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24 avril 2019 3 24 /04 /avril /2019 10:07

Je voudrais revenir sur les réflexions de notre lecteur athée.

Selon lui, la position raisonnable consiste à ne rien affirmer au-delà de la science ; à ne pas tenter de faire de la métaphysique ; à nier les raisons de croire en Dieu ; à nier Dieu ; et à accepter la mort.

Or, il me semble que c’est tout le contraire.

Si je suis un homme vraiment raisonnable, je vais aller jusqu’au bout de la raison. Or, qu’y a-t-il au bout de la raison ? Il y a la conviction qu’il existe des réalités qui dépassent la raison. Ce qui m’interdit d’affirmer péremptoirement tout ce que proclame notre lecteur. Comme l’écrivait Pascal : « La dernière démarche de la Raison est de reconnaître qu’il y a une infinité de choses qui la surpassent : elle n’est que faible si elle ne va pas jusqu’à connaître cela ».

Ne rien affirmer au-delà de la science ? Les scientifiques eux-mêmes reconnaissent que c’est absurde. Parce que la science connaît désormais ses limites. Elle sait qu’elle ne pourra jamais être le dernier mot de l’explication du monde ; qu’une partie du réel lui échappe. Pour comprendre le monde en ce qu’il nous échappe sur le plan scientifique, il faut donc aller au-delà de la physique. Or, au-delà de la physique, il y a la métaphysique.

Renoncer à tenter de faire de la métaphysique ? Mais pour quel sombre motif, puisque la raison même nous y invite ? Si la science a des limites, notre raison sans doute aussi. Mais pour les connaître, encore faut-il s’essayer à la discipline et voir ce qu’elle produit. Ce n’est qu’à la fin que je pourrai dire ce que la métaphysique m’aura appris de plus que la physique ; et que j’en connaîtrai vraiment les limites – comme c’est l’exploration scientifique menée jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à l’infiniment petit, qui me conduit aux frontières de la connaissance scientifique. On ne peut connaître les limites d’une discipline de pensée qu’en allant jusqu’au bout de ses possibilités. Ce n’est donc pas en renonçant à la métaphysique qu’on connaîtra les limites de la raison ; c’est au contraire en allant au bout de la métaphysique qu’on parviendra à la frontière ultime de la connaissance métaphysique – donc, de la connaissance rationnelle. Il n’existe aucune raison a priori de rejeter la métaphysique. Si celle-ci est menée de façon rigoureuse, c’est-à-dire : en appliquant la raison logique au réel scientifiquement exploré, sans préjugé ni paralogisme, alors elle donnera des résultats aussi satisfaisants, aussi convaincants, aussi probants que les sciences positives dans leur domaine.

Nier les raisons de croire en Dieu ? Mais pour quelle bonne… raison, puisque la métaphysique m’en fournit de nombreuses et de puissantes ? – c’est sans doute pour cela du reste que les athées la rejettent, puisqu’elle les réfute magistralement. Mais un homme raisonnable n’écarte pas une discipline rationnelle au seul motif qu’elle ne produit pas les résultats qu’il veut. En face du réel, il faut être humble et consentir à ce qu’il nous dépasse et ne se plie pas nécessairement à nos désirs.

Nier Dieu ? Mais pourquoi vouloir aussi péremptoirement clore le dossier, quand la science montre ses limites, légitime le travail métaphysique, lequel conduit irrésistiblement à Dieu – ou à tout le moins : à la forte probabilité de son existence ? Pourquoi vouloir rejeter Dieu absolument, alors que la raison ne peut se débarrasser de Lui sans rendre l’univers absurde et incompréhensible ? Peut être que l’absurdité est la loi véritable qui est à l’origine de ce monde et qui en préside aux destinées. Peut-être… Mais cela, la raison ne peut l’admettre – car si elle l’admettait, elle se détruirait elle-même, puisqu’elle est elle-même toute entière bâtie sur le principe d’identité (ou de non-contradiction) qui n’est autre que le refus de l’absurde.

L’homme raisonnable ne peut donc nier Dieu, ni détourner pudiquement la tête devant les raisons métaphysiques de croire en Lui. A l’absurde, il préférera le mystère. Mais puisque le mystère porte sur un Être qu’il perçoit comme créateur de l’intelligence et du langage, il aura l’espoir, parvenu aux frontières de la raison humaine, d’aller plus loin dans la connaissance de cet Être extraordinaire et unique si Celui-ci consent à se manifester à lui. Ce qu’il ne peut connaître de Dieu par lui-même, Dieu peut le lui faire connaître s’Il fait un pas vers lui. Et pourquoi ne le ferait-il pas ? C’est ainsi que nous sommes conduits aux religions.

L’homme raisonnable ne rejette pas avec dédain la religion. L’homme raisonnable, qui pense l’univers, est conduit par l’activité scientifique à reconnaître la pertinence de la métaphysique ; puis par la métaphysique, la légitimité des religions – comme un nouveau lieu d’exploration rationnelle, à la recherche du Dieu Créateur que sa raison lui a manifesté et que rien n’interdit de penser a priori qu’Il se soit révélé directement aux hommes pour entrer en dialogue avec eux et leur dévoiler le secret de Son projet pour l’humanité qu’Il a créée.

Accepter la mort ? Pourquoi pas après tout ? Ce n’est pas parce que Dieu existe que nous ne sommes pas voués au néant éternel. Mais Dieu nous a-t-il fait pour le néant éternel ? Est-il raisonnable de le penser ? Qui est-Il donc pour nous donner ce trésor qui est la vie, et pour nous le reprendre ensuite ? Qu’est-ce que cela voudrait dire ?

On peut certes utiliser ces questions comme un moyen de dire : « Vous voyez, tous vos raisonnements sur Dieu conduisent à une impasse. La seule chose dont nous sommes sûrs est qu’à la fin, nous allons tous mourir. Acceptons donc cette issue fatale – la dimension tragique de nos existences – et vivons comme nous le pouvons l’instant présent. » Mais l’homme raisonnable qui a découvert l’existence de Dieu doit-il se résigner à ce constat désenchanté ? N’est-il pas conduit au contraire à interroger Dieu Lui-même sur le sens de son existence ? Là, non seulement la religion se présente comme un chemin possible de connaissance, mais elle devient un chemin nécessaire. Car la physique et la métaphysique le laisseront seul avec ses questions existentielles. Ce que le savoir humain ignore, Dieu le sait. C’est donc Lui qu’il faut interroger. Et pourquoi ne le pourrions-nous pas ? Pourquoi ne répondrait-Il pas ? Il me paraît légitime de se poser ces questions et de rechercher dans l’histoire des religions s’il existe quelque trace quelque part d’une réponse divine aux grandes interrogations existentielles de l’homme.

Or, parmi toutes les religions de la terre, une seule affirme qu’un homme, assassiné publiquement dans des conditions atroces, mort et enseveli, est revenu à la vie – dans une condition similaire, mais autre en même temps : une condition nouvelle, inaccessible à la mort. Un homme à la prétention folle – unique dans l’histoire des religions : celle d’être Dieu. « Moi, je suis l’Alpha et l’Oméga (…) Celui qui est, qui était et qui vient, le Souverain de l’univers. » (Ap 1.8) Et il affirme posséder le pouvoir de communiquer aux hommes la vie éternelle : « La volonté de Celui qui m’a envoyé est que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés, mais que je les ressuscite au dernier jour. » (Jn 6. 39) Il déclare ainsi détenir les clefs qui ouvrent aux hommes les portes de l’éternité : « Ne crains pas. Moi, je suis le Premier et le Dernier, le Vivant : j’étais mort, et me voilà vivant pour les siècles des siècles ; je détiens les clés de la mort et du séjour des morts. » (Ap 1. 17-18)

Cet homme aux prétentions exorbitantes, c’est Jésus, un israélite ayant vécu à dans une petite bourgade de Galilée, Nazareth, il y a plus de 2000 ans, et qui s’est présenté comme envoyé de Dieu et comme Dieu Lui-même. Il a ainsi levé le voile sur une part du mystère de l’Être de Dieu – un mystère d’amour que les théologiens chrétiens ont qualifié de « trinitaire ». Il a ouvert aussi une brèche dans notre finitude humaine en surmontant lui-même la mort - « Ressuscité d’entre les morts, le Christ ne meurt plus ; sur lui la mort n’a plus de pouvoir. » (Rm 6. 9). Et il nous assure que la volonté de Dieu est que nous vivions éternellement : « Telle est la volonté de mon Père : que celui qui voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. » (Jn 6. 40).

Si la raison humaine nous conduit de la science à la métaphysique ; puis de la métaphysique aux religions ; et si parmi les religions, il en est une qui m’informe que la mort a trouvé son Maître et qu’elle ne sera pas le dernier mot de ma vie ; qu’il existe une vie éternelle qui concerne tout mon être – mon corps tout autant que mon âme – ; une vie de communion d’amour avec Dieu Lui-même et avec tous nos frères humains régénérés par la grâce (« Il habitera avec eux, et ils seront son peuple, et Dieu lui-même sera avec eux » Ap. 21. 3) ; une vie débarrassée de toutes souffrance et de tous ces maux qui nous faisaient douter ici-bas de l’existence même Dieu (« Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car le monde ancien aura disparu. » Ap 21. 4) ; pourquoi refuserais-je a priori d’y croire ? Puisque nous sommes tous condamnés à mourir, et à voir mourir un à un tous ceux que nous aimons, n’est-il pas utile, nécessaire, urgent même de rechercher si la mort est l’issue finale de nos existences ? Va-t-on reprocher à un homme qui se noie de chercher l’oxygène ? Va-t-on lui objecter que sa recherche de l’oxygène n’est pas légitime parce qu’elle répond à un désir de vivre dont il est douteux qu’il doive être satisfait - parce qu'il est douteux que ce qui est "trop beau" soit vrai? Cet instinct de survie qui habite au-dedans de nous ne nous révèle-t-il pas au contraire ce pour quoi nous sommes faits? ne nous oriente-t-il pas vers un Oxygène réel, céleste, qui nous attire tel un aimant - et qui représenterait une issue véritable à cette impasse mortelle qui nous attend ?

Je ne dis pas que le christianisme est vrai au seul motif qu’il nous propose une vie éternelle complète (corps et âme) qui seule nous satisfasse entièrement. Je disais plus haut que l’homme raisonnable doit être humble devant la réalité et consentir à ce que celle-ci ne se plie pas à ses volontés. Mais je dis que là où il y a de la lumière, il est légitime d’aller – et d’aller d’abord. Car il est légitime d’espérer vivre éternellement s’il existe le moindre espoir. Or le christianisme nous offre cet espoir. Et en vérité, il est le seul. Car le judaïsme est nébuleux ; l’islam effrayant avec son Dieu intransigeant et irascible ; l’hindouisme et le bouddhisme dissolvants – puisque notre être actuel cessera d’exister pour devenir un autre tout différent (nous-même, avec notre corps, notre conscience personnelle, ne serons plus).

Alors, peut-être que le néant éternel nous attend tous au bout de l’aventure humaine – ou quelque autre issue décevante préconisée par d’autres religions. Mais peut-être pas. S’il existe un espoir quelconque d’un salut personnel, corps et âme, et d’une transfiguration du monde actuel en un monde plus beau où tout ne sera qu’amour, vie, joie et communion avec ceux que nous aimons, il me paraît raisonnable de chercher à l’explorer en allant jusqu’au bout de l’expérience. Peut-être qu’on se heurtera à une impasse. Mais peut-être pas. On ne pourra le savoir qu’en s’engageant soi-même sur la route pour voir où elle mène. Il me paraît bien peu raisonnable en tous les cas de traverser cette existence sans explorer ce chemin – le seul en vérité – qui puisse combler nos espérances les plus folles. Imaginez que cela soit vrai et que notre refus de croire nous ferme la porte à cette vie bienheureuse à laquelle nous aspirons (que nous nous l’avouions ou non) ? Comme il serait dommage de passer à côté de notre vie éternelle. D’autant plus dommage si l’alternative n’est pas le néant éternel mais l’enfer éternel dont parle Jésus et son Eglise. Notre éternité est en jeu et nous ne réfléchirions pas sérieusement à tout cela ? Fort bien – mais comment pourrions-nous alors nous prétendre des hommes raisonnables ?

Dans notre quête de vérité sur la route de l’Evangile – si d'aventure nous consentions nous y engager –, nous ne serons pas seuls. Nous découvrirons des frères en chemin comme nous. Certains qui vivent des expériences fortes de Dieu – et qui en témoigneront ; d’autres qui seront habités par des interrogations et le doute mais qui nous ferons profondément réfléchir. Nous découvrirons la parole de Dieu et sa force de pénétration incomparable ; les sacrements de l’Eglise et leur puissance de transformation de l’âme humaine (le baptême, la confession, l’eucharistie, la confirmation…) ; des prêtres de lumière aussi, des religieux et des religieuses qui nous édifieront par leurs enseignements et leur manière d’être – leur vie donnée ; nous rencontrerons des lieux où la grâce surnaturelle s’est manifestée de manière extraordinaire dans l’histoire (par des apparitions ou des miracles) et qui continuent de répandre aujourd'hui la lumière d’en-haut ; nous découvrirons des penseurs de grande qualité, qui nourriront nos intelligences – comme jamais personne d’autre dans le monde ; et nous cheminerons aussi avec nos frères et sœurs les saints qui sont au ciel, dont l’exemple de vie et l'invisible mais perceptible présence à nos côtés nous fera pressentir l’absolue vérité de l’Evangile. La vie prendra alors une toute autre saveur pour nous. Une saveur d’amour, de vérité joyeuse, d’éternité. Et nous pourrons croire vraiment – parce que nous en aurons vérifié intimement la vérité – dans cette merveille, cette Bonne Nouvelle que Jésus est venue annoncer aux hommes et que l’Eglise proclame à sa suite depuis plus de 20 siècles : Dieu existe ; Dieu nous aime ; Dieu nous a fait pour la vie – et la vie éternelle ; cette vie est en son Fils, Jésus-Christ, mort et ressuscité pour notre salut. Quiconque écoute sa parole et croit en lui obtient la vie éternelle « et il échappe au jugement, car il est déjà passé de la mort à la vie. » (Jn 5. 24)

Voulez-vous vivre éternellement et échapper au jugement de Dieu sur le péché du monde ? Dieu nous en donne le moyen. Ce moyen, c’est son Fils : Jésus-Christ. Il est notre sauveur et notre Dieu. Il est la porte du Ciel : « Moi, je suis la porte, dit Jésus. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage. » (Jn 10. 9)

A tous ceux qui refusent de croire et préfèrent "accepter la mort" comme notre lecteur athée, Dieu redit ce qu'il disait jadis à son peuple : « Pourquoi vouloir mourir, maison d’Israël ? Je ne prends plaisir à la mort de personne, – oracle du Seigneur Dieu – : convertissez-vous, et vous vivrez. » (Ez 18. 31-32)

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22 avril 2019 1 22 /04 /avril /2019 17:40

Extrait de l'homélie prononcée par le père Ludovic Frère, recteur du sanctuaire Notre Dame du Laus, le dimanche de Pâques 21 avril 2019

Que leur est-il donc arrivé ? Voici quelques heures à peine, les disciples de Jésus étaient encore tous cachés. Ils craignaient pour leur peau. Leur chef avait même renié son maître : « je ne connais pas cet homme ». Mais maintenant, lui et tous les autres proclament qu’il est ressuscité et bientôt ils le payeront de leur vie.

Oui, mais pour quels fruits ! Partie d’un petit groupe d’hommes comme les autres, la nouvelle de la résurrection du Christ se répandra sur tous les continents. Et si nous sommes facilement enclins à regarder du côté des chiffres qui baissent, reconnaissons comme il est formidable qu’une nouvelle, partie de 11 hommes hésitants, ait pu gagner la terre entière, jusqu’au bout du monde et dans chacun de nos villages.

La Bonne Nouvelle de la résurrection du Christ est venue habiter nos cœurs, nos amours et nos fêtes. Elle a fait sortir de terre des cathédrales monumentales, comme notre chère basilique Notre-Dame de Paris. Dans nos villes et nos campagnes, cette Bonne Nouvelle a aussi planté des églises et des chapelles, des monastères… et des sanctuaires ! Elle a façonné notre droit et nos institutions. Elle a révolutionné les relations au niveau mondial. Elle a bouleversé la spiritualité et promu la dignité humaine comme jamais auparavant.

Alors, la question se pose : qu’est-il arrivé à cette poignée de Galiléens ?

Serait-ce un coup de génie pour transformer la défaite en succès ? La plus grande des fake news de l’histoire aurait été inventée par des pêcheurs de Galilée… on peine à le croire, vous ne trouvez pas ? Leur déception les aurait conduits à élaborer rapidement une histoire mettant en cohérence - et accomplissant absolument - toute la Parole de Dieu déployée sur plus de 15 siècles… Ils cachaient bien leur jeu, ces savants déguisés en pêcheurs ! Eux, dont on ignorait aussi les compétences de psychologues et de philosophes, auraient réussi à concevoir en moins de 48 heures un système de pensée répondant à toutes les aspirations du cœur humain. Alors là, chapeau !

Ces hommes méritent le Prix Nobel pour leur intelligence, un César pour leur jeu d’acteurs et la légion d’honneur pour avoir inventé une religion qui sortira tant d’hommes et de femmes de la misère ! Quel génie de la part de quelques hommes dont les évangiles ne cachent pas qu’ils étaient souvent bien lents à comprendre !

Et puis, rappelez-vous : voici peu de temps encore, ils se comparaient les uns les autres pour savoir lequel d’entre eux était le plus grand, le meilleur, le préféré. Aujourd’hui, les voilà transformés en serviteurs de la plus grande Bonne Nouvelle de l’histoire de l’humanité ! Leur petite personne n’importe plus, leurs projets, leur carrière, leur vie affective… tout est désormais subordonné à cette grande nouvelle.

Alors, que leur est-il arrivé ?

Si Pâques est une supercherie, c’est la plus extraordinaire qu’on n’ait jamais inventée. Mais un minimum de bon sens et d’honnêteté intellectuelle devrait nous faire reconnaître qu’il n’était pas possible à ces Galiléens d’inventer un système que 2000 ans de pensée humaine n’ont pas réussi à démonter. Bien au contraire : tout le génie mis en œuvre par la pensée, par l’art, par la charité aussi, n’ont fait que constater la cohérence de cette Bonne Nouvelle, sa sublime beauté ! Sa divine beauté !

Alors, que leur est-il arrivé, à ces pêcheurs de Galilée… sinon une rencontre, LA rencontre. La grande rencontre avec la Vie plus forte que la mort. LA grande rencontre avec Jésus ressuscité ! La rencontre avec Celui qui nous prend dans son mouvement de résurrection pour nous libérer éternellement. Entendons-le bien : la mort n’existe plus désormais. « Nous sommes ressuscités avec le Christ », nous a dit saint Paul dans la 2e lecture. « Nous sommes ressuscités » !

Ce jour de Pâques ne peut donc rester pour nous de l’ordre de la théorie, de l’événement extérieur, de la simple tradition. Nous ne sommes pas rassemblés ici pour partager une hypothèse et nous en convaincre davantage. Nous sommes ici pour célébrer et raviver notre rencontre avec le Ressuscité qui nous ressuscite !

(...) Venez donc à sa rencontre, acceptez de creuser en vous le désir de Le rencontrer. Dites-le Lui maintenant : « Christ ressuscité, je veux te rencontrer ». Dites-le Lui et laissez-Le faire. Il a traversé la porte du tombeau, il saura traverser vos éventuels réticences et manques de foi. Laissez seulement la puissance de sa résurrection habiter vos cœurs et renouveler vos intelligences ! Laissez-là irradier vos corps et restaurer vos relations avec les autres. Laissez la force du Ressuscité vous faire lâcher ce que vous tenez dans vos mains crispées : vos richesses et vos projets, vos inquiétudes et mêmes vos souffrances. Que tout soit maintenant visité par le Christ Ressuscité !

Frères et sœurs, cette Bonne Nouvelle, qui a totalement renversé les apôtres, ne peut pas nous effleurer seulement. Cette Bonne Nouvelle ne peut être étouffée par les bruits du monde et nos bruits intérieurs. Il faut la crier, la crier en nous, la crier à tous, la crier sans cesse : dans nos moments de joies comme dans nos épreuves, dans nos deuils comme dans nos succès. La proclamer à tout instant, dans la prière et dans le travail, dans les amours et dans la détente. En grandissant, en vieillissant, en souffrant. La proclamer sans cesse : « Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité ! »

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13 août 2018 1 13 /08 /août /2018 08:02

Pour un catholique, un Pape ne peut jamais être hérétique dans l'exercice de son magistère.

 

Soit sa décision relève de l'infaillibilité, et il ne peut pas être hérétique : c'est une question de FOI et quiconque prétendrait le contraire serait anathème.

 

Soit sa décision ne relève pas de l'infaillibilité, et il ne peut pas être hérétique : c'est une question de RAISON et quiconque prétendrait le contraire serait ridicule.

 

Seules donnent lieu à hérésies les questions relevant du domaine de l'infaillibilité.

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5 août 2018 7 05 /08 /août /2018 10:25

Un lecteur me pose cette très belle question :

"Bonjour, je suis catholique pas encore baptisé, mais en 3e année de catéchuménat. Comment pourrais-je m'y prendre afin de rester proche de la Vierge Marie et de son Fils Jésus?"

Je voudrais te répondre par un article, tant ta question nous concerne tous.

1. Pour vivre proche de la Vierge Marie et de son Fils Jésus, continue ton chemin de catéchuménat. Reçois le baptême, la communion eucharistique et la confirmation. Puis cultive en toi la vie spirituelle autour de 3 axes :

- la prière quotidienne : l'idéal serait un temps conséquent (ex. une demi-heure le matin, une demi-heure le soir, soit... 4,16 % de ta journée consacrée au Dieu de l'univers)

- la communion hebdomadaire (à la messe le dimanche)

- la confession mensuelle

Pour plaire à Dieu, il faut vivre dans la foi et de la foi. car "sans la foi, il est impossible d’être agréable à Dieu." (Hebreux 11.6) Ou comme dit encore l'Ecriture : "Le juste vivra par sa foi" (Habacuc 2. 4)

Et la Vierge Marie nous dit : "Faites tout ce qu'il vous dira" (Jn 2. 5). Donc : plus tu feras la volonté de Dieu, plus tu vivras selon Ses voies, et plus tu seras proche de Marie.

2. Si tu veux vivre ta vie chrétienne en Marie (ce que tout chrétien devrait faire pour faire plaisir à Jésus), tu peux donner une coloration mariale à ta prière en priant chaque jour le chapelet. C'est une prière toute simple, une récitation méditative, que tu peux dire en une demi-heure. Une prière chère à Jésus, à Marie et à l'Eglise.

3. Il est nécessaire également d'alimenter sa prière par l'écoute attentive de la Parole de Dieu. La Vierge Marie était une femme d'écoute. Elle était pétrie par la Parole de Dieu (son Magnificat en témoigne - Luc 1. 46-55). Elle gardait dans son coeur les enseignements de son Fils (Luc 2. 19 ; 2. 51). Pour vivre du Christ en Marie, il nous faut imiter la Sainte Vierge et devenir des hommes et des femmes d'écoute. Pour devenir disciple du Christ (ce que signifie précisément le nom de "chrétien"), il nous faut nous laisser instruire par le Maître. Il faut écouter sa Parole. De même que notre corps a besoin de nourriture matérielle pour vivre, de même notre âme a besoin d'aliment céleste pour vivre. L'aliment céleste, c'est le Verbe, la Parole de Dieu qui est le Christ en personne. Quand on accueille en soi la Parole de Dieu, on n'accueille pas seulement une parole humaine, mais le Verbe de Dieu en personne : Jésus-Christ, le Vivant - voilà pourquoi la Parole de Dieu est "vivante, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants ; elle va jusqu’au point de partage de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles ; elle juge des intentions et des pensées du cœur." (Hébreux 4. 12) Nous devons devenir des familiers de la Bible et de l'enseignement de l'Eglise au sujet de la Bible - pour éviter des erreurs d'interprétation qui seraient nuisibles à notre foi.

Il y a plusieurs manières de lire la Bible. Celle que je te recommanderais volontiers pour commencer est la lecture en Eglise. Chaque jour, l'Eglise nous donne à méditer dans sa liturgie - spécialement à la messe - la Parole de Dieu. Tu peux trouver ces textes assez facilement, dans des revues comme Prions en Eglise ou Magnificat. Ou sur Internet.  Je suis convaincu pour ma part que la Parole du jour est revêtue d'une onction particulière. C'est cette onction qu'il nous faut rechercher. La question à se poser chaque jour en écoutant la Parole, c'est : qu'est-ce que le Seigneur veut ME dire aujourd'hui, à travers cette Parole?

Pour entrer dans l'intelligence des Ecritures, les ouvrages de Marie-Noëlle Thabut me paraissent incontournables. Il sont vraiment savoureux et t'aideront à pénétrer plus avant dans la connaissance de Dieu. 

4. Pour grandir dans l'amour de Marie, je ne connais rien de plus efficace que la lecture du "Traité de la Vraie dévotion à la Sainte Vierge" de Saint Louis Marie Grignion de Montfort. Un bon ouvrage spirituel que je te recommande vivement, et qui enflammera ton coeur.

5. Enfin, je te conseillerais de faire quelques pèlerinages ou retraites dans des lieux d'apparition de la Sainte Vierge : Fatima, Medjugorje, le Laus (où je me rendrai cet été)... Et de lire quelques bons livres sur ces apparitions. Par exemple, ce livre du Père René Laurentin sur les apparitions de Lourdes. Tu as aussi les vidéos d'Arnaud Dumouch sur You Tube : exemple sur Fatima. Les apparitions nous aident vraiment à croire et à espérer. Elles fortifient notre foi et nous aident à mieux aimer la prière, l'Eglise et les sacrements. 

Si tu fais tout cela, nul doute que tu resteras proche de la Vierge Marie et de son Fils Jésus. :)

Et vous, chers lecteurs? Auriez-vous d'autres conseils à donner à notre frère catéchumène?

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5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 00:00

Epiphanie

 

Chers amis lecteurs,

 

Pour ce premier article de l’année, je voudrais revenir sur une sentence du Pasteur protestant Eric George, écrite dans le feu d’une joute « fleuve » sur le péché originel et l’existence du démon (cf. Ce que nous enseignent les sciences de la nature : commentaire n° 111).

 

« La foi, dit le Pasteur, est un don pas une conséquence de mon intelligence... Maintenant, si vous avez une preuve de l'existence de Dieu à me fournir, je suis preneur... En fait non ! je préfère la foi au voir... »

 

Il me semble que le Pasteur fait la confusion, par trop habituelle dans les milieux chrétiens – y compris catholiques –, entre la foi en Dieu et la croyance en l’existence de Dieu.

 

La foi est un don que Dieu communique par la Révélation et une lumière surnaturelle qui vient du Saint Esprit. La croyance en l’existence de Dieu est un don que Dieu communique par la Création et la lumière naturelle de la raison.

 

Tout homme peut avoir connaissance de l’existence de Dieu à partir de ses seules facultés naturelles, sans l’aide de la Révélation ni grâce particulière du Saint Esprit, à partir de l’observation de l’œuvre de la Création et d’une réflexion sur l’Univers physique et la Nature qui nous environne.

 

Nul besoin de la foi pour croire en l’existence de Dieu : l’activité de la seule intelligence suffit. Dire cela n’enlève rien à Dieu, puisque tout nous est donné par lui : et l’Univers physique que nous observons, et notre intelligence avec laquelle nous réfléchissons sur l’Univers physique.

 

En un sens, la Création est le premier livre de la Révélation. Par la Création, Dieu nous parle. Il nous révèle son existence, et quelque chose de son essence. Et cette Révélation est accessible à tous les hommes. Même les tribus les plus reculées et les plus primaires ont conscience que la Création est révélatrice d’une réalité transcendante (ou immanente, en tous les cas : surnaturelle, divine). C’est là l’intuition la plus commune et la plus universelle qui soit.

 

En cette fête de l’Epiphanie, qui est la manifestation de Dieu aux nations païennes (figurées par les Mages d’Orient), il nous est bon de considérer cette épiphanie de Dieu dans la Création, qui s’adresse à tout le genre humain : chrétiens, juifs et musulmans, mais aussi païens, agnostiques et incroyants. La Création est un fait qui s’impose à tous, et qui interroge la raison de tous. Une réflexion rationnelle, intelligente, métaphysique (pour employer un terme barbare…) sur ce donné de la Création, sur l’être même de l’Univers et sur ses caractéristiques, peut nous donner la certitude de l’existence de Dieu. Nul besoin, pour croire que Dieu existe, d’être un mystique ou un homme de foi ; il nous suffit de réfléchir sur l’univers. Et cela, tout le monde en est capable. Tout le monde peut croire en l’existence de Dieu à partir de l’œuvre de la Création.

 

Il n’est donc pas illégitime de vouloir rechercher des preuves de l’existence de Dieu. Car il en existe ; Dieu nous en a laissé de nombreuses dans l'oeuvre de la Création, et Il nous a donné une intelligence pour les reconnaître comme telles. Ne pas vouloir les « voir » serait sans doute un péché, au sens où le Pasteur l’entend : le « refus d’être humain » (cf. Ce que nous enseignent les sciences de la nature : commentaire n° 117) c'est-à-dire : créature douée de raison.

 

Une fois admis l’existence de Dieu, je pourrai ensuite réfléchir sur un autre fait réel, inscrit dans notre histoire, qui est le fait religieux, qui désigne tous les efforts entrepris par les hommes depuis leur origine pour entrer en relation avec ce Dieu inconnu dont l’existence nous est révélée par l’Univers physique. Et je pourrai m’intéresser plus particulièrement à ce petit peuple d’hébreux nomades installés en terre de Canaan au 19e ou 18e siècle avant notre ère, qui prétend avoir été choisi (« élu ») par ce Dieu inconnu tant recherché par les hommes, pour recevoir de Lui la Révélation de son mystère. Je pourrai éprouver l’authenticité de cette Révélation en vérifiant, avec le recul de l’Histoire, la pertinence et la véracité de son contenu. Je pourrai aussi m’interroger sur l’étonnante destinée du plus illustre des fils d’Israël : Jésus, le Nazaréen. Et méditer sur son œuvre, en particulier sur cette Eglise qu’il a bâtie autour de ses Douze Apôtres et qui existe encore aujourd’hui, répandue à travers le monde.

 

Sur tout ce donné, physique et historique, je pourrai réfléchir, raisonner, méditer, confronter des idées contradictoires, entendre les arguments des uns et des autres. Et me faire une opinion.

 

Je pourrai croire en l’existence de Dieu, parce que je pourrai reconnaître que cette option est la plus rationnelle de toutes.

 

Je pourrai croire en la Révélation divine, parce je pourrai en vérifier l'authenticité dans l’expérience historique du peuple d’Israël, de Jésus-Christ et de l’Eglise.

 

Je pourrai ainsi écarter de mon champ de pensée toutes les autres propositions de sens que l’humanité s’est forgée au fil des siècles, soit à raison de leur manque de rationalité, soit parce qu’elles contredisent la Révélation divine.

 

Convaincu que Dieu existe, par l’observation de l’Univers ; que Dieu s’est révélé à Israël, par l’étude du fait religieux ; que la Bible est porteuse de cette révélation et que Jésus-Christ est le Fils de Dieu fait homme annoncé par la loi et les prophètes ; que l’Eglise est Son œuvre et le moyen institué par Lui en vue du Salut de tous ; je pourrai alors adhérer par la foi à la Révélation divine, et me laisser transformer par elle. Je pourrai ouvrir toute grande la porte à Dieu, et lui permettre de changer ma vie.

 

Il est intéressant de noter au passage que c’est l’observation des étoiles qui a conduit les Mages d’Orient jusqu’au Christ, en passant par Israël et l’étude de ses Saintes Ecritures. Le cheminement des Mages me semble préfigurer et annoncer le nôtre à tous, « qui étions loin ». Nous aussi devons passer par l’étude de l’Univers et la Révélation biblique pour rencontrer le Logos, la Raison créatrice qui s’est faite homme, en Jésus de Nazareth.

 

La foi n’est donc pas adhésion irrationnelle et aveugle à l’existence de Dieu, mais bien plutôt adhésion de notre rationalité à une Raison plus haute révélée par Dieu, et que Dieu Lui-même est. La foi ainsi entendue présuppose la croyance en l’existence de Dieu, car pour accueillir la Révélation de Dieu, il nous faut d’abord croire que cette Révélation vient de Dieu ; et pour croire que cette Révélation vient de Dieu, il nous faut d’abord croire en l’existence de Dieu.

 

Bien entendu, le Seigneur est libre de bousculer ce bel ordonnancement en se révélant à nous dans une lumière éclatante comme il le fit pour St Paul, ou dans la beauté d’un chant liturgique comme il le fit pour Claudel. Il peut, s’il le veut, nous toucher en plein cœur, et se manifester directement à nous, sans la moindre médiation. Mais notons bien que tel n’est pas son mode d’agir habituel. Et quoiqu’il en soit, il nous faudra bien à un moment ou à un autre réfléchir sur Dieu et sur la Révélation qu’il a faite de Lui. Si ça n’est pas avant l’expérience de la foi, ce sera après (le cheminement de Claudel est exemplaire à cet égard). Mais on ne pourra pas, en tous les cas, faire l’économie de l’intelligence. Parce que notre nature le requiert. Et que Dieu le veut ainsi.

 

Dieu ne veut pas nous révéler des vérités auxquelles nous pouvons avoir accès par notre raison naturelle ; Il nous aime trop pour cela. Dieu veut nous laisser la joie de découvrir par nous-même les vérités contenues dans la Création et dans l’Histoire des hommes. La Révélation divine n’a pour objet que ce sur quoi notre raison ne peut avoir immédiatement accès, et c’est pourquoi elle requiert la foi, qui est l’assentiment de notre raison à la révélation que Dieu nous fait de vérités qui la dépasse, dans lesquelles notre intelligence trouve une Lumière précieuse pour son exercice propre – qui ne se trouve donc pas suspendu par l'accueil de la Révélation mais sur-élevé (dans l'activité théologique).

 

La foi est certes une grâce que Dieu communique à l’homme pour qu’il soit capable de le reconnaître comme son Seigneur et d’obéir à sa parole ; mais elle est aussi un acte de l’homme dont la raison le conduit à décider librement de s’en remettre à Dieu et de fonder son existence sur le roc de sa Parole ; la foi est libre réponse à cette Parole.

 

L’homme a donc une responsabilité au regard de sa propre foi : en ne réfléchissant pas rationnellement sur l’existence de l’univers et sur le fait religieux, l’homme peut entraver le don de la foi que Dieu veut lui faire. Inversement : l’homme peut déblayer en lui ce qui fait obstacle au don de la foi, en réfléchissant sérieusement à l’œuvre de la Création. Inutile par conséquent d’attendre que la foi nous tombe dessus comme le gain du gros lot au Loto. Et absurde d’affirmer que nous n’avons pas à nous convertir au motif que Dieu ne nous a pas donné la foi. Car si Dieu nous a donné la raison, c’est qu’il veut nous donner la foi.

 

S’il est vrai que la foi est un don surnaturel fait à quelques uns, la croyance est un don naturel accessible à tous afin que tous parviennent à la foi. Il convient donc de bien distinguer les deux ordres de connaissance de Dieu. Autant la croyance requiert des « preuves » tangibles pour être satisfaite et sollicite la raison humaine, autant la foi requiert la confiance du croyant et sollicite le consentement de sa volonté ; mais la seconde présuppose la première.

 

Pour prendre une image : je peux croire en l’existence de l’Himalaya sans l’avoir vu, parce que ma raison me commande d’y croire ; mais je peux ne pas vouloir y aller et la connaissance de son existence ne changera rien à ma vie. Eh bien pareillement : la croyance en Dieu est connaissance de l’existence de Dieu, mais cette connaissance est à elle seule impuissante à changer ma vie ; c'est la foi en Dieu qui me fait entrer dans la vraie connaissance de Dieu qui est intimité de vie avec Lui, dans l’obéissance de sa Parole. Ainsi, je crois en Dieu non pas parce que je crois en son existence, mais parce que, croyant qu’il existe, je Lui fais confiance pour gouverner ma vie, et la gouverner bien. Je peux alors la remettre entre ses mains pour qu’Il fasse de moi ce qu’Il lui plaira. Et je suis prêt pour cela à accepter des vérités qui dépassent ma raison – mais dont ma raison fera sa nourriture dans l'étude théologique – et à dépendre entièrement de Lui pour vivre ma vie sur cette terre. Voilà, me semble-t-il, ce qu’est la foi, celle-là même qui nous sauve et qui nous donne la vie éternelle.

 

 

Article initialement publié le 6 janvier 2008

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21 décembre 2013 6 21 /12 /décembre /2013 10:54

Un petit Catéchisme pour entrer dans l'intelligence de ce grand mystère, si essentiel à la compréhension de la rédemption opérée par Jésus-Christ, Fils de Dieu mort et ressuscité pour notre salut : "On ne peut pas toucher à la révélation du péché originel sans porter atteinte au mystère du Christ" (CEC § 389).

 

B Adam et Eve

1. Le monde avant la Chute

2. Le Péché Originel et la Chute

3. La thèse originale de Mgr Léonard

4. Les avantages et limites de la théologie de Mgr Léonard

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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 23:00

Texte intégral du Credo du peuple de Dieu (dans une traduction non officielle en français) prononcé solennellement par Paul VI le 30 juin 1968. 

Nous croyons en un seul Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, Créateur des choses visibles comme ce monde où s’écoule notre vie passagère, des choses invisibles comme les purs esprits qu’on nomme aussi les anges, et Créateur en chaque homme de son âme spirituelle et immortelle. 

Nous croyons que ce Dieu unique est absolument un dans son essence infiniment sainte comme dans toutes ses perfections, dans sa toute-puissance, dans sa science infinie, dans sa providence, dans sa volonté et dans son amour. Il est Celui qui est, comme il l’a révélé à Moïse ; et il est Amour, comme l’apôtre Jean nous l’enseigne : en sorte que ces deux noms, Être et Amour, expriment ineffablement la même divine réalité de Celui qui a voulu se faire connaître à nous, et qui, "habitant une lumière inaccessible", est en lui-même au-dessus de tout nom, de toutes choses et de toute intelligence créée. Dieu seul peut nous en donner la connaissance juste et plénière en se révélant comme Père, Fils et Esprit Saint, dont nous sommes par grâce appelés à partager, ici-bas dans l’obscurité de la foi et au-delà de la mort dans la lumière éternelle, l’éternelle vie. Les liens mutuels constituant éternellement les trois personnes, qui sont chacune le seul et même Être divin, sont la bienheureuse vie intime du Dieu trois fois saint, infiniment au-delà de ce que nous pouvons concevoir à la mesure humaine. Nous rendons grâce cependant à la bonté divine du fait que de très nombreux croyants puissent attester avec Nous devant les hommes l’unité de Dieu, bien qu’ils ne connaissent pas le mystère de la Très Sainte Trinité. 

Nous croyons donc au Père qui engendre éternellement le Fils, au Fils, Verbe de Dieu, qui est éternellement engendré, au Saint-Esprit, personne incréée qui procède du Père et du Fils comme leur éternel amour. Ainsi en les trois personnes divines, "coaeternae sibi et coaequales", surabondent et se consomment, dans la surexcellence et la gloire propres à l’être incréé, la vie et la béatitude de Dieu parfaitement un, et toujours "doit être vénérée l’unité dans la trinité et la trinité dans l’unité"

Nous croyons en Notre Seigneur Jésus-Christ, qui est le Fils de Dieu. Il est le Verbe éternel, né du Père avant tous les siècles et consubstantiel au Père, "homoousios to Patri", et par lui tout a été fait. Il s’est incarné par l’œuvre du Saint-Esprit dans le sein de la Vierge Marie et s’est fait homme : égal donc au Père selon la divinité, et inférieur au Père selon l’humanité et un lui-même, non par quelque impossible confusion des natures mais par l’unité de la personne. 

Il a habité parmi nous, plein de grâce et de vérité. Il a annoncé et instauré le Royaume de Dieu et nous a fait en lui connaître le Père. Il nous a donné son commandement nouveau de nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés. Il nous a enseigné la voie des béatitudes de l’Évangile : pauvreté en esprit, douleur supportée dans la patience, soif de la justice, miséricorde, pureté du cœur, volonté de paix, persécution endurée pour la justice. Il a souffert sous Ponce Pilate, Agneau de Dieu portant sur lui les péchés du monde, et il est mort pour nous sur la croix, nous sauvant par son sang rédempteur. Il a été enseveli et, de son propre pouvoir, il est ressuscité le troisième jour, nous élevant par sa résurrection à ce partage de la vie divine qu’est la vie de la grâce. Il est monté au ciel et il viendra de nouveau, en gloire cette fois, pour juger les vivants et les mort: chacun selon ses mérites - ceux qui ont répondu à l’amour et à la pitié de Dieu allant à la vie éternelle, ceux qui les ont refusés jusqu’au bout allant au feu qui ne s’éteint pas. Et son règne n’aura pas de fin. 

Nous croyons en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie, qui est adoré et glorifié avec le Père et le Fils. Il nous a parlé par les Prophètes, il nous a été envoyé par le Christ après sa Résurrection et son Ascension auprès du Père ; il illumine, vivifie, protège et conduit l’Église ; il en purifie les membres s’ils ne se dérobent pas à la grâce. Son action qui pénètre au plus intime de l’âme, rend l’homme capable de répondre à l’appel de Jésus: "Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait"

Nous croyons que Marie est la Mère demeurée toujours vierge du Verbe incarné, notre Dieu et Sauveur Jésus-Christ, et qu’en raison de cette élection singulière elle a été, en considération des mérites de son Fils, rachetée d’une manière plus éminente, préservée de toute souillure du péché originel et comblée du don de la grâce plus que toutes les autres créatures. 

Associée par un lien étroit et indissoluble aux mystères de l’Incarnation et de la Rédemption, la Très Sainte Vierge, l’Immaculée, a été, au terme de sa vie terrestre, élevée en corps et en âme à la gloire céleste et configurée à son Fils ressuscité en anticipation du sort futur de tous les justes; et Nous croyons que la Très Sainte Mère de Dieu, nouvelle Ève, mère de l’Église, continue au ciel son rôle maternel à l’égard des membres du Christ, en coopérant à la naissance et au développement de la vie divine dans les âmes des rachetés. 

Nous croyons qu’en Adam tous ont péché, ce qui signifie que la faute originelle commise par lui a fait tomber la nature humaine, commune à tous les hommes, dans un état où elle porte les conséquences de cette faute et qui n’est pas celui où elle se trouvait d’abord dans nos premiers parents, constitués dans la sainteté et la justice, et où l’homme ne connaissait ni le mal ni la mort. C’est la nature humaine ainsi tombée, dépouillée de la grâce qui la revêtait, blessée dans ses propres forces naturelles et soumise à l’empire de la mort, qui est transmise à tous les hommes et c’est en ce sens que chaque homme naît dans le péché. Nous tenons donc, avec le Concile de Trente, que le péché originel est transmis avec la nature humaine, "non par imitation, mais par propagation", et qu’il est ainsi "propre à chacun"

Nous croyons que Notre-Seigneur Jésus-Christ, par le sacrifice de la croix, nous a rachetés du péché originel et de tous les péchés personnels commis par chacun de nous, en sorte que, selon la parole de l’Apôtre, "là où le péché avait abondé, la grâce a surabondé"

Nous croyons à un seul baptême institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ pour la rémission des péchés. Le baptême doit être administré même aux petits enfants qui n’ont pu encore se rendre coupables d’aucun péché personnel, afin que, nés privés de la grâce surnaturelle, ils renaissent "de l’eau et de l’Esprit Saint" à la vie divine dans le Christ Jésus. 

Nous croyons à l’Église une, sainte, catholique et apostolique, édifiée par Jésus-Christ sur cette pierre qui est Pierre. Elle est le corps mystique du Christ, à la fois société visible instituée avec des organes hiérarchiques et communauté spirituelle, l’Église terrestre ; elle est le peuple de Dieu pérégrinant ici-bas et l’Église comblée des biens célestes ; elle est le germe et les prémices du Royaume de Dieu, par lequel se continuent, au long de l’histoire humaine, l’œuvre et les douleurs de la Rédemption et qui aspire à son accomplissement parfait au-delà du temps dans la gloire. Au cours du temps, le Seigneur Jésus forme son Église par les sacrements qui émanent de sa plénitude. C’est par eux qu’elle rend ses membres participants au mystère de la mort et de la résurrection du Christ, dans la grâce du Saint-Esprit qui lui donne vie et action. Elle est donc sainte tout en comprenant en son sein des pécheurs, parce qu’elle n’a elle-même d’autre vie que celle de la grâce : c’est en vivant de sa vie que ses membres se sanctifient ; c’est en se soustrayant à sa vie qu’ils tombent dans les péchés et les désordres qui empêchent le rayonnement de sa sainteté. C’est pourquoi elle souffre et fait pénitence pour ses fautes, dont elle a le pouvoir de guérir ses enfants par le sang du Christ et le don de l’Esprit Saint. 

Héritière des divines promesses et fille d’Abraham selon l’Esprit, par cet Israël dont elle garde avec amour les Écritures et dont elle vénère les patriarches et les prophètes ; fondée sur les apôtres et transmettant de siècle en siècle leur parole toujours vivante et leurs pouvoirs de pasteur dans le successeur de Pierre et les évêques en communion avec lui; perpétuellement assistée par le Saint-Esprit, elle a charge de garder, enseigner, expliquer et répandre la vérité que Dieu a révélée d’une manière encore voilée par les prophètes et pleinement par le Seigneur Jésus. Nous croyons tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu, écrite ou transmise, et que l’Église propose à croire comme divinement révélé, soit par un jugement solennel, soit par le magistère ordinaire et universel. Nous croyons à l’infaillibilité dont jouit le successeur de Pierre quand il enseigne ex cathedra comme pasteur et docteur de tous les fidèles, et dont est assuré aussi le corps des évêques lorsqu’il exerce avec lui le magistère suprême. 

Nous croyons que l’Église, fondée par Jésus-Christ et pour laquelle il a prié, est indéfectiblement une dans la foi, le culte et le lien de la communion hiérarchique. Au sein de cette Église, la riche variété des rites liturgiques et la légitime diversité des patrimoines théologiques et spirituels et des disciplines particulières, loin de nuire à son unité, la manifestent davantage. 

Reconnaissant aussi l’existence, en dehors de l’organisme de l’Église du Christ, de nombreux éléments de vérité et de sanctification qui lui appartiennent en propre et tendent à l’unité catholique, et croyant à l’action du Saint-Esprit qui suscite au cœur des disciples du Christ l’amour de cette unité, Nous avons l’espérance que les chrétiens qui ne sont pas encore dans la pleine communion de l’unique Église se réuniront un jour en un seul troupeau avec un seul pasteur. 

Nous croyons que l’Église est nécessaire au salut, car le Christ qui est seul médiateur et voie de salut se rend présent pour nous dans son Corps qui est l’Église. Mais le dessein divin du salut embrasse tous les hommes ; et ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l’Évangile du Christ et son Église mais cherchent Dieu sincèrement et, sous l’influence de la grâce, s’efforcent d’accomplir sa volonté reconnue par les injonctions de leur conscience, ceux-là, en un nombre que Dieu seul connaît, peuvent obtenir le salut. 

Nous croyons que la messe célébrée par le prêtre représentant la personne du Christ en vertu du pouvoir reçu par le sacrement de l’ordre, et offerte par lui au nom du Christ et des membres de son Corps mystique, est le sacrifice du calvaire rendu sacramentellement présent sur nos autels. Nous croyons que, comme le pain et le vin consacrés par le Seigneur à la Sainte Cène ont été changés en son Corps et son Sang qui allaient être offerts pour nous sur la croix, de même le pain et le vin consacrés par le prêtre sont changés au corps et au sang du Christ glorieux siégeant au ciel, et Nous croyons que la mystérieuse présence du Seigneur, sous ce qui continue d’apparaître à nos sens de la même façon qu’auparavant, est une présence vraie, réelle et substantielle. 

Le Christ ne peut être ainsi présent en ce sacrement autrement que par le changement en son corps de la réalité elle-même du pain et par le changement en son sang de la réalité elle-même du vin, seules demeurant inchangées les propriétés du pain et du vin que nos sens perçoivent. Ce changement mystérieux, l’Église l’appelle d’une manière très appropriée transsubstantiation. Toute explication théologique, cherchant quelque intelligence de ce mystère, doit pour être en accord avec la foi catholique, maintenir que, dans la réalité elle-même, indépendante de notre esprit, le pain et le vin ont cessé d’exister après la consécration, en sorte que c’est le corps et le sang adorables du Seigneur Jésus qui dès lors sont réellement devant nous sous les espèces sacramentelles du pain et du vin, comme le Seigneur l’a voulu, pour se donner à nous en nourriture et pour nous associer à l’unité de son Corps mystique. 

L’unique et indivisible existence du Seigneur glorieux au ciel n’est pas multipliée, elle est rendue présente par le sacrement dans les multiples lieux de la terre où la messe est célébrée. Et elle demeure présente, après le sacrifice, dans le Saint Sacrement, qui est, au tabernacle, le cœur vivant de chacune de nos églises. Et c’est pour nous un devoir très doux d’honorer et d’adorer dans la sainte hostie, que nos yeux voient, le Verbe incarné qu’ils ne peuvent pas voir et qui, sans quitter le ciel, s’est rendu présent devant nous. 

Nous confessons que le royaume de Dieu commencé ici-bas en l’Église du Christ n’est pas de ce monde, dont la figure passe, et que sa croissance propre ne peut se confondre avec le progrès de la civilisation, de la science ou de la technique humaines, mais qu’elle consiste à connaître toujours plus profondément les insondables richesses du Christ, à espérer toujours plus fortement les biens éternels, à répondre toujours plus ardemment à l’amour de Dieu, à dispenser toujours plus largement la grâce et la sainteté parmi les hommes. Mais c’est ce même amour qui porte l’Église à se soucier constamment du vrai bien temporel des hommes. Ne cessant de rappeler à ses enfants qu’ils n’ont pas ici-bas de demeure permanente, elle les presse aussi de contribuer, chacun selon sa vocation et ses moyens, au bien de leur cité terrestre, de promouvoir la justice, la paix et la fraternité entre les hommes, de prodiguer leur aide à leurs frères, surtout aux plus pauvres et aux plus malheureux. L’intense sollicitude de l’Église, épouse du Christ, pour les nécessités des hommes, leurs joies et leurs espoirs, leurs peines et leurs efforts, n’est donc rien d’autre que son grand désir de leur être présente pour les illuminer de la lumière du Christ et les rassembler tous en lui, leur unique Sauveur. Elle ne peut signifier jamais que l’Église se conforme elle-même aux choses de ce monde, ni que diminue l’ardeur de l’attente de son Seigneur et du royaume éternel. 

Nous croyons à la vie éternelle. Nous croyons que les âmes de tous ceux qui meurent dans la grâce du Christ, soit qu’elles aient encore à être purifiées au purgatoire, soit que dès l’instant où elles quittent leur corps, Jésus les prenne au paradis comme il a fait pour le bon larron, sont le peuple de Dieu dans l’au-delà de la mort, laquelle sera définitivement vaincue le jour de la résurrection où ces âmes seront réunies à leur corps. 

Nous croyons que la multitude de celles qui sont rassemblées autour de Jésus et de Marie au paradis forme l’Église du ciel, où dans l’éternelle béatitude elles voient Dieu tel qu’il est et où elles sont aussi, à des degrés divers, associées avec les saints anges au gouvernement divin exercé par le Christ en gloire, en intercédant pour nous et en aidant notre faiblesse par leur sollicitude fraternelle. 

Nous croyons à la communion de tous les fidèles du Christ, de ceux qui sont pèlerins sur la terre, des défunts qui achèvent leur purification, des bienheureux du ciel, tous ensemble formant une seule Église, et Nous croyons que dans cette communion l’amour miséricordieux de Dieu et de ses saints est toujours à l’écoute de nos prières, comme Jésus nous l’a dit : Demandez et vous recevrez. Aussi est-ce avec foi et dans l’espérance que Nous attendons la résurrection des morts et la vie du monde à venir. 

Béni soit le Dieu trois fois saint. Amen. 

Paul PP. VI 

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21 juin 2013 5 21 /06 /juin /2013 23:00

Chers amis,

Après les débats passionnés du groupe Facebook dédié à Claude Tresmontant, je vous propose un petit catéchisme sur le péché originel pour nous redonner quelques précieux repères sur ce grand mystère – si important pour notre foi : « On ne peut pas toucher à la révélation du péché originel sans porter atteinte au mystère du Christ. » (Catéchisme de l’Eglise Catholique – désigné dans la suite du texte CEC –, § 389).

Je le publie aujourd’hui sous la version 1.0., car le texte est perfectible (il sera retouché progressivement) et j’attends beaucoup de vos réactions et réflexions. Par faciliter la discussion et les approfondissements à venir, j’ai numéroté les Propositions, de manière à ce que vous puissiez les viser facilement et précisément.

Le présent catéchisme s’articule en 4 parties distinctes :

1. Le monde avant la Chute

2. Le Péché Originel et la Chute

3. La thèse originale de Mgr Léonard

4. Les avantages et limites de la théologie de Mgr Léonard

En voici aujourd’hui la quatrième et dernière partie.

 

4. LES AVANTAGES ET LIMITES DE LA THEOLOGIE DE MGR LEONARD

4.1. Il ressort de la théologie de Mgr Léonard que nous ne sommes peut-être pas les descendants biologiques d’Adam – quoique nous en fussions les descendants historiques.

4.2. Nous recevons d’Adam la nature humaine – nous héritons de lui la corruption de notre nature. Mais l’humanité n’est pas nécessairement reliée à lui par un lien BIOLOGIQUE direct.

4.2a. Cela ne serait pas choquant du point de vue de la Révélation, puisqu’elle ne vise pas à nous communiquer un enseignement d’ordre scientifique, mais une vérité d’ordre théologique.

4.2b. La théologie du péché originel ne serait pas dépendante d’une vérité scientifique : le monogénisme.

4.2b.bis. A supposer que le monogénisme soit vrai sur le plan scientifique – ce qui semble le cas – les ancêtres communs à toute l’humanité ne pourraient être Adam et Eve (pour les raisons évoquées dans la Partie 3).

4.2.c A la question : « Où étions-nous lors du péché d’Adam ? », nous répondrions : « Notre nature était en Adam, notre individualité n’existait pas. »

4.3. ‎« Comment le péché d’Adam est-il devenu le péché de tous ses descendants ? Tout le genre humain est en Adam comme l’unique corps d’un homme unique. Par cette unité du genre humain, tous les hommes sont impliqués dans le péché d’Adam, comme tous sont impliqués dans la justice du Christ.‎ » (CEC, § 404)

‎4.3.a. « La transmission du péché originel est un mystère que nous ne pouvons pas comprendre pleinement. Mais nous savons par la Révélation qu’Adam avait reçu la sainteté et la justice originelles non pas pour lui seul, mais pour toute la nature humaine : en cédant au tentateur, Adam et Eve commettent un péché personnel, mais ce péché affecte la nature humaine qu’ils vont transmettre dans un état déchu. C’est un péché qui sera transmis par propagation à toute l’humanité, c’est-à-dire par la transmission d’une nature humaine privée de la sainteté et de la justice originelles. » (CEC, § 404)

4.3.b. Peut-être cette transmission s’opère-t-elle en vertu du fait qu’Adam soit notre « cause exemplaire » – c’est-à-dire le modèle à partir duquel Dieu nous créé – comme le Christ serait la « cause exemplaire » de notre « re-création ».

4.3.c. A ceux qui croient discerner un relent de platonisme dans cette conception d’une Chute primordiale ayant provoqué le surgissement d’un monde marqué par le mal – notre monde –, je répondrais :

1°) que tout dans Platon n’est pas à jeter ; qu’il existe dans Platon et le néo-platonisme des « semences du verbe » (le concept a d'ailleurs été forgé par Saint Justin précisément au sujet du néo-platonisme) en quoi me paraît résider notamment l’intuition fondamentale de la bonté originelle des êtres - et d'une Chute ayant provoqué le surgissement de ce monde marqué par le mal ;

2°) qu’à la différence du platonisme, le christianisme considère que la bonté originelle de la Création de Dieu n'a pas été détruite par la Chute originelle - mais altérée : la réalité de ce monde matériel reste donc fondamentalement bonne en raison de sa divine origine ;

3°) que rejeter l’idée d’une Chute cosmique de laquelle notre monde serait l'effet reviendrait :

* à imputer à Dieu quelque responsabilité dans le mal physique (présent dans le monde dès avant l’apparition du premier homme...)

* et à instiller subrepticement du mal en Dieu - l'idée d'un Dieu "mauvais" étant une idée... gnostique.

Il y a donc, me semble-t-il, un choix fondamental à faire entre une doctrine de la Chute primordiale - qui fait certes penser à Platon (mais peut-être au meilleur de Platon) - et une doctrine d'une Création par un Dieu s’accommodant de la souffrance et de la mort - qui ferait "méchamment" penser au Démiurge de la « gnose au nom menteur » (Irénée).

Pour ma part, j’opte sans complexe pour la première option, à la suite de Mgr Léonard et – je le crois – de la Tradition de l’Eglise exprimée à travers son Catéchisme et ses conciles, qui évoquent explicitement une Chute affectant non seulement l’homme, mais la Création toute entière – répandant le venin du mal, de la mort et du péché dans tout l'Univers.

4.4. Comment (et à partir de quand dans la Bible) passe-t-on de l’Adam pécheur dans le monde d’avant la Chute à la réalité historique qui est la nôtre ? Cela reste un mystère. Mais la théologie ne cherche pas à évacuer le mystère.

4.5. Cette incapacité de répondre peut paraître une faiblesse de la thèse léonardienne – qui n’aborde pas du tout la question. Mais l’autre thèse, – celle de l’identification d’Adam avec le premier homme préhistorique – me paraît plus problématique encore, et les obstacles insurmontables.

4.5a. Premier obstacle : elle présuppose que Dieu ait voulu le mal (comme la prédation animale), l’ait conçu en quelque manière, en vue d’un plus grand bien. Or, la Révélation affirme la RADICALE INNOCENCE de Dieu par rapport au Mal – Innocence absolue qui se manifeste pleinement sur la Croix : Jésus se livre aux homme comme un « agneau que l’on mène à l’abattoir ». Comment un agneau aurait-il pu imaginer un monde où les lions mangent les gazelles ?

4.5.b. Deuxième obstacle (qui survient quand on veut éviter le premier) : il faut affirmer que le monde d’avant le premier hominidé (il y a 50.000 ans) était le Paradis terrestre – et nier, purement et simplement, le donné historique. Or, une thèse qui contredit un fait historique (ou scientifique) établi n’est pas rationnelle : elle est absurde. On a donc le choix ici entre le mystère et l’absurde. Comme disait Jean Guitton (à la suite de Blaise Pascal) : « l’absurdité de l’absurde me conduit au mystère »

4.6. Au final, la théologie de Mgr Léonard me paraît réconcilier la théologie, la science et la philosophie – chacune de ces disciplines conservant son autonomie par rapport aux autres, ne contredisant pas les vérités déjà posées, et n’imposant pas ses vues aux autres. Chacune a quelque chose à nous dire du réel – et nous fournit des lumières pour mieux comprendre les enseignements des deux autres. La thèse léonardienne ne résout certes pas toutes les difficultés – mais les plus grandes. Elle devra en tout état de cause être approfondie par les théologiens. Mais ses fruits, déjà manifestes, nous révèlent que nous sommes sans aucun doute sur la bonne voie dans la compréhension de ce grand mystère.

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14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 10:27

Chers amis, 

Après les débats passionnés du groupe Facebook dédié à Claude Tresmontant, je vous propose un petit catéchisme sur le péché originel pour nous redonner quelques précieux repères sur ce grand mystère – si important pour notre foi : « On ne peut pas toucher à la révélation du péché originel sans porter atteinte au mystère du Christ. » (Catéchisme de l’Eglise Catholique – désigné dans la suite du texte CEC –, § 389). 

Je le publie aujourd’hui sous la version 1.0., car le texte est perfectible (il sera retouché progressivement) et j’attends beaucoup de vos réactions et réflexions. Par faciliter la discussion et les approfondissements à venir, j’ai numéroté les Propositions, de manière à ce que vous puissiez les viser facilement et précisément. 

Le présent catéchisme s’articule en 4 parties distinctes :

1. Le monde avant la Chute

2. Le Péché Originel et la Chute

3. La thèse originale de Mgr Léonard

4. Les avantages et limites de la théologie de Mgr Léonard 

En voici aujourd’hui la troisième partie.

  

3. LA THESE ORIGINALE DE MGR LEONARD SUR LE PECHE ORIGINEL 

3.1. Notre Univers, issu du Big Bang, est le monde déchu – d’après la Chute d’Adam et Eve.

3.2. Adam et Eve, ainsi que la réalité du Paradis terrestre et du premier péché, échappent complètement à notre expérience. Il n’existe aucune trace historique de l’existence d’un monde intègre avant l’apparition du premier hominidé.

3.2a. Aussi loin que l’on remonte dans l’histoire naturelle, on observe le jeu implacable de la sélection naturelle, la prédation animale, la cruauté et la mort. Les lois de la nature ici-bas se révèlent cruelles, sanglantes, injustes – elles ont un goût de mort qui ne paraît pas compatible avec la conception biblique du Paradis terrestre. Dès lors : OU BIEN le Paradis terrestre n’a jamais existé (c’est un pur mythe) et le récit du péché originel ne décrit pas une réalité historique (mais alors : on ne peut plus être catholique…). OU BIEN il faut comprendre ce récit AUTREMENT.

3.3. Adam et Eve, ainsi que la réalité du Paradis terrestre et du premier péché, ne se situent pas dans notre temps chronologique. Ils se situent dans UN temps, mais non dans NOTRE temps. 

3.3a. De même qu’Adam est en même temps un être personnel et un être collectif (à l’image du Christ) ; de même, le péché originel est un péché qui, à la fois, a eu lieu dans le passé (un passé se situant au-delà de notre réalité historique, mais qui demeure une réalité) et se produit au présent. 

3.3a.bis. Cela n'a pas plus de sens de dire que le péché originel s'est produit il y a plus de 14 milliards d'années, que de dire que le Christ a plus de 2000 ans aujourd'hui. Notre temps cosmique ne mesure pas plus la distance qui nous sépare d'Adam que celle qui sépare le Christ ressuscité de son incarnation. 

3.3a.ter. "Jésus ressuscité et Marie glorifiée sont actuellement bien REELS selon la foi chrétienne, ils existent REELLEMENT MAINTENANT, et pourtant, il ne viendrait à l'esprit de personne de les situer géographiquement ou historiquement, tels qu'ils sont maintenant, à l'intérieur du monde présent, puisque, avec leur glorification, a précisément commencé un MONDE NOUVEAU, doté d'une nouvelle qualité d'existence. Jésus ressuscité n'est donc pas quelque part dans notre cosmos. D'une manière comparable, quoique non identique, Adam et son péché ne sont pas à situer à l'intérieur de notre univers avec les lois physiques et biologiques que nous lui connaissons présentement." (Mgr Léonard) 

3.3b. Affirmer que le récit de la Genèse se déroule en un autre lieu et un autre temps que notre Univers issu du Big Bang n’enlève rien à la REALITE d’Adam et Eve, du Paradis terrestre, du péché originel ; ni à la dimension BIOLOGIQUE des animaux et des hommes créés par Dieu ; ni à la BONTE foncière de la matière et des corps – qui préexistaient au péché originel et ne sont donc pas des « prisons ». 

3.3c. "La chute originelle n'est pas représentable à partir des schèmes de notre expérience présente. Si donc on est contraint, par les nécessités du langage, à se représenter quand même le péché d'Adam selon les catégories de notre univers et de notre histoire, on aboutira inévitablement à un scénario mythique comparable à celui qu'utilise la Bible : séduite par les ruses du serpent, Eve mange du fruit défendu et pousse Adam à faire de même, à la suite de quoi ils constatent la profondeur de leur déchéance. Ce récit est évidemment symbolique, non pas parce qu'il raconterait une illusion, mais parce que la réalité qu'il évoque et qui n'appartient pas au monde historique présent - puisqu'elle est justement à son origine - est exprimée dans les termes et selon les schèmes de notre expérience actuelle et donc de manière forcément inadéquate." (Mgr Léonard) 

3.3d. Si l’on explique à un athée que le mal vient du péché de l’homme, l’athée va évidemment répliquer que le mal physique existait dans la nature bien AVANT l’apparition du premier homme. Il ne nous jugera pas crédibles. On n’a alors que trois manières de s’en sortir : OU BIEN on nie la réalité du péché originel comme évènement situé dans le temps et ayant provoqué une Chute cosmique (mais on se met en dehors de la foi catholique). OU BIEN on nie que la prédation animale soit un mal (mais on se met en dehors de la foi biblique). OU BIEN on nie la Vérité historique (en maintenant contre toute évidence que le monde d’avant 50.000 ans était le Paradis terrestre). 

3.3d.bis. En affirmant à un athée que le Péché d’Adam est bel et bien REEL et HISTORIQUE, mais situé EN AMONT de notre histoire cosmique à nous, on restes fidèle : à la foi catholique (qui affirme l’historicité d’Adam et de sa faute), à la foi biblique (qui voit la prédation animale comme un mal), et aux enseignements de l’Histoire (qui situe la présence du mal physique bien AVANT l’apparition du premier hominidé). 

3.3d.ter. On ne convaincra peut-être pas notre interlocuteur athée, mais au moins lui aura-t-on fourni des RAISONS de croire – ou de penser que la foi catholique n’est pas contraire à la raison. 

3.3d.quater. Si l’on tient à affirmer que le premier Adam est né sur cette terre, on doit alors confesser : OU BIEN que la nature avant le premier homme, il y a 50.000 ans, était foncièrement BONNE – contre les FAITS historiques ; OU BIEN que la prédation animale n'était pas un mal ou qu'elle était un mal voulu par Dieu – contre la FOI biblique et catholique. La théologie de Mgr Léonard nous sort de ce dilemme impossible.

3.4. La thèse de Mgr Léonard a pour mérite de préserver l'ABSOLUE INNOCENCE DE DIEU EN FACE DU MAL.

3.4a. Dieu ne peut vouloir la mort des êtres qu'il créé, ni leur souffrance – il en est incapable. Il suffit de VOIR la souffrance dans les yeux d'une gazelle dévorée par un lion pour COMPRENDRE que Dieu N'A PAS PU vouloir cela, et qu'il y a quelque chose de "détraqué" dans le monde. 

3.4a.bis. ‎"Dieu n'a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants. Il a créé toutes choses pour qu'elles subsistent ; ce qui naît dans le monde est bienfaisant, et l'on n'y trouve pas le poison qui fait mourir." (Sagesse 1. 13-14) 

3.4b. C’est par le péché de l'homme que le mal (y compris dans la nature - cf. 2.4) a fait son entrée dans le monde. Ce n’est pas le fait de Dieu. 

3.4c. Que Dieu se serve du mal pour en tirer un plus grand bien : OUI, mais APRES la Chute. Dieu se sert du mal qui lui est IMPOSE par le péché de l'homme pour sauver l'homme. Mais Dieu n'a pas INVENTE le Mal, il ne l'a pas fait, il en est incapable ; la Création qui est sortie de ses mains était foncièrement bonne. "Dieu vit tout ce qu'il avait fait, cela était très BON". 

3.4d. Réponse à l’argument selon lequel le mal réside dans le caractère INACHEVE de la Création – et correspond à un MANQUE ontologique, qui ne sera comblé que dans la vie béatifique : « si tout mal traduit un manque, tout manque ne traduit pas un mal. Le manque lié à l'inachèvement de notre être du fait que celui-ci soit en régime de création n'est pas un "mal". Par contre, la prédation animale (des animaux plus forts qui TUENT des animaux plus faibles ou malades) est un mal. Elle ne peut donc avoir été voulue par Dieu, ni avoir eu cours au Jardin d'Eden avant la Chute - c'est là une chose IMPENSABLE du point de vue biblique et catholique. » 

3.4e. Y aura-t-il encore des mauvais microbes dans le monde à venir, ou des plantes carnivores, et pourquoi? 

3.4e.bis. L'existence des plantes carnivores (ou des fauves carnassiers) n'a rien à voir avec la loi de l'entropie. Il faut rendre compte de leur existence – et de leur maintien ou non dans le monde à venir.

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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 19:08

Note du Saint-Siège sur l'autonomie institutionnelle de l'Eglise  

La doctrine de l’Eglise catholique relative aux aspects de la liberté religieuse (…)  peut être présentée, en synthèse, comme fondée sur les quatre principes suivants : 1) la distinction entre l’Eglise et la communauté politique, 2) la liberté à l’égard de l’Etat, 3) la liberté au sein de l’Eglise, 4) le respect de l’ordre public juste.

1. La distinction entre l’Eglise et la communauté politique 

L’Eglise reconnaît la distinction entre l’Eglise et la communauté politique qui ont, l’une et l’autre, des finalités distinctes ; l’Eglise ne se confond d’aucune manière avec la communauté politique et n’est liée à aucun système politique. La communauté politique doit veiller au bien commun et faire en sorte que, sur cette terre, les citoyens puissent mener une vie calme et paisible. L’Eglise reconnaît que c’est dans la communauté politique que l’on trouve la réalisation la plus complète du bien commun (cf. Catéchisme de l’Eglise Catholique, n. 1910), entendu comme « l’ensemble des conditions sociales qui permettent tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et plus aisée » (ibid., n. 1906). Il revient à l’Etat de le défendre et d’assurer la cohésion, l’unité et l’organisation de la société de sorte que le bien commun soit réalisé avec la contribution de tous les citoyens, et rende accessibles à chacun les biens nécessaires – matériels, culturels, moraux et spirituels – à une existence vraiment humaine. Quant à l’Eglise, elle a été fondée pour conduire ses fidèles, par sa doctrine, ses sacrements, sa prière et ses lois, à leur fin éternelle. 

Cette distinction repose sur les paroles du Christ : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Mt 22, 21). Sur le terrain qui leur est propre, la communauté politique et l’Église sont indépendantes l’une de l’autre et autonomes. S’agissant des domaines dont la finalité est à la fois spirituelle et temporelle, comme le mariage ou l’éducation des enfants, l’Eglise considère que le pouvoir civil doit exercer son autorité en veillant à ne pas nuire au bien spirituel des fidèles. L’Église et la communauté politique ne peuvent pas cependant s’ignorer l’une l’autre ; à des titres divers, elles sont au service des mêmes hommes. Elles exercent d’autant plus efficacement ce service pour le bien de tous qu’elles rechercheront davantage entre elles une saine coopération, selon l’expression du Concile Vatican II (cf. Gaudium et spes, n. 76). 

La distinction entre l’Eglise et la communauté politique est assurée par le respect de leur autonomie réciproque, laquelle conditionne leur liberté mutuelle. Les limites de cette liberté sont, pour l’Etat, de s’abstenir de prendre des mesures susceptibles de nuire au salut éternel des fidèles, et, pour l’Eglise, de respecter l’ordre public. 

2. La liberté à l’égard de l’Etat 

L’Eglise ne revendique pas de privilège, mais le plein respect et la protection de sa liberté d’accomplir sa mission au sein d’une société pluraliste. Cette mission et cette liberté, l’Eglise les a reçues ensemble de Jésus-Christ et non pas de l’Etat. Le pouvoir civil doit ainsi respecter et protéger la liberté et l’autonomie de l’Eglise et ne l’empêcher en aucune manière de s’acquitter intégralement de sa mission qui consiste à conduire ses fidèles, par sa doctrine, ses sacrements, sa prière et ses lois, à leur fin éternelle. 

La liberté de l’Eglise doit être reconnue par le pouvoir civil en tout ce qui concerne sa mission, tant s’agissant de l’organisation institutionnelle de l’Eglise (choix et formation des collaborateurs et des clercs, élection des évêques, communication interne entre le Saint-Siège, les évêques et les fidèles, fondation et gouvernement d’instituts de vie religieuse, publication et diffusion d’écrits, possession et administration de biens temporels …), que de l’accomplissement de sa mission auprès des fidèles (notamment par l’exercice de son magistère, la célébration du culte, l’administration des sacrements et le soin pastoral). 

La religion catholique existe dans et par l’Eglise qui est le corps mystique du Christ. Dans la considération de la liberté de l’Eglise, une attention première doit donc être accordée à sa dimension collective : l’Eglise est autonome dans son fonctionnement institutionnel, son ordre juridique et son administration interne. Les impératifs de l’ordre public juste restant saufs, cette autonomie doit être respectée par les autorités civiles ; c’est une condition de la liberté religieuse et de la distinction entre l’Eglise et l’Etat. Les autorités civiles ne peuvent pas, sans commettre d’abus de pouvoir, interférer dans ce domaine religieux, par exemple en prétendant réformer une décision de l’Evêque relative à une nomination à une fonction. 

3. La liberté au sein de l’Eglise 

L’Eglise n’ignore pas que certaines religions et idéologies peuvent opprimer la liberté de leurs fidèles ; quant à elle cependant, l’Eglise reconnaît la valeur fondamentale de la liberté humaine. L’Eglise voit en toute personne une créature douée d’intelligence et de volonté libre. L’Eglise se conçoit comme un espace de liberté et elle prescrit des normes destinées à garantir le respect de cette liberté. Ainsi, tous les actes religieux, pour être valides, exigent la liberté de leur auteur. Pris dans leur ensemble et au-delà de leur signification propre, ces actes accomplis librement visent à faire accéder à la « liberté des enfants de Dieu ». Les relations mutuelles au sein de l’Eglise (par exemple le mariage et les vœux religieux prononcés devant Dieu) sont gouvernées par cette liberté. 

Cette liberté est en dépendance à l’égard de la vérité (« la vérité vous rendra libre », Jn 8,32) : il en résulte qu’elle ne peut pas être invoquée pour justifier une atteinte à la vérité. Ainsi, un fidèle laïc ou religieux ne peut pas, à l’égard de l’Eglise, invoquer sa liberté pour contester la foi (par exemple en prenant des positions publiques contre le Magistère) ou pour porter atteinte à l’Eglise (par exemple en créant un syndicat civil de prêtres contre la volonté de l’Eglise). Il est vrai que toute personne dispose de la faculté de contester le Magistère ou les prescriptions et les normes de l’Eglise. En cas de désaccord, toute personne peut exercer les recours prévus par le droit canonique et même rompre ses relations avec l’Eglise. Les relations au sein de l’Eglise étant toutefois de nature essentiellement spirituelle, il n’appartient pas à l’Etat d’entrer dans cette sphère et de trancher de telles controverses. 

4. Le respect de l’ordre public juste 

L’Eglise ne demande pas que les communautés religieuses soient des zones de « non-droit » dans lesquelles les lois de l’Etat cesseraient de s’appliquer. L’Eglise reconnaît la compétence légitime des autorités et juridictions civiles pour assurer le maintien de l’ordre public ; cet ordre public devant respecter la justice. Ainsi, l’Etat doit assurer le respect par les communautés religieuses de la morale et de l’ordre public juste. Il veille en particulier à ce que les personnes ne soient pas soumises à des traitements inhumains ou dégradants, ainsi qu’au respect de leur intégrité physique et morale, y compris à leur capacité de quitter librement leur communauté religieuse. C’est là la limite de l’autonomie des diverses communautés religieuses, permettant de garantir la liberté religieuse tant individuelle que collective et institutionnelle, dans le respect du bien commun et de la cohésion des sociétés pluralistes. En dehors de ces cas, il appartient aux autorités civiles de respecter l’autonomie des communautés religieuses, en vertu de laquelle celles-ci doivent être libres de fonctionner et de s’organiser selon leurs propres règles. 

A cet égard, il doit être rappelé que la foi catholique est totalement respectueuse de la raison. Les chrétiens reconnaissent la distinction entre la raison et la religion, entre les ordres naturel et surnaturel, et ils estiment que « la grâce ne détruit pas la nature », c’est-à-dire que la foi et les autres dons de Dieu ne rendent pas inutiles ni ignorent la nature humaine et l’usage de la raison humaine, mais au contraire encouragent cet usage. Le christianisme, à la différence d’autres religions, ne comporte pas de prescriptions religieuses formelles (alimentaires, vestimentaires, mutilations, etc.) susceptibles le cas échéant de heurter la morale naturelle et d’entrer en conflit avec le droit d’un État religieusement neutre. D’ailleurs, le Christ a enseigné à dépasser de telles prescriptions religieuses purement formelles et les a remplacées par la loi vivante de la charité, une loi qui, dans l’ordre naturel, reconnaît à la conscience le soin de distinguer le bien du mal. Ainsi, l’Eglise catholique ne saurait imposer aucune prescription contraire aux justes exigences de l’ordre public.

 

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