrive, Audette, nous serons toujours pécheurs (c’est-à-dire toujours capables de tomber, plus ou moins volontairement, dans les pièges tendus par le « toto »...). Il nous faudra donc toujours – et jusqu'à notre dernier souffle... – nous en remettre à la grande Miséricorde de Dieu. Il ne faut pas s'en affliger, mais nous réjouir bien plutôt d'avoir tant besoin de Dieu pour vivre et tenir debout. C'est ce lien de dépendance accepté et vécu dans l'amour qui fera de nous des Saints. Le drame est pour ceux qui croient pouvoir vivre sans Dieu. Ceux-là sont vraiment dans l'illusion et... dans les griffes de Satan.

« Voilà. J'espère que ma réponse te satisfera. Pour approfondir ta réflexion, je te conseille deux beaux ouvrages :
- "A l'école de l'Esprit Saint", de Jacques Philippe, Editions des Béatitudes – qui est un petit guide du discernement ;
- et "la foi des démons (ou l'athéisme dépassé)" de Fabrice Hadjadj, aux Editions Salvator.

« Tu peux aussi visionner ces quelques enseignements du Père Perru sur le combat spirituel, qui devraient t'édifier :

http://totus-tuus.over-blog.com/article-16461542.html

http://totus-tuus.over-blog.com/article-16684740.html

http://totus-tuus.over-blog.com/article-16950337.html

http://totus-tuus.over-blog.com/article-17192372.html

http://totus-tuus.over-blog.com/article-17717183.html


« Que la lumière du Ressuscité illumine ta vie, Audette, et éclaire chacune de tes décisions! »

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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 18:11

Chers amis,

Poursuivons notre réponse au commentaire d’Hervé sur l’athéisme. « Il ne me semble pas exact de dire qu'il n'y pas réellement d'athéisme ou qu'aucune philosophie ne répond aux problèmes métaphysique de manière rationnelle sans tomber dans le panthéisme. »


Vraiment ? Eh bien c’est ce que nous allons voir !


« 
Si l'on peut admettre, écrit Hervé, que les athées de l'Antiquité étaient en fait sceptiques ou critiques (mais pas de "purs athées"), depuis le 18ème siècle, il y en a eu des tas : les rationalistes des "Lumières", puis Feuerbach, Karl Marx, Nietzsche, Comte (et les positivistes), les existentialistes du type Sartre ou Camus et actuellement tous les "libre-penseurs" comme Onfray, pas très solides mais influents. Il y en aurait bcp d'autres (notamment à l'étranger), mais je ne suis absolument pas spécialiste de la question et préfère utiliser mon temps pour lire les auteurs chrétiens ;-) »


Comme je l’indiquais dans mon précédent article, les auteurs cités par notre frère et ami pourraient être regroupés en trois grandes catégories (ou plutôt : une "petite" et deux "grandes").

La première (la "petite") : c’est celle des athées modernes qui ne s’intéressent pas à l’univers, à la question de son origine. Pour eux, il ne s’agit pas d’une vraie question. Et il est vain de se la poser. Si l’univers existe, eh bien… c’est qu’il existe ! C’est comme ça ; c’est un
fait que l’on ne peut que constater. Se demander s’il aurait pu ne pas être, ou s’il aurait pu être différent que ce qu’il est, n’a pas de sens, puisqu’il est, et qu’il est ce qu’il est. Il faut donc le prendre comme il est sans se demander s’il aurait pu être autre ou ne pas être du tout ! Toutes ces questions restent de toutes façons sans réponses. La « métaphysique » – la discipline réfléchissant précisément sur ces questions là – ne présente aucun intérêt sur le plan de la connaissance. Mieux vaut s’intéresser à la « physique », au réel concret mesurable, expérimental, et s’efforcer de vivre au mieux dans ce monde qui est là et dans lequel nous existons.

La plupart des athées aujourd’hui pensent comme cela. C’est le cas d’un Luc Ferry, d’un André Comte-Sponville, d’un Michel Onfray, et plus largement : de tous ceux qui ont le poster d’Emmanuel Kant dans leur chambre…

Le problème, le
tout petit problème… c’est que la science a connu une révolution majeure au XXe siècle, dont il faut bien tenir compte. Cette révolution dans le domaine cosmologique est d’une portée aussi considérable que les révolutions copernico-galiléenne et newtonienne qui l’ont précédé : cette nouvelle révolution cosmologique, c’est la révolution relativiste – à savoir la découverte, à partir de la théorie de la relativité générale d’Albert Einstein, de l’expansion de l’univers et d’une évolution du cosmos dans son ensemble à partir d’une origine singulière (le Big Bang).

On a découvert avec stupeur au siècle dernier que l’univers n’était pas infini ; qu’il n’était pas éternel ; qu’il n’était pas stable et immuable comme on l’a longtemps cru, mais en croissance et développement à partir d’un unique point d’origine ; en régime d’expansion,
d’évolution. Et on s’est rendu compte que cette évolution se dirigeait toujours dans le même sens, celui d’une complexification progressive de la matière : de la matière relativement simple à la matière vivante ; puis de la matière vivante à la matière pensante.

L’univers que les sciences positives nous dépeignent aujourd’hui se révèle dans toute son « étrangeté » (l’expression est de Georges Lemaître). C’est un modèle d’univers auquel on ne s’attendait pas, loin – très loin – des représentations que l’on s’en figurait jusque là…
On sait désormais de science certaine que l’univers n’est pas une chose posée là de toute éternité ; qu’il n’a pas toujours existé ; qu’il a eu un commencement ; et que depuis ce commencement, la matière qui le constitue ne cesse d’évoluer et de s’organiser vers des structures et des formes d’êtres de plus en plus complexes et… intelligentes.

C'est ce donné nouveau qu'il s'agit d'analyser.

Comme le faisait remarquer Luestan (commentaire n°28) :
« La physique a beaucoup changé depuis un siècle. Normalement la métaphysique devrait changer en conséquence. » C’est tout à fait juste, et sans doute est-ce inéluctable : il est impossible en effet que le réel ne finisse par s’imposer à la raison humaine, en dépit des efforts désespérés de celle-ci pour l’occulter ou la combattre. Je crois profondément pour ma part que le XXIe siècle verra l’avènement d’une nouvelle métaphysique de l’être, à laquelle l’athéisme ne pourra plus rien opposer – s’il respire encore… Une métaphysique intégrant le donné positif du siècle passé.

Si cette révolution métaphysique n’a pas encore eu lieu – quoiqu’elle soit en marche, ainsi qu’en témoignent les ouvrages de Claude Tresmontant, Michael Denton, Trinh Xuan Thuan, Jean Staune,… – c’est sans doute parce que les mentalités mettent du temps à évoluer ; et qu’elle se heurte par ailleurs à une résistance acharnée des partisans de l’Ancien Régime hérité du 19e siècle scientiste. Mais cette résistance est vouée à l'échec et les athées le savent bien…. C’est pourquoi ils refusent dorénavant toute confrontation directe avec les croyants sur le terrain métaphysique. Ils préfèrent esquiver le débat, et tourner la métaphysique en dérision. Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage.


Les athées modernes se moquent de la métaphysique de la nature comme de leur première Bible. La révolution cosmologique les a laissé de marbre. Ils continuent d’affirmer imperturbablement et contre toute évidence que l’univers ne pose pas question ; qu’il n’y a pas lieu à s’étonner qu’il soit ce qu’il est comme il est ; que s’il est ainsi, c’est parce que c’est comme ça et pas autrement ! On peut simplement être sûr d’une chose, disent-il, c’est que Dieu n’existe pas. La seule réalité, c’est celle que l’on peut scruter au microscope ou au télescope ; la seule réalité, c’est l’univers. Il est le seul Être. Il n’y en a pas d’autre. Dieu n’existe pas.

Le problème, le tout petit problème, c’est que si l’univers est le seul Être, la seule réalité, il doit alors pouvoir rendre compte à lui seul de sa propre existence. Or, c’est précisément cela qui est remis en cause par les sciences positives. Les caractéristiques de notre univers – un univers fini, dont l’être s’inscrit dans une histoire, avec un commencement repérable et une fin programmée – ne sont pas celles d’un univers auto-suffisant.

Qu’on le veuille ou non, le réel positif nous interroge ; il est une question posée à notre humaine intelligence. Et il est vain de jouer les autruches, de faire comme si cette réalité n’existait pas. Elle est là aujourd’hui, elle se révèle à nos yeux, elle s’impose à nous, et il nous appartient dorénavant de la penser.


Ø
Il faut aujourd’hui penser le Big Bang, et rendre compte rationnellement d’un univers qui commence d’exister. Comment expliquer ce commencement d’être de la matière, du temps et de l’espace ? Par une génération spontanée du néant ? Absurde ! Le néant est stérile et ne peut produire aucun être. Par une auto-création de l’univers ? Mais pour que l’univers puisse se donner l’être, il faudrait déjà qu’il existât ; et s’il existait déjà, il n’aurait pas à se donner l’être puisqu’il l’aurait déjà en lui-même... Par l’initiative créatrice d’un autre Être, alors ? Et pourquoi pas, après tout ? On ne voit guère d’alternative rationnelle à cette option.

Ø
De même, il faut aujourd’hui penser l’évolution cosmique, et rendre compte rationnellement d’une matière qui ne cesse, au cours de l’évolution de l’univers, de se complexifier, et de faire surgir des êtres nouveaux d’un état antérieur où ils n’existaient pas. Comment expliquer cette succession de commencements, cette création continue d’êtres nouveaux dans l’histoire de l’univers ? Comment rendre compte du fait que, sans cesse, du « plus » émerge du « moins » ? Comment expliquer par exemple que la vie ait pu jaillir de la matière inerte ? Par la théorie de la génération spontanée ? Absurde (et scientifiquement réfuté, depuis Louis Pasteur) ! Par le fait d’une activité créatrice de l’univers lui-même ? Mais il faudrait reconnaître au nuage d’oxygène et d’hélium tous frais sortis du Big Bang une puissance extraordinaire : celle de créer in fine des êtres personnels capables de penser, d’aimer, de vouloir! Bref, il faudrait attribuer au gaz originel infiniment « plus » que ce que l’on peut en observer ; des propriétés cachés, des pouvoirs magiques. Il faudrait concevoir dans cette perspective l’univers comme un grand Vivant, intelligent et pensant, bref comme un Dieu… ce qui nous plongerait en plein panthéisme, et laisserait irrésolue la question précédente de l’origine de son être même.

A moins que…


A moins que l’univers ne soit qu’un phénomène purement physique et matériel, nullement divin, et qu’il reçoive son être et son dynamisme interne d’un autre Être qui les lui communique ; un Être infini, éternel, immuable, doté de la puissance créatrice - et par conséquent de tous les attributs dont l'univers aurait besoin pour être l'Être absolu, mais dont les sciences positives l'ont pour ainsi dire dépouillé.

Et pourquoi pas, après tout ? On ne voit guère d’alternative rationnelle à cette option.


Ø
On pourrait continuer, et s’étonner par exemple que notre univers soit structuré de manière mathématique. Comment rendre compte de ce fait ? D’où vient qu’il y ait de l’ordre dans le cosmos plutôt que du désordre ? Comment se fait-il que l’univers ne soit pas un chaos indescriptible, mais tout au contraire un système intelligible et cohérent, que notre raison peut déchiffrer et comprendre ; travailler et exploiter ? Tout cela ne devrait pas nous étonner ? Tout cela ne devrait pas nous interroger ?

Les athées modernes peuvent proclamer tant qu’ils le souhaitent, en sautant comme des cabris, que la question de l’être de l’univers ne se pose pas, que l’univers est tout simplement et qu'il n'y a rien d'autre à en dire, cela ne changera rien au fait que l’univers, par ses caractéristiques même, pose question à notre intelligence humaine.


Il est de plus en plus difficile aujourd’hui de considérer l’existence de l’univers comme allant de soi ; de soutenir qu’il est le seul Être, la seule réalité. Tout ce que nous découvrons de l’univers va plutôt dans le sens de sa radicale inévidence. Tout ce que nous savons de lui ne nous autorise nullement à affirmer qu’il est l’être nécessaire, le seul Être, l'Être existant par lui-même, ne dépendant de rien ni de personne pour exister ; autrement dit : l’Être absolu. A moins de verser dans le panthéisme, et de renoncer définitivement à l’athéisme pour professer dorénavant que l’univers est divin…


Comprenons bien que la question n’est pas de savoir si l’univers aurait pu ne pas être ou s’il aurait pu être autrement ; ces questions n’ont qu’un intérêt tout à fait relatif et secondaire. La question fondamentale est de savoir pourquoi l’univers est ce qu’il est comme il est, et ce que son existence présuppose pour qu’il soit ce qu’il est comme il est.


Les athées modernes qui concédent à contre-coeur que l’univers pose question croient pouvoir s’en tirer en affirmant que l'on ne trouvera jamais de toute façon de réponse sûre à la question de son origine. Ils considèrent le problème  « insoluble ». Si cela est vrai, si cette question est vraiment insoluble, alors effectivement : à quoi bon se la poser? Mais comment savoir si un problème est insoluble si on ne le traite pas jusqu’au bout ? Les réflexions ci-dessus montrent bien qu’un raisonnement métaphysique de base s’appuyant sur le donné révélé (par les sciences positives) et l’expérience commune de tout un chacun, nous conduisent irrésistiblement à l’existence d’un Être créateur distinct de l’univers, duquel l’univers tire son propre être et reçoit son dynamisme évolutif. Si l’on refuse de croire que l’univers est divin et si l’on veut raison garder, on est conduit inéluctablement à affirmer l’existence de Dieu.


L’affirmation de l’existence de Dieu est donc incontournable aujourd’hui, et elle l’est d’autant plus qu’il n’existe, je le répète, aucune alternative rationnelle à cette option. Il n’existe pas de métaphysique athée, et c’est la raison pour laquelle les philosophies athées (pour reprendre la distinction de Luestan) sont nulles et non avenues. Car si la raison nous conduit naturellement à l’existence de Dieu, il est évident qu’on ne peut plus penser, vivre et se comporter sur la terre comme si Dieu n’existait pas ! Une telle attitude serait aussi insensée que celle consistant à décider arbitrairement que la route est à sens unique, et à mettre plein gaz sans se soucier de rencontrer d’éventuels obstacles…


Si notre existence a été créée, il faudrait sans doute se demander pourquoi. Et interroger directement le Créateur qui a peut-être quelque chose à nous dire. Ce qui implique une recherche passionnée de ce mystérieux Créateur, un désir de le rencontrer et d’entrer en relation avec lui ; de l’interroger et de recevoir de lui la réponse à nos questions. Si le Dieu Créateur existe vraiment, le secret de notre existence se trouve en Lui. La quête spirituelle devrait donc être la priorité de tout homme raisonnable cherchant à orienter sa vie selon la vérité. Ce serait une attitude en tous les cas beaucoup plus sage que celle consistant à élaborer des constructions intellectuelles toutes plus savantes les unes que les autres pour éliminer Dieu du champ de la vie, sans vérifier au préalable la justesse d'une telle option ni en mesurer toute la gravité…


Mais laissons-là nos athées modernes.


Après nous être longuement épanché sur le cas de ces malheureux qui ont renoncé à la réflexion et à la pensée métaphysique, tournons-nous maintenant vers ceux qui, parmi les auteurs athées que notre ami Hervé cite, ont réfléchi sur l’univers et proposé une ontologie sans Dieu.


Et voyons le résultat.

(à suivre…)

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