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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 10:27

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Published by Matthieu BOUCART - dans Miséricorde divine
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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 18:21

 

Chers amis, au lendemain de la fête de la Divine Miséricorde, célébrée hier 11 avril 2010 dans toute l'Eglise comme en chaque deuxième dimanche de Pâques, j’ai eu dans le cœur de créer un petit groupe de lecture et de prière (de 5-6 personnes) autour du Petit Journal de Sainte Faustine.

 

L’objectif est de découvrir l’œuvre de cette Sainte polonaise – canonisée par Jean-Paul II l’année du Grand Jubilé de l’an 2000 – à qui Jésus a confié une grande et belle mission : celle de témoigner de l’insondable miséricorde de Dieu envers tous les hommes, spécialement les pécheurs.

 

Le Petit Journal comprend 1828 paragraphes. L’idée est d’en lire 1 par jour à compter… d’hier (jour de la fête de la Divine Miséricorde) - nous en sommes donc aujourd’hui, lundi 12 avril, au 2e paragraphe. Tous les 50 paragraphes, nous nous réunirons pour un partage fraternel autour de cette lecture, et pour un temps de prière auprès de Jésus Miséricordieux.

 

Je souhaite étendre cette expérience à tous les internautes qui aimeraient lire le Petit Journal - qui l’ont peut-être déjà dans leur bibliothèque mais n’ont pas encore réussi à l’ouvrir, ou qui ressentent le désir de l’acquérir mais ne l’ont pas encore fait. Bien entendu, il ne sera pas envisageable de nous rencontrer tous, mais rien ne vous empêche de créer autour de vous des petits groupes de lecture et de prière de 5-6 personnes à l’image de celui que je suis en train de fonder.

 

A mesure que nous avancerons dans le Petit Journal, nous pourrons partager le fruit de nos lectures ; faire état de nos questionnements, de nos découvertes ; témoigner de notre expérience personnelle de la Miséricorde ou du Petit Journal. Nous pourrons également nous confier des intentions de prière.

 

Pour l’heure, je vous invite à entrer dans cette lecture du Petit Journal et à parcourir les 50 premiers paragraphes. Nous pourrons alors nous livrer à un premier partage d’ici fin mai. Les plus impatients peuvent poster des commentaires à cet article. Je lance également un groupe sur Facebook afin que le Message de la Miséricorde parvienne au plus grand nombre !

 

Que le Seigneur vous bénisse et vous garde en son infinie Miséricorde !

 

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Published by Matthieu BOUCART - dans Miséricorde divine
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20 avril 2009 1 20 /04 /avril /2009 16:23

Voici le texte (légèrement adapté pour ce Blog) d’une intervention que l’on m’a demandée de faire pour le Jour de la Fête de la Miséricorde divine, en ce dimanche 19 avril 2009.

La Miséricorde divine, nous en faisons tous l’expérience, même si nous n’en avons pas toujours conscience ; et même si nous ne sommes pas chrétiens.

Car tout ce que nous vivons et recevons dans notre vie est un don de la Miséricorde divine.

Le ciel… la terre… la mer… les plantes… les animaux… les hommes… vous, moi, toute la Création… tout le Cosmos… sont un don de la Miséricorde divine.

Il n’est pas une seconde de notre vie, pas une parcelle de notre univers qui ne soit un don de la Miséricorde divine.

« La terre entière est remplie de ton amour »
dit le psalmiste…

La Miséricorde divine est ce qui nous fait vivre tous.

C’est elle qui nous constitue dans l’être.

Sans la Miséricorde divine, nous ne pourrions pas exister.

Nous existons tous parce que nous sommes connus et aimés d’un Amour éternel.

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Cet Amour éternel, nous le savons, est un amour paternel. Et donc : un amour inconditionnel.

Dieu n’attend pas que nous soyons parfaits pour nous aimer (comme je l’ai longtemps cru, avant ma conversion…).

Dieu nous aime aujourd’hui et maintenant, tels que nous sommes, parce qu’il est notre Père.

Le Père Goriot disait c’est au moment où il est devenu père qu’il a commencé à comprendre Dieu.

Tous les parents savent bien que l’on n’aime pas plus son enfant parce qu’il est sage ou qu’il rapporte de bonnes notes de l’école ; et que l’on n’aime pas moins son enfant parce qu’il fait des bêtises. Un père reste toujours un père ; et une maman reste toujours une maman. On aime son enfant parce qu’il est notre enfant. C’est tout. Il n’y a pas d’autres raisons. L’amour d’un Père (ou d’une mère) est inconditionnel – il est, tout simplement.

Croyez donc, vous qui me lisez, que vous êtes tous personnellement connus et aimés de Dieu inconditionnellement.

Dieu vous aime, et il veut vous le redire aujourd’hui, à vous qui me lisez.

Dieu vous aime, aujourd’hui et maintenant, tels que vous êtes. Et il vous invite à planter la tente de vos pensées, de votre cœur, de votre vie quotidienne dans son Amour Miséricordieux.

Vous pouvez vous reposer entièrement et avec confiance sur cet Amour, parce que Dieu est fidèle.

« Si nous sommes infidèles,
dit Saint Paul, Dieu, Lui, est fidèle parce qu’il ne peut pas se renier lui-même » (2 Tm 2. 13)

Non, Dieu ne peut pas se renier lui-même.

Il ne peut pas contredire ce qu’il est.

Or qui est Dieu ?

« Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ? »
chante une hymne liturgique.

Saint Jean, l’Evangéliste, répond à cette question, dans sa première lettre : « Dieu est Amour »… (1 Jn 4. 8)

---

L’Amour de Dieu, vous le savez, s’est manifesté – et se manifeste – de bien des manières.

Par le don de la Création, nous en avons parlé.

Par le don aussi de la Révélation du mystère de son Être à un petit peuple, Israël.

Savez-vous pourquoi Dieu a choisi Israël pour se révéler ?

Pourquoi Israël a-t-il été « élu » par Dieu ?

Dieu Lui-même répond à cette question dans le Livre du Deutéronome, au Chapitre 7 : « Si le Seigneur s'est attaché à vous, s'il vous a choisis, ce n'est pas que vous soyez le plus nombreux de tous les peuples, car vous êtes le plus petit de tous. C'est par amour pour vous, et par fidélité au serment fait à vos pères, que le Seigneur vous a fait sortir par la force de sa main, et vous a délivrés de la maison d'esclavage et de la main de Pharaon, roi d'Égypte. » (Deut 7. 7-8)

Par amour… et par fidélité…

C’est l’Amour de Dieu pour l'humanité et la Fidélité à ses promesses qui sont la clef de compréhension de tout l’agir de Dieu dans l’histoire du monde et dans chacune de nos vies.

Toutes les œuvres de Dieu n’ont qu’une seule justification, une seule raison : la raison de l’Amour.

Car Dieu est Amour.

Mais c’est en Jésus-Christ que la Miséricorde divine va se manifester dans toute sa plénitude.

Jésus-Christ est le don le plus parfait du Père des Cieux à l’humanité.

En Jésus-Christ, Dieu ne nous donne pas seulement quelque chose d’excellent, ou quelqu’un d’exceptionnel. En Jésus-Christ, Dieu se donne Lui-même aux hommes.

Jésus-Christ est, pourrait-on dire, la Miséricorde divine incarnée, l’Amour de Dieu fait chair.

Il est le témoignage vivant de l’Amour inconditionnel du Père pour l’humanité.

« La preuve que Dieu nous aime,
dit Saint Paul (la preuve…), c’est que le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs » (Rm 5. 8)

La Mission du Fils de Dieu sur la terre est de manifester la Miséricorde divine aux hommes que le péché a séparé de l’Amour infini, et qui souffrent et meurent de cette séparation...

Aujourd’hui, plus que jamais, les hommes, les familles, les paroisses, les nations, le monde entier… ont besoin de la miséricorde divine !

« L’humanité ne trouvera pas la paix,
dit Jésus à Sainte Faustine, tant qu'elle ne se tournera pas avec confiance vers ma Miséricorde ».

---

Vous savez que c’est grâce aux Révélations privées de Jésus à Sainte Faustine, une religieuse polonaise du siècle dernier canonisée par Jean-Paul II en l’an 2000 – l’année du Grand Jubilé de l’Incarnation – que nous avons aujourd’hui cette fête de la Miséricorde divine.

Le Pape Jean-Paul II – dont la dernière Messe qu’il célébra sur terre en cette nuit du 2 avril 2005 fut précisément celle… de la Miséricorde divine – le Pape Jean-Paul II, donc, a fait droit à une demande expresse de Jésus à Sainte Faustine : que le 1er dimanche après Pâques soit instituée une fête en l’honneur de la Miséricorde divine.

« Je désire,
dit Jésus, que le 1er dimanche après Pâques soit instituée la Fête de ma Miséricorde. Ma fille, je désire que la Fête de ma Miséricorde soit un recours et un refuge pour toutes les âmes, et surtout pour les pauvres pécheurs. Ce jour seront ouvertes toutes les entrailles de ma Miséricorde. Je veux verser un océan de grâces sur les âmes qui s’en approcheront. Qu’aucune âme ne craigne de s’approcher de moi, même si ses péchés étaient rouge comme l’écarlate. Cette Fête est sortie du plus profond de ma Miséricorde, elle est une affirmation réitérée de mon immense compassion envers les âmes. Je désire que le 1er dimanche après Pâques soit une Fête solennelle ».

Eh bien, laissons-nous toucher en ce jour, et tout au long de la semaine, par la Miséricorde divine qui vient nous visiter, là où nous sommes, et nous faire grâce.

Redécouvrons ces prochains jours le trésor de la Miséricorde divine à travers ces quelques moyens que le Seigneur nous a donné par Sainte Faustine pour recevoir la plénitude des dons de la Miséricorde.

1er moyen : la Fête de la Miséricorde divine
– nous venons d’en parler, et nous la célébrons aujourd’hui.


2e moyen : l’image de la Miséricorde divine
. « Je promets, dit Jésus, que l’âme qui honorera cette image ne sera pas perdue. Je lui promets aussi la Victoire sur ses ennemis dès ici-bas, et spécialement à l’heure de la mort. Moi-même, je la défendrai comme ma propre gloire ».


3e moyen : le chapelet de la Miséricorde divine
. « Cette prière sert à apaiser ma Colère. J’accorderai de très grandes grâces aux âmes qui diront le chapelet. Quiconque le dira sera l’objet d’une grande Miséricorde à l’heure de sa mort. Même le pécheur le plus endurcit, s’il récite ce chapelet une seule fois, obtiendra la grâce de mon infinie Miséricorde ».

4e moyen : l’Heure de la Miséricorde
. « Ma fille, chaque fois que tu entendras l’horloge sonner trois heures, immerge-toi tout entière en ma Miséricorde en l’adorant et en la glorifiant ; fais appel à sa Toute-Puissance pour le monde entier et particulièrement pour les pauvres pécheurs, car à ce moment, elle est grande ouverte pour toutes les âmes. C’est là une heure de grande Miséricorde pour le monde entier. A cette heure-là, tu peux tout obtenir pour toi et pour les autres ; à cette heure-là, la grâce a été donnée au monde entier – la Miséricorde l’emporta sur la Justice. En cette heure, je ne saurais rien refuser à l’âme qui me prie par ma Passion… ».

5e moyen : l’apostolat de la Miséricorde divine
. « Lorsqu’une âme glorifie ma bonté, alors le démon tremble et s’enfuit au fond de l’enfer. Les âmes qui se feront les Apôtres de ma Miséricorde, je les protègerai toute leur vie comme la mère protège son nouveau-né et à l’heure de la mort, je ne serai pas leur Juge, mais leur Sauveur. »

Aux prêtres : « Dis à mes prêtres que les pécheurs endurcis se repentiront à leurs paroles lorsqu’ils parleront de mon insondable Miséricorde, de la pitié que j’ai pour eux en mon Cœur. Aux prêtres qui proclameront et glorifieront ma Miséricorde, je donnerai une force extraordinaire, je bénirai leurs paroles et je toucherai les cœurs auxquels ils s’adresseront. »

Enfin, dernier moyen (le plus important de tous!) : la Confession, le Sacrement de réconciliation
. « Il suffit, dit Jésus, de se jeter avec Foi aux pieds de celui qui tient ma place – le prêtre – et de lui dire sa misère, et le miracle de la Miséricorde divine se manifestera dans toute sa plénitude. Même si cette âme était en décomposition comme un cadavre et même si humainement parlant, il n’y avait plus aucun espoir de retour à la vie, et que tout semblait perdu, il n’en est pas ainsi selon Dieu ! Le miracle de la Miséricorde divine redonnera vie à cette âme dans toute sa plénitude. »

Gravons profondément ces paroles de feu dans notre cœur, et dans l’action de grâce pour cet Amour infini qui nous enveloppe, abandonnons-nous avec confiance à la Miséricorde Divine.

« Que l’âme faible, dit Jésus, ne craigne pas de s’approcher, même si elle avait autant de péchés qu’il y a de grains de sables sur la terre. Tout sera lavé dans l’abîme de ma Miséricorde. »

« Lorsque l’âme affligée verra ses péchés et en mesurera le poids, et lorsque se révèlera à ses yeux tout l’abîme de la Misère dans laquelle elle se trouve plongée, qu’elle ne désespère pas ! mais qu’elle se jette avec confiance dans les bras de ma Miséricorde,
comme l’enfant dans les bras de sa mère bien-aimée. Ces âmes-là ont la priorité sur mon Cœur empli de pitié ; elles ont la priorité sur ma Miséricorde. »

« Mes délices,
dit Jésus (mes délices…), ce sont les âmes qui font appel à ma Miséricorde. Je ne peux punir le plus grand pécheur... si celui-ci implore ma Miséricorde. »

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24 août 2008 7 24 /08 /août /2008 13:23

Au chapitre 2 de son ouvrage sur le Chemin de l'Imperfection, le Père André Daigneault médite longuement sur ce chemin de descente intérieure qui, seul, nous conduit à la véritable sainteté. Ce ne sont pas en effet nos efforts humains pour monter vers Dieu qui nous rendent saints – dans ce cas, nous n’aurions plus besoin de Dieu… –, mais la descente au fond de notre néant par l’échelle de la pauvreté et de l’humilité. « Il ne s’agit pas de gravir une montagne, disait Petite Thérèse, mais de descendre ».

C’est en étant touts petits devant Dieu que nous nous disposons à recevoir de lui la plus haute sainteté, car c’est Lui qui nous élève en nous prenant dans ses bras de Père, et nous hisse ainsi à une hauteur inaccessible pour nous et nos seules forces. Les bras du Père, pourrait-on dire, c’est Jésus-Christ. Ecoutons à ce sujet ce que disait le Pape Benoît XVI dans son homélie pascale du 7 avril 2007 : « L’homme demeure de manière singulière dans la mémoire et dans l’amour de Dieu, même après sa chute. Mais sa force ne lui suffit pas pour s’élever vers Dieu. Nous n’avons pas d’ailes qui pourraient nous porter jusqu’à une telle hauteur. Et pourtant rien d’autre ne peut combler l’homme éternellement si ce n’est être avec Dieu. Une éternité sans cette union avec Dieu serait une condamnation. L’homme ne réussit pas à atteindre les hauteurs, mais il aspire à monter : « Du ventre des enfers, j’appelle... » Seul le Christ ressuscité peut nous mener jusqu’à l’union avec Dieu, jusqu’à ce point où, par nos forces, nous ne pouvons parvenir. Lui prend vraiment la brebis perdue sur ses épaules et il la ramène à la maison. Nous vivons accrochés à son Corps, et, en communion avec son Corps, nous allons jusqu’au cœur de Dieu. » Et nous devenons saints.

Nous proclamons dans le Gloria de nos messes que Dieu seul est saint : cela signifie donc qu’aucun de nous ne l’est. Du moins, par nature. Car tous, nous sommes pécheurs. Et c’est humainement irrémédiable. Si nous pouvons devenir saints comme Dieu – à l’image de ceux que l’Eglise nous donnent en exemple par le moyen de la canonisation –, c’est en vertu d’une grâce que Celui-ci nous fait : la grâce imméritée et tout à fait gratuite de participer à la vie même de Dieu et à sa propre sainteté, au cœur même du mystère trinitaire.

Cette grâce toutefois ne peut être accueillie que dans un cœur pauvre et humble. Car « Dieu s’oppose aux orgueilleux ; aux humbles il accorde sa grâce » (1 P 5. 5). Il nous faut donc descendre au fond de notre néant et de notre état de pécheur pour découvrir à quel point nous sommes perdus et à quel point nous sommes aimés et sauvés. Nous pourrons alors recevoir de Dieu avec un coeur ouvert ce que nous ne méritons pas, ce dont nous ne sommes absolument pas dignes, et que nous sommes incapables d'atteindre par nos seules forces. Nous pourrons alors entrer dans la gratuité de l’amour ; d'un amour qui se reçoit, et d'un amour qui se donne et se diffuse.

Mais qu’est-ce à dire descendre au fond de notre misère ? « Lorsque le cheminement vers la descente commence, on ne dit plus de bien de nous, mais on parle souvent contre nous, on se moque de nos travers, de nos défauts, on voit clairement toutes les fautes que nous ne pouvons plus cacher. C’est la descente dans l’humiliation d’avoir pour ennemis « les gens de sa propre maison ». Ce chemin d’appauvrissement nous fait peur, et nous le fuyons d’abord de toutes nos forces, mais c’est le chemin de la descente dans la petite voie de la faiblesse et de la pauvreté du cœur » (Chapitre 2, page 34). « Quand je pense à tout ce que j’ai à acquérir pour devenir sainte » disait un jour une jeune novice à Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus ; « dites plutôt à perdre » répondit-elle avec un brin de malice…

Dans cette descente vers les abîmes, tout s’écroule autour de nous, et d’abord l’image idéalisée que nous avons de nous-même, notre « réputation ». Nous sommes comme en plein naufrage, absolument seuls, sans secours humain. Nous tremblons comme des enfants seuls dans la nuit noire et glacée. Nous réalisons avec angoisse que nous ne sommes rien, sinon de pauvres pécheurs…

Ce chemin de descente est un chemin douloureux de purification. Il passe par des nuits spirituelles terribles, par une descente au plus profond de notre misère, de notre détresse. C’est l’Heure de la grande épreuve ; l’Heure du combat entre le désespoir et l’espérance. C’est l’expérience de la Passion et de la Croix : de l’agonie à Gethsémanie ; de l’absence sensible de Dieu et de son amour ; de notre déréliction intérieure, morale et spirituelle ; de notre péché, qui semble tout envahir et dominer sur nous.

Ce chemin de descente dans les abîmes de notre néant, Dieu lui-même, en Jésus-Christ, a choisi de l’emprunter. Charles de Foucault observait ainsi que « toute sa vie, [Jésus] n’a fait que descendre : descendre en s’incarnant, descendre en se faisant petit enfant, descendre en obéissant, descendre en se faisant pauvre, délaissé, persécuté, supplicié, descendre en se mettant à la dernière place ». Oui, Dieu en son Fils est descendu dans les profondeurs de notre humanité ; et il l’a fait gratuitement, sans aucun mérite de notre part, par pur amour. De telle manière que là où nous soyons, aussi bas que nous soyons, il soit aussi lui aussi avec nous (tel est d’ailleurs la signification du nom de Jésus-Emmanuel : « Dieu AVEC nous ». Ainsi « nous ne sommes jamais assez au fond pour que la lumière ne nous atteigne pas dans la nuit » (Chapitre 2, page 47). « Il ne faut [donc] jamais perdre l’espérance, car l’heure de la détresse est souvent l’heure de Dieu » (Chapitre 2, page 50). Et l’heure de notre propre sanctification.

« Les vrais maîtres spirituels nous parlent tous d’humilité et de descente. Le vrai chemin de la sainteté réside dans l’humilité et la pauvreté, dans la descente de l’échelle et non dans la montée (…). Lorsque l’auteur du quatrième Evangile dit que le
« Fils de l’homme doit être élevé » (Jn 3. 14), il nous met face à face avec la Croix. C’est donc au plus bas de la descente, crucifié entre deux criminels, mourant abandonné de tous, qu’il est élevé »
(Chapitre 2, page 37). « En se mettant du côté des criminels, en mourant en dehors des murs, comme un exclu, en se faisant l’esclave des esclaves et pendu sur la Croix, Jésus rejoint ainsi le plus bas, le plus pauvre, le plus exclu, le plus faible, et le plus abandonné de ses frères ou de ses sœurs » (Chapitre 2, page 38).

Qui que nous soyons, et quelque soit le poids de misère et de désespoir que nous portons, nous pouvons lever avec confiance les yeux vers Jésus, et espérer de lui qu’il nous rétablisse dans notre dignité d’enfant de Dieu ; c’est pour cela qu’il est « sorti », qu’il a donné sa vie et versé son sang ; et c’est cela qu’opère la puissance de sa Résurrection à l’œuvre dans son Eglise, et en particulier dans les sacrements (spécialement celui de la confession).

« Tant que notre vie spirituelle nous apparaît comme une ascension à la force des poignets, nous sommes loin de la sainteté. Car pour recevoir la sainteté, comme le Bon Larron l’a reçue gratuitement sur la Croix, il nous faut
descendre et perdre une à une toute illusion de vertus. Il nous faut, au cours de la descente, faire l’expérience que la générosité naturelle de notre « perfection », c’est du sable : tout ce qu’on construit là-dessus s’écroule un jour. Aussi longtemps que nous nous figurons capables de quelque chose par nous-mêmes dans l’ordre de la grâce, nous ne savons pas ce qu’est la sainteté (…). Le saint, le juste, c’est le pauvre dépossédé de tout, qui reconnaît sa misère et sa finitude, et qui crie au fond de la fosse, au bas de l’échelle (…). « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs » : Voilà le cri de la prière de la sainteté des pauvres »
(Chapitre 2, pages 39-40).

Tout homme peut donc devenir un saint. Et même un grand saint. Il n’est pas nécessaire pour cela d’être un « super-héros » de la foi, d’exercer de grands charismes ni de réaliser des miracles. Pas besoin non plus d’être un champion de l’ascèse, ni même un modèle de vertu. Il suffit d’être un pécheur… « Ce chemin de la faiblesse et de l’imperfection est ouvert à tous les blessés, à tous les pauvres d’amour, à tous ceux qui souffrent de leurs faiblesses parce qu’ils tombent et retombent sans cesse, mais qui gardent au fond de leur misère une soif de sainteté, un grand désir de Dieu qu’aucune joie humaine, aucun plaisir n’ont jamais pu rassasier. » (Chapitre 2, page 42).

Le Père Daigneault observe que ce chemin de descente est celui de tous les véritables apôtres de Jésus. Car dans cette descente, nous découvrons les véritables motivations de notre apostolat pour le Seigneur... « Croyez-vous, demandait François Varillon, qu’il soit facile de dire « que ton règne vienne » ? Ne disons-nous pas plutôt : « Que je fasse arriver ton règne » ? Et si ton règne arrive par d’autres que par moi, il ne m’intéresse plus vraiment. Que je fasse arriver ton règne ! Et si on va au fond des choses, cela veut dire : Que mon règne vienne. Et puisqu’il s’agit de choses apostoliques, cela veut dire : Que mon règne arrive, Seigneur, par le moyen du tien. Comme d’autres font arriver leur règne par la littérature, la politique, la gloire humaine, moi, je fais arriver mon règne par l’apostolat ».

Nous réalisons alors vraiment ce que nous sommes : « Voir infecté d’égoïsme toutes nos actions, même les meilleures, même l’amour témoigné à Dieu et à ses frères… voir que nous avons manipulé nos frères au lieu de les servir, que nous avons travaillé pour notre propre royaume et non pour le Royaume de Dieu, comprendre qu’on a peut-être reçu beaucoup de compliments et qu’on a subtilement vécu pour soi-même ; bref, comprendre qu’on s’est toujours pris pour le centre du monde et enchevêtré dans les filets de l’égocentrisme… quelle découverte accablante ! Dans la lumière de Dieu, le pharisien en nous est impitoyablement démasqué » (Wilfried Stinissen).

« Plus nous descendons dans la nuit, plus nous voyons qu’il n’y a pas de différence entre nous et le pire des pécheurs, car nous avons en nous les mêmes tendances au mal (….). Avant la descente dans la nuit, nous avions cru que nous pouvions évangéliser et convaincre les autres par nos techniques et nos plans savamment préparés. Pourtant, c’est dans nos pauvretés que Dieu commence à agir »
(Chapitre 2, page 45).

« Quand tous nos moyens ont déçu,
racontait Saint Maximilien Kolbe, quand j’ai reconnu que j’étais perdu et que mes supérieurs ont constaté que je n’étais bon à rien, alors l’Immaculée a pris entre ses mains cet instrument qui n’était bon qu’à la casse ».

« La fécondité de l’apostolat du père Kolbe a commencé à se manifester quand il est tombé gravement malade, et que ses confrères et ses supérieurs ont constaté qu’il n’était plus apte au travail. Quand il fut au bas de l’échelle, rejeté et compté pour rien, quand tous ont désespéré de lui, quand il a été complètement dépouillé, alors Dieu s’est servi de lui. C’est cela le paradoxe de la spiritualité de la descente. Un homme qui se trouve au plus bas, un homme qui n’est plus bon à rien devient le plus efficace instrument, parce que Dieu agit à travers la pauvreté et la faiblesse de cet homme »
(Chapitre 2, pages 45-46). Voilà ce que l’on devrait prêcher avec force dans les hôpitaux, les maisons de retraite, les prisons… N’oublions pas que Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus est devenue patronne des missions… sans jamais quitter son Carmel !

Il faut dès lors absolument se défier des succès apparents de notre apostolat. « Les succès visibles en apostolat, disait Jean Daujat, ne sont pas les succès véritables ; les apôtres les plus saints sont souvent sanctifiés par une multitude d’échecs qui les purifient et leur procurent des souffrances très fécondes, et ils ne voient pas toujours les vrais résultats de leur apostolat… Si l’apôtre travaille pour lui, il sacrifiera l’essentiel et voudra organiser des œuvres humainement brillantes, mais ses œuvres ne feront aucun bien surnaturel véritable et les personnes qu’il attirera ne seront pas sanctifiées ».

« Le renouveau de l’Eglise,
conclut le Père Daigneault, viendra par la faiblesse, par l’acceptation du paradoxe évangélique. Dans le Royaume de Dieu, la loi de la grandeur, c’est celle de la petitesse, de la faiblesse consentie (…). Notre Eglise a besoin d’apôtres, de prêtres et même d’évêques au cœur d’enfant. » (Chapitre 2, page 48) Car l’enfant, écrivait le P. Le Guillou « évoque pour Jésus tous ces petits qu’il est venu sauver dans sa miséricorde. Jésus refuse de mépriser ces faibles et ces petits, comme le font spontanément ses disciples, qui ne pensent qu’à être des grands dans le Royaume. L’enfant signifie donc, pour Jésus, son propre mystère de pauvreté et de faiblesse, et lui rappelle cette tendresse infinie du Père qui a voulu cette incarnation de faiblesse, dans laquelle se manifeste la puissance de Dieu. Pour Jésus, l’enfance évoque tout le mystère de l’Eglise qu’il vient fonder. N’est-elle pas cette communauté des faibles, des petits, des pauvres et des humbles qui sera toujours méprisée comme lui ? »


Pour approfondir le sujet :
Ø relire "Tout pécheur est un saint en puissance" et "Pauvreté spirituelle ou endurcissement de coeur" ;
Ø écouter "Dieu mendiant de nos misères" (que je recommande tout spécialement à ceux qui ont besoin de consolation spirituelle), et "Dieu puissant en miséricorde" du Frère Remi Schappacher ;
Ø écouter les  conférences du Père André Daigneault sur Exultet.  

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13 août 2008 3 13 /08 /août /2008 22:51

Nous poursuivons notre parcours spirituel sur le Chemin de l'Imperfection du Père André Daigneault.

Le père nous rappelle dans son premier chapitre – et ce sera son leitmotiv tout au long de son ouvrage – que l’échelle qui conduit à la sainteté est une échelle que l’on monte… en descendant ; que ce ne sont pas nos efforts pour nous convertir, ni notre respect scrupuleux de la loi qui fera de nous des saints, mais la descente par l’échelle de l’humilité dans notre petitesse, notre pauvreté, notre fragilité, notre misère… Oui, c’est là que Dieu veut nous rencontrer et nous combler de sa grâce ; c’est là qu’il veut nous transformer (mais pas comme nous l’imaginerions…) et faire de nous des saints. C’est dans l’abîme de notre toute-faiblesse que le Seigneur veut déployer sa Toute-Puissance.

« La sainteté proposée par le Christ n’est pas une sainteté d’ordre naturel, mais une sainteté accueillie dans notre pauvreté. Le Christ est venu pour les pécheurs et les faibles, et non pour les forts et les bien-portants. »
(Chapitre 1, page 22). « Jésus n’a pas proposé une échelle de perfection dont on gravirait progressivement les degrés pour enfin posséder Dieu, mais un chemin de descente dans les profondeurs de l’humilité » (Id.)

La sainteté selon l’Evangile est donc d’un autre ordre que la perfection au sens où nous l’entendons humainement. Tel est le grand paradoxe de la vie chrétienne : c’est en descendant que l’on monte. « Descendre pour monter, c’est là le paradoxe évangélique du vrai cheminement spirituel chrétien. Saint Benoît, au chapitre 7 de sa Règle, dit qu’on monte par l’abaissement et la descente dans la pauvreté de notre être. Le chrétien doit suivre le Christ dans ses abaissements (…). Il faut, à l’exemple du Christ, descendre dans les humiliations et les nuits, descendre par la Croix, descendre enfin par la mort totale à nous-mêmes. Mourir avec lui pour ressusciter avec lui » (Chapitre 1, pages 25 et 26).

On n’est donc jamais trop bas pour Dieu, et c’est là sans doute le cœur de la Bonne Nouvelle de l’Evangile. Tout homme, quelle que soit sa situation de misère, de bassesse morale, de péché et de désespoir, peut en un instant devenir le plus grand saint, à l’image du Bon Larron qui, sur la Croix, reçut de la bouche même de Jésus l’assurance du Paradis en implorant du fond de sa déréliction causée par une vie de désordre : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton règne » (Lc 23. 42).

« Pour être saint, il faut arriver à cet extrême, à un anéantissement tel qu’on n’ait plus qu’une chose à faire : espérer en Dieu. Etant appauvri complètement, on ne peut être sauvé que par un acte de confiance dans cette pauvreté complète, par un acte d’espérance jailli du dénuement absolu. L’état de sainteté la plus haute se confond presque avec l’état de pécheur qui n’a plus rien et qui n’a plus comme ressource que son espoir en la miséricorde de Dieu. »
(P. Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus).

Le Père Daigneault nous fait ainsi longuement méditer la parabole du Pharisien et du Publicain, en Luc 18. 9. 14.

« Jésus,
nous dit l’Evangéliste, dit une parabole pour certains hommes qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient tous les autres ». Sommes-nous, nous aussi, à l’image de ces hommes, convaincus d’être des justes ? Si oui, c’est sans doute que nous ne sommes pas encore descendu au fond de notre âme par l’échelle de la pauvreté, la seule qui conduit à la sainteté selon l’Evangile. Si non : eh bien… heureux sommes-nous : cette parabole de Jésus est pour nous…

Notons au passage que ce que Jésus reproche aux pharisiens n’est pas tant la conscience qu’ils ont (ou croient avoir) de leur propre justice, que le fait qu’ils « méprisaient tous les autres ». Voilà un excellent baromètre de notre état spirituel : le regard que nous portons sur les autres, et en l’espèce sur les pécheurs. Nous laissons-nous surprendre, nous aussi, par des réactions de mépris ou de commisération condescendante à leur égard ? Ou bien avons-nous le sentiment plus ou moins diffus d’être faits du même bois, avec cette conscience peut-être (qu’ont eu les Saints) d’appartenir à la race des pires pécheurs ? Songeons à des cas bien concrets, autour de nous. Et examinons comment nous jugeons les autres. Prenons pour cela un temps de silence, de réflexion et de prière. Considérons notre attitude envers tous ceux qui n’observent pas la loi morale, qu’ils y soient complètement en dehors, ou qu’ils y aient été infidèles de quelque manière. Et faisons la vérité en nous ; n’ayons pas peur de rencontrer nos propres limites, de faire face à notre pauvreté d’amour, voire à l’absence en nous de tout amour pour « ces gens-là »…

« Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L’un était pharisien, l’autre publicain »
. Deux personnages bien différents : le pharisien, archétype du religieux irréprochable qui pratique sa religion avec zèle et générosité ; le publicain, archétype même de l’homme médiocre, « impur », qui pactise avec le péché du monde, qui « croque » dirait-on aujourd’hui, et dont la vie morale est loin d’être exemplaire… Deux attitudes religieuses radicalement opposées. Mais deux attitudes religieuses quand même : en cet instant, les deux hommes accomplissent le même acte ; ils montent tous deux au Temple pour prier. La prière… Le remède absolu contre la perdition éternelle. Au pécheur qui n’a plus rien de dignité humaine, et dont la « maison » est ravagée par le péché, il reste cette ultime ressource, celle du Bon Larron sur la Croix, ou du publicain de la Parabole : la prière, l’ardente supplication…. « Jésus, sauve-moi ! Jésus, prends pitié de moi ! Jésus, souviens-toi de moi ! » "Celui qui prie se sauve certainement ; celui qui ne prie pas se damne certainement", disait Alphonse de Liguori, Saint et Docteur de l’Eglise.

Jésus poursuit sa parabole : « Le pharisien se tenait là et priait en lui-même : ‘Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes : voleurs, injustes, adultères ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne’. » « Le pharisien est un homme irréprochable dans ses pratiques, qu’il énumère en toute bonne conscience » (Chapitre 1, page 23). Le pharisien, et tous ceux qui lui ressemblent, « vivent dans la tour d’ivoire de leur suffisance et de leurs supposées vertus, en haut de l’échelle, jugeant les pécheurs en bas. Ils veulent se sauver eux-mêmes et par leur perfection » (Chapitre 1, page 23-24). Le Père Daigneault pointe ici un aspect important de la psychologie du pharisien : « On peut sentir que, pour le pharisien, l’opinion des autres, ce qu’on pense de lui, a beaucoup d’importance (…). Le pharisien se préoccupe beaucoup de son image (…). Le but de la vie du pharisien, c’est de devenir si parfait et d’observer tellement la Loi à la lettre que Dieu le fera entrer dans son Royaume à cause de toutes ses œuvres. C’est pourquoi lorsqu’il commet une faute, il faut qu’il la nie, qu’il la refoule, parce que, pour lui, toute faute est fatale. Toute sa supposée vertu et son image s’écrouleraient si sa façade se crevassait (…). Si le pharisien éprouve le besoin de montrer les autres du doigt et de rationaliser ses erreurs et ses péchés, c’est qu’il se sent, au fond, inférieur, inquiet et angoissé (…). Je dirais que la blessure du pharisien, c’est qu’il cherche la grandeur et le pouvoir pour compenser son manque de confiance en Dieu et son insécurité qui lui font toujours rechercher les premières places auprès des gens influents et du pouvoir » (Chapitre 1, pages 27 à 29).

« Le publicain, lui,
dit Jésus, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine en disant : « Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis ». Contraste saisissant entre l’attitude hautaine du pharisien et celle du publicain. Celui-ci n’a rien à faire valoir devant Dieu. Il ne se dit pas en lui-même : « bon, c’est vrai, j’ai commis des péchés, mais rien de grave au fond. Et j’ai quand même fait aussi des choses bien. Au final, la balance s’équilibre. Ma vie est donc plutôt réussie ». Cela encore est du pharisaïsme. Non, cet homme là, il s’effondre. Il n’ose même pas, nous dit l’Evangéliste, lever les yeux vers le ciel. Il est abattu, anéanti, broyé. Son âme est en proie à la plus vive douleur, peut-être même verse-t-il de nombreuses larmes (bienheureuses larmes que celles-ci…). Et il ne trouve rien à redire que : « Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis ». « Mon Dieu »… expression affectueuse qui trahit un amour dont le publicain n’a peut-être même pas conscience, mais que son péché n’a pas réussi à détruire. Dieu, le Seigneur de l’Univers, le Créateur des Cieux, le Trois fois Saint, l’Au-delà de Tout, reste pour le publicain « son » Dieu ; expression qui renvoie à l’Alliance que Dieu a fait avec son peuple : « Vous, vous serez mon peuple, et moi je serai votre Dieu » (cf. par ex. Ezéchiel 36. 28). « Prends pitié… » : c’est le cri de désespoir (ou plutôt : d’espérance !) de celui qui n’a personne d’autre vers qui se tourner que Dieu lui-même. « … du pécheur que je suis » : reconnaissance par le publicain de la vérité de sa vie, à la lumière de la Parole de Dieu, et de ses commandements.

C’est alors que du fond de l’abîme va pouvoir rejaillir dans le cœur du publicain les sources d’eaux vives, sanctifiantes et purifiantes, de la vie divine : « Quand ce dernier rentra chez lui, conclut en effet Jésus, c’est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste, et non pas l’autre ». Quelle révélation ! Quel enseignement percutant du Seigneur ! Quel renversement !

« Celui qui confesse ses péchés agit déjà avec Dieu,
affirmait Saint Augustin. Dieu accuse tes péchés ; si tu les accuses toi aussi, tu te joins à Dieu. L’homme et le pécheur sont pour ainsi dire deux réalités : quand tu entends parler de l’homme, c’est Dieu qui l’a fait ; quand tu entends parler du pécheur, c’est l’homme lui-même qui l’a fait. Détruis ce que tu as fais pour que Dieu sauve ce qu’il a fait... Quand tu commences à détester ce que tu as fait, c’est alors que tes œuvres bonnes commencent parce que tu accuses tes œuvres mauvaises. Le commencement des œuvres bonnes, c’est la confession des œuvres mauvaises. Tu fais la vérité et tu viens à la Lumière. » (S. Augustin, ev. Jo. 12, 13) Telle est l’attitude pénitentielle qui permet à la grâce divine d’accomplir son œuvre et de nous sauver entièrement : « La Pénitence oblige le pécheur à accepter volontiers tous ses éléments : dans son cœur, la contrition ; dans sa bouche, la confession ; dans son comportement, une totale humilité ou une fructueuse satisfaction » (Catech. R. 2, 5, 21 ; cf. Cc. Trente : DS 1673).

« Les pharisiens voient en Dieu le juge impartial des œuvres humaines, le salut est donc pour eux le salaire et la juste récompense des mérites de chacun. Jésus nous montre le vrai visage de Dieu, l’Auteur de tout bien et de toute grâce : le salut est à ses yeux le don gratuit offert à tous, et surtout aux pauvres, et accordé à quiconque s’ouvre et le reçoit comme un enfant »
(Chapitre 1, page 24). La parabole du pharisien et du publicain est d’ailleurs immédiatement suivie dans l’Evangile de Luc de l’épisode des disciples écartant les nourrissons que l’on présentait à Jésus, qui saisira cette occasion pour leur enseigner que « celui qui n’accueille pas le Royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas » (Lc 18. 17).

Le plus grand obstacle la sainteté, ce n’est donc pas notre misère morale, qui offre à Dieu l’occasion d’être pour nous ce qu’il est : notre Créateur (ou re-Créateur) et Rédempteur (ou Sauveur). Non, c’est bien plutôt l’orgueil – non dénoncé comme tel – qui conduit certains (et nous sommes tous concernés ! le pharisien et le publicain se combattent en nous-mêmes) à refuser de reconnaître la moindre trace de faiblesse en eux. « La vie de ces personnes peut sembler extérieurement très généreuse, car elles travaillent beaucoup et font de grands efforts ; mais elles sont toujours un peu raides, il y a en elles quelque chose de forcé, elles manquent de souplesse et de compassion. Si elles ne descendent pas, elles se trouveront un jour au bord de l’endurcissement et de l’aveuglement spirituel. Il faut accepter d’être exposés, même aux yeux des autres, comme des êtres faibles et blessés, et en même temps livrés à la miséricorde de Dieu. Il faut descendre et non monter » (Chapitre 1, page 30).

Telle est d’ailleurs la finale de la parabole du pharisien et du publicain, la fine pointe de l’enseignement de Jésus : « Quiconque s’élève sera abaissé ; quiconque s’abaisse sera élevé » (Lc 18.14).


Ø
Pour approfondir le sujet, relire "Tout pécheur est un saint en puissance" ; écouter aussi "Dieu mendiant de nos misères" (que je recommande tout spécialement à ceux qui ont besoin de consolation dans le combat spirituel), et "Dieu puissant en miséricorde" du Frère Remi Schappacher.

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27 juillet 2008 7 27 /07 /juillet /2008 22:36

Chers amis,

La période estivale est propice aux changements de rythme, aux bouffées d’oxygène, au ressourcement intérieur.

C’est pourquoi je vous propose de commencer aujourd’hui, sur un Blog où il est souvent question de philosophie et de « haute » théologie, un parcours spirituel qui sera comme une respiration destinée à nous faire revenir à l’essentiel qui n’est pas de savoir que Dieu existe, mais que Dieu nous aime (même si l’un présuppose l’autre, bien évidemment).

Ce parcours spirituel, nous l’accomplirons avec le très beau livre du Père André Daigneault, prêtre canadien – que j’aurai la grâce de rencontrer cet été à Lisieux, lors de la session des Béatitudes – intitulé : "Le chemin de l'imperfection - la sainteté des pauvres" (Editions Anne Sigier, 2000).

Beaucoup rejettent – consciemment ou inconsciemment – la relation avec Dieu, non parce qu’ils ne croient pas en son existence, mais parce qu’ils n’osent croire en sa miséricorde. Ils s’estiment indignes d’un Dieu si parfait, d'un Dieu si Saint, et ne croient pas pouvoir être aimés par ce Dieu là. Ils se pensent incapables de correspondre à sa volonté, et en particulier à ses hautes exigences morales : ils se savent liés par leur péché, incapables d’en sortir ; ils se sentent moralement pauvres. Et ils se disent en eux-mêmes : « Non, la religion, la vie avec Dieu, ça n’est pas pour moi. C’est pour les autres qui ont quelque vertu, quelque mérite. Mais pas pour moi qui suis un pauvre mécréant, tellement médiocre et si plein de péchés. » J’avoue que tel était mon état d’esprit, il y a encore quelques années. Je rejetais la relation avec Dieu, non parce que je ne croyais pas en son existence, mais parce que j’avais peur de Lui, de son jugement sur moi, et de ce qu’il allait me demander et exiger de moi. Je craignais qu’il me demandât des renoncements impossibles à tenir ; d’une certaine manière qu’il m’enlevât quelque chose de vital, quoique vicié ; qu’il arrachât en quelque sorte le bon grain de la joie avec l’ivraie de mon péché – duquel j’étais par ailleurs véritablement esclave et malheureux.

D’autres – chrétiens ceux-là (parmi lesquels j’ai le bonheur de me trouver aujourd’hui) – vivent douloureusement cette division de leur âme si bien décrite par Saint Paul dans sa lettre aux Romains, ce sentiment d’être habité et dominé par la loi du péché malgré leur désir sincère de se donner à Dieu et de vivre en disciples du Christ. Relisons ce texte impressionnant du chapitre 7 de l’Epître aux Romains, en ce début d’année consacrée – dans l’Eglise Catholique – à l’Apôtre Paul : « Moi, je suis un homme charnel, vendu au péché (…). Je sais que le bien n'habite pas en moi, je veux dire dans l'être de chair que je suis. En effet, ce qui est à ma portée, c'est d'avoir envie de faire le bien, mais non pas de l'accomplir. Je ne réalise pas le bien que je voudrais, mais je fais le mal que je ne voudrais pas. Si je fais ce que je ne voudrais pas, alors ce n'est plus moi qui accomplis tout cela, c'est le péché, lui qui habite en moi. Moi qui voudrais faire le bien, je constate donc en moi cette loi : ce qui est à ma portée, c'est le mal.

« Au plus profond de moi-même, je prends plaisir à la loi de Dieu. Mais, dans tout mon corps, je découvre une autre loi, qui combat contre la loi que suit ma raison et me rend prisonnier de la loi du péché qui est dans mon corps. Quel homme malheureux je suis ! Qui me délivrera de ce corps qui appartient à la mort ? Et pourtant, il faut rendre grâce à Dieu par Jésus Christ notre Seigneur. Ainsi, moi, je suis à la fois, par ma raison, serviteur de la loi de Dieu, et, par ma nature charnelle, serviteur de la loi du péché. »

Le parcours spirituel auquel je vous invite aujourd’hui s’adresse donc aux pécheurs, mais non pas à tous. Il s’adresse à tous ceux qui ont conscience de leur péché et qui en souffrent. A tous ceux qui s’écrient intérieurement avec Saint Paul : « Quel homme malheureux je suis ! » Et qui voient dans leur péché un obstacle à la relation avec Dieu. C’est à ceux-là que je voudrais dire que loin d’être exclus de l’amour de Dieu, ils en sont tout au contraire les grands privilégiés ; qu’en dépit des apparences, ils peuvent encore devenir de grands saints avec leurs blessures, et même à travers leurs chutes. « Si la parole de Jésus : « La Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres » est véridique, écrit le Père Daigneault, alors la sainteté doit être offerte et être accessible aux plus blessés et aux plus démunis. Il ne faut jamais confondre sainteté et réalisation de la perfection morale par les vertus naturelles. Toute personne, si pauvre, si blessée soit-elle, peut aspirer à la sainteté à partir de sa situation réelle, fût-elle la plus marginale psychologiquement ou moralement » (Introduction, page 9). Tel est le chemin de l’imperfection…

L’auteur cite un passage du livre de Wilfried Stinissen « La nuit comme le jour illumine » : « La pauvreté du cœur n’est pas toujours très « belle », elle n’est pas nécessairement le fruit mûr de vertu et d’ascèse. Elle peut être humiliante. Elle peut être un handicap physique ou psychique. Mais ce qui rend une personne incapable aux yeux du « monde », c’est précisément cela qui peut lui donner accès au Royaume des cieux (…). Une chose est centrale dans l’Evangile : Dieu s’est fait homme pour sauver les pauvres. Pauvreté, faiblesse ne sont jamais un obstacle. Il n’est pas venu pour les bien-portants, mais pour les malades. Dès qu’on est prêt à ne plus refouler sa pauvreté et son angoisse, mais à accueillir librement, Jésus peut devenir ce que son nom signifie : celui qui sauve ».

Il ne s’agit pas de renoncer à travailler sur soi pour grandir dans l’amour de Dieu et de ses frères, puisque Dieu lui-même nous le demande ! Mais il importe de comprendre que la sainteté n’est pas le résultat de nos efforts humains pour devenir « saints » : « Le disciple de Jésus n’est pas appelé à la vertu mais à la sainteté, et la sainteté n’est pas la recherche d’une perfection humaine centrée sur nos efforts ou notre générosité » (Introduction, page 11). Le danger d’une telle confusion entre sainteté et recherche de la perfection morale pour elle-même est l’orgueil (on le voit bien avec les pharisiens de l’Evangile) qui est selon l’auteur le seul véritable obstacle à la sainteté.

Le livre du Père Daigneault fourmille de citations qui sont autant de pépites. Ainsi, celle-ci de Maxence Van Der Meersch : « Tout homme peut être un saint à l’instant même où il l’a voulu, si extérieurement, aux yeux du monde, il n’est qu’un être de vice et de boue. Lorsque, durant une vie entière, les démons de son cœur se sont disputé son être et qu’il s’est rué tour à tour, avec toute la violence de ses appétits, vers les innombrables mirages de l’orgueil et des instincts, vers les fantômes décevants et menteurs que sont les passions humaines, il vient une heure où il se sent fini. Il est usé, anéanti, vidé. Cette ruine, ce voleur, cet ivrogne, ce détraqué, ce dépravé, irrémédiablement voués à leur vice, sauf un miracle de la grâce, qui en voudrait encore ? Il n’y a plus que Dieu pour accueillir cette épave. Il y a encore Dieu, et Dieu seul, car personne ne descendra jamais trop bas pour Dieu ! Cette loque, ce déchet, ce rebut dont vous, les hommes, vous ne voulez plus, qui ne veut même plus de lui-même, donnez-le moi, dit l’Eternel, et qu’il accepte seulement, humblement, de reconnaître sa misère, de la porter et de lutter. Alors pour moi, cette vie de honte et d’ignominie aux yeux de tous, je la consumerai comme un encens. »

« Dans ce déclassé, dans cet adultère, dans cet inverti,
poursuit Van Der Meersh, oui, disons-le audacieusement, il y a encore toujours assez pour faire un saint, même s’il est trop tard pour qu’il soit désormais autre chose qu’un déclassé. Chacun peut se faire une sainteté à partir d’où il est, à partir de sa plus sordide bassesse. Dieu peut descendre dans la boue pour transformer quelqu’un en un saint ».

Oui, Dieu peut descendre… et n’est-ce pas précisément ce qu’il a fait en s’incarnant dans notre chair ? En Jésus-Christ, Dieu se fait homme, et prend lui-même l’initiative de venir nous chercher, là où nous sommes. Quel autre chemin pourrions-nous suivre que celui de la descente, à la suite de celui qui s’est lui-même désigné comme le « Chemin » de l’humanité vers Dieu. Et ce chemin de la descente, pour chacun de nous qui sommes pécheurs, c’est celui de l’humilité du coeur. L’échelle qui conduit au Ciel ne se gravit pas en montant, mais en descendant : c’est en s’abaissant que l’on s’élève ; c’est en descendant que l’on monte. Telle est la perfection selon l’Evangile, aux antipodes de la conception des penseurs grecs et des stoïciens. « L’Evangile, c’est le monde à l’envers. Nous entrons dans la logique de l’amour, qui devient folie pour la sagesse naturelle, et dans cette logique, c’est Dieu qui descend, et de plus en plus bas. Pour le suivre, il nous faut descendre dans la pauvreté pour remonter avec lui. » (Introduction, page 9). « Il n’existe pas d’autre voie ni d’autre vertu pour le chrétien, sinon cet abaissement dans la petitesse et la pauvreté » écrit le moine cistercien André Louf.

« Il n’y a [donc] pas de véritable sainteté sans humilité, sans cette descente au cœur de notre pauvreté (…) Tout peut devenir grâce,
« même le péché » disait Saint Augustin. Même notre sexualité blessée et nos névroses (…) à condition d’en faire une occasion d’ouverture, d’accueil, de partage. Aussi aurions-nous tort de les mépriser. Oui, nous avons à apprendre à faire bon usage de nos névroses. Elles sont matière à sainteté »
(Introduction, page 16).

L’auteur cite encore le Père Daniel-Ange : « Dans un monde où l’on aura de plus en plus d’enfants blessés par la vie, ce sera précisément toute cette fragilité psychologique et affective qui deviendra le chemin même de leur sainteté. Tout ce qui semblait des handicaps deviendra moyen de sainteté. Oui, nous sommes entrés dans l’ère de la sainteté des pauvres, des pauvres d’amour, des pauvres d’affection, des pauvres de culture, des pauvres même de vie religieuse. Je crois que plus un être porte un handicap lourd et une blessure, plus cette souffrance et ce poids même le précipitent au Cœur de Dieu. Il y aura toujours une relation infinie entre la détresse de l’homme et la tendresse de Dieu. Jamais un homme ne sera plus blessé par la vie qu’il n’est aimé par Dieu, jamais ! »

Et le Père Daigneault achève son introduction en faisant allusion à Saint François d’Assise, qui avait un jour répondu, indigné, à un jeune homme qui l’avait appelé « le Saint » : « Tu crois que je suis un Saint ? Mais tu ne sais donc pas que ce soir même, je pourrais coucher avec une prostituée si le Christ ne me soutenait pas ! » « Voilà l’esprit d’humilité des vrais saints. Ils se savent du même bord que les pécheurs, et c’est pourquoi, à un certain moment, il n’y a plus de différence entre le pécheur et le saint. Car le saint se reconnaît un pécheur toujours en état de conversion, et tout pécheur, si faible soit-il, doit se reconnaître comme un saint en puissance » (Introduction, page 18).

 

 

Ø Pour approfondir le sujet, écouter "Dieu mendiant de nos misères" (que je recommande tout spécialement à ceux qui ont besoin de consolation dans le combat spirituel).

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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 11:49

En cette fête du Sacré-Coeur de Jésus, il nous est bon d'entendre Tugdual Derville nous parler de la Miséricorde Divine, espérance de Salut pour toute l'humanité, en particulier pour les plus grands pécheurs.

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