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26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 13:14

"Certains vous disent : vous ne pouvez pas prier la Vierge Marie, toute bienheureuse qu’elle soit, parce qu’elle est morte. Et ceux qui sont morts ne peuvent rien faire. Notez bien la contradiction. Dans la vie, vous admettez bien que l’on puisse prier les uns pour les autres. Mais après la mort terrestre, plus rien ! 

N’avez-vous pas lu que sur le Mont Thabor, Jésus transfiguré s’entretient avec Moïse et Elie ? Et ne lisez-vous pas dans l’évangile que Jésus dit au Bon Larron : « Ce soir même tu seras au paradis avec moi »  

Alors, Moïse, et Elie et le Bon Larron oui, mais pas Marie la « comblée de grâces » ? Celle que toutes les générations doivent proclamer bienheureuse ne serait pas au ciel de Dieu, mais seulement le Bon Larron ? Et dans l’Apocalypse, ne serait-elle pas dans le cortège de ceux qui suivent l’Agneau partout où il va ?" 

Hervé-Marie Catta

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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 19:23

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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 14:37

Cher ami Sauvage (ça fait bizarre de commencer ainsi, mais c’est votre pseudo…),

 

Je vous remercie de votre long commentaire à mon article "Marie, médiatrice et co-rédemptrice… avec toute l’Eglise!" Vos observations sont très intéressantes, c’est pourquoi je souhaite leur consacrer un article entier (le présent) pour y répondre.

 

Tout d’abord, je veux vous dire ma joie de dialoguer avec un frère chrétien. Particulièrement en ce jour où nous sommes au cœur de la grande Semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Je pense, de ce point de vue, que votre intervention sur ce blog est providentielle, et je rends grâce à Dieu de pouvoir échanger avec vous sur ce qui fait notre bonheur commun, à savoir : notre foi en Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, mort et ressuscité pour le Salut de tous les hommes.

 

Je suis souvent admiratif de l’ardeur que déploient les chrétiens non catholiques à défendre l’honneur de Jésus – et sa Seigneurie universelle ; de l’amour jaloux qu’ils manifestent envers Lui, notre unique Sauveur. Je suis sûr, en tant que catholique, que cela touche profondément le Cœur de Jésus, et je ne m’étonne pas que des grâces nombreuses soient accordées à des communautés protestantes qui célèbrent avec ferveur son Saint Nom de Gloire, le seul par lequel nous puissions être sauvés (cf. Ac 4. 12).

 

Je loue donc votre foi et votre amour pour le Seigneur Jésus, ainsi que la qualité de votre argumentation, fondée sur la Révélation et la raison – qui soulève des interrogations que je trouve légitimes, du point de vue qui est le vôtre. Voilà pourquoi je souhaiterais vous répondre ici. Non pas tant pour vous convaincre de devenir catholique (quoique tel est mon secret désir ) que pour vous assurer que l’Eglise catholique partage avec vous le même amour pour Jésus-Christ, et le même souci de demeurer fidèle à l’Evangile de Dieu transmis par les Apôtres et de préserver son intégrité face à la tentation, sans cesse, renaissante, de l’idôlatrie.

 

Dans notre échange, vous me faisiez part de votre incompréhension au sujet de la place qu’occupe la Vierge Marie dans le christianisme catholique. Pour vous, elle est « décédée ». Elle n’a donc aucun titre, selon vous, à être « médiatrice » au sens que j’évoquais dans mon article. Je vous rappelais en réponse que « L'Eglise a toujours affirmé, depuis les origines, que la Sainte Vierge a été élevée au ciel, corps et âme » ; que « Marie est donc bien vivante auprès de Dieu. Et [que] ses apparitions en attestent. Croyez-vous, vous demandais-je, que Lourdes, Fatima, Beauraing... soient des manifestations diaboliques? »

 

Cela m’a valu votre longue réponse, articulée en 5 remarques que je voudrais maintenant reprendre et discuter.

 

« Première remarque : Les apparitions de croyants décédés sont rares dans la Bible.

(Vous me direz que Marie n'est pas décédée, j'ai bien entendu. Mais puisque la Bible ne dit pas cela, et n'annonçait pas même cela...)

Dans la Bible, il y a beaucoup d’apparitions de Dieu sous forme d’une théophanie comme avec l’ange de l’Eternel. Il y a également des apparitions d’anges comme par exemple avec l’ange Gabriel dans le livre de Daniel ou dans les Évangiles. On peut encore citer les apparitions de Jésus-Christ après la résurrection. Mais les apparitions de croyants décédés peuvent se compter sur les doigts d’une seule main. Ce sont de réelles exceptions qui ne sont pas la règle. On peut recenser une seule apparition de croyant décédé dans l’ancien testament et seulement deux dans le nouveau testament. Dans l’ancien testament, la seule apparition est celle du prophète Samuel (…) (Cf 1 Samuel 28.) C’est l’unique apparition d’un mort dans l’ancien testament. Dans le nouveau testament les apparitions d’êtres humains décédés sont également très rares. Les plus connues sont celles de la transfiguration où Jésus a emmené avec lui ses disciples les plus proches, Pierre, Jacques et Jean. Et la Bible nous dit que : « Jésus fut transfiguré devant eux ; son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. Et voici, Moïse et Elie leur apparurent, s’entretenant avec Lui. » Les disciples ont donc vu une apparition de Moïse et Elie. Ces deux apparitions sont les seules des Évangiles. Il n’y en a aucune dans le livre des Actes en dehors de celle Jésus au début du livre. Il n’y en a aucune dans les épîtres. Et lorsque l’on arrive dans le dernier livre de la Bible, l’apocalypse, il nous est parlé « des deux témoins. » Une interprétation possible et probable serait que ces deux témoins soient Moïse et Elie. Si c’est le cas, cela voudrait dire qu’ils réapparaitront dans la période de la fin des temps. Ce sont les seules apparitions de « saints » dans tout le nouveau testament. Cela fait donc cinq apparitions dans toute la Bible. Ceci nous souligne clairement que l’apparition est d’un caractère très exceptionnel quand il s’agît de croyants décédés. Ce n’est pas là la manière d’agir de Dieu. »

 

Eh bien… je suis d’accord avec vous ! Je nuancerais simplement en distinguant les « visions » des « apparitions ». On ne parle d’apparitions que pour les manifestations des corps glorieux de Jésus et Marie, qui sont les deux seules personnes à être ressuscitées. Les manifestations des saints et des anges sont des « visions ». Les saints sont vivants auprès de Dieu (et ont, croyons-nous, la possibilité d’agir sur la terre au moyen de leur prière) – mais ils ne sont pas ressuscités. Ils le seront à la fin des temps, avec vous et moi, lorsque le Christ reviendra dans sa Gloire pour établir son Règne.

 

Ce petit point technique étant précisé, je m’empresse d’affirmer que les apparitions ont un rôle mineur dans la foi catholique. Objectivement parlant, elles sont un phénomène très important, puisque nous n’avons jamais rien vu de semblable auparavant. Si les apparitions à Medjugorje, par exemple, sont authentiques – ainsi que, personnellement, je le crois –, alors cela veut dire que la Vierge apparaît tous les jours depuis plus de 30 ans ! C’est vraiment une première et un évènement considérable, dont il convient de mesurer toute la portée. Malgré tout, pour l’Eglise catholique, les apparitions n’ont qu’une importance relative. Car là n’est pas l’essentiel de notre foi. Pour ceux qui y croient et qui y trouvent une source de motivation pour vivre l’Evangile, tant mieux. Pour les autres qui sont sceptiques, ce n’est pas grave : il ne leur est pas demandé d’y croire. L’Eglise vit de l’Eucharistie, elle ne vit pas des apparitions. L’Eglise pourrait vivre, et vivre bien, sans les apparitions. Mais lorsqu’une apparition est authentifiée, alors elle trouve sa joie à la célébrer dans sa liturgie – car les manifestations de Dieu sont toujours source de réjouissance pour elle ; la preuve tangible que Dieu est proche – preuve dont elle n’a pas besoin, mais qu’elle se plaît à recevoir.

 

Donc : je suis d’accord avec vous pour dire que les apparitions restent exceptionnelles (même si elles se multiplient depuis deux siècles, les apparitions de la Vierge ne concernent que quelques lieux précis ; elles ne se généralisent pas sur toute la surface de la terre) ; bien plus : qu’elles sont marginales du point de vue de la foi catholique et de la vie de l’Eglise ; et qu’elle ne sont pas, en effet, la manière habituelle d’agir de Dieu.

 

Cela dit, vous relevez vous-même dans la Bible le témoignage de quelques manifestations surnaturelles – des « visions » de saints. Le seul fait suffit à démontrer que la chose n’est pas impossible et que le Seigneur peut y avoir recours, si bon Lui semble. On ne peut donc exclure a priori la possibilité pour la Sainte Vierge de se manifester.

 

« Deuxième remarque : Les apparitions sont quelque chose de très tardif dans l’histoire de l’Eglise Catholique.

Aucun père de l’église n’a vécu ou ne relate d’apparition dans les premiers siècles de l’Eglise. Et personne ne relate d’apparition dans le premier millénaire. La totalité des apparitions mariales sont situées à la fin du deuxième millénaire, c’est-à-dire dans les 19eme et 20eme siècles (à part quatre ou cinq exceptions situées après le moyen âge.) Les apparitions sont donc un phénomène des derniers temps. »

 

Eh bien là encore, je suis d’accord avec vous. Dans l’Histoire de l’Eglise – et a fortiori dans l’Histoire Sainte – les apparitions mariales sont un phénomène récent. Ce qui est peut-être le signe en effet (je partage votre avis sur ce point) que nous sommes entrés dans les tous derniers temps (ceux-ci pouvant encore durer quelques siècles cependant). Je dis les « tous derniers temps », car à la vérité, nous sommes dans les derniers temps déjà depuis la venue du Christ (cf. Heb. 1.2).

 

« Troisième remarque : Les apparitions de Marie enseignent des fausses doctrines. »

 

Ah, c’est maintenant que nous n’allons plus être d’accord… 

 

« Pour expliquer ce point, il est nécessaire de citer les paroles de quelques apparitions. Certains ne seront peut-être pas d’accord avec les explications données, mais gardons en arrière plan que l’autorité suprême pour nous permettre de comprendre quelque chose de spirituel, c’est la parole inspirée par Dieu : La Bible. »

 

Bon, cela ne commence pas très bien. L’autorité suprême « pour nous permettre de comprendre quelque chose de spirituel », ce n’est pas la Bible – même si la Bible, bien entendu, joue là un rôle essentiel. C’est le sujet institué par le Christ pour donner la Parole au monde, à savoir : l’Eglise. C’est elle qui est la « colonne de la vérité » ; elle qui est « l'accomplissement total du Christ » selon les termes mêmes de la Bible (cf. 1 Tm 3. 15 ; Ep 1. 23) ! C’est elle, d’ailleurs, qui nous donne la Bible, en définit le contenu, et la déclare inspirée de Dieu. Je serais ainsi assez curieux de savoir comment vous savez, vous, cher Sauvage, que la Bible est la Parole de Dieu – si vous ne croyez pas en l’autorité de l’Eglise ?

 

Vous dites, dans votre propos liminaire que l’Assomption de la Vierge est inexistant dans la Bible. Oui, dans la mesure où il n’en est pas explicitement question. Pas davantage qu’il n’est question dans la Bible de la Trinité, ou de la… Sola Scriptura. En revanche, ainsi que je le disais plus haut, c’est un fait historique que l’Eglise du Christ a toujours cru depuis les origines et partout dans le monde que Marie a été élevée au ciel, dans son corps et dans son âme. En Occident, on parle d’Assomption ; en Orient, plutôt de « dormition ». Mais partout, l’on professe la glorification de Marie, dans son corps et dans son âme. La contestation du fait est récente. Elle date des 15e et 16e siècle. Elle est une nouveauté, en rupture avec l’enseignement de l'Eglise indivise depuis plusieurs siècles. On peut donc légitimement douter qu’elle soit conforme à la doctrine chrétienne – car on ne peut avoir raison contre l’Eglise, contre ce qu'elle a toujours cru et enseigné.

 

Je poursuis…

 

« 1° Catherine Labouré a eu plusieurs apparitions qu’elle identifie à la vierge Marie au début du 19eme siècle. Marie lui serait apparue à droite du maître-autel. Ses mains rayonnaient d’un éclat merveilleux. Et Catherine Labouré a entendu ses mots : "Ces rayons sont le symbole des grâces que Marie obtient aux hommes". Mais ces mots sont contraires à l’enseignement de la Bible. Et Dieu ne peut pas se contredire. Dire que Marie était pleine de grâces, et qu’elle obtient des grâces pour les hommes n’est pas biblique. C’est une déformation de Luc 1:28 qui dit : « L’ange entra chez elle, et dit : Je te salue, toi à qui une grâce a été faite ; le Seigneur est avec toi. » Ou du verset 30 « L’ange lui dit : Ne crains point, Marie ; car tu as trouvé grâce devant Dieu. » Nulle part dans les Saintes Écritures, nous lisons que Marie obtient des grâces pour les hommes. Elle fut bénie de recevoir une grâce, ou de trouver grâce devant Dieu pour porter le Fils unique de Dieu. Mais la Bible enseigne clairement qu’elle est dans la position de celle qui reçoit la grâce de Dieu, et non dans la position de celle qui en obtient pour les autres. »

 

Plusieurs choses ici… D’abord, sauf erreur, l’Eglise n’a pas reconnu les apparitions de la rue du Bac, aussi invraisemblable que cela puisse paraître. Mais bon, je reconnais que c’est tout comme, puisque Catherine Labouré a été canonisée, et que le Pape Jean-Paul II s’est rendu lui-même à la chapelle de la rue du Bac.

 

Ensuite, l’Ange ne dit pas à Marie qu’elle a reçu une grâce, mais qu’elle est comblée de grâce. Le verbe, employé au participe parfait dans le grec évangélique, induit une idée de permanence. La Bible de Jérusalem suggère qu'il faudrait traduire le mot « kécharitôménè » par la périphrase « Toi qui as été et demeure remplie de la faveur divine ». Comme l'écrivait Saint Jérôme : « Nulle part ailleurs dans l'Ecriture je n'ai pu trouver une telle formule de salutation : « Salut, pleine de grâce! » Où aurais-je pu lire cela ailleurs dans l'Ecriture? Je ne m'en souviens pas. Jamais cette formule ne fut adressée à un homme : « Salut, plein de grâce ». A Marie seule, cette salutation était réservée. »

 

Maintenant : il n’est pas douteux que chacun d’entre nous peut obtenir des grâces en faveur de ses frères. Ainsi, quand je prie pour vous, je demande au Seigneur qu’il vous comble de ses grâces. Et je suis assuré dans la foi qu’Il le fait (cf. par ex. Mc 11. 24). Si moi, misérable pécheur, je peux vous obtenir des grâces par ma prière, à combien plus forte raison la Vierge Marie, la Mère de Jésus, à qui Jésus ne peut rien refuser (ainsi qu’on le voit à Cana - cf. Jn 2. 1-11).

 

« 2° En 1932, en Belgique, 5 enfants de 9 à 15 ans ont une apparition qui semble être celle de Marie. L’apparition dit alors : « JE CONVERTIRAI LES PÉCHEURS... JE SUIS LA MÈRE DE DIEU, LA REINE DES CIEUX. PRIEZ TOUJOURS. ADIEU ! » Il est tout d’abord étonnant que l’apparition dise que c’est elle qui convertira les pécheurs. Si l’on considère ce que la Bible dit de Marie, elle ne l’a décrit pas comme ayant ce pouvoir de convertir les pécheurs. En fait, personne ne peut convertir quelqu’un, si ce n’est Dieu seul qui peut conduire à la conversion. »

 

C’est vrai… et ce n’est pas vrai, tout en même temps ! C’est vrai, en ce sens que la foi est une grâce, et que Dieu seul a le pouvoir de la dispenser. Lui seul agit au profond des cœurs au point de pouvoir les convertir. Mais il est vrai aussi de dire que chacun de nous participe à la conversion des pécheurs, par ses dons, ses talents et ses charismes reçus de Dieu. Si je parviens par exemple, à toucher une âme par mon apostolat ; si celle-ci, après cela, reçoit le baptême, et change sa vie pour accueillir le Christ ; alors je pourrai dire en toute vérité que je l’ai convertie – au sens où sa conversion est passée par moi. Je sais bien qu’au fond, ce n’est pas moi ; que c’est le Seigneur qui a tout fait ; et que sans l’action de son Esprit, tous mes efforts auraient été vains. Mais je sais aussi que c’est par l’intermédiaire de mon action que cette personne s’est convertie. Je peux donc dire, en raccourci (sachant que ce n’est pas la totalité de la vérité), que je l’ai convertie.

 

Deux passages de l’Ecriture pour appuyer mon propos. Dans l’Ancien Testament, en Ezechiel 3. 21, Dieu dit : « Si tu avertis le juste de ne pas pécher, et qu'en effet il ne pèche pas, il vivra PARCE QU’IL AURA ETE AVERTI [sous-entendu : par toi], et toi, tu auras sauvé ta vie. » J'ai donc le pouvoir de faire qu'un juste ne pèche pas – alors même que c'est une grâce de Dieu. Je suis moi-même en ce cas un instrument de cette grâce ; non pas un instrument passif, mais un instrument actif ; voilà pourquoi mon mérite ne restera pas sans récompense : je sauverai ma vie, dit le Seigneur.

 

Dans l’Evangile de Matthieu, en 18. 15 : « Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute. S'il t'écoute, TU AURAS GAGNE TON FRERE. » TU auras gagné ton frère… Or, qu’est-ce que « gagner un frère », si ce n’est le convertir (« S'il t'écoute... » ) et le sauver ?

 

Chaque chrétien a donc le pouvoir de sauver ou de perdre, selon qu’il annonce Jésus-Christ ou s’en abstient. Nous avons, dans la conversion des pécheurs, une part active à prendre, même si cette part serait vaine, bien entendu, si le Christ n’avait pas livré sa vie pour nous. Si le Seigneur nous envoie, c’est pour sauver le monde ! Si nous restons à la maison et ignorons cet appel, le monde ne sera pas sauvé. Voilà pourquoi le Salut des hommes dépend aussi de notre action ; voilà pourquoi nous sommes nous aussi, en un sens, des Sauveurs.

 

Dès lors : si nous, chrétiens, mais ô combien pécheurs, nous pouvons, par notre prédication ou notre exemple, convertir des âmes – avec les nuances que j’ai apportées plus haut –, à combien plus forte raison la Vierge Marie, par la puissance de sa prière sur le Cœur de Jésus. Marie nous dit qu’elle convertira des pécheurs, en ce sens que : par sa prière, son intercession toute-puissante et ses manifestations sur la terre, elle aura une part active à leur conversion au Seigneur Jésus.

 

« Ensuite, l’apparition se présente comme la mère de Dieu. Or la Bible nous enseigne que Marie mit l’enfant Jésus au monde, mais elle ne dit nulle part que Marie mit Dieu au monde. »

 

Mais comme l’enfant Jésus est Dieu, l'un signifie l'autre. Marie est Mère de Dieu, parce qu'elle est la Mère de Jésus qui est Dieu.

 

D'ailleurs, dans l’Evangile, Elisabeth n’appelle-t-elle pas Marie « la mère de son Seigneur » (cf. Lc 1. 43) ?

 

« Dieu existe de toute éternité. Il n’a pas de mère, et encore moins une mère humaine. Avec le titre de mère de Dieu, il y a la notion que l’apparition est supérieure à Dieu. Cela laisserait sous-entendre que Marie est supérieure à Dieu, étant la mère de Dieu ! » Mais ce n’est pas ainsi que l’Eglise entend l’expression « Mère de Dieu ».

 

« (...) le titre suivant que l’apparition se donne vient jeter de la lumière sur son origine. Elle dit être : La reine des cieux. La Bible nous parle 5 fois de la reine du ciel. Mais qu’en dit-elle ? Jérémie 7:18 « Les enfants ramassent du bois, Les pères allument le feu, Et les femmes pétrissent la pâte, Pour préparer des gâteaux à la reine du ciel, et pour faire des libations à d’autres dieux, afin de m’irriter. » La reine du ciel était une idole parmi toutes les autres. Elle était une occasion de chute pour Israël parce qu’elle détournait le peuple de Dieu de Dieu Lui-même. Cette reine du ciel, ou des cieux, est clairement une imposture. »

 

C’est moins simple qu’il n’y paraît. La reine du ciel dont Ezéchiel parle est une idôle païenne. Elle est dite reine du ciel, comme d’autres sont reine de la terre, reine des eaux, reine du vent, etc… Dire de Marie qu'elle est reine du ciel, c’est dire qu’elle est reine dans le ciel – c'est-à-dire dans le monde de Dieu. Elle n’est pas reine d’un élément du cosmos. Elle est reine dans le Royaume de Dieu – reine du Royaume de Dieu. Et elle est reine parce qu’elle est la Mère du Roi de l’Univers qu’est le Christ – et que la mère du roi est elle-même reine.

 

Tout ce que Marie reçoit comme grâces et privilèges est toujours, vous le voyez, en relation directe avec son Fils. Marie est Mère de Dieu parce que son Fils est Dieu. Elle est Reine du Ciel parce que son Fils est Roi du Ciel… Affirmer les qualités de Marie, c’est confesser celles du Christ, duquel Marie tient tout ce qu’elle a et tout ce qu’elle est.

 

« Quatrième remarque : Les apparitions ressemblent à une tromperie du diable, qui est l’ennemi de Dieu.

(…) Satan a la puissance de se déguiser, de se maquiller, de se faire passer pour quelqu’un d’autre. Comme il peut se faire passer pour un être venant de Dieu, un ange de lumière, il a la puissance de se faire passer pour n’importe quelle personne enveloppée d’une lumière éclatante (…). Les apparitions sont un phénomène de la fin des temps où le diable a une activité intense. »

 

Deux choses ici. Il faut toujours être prudent, en présence d'une manifestation céleste, avant de dire : « C’est du diable ». N’oublions pas en effet que le péché contre l’Esprit – ce terrible péché qui est irrémiscible, selon Jésus – consiste précisément à voir l’action du diable là même où Dieu agit. Bien sûr, la prudence s’exerce aussi dans l’autre sens. Vous dites très justement que le diable a des pouvoirs tout à fait extraordinaires – et qu’il a l’art de se faire passer pour un ange de lumière. Il faut donc discerner. Mais c’est une chose grave de dire d’une action surnaturelle qu’elle vient du diable – surtout lorsqu’elle est confirmée par de nombreux miracles...

 

Deuxième point important : quelle est la caractéristique des évènements de la fin des temps ? Vous l’avez dit : c’est l’« activité intense » du diable. Mais contre qui cette  « activité intense » est-elle dirigée ? Saint Jean nous le révèle dans le livre de l’Apocalypse, au Chapitre 12 : CONTRE la Femme et le reste de sa descendance – les disciples de Jésus. Bien sûr, ce passage s’applique principalement à l’Eglise, dont la Femme est la figure. Mais de cette Femme, nous savons par ailleurs qu’elle « mit au monde un fils, un enfant mâle, celui qui sera le berger de toutes les nations, les menant avec un sceptre de fer. » (Ap. 12. 5) Il s’agit donc aussi très explicitement de la Vierge Marie. Or, dans son Evangile, Saint Jean évoque Marie en l’appelant la « Femme » ; et il la présente comme la « Mère » des disciples que Jésus aime. Tout se tient donc ! Je vous invite à lire à ce sujet ma série d’article sur ce très important passage de l’Evangile de Jean, au chapitre 19 versets 25 à 27, qui est le fondement biblique du culte marial dans l’Eglise.

 

« il convient d’ajouter une dernière remarque qui est très importante.

Cinquième remarque : Les apparitions détournent de celui qui nous appelle à ne venir qu’à Lui.

Il faut comprendre que les apparitions de Marie ne sont pas un moyen pour les témoins de se rapprocher de Dieu, mais au contraire de s’en éloigner. Il suffit pour s’en convaincre de regarder les lieux de pèlerinages (Ex Lourdes, La Salette…) où, sans conteste, le personnage principal est Marie, « mère de Dieu ». Tous les regards se tournent vers elle, représentée sous forme de statue. Et les prières montent vers elle, qui pourrait les aider, les guérir, les sauver, ou leur obtenir des grâces particulières. C’est elle que l’on prie et que l’on invoque. C’est elle que l’on remercie et que l’on recherche (…). Les apparitions élèvent Marie et la mettent sur le devant de la scène, chose que ni le Fils ni le Père n’ont voulu (…). C’est vers Jésus que Dieu veut que nous tournions les regards. C’est Lui seul qui doit recevoir nos prières et notre attention. »

 

Eh bien je me permets de reproduire ici ce que je vous répondais déjà lorsque vous avez soulevé une première fois l’objection.

 

Marie ne remplace pas Jésus dans sa fonction de Rédempteur universelle – nous sommes sauvés par Jésus, et par Jésus seul. Cela, l'Eglise catholique le professe sans la moindre ambiguïté. Si un croyant pensait le contraire, il serait évidemment dans l'erreur – et invité par la Sainte Eglise à rectifier son rapport à la Sainte Vierge.

 

Il reste que la Sainte Vierge a un rôle essentiel dans le Plan de Dieu. Sa mission sur la terre est de donner le Christ au monde. C'était vrai au jour de l'Annonciation et à Noël ; cela reste vrai aujourd'hui, quoique d'une autre manière et sous une autre forme.

 

Nous ne prions pas Marie comme nous prions Jésus. A Jésus, nous demandons le Salut et la Paix. A Marie, nous lui demandons qu'elle veuille bien prier pour nous – et porter notre supplication de pauvre pécheur dans sa prière personnelle au Christ, son Fils. « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort ».

 

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23 mai 2010 7 23 /05 /mai /2010 11:17

Qui est la Vierge Marie? Quelle place occupe-t-elle dans le Plan divin du Salut? A-t-elle encore un rôle à jouer aujourd'hui, ou sa Mission est-elle définitivement achevée ? Quel rapport les croyants, disciples du Christ, doivent-ils entretenir avec elle?

 

Pour nous éclairer sur toutes ces questions, prenons le temps de méditer cet important passage de l'Evangile de Saint Jean, au chapitre 19 versets 25 à 27. Et laissons-nous instruire par l'Esprit de Vérité.


ND-de-France

 

1- Dialogue sur Marie avec un frère protestant

2- Jean 19. 25-27 : le texte fondateur du culte marial (1)

3- Jean 19. 25-27 : le texte fondateur du culte marial (2)

4- Jean 19. 25-27 : le texte fondateur du culte marial (3)

 


"Tous les âges me diront bienheureuse!" (Lc 1. 48)

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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 19:07

"Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine, qui tient que la bienheureuse Vierge Marie a été dans le premier instant de sa conception, par une grâce singulière de Dieu et par privilège, en vue des mérites de Jésus-Christ Sauveur du genre humain, préservée de toute souillure du péché originel, est une doctrine révélée de Dieu et qu'ainsi elle doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles."

(Pie IX, Bulle Ineffabilis Deus, 8 décembre 1854)

"Je suis l'Immaculée Conception"
(Vierge Marie à la petite Bernadette de Lourdes, le 25 mars 1858)

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31 mai 2009 7 31 /05 /mai /2009 21:09

« Je ne comprends pas comment Marie, qui est la mère de Jésus, peut être l'épouse de Jésus. On appelle cela l'inceste, je crois » faisait récemment observer Martine.

Cette remarque – déjà formulée par Miky et Jonas – revient souvent sur ce Blog. C’est pourquoi je voudrais synthétiser dans cet article mes différentes réponses, en sorte que je puisse y renvoyer le prochain lecteur qui me la posera.

Comment la Vierge Marie, la maman de Jésus, que nous confessons comme « Mère de Dieu », peut-elle être en même temps considérée comme l’Epouse de Jésus-Christ, son propre fils ?

Voilà une question qui peut paraître impertinente à des oreilles catholiques, mais qui a toute sa pertinence et légitimité. Nous savons tous en effet qu’une maman ne peut pas être l’épouse de son fils. Ce serait là chose profondément immorale, et porterait effectivement un nom : l’inceste.

Ne faut-il donc pas voir dans cette conception de « Marie, Epouse de Jésus-Christ » une dérive de la théologie mariale ? Ou tout simplement : une absurdité ?

Il faut reconnaître tout d’abord que la Vierge Marie est plus volontiers nommée dans l’Eglise « Epouse de l’Esprit-Saint » qu’Epouse de Jésus-Christ. Elle est même considérée parfois comme « l’Epouse du Père ». Mais plus rarement comme l’« Epouse du Christ ». Cette appellation ne fait d’ailleurs guère l’unanimité – le Père Guillaume de Menthière, dans son admirable somme sur la Vierge Marie, la rejette ainsi purement et simplement. Mais la notion s’impose lorsqu’on évoque la figure de Marie Nouvelle Eve. La figure même du Nouvel Adam – qu’est Jésus-Christ, selon l’Ecriture (cf. 1 Co 15. 45) – appelle naturellement celle de la Nouvelle Eve. Or, qui d’autre que la Vierge Marie peut bien remplir ce rôle de Nouvelle Eve ?

Le rapprochement de la Vierge Marie avec la « mère des vivants » (signification du nom de Eve) s’enracine dans l’Ecriture et la Tradition.

Ainsi, dans le récit des noces de Cana, Jésus appelle sa mère « Femme », ce qui n’est pas sans signification théologique dans l’Evangile de Jean, et paraît, de l’avis de nombreux exégètes, renvoyer à la figure de Eve. De même que celle-ci avait « poussé » Adam au premier péché, de même, à Cana, la Nouvelle Eve « pousse » le Nouvel Adam à se manifester pour le Salut du monde. 
Plus loin dans l’Evangile de Jean, dans l’épisode du Calvaire, Jésus appelle encore sa maman du nom de « Femme », comme pour signifier l’accomplissement sur la Croix de la prophétie de Gn 3. 15 (« Je mettrai une hostilité entre la Femme et toi, entre sa descendance et ta descendance : sa descendance te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon. »). En faisant de Marie la Mère de tous ses disciples (« Voici ta Mère »), Jésus la consacre comme Nouvelle Eve, c’est-à-dire comme Mère de tous les Vivants régénérés en son sang.

Comme l’écrivait Irénée :
« De même que ce fut par le fait d’une vierge qui avait désobéi que l’homme fut frappé, tomba et mourut, de même aussi, c’est par le fait de la Vierge qui a obéi à la Parole de Dieu que l’homme a reçu la vie. » Au jardin d’Eden comme à l’Annonciation, on est frappé du fait que, dans les deux cas, une vierge pose un acte moral engageant le salut du monde ; que si l’acte essentiel appartient à l’homme (à Adam, puis au Christ), c’est la femme qui est d’abord introduite ; et que c’est elle qui, dans les deux cas, enclenche le processus (de perdition pour l’une, de salut pour l’autre). L’Ecriture nous suggère ainsi que Dieu ne se contente pas d’un simple raccommodage de l’œuvre initiale corrompue par le péché, mais qu’il la reprend intégralement à sa racine, dans son principe. Dès lors, la re-création d’Adam dans le Christ appelait aussi la re-création de Eve en Marie ; autrement, la nouvelle humanité n’aurait pu marcher sur ses deux pieds, puisque « homme et femme, il les créa » (Gn 1. 27). C’est donc en Marie que le mystère du Christ s’accomplit et parvient à son plein achèvement.

Toute la tradition patristique opéra ce rapprochement du récit de la Chute dans le livre de la Genèse, avec le récit de l'Annonciation et celui de la Passion de Jésus, suivant le schéma comparatif suivant :
Ange                Serpent
Marie               Eve
Obéissance      Désobéissance
Croix               Arbre
Fruit béni         Fruit défendu
Salut                Perte
Jésus                Adam


Certains auteurs du Moyen-Age firent quant-à-eux astucieusement remarquer que dans la langue latine, le mot « AVE » était l’exact contraire du nom latin « EVA », et qu’il était aussi l’anagramme du mot « VAE », qui signifie « malheur »…

Dans la Tradition séculaire de l’Eglise, Jésus est donc regardé comme le Nouvel Adam, et Marie comme la Nouvelle Eve. Dès lors, la question du lien sponsal existant entre les deux se pose inévitablement, ainsi que le faisait remarquer l’ami Jonas :
« J'avoue que je suis toujours un peu gêné par l'assimilation de Marie à Eve et à l'ambiguïté que cela génère en faisant de Marie la mère et l'épouse de son fils Jésus ».

Pour comprendre cette théologie toutefois, il nous faut "naître de nouveau" (cf. Jn 3. 3-12). C’est-à-dire raisonner selon l’Esprit, et non selon la chair. Autrement, nous risquons de nous trouver dans la même situation que Nicodème, qui ne saisissait pas le sens de cette invitation de Jésus à "naître de nouveau" : « Comment est-il possible de naître quand on est déjà vieux? Est-ce qu'on peut rentrer dans le sein de sa mère pour naître une seconde fois ? » (Jn 3. 4). Ce qui lui valut cette réponse cinglante de Jésus : « Toi, tu es chargé d'instruire Israël, et tu ne connais pas ces choses-là ? (…) Si vous ne croyez pas lorsque je vous parle des choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses du ciel ? » (Jn 3. 10-12)...

Que Marie soit l'épouse du Christ ne doit pas être entendu au sens charnel et humain, mais en un sens spirituel, mystique.

Jésus lui-même dans l'Evangile se présente comme l'Epoux. Ainsi, aux disciples de Jean-Baptiste qui l’interrogent afin de savoir pourquoi ses disciples ne jeûnent pas, quand eux-mêmes et les pharisiens jeûnent : « Les invités de la noce pourraient-ils donc faire pénitence pendant le temps où l'Époux est avec eux ? leur répond-il. Mais un temps viendra où l'Époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront. » (Mt 9. 15)

Pour des oreilles juives, cette référence à l’Epoux évoque immédiatement la Sainte Ecriture, dans laquelle Dieu lui-même se présente comme
l'Epoux de "Jérusalem", de la "fille de Sion" (dont la Vierge Marie est la personnification) :

« Ton époux, c'est ton Créateur, Seigneur de l'univers est son nom. Ton Rédempteur, c'est le Dieu Saint d'Israël, il se nomme Dieu de toute la terre »
(Is. 54. 14)

« On ne t'appellera plus La délaissée,
on n'appellera plus ta contrée Terre déserte, mais on te nommera Ma préférée, on nommera ta contrée Mon épouse, car le Seigneur met en toi sa préférence et ta contrée aura un époux. » (Is 62. 4)

« En ce jour-là, déclare le Seigneur, voici ce qui arrivera : Tu m'appelleras Mon époux et non plus Mon maître »
(
Os. 2. 18...)

C’est à Israël ici que Dieu s’adresse, c’est-à-dire au Peuple Saint, qui va devenir en Jésus-Christ un peuple aux dimensions du monde entier, dans lequel toute l’humanité sera invitée à entrer par le baptême, lieu de la « nouvelle naissance ». C’est donc ultimement à l’Eglise – qui forme un seul Corps avec son Seigneur (cf. Ep 4 et 5 ; Col 1. 18…) – que s’adressent ces paroles, et à chacune de nos âmes en particulier. Car c'est chacun de nous que le Seigneur vient épouser! Les Noces de l'Agneau sont avec l'humanité toute entière! Pourquoi donc la Vierge Marie devrait-elle en être exclue? Si l'Eglise est l'épouse du Christ, si chacune de nos âmes est épouse du Christ, à plus forte raison celle de la Vierge Marie, si particulièrement unie à Jésus dans sa maternité divine.

Certains d’entre vous allez certainement demeurer interdits devant cette explication, et peut-être allez-vous dire en vous-même : "Mais moi, je ne suis pas l'épouse du Christ"! Surtout si vous êtes un homme…  Je vous renverrai alors à 2 Co 11. 1-3 : "Pourriez-vous supporter que je sois un peu fou dans mes paroles ? Oui, vous allez le supporter (...). Car je vous ai fait rencontrer le seul Epoux : vous êtes l'épouse vierge et sainte que j'ai présentée au Christ".



Miky revient alors sur cette notion d’inceste en faisant observer :
« De deux choses l'une : ou bien il s'agit d'une métaphore (en ce cas elle est inappropriée, semble-t-il, puisqu'elle sème la confusion) ; ou bien c'est réellement (quoique spirituellement et mystiquement) que Marie est l'épouse du Christ. Mais dans ce dernier cas, tu ne pourras pas faire l'économie que de considérer cette relation comme incestueuse : d'après la doctrine (chère à l'Eglise, et que je partage également) de l'hylémorphisme, l'âme et le corps forment une unité harmonieuse et indissoluble dans chacun de nos actes. Par conséquent, l'union spirituelle trouve son expression naturelle dans l'union charnelle... »

C’est tout à fait juste. Sauf que cette union charnelle s’accomplit ici non dans l’acte sexuel, mais dans… l’Eucharistie – dont l’étreinte sexuelle, pourrait-on dire, est la figure. Dans l’Eucharistie, l’Epoux se donne, corps et âme, à son épouse – et donc, à chacun de nous, puisque chacun de nous communions personnellement au corps du Christ – tandis que l’épouse se donne, corps et âme, à son époux (de la nécessité, on le voit, d’aller à la messe, qui est le lieu où l’épouse vient se donner, corps et âme, à son époux – qui ne se satisferait nullement d’une relation platonique…).

Telle fut l'expérience même de la Vierge Marie – dès l’Incarnation, mais plus encore après l’institution de la Sainte Eucharistie. Il est touchant à ce sujet d’imaginer Marie recevoir la communion des mains de Saint Jean :
« Recevoir l’eucharistie devait être pour Marie comme si elle accueillait de nouveau en son sein ce cœur qui avait battu à l’unisson du sien et comme si elle revivait ce dont elle avait personnellement fait l’expérience au pied de la Croix » (Jean Paul II, « Ecclesia de Eucharistia », 2003) ; comme il est beau de songer que cette communion se prolonge au Ciel où elle règne Corps et Âme en Souveraine depuis son Assomption. Ainsi, « Marie est présente, avec l’Eglise et comme mère de l’Eglise, en chacune de nos célébrations eucharistiques. Si Eglise et eucharistie constituent un binôme inséparable, il faut en dire autant du binôme Marie et Eucharistie. » (Jean-Paul II, op. cit).

Eh bien laissons-nous toucher par le visage de notre époux, et apprenons à vivre avec Jésus cette relation nuptiale qu’il souhaite instaurer avec chacun de nous. Apprenons à lui dire « Je t’aime » avec notre cœur d’épouse et à nous laisser visiter par lui dans chaque eucharistie, au plus intime de notre être. Alors, comme Marie – et comme l’Eglise, dont l’essence est mariale –, nous ne ferons plus qu’une seule chair avec lui, un seul Corps, et nous serons parfaitement unis à Dieu et entre nous : « moi en eux, et toi en moi » comme disait Jésus à son Père, dans son ultime prière le soir du Jeudi Saint, quelques heures avant de donner sa chair pour la vie du monde (Jn 17. 23 ; 6. 51).

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31 mai 2009 7 31 /05 /mai /2009 13:39
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24 mai 2009 7 24 /05 /mai /2009 12:12

    

Quand on dit que Marie est le prototype de l’Eglise, on veut dire que Marie est, dans l’Eglise, plus Mère que l’Eglise, plus Epouse que l’Eglise, et par exemption du péché originel, plus Vierge que l’Eglise.

On veut dire que Marie est Mère, qu’elle est Epouse, qu’elle est Vierge, AVANT l’Eglise et POUR l’Eglise ; que c’est en elle surtout et par elle que l’Eglise est Mère, est Epouse, est Vierge.

C’est par un élan mystérieux qui vient de Marie, c’est par une excellence mystérieuse qui se diffuse à partir de Marie, que l’Eglise peut être à son tour si vraiment Mère, si vraiment Epouse, si vraiment Vierge.

Dans l’ordre des grandeurs de sainteté, qui sont les grandeurs suprêmes, Marie est, autour du Christ, comme la première onde de l’Eglise, génératrice de toutes les autres, jusqu’à la fin des temps.

Quand nous disons que l’Eglise est mariale, nous voulons signaler que Marie est intériorisée dans l’Eglise, à qui elle communique son esprit…

En raison de la modalité mariale de la grâce de l’Eglise, on peut déjà dire que Marie est forme, forme modalisante intrinsèque de l’Eglise.

Si nous passons dans le registre de la causalité exemplaire, c’est-à-dire de la causalité formelle extrinsèque, Marie nous apparaît comme la forme, c’est-à-dire comme le modèle, le type de l’Eglise.

Saint Pierre demandait aux presbytres qui régissaient l’Eglise d’être les modèles, les types du troupeau qui leur était confié (cf. 1 P 5. 3). En un sens incomparablement plus haut, Marie est modèle et type de l’Eglise. Elle est, à l’intérieur de l’Eglise, la forme en laquelle l’Eglise s’achève comme Epouse, pour se donner à l’Epoux.

Plus l’Eglise ressemble à la Vierge, plus elle devient l’Epouse ; et plus elle devient l’Epouse, plus elle ressemble à l’Epoux ; et plus elle ressemble à l’Epoux, plus elle ressemble à Dieu : car ces instances superposées, entre l’Eglise et Dieu, ne sont que des transparences, dans lesquelles se réfléchit l’unique splendeur de Dieu.

Cardinal Charles Journet, « L’Eglise du Verbe incarné », II, p. 427-428 et 432
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17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 18:09

Nous achevons notre méditation des versets 25 à 27 du chapitre 19 de l’Evangile selon Saint Jean.

Nous sommes ici au sommet de la Passion du Seigneur (cf. notre premier article, n°7) ; Jésus va livrer dans quelques instants son dernier soupir. Peu avant d’expirer, le Seigneur accomplit un geste dont l’Eglise ne cessera durant les vingt siècles de son Histoire de contempler l'abyssale portée, en confiant à sa Mère le disciple qu’il aimait ("Voici ton fils"...) et en présentant Marie au disciple bien-aimé comme sa propre mère ("Voici ta Mère"). Par ce dernier acte, Jésus nous livre une ultime révélation, capitale dans le dessein de Salut de Dieu, sur le rôle maternel de la Vierge Marie envers ses disciples – ici figurés par la personne du disciple bien-aimé (cf. premier article, n°8 ; et second article, n°12).

18.
 Nous ayant ainsi confié sa Mère, Jésus nous a tout donné. Il peut alors « rendre l’esprit » (cf. Jn 19. 30), et s’endormir en paix, seul, dans la confiance (cf. Ps 4. 9).

« Jésus, sur la Croix, est plus pauvre que jamais, il nous a tout donné, sa présence, son amour, ses paroles, sa vie. Il a vécu entièrement pour nous et maintenant, il est en train de nous donner sa mort, son pauvre corps épuisé et son sang versé. Il ne lui reste plus qu’un Trésor qui soit bien à Lui, sa Mère, et il n’a jamais eu autant besoin d’elle qu’à cette heure où il se sent horriblement seul, où tous, même le Père bien-aimé, semble-t-il, l’ont abandonné.

« Et bien, voici qu’il va nous donner sa mère car il sait que nous avons besoin d’elle encore plus que Lui,
 « et Jésus dit au disciple, voici ta mère » (19. 27). Pour indiquer ce dernier dépouillement de Jésus, Jean, qui a appelé Marie SA mère au verset 25, l’appellera maintenant LA mère (Jn 19. 26), parce que, après avoir obéi à la requête de son fils, elle est devenue, non plus SA mère à lui, mais LA mère de chacun de nous. Malheureusement, nos traducteurs français ont échappé cette nuance importante. Jésus mourra complètement pauvre ; il est tout nu, il n’a plus rien, pas même sa mère, il nous l’a donnée. » (Notes de retraite – je ne me souviens plus, malheureusement, du nom du prédicateur…).

Jésus avait averti ses disciples : « celui d'entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple » (Lc 14. 33). Car le disciple n’est pas au-dessus du Maître (Lc 6. 40). Et le Maître ici, nous a tout donné.

« Le Christ est mort à lui-même, mort à sa vie mortelle que Marie lui avait donnée. Il est allé plus loin : on peut dire qu’il est « mort » à sa mère, qu’il s’est dépouillé de cette relation filiale, comme, pour se faire homme, il avait « renoncé » à la gloire qui lui venait du Père. Il avait « renoncé » en quelque sorte à son Père. Maintenant, sur la Croix, il renonce à sa mère.
Il la donne à tout être humain pour que l’humanité renaisse à la vie divine, se retrouve pleine de grâce. » (Yves Raguin s.j, « Le Livre de la Vierge », Supplément à la « Vie chrétienne » n°259, p. 56).

19.
 Par le don ultime de sa Mère au disciple qu’il aimait, Jésus inaugure un nouveau mode de relation entre Marie et ses disciples. De même que la Sainte Vierge a porté le Seigneur dans son sein, l’a mis au monde, nourrit et éduqué de telle manière qu’il advienne à sa vie d’homme et réalise pleinement sa vocation de fils d’Israël, de même, le Seigneur institue sur la Croix Marie Mère de tous ses disciples, avec pour mission de les faire advenir à la vie nouvelle dans le Christ, et à l’accomplissement plénier de leur vocation de fils de Dieu ; fils dans le Fils, et membres de son Corps qui est l’Eglise (cf. Col 1. 24) – cf. deuxième article, n°13.

Sur la Croix s’opère donc un mystérieux passage pour la Sainte Vierge, une véritable « Pâque ». De Mère de Jésus qu’elle était sur le plan charnel et humain, elle devient Mère de l’Eglise sur le plan spirituel et mystique, par la grâce opérante de la Parole de Jésus. « Voici ton fils… voici ta Mère… » - formule« quasi sacramentelle » selon Jean-Paul II (cf. deuxième article, n°12).

« Gardons-nous de supposer que cette maternité, du fait qu’elle est spirituelle (mieux : mystique), serait moins réelle que l’enfantement physique. Ce que dit le Verbe, il le fait. Quand Jésus dit : « Voici ton fils », Marie devient plus profondément et effectivement notre mère que par toute maternité seulement biologique. »
 (Bible Chrétienne, II*, p. 737)

20.
 La maternité de la Vierge Marie envers tous les membres de l’Eglise – c'est-à-dire vous, moi –, est une réalité si importante, si essentielle, qu’elle est devenue dans l’Eglise Catholique un article de foi, solennellement réaffirmé par le Concile Vatican II.

Dans son exhortation apostolique « Signum Magnum » de 1967, le Pape Paul VI montrait « que la maternité spirituelle de la Vierge à l’égard des fidèles et de tout le genre humain est le trait le plus spécifique de l’enseignement marial du Concile. Comme Ephèse a défini la maternité divine de la Vierge, Vatican II a définit sa maternité spirituelle. Ces deux maternités sont évidemment liées et ne font que présenter en quelque sorte les deux faces d’un même dessein de Salut : c’est par la maternité que Dieu est devenu le Fils de l’homme et c’est par la maternité que l’homme devient le fils de Dieu. » (P. de Menthière, « L’art de la prière : Je vous salue Marie », Mame Edifa, 2003, page 167).

21.
 Le rôle de la Vierge Marie ne s’est donc pas terminé à la fin de sa vie terrestre. Il continue aujourd’hui, du Ciel. Car notre Dieu « n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants » (cf. Mt 22. 32) ! C’est AUJOURD’HUI que la Vierge Marie nous enfante à la Vie nouvelle dans le Christ. C’est AUJOURD’HUI que Jésus nous confie sa Mère comme notre Mère. C’est AUJOURD’HUI que sa Parole « Voici ton fils… voici ta Mère » s’accomplit (cf. Lc 4. 21).

« Après avoir participé au sacrifice rédempteur de son Fils, et d’une manière si intime qu’elle mérita d’être proclamée par lui Mère non seulement de l’Apôtre Jean, mais – qu’il soit permis de l’affirmer – du genre humain en quelque sorte représenté par lui, elle continue maintenant au Ciel à remplir son rôle maternel en coopérant à la naissance et au développement de la vie divine dans chacune des âmes des hommes rachetés. »
 (Paul VI, Signum Magnum, n°1).

« Cette maternité de Marie se continue sans interruption jusqu’à l’accomplissement définitif de tous les élus. En effet, après son Assomption au ciel… par son intercession répétée, elle continue à nous obtenir les dons qui assurent notre Salut éternel. Dans son amour maternel, elle prend soin des frères de son Fils qui sont encore en pèlerinage »
 (Lumen Gentium, 62).

22.
 Comment pouvons-nous permettre à la Vierge Marie d’exercer en chacune de nos âmes sa maternité spirituelle ?

En nous inspirant de l’exemple de Saint Jean.

« Depuis l’Heure où Jésus donna Marie comme mère à Saint Jean, le disciple la prit chez lui (Jn 19. 27). Comme lui, nous aurons à la prendre chez nous, c’est-à-dire
 dans notre cœur, et à vivre avec elle dans une intimité de présence qui lui consacre toute notre existence. C’est le sens même de la Consécration à Marie de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Nous lui donnons plein pouvoir sur tout notre être afin qu’il soit totalement consacré à Jésus-Christ (…). En effet, la Vierge immaculée est un trop pur reflet de Dieu pour ne pas nous entraîner à découvrir en elle celui qui est au principe de sa beauté et de sa sainteté (…) Marie est toute relative à Dieu et nous ne pouvons pas prononcer son nom sans qu’elle prononce en nous le Saint Nom de Dieu. » (Jean Lafrance, « En prière avec Marie, mère de Jésus », Mediaspaul 1992, p. 246 à 250).

La clef de notre croissance spirituelle en Jésus réside donc dans la consécration de notre âme, de notre cœur, de tout notre être et de toute notre vie, à la Vierge Marie.
 On ne commet nulle infidélité au Seigneur Jésus en vivant dans la présence de Marie. Bien au contraire : en recevant Marie comme notre Mère, nous agissons en fidèles disciples du Christ, répondant à son invitation expresse sur la Croix à accueillir et honorer Marie comme notre propre Mère.

En devenant dévôt de Marie, nous grandissons dans la fidélité à la Parole de Dieu, en faisant ce qu’il nous commande. La piété envers Marie est donc inséparable de la fidélité au Seigneur Jésus. Bien plus, en vénérant Marie, la mère de Jésus, comme notre propre mère, nous grandissons dans notre communion avec le Christ notre frère. Car si nous avons, par grâce, le même Père qui est aux cieux, nous avons aussi, depuis l’Heure du Golgotha, et en vertu de cette même grâce, la même Mère en la personne de Marie. « Comme l’Esprit lui-même témoigne à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu, de telle sorte que mus par Lui, nous puissions crier : « Abba ! Père ! » (cf. Rm 8. 15-16), de même, l’Esprit de Jésus veut témoigner au secret de notre cœur que nous sommes devenus réellement, au pied de la Croix, enfants de Marie. Et pour cela, continuant à la vénérer en nous, il nous apprend à dire comme Jésus : "Mère". » (Jean Lafrance, op.cit, p. 246 à 250).

L’union spirituelle à la Mère de Dieu des disciples du Christ nous greffe à Lui et permet à son Esprit Saint de répandre ses dons et charismes dans tout le Corps de l’Eglise : il y a en effet une secrète et puissante affinité entre la maternité spirituelle de Marie pour engendrer les frères de Jésus et la fécondité de l’Esprit Saint qui nous fait « naître d’en haut » (cf. Jn 3. 5-8).

« La réflexion théologie ne cesse d’approfondir
 « le mystérieux rapport entre l’Esprit de Dieu et la Vierge de Nazareth, et leur action dans l’Eglise » (Paul VI, Marialis Cultus). Au Cénacle, « on voit Marie appelant elle aussi de ses prières le Don de l’Esprit qui, à l’Annonciation, l’avait déjà elle-même prise sous son ombre » (Lumen Gentium 59). Ce rapprochement entre Annonciation et Pentecôte suggère que la naissance du Christ et la naissance de l’Eglise « qui est son Corps » (Ep. 1. 23) sont l’œuvre du même Esprit Saint, avec pareillement la foi, le consentement et la coopération maternelle de Marie. » (J. Laurenceau, « Parlez-nous de Marie », Salvator, 1976, pages 154-156).

23.
 «  En quel sens Marie forme-t-elle notre cœur et notre conscience de fils ? Nous touchons ici à un point fondamental qui n’est pas seulement d’ordre affectif, mais qui vise surtout notre vie de prière (…). Lorsque Jésus nous dit que nul ne peut entrer dans le Royaume s’il ne se convertit pas à l’état d’enfant, il n’a pas l’intention de nous infantiliser en nous conseillant un comportement fait de naïveté, de gentillesse, voire de puérilité (…). Il nous demande (…) de LE laisser revivre en nous SA condition filiale [de Fils éternel et bien-aimé du Père], en y ajoutant une note d’humilité, de petitesse et de refuge (….). Et c’est là que Marie intervient dans son éducation maternelle (…), [elle qui apprit à Jésus comment vivre humainement en vrai fils de Dieu]. » (Jean Lafrance, op.cit., p. 246 à 250).

« Au plan humain voulu par Dieu-Créateur, la confiance d’un enfant pour son père s’enracine normalement dans la confiance fondamentale de l’enfant pour sa mère, laquelle aime le père en toute confiance. Le Fils de Dieu lui-même a vécu humainement cela près de Marie »
 (J. Laurenceau, op.cit., pages 158-159).

« Il est un domaine où Marie a dû former le cœur [humain] de son fils, c’est celui de la prière (…).C’est là que nous aurons simplement à recourir à Marie, dans l’intercession filiale, pour qu’elle forme en nous la prière des fils, celle de Jésus à son Père.
 Quand Nicodème demande naïvement à Jésus ce qu’il faut faire pour redevenir un enfant :
 « Comment un homme pourrait-il naître s’il est vieux ? Pourrait-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère pour naître ? » (Jn 3. 4), Jésus ne lui répond pas tout de suite ; mais du haut de la Croix, il répond à Nicodème qui rôdait dans les parages du Calvaire (Jn 19. 39). Jésus lui dit : « Voici ta mère », dans le sein de laquelle tu dois rentrer pour redevenir un enfant ! ».

« Nous ne pourrons faire l’économie de ce retour dans le cœur de Marie si nous voulons prier comme Jésus, le Fils par excellence.
 Affirmer cela, c’est nous demander quel lien de « dévotion » va nous relier à Marie. Nous employons ici le terme « dévotion » au sens de se « dévouer » à Marie, en un mot de lui « vouer » notre être. Cette dévotion est d’abord un amour de charité qui nous fait aimer Marie avec le cœur même de son fils. Nous sommes présents à Marie avec l’amour dont le Seigneur entoura sa mère. Aussi cette charité sera-t-elle empreinte du respect filial et de l’admiration qui naissaient dans le cœur de Jésus à la vue de sa mère. » (Jean Lafrance, op.cit., p. 246 à 250).

Autrement dit, unis à Marie, nous grandirons dans l’amour et la confiance en notre Père des Cieux ; nous ressemblerons à Jésus qui l’a aimée et honorée comme sa propre mère ; et ainsi greffés sur son Coeur Sacré, nous permettrons à l’Esprit Saint de répandre ses grâces en chacune de nos âmes et dans toute l’Eglise – comme à l’Annonciation et à la Pentecôte. Pour la gloire de Dieu et le Salut du monde.

24.
 Saint Jean conclut le verset 27 de son chapitre 19 par une formule riche de sens : « Et à partir de cette heure, le disciple l’accueillit chez lui » (Jn 19. 27). Chaque mot ici a son poids de signification.

« Et à partir de cette heure »
 : « La formule contient une tension. Une perspective est ouverte sur le temps à venir, mais qui a commencé dans une action bien déterminée : il la prit chez lui. Ajoutons que le « Et » initial prend valeur de conséquence : la proposition de ce verset 27b qu’il introduit est la réponse « du disciple » à la Révélation : Marie est ta mère (avec toujours l’anonymat, d’application illimitée). » (Bible Chrétienne, II*, page 738) Marie est ta Mère, dit Jésus à Saint Jean. Alors, à partir de ce moment là, Jean la prend chez lui, comme sa propre Mère.

« Dans le contexte du quatrième Evangile, aucun doute n’est possible. La mention de l’Heure n’a rien de chronologique. Elle signifie, ici comme à Cana (
« Mon heure n’est pas encore venue ») l’Heure de la pleine Révélation du Christ. Si le disciple accueille Marie comme Mère à partir de cette Heure là, cela signifie théologiquement que la maternité spirituelle de la Vierge est scellée dans la mort-résurrection du Christ. Cette mort-resurrection, cette Pâques de Jésus, est en effet le grand signe de la pleine révélation de sa gloire. Autrement dit, c’est lorsque Jésus est pleinement manifesté comme Fils de Dieu Sauveur que Marie est pleinement constituée dans son rôle de Mère des hommes. » (P. de Menthière, op.cit.) – cf. deuxième article, n° 12.

25.
 « Le disciple la prit » : « Ce verbe [prendre] peut avoir le sens de saisir (une chose), ou de recevoir (une réalité spirituelle, comme l’Esprit Saint), enfin d’accueillir quand il s’agit d’une personne qui, en Saint Jean, est toujours Jésus est son message – à la seule exception de Jn 19. 27 où c’est Marie qui se trouve donc ainsi traitée par le seul disciple comme son Maître. » (Bible Chrétienne, II*, page 738)

26.
 « chez lui » : « Outre sa simplicité lapidaire, l’expression « la prit chez lui » a l’avantage de garder un sens premier d’hospitalité et de convivialité qui n’est pas sans importance. Mais il faut y mettre surtout une nouvelle relation spirituelle entre Jean et Marie : celle que la Parole précédente du Christ a déterminée. Mieux que des conditions de vie matérielle, se trouve ainsi indiqué ce que Jean a vécu dans la foi comme le plus haut don que son Maître ait pu lui communiquer : d’être formé par la même mère que lui ! Traduction proposée par le P. de la Potterie : « Il l’accueillit dans son intimité ». » (Bible Chrétienne, II*, page 738)

« Certes, dans le sens littéral, on peut penser que Saint Jean prit la Vierge dans sa maison. Qu’il en prit soin jusqu’au jour où elle connut son Assomption (…). Mais le sens du texte évangélique est certainement beaucoup plus large. D’ailleurs, il n’est pas dit seulement que le disciple prit la Vierge chez lui, mais « comme sienne », « dans ses biens propres » pourrait-on traduire. C’est-à-dire qu’il la reçut comme sa propre mère, selon la parole qu’il avait entendue de Jésus. Être disciple désormais consistera d’abord à accueillir Marie comme sa propre Mère. Cela est un
préalable, notons-le bien, à toutes les missions qui incombent par ailleurs au disciple. C’est brûler les étapes que de prétendre évangéliser ou œuvrer pour la justice si l’on a pas en premier lieu reçu Marie comme Mère. Au moment de mourir, Jésus n’a pas confié au seul disciple qui lui fut resté fidèle d’autre tâche que celle-ci : accueillir Marie. » (P. de Menthière, op. cit.,  p. 160).

« Quant au disciple, il reçoit ici pour unique mission d’avoir Marie pour Mère. Sa première tâche n’est pas d’aller prêcher l’Evangile, mais de devenir le ‘fils’ de Marie. Pour lui et pour tous les autres, il est plus important d’être croyant qu’être apôtre. La mission apostolique lui sera confiée plus tard, après la Résurrection (Jn 20. 21 ; 21. 20-23) mais être fils de Marie et de l’Eglise-Mère est le premier et le plus fondamental aspect de toute son existence de chrétien »
(Ignace de la Potterie, « Marie dans le mystère de l’Alliance », Paris, Desclée, « Jésus et Jésus-Christ » n°34, 1998, p. 253).

27.
 Il nous reste pour conclure à examiner le verset suivant immédiatement notre passage de Jn 19. 25-27, qui confirme l’immense portée de cette importante section. Il s’agit du verset 28 : « Après cela, sachant que désormais toutes choses étaient accomplies, et pour que l'Écriture s'accomplisse jusqu'au bout, Jésus dit : « J'ai soif. » »

« Après cela »
 : l’expression grecque indique un rapport direct avec ce qui précède. Le « tout est accompli » se rapporte donc clairement au lien de maternité-filiation institué par le Christ entre sa Mère et son (ses) disciple(s).

« sachant que tout est accompli »
 : signifie sachant que tout est achevé, parfait ; ou encore, selon la traduction classique, que « tout est consommé » (Osty).

« Jésus dit : j’ai soif »
 : Des théologiens modernes rattachent le « pour que l’Ecriture s’accomplisse jusqu’au bout » non à ce qui suit, mais à ce qui précède. Ce qui donnerait – d’une seule traite : « Sachant que désormais toutes choses étaient accomplies pour que l’Ecriture s’accomplisse jusqu’au bout »... Autrement dit, ce qui serait visé pour désigner l’accomplissement plénier de Ecritures ne serait plus la 4e parole (« J’ai soif »)... mais la 3e (à Marie et à Saint Jean : « Voici ton fils… Voici ta Mère… »).

« Dans la première interprétation, c’est la parole sur la soif qui est le plein accomplissement de l’Ecriture. Mais de l’avis de nombreux exégètes, la deuxième interprétation est mieux fondée dans le texte grec. Or, selon cette seconde hypothèse, l’accomplissement de toute l’Ecriture réside non pas dans la parole de Jésus « J’ai soif », mais bien dans l’épisode précédent. C’est le don de Marie comme Mère au disciple bien-aimé qui met le sceau à toute l’activité messianique de Jésus. Il ne lui suffisait pas de donner sa vie pour nous, il fallait encore qu’il nous donnât celle qui lui avait donné la vie ! C’est par cet acte seulement que son dépouillement serait total.

« Le Seigneur est conscient d’avoir accompli toutes les Ecritures quand il a donné sa propre Mère au disciple qu’il aimait.

« Les derniers mots du Christ au disciple et à sa Mère donnent son ultime Testament, achèvement de toutes les Ecritures. »
 (P. de Menthière, op. cit., p. 158).

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Published by Matthieu BOUCART - dans Marie
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16 mai 2009 6 16 /05 /mai /2009 10:00
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