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18 septembre 2010 6 18 /09 /septembre /2010 11:28

... dans une interview sur France Info pleine de profondeur et de vérité. On se prend à avoir le coeur brûlant en l'écoutant... 

 

Lambert Wilson 08 09 2010 France Info Invité Culture
envoyé par FranceInfo

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5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 17:11

"Nous avons peine à nous représenter ce qui est sur terre,
et nous trouvons avec effort ce qui est à portée de la main ;
qui donc a découvert ce qui est dans les cieux ?"

(Sg 9. 16)

 

Le célèbre astrophysicien britannique, Stephen Hawking vient de commettre un nouvel ouvrage dont certains extraits ont été publiés jeudi dernier dans le Times. 

L'univers a-t-il eu besoin d'un Créateur ? « Non », répond Stephen Hawking. « La main de Dieu n'était pas nécessaire pour créer l'univers, qui s'est en fait formé de lui-même, en toute logique des lois de la physique », explique-t-il. 

« En raison de la loi de la gravité, l'univers peut se créer de lui-même, à partir de rien. La création spontanée est la raison pour laquelle quelque chose existe, pour laquelle l'univers existe, pour laquelle nous existons ». 

Conclusion : « Il n'est pas nécessaire d'invoquer Dieu pour activer l'univers ». 

Ces quelques passages, qui ont reçu un large écho médiatique, appellent de ma part quelques réflexions. 

1. Le livre de Stephen Hawking, quoiqu’on en dise, et quelqu’éminent soit le célèbre astrophysicien dans son domaine de compétence propre, n’est pas un livre scientifique, mais un ouvrage de métaphysique. Pourquoi ? Parce que le sujet dont il traite (Dieu) n’est pas de ce monde. Il échappe donc aux prises de l’analyse rigoureusement scientifique. 

Il n’entre pas dans le domaine des sciences de statuer sur l’existence ou non de Dieu – pas plus que sur celle du bonheur ou de l’amour. Un étudiant en astrophysique qui affirmerait qu’en l’état actuel des connaissances scientifiques, Dieu n’est pas nécessaire au monde, se verrait remettre sa copie barrée en rouge de la mention : « Hors sujet ». Aucune science expérimentale ne peut nous dire si l’univers est créé par Dieu ou incréé, ontologiquement insuffisant ou suffisant, si l’évolution cosmique et biologique se fait en vertu de ses ressources propres ou si elle est suscitée et dirigée par un autre qu’elle-même. 

Stephen Hawking ne peut donc pas nous présenter sa théorie comme une théorie scientifique : on est ici dans la métaphysique, en plein. 

2. Il n’est pas étonnant qu’un scientifique s’adonne à l’activité métaphysique – c’est même une excellente chose. Ils sont de plus en plus nombreux dans ce cas. Cela tient sans doute à ce qu’ils sont les mieux placés pour réfléchir sur l’univers, eux qui en connaissent les mécanismes les plus subtils, les rouages les plus secrets. Qu’un scientifique laisse tomber un instant sa plume pour s’abîmer dans la contemplation de l’objet étudié, dans une profonde méditation de ses causes premières, voilà qui est signe de bonne santé intellectuelle et spirituelle ! Cela compense en tous les cas le fait regrettable que les philosophes modernes aient déserté le terrain de la métaphysique et ne s’intéressent guère plus à la science, n’en faisant plus la matière première de leur réflexion. « Cachez cet univers que je ne saurai voir » 

Que Stephen Hawking emploie ses connaissances scientifiques pour promouvoir des thèses métaphysiques, voilà qui me paraît intéressant et digne d’éloge. Que la métaphysique soit en quelque sorte réhabilitée par des scientifiques, voilà qui me paraît un heureux retournement de l’Histoire – qui a parfois ses ironies… 

3. La thèse de l’auteur consiste à dire que « Dieu n’est pas une explication nécessaire au monde ». Le monde, selon lui, peut exister sans Dieu. La thèse de Hawking n’est donc pas à proprement parlé une thèse athée, puisqu’il n’affirme pas que Dieu n’existe pas. Il dit simplement que Dieu n’est pas nécessaire ; que le monde peut s’expliquer sans Dieu. Dieu pourrait donc ne pas exister. Mais… il pourrait tout aussi bien exister. Ainsi, ma voiture n’est pas nécessaire à l’accomplissement de mon trajet quotidien vers mon lieu de travail. Il n’empêche : elle existe… Il est donc abusif de conclure de l’ouvrage de Hawking – comme ont cru intelligent de titrer certains journalistes français – que « L’univers n’est pas une création divine » ou que « Dieu n’a finalement pas créé l’univers ». Car telle n’est pas la pensée de l’auteur (si l’on s’en tient en tous les cas aux extraits rapportés par les journalistes français). 

4. Que Dieu ne soit pas nécessaire au monde, voilà qui nécessiterait une clarification sur ce que l’auteur entend par… Dieu. 

Puisque l’on sort du champ de la science ; qu’il n’est pas de définition scientifique de Dieu ; il faut savoir de quoi l’on parle. J’imagine que notre auteur commence par cela. J’imagine aussi qu’il entend par « Dieu » le Dieu Créateur du monothéisme. Il serait intéressant, dans ce cas, de savoir pourquoi il s’efforce de réfuter ce Dieu là plutôt qu’un autre… et d’examiner si le monde peut se passer de tout dieu – nous allons y revenir… (cf. Point 7 ci-dessous). 

5. Maintenant, la thèse métaphysique développée (telle que rapportée par les grands médias, et dont je ne connais pas le détail) est absurde et contradictoire. 

Elle est absurde tout d’abord, parce qu’elle remet en cause l’un des rares points de consensus qui traverse l’histoire de toutes les grandes traditions métaphysiques, à savoir : que du néant absolu, c’est-à-dire de rien du tout, ne peut naître quoique ce soit.Que de rien ait pu jaillir spontanément quelque chose est impensable pour la raison humaine. On peut le dire si l’on veut (et Hawking l’écrit : « l'univers peut se créer de lui-même, à partir de rien » dans une « création spontanée ») ; mais on ne peut pas le penser. Non parce que nous manquons d’imagination, mais parce que le fait est impossible. De la négation de tout être ne peut surgir spontanément de l’être : le néant par définition est stérile : il ne peut rien, il ne crée rien (il en est incapable) : en toute rigueur, il n’existe pas. 

La thèse métaphysique que Hawking oppose au Dieu créateur est donc absurde : c’est celle du Néant créateur. A l’origine de notre Univers, selon Hawking, il n’y a pas un Être créateur, mais un Néant créateur. Hawking a le droit d’y croire s’il veut – on notera alors que ce n’est pas une vérité scientifique : simplement une croyance fondée, non sur la raison, mais sur l’option arbitraire de l’auteur en faveur de cette théorie – ; mais il n’a pas le droit de prétendre qu’il s’agit là de l’option la plus rationnelle (voire d’une option rationnelle tout court). Car toute la pensée humaine depuis les origines se révolte (dans un bel unanimisme) contre l’absurdité de l’idée d’un néant créateur. 

Plutôt que d’affirmer qu’à l’origine du monde il n’y a rien, il est plus rationnel de penser qu’à l’origine du monde il y a quelque chose. Car si rien ne peut donner que rien, quelque chose peut donner quelque chose. C’est le B.A-BA de la pensée humaine. 

Il est intéressant de relever au passage que Hawking croit en la Création. Il ne nie pas la notion de Création ; il nie celle de Créateur. La thèse que propose Hawking est donc celle d’une Création sans Créateur. Une Création où l’objet créé est lui-même l’explication de son être. Car si la Création n’est pas le fait d’un Créateur, c'est qu'elle est le fait de l’objet créé lui-même : l’Univers s’est auto-créé, nous dit Hawking, « de lui-même, à partir de rien ». A la foi religieuse en un Dieu créateur, Hawking propose comme alternative le conte de fée de l’auto-création de l’Univers. Création spontanée que la science n’a jamais pu observer pour n’importe quel autre être composant cet univers, mais qui est une spécificité, semble-t-il, de l’univers en son entier. 

Si l’on admet qu’il est rationnel de penser que du néant peut jaillir quelque chose, a fortiori notre univers avec la vie et l’intelligence qui l’habitent ; que l’univers peut s’auto-créer à partir de rien, et décider d’exister à un moment où il n’existait pas (sic) ; alors, oui, si l’on avale paisiblement toutes ces couleuvres et que l’on estime rester ainsi dans le champs de la rationalité, dans ce cas (et dans ce cas seulement), on peut dire doctement devant les caméras du monde entier et sous les flashs des journalistes que l’univers n’a pas besoin de Dieu. 

6. Mais la thèse de Hawking n’est pas seulement absurde : elle est contradictoire. Parce qu’il affirme une chose et son contraire… dans la même phrase ! 

Comment l’univers a-t-il pu surgir du néant et s’auto-créer comme il l’a fait ? C’est bien simple, explique Hawking : il s’est « formé de lui-même, en toute logique des lois de la physique, (…) en raison de la loi de la gravité ». 

L’univers s’est créé « de lui-même, à partir de rien »… grâce aux lois de la physique, à la loi de la gravité. 

Ce qui n’est pas « rien ». 

A l’origine de notre univers, il n’y a donc pas « rien » au sens de « néant absolu » : il y a les lois de la physique ; il y a la loi de la gravité. Ce sont ces lois qui expliquent tout : le Big Bang, l’évolution du cosmos vers des formes d’êtres de plus en plus complexes, le surgissement de la vie, l’apparition de l’homme et de son cerveau, sa pensée, sa capacité de croire et d’aimer. 

7. Pour Hawking, seule existe la matière et ses lois. La matière est le seul être ; il n’en est pas d’autre. Il n’est donc pas nécessaire d’avoir recours à un Créateur transcendant pour en expliquer l’existence. 

C’est la matière qui est l’Être absolu, puisqu’elle ne dépend de rien ni de personne pour exister, et qu’elle n’a besoin de rien ni de personne pour être ce qu’elle est comme elle est. Ce sont ses lois internes qui la poussent à être et à devenir. 

C’est la matière qui s’auto-créée et s’attribue à elle-même ce qu’elle n’avait pas au départ : la vie, l’intelligence et la pensée… C'est elle qui s’est attribuée tout cela « en toute logique des lois de la physique ». 

La matière est donc créatrice en ce qu’elle est capable de faire sans cesse surgir du néant (ou disons : du « moins ») toutes choses nouvelles (ou disons du « plus » : des formes d’êtres de plus en plus complexes ; la vie, l’intelligence, la pensée). A moins de considérer qu’elle n’avait toutes ces choses au départ, de manière occulte, nul ne pouvant se donner à soi-même plus que ce qu’il a déjà. 

L’Evangile de Hawking commence ainsi : « au commencement était la matière ; les lois de la physique ; la loi de la gravité. » L’univers n’a pas besoin de Dieu. Les lois de la physique, la loi de la gravité suffisent à en expliquer l’existence, l'histoire et l'évolution. L’univers s’est créé tout seul, comme un grand : « La création spontanée est la raison pour laquelle quelque chose existe, pour laquelle l'univers existe, pour laquelle nous existons ». 

C’est attribuer à la matière un pouvoir immense (créateur), une capacité d’organisation inouïe (mathématique), une intelligence supérieure (capable de produire le cerveau humain, à côté duquel nos plus puissants ordinateurs ne sont que babioles…). 

Nous voilà donc revenu avec Hawking des milliers d’années en arrière, à l’aube de l’Histoire de la pensée, à la doctrine des anciens Grecs : l’univers existe seul, incréé ; il produit seul la vie et la pensée ; il est le Créateur de tout ce qui naît en lui au cours du temps. Il est doté de tous les caractères que les théologiens attribuent à Dieu : la suffisance ontologique, l’éternité, la vie, la pensée, le génie créateur. L’univers est donc divin. C’est lui qui est Dieu. 

Ce n’est certes pas ce qu’affirme explicitement Hawking, puisqu’il nous dit que l’Univers n’a pas besoin de Dieu. Mais c’est ce à quoi on est inéluctablement conduit quand on tire toutes les conséquences de l’affirmation selon laquelle il n’y a que la matière, que l’univers – c’est pourquoi je me demandais plus haut si Hawking traitait de la question de savoir si l’univers peut se passer de tout dieu (cf. Point 4 ci-dessus). 

Considère-t-on que l’univers avait en lui dès l’origine et de manière occulte tout ce qui est apparu au fil de l’évolution cosmique ? On navigue alors en plein animisme cosmique : l’univers est un Dieu qui se réalise en advenant peu à peu ce qu’il est dès l’origine. 

Considère-t-on au contraire que l’univers a progressivement créé de rien tout ce qui est apparu historiquement en son sein (la matière organisée, la matière vivante, la matière pensante…) : on dérive alors vers une mythologie encore plus absurde : la théogonie transposée en cosmogonie… : l’Univers est un Dieu qui s’auto-crée et qui s’invente au fil du temps, s’attribuant graduellement ce qu’il ne possédait pas en lui-même dès l’origine (la vie et la pensée). 

On mesure l’ampleur de la régression de la pensée à laquelle nous conduit la thèse métaphysique de Stephen Hawking… 

8. Cette thèse là était aussi celle du marxisme (dont on a pu apprécier la postérité dans l’Histoire…). Marx aussi voyait l’Univers comme résultant d’un processus d’auto-génération (« eine Selbsterzeugung »). Engels, qui tirait les conclusions cosmologiques et physiques des principes posés par Marx, admettait que sa théorie reprenait les thèses fondamentales des philosophes grecs antérieurs à Socrate (Anaximandre de Milet, Héraclite d’Ephèse…). 

Marx et Engels attribuaient à l’univers ce que les mythologies théogoniques dans anciens Grecs attribuaient à leurs dieux. Rien cependant, dans l’expérience positive, ne permet de justifier une telle doctrine. Il faudrait pour cela commencer par démontrer l’éternité de l’univers, de la matière et du mouvement ; établir que les lois de la physique et la loi de la gravité préexistaient à la naissance de notre univers – et donc je suppose : prouver l’existence de cycles éternels et du « chaos » mythique des atomistes… Tout ce vers quoi l’astrophysique moderne ne nous oriente pas… 

Si Stephen Hawking reprend à son compte la thèse de l’auto-création de l’univers, et de son auto-création en vertu de la logique interne aux lois de la physique et de la gravité, ce n’est donc pas sur la base de données scientifiques objectives, mais sur la base de ses préférences métaphysiques. Il commence par poser (consciemment ou pas) le postulat que la matière est le seul être existant, et que l’Univers n’a pas besoin de Dieu ; et il en déduit une cosmologie compatible avec ce postulat de départ (il affirme ainsi la préexistence des lois de la physique… à l’apparition de tout objet physique !) Mais l’on voit bien que la proposition selon laquelle l’Univers n’a pas besoin de Dieu ne se trouve pas au terme du raisonnement comme il tente de nous le faire accroire, mais bien à son début. Si elle se trouve au début du raisonnement (comme une prémisse illégitime puisqu’indémontrée, et par suite : arbitraire), il ne faut pas s’étonner de la trouver aussi à la fin, le raisonnement ne pouvant que s’en trouver altéré, et ses résultats faussés. 

Nous avons vu que cette manière de raisonner était la pire des méthodes en métaphysique 

9. Il est assez étonnant qu’un homme de formation scientifique comme Hawking se satisfasse de réponses aussi parcellaires et insuffisantes que celles qu’il propose. L’univers, selon lui, n’a pas besoin de Dieu… parce que les lois de la physique et la loi de la gravité suffisent à l’expliquer. Mais qu’est-ce qui explique ces lois de la physique et de la gravité ? Que sont ces lois posées là, semble-t-il, de toute éternité ? D’où viennent-elles ? Qui les a écrites ? La question peut paraître provocatrice ; elle est pourtant légitime sur le plan rationnel, car toute Loi renvoie naturellement... à un Législateur. 

Qu’est-ce qu’une loi physique commandant l’organisation de la matière avec une nécessité objective sinon l’expression d’une pensée organisatrice ? Hawking nous dit que « l'univers, s'est formé de lui-même, en toute logique des lois de la physique ». Fort bien. Mais quelle est donc cette « logique », ce Logos des lois de la physique, qui commande à tout le créé, l’informe et l’organise, fait surgir de la matière inerte la matière vivante, puis pensante – jusqu’à l’esprit logique des êtres humains ? Quelle est la nature de ce Logos qui préside à la Création de l’Univers et qui en conduit tout le développement, l’évolution ? Voilà la grande question qu’il convient de trancher pour résoudre le problème métaphysique posé par Hawking. 

Stephen Hawking pose sans doute la bonne question (« l’Univers a-t-il besoin de Dieu pour exister ? ») mais il n’y répond pas complètement, n’allant pas au fond de son analyse et s’arrêtant au constat (scientifiquement contestable) que ce sont les Lois de la physique qui expliquent l’auto-création de l’univers. Mais pour aller jusqu’à la conclusion que l’Univers n’a pas besoin de Dieu, il faut encore franchir un pas supplémentaire et réfléchir sur la nature même de ces lois de la physique, de ce Logos immanent à la Nature qui explique tout. Ce Logos est-il seulement immanent à la Nature ? Ou bien est-il aussi transcendant – comme expression de l’Intelligence Créatrice de Dieu ? Affirmer que l’Univers n’a pas besoin de Dieu sans avoir traité cette importante question, c’est sans doute aller un peu vite en besogne et pécher par imprudence... 

Pouvons-nous réellement soutenir qu’il y a 4 ou 5 milliards d’années, une nécessité naturelle imposait à la matière le développement historique que nous lui connaissons ? Et si oui : quels attributs ne sommes-nous pas conduits à prêter à cette matière comportant de telles « lois physiques » et une telle « nécessité » ? 

On peut croire si l’on veut que le Législateur et la Loi ne font qu’UN ; affirmer qu’il n’y a que la Loi, et aucun Législateur ; que le Logos des lois de la physique est seulement immanent au monde et à la matière ; mais cela revient in fine à diviniser la Nature – c’est-à-dire : à lui conférer les attributs de la divinité, comme le faisaient les plus anciens penseurs grecs. 

Pour dédiviniser la Nature, il faut séparer la Nature et Dieu, et rendre à chacun ce qui lui appartient en propre. Mais alors : cela conduit à affirmer l’existence d’un Dieu transcendant, distinct de ce monde. 

En aucun cas, on le voit, on ne peut nier Dieu. Sauf à renoncer à la raison. Ou à renier l’univers (ce que certains philosophes ne se sont pas privés de faire…). L’athéisme n’existe donc pas comme une alternative rationnelle à l’existence de Dieu. 

Que l’on mette Dieu dans l’Univers ou hors de l’Univers, on ne peut se passer de Lui pour expliquer l’univers. 

Il est impossible de concevoir l’univers sans Dieu.

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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 10:57

Extrait de l'homélie de Mgr Dominique Rey, Evêque de Toulon-Fréjus, lors de la Messe Chrismale célébrée le lundi 29 mars 2010, en la Cathédrale Sainte Marie de Toulon. 

 

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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 10:33

Extrait de l'homélie prononcée par Mgr André Vingt-Trois, Cardinal-Archevêque de Paris, lors de la Messe Chrismale d'hier, en la Cathédrale Notre-Dame.

 

 Chers Frères et Sœurs,

 

Au moment où nous entrons dans la célébration du Triduum Pascal, notre Église est mise en accusation à la face des hommes. Elle est chargée des péchés du monde. Au mépris de la réalité des faits, dont nul ne conteste l’horreur et le scandale qu’ils ont pu causé, on s’emploie à faire endosser à notre Église, -et en particulier à ses prêtres- la responsabilité morale des actes de pédophilie qui ont été commis depuis plusieurs dizaines d’années.

Imputer la pédophilie au statut du prêtre engagé dans le célibat évite opportunément de regarder la réalité de ce fléau social dont chacun peut savoir qu’il frappe principalement les relations familiales et les réseaux de proximité familiale. Ressortir des faits anciens et connus depuis longtemps comme des révélations nouvelles donne à penser sur l’honnêteté intellectuelle des informateurs et suffit à dévoiler leur véritable objectif : faire peser le doute sur la légitimité morale de l’Église.

Loin de moi l’idée de nier qu’il a existé des actes de pédophilie ni d’oublier la souffrance, souvent irréparable, des victimes. Oui, comme je l’ai dit à l’occasion de l’Assemblée plénière des évêques à Lourdes, nous sommes plongés dans la honte et le désarroi. Nous nous joignons aux regrets exprimés par le Pape dans sa lettre aux catholiques irlandais. Mais nous ne sommes pas prêts à laisser jeter l’opprobre sur l’ensemble des 20.000 prêtres et religieux de France. Parmi eux, une trentaine de prêtres et de religieux ont été condamnés et purgent leur peine, conformément à la loi. C’est beaucoup trop, mais ce n’est pas un phénomène massif. L’immense majorité des prêtres et religieux de notre pays vivent avec joie et fidélité leur engagement au service de l’Évangile. Je n’en doute pas. Nous n’en doutons pas et nous avons confiance en leur fidélité.

L’offensive qui vise à déstabiliser le Pape, et à travers lui l’Église, ne doit cependant pas nous masquer nos faiblesses et nos fautes éventuelles. Notre société qui vit dans l’exhibition du sexe sans limite nous oblige à être plus que jamais vigilants et modestes dans nos manières de vivre. Chers Frères et Sœurs, prêtres, diacres, religieux, religieuses et laïcs, nous ne sommes que des êtres humains et nous ne devons jamais vivre dans la présomption que nous sommes au-dessus des tentations ordinaires. Mais cette prudence ne doit pas nous transformer en coupables potentiels dans toutes nos relations.

andre-armand-cardinal-vingt-troisParmi les épreuves que nous traversons, nous devons aussi relever l’offensive médiatique qui célèbre Pâques à sa manière en concentrant sur les soirées de la Semaine Sainte leurs capacités critiques sur l’Église et la foi chrétienne. Celles et ceux d’entre nous qui célébreront les liturgies dans leurs communautés n’en seront pas affectés. Mais tous ceux qui sont les moins informés et les moins impliqués dans la vie de notre Église seront bombardés d’émissions qui se présentent comme « critiques » et qui ne sont que des opérations de propagande, et même de propagande grossière. Dans notre pays démocratique, les chrétiens sont encore des citoyens à part entière, mais certainement pas au vu du traitement qui leur est réservé dans l’information.

Si j’ai voulu d’abord évoquer ces sujets douloureux, c’est évidemment parce qu’ils sont présents à nos esprits et qu’ils provoquent trouble et tristesse parmi les membres de notre communauté. Mais, sans se lancer dans une spiritualisation excessive, nous sommes préparés à assumer de telles situations. Nous y avons été préparés par le Seigneur lui-même : « Le disciple n’est pas au-dessus de son maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur. » (Mat. 10, 24).  

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21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 21:29

Le débat sur les rapports interreligieux en France est curieux. D’un côté, on voudrait bien qu’il y eût la paix ; de l’autre est-on si sûr d’employer les bons moyens pour la faire ?

Par parenthèse, je note que le discours n’est pas le même hors de France. Hors de France, il y a le discours, disons, européen, d’essence assez libérale. Chez nous,
surtout chez les chrétiens, nous tenons un certain discours sur les pays à majorité musulmane dans lesquels les citoyens chrétiens sont plus ou moins persécutés. D’un côté,
nous globalisons en disant que les chrétiens en Orient sont persécutés et en oubliant que ce n’est pas obligatoire et qu’il y a une culture du vivre ensemble ; de l’autre qu’il est intolérable que l’islam s’étende chez nous avec ses mœurs.

Le discours, que nos politiques tiennent sur la burqa et autre voile, est pour le moins déconnecté et surtout n’arrive pas à clarifier l’opinion et à la convaincre. Je ne sais pas si l’on se rend compte des contradictions dudit discours quand il est proclamé que la liberté de conscience ne peut s’exercer que dans le respect de la laïcité. Il existe même une logomachie surréaliste où sont évoquées, pêle-mêle, les valeurs de la république, la violence faite aux femmes, la lutte contre toute forme d’intégrisme et la promotion d’une société ouverte et tolérante.
Est-ce que la laïcité ne deviendrait pas persécutrice ?

Je tiens là des propos scandaleux qui ne se conforment pas à la pensée unique. Mais, de grâce, réfléchissez un peu. Le musulman qui vit chez moi est mon frère. Lui aussi a le sens de la fraternité, non pas seulement au sens de la devise républicaine mais aussi pour des raisons religieuses. Lui dire, par exemple, qu’on vient à lui avec un esprit laïc et affranchi de toute mentalité religieuse, rompt automatiquement la fraternité. Un oriental ne peut pas être athée ; s’affirmer tel le désoriente tout à fait, c’est le cas de le dire. Et replace de débat et l’incompréhension au plan religieux.

Il existe une crainte de l’islam et des musulmans et on projette les incidents qui se produisent là-bas chez nous. Sont-ils de même nature ?

Qu’il soit clair, on a raison de chercher une solution au nom des libertés publiques dont fait partie la liberté religieuse en vue de faire la paix sociale. La persécution des chrétiens n’est pas seulement une atteinte aux libertés mais un attentat contre la dignité de la personne humaine et une offense faite à Dieu.
Allons-nous répondre à la persécution des chrétiens là-bas, qui jusqu’à une époque récente laissait indifférente l’opinion, en employant les mêmes moyens contre les croyants de l’islam ? Ne serait-ce pas réflexe identitaire ? Il n’empêche qu’il faut aussi songer aux moyens à prendre pour éviter que les communautés musulmanes ne sombrent dans le fondamentalisme. Qu’au moins, les mesures susceptibles d’être prises en France n’aggravent les rapports interreligieux en Orient.

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7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 17:36
Je voudrais revenir sur les récents débats qui se sont déroulés ces derniers mois sur la question de l’identité nationale et du port de la burqa (ce voile intégral que portent certaines femmes musulmanes).

Ces débats ont attisé bien des passions en France, jusques et y compris dans le monde catholique ; en témoignent les réactions désabusées de certains blogueurs catholiques aux propos de certains… de leurs évêques. Par exemple, Mgr Robert Le Gall, archevêque de Toulouse, qui déclarait lors d’un point presse lundi dernier 1er février : « Le débat sur l'identité nationale a été quelque peu piégé au départ. Nous y réagissons en essayant d'être positifs, l'identité nationale doit se réfléchir « avec » et non « contre », adopter une position de défense n'est jamais très bon. Notre pays s'est construit à partir d'intégrations successives et massives, nos racines sont chrétiennes mais il faut apprendre à se connaître avec les autres religions, musulmane ou juive. Par exemple, la mosquée sur le périphérique a le droit d'exister. C'est normal que les autres religions aient leur espace de vie. Je suis heureux qu'il y ait une mosquée à Toulouse, mais la France n'est pas un pays totalement musulman. Il doit y avoir réciprocité, aussi, pour les autres religions en pays musulmans. »

Position sage et équilibrée, « diplomatique » affirmeront certains, mais en totale concordance avec la position du Magistère catholique – dont Mgr Le Gall est l’un des représentants.

Même son de muezzin (!) chez Mgr Michel Santier, évêque de Créteil et président du Conseil pour les relations interreligieuses de la Conférence des évêques de France, concernant l’affaire de la burqa : « Il faut raison garder. Le nombre de femmes portant le voile intégral étant très limité, les décisions prises ne doivent pas conduire à stigmatiser les croyants musulmans (…). Je suis très réservé sur l'opportunité d'une loi qui ne résoudra pas la question. Si un texte de loi était adopté, le risque pour les femmes musulmanes portant ce voile intégral est qu'elles ne sortent plus de chez elles et soient encore plus marginalisées. Ainsi le résultat pourrait être contraire à l'effet recherché et conduire, par réaction, à une augmentation du nombre de femmes portant cet habit.

« Les citoyens français, et parmi eux les catholiques, ne doivent pas se laisser envahir par la peur et la théorie du choc des civilisations. Il est essentiel de distinguer la majorité de nos concitoyens musulmans qui demandent à pouvoir pratiquer librement leur culte et une minorité qui, tout en se réclamant de l'islam, cherche à déstabiliser les démocraties. »

Ces propos de nos évêques font écho à la position exprimée il y a quelques mois par les évêques suisses – et soutenue par le Vatican, en la personne de Mgr Antonio Maria Veglio, président du Conseil pontifical pour la Pastorale des Migrants – suite au rejet par le peuple suisse de la construction de minarets : « Pour les évêques, la décision du peuple [suisse] représente un obstacle et un grand défi sur le chemin de l'intégration dans le dialogue et le respect mutuel. On n'est manifestement pas parvenu à montrer au peuple que l'interdiction de la construction de minarets ne contribue pas à une saine cohabitation des religions et des cultures, mais au contraire la détériore. La campagne, avec ses exagérations et ses caricatures, a montré que la paix religieuse ne va pas de soi et qu'elle doit toujours être défendue ».

Les évêques suisses ne croyaient pas si bien dire…

Les débats – parfois houleux – qui traversent actuellement notre pays pointent du doigt en effet une religion : l’islam – et une catégorie de la population : les musulmans. Non pas seulement une poignée d’extrémistes fanatiques qui se revendiqueraient de l’islam ; non pas seulement des terroristes avérés ou des imams appelant explicitement au meurtre ; mais les musulmans dans leur ensemble. Je m’en suis rendu compte dans mes discussions avec certains catholiques au sujet de Tariq Ramadan, un intellectuel musulman qui se présente comme « réformiste » et qui préconise une lecture intelligente du Coran qui tienne compte du contexte historique et géographique dans lequel il est reçu – un Coran inculturé, en somme, sans être dénaturé ; un Coran ayant prétention à l’universalisme. La principale critique que l’on adresse à Tariq Ramadan – quand on y regarde de près – c’est, derrière l’accusation de « double langage », de demeurer fondamentalement musulman. Derrière sa présentation lisse de professeur d’université, d’intellectuel modéré, on le suspecte de demeurer substantiellement musulman – et donc : potentiellement dangereux, violent, terroriste.

Car dans l’esprit de beaucoup de nos contemporains, l’islam, c’est le mal, c’est la violence, c’est la guerre.

Il faut lire ces lignes parues sur le Blog Hermasexcellent par ailleurs – pour se rendre compte de l’image que certains intellectuels catholiques peuvent avoir de l’islam : « il faut nécessairement savoir ce qu'est l'islam, afin de connaître à quoi et à qui nous avons affaire. Or il n'est pas une religion comme une autre, ne serait-ce que parce qu'il n'a pas uniquement vocation à en être une. C'est en cela, déjà, que les propos de Mgr Le Gall [principale cible de l’article] ne sont pas admissibles, car ils ne disent pas, sur ce point, la vérité de ce FAIT (…).

« Mais ce n'est pas assez de le connaître, de dire ses origines, ses fondements, ses croyances. Il faut aussi dire ses dangers. Sur ce point les propos de Mgr Le Gall ne disent pas davantage la vérité du FAIT dont il parle. Il ne s'agit pas de se laisser aller à des phantasmes, ni d'embarquer dans une critique égale des fanatiques criminels et des gens qui ne demandent, comme nous, qu'à vivre et à chercher Dieu en paix. Mais ce FAIT musulman, qui s'établit massivement en nos pays, existe déjà en d'autres. Et en ces pays, il fait souvent apparaître une logique de fonctionnement, non pas accidentelle mais en cohérence avec ses croyances, son identité, son histoire et ses fondements, qui est une logique d'intolérance et de violence. Là où il est majoritaire, là où il gouverne, il devient insupportable pour un chrétien de vivre comme tel. La liberté religieuse qu'invoque Mgr Le Gall au nom de la réciprocité, comme une clause de style, y fait rire. Ce n'est pas critique mesquine de le dire, ce n'est pas une agression contre l'islam
(sic), c'est le constat du fonctionnement opératoire du FAIT établi en d'autres pays et qui se répand dans le nôtre. En vertu de quoi aurait-il vocation à être différent ici et là-bas ? On peut en discuter utilement. Mais on ne le fait pas, parce que ce serait déjà faire l'état de la question de cette violence et de cette intolérance. Croit-on sérieusement, à défaut, que les discours tenus en particulier par Mgr Le Gall seraient de nature à rendre impossible ces derniers ? »

En somme, si l’on décrypte le message que l’on veut nous transmettre derrière moult précautions oratoires – d’autant plus inutiles qu’elles sont contredites dans la suite du texte : l’islam serait intrinsèquement pervers ; il serait violent et intolérant par nature – cela serait inscrit dans ses « gènes » (ainsi que l’écrit le Père Daniel-Ange). Il reproduirait partout dans le monde et dans tous les pays les mêmes dérives ; il serait incorrigible et irréformable. Et cela s’expliquerait par le FAIT que l’islam
« s'est construit (…) sur la négation du judaïsme authentique et sur la négation du christianisme authentique ». Concluez qu’il n’est pas possible d’envisager une cohabitation pacifique avec les musulmans dont la volonté ostentatoire d’afficher leur appartenance religieuse par tel accoutrement ou d’imposer la construction de tel édifice pour la prière communautaire manifeste une entreprise d’islamisation de la France et de l’Europe selon la logique de conquête qui les anime et qui est l’essence même de leur foi. CQFD.

L’islam, « intrinsèquement pervers » ? Cette expression que l’Eglise Catholique a employé au sujet du communisme n'a jamais été appliqué à l’Islam. Et pour cause, le Magistère affirme solennellement que : « L’Église regarde (…) avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes (…) Même si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, le saint Concile les exhorte tous à oublier le passé et à s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté. » (…) (Concile Vatican II, Nostra Aetate, n°3)

« Ces paroles du Concile Vatican II restent pour nous la
Magna Charta du dialogue avec vous, chers amis musulmans » affirmait Benoît XVI aux musulmans allemands lors de son premier voyage apostolique à l’occasion des JMJ de Cologne en 2005. « Les leçons du passé doivent nous garder de répéter les mêmes erreurs. Nous voulons rechercher les voies de la réconciliation et apprendre à vivre en respectant chacun l'identité de l'autre. En ce sens, la défense de la liberté religieuse est un impératif constant et le respect des minorités est un signe incontestable d'une véritable civilisation (…). Nous ne devons pas céder à la peur, ni au pessimisme. Nous devons plutôt cultiver l'optimisme et l'espérance. Le dialogue interreligieux et interculturel entre chrétiens et musulmans ne peut pas se réduire à un choix passager. C'est en réalité une nécessité vitale, dont dépend en grande partie notre avenir. »

Aux ambassadeurs de 21 pays musulmans, le Pape réaffirmait en 2006 que : « le dialogue interreligieux et interculturel est une nécessité pour bâtir ensemble le monde de paix et de fraternité ardemment souhaité par tous les hommes de bonne volonté (…). Aussi, fidèles aux enseignements de leurs propres traditions religieuses, chrétiens et musulmans doivent-ils apprendre à travailler ensemble (…). Les leçons du passé doivent (…) nous aider à rechercher des voies de réconciliation, afin de vivre dans le respect de l’identité et de la liberté de chacun, en vue d’une collaboration fructueuse au service de l’humanité tout entière. »

Lors de son voyage apostolique en Turquie, Benoît XVI fit siennes les paroles de son prédécesseur, le Pape Jean-Paul II, qui déclara à l’occasion de sa visite à Ankara en 1979 : « Je me demande s'il n'est pas urgent, précisément aujourd'hui où chrétiens et musulmans sont entrés dans une nouvelle période de l'histoire, de reconnaître et de développer les liens spirituels qui nous unissent, afin de protéger et de promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté ».

On voit donc que l’on ne peut absolument pas dire, du point de vue catholique, que l’islam serait intrinsèquement pervers – et par suite, le traiter comme tel. On doit en revanche considérer que « chrétiens et musulmans appartiennent à la famille de ceux qui croient dans le Dieu unique et qui, selon leurs traditions respectives, sont les descendants d'Abraham »
Telle est la doctrine du Magistère de l’Eglise catholique, du Concile Vatican II, du Pape Benoît XVI ; celle-là même qu’un intellectuel catholique a vocation à promouvoir et à défendre – car le respect envers l’islam n’est pas facultatif : c’est un devoir.

La comparaison de l’islam avec le communisme – suggérée par le Père Daniel-Ange – est d’autant moins pertinente que, contrairement à ce que prétend l’auteur de l’article susvisé, l’islam ne reproduit justement pas le même modèle dans tous les pays où il est pratiqué – à la différence du communisme. « En vertu de quoi [l’islam] aurait-il vocation à être différent ici [en Europe] et là-bas [dans les pays musulmans] ? » interroge notre auteur. Comme si l’islam n’était pas présent sur notre sol depuis plusieurs générations. Comme si les musulmans étaient des étrangers tous frais venus de pays musulmans intégristes. Comme s’il n’existait pas des millions de français musulmans qui, depuis de nombreuses années, n’ont jamais posé de problèmes à notre pays... Or précisément : l’intégration réussie de ces millions de musulmans en France et en Europe – et dans tout l’Occident – a fait naître « une culture islamique occidentale au cœur de laquelle musulmanes et musulmans restent fidèles aux principes religieux fondamentaux tout en assumant leur culture occidentale. Ils sont à la fois pleinement musulmans quant à leur religion, et pleinement occidentaux quant à la culture, et cela ne pose aucun problème. » (Tariq Ramadan, in « Mon intime conviction », Presses du Châtelet).

Voilà un FAIT que notre auteur catholique susvisé néglige complètement : l’existence d’un islam occidental, pacifique, respectueux des lois, dialoguant avec les autres religions (notamment le christianisme et le judaïsme), réprouvant la violence et les pratiques de certains pays musulmans, ainsi qu’une certaine interprétation littéraliste du Coran. Cet
« islam occidental est aujourd’hui une réalité : des femmes et des hommes [musulmans] ont comme première langue l’anglais, le français, l’allemand ou l’italien, ils sont imprégnés des différentes cultures occidentales, et malgré l’image négative véhiculée par certains médias, courants politiques ou lobbies, ils se sentent chez eux en Amérique, en Australie ou en Europe, désirent y construire leur avenir et y éduquer leurs enfants. » Et ils ne posent aucun problème…

La manière chrétienne d’aborder la question de l’islam consiste donc d’abord à prendre en considération la réalité telle qu’elle se présente à nous (qu’elle nous plaise ou non), et non telle que nous la fantasmons : à savoir la présence dans notre pays de millions de musulmans – parmi lesquels des millions de compatriotes qui ne sont pas moins français que nous aut’bons catholiques et qui ne posent aucun problème. Ces musulmans méritent le respect, la considération, et la reconnaissance du droit d’exercer leur culte comme il convient. Nous devons les accueillir tels qu’ils sont, et apprendre à vivre avec eux en respectant leur identité, selon l’exhortation du Pape. Ce qui implique que nous les acceptions comme musulmans et que nous nous rangions à leur côté pour défendre avec eux la liberté de pratiquer leur culte.

Les racines de l’Europe sont chrétiennes, rappelait plus haut Mgr Le Gall ; mais nombre de ses branches aujourd’hui sont musulmanes – que nous le voulions ou non. Un chrétien doit prendre acte de cette réalité et ne pas confondre le christianisme avec la Chrétienté. Comme l’a déclaré le Pape Benoît XVI au Président Sarkozy lors de sa visite en France (reprenant une formule de Jean-Paul II) : « L’identité nationale ne se réalise que dans l’ouverture aux autres peuples » L’identité française, puisque d’essence chrétienne, nous invite à la rencontre avec l’autre – à la charité prévenante ; non à la crispation sur un certain type de civilisation qui est en train de passer – seule la charité ne passe pas.

Nous devons donc considérer les musulmans comme nos frères – frères en humanité ; frères en religion selon notre commune appartenance à la famille des croyants dans le Dieu unique qui s’est révélé à Abraham ; frères aussi avec ceux d’entre eux qui sont nos compatriotes, dans le respect du troisième précepte de notre devise républicaine.

Puisque les musulmans sont nos frères, nous ne pouvons pas envisager l’avenir CONTRE eux, mais AVEC eux. Dans la promotion de la justice sociale, des valeurs morales, de la paix et de la liberté (comme dit le Concile), les musulmans sont nos alliés, non pas nos ennemis ; et des intellectuels comme Tariq Ramadan sont une chance pour l’Occident et pour l’islam – de même que tous les hommes de bonne volonté qui, à l’instar de M. Ramadan, veulent
« construire des ponts, expliquer et mieux faire connaître l’islam au monde musulman autant qu’à l’Occident ». Qui sait si le modèle de l’islam occidental ne rayonnera pas sur les actuels pays musulmans au point de les « convertir » à un islam raisonnable, authentiquement croyant, intelligent, humain, respectueux de la différence et de la liberté de conscience ? Impossible ! diront certains. Peut-être. A vues humaines… Mais impossible n’est pas Français… et pas chrétien non plus ! Le chrétien, nous rappelle le Pape, ne doit pas « céder à la peur », mais « cultiver l’optimisme et l’espérance ». Ce n’est pas de l’angélisme, mais du réalisme pascal ! Car tout est possible à celui qui croit – le Christ est ressuscité ; il est vainqueur du péché et de tout mal ; il est avec nous tous les jours jusqu'à la fin du monde.

Je n’oublierai jamais pour ma part ces évènements dont j’ai été le témoin en 1989 qui ont entraîné l’effondrement du communisme à l’Est de l’Europe sans la moindre effusion de sang – évènements dont certains commentateurs avisés ont attribué la paternité à Jean-Paul II. Quand on a eu la grâce de vivre de tels évènements, on ne peut plus ne pas croire en l’impossible. La foi renverse des montagnes.

Je pense pour ma part que l’islam dans le monde peut évoluer significativement sans se renier – et que des penseurs comme Tariq Ramadan peuvent grandement contribuer à cet aggiornamento qui serait une chance pour la paix du monde. Tous les croyants aspirent à une vraie relation avec Dieu en même temps qu'à une vie libre et paisible : le mode de vie et la foi authentique des musulmans occidentaux pourrait donc servir de témoignage aux musulmans du monde entier, et provoquer un effet de contagion… avec la grâce de Dieu. Le processus serait même déjà engagé si l'on en croit Mgr Paul Hinder, vicaire apostolique d'Arabie, pour qui la « fameuse haine des musulmans pour l'occident est une légende instrumentalisée, utilisée à des fins politiques. Aujourd'hui comme hier, beaucoup de musulmans admirent les nombreuses conquêtes de l'Occident et voudraient les voir se réaliser dans leurs propres pays, comme les droits de l'homme ou la démocratie. »


Nous devons donc travailler AVEC nos frères musulmans pour construire la civilisation de l’amour que nous appelons tous de nos vœux – et prier pour que cette civilisation rayonne sur le monde et le pacifie entièrement. « Ce n'est pas l'utopie d'un paradis sur terre mais le devoir de construire un monde plus humain. »


Il est au moins deux domaines où les efforts des chrétiens et musulmans pourraient être conjugués positivement : le premier est celui de la liberté religieuse dans le cadre d’une laïcité « positive » - celle-là même dont notre Président se fait l’apôtre : « une laïcité qui respecte, une laïcité qui rassemble, une laïcité qui dialogue, et pas une laïcité qui exclut ou qui dénonce » selon ce qu’il affirmait à l’Elysée, lors de la visite du Pape en 2008. Qui ne voit par exemple que derrière la question de la burqa se profile en réalité la question du port d’un quelconque vêtement religieux en signe de témoignage de sa foi ? Qui nous dit que demain, lorsque la burqa aura été interdite, certaines voix, niant les racines chrétiennes de l’Europe (il en est !) ne réclameront pas aussi, au nom de l’égalité de traitement entre les religions, l’interdiction du port de la soutane ou du clergyman chez les prêtres catholiques ; ou l’interdiction pour un moine ou une religieuse de se promener publiquement en habit ? Les chrétiens ne doivent pas se tromper de cible. C’est sans doute un très mauvais calcul que de se ranger du côté des laïcistes militants qui prônent un athéisme d’Etat – plutôt que du côté des musulmans dont les intérêts convergent avec les nôtres, les mesures de rétorsions dont ils font aujourd’hui l’objet pouvant demain se retourner contre nous… En tant que croyants, nous pouvons travailler ensemble pour contrecarrer le sécularisme ambiant et l’oubli de Dieu ; ensemble nous dit le Pape,
« nous pouvons offrir une réponse crédible à la question qui se fait jour clairement dans la société d'aujourd'hui, même si elle est souvent mise de côté ; c'est-à-dire la question portant sur le sens et le but de la vie, pour chaque individu et pour l'humanité tout entière. Nous sommes appelés à oeuvrer ensemble, afin d'aider la société à s'ouvrir au transcendant, en reconnaissant à Dieu tout-puissant la place qui lui revient. »

« Nos contemporains, poursuit Benoît XVI, attendent de nous un témoignage éloquent pour montrer à tous la valeur de la dimension religieuse de l’existence. »

Le deuxième domaine où les efforts des chrétiens et musulmans pourraient se conjuguer utilement est le combat pour la défense de la vie. Je rêve par exemple de voir un jour des délégations musulmanes – et d’autres traditions religieuses – se joindre à la grande Marche annuelle pour la Vie. Voilà qui aurait un poids considérable et comporterait une puissante charge symbolique ; voilà qui constituerait un témoignage fort pour notre monde enlisé dans la culture de mort. « Ce n'est qu'en partant de la reconnaissance de la place centrale de la personne et de la dignité de chaque être humain, en respectant et en défendant la vie qui est un don de Dieu, et qui est donc sacrée aussi bien pour les chrétiens que pour les musulmans – c'est uniquement sur la base de cette reconnaissance que nous pouvons trouver une base commune pour construire un monde plus fraternel, un monde dans lequel les oppositions et les différences sont réglées de manière pacifique, et où la force destructrice des idéologies est neutralisée. »

Je sais bien que certains catholiques sont allergiques par principe au dialogue interreligieux – qu’ils conçoivent comme une concession coupable au relativisme ambiant. Mais cette réaction épidermique doit être surmontée. Car il est
« important de parler avec tout le monde, de favoriser un rapprochement avec ceux qui sont loin. C'est la mission de l'Église » rappelait récemment le Cardinal Etchegaray Le dialogue interreligieux n’est pas contradictoire avec la mission évangélisatrice de l’Eglise ; tout au contraire, il en est une des modalités. L’Eglise est fidèle à sa Mission quand elle va à la rencontre des hommes de toutes conditions, de toutes races et de toutes appartenances religieuses – pour leur annoncer l’évangile, et d’abord par des actes.

Comprenons bien que le pluralisme religieux n’est pas le relativisme, et que la liberté religieuse est la condition même de l’annonce de l’évangile et de sa bonne réception. Là où la liberté religieuse est assurée pour tous, la promotion du message évangélique est garantie. Et là où des cœurs sont ouverts au dialogue et à l’amitié, la bonne semence peut germer – c’est la terre propice où le bon grain peut porter du fruit.

Si l’on veut porter la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ à nos frères musulmans, il nous faut donc commencer par les aimer – et les aimer tels qu’ils sont ; par leur montrer en acte le Dieu en lequel nous croyons : nous devons être les témoins de l’Amour inconditionnel de Dieu envers eux – et nous serons crédibles lorsque nous leur parlerons du Dieu qui les a aimé gratuitement, au point de s’incarner en notre humanité et de donner sa vie pour eux sur la Croix ; le Christ ressuscité pourra alors se manifester à eux comme Celui qu’ils attendent sans le savoir dans le secret de leur âme croyante – et qui est l’accomplissement parfait de l’islam.

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17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 13:14

L’Eglise agresse-t-elle la société ?

"Si l’annonce de l’Evangile est perçue comme une agression, il y a peut-être une raison. […] C’est peut-être que l’Evangile invite nos interlocuteurs à faire retour sur eux-mêmes."

Le cardinal André Vingt-Trois évoque le climat de polémique et d'incompréhension qui a dominé la relation de l’Eglise avec la société depuis trois mois.

Extrait d'un entretien exceptionnel diffusé dimanche 5 avril 2009 sur KTO,

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15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 18:15

Le cardinal André Vingt-Trois revient sur le climat de polémique et d'incompréhension qui a dominé la relation de l’Eglise avec la société depuis trois mois : "A certains moments, on se dit : mais où est-ce que l’on va, que va-t-on devenir ? Jusques à quand, Seigneur ? - comme dit le psaume. Et nous avons besoin que la Parole du Christ nous reprenne de l’intérieur en nous disant : "Est-ce que vous n’avez donc pas la foi ?"

Extrait d'un entretien exceptionnel diffusé le 5 avril 2009 sur la chaîne de télévision KTO.




Les catholiques dans la tempête
envoyé par KTOTV

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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 07:47
Au cours de son homélie de la messe chrismale en la cathédrale de Toulon, Mgr Dominique Rey a fait une relecture spirituelle et ecclésiale de la tempête médiatique que l’Eglise a traversée ces dernières semaines, en des termes très forts qui ont été applaudis par les 800 personnes présentes, dont 200 prêtres et diacres.

"En ce temps liturgique, comment ne pas associer, sans spiritualiser à l’excès, ces vociférations médiatiques aux cris de la foule en furie qui s’en prenait au Christ sur la route du Golgotha ? A un moment ou à un autre de notre itinéraire spirituel, ou de la marche de l’Eglise, notre route croise, comme Simon de Cyrène, celui qui est chargé d’une croix trop lourde à porter. L’Evangile n’est pas plus facile à vivre, ni à proclamer aujourd’hui qu’il y a quelques siècles."


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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 23:10


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