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8 août 2010 7 08 /08 /août /2010 14:00

 

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"Qui supporterait que le dernier mot de l’aventure de sa vie soit : rien ?

Les millions d’années où nos ancêtres avançaient à tâtons vers plus d’humanité !... rien ?

Les défis incessants lancés pour survivre,

l’invention laborieuse du silex taillé et du feu ! rien ?

La lutte pour la survie pied à pied contre le froid, la peste, la famine !

Les longues marches des peuples vers la liberté, la solidarité, la fraternité ! rien ?

L’insurrection contre la barbarie au risque de la torture ! rien ?

Les cris de bonheur dans les bras d’un être aimé ! rien ?

La joie d’une jeune maman dont le bébé répond à son sourire ! rien ?

Que célébrons-nous aux obsèques d’un être aimé : le départ de rien vers rien ?"

 
(Stan Rougier)

 



PREAMBULE
 : EXISTE-T-IL DES RAISONS DE CROIRE?
 
 


1- Existe-t-il des preuves de l'existence de Dieu?
2- Les limites de la démarche scientifique 
3- La foi chrétienne : une expérience personnelle ancrée dans une Histoire 

Annexe 1 : Peut-on croire en la Résurrection du Christ?
Annexe 2 : Foi et mathématiques
Annexe 3 : L'athéisme, une croyance? (Débat avec Miky)
Annexe 4 : La théologie naturelle (Débat avec Miky)
Annexe 5 : Ce que nous enseignent les sciences de la nature (Débat avec Miky et le Pasteur Eric Georges)
Annexe 6 : Est-il raisonnable de croire?




AVANT-PROPOS : "Nier Dieu est devenu moins rationnel que de croire en lui"



INTRODUCTION : DIEU OU LE NEANT?



PREMIERE PARTIE
 : DIEU ET LA CREATION

I - L'infiniment grand

1. "Lever la nuit les yeux sur le ciel"

2. La Terre

3. Le Soleil

4. La Lune

5. Notre Galaxie : la Voix Lactée

6. L'univers


II - L'infin
iment petit

1. Le monde des atomes

2. La danse des électrons

3. La révolution quantique (et ses mystères)

4. L'orientation biocentrique de la matière


III - Le monde animal et végétal

1. Un immense point d'interrogation



IV - L'homme

1. Le cerveau

2. L'oeil

3. La main

4. Le coeur et diverses autres choses

5. La structure intelligente de l'univers


IV - Le commencement du monde et l'ordre cosmique

1. Le Big Bang

2. La question du hasard


Conclusion sur la Première partie


DEUXIEME PARTIE
 : DIEU ET LA RAISON


1. Introduction

2. Une foi trans-rationnelle

3. Les preuves de l'existence de Dieu (1/2)

4. Les preuves de l'existence de Dieu (2/2)



Conclusion sur la Deuxième partie


TROISIEME PARTIE
 : DIEU ET LA REVELATION




(à suivre...)

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Published by Matthieu BOUCART - dans Dieu existe-t-il
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18 juillet 2010 7 18 /07 /juillet /2010 16:40


Deuxième Partie
 : LA RAISON


CONCLUSION
 

 

 


Avec la Création et les arguments que notre raison peut naturellement formuler, nous avons vu que les preuves de l’existence de Dieu sont nombreuses et diverses.

 

Cependant, force est de constater qu’elles ne sont pas également signifiantes pour tous. La véritable difficulté réside donc moins dans l’existence de « preuves » en tant que telles (il en est de multiples !) que dans celui de leur reconnaissance par tous.

 

Il serait absurde et injuste de pointer la mauvaise foi des non-croyants ; de dénoncer leur fermeture volontaire à Dieu. Chacun a son cheminement propre, et tout comme Dieu nous respecte infiniment, nous avons tous à nous respecter les uns les autres, quelque soient nos choix et nos options philosophiques et religieuses.

 

Comme disait Pascal : « les prophéties, les miracles même et les preuves de notre religions se sont pas de telle nature qu’on puisse dire qu’ils sont absolument convaincants ». Ou encore : « Il y a assez de clarté pour éclairer les élus, ceux qui ont la foi, et assez d’obscurité pour les humilier. Il y a assez d’obscurité pour aveugler les réprouvés, et assez le clarté pour les condamner et les rendre inexcusables ».

 

La reconnaissance des « signes » que Dieu nous fait et l’affirmation de son existence supposent en conséquence un réel investissement. C’est le fruit d’une décision difficile, personnelle, libre et mûrement réfléchie.

 

Une décision réfléchie, car la reconnaissance de l'existence de Dieu présente toujours un risque : celui d'aller plus loin que là où nous voudrions aller.

 

Une décision personnelle car nul ne peut la prendre à notre place ; nul ne peut nous l’imposer.

 

Une décision toujours difficile, car elle implique un combat sans cesse renouvelé contre nos peurs, nos angoisses, nos attachements, nos vanités ; un combat « plus dur qu’une bataille d’homme » disait Arthur Rimbaud, toujours à reprendre. « Il faut travailler Dieu comme j’ai travaillé mon jardin, suer sang et eau. Je passe ma vie à réfléchir sur Dieu… J’ai toujours faim de Dieu » disait le Cardinal Marty. Mais ce rude combat, avec ses échecs et ses victoires, est aussi source de grande joie lorsqu’il nous permet de découvrir Dieu ; de Le rencontrer en vérité.

 

Au terme de notre long cheminement à la recherche des preuves de l’existence de Dieu (et avant d’entamer la troisième et dernière partie de notre étude sur la « Révélation »), il appartient à chacun de pousser plus avant la réflexion, en gardant bien présent à l’esprit qu’à celui qui demande, Dieu donne sa lumière.

 

Nous verrons dans la dernière partie de notre travail que Dieu ne parle pas seulement à travers Ses oeuvres, mais aussi avec des paroles humaines s'adressant à notre intelligence, qui lèvent le voile sur Son identité et sur Sa volonté, et qui ont vocation à nous conduire de la croyance à la foi (qui est réponse existentielle de l'homme à Dieu qui se révèle) ; de la connaissance naturelle à la grâce surnaturelle.

 

 

 

Bibliographie de cette conclusion :

- Jacques LACOURT, « Croire en Dieu : est-ce possible aujourd’hui ? », Droguet & Ardant, 1991

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6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 12:12


Deuxième Partie
 : LA RAISON


LES PREUVES DE L'EXISTENCE DE DIEU (2/2)
 

 

 


 

Chers amis,

 

Nous poursuivons notre étude des preuves de l’existence de Dieu.

 

Après avoir examiné les preuves métaphysiques tirées de l’observation de l’univers et les preuves tirées du consentement universel des hommes à l’existence de Dieu, il nous reste à traiter des preuves tirées de l’homme lui-même : de la considération de ce que l’homme est en lui-même.

 

3. Les preuves tirées de l’observation de ce qu’est l’homme en lui-même

 

La troisième preuve raisonnable de l’existence de Dieu, c’est la preuve tirée de l’être de l’homme. Ce que l’homme est en lui-même nous dit quelque chose de Dieu : de son existence, mais aussi de son essence. Comment donc ? De 4 manières :

 

1°) L’existence de notre « moi », de notre conscience, de notre intelligence, révèle l’existence d’un Dieu personnel et intelligent ;

 2°) La loi morale inscrite dans notre cœur révèle l’existence d’un Législateur suprême ;

 3°) Notre désir d’infini et 4°) notre exigence de justice révèlent une plénitude divine à laquelle nous sommes appelés – mais qui ne peut s’accomplir dans notre humanité.

 

3.1. L’existence de notre « moi »

 

L’existence de notre « moi », de notre conscience, de notre intelligence, témoigne de l’existence d’un Dieu personnel et intelligent.

 

L’homme est un être extraordinaire quand on y pense, tout à fait unique dans le monde des vivants. En un certain sens, c’est un animal comme les autres ; un mammifère parmi les mammifères. Il en a toutes les caractéristiques biologiques, en moins perfectionnées parfois sur bien des aspects. Il représente le terme de l’évolution animale – et il apparaît de ce fait comme un animal, descendant de l’animal ; un animal certes évolué ; un animal debout ; mais un animal quand même.

 

Pourtant, l’homme se révèle un animal d’un genre tout particulier, et ce, dès l’origine. Animal technicien, il fabrique et perfectionne ses outils ; animal qui parle, il communique avec ses semblables par un langage articulé ou par des signes graphiques ; animal social, il obéit à des règles et distingue le permis et le défendu ; animal raisonnable, il est capable de s’interroger sur sa propre nature et de se mettre en question.

 

Unique par sa raison qui cherche le vrai, le bien, le beau, l’homme est un être qui désire comprendre et connaître les causes. Il a le pouvoir prodigieux de s’évader de son corps, de forcer les barrières de l’espace et du temps, de scruter les siècles passé, de réfléchir sur son histoire, sans que son corps ne soit un obstacle à l’élan de sa pensée. Son intelligence lui a permis d’acquérir une merveilleuse maîtrise de la nature. Grâce à elle, il peut se situer en toute lucidité comme une parcelle minuscule et dépendante dans un immense univers. Il se sait l’un des êtres les plus petits et les plus faibles de la nature ; il a conscience de sa condition fragile et précaire dans l’existence, mais aussi… de sa dignité éminente de « roseau pensant ». Il est ainsi amené à se poser la question de sa place dans le cosmos et dans l’histoire de l’aventure humaine. Qui suis-je ? Où vais-je ? Que fais-je dans le monde ? Nul autre vivant n’est capable de s’interroger ainsi sur le pourquoi de l’existence.

 

L’homme paraît donc autre que l’animal. Il s’en distingue par la pensée, mais aussi parce qu’à la différence de l’animal, il est un être conscient. Il a conscience par exemple de sa liberté : quand il agit d’une certaine manière, il sait qu’il aurait pu agir autrement. Malgré certains déterminismes qui pèsent sur lui, il sait qu’il n’est pas victime de forces aveugles ; qu’il est capable de les surmonter, de maîtriser progressivement ses déterminismes. Sa vie est une longue et laborieuse conquête de sa liberté. L’homme se créé, en grande partie, par son travail.

 

L’homme est donc un corps – ce qui le rapproche de l’animal ; mais aussi un esprit – ce qui l’en distingue radicalement, ontologiquement. Ainsi, tandis que chez toutes les espèces animales, l’union sexuelle et la mort sont des évènements purement biologiques, l’homme, dès la plus lointaine préhistoire, a célébré l’amour et la mort par des cérémonies nuptiales et funéraires : signe qu’il sait dominer son instinct et qu’il est capable d’actes non nécessaires.

 

D’où vient notre esprit ? Quelle peut bien être l’origine de notre pensée, de notre conscience ? Sont-elles secrétées par le cerveau comme le foie secrète la bile ? Ou viennent-elles d’ailleurs ? Nécessaire à la production de notre pensée et de notre conscience – à la manière d’un instrument –, le cerveau ne peut raisonnablement en être l’auteur. Diriez-vous que la Joconde a été produite par un pinceau, ou que les fugues de Bach ont été composées par un orgue ? Il ne faut pas prendre une condition pour une cause, ni un instrument pour un artiste. L’esprit ne peut provenir de la matière brute.

 

D’où vient alors ce principe spirituel qui informe le corps, l’anime, le combat même, tout en lui restant intimement uni ? Pour qui réfléchit vraiment, l’origine de l’esprit humain ne peut s’expliquer sans recourir à l’intervention d’une Intelligence supérieure immatérielle, géniale et créatrice, de laquelle notre esprit est issu, et dont il est lui-même le reflet – un pâle reflet certes, puisque reflet dans une créature finie de ce qu’est le Créateur infini en Lui-même ; mais un véritable reflet. « Insensés, quand comprendrez-vous ? Lui qui planta l’oreille, il n’entendrait pas ? Lui qui façonna l’œil, il ne verrait pas ? » (Ps 94. 8-9).

 

Nous trouvons donc une trace de l’existence d’un Dieu-Esprit personnel et Intelligent dans l’existence de notre propre esprit – de notre propre pensée et de notre propre conscience. Car de quelle autre origine pourrait bien provenir cet être capable de dire « Je » ? D’où pourrait bien nous venir cette capacité d’imaginer, de vouloir et d’aimer ? cette faculté de porter nos amis dans notre cœur, sinon de Celui qui nous porte depuis toujours dans le Sien, et qui suscite des êtres semblables à Lui, capables de se penser eux-mêmes et d’entrer en relation avec d’autres personnes ?

 

Seule une intelligence lucide et souverainement puissante est capable créer une intelligence lucide. La matière, elle-même, est inintelligente. Elle est incapable de produire par elle-même et par ses seules ressources un esprit humain. Même livrée au hasard (à une infinité de combinaisons), elle ne peut faire surgir à elle seule la moindre intelligence. Car le hasard, par définition, est aveugle. Par conséquent, ce qui nous permet d’affirmer qu’une Intelligence créatrice existe et qu’Elle est une Personne, c’est l’existence même des personnes humaines intelligentes que nous sommes. Seul un Être éminemment intelligent et personnel peut être à l’origine de personnes intelligentes. Nous sommes, nous les hommes, la meilleure preuve de l’existence de Dieu.

 

3.2. La loi morale inscrite dans notre cœur

 

Conscient, intelligent et libre, l’homme se sait responsable de ses actions bonnes ou mauvaises. Quand sa volonté défaille, il a conscience d’avoir violé en lui une loi inscrite au fond de son cœur lui intimant de faire le bien et d’éviter le mal. J’en viens donc au deuxième point que nous avons évoqué : nous pouvons encore démontrer l’existence de Dieu par la loi morale inscrite dans notre cœur.

 

Un mot de Kant est resté célèbre : « Deux choses me remplissent l’âme d’un respect et d’une admiration sans cesse renaissants : le ciel étoilé au-dessus de nos têtes et la loi morale au-dedans de nous-mêmes ».

 

Quand on y réfléchit, l’homme est le seul être au monde qui soit capable d’un mouvement altruiste, d’un geste gratuit, d’un acte d’amour pur en dehors de la sphère restreinte des affections instinctives, familiales ou sexuelles. Le soldat qui donne à boire à un ennemi mourant, le passant qui se jette à l’eau pour secourir un noyé, accomplissent des actes biologiquement inconcevables. « Le petit chien de M. Bergeret, écrit Anatole France, ne regarde jamais le ciel bleu incomestible »… L’homme, lui, peut risquer sa vie pour ses idées.

 

Tout homme peut prendre conscience de l’existence d’une loi morale inscrite au plus profond de son être qui lui commande certains actes et lui en défend d’autres. Et selon qu’il obéit ou non à cette Loi morale, il éprouvera la joie ou le remords.

 

C’est donc bien qu’il existe un Législateur universel et suprême, qui commande à la volonté humaine à faire le bien et à éviter le mal ; un témoin de toutes nos actions ; un Juge infaillible auquel nous devrons rendre compte un jour de tous nos actes – c’est donc bien que notre vie est ordonnée, et qu’elle a un sens. Nous pressentons tout cela par les joies ou les tourments de notre conscience que nous éprouvons chaque fois que nous faisons le bien ou le mal. Or, ce Législateur, ce témoin, ce Juge suprême, qui cela peut-il donc être, sinon Dieu, le Principe de tout Bien ? La matière ? Mais la matière ne fait pas de morale ! Le « Bien » par définition est une notion métaphysique qui se situe au-delà de la matière. Dès lors, on le voit : les thèses dites rationalistes et matérialistes n’expliquent pas tout. Elles se heurtent au problème de la morale, de l’existence objective du Bien et du Mal, de l’existence d’êtres héroïques dans leur pratique de la Charité et du Bien.

 

Si l’existence de notre « moi » témoigne de l’existence d’un Dieu personnel, la loi morale inscrite au plus profond de notre cœur apparaît comme la marque, l’empreinte digitale d’un Dieu Législateur, témoin et Juge de tous nos actes, bons ou mauvais. La troisième manière de prouver l’existence de Dieu à partir de notre être, de ce que nous sommes, c’est l’existence en nous d’un désir infini d’accomplissement et d’épanouissement.

 

3.3. Notre désir d’infini

 

Le désir infini, l’insatisfaction fondamentale du cœur de l’homme me paraissent tout aussi étranges que le fait d’être. Nous ne sommes jamais comblés par ce monde. Nous voudrions récolter plus de sourires et de félicitations que nous n’en recevons, savoir plus que nous n’en savons, réaliser plus de choses que nous n’en faisons. L’artiste ne se satisfait jamais de son œuvre, ni le savant de ses découvertes, ni l’athlète de ses performances. On veut toujours aller plus haut, toujours plus loin. L’amoureux lui-même n’est jamais satisfait des marques d’amour qu’il a manifestées, ni des signes qu’il a reçu de l’être aimé. Dire : « c’est suffisant comme cela » n’est pas digne de l’homme. Oui : l’homme est un perpétuel insatisfait ; il est habité d’un désir d’infini.

 

C’est si vrai que la publicité commerciale est basée sur cette insatisfaction et ce besoin d’infini. Simplement, elle nous fait croire que le bonheur consiste à avoir plus, alors qu’il réside dans le fait d’être plus ; d’aimer et d’être aimé.

 

Pour moi, ce manque infini qui existe en l’homme est l’image, le signe, la marque en creux du Créateur. Le désir d’absolu porte l’empreinte de Dieu. Car d’où vient cette coexistence, en chacun de nous, d’un « Je » si limité et de cette idée d’infini, de cette idée de Dieu ? Cette co-existence, considérait Descartes, m’indique deux choses : que je ne suis à l’origine 1°) ni de ma propre existence, 2°) ni de l’existence en moi de cette idée de Dieu. Si je m’étais donné l’existence, je me la serait donnée aussi merveilleuse, aussi parfaite que celle dont je possède l’idée. Et comment l’univers limité dans lequel je suis plongé pourrait-il me fournir cette idée de Dieu qui m’habite irrésistiblement ? C’est donc que cette idée doit venir d’ailleurs… Elle est, dans mon esprit, le sceau que l’Ouvrier divin ne cesse d’imprimer sur son Œuvre.

 

Si l’homme s’expliquait tout seul, s’il n’était qu’un combiné de forces physico-chimiques, il se suffirait à lui-même. Or, rien ne lui suffit ; il est le seul animal à ne jamais trouver ce qu’il cherche. C’est d’ailleurs ce goût d’infini qui lui permet tous les progrès, scientifiques ou autres. L’homme est donc infiniment plus que ses constituants.

 

Les sciences positives peuvent-elles apporter une réponse à l’interrogation du cœur de l’homme sur l’existence d’un infini de connaissance et d’amour ? Si elle disent de plus en plus profondément ce qu’est l’homme en ses constituants, elles ne peuvent répondre à la question : pourquoi l’homme est-il ce qu’il est ? Par ses découvertes, les sciences expérimentales élargissent, plus qu’elles ne la comblent, la soif de connaissance de l’homme, sans donner de réponse définitive à son interrogation essentielle sur le sens de la vie.

 

L’homme porte en lui une immense aspiration à vivre toujours, pourtant il est le seul parmi tous les êtres vivants à savoir qu’il doit mourir. Qui donc a mis en lui cette soif de vie ? Heureux l’homme qui, loin d’être scandalisé par l’insatisfaction perpétuelle de ses désirs, y voit le signe que Dieu seul en vérité peut désaltérer sa soif. « Tu nous a fait pour Toi, Seigneur, disait St Augustin, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en Toi ».

 

La soif du divin est si intense chez l’homme que s’il ne trouve pas le vrai Dieu, il déifie n’importe quoi et met de l’Absolu dans l’Etat, l’argent ou le sexe. Un auteur contemporain (Michel Hubault) décrit très bien l’insatisfaction profonde que ressentent beaucoup de couples ou de religieux qui avaient imaginé un peu vite qu’ils trouveraient dans leur vie conjugale ou dans leur vie communautaire la satisfaction totale de leur désir de transparence ou d’échanges en profondeur. Un jour ou l’autre, ils découvriront que Dieu seul peut combler leur désir d’être totalement compris, pleinement comblés, infiniment aimés !

 

« Assoiffés d’amitié, d’amour, poussés par ce besoin incoercible d’aimer et d’être aimés, nous rêvons facilement de fusion, de transparence, de couple parfait, ou de groupe unanime. Rêve plus aliénant que libérateur et qui prépare des lendemains qui ne chanteront pas du tout. Bien des enthousiasmes, insuffisamment enracinés dans la condition humaine, engendrent des amoureux déçus, des frères ou des sœurs aigris ou amers. La désillusion fabrique des individualistes blindés qui se promettent dans leur cœur blessé qu’on n’est pas prêt de leur refaire le coup de la « fraternité » ou de « l’amour conjugal ».

 

« On a tout simplement oublié de leur dire, au départ, que pour réunir une vraie relation humaine, il faut avoir assumé, avec humilité et humour, le mystère de l’homme. Tous ces désirs d’être aimé, reconnu, de posséder lui révèlent son désir infini, son incomplétude radicale, l’inachèvement profond de son être. Voilà sa grandeur et sa souffrance. L’homme demeure cet être étrange en quête d’un bonheur, d’un amour insaisissable dont il ignore lui-même le contenu exact.

 

« Les confidences des couples les plus heureux nous dévoilent qu’aucune relation humaine, fut-elle la plus intense et la mieux réussie, ne peut totalement combler le désir de l’homme. Il y a en lui une zone de solitude incontournable, incommunicable, une sorte de pauvreté, de béance…

 

« Et plus l’homme avance en âge, plus il pressent qu’aucune possession terrestre, aucune reconnaissance humaine ne lui suffisent. Combien de grands hommes qui ont tenu l’Avant scène dans le monde politique, littéraire ou artistique, gavés d’honneurs, d’interviews, de flasches, de manchettes de journaux, de prix, découvrent soudain, au soir de leur vie, quand les feux de la rampe se sont éteints, une solitude intérieure insurmontable. Etrange animal que cet homme mortel dont le désir demeure illimité.

 

« La Révélation chrétienne soulève un pan de ce mystère. Ce désir, ne serait-il pas un appel en creux de la plénitude de Dieu comme amour comblant, souverain bien, finalité ultime de tout être créé ? Ce mystère entrevu doit toujours sous tendre nos débats quand nous parlons de fraternité et d’amour humain. Sans aucun doute, cette capacité d’aimer et d’être aimé est la grandeur et la noblesse de l’homme. Mais ne demandons pas à notre conjoint ou à nos frères ce qu’ils ne pourront jamais nous donner : la plénitude de Dieu. Nos relations fraternelles, amoureuses, ne seront heureuses qu’à la condition de ne pas en faire des absolus. L’absolu n’est pas à la mesure de l’homme. Sacraliser la fraternité ou le couple, sans les ouvrir à la transcendance de Dieu, c’est risquer la supercherie ou la désespérance.

 

« Notre conjoint, nos confrères, avec leurs défauts et leurs limites, sont des compagnons de route, des trésors de vie, de tendresse, des richesses complémentaires, des appels, des chemins, des sacrements, mais ils ne seront jamais le but absolu de notre désir et de notre marche. »

 

La plus belle marque de l’Ouvrier divin sur son œuvre, c’est donc – comme disait Descartes – la nostalgie de perfection qu’Il a mises dans le fond de notre cœur.

 

Mais il est un dernier signe en nous de l’existence de Dieu qu’il nous faut mentionner : c’est notre exigence de justice.

 

3.4. Notre exigence de justice

 

La révolte de notre conscience morale contre l’injustice est sans doute l’une des plus éloquentes manifestations de Dieu au cœur de l’espérance humaine. « Si Dieu n’existait pas, remarquait Gustave Thibon, si un ordre spirituel n’était pas immanent au monde, si le chaos était roi de tout, il serait aussi roi de ton âme et tu ne t’indignerait pas. Ton scandale et ton angoisse en face de l’ordre violé rendent témoignage au Créateur de cet ordre ».

 

Heureux celui qui reconnaît dans le cri obstiné de son âme face à la médiocrité des hommes et au souvenir de ses propres lâchetés, l’écho d’une exigence absolue de justice qui s’impose à tous les hommes.

 

3.5. En conclusion

 

L’homme est assurément la plus approchante des images de Dieu, le plus parfait de ses signes. Par son être transcendant la matière et son animalité, il dit l’être transcendant du Créateur ; par son esprit, il révèle une intelligence supérieure ; par la soif d’infini qui habite son cœur, il dévoile quelque chose de l’infinité de Dieu.

 

 

Bibliographie de cette partie consacrée aux preuves rationnelles de l'existence de Dieu (2/2) :

- Abbé Pierre DESCOUVEMONT, « Guide des difficultés de la foi catholique », 1989
- Exposition de la doctrine chrétienne, Tome I, « Le Dogme», Editions Fideliter, 1992
- Jacques LACOURT, « Croire en Dieu : est-ce possible aujourd’hui ? », Droguet & Ardant, 1991
- Mgr André-Mutien LEONARD, « Les raisons de croire », Communio Fayard, 1987

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13 décembre 2009 7 13 /12 /décembre /2009 19:00


Deuxième Partie
 : LA RAISON


LES PREUVES DE L'EXISTENCE DE DIEU (1/2)
 

 

 


Chers amis,

Nous avons vu précédemment qu’il était tout à fait raisonnable de croire en une réalité qui dépasse la Raison ; qu’il n’était pas absurde d’adhérer à un système de pensée pré-supposant un acte de foi transrationnel ; que cet acte de foi trans-rationnel était lui-même tout-à-fait rationnel.

Il reste maintenant à déterminer quelles sont les raisons qui pourraient nous conduire à croire en l’existence de Dieu.

S’il existe des raisons de croire, comme nous l’avons affirmé ici à maintes reprises, il est important de les examiner avec attention, puisque tout le sens de notre vie se joue sur cette question.

Nous allons voir qu’un raisonnement intelligent à partir de ce qui existe conduit naturellement l’homme à inférer l’existence de Dieu.

Nous allons voir que la Raison humaine correctement appliquée, l’usage de son simple bon sens, conduit naturellement l’homme à Dieu.

Il existe trois séries d’arguments rationnels en faveur de l’existence de Dieu, tous trois accessibles à la seule raison humaine ; point n’est besoin pour les appréhender d’une quelconque révélation surnaturelle.

La première, ce sont les preuves métaphysiques tirées de l’observation de l’univers.

La seconde, ce sont les preuves tirées du consentement universel des hommes à l’existence de Dieu.

La troisième, ce sont des preuves tirées de l’homme lui-même, de la considération de ce que l’homme est en lui-même.

Des preuves donc tirées : de l’univers, de l’histoire des hommes, et de l’être humain pris en tant que tel et considéré en lui-même.

1. Les preuves tirées de l’observation de l’univers

La première preuve raisonnable en faveur de l’existence de Dieu, celle dont nous avons déjà abondamment parlé sur ce Blog, c’est la preuve métaphysique tirée de l’observation de l’univers.

Le mot « métaphysique » peut faire un peu peur, mais il s’agit en réalité d’une chose très simple. En grec, le substantif
« phusis » désigne la nature, et la préposition « meta » signifie « au-delà de ». La démarche métaphysique consiste donc à inférer à partir du monde existant ce que celui-ci présuppose pour être ce qu’il est, comme il est : il s'agit d'une démarche inductive qui part du donné objectif tel que les sciences positives nous le révèlent, et qui s’efforce de penser l’origine ontologique du donné observé ; de comprendre ce que celui-ci pré-requiert pour être ce qu’il est, comme il est.

Le point de départ du raisonnement réside donc dans la réalité matérielle ; dans la découverte, dans les réalités du monde qui nous entourent, d’une
richesse qui se trouve en elles, mais dont ni elles ni la totalité du monde ne suffisent à rendre compte.

L’activité métaphysique de l’intelligence réfléchissant sur le donné objectif de l’univers va s'exercer selon le raisonnement suivant : si le monde, en ses parties comme en son tout, recèle en lui une
qualité d’être dont il ne peut posséder lui-même la clef, c’est que cette réalité lui est conférée par un autre Être. Elle ne peut provenir en effet du néant, puisque le néant par définition, ne peut pas créer l’être ; elle ne peut provenir que d’un autre Être qui n’est pas l’être de l’univers, mais un Être distinct de l'univers et absolu (i.e. qui se suffit à lui même et ne dépend d'aucun autre être pour exister).

Cet Être qui possède la clef du secret de l'univers, de ses richesses enfouies et de sa qualité d'être, c’est Lui que nous nommons Dieu.

Le principe métaphysique que nous venons de mettre en oeuvre pour parvenir à cette conclusion est le principe de causalité en vertu duquel toute chose qui n’a pas sa raison d’être en elle-même doit l’avoir nécessairement dans une autre qui est à soi-même sa propre raison d’être. Nul être en effet ne peut se produire lui-même ; c’est là une impossibilité absolue. L’être qui se produirait lui-même existerait avant d’exister, ce qui est impossible. Par conséquent, tout ce qui est produit est nécessairement produit par un autre être qui est sa
cause efficiente. Si cet autre être est lui-même produit, il a besoin à son tour d’une cause efficiente pour être ; et ainsi de suite, comme cela s’observe chez les êtres vivants, les plantes ou les animaux, qui naissent les uns des autres. Mais comme on ne peut procéder ainsi à l’infini, il est nécessaire de s’arrêter à une première cause efficiente qui ait produit le premier terme de la série sans s’être produite elle-même ; autrement, il n’y aurait pas de causes efficientes secondaires, et rien ne se produirait, puisque du néant, rien ne se peut faire. La première Cause efficiente, qui explique toutes les causes efficientes secondaires, et de laquelle celles-ci découlent nécessairement, est celle-là même que nous nommons Dieu.

L’observation du monde créé nous met donc sur la piste de l’existence de Dieu, parce que l’univers lui-même ne peut être la Cause efficiente première de toutes choses. L’univers lui-même a commencé d’être. Il ne comporte donc pas en lui-même le caractère ontologique de la
suffisance. Si l’univers était suffisant, s’il était le seul Être, il n’aurait pas commencé d’être. Il existerait de tout éternité, puisque l’être ne peut pas procéder du néant. Pour commencer d’exister, il faut qu'il existe déjà ; mais s'il existe déjà, c'est qu'il n'a pas besoin de commencer d’exister! L’Être absolu, par conséquent, la Cause efficiente de toutes les causes efficientes secondaires que nous observons dans l’univers, est nécessairement éternel. Ce que l’univers n’est pas, puisque nous savons aujourd’hui qu’il est né avec le Big Bang (nous connaissons ainsi son âge), qu’il est en phase de croissance et d’évolution, et qu’il mourra un jour, quand toutes les étoiles seront éteintes.

Je sais bien que depuis Kant, beaucoup n’admettent plus la validité du principe de causalité en dehors de l’expérience sensible. Ils ne peuvent ou ne veulent pas s’élever au dessus du donné expérimental, au motif que l’on ne peut pas, selon eux,
vérifier l’existence d’une Cause première. « On ne peut pas dire avec certitude que Dieu existe, affirment-ils, parce qu’on ne le voit pas, et qu’il n’existe aucun moyen de vérifier expérimentalement son existence. La métaphysique est une pure activité de l’esprit dont rien ne permet de démontrer la réalité de ses conclusions ».

Mais cette impossibilité expérimentale alléguée diminue-t-elle la valeur du raisonnement ? Serez-vous plus assuré
de l’existence de l’ouvrier qui a fabriqué votre montre quand vous l’aurez vu ? Pour ma part, je n’ai pas besoin d’un constat sensoriel pour affirmer que ma montre existe et a besoin d’un horloger pour être ce qu’elle, comme elle est. Il existe d’autres modes de connaissances certaines que la connaissance de type expérimentale.

2.
Les preuves tirées du consentement universel des hommes à l’existence de Dieu

Aussi loin que l’on remonte dans l’histoire des hommes, on observe que tous les peuples ont toujours et partout manifesté leur croyance en une divinité à laquelle ils rendent un culte. Les historiens identifient d'ailleurs la naissance de l’humanité sur la terre à l’apparition des premières sépultures.

« Il n’y a pas de nations assez barbares,
disait Cicéron, pour ignorer qu’il existe un Dieu, bien qu’elle ne sache pas quelle est sa nature ».

Or, une croyance
universelle et perpétuelle, qui a pour objet :
1. une chose facile à connaître ;
2. de grande importance pour l’homme ;
3. contraire ou étrangère aux passions ;
est une croyance que l’on peut raisonnablement tenir pour vraie, dans la mesure où elle ne peut s’expliquer que par l’évidence, une évidence d’intuition ou de raisonnement.

Telle est la croyance en l’existence de Dieu.

Elle a pour objet :
1. une chose facile à connaître : la raison humaine s’élève sans peine, nous l'avons vu, de la considération des êtres de ce monde à la connaissance de leur auteur ;
2. une chose de grande importance pour l’homme : selon que Dieu est ou n’est pas, le sens de notre vie ne peut pas être le même ;
3. une chose contraire aux passions : l’effort des passions tendrait plutôt à effacer de la pensée l’idée de ce témoin gênant, de ce Juge inflexible, de ce « Vengeur » du vice qu'est Dieu dans l'esprit de beaucoup de gens.

Dès lors, la conclusion s’impose : le consentement universel des hommes à l’existence de Dieu est une preuve solide de l’existence de Dieu.

On pourrait certes prendre le contrepied exact de ce que je viens de dire pour considérer au contraire la multiplicité des religions existant dans le monde comme l'obstacle principal à la reconnaissance de l’existence de Dieu. Pourquoi ? Parce que cette diversité des religions introduit un élément de relativité dans un système de croyance qui a vocation à l’absolu. Si Dieu existe en effet, il est nécessairement UN. Car UNE est la vérité. Les hommes ont beau être des milliards sur la terre, tous différents les uns des autres, avec des mentalités et des cultures très hétérogènes, il n’en demeure pas moins que 2 et 2 font 4 pour tous. Si Dieu existe, et si son existence est aussi objective qu’une démonstration mathématique, alors il n’y a qu’un seul Dieu, et ce Dieu est le même pour tous, nonobstant la diversité des cultures et des mentalités.

Comment expliquer alors que tous ne reconnaissent pas le même Dieu ; que chacun ait sa propre conception de Dieu ? Comment rendre compte rationnellement de cette pluralité des religions sur la terre ?

Nous l’avons dit plus haut : aussi loin que l’on remonte dans le passé, on constate que les hommes n’ont
jamais cessé de s’interroger sur l’origine des choses et de l’homme, et de chercher des solutions au problème métaphysique de leur existence en ce monde en ayant recours à cette Réalité suprême qu'est Dieu - ou le « divin » selon l’idée qu’on s’en fait.

Cette recherche religieuse n’a
jamais cessé depuis l’homme de Cro-Magnon. On en trouve des traces constantes dans les innombrables religions qui ont marqué l’histoire des hommes : que l’on songe aux religions égyptiennes, babyloniennes ou Inca ; aux trois religions monothéistes que sont le judaïsme, le christianisme et l’islam ; à l’hindouisme, au bouddhisme et aux multiples religions animistes. Le phénomène des sectes lui-même nous dit quelque chose de la soif de Dieu qui habite le cœur de l’homme et qui le conduit à une recherche aussi passionnée que tourmentée de Dieu – ou du divin – et du sens de la vie.

Cette très grand multiplicité d’approches religieuses ne finit-elle donc pas par décrédibiliser le sentiment religieux lui-même qui, par nature, a vocation à livrer aux hommes une explication unique et définitive au monde et à la vie ; à présenter à l’humanité UN seul et unique Dieu ?

Eh bien, je ne le crois pas. Je pense tout au contraire que Dieu se manifeste très clairement dans toutes ces recherches humaines, nécessairement imparfaites
parce qu’humaines. Ces "imperfections" ou "tâtonnements" ne doivent pas nous voiler le mystère du fait religieux dans l'histoire de l'humanité, le désir universel de Dieu qui nous révèle indirectement la Source qui en est à l'origine. Croyez-vous que l’homme connaîtrait la soif si l’eau n’existait pas ?

On pourrait objecter également que les religions ont trop souvent entraîné des divisions intolérables, des guerres et des conflits parfois très sanglants entre les hommes, et que tout cela ne plaide pas en faveur de l'existence de Dieu. C’est vrai ; c’est là un
fait incontournable. Mais on pourrait tout aussi bien dire que la politique, elle aussi, a trop souvent entraîné des divisions, des guerres et des déchirements très violents entre les hommes : est-ce que cela signifie pour autant qu’il ne faille plus faire de la politique ?

On a beaucoup tué aussi pour de grands idéaux. Souvenez-vous de la plainte de Manon Rolland passant devant la statue de la Liberté alors qu’elle était conduite à l’échaffaud, le 8 novembre 1793 :
« Liberté ! Liberté ! Que de crimes commis en ton nom ! » Est-ce à dire que la Liberté est mauvaise en soi du seul fait que certains ont tué en son nom ? Non bien sûr. Car ce n’est pas la politique, ni la Liberté, ni la religion qui tuent. Ce sont les hommes pervertis et aveuglés par la haine, trop heureux sans doute de trouver dans la Liberté ou en Dieu de nobles prétextes à l’assouvissement de leur pulsion de mort.

Un chrétien, nous le savons, ne peut assassiner son frère. Si un chrétien, par malheur, assassinait son frère, il ne se comporterait pas en chrétien. Et qu'il le fasse au nom du Christ ne changerait rien à l’affaire!

La question qui nous intéresse ici n'est pas de savoir comment l'homme accueille l'existence de Dieu quand il en est intimement convaincu (ce qu'il fait de Dieu lorsqu'il a connaissance de son existence) ; elle est simplement de savoir si Dieu existe ou non. Et nous voyons bien que l'usage de notre Raison nous conduit irrésistiblement à une réponse positive.

3.
Les preuves tirées de l’observation de ce qu’est l’homme en lui-même

Nous verrons dans un prochain article que la considération de ce qu’est l’homme en lui-même nous met également sur la piste de l’existence de Dieu, d’un Dieu dont nous pourrons percevoir cette fois-ci non pas seulement l’existence, mais aussi ce qu’il est en lui-même, sa
nature.

(à suivre…)



Bibliographie de cette partie consacrée aux preuves rationnelles de l'existence de Dieu (1/2)
 :

- Abbé Pierre DESCOUVEMONT, « Guide des difficultés de la foi catholique », 1989
- Exposition de la doctrine chrétienne, Tome I, « Le Dogme», Editions Fideliter, 1992
- Daniel FOUCHER, « Répondre aux questions », Editions de Montligeon, 1979
- Jacques LACOURT, « Croire en Dieu : est-ce possible aujourd’hui ? », Droguet & Ardant, 1991
- Mgr André-Mutien LEONARD, « Les raisons de croire », Communio Fayard, 1987
- Claude TRESMONTANT, « Comment se pose aujourd'hui le problème de l'existence de Dieu », Editions du Seuil, 1966

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27 septembre 2009 7 27 /09 /septembre /2009 12:29


Deuxième Partie
: LA RAISON


UNE FOI TRANS-RATIONNELLE
 

 

 


Chers amis,

Trop souvent, l’on a opposé la Foi et la Raison. Sans doute parce que la Foi n’est pas affaire de Raison. « C’est le cœur qui sent Dieu, disait Pascal, et non la Raison. Voilà ce que c’est que la Foi. Dieu sensible au cœur, et non à la Raison ».

Il est donc bien entendu que la Foi n’est pas le produit naturel de la Raison. On ne rencontre pas le Dieu de la Révélation à la suite d’un processus intellectuel, d’une réflexion rationnelle aussi brillante et magistrale soit-elle. C’est dans le fond du cœur que se joue notre adhésion au Dieu qui se révèle ; c’est là le siège de la Foi.

Dieu se rencontre comme une personne vivante, dans une expérience spirituelle que l’Esprit nous donne de vivre, dont beaucoup témoignent, mais dont tous les croyants n’ont peut-être pas toujours conscience (je pense aux chrétiens de « naissance » qui n’ont pas eu leur chemin de Damas, mais dont l’humble vie de foi est authentique expérience de Dieu).

Saint Paul disait ainsi : « Personne ne peut dire Jésus est Seigneur si ce n’est dans l’Esprit Saint » (1 Co 12. 3). Personne… Ce n’est donc pas dans les livres (ou sur le Blog Totus Tuus...) que l’on découvre la Seigneurerie de Jésus-Christ sur le monde et sur soi ; mais dans le fond de son cœur, sous l’action du Saint Esprit. Le croyant est celui qui, éclairé par la divine lumière du Saint-Esprit, reçoit l’intime certitude de la vérité de la Révélation en Jésus-Christ et peut ainsi confesser du fond de son cœur que Jésus-Christ est Seigneur.


Ou pour dire autrement : la Foi est le fruit d’une grâce surnaturelle infusée en nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous est donné ; elle n’est pas le résultat mécanique d’un raisonnement intellectuel.


Lorsque Paul Claudel se convertit à la cathédrale de Notre Dame de Paris, l’après-midi de Noël 1886, son cœur fut saisi par la présence de Dieu, lors même que son esprit restait envahi d’innombrables objections contre les vérités de la foi : « C’est vrai. Dieu existe, il est là. C’est quelqu’un, c’est un être aussi personnel que moi. Il m’aime, Il m’appelle. Les larmes et les sanglots étaient venus et le chant si tendre de l’Adeste ajoutait encore à mon émotion. Emotion bien douce où se mêlait cependant un sentiment d’épouvante et presque d’horreur. Car mes convictions philosophiques étaient entières. Dieu les avait laissées dédaigneusement où elles étaient, je ne voyais rien à y changer, la religion catholique me semblait toujours le même trésor d’anecdotes absurdes, ses prêtres et ses fidèles m’inspiraient la même aversion qui allait jusqu’à la haine et au dégoût ».


Témoignage édifiant où l’on voit le cœur touché dans ses profondeurs devant l’évidence soudaine de la présence de Dieu, lors même que l’intelligence n’est pas encore convertie : « la religion catholique me semblait toujours le même trésor d’anecdotes absurdes » écrivait Claudel.


La Foi n’est donc pas affaire de Raison, au sens où elle n’en est pas le fruit naturel. Nul ainsi ne peut se donner la Foi ; elle est une grâce surnaturelle, un don de Dieu, le fruit d’une effusion de l’Esprit Saint qui nous donne de percevoir ce que nul œil n’a pu voir ; d’entendre ce que nulle oreille n’a jamais entendue (cf. 1 Co 2. 9).


Est-ce à dire pour autant que la Foi s’oppose à la Raison ? Qu’elle est irrationnelle ? Non point. Car si la Foi n'est pas affaire de Raison, elle a à faire avec la Raison. Elle est en vérité un acte de la Raison humaine elle-même – mue par l’action de la grâce, et non par ses seuls ressorts internes.


Dans la démarche de Foi, le cœur est touché d’abord. Mais la Raison est sollicitée, et c'est elle en dernière instance qui donne son adhésion aux vérités révélées. Il ne peut y avoir de Foi authentique si notre Raison n’est pas accordée avec notre cœur profond, si notre être tout entier n’est pas unifié en Dieu. Une foi purement sentimentale qui ne chercherait pas ses racines dans la Raison ne serait pas véritablement humaine – puisque l’homme est un être doué de Raison ; c’est pourquoi elle ne mériterait pas le nom de Foi, puisque la Foi implique et engage tout l’homme – « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit » (cf. Deut 6. 5 ; Mt 22. 37 ; Mc 12. 30 ; Lc 10. 27).


C’est ce qu’avait compris Paul Claudel qui, après avoir été touché par la grâce, entrepris un important travail intellectuel pour évangéliser peu à peu sa pensée. Comme beaucoup d’autres convertis ayant vécu une expérience spirituelle similaire, Paul Claudel se plongea dans les livres pour amener son intelligence, sa Raison, à croire sans réticence : « L’étude de la Religion était devenue mon intérêt dominant (…). Les livres qui m’ont le plus aidé à cette époque sont d’abord les Pensées de Pascal, ouvrage inestimable pour ceux qui cherchent la Foi, bien que son influence ait souvent été funeste ; les Elévations sur les mystères et les méditations sur les Evangiles de Bossuet et ses autres traités philosophiques ; le poème de Dante, et les admirables récits de Sœur Emmerich. La métaphysique d’Aristote m’avait nettoyé l’esprit et m’introduisait dans les domaines de la véritable Raison ».


Pour être pleinement croyant, il ne suffit donc pas d’avoir le cœur touché par la grâce, d’avoir reçu une révélation ineffable. Il faut encore que la Lumière de Dieu pénètre peu à peu l’intelligence et que sa force transforme notre volonté. Comme le disait Michel Etcheverry : « Le Seigneur n’est pas un locataire comme les autres. Il occupe toute la place ». Dieu nous aime trop pour ne pas avoir préparé à notre intelligence la nourriture dont elle a besoin pour éliminer ses doutes. C’est Dieu Lui-même qui a suscité dans l’esprit humain des exigences critiques, le besoin de ne rien affirmer sans raison, le besoin de vérifier ses intuitions. Nous ne cédons donc pas à l’orgueil lorsque nous cherchons à donner à notre Foi des fondements solides. C’est le mouvement interne à la Foi elle-même qui le requiert.

« Jamais Dieu ne demande à l'homme de faire le sacrifice de sa raison! 
affirmait avec force le Pape Benoît XVI lors de son dernier passage en France. Jamais la Raison n'entre en contradiction réelle avec la Foi » (homélie sur l'Esplanade des Invalides à Paris, le 13 septembre 2008).

La Foi n’est donc pas une attitude irrationnelle, puisqu’elle sollicite le consentement de la Raison humaine. Elle n’est pas non plus une attitude purement rationnelle, puisque l’essence de la Foi – qui est rencontre personnelle avec le Dieu d’Amour – réside précisément… dans l’Amour, qui est affaire de cœur, non d’intelligence. Je pense que c’est ainsi qu’il faut entendre la phrase de Pascal que nous citions plus haut, en début d’article.


La Foi est un processus qui implique une intervention divine (une grâce, qui est première et sans laquelle nous ne pourrions rien) ; une intervention divine touchant le cœur de l’homme (c’est-à-dire son être profond, et non pas nécessairement ni exclusivement sa sensibilité, le « cœur » n’étant pas simplement la « sensibilité ») ; lequel homme, en vertu même de cet Amour qui le touche, se trouve conduit à faire don à Dieu de tout son être, et de sa Raison en particulier.


Si la Foi n’est donc pas à proprement parler rationnelle, elle n’est pas davantage irrationnelle ; elle est, selon la belle expression de Mgr Léonard, trans-rationnelle, au sens où elle s’appuie sur la Raison, mais la dépasse. Sans jamais perdre le lien avec la Raison ! Ou comme disait le Cardinal Barbarin aux JMJ de Cologne en 2005 : « Nous ne croyons pas pour des raisons, mais nous avons nos raisons de croire ». Car si la Foi n’est pas purement rationnelle, il est raisonnable de croire.


L’objection qui vient alors immédiatement à l’esprit est la suivante : un homme raisonnable peut-il accorder du crédit à une Foi trans-rationnelle ? Est-il raisonnable de croire à quelque chose qui dépasse la Raison ? N’est-il pas plus raisonnable et prudent au contraire de s’en tenir aux strictes limites de la Raison ? Est-il véritablement légitime de transgresser les frontières de la Raison pure ?


Pour ma part, je pense que OUI et cela pour trois… raisons.


Premièrement : parce que l’homme raisonnable franchit quotidiennement les limites de sa raison, bien qu’il n’en ait pas conscience.
Il est dans la nature même de l’homme raisonnable de poser des actes de Foi transrationnels. Et de même que Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, de même le rationaliste athée le plus intransigeant pose chaque jour des acte de foi transrationnels sans qu'il le soupçonne.


Ainsi, lorsqu’il est amoureux.


L’amour humain lui-même est transrationnel… et heureusement ! Pauvre amitié que celle qui serait entièrement contrôlée par la Raison et se présenterait comme la conclusion logique d’un raisonnement contraignant ou d’un calcul rigoureux : « Ca + ça + ça = je t’aime ». Non, ce n’est pas cela l’Amour. Pourtant, même si l’amour est plus qu’une question de clairvoyance rationnelle, son idéal n’est pas d’être aveugle ou inintelligent. L’amour n’est donc pas irrationnel : sa vérité ne se réduit pas à un coup de tête déraisonnable. Celui qui aime authentiquement sait pourquoi il aime, même si son amour déborde ce savoir. Ou pour dire autrement : le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas, mais… ces raisons du cœur qui transgressent l’ordre purement rationnel de la Raison sont malgré tout… des raisons !


Mais, allez-vous me dire, notre rationaliste athée n’est peut-être pas amoureux… Qu’à cela ne tienne ! Il communique quand même avec les autres ! Il leur parle, et les écoutent quand ils s'adressent à lui. Et de fait : le langage parlé constitue le mode de communication le plus direct et le plus efficace entre les hommes. Toutefois, si la parole rend possible des échanges d’expériences et d’idées qu’aucun autre moyen d’expression ne pourrait traduire, elle permet aussi le pire des mensonges puisque mon interlocuteur ne peut vérifier du dehors si les mots que j’exprime sont conformes ou non à ma pensée intime. C’est pourquoi, chez l’homme, le langage le plus révélateur, celui de la parole, prend toujours la forme d’un témoignage, c’est-à-dire d’une affirmation qui, ne pouvant être immédiatement vérifiée de l’extérieur, appelle de la part de l’auditeur une certaine attitude de confiance… et de foi.


Toute communication authentiquement humaine est donc transrationnelle, en ce qu’elle échappe à une vérification extérieure exhaustive. Je dois « croire » au « témoignage » de mon interlocuteur. Pour autant, cette confiance que je fais à autrui ne doit pas être aveugle, et si j’ai des raisons de penser que l’autre pourrait se tromper ou me tromper, il m’est loisible d’entreprendre les quelques vérifications limitées qui me sont accessibles du dehors, en procédant par exemple à certains recoupements avec d’autres sources d’information.


Ainsi, toute « révélation » interpersonnelle appelle une attitude de « foi » transrationnelle en un « témoignage » ; mais en même temps, pour être digne de notre raison autant que de la liberté de l’autre, cette confiance doit être éclairée, s’appuyer sur des raisons. Il devient alors raisonnable de croire en la parole de l’autre, même si cette « foi » dépassera de toujours le strict cadre de ce que ma Raison pourra vérifier par elle-même.


Dans toute relation humaine authentique, il y a donc, comme dans la Foi religieuse, un mélange de confiance transrationnelle et de clairvoyance raisonnable. Voilà pourquoi il n’est pas déraisonnable d’adhérer à une Foi religieuse transrationnelle ; voilà pourquoi la Foi trans-rationnelle est profondément digne de l’homme, et conforme à sa nature : il est humain de communiquer et d’aimer ; il est humain de croire.


D’autant plus – et c’est le second argument – qu’il est raisonnable de reconnaître des limites à la Raison humaine.


Il est vrai que la Foi dépassant la Raison, elle nous conduit inexorablement à des mystères humainement incompréhensibles. Que l’on songe par exemple à la Sainte Trinité : la conception d’un Dieu unique en trois personnes. Ou au fait que Jésus soit né d’une vierge ; ou encore que dans l’Eucharistie, le Christ nous donne réellement à manger son Corps et son Sang. Voilà bien des mystères insondables auxquels le chrétien est appelé à adhérer par la Foi. Alors ? Cela fait-il de lui un homme insensé ? Est-il vraiment raisonnable de croire en des réalités qui dépassent notre Raison ?


Eh bien… OUI selon Pascal ! Pour le philosophe, il est tout à fait raisonnable d’affirmer l’existence de vérités incompréhensibles. Pourquoi ? Parce que si vous n’en reconnaissez pas l’existence, il vous faut alors admettre quelque chose d’encore plus incompréhensible, à savoir : l’existence de réalités sans cause. Ce qui est la définition même de l’absurde. Le mot « absurde » ne désigne pas ici une réalité dénuée de sens, dont on ne découvre pas le but, la finalité, mais une réalité qui surgirait toute seule, sans être produite par une Cause. Or, selon Pascal, il est plus raisonnable d’affirmer l’existence d’une Cause, fût-elle mystérieuse, pour rendre compte des réalités bien concrètes qui s’imposent à nos yeux, plutôt que de les laisser sans explications, sans raison suffisante. Il ne s’agit pas là d’une démarche du cœur, mais de l’intelligence ; d’une exigence intrinsèque à la Raison elle-même qui postule que tout ici-bas a une… raison d’exister. Ou comme disait Emmanuel Mounier, il est absurde que l’absurde soit ! Il est donc tout à fait raisonnable, selon Pascal, de préférer le mystère à l’absurde ; de croire en un Dieu Créateur plutôt qu’en une auto-création spontanée de l’univers.


Ainsi, lorsque vous affirmez que le monde dans lequel nous vivons a été créé par Dieu, vous confessez certes l’existence d’une réalité incompréhensible, dont le mystère nous dépasse totalement. Mais si vous en niez l’existence, vous laissez sans explication l’existence et l’ordre du monde bien concret que vous avez sous les yeux : le monde devient absurde, sans raison d’être. Ce qui est absurde du point de vue de la Raison. Il est mystérieux que Dieu soit ; mais il serait absurde qu’Il ne soit pas. C’est pourquoi la Raison elle-même, de son propre mouvement, requiert d’aller au-delà d’elle-même ; c’est pourquoi il est plus raisonnable de croire que de ne pas croire.


Comme le dit Pascal dans ses Pensées : « Il n’y a rien de si conforme à la Raison que ce désavoeu de la Raison ». Pour le philosophe, c’est une exigence de la Raison elle-même que de reconnaître l’existence de réalités qui la dépassent. « La dernière démarche de la Raison, écrit Pascal, est de reconnaître qu’il y a une infinité de choses qui la surpassent : elle n’est que faible si elle ne va pas jusqu’à connaître cela ».


Le premier réflexe de la Raison humaine est certes de vouloir tout saisir, tout comprendre, tout expliquer ; mais, le sommet de la démarche philosophique – et le secret de la Sagesse selon Pascal –, c’est d’accepter d’avoir l’esprit dépassé par la richesse inépuisable du réel. La Raison reste « faible », peu intelligente et… raisonnable, si elle ne va pas jusqu’à cette humble soumission au mystère de l’être qui la dépasse ; de l’être de l’univers et de tout ce qui le compose... et a fortiori de l’être de Dieu ; car si les réalités de notre univers surpassent notre intelligence, à plus forte raison faut-il s’attendre aussi à être dépassé par le mystère de Dieu.


Bref, puisque les êtres sont infiniment plus riches que ce que l’esprit humain peut en saisir, l’humilité de l’esprit devant cette richesse inépuisable du réel est Sagesse. Elle est, dit Pascal, « la dernière démarche de la Raison ».


Le troisième argument en faveur de l’idée selon laquelle un homme raisonnable peut légitimement avoir recours à une foi transrationnelle réside dans l’examen même des assises rationnelles de notre Foi.
Si la Foi n’est pas stricto sensu rationnelle, il existe des raisons de croire. Quelles sont ces raisons ? C’est ce que nous verrons dans un prochain article.

(à suivre…)



Bibliographie de cette partie consacrée à la foi transrationnelle :

- Abbé Pierre DESCOUVEMONT, « Guide des difficultés de la foi catholique », 1989

- Mgr André-Mutien LEONARD, « Les raisons de croire », Communio Fayard, 1987

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18 janvier 2009 7 18 /01 /janvier /2009 18:20


Deuxième Partie
: LA RAISON


INTRODUCTION

 

 


Chers amis,

Nous commençons aujourd’hui la deuxième grande partie de notre réflexion sur l’existence de Dieu.

Dans la première partie, nous avons posé ouvertement la question – sans doute la plus cruciale, la plus importante pour un être humain et la vie des hommes en général, en même temps que certainement l’une des plus taboues et des moins débattues dans notre société d’aujourd’hui : Dieu existe-t-il ?

Nous avons tenté de démontrer que, s’il est vrai qu’il n’existe pas – et qu’il n’existera jamais ! – de preuves « scientifico-expérimentales » de l’existence de Dieu (pas plus d’ailleurs qu’il n’existe et n’existera de preuves « scientifico-expérimentales » de l’inexistence de Dieu), nous avons dans l’œuvre grandiose de la Création un signe évident de l’existence d’une Intelligence souveraine et toute-puissante à l’œuvre dans l’univers ; une manifestation sensible de la gloire et de la majesté de Dieu.

La splendeur de notre univers – de l’infiniment grand à l’infiniment petit, en passant par le monde terrestre des minéraux, des végétaux, des animaux et des hommes –, nous livre un témoignage éloquent de l’existence d’un Artiste génial et supérieur ; d’une Présence d’Amour à l’origine de toute chose dans ce monde.

Alors croyez bien, chers amis, que je n’oublie pas le problème du mal et de la souffrance.

Il est certain que l’existence du Mal dans le monde constitue une objection sérieuse contre l’existence de Dieu, contre sa bonté infinie ou sa Toute-Puissance. Et nous aurons l’occasion de revenir ultérieurement sur ce délicat sujet qui est, en fait, au cœur même de la Bible et du Message chrétien.

Mais le désordre est la contrepartie de l’ordre. La maladie, par exemple, est la rupture du merveilleux équilibre du vivant. Il faut donc bien expliquer l’ordre avant le désordre ; pourquoi il y a équilibre avant de réfléchir sur le déséquilibre.

Il faut expliquer pourquoi il y a du bien dans notre existence – sans quoi le Mal ne nous révolterait même pas. L’existence du Mal ne nous blesse profondément que dans la mesure où nous faisons tous l’expérience du bien – ou d’un bien, dont le mal nous prive – et parce que nous sentons bien, au fond de notre cœur, que nous sommes appelés à vivre autre chose que le mal et la souffrance.

Pour le théologien Claude Tresmontant, le mal n’est un scandale que « par rapport à la théologie juive et chrétienne » : « il ne se pose pas du tout dans la perspective athée. En effet, dans cette perspective, s’il est vrai que la matière est le premier être, l’Être absolu qui ne dépend d’aucun autre, si elle a produit seule et « par hasard » les êtres organisés, comme le pensaient les philosophes atomistes, il faut s’estimer heureux qu’il n’y ait pas plus de monstres et de ratés dans la nature. S’il se trouve quelque échec, quelque animal mal constitué, quelque enfant mal formé, si tout ne va pas pour le mieux, nous ne pouvons pas nous en prendre à la matière aveugle. Nous ne pouvons nous en prendre à personne. Le miracle, c’est que les êtres soient, en général et le plus souvent, réussis et même beaux, qu’il y ait si peu de monstres, que nous soyons tous constitués d’une manière qui, en gros, est viable. C’est un miracle, quotidiennement renouvelé et stupéfiant.

« Nous l’avons vu : dans la perspective athée, ce qui fait problème, ce n’est pas le problème du mal qui est dans le monde, mais c’est d’abord l’existence du monde, qui est impensable, et puis l’existence des êtres organisés, le fait même de l’organisation ; en somme la réussite éclatante que constitue l’existence de la vie, des êtres vivants, de l’évolution biologique. Ce qui fait difficulté, dans la perspective athée, ce n’est pas l’existence du mal dans le monde, mais l’existence du bien, du bon, de l’être, de la vie… »

L’existence du Mal ne doit donc pas nous aveugler, et nous voiler la beauté première et primordiale de l’univers, l’organisation admirable du Cosmos, ou encore l’existence d’hommes et de femmes sur cette terre (pas toujours médiatiques il est vrai) qui luttent de toutes leurs forces contre le Mal, certains parfois au prix de leur vie…

Bref, le bien, ça existe aussi ! Et ça existe d’abord !

Aussi, avant d’examiner la question de savoir pourquoi il y a du Mal dans notre monde, il faut s’interroger sur la question de savoir pourquoi il y a du bien. Car, comme disait Saint Augustin : si Dieu n’existe pas, d’où vient le bien ?

Saint Thomas d’Aquin allait jusqu’à considérer l’existence du mal comme une preuve tangible de l’existence de Dieu ! Car pour qu’il y ait du mal, il faut qu’il y ait des êtres souffrant de ce mal. Si ces êtres n’existent pas, le mal non plus ne peut pas exister. D’où vient donc qu’il y ait des êtres capables de souffrir ? Pour le docteur angélique, le mal nous interpelle vivement sur l’existence de ces êtres souffrants qui, avant d’être souffrants, sont des êtres tout simplement dont l’existence, en tant que telle, interroge notre raison (cf. Summa contra Gentiles, III, 71). Il n’y aurait pas de souffrance s’il n’y avait pas d’êtres souffrants ; il n’y aurait pas d’êtres souffrants s’il n’y avait pas d’êtres du tout ; il n’y aurait pas d’êtres du tout si Dieu n’existait pas. Le mal nous révèle donc – à la manière d’un « négatif » photographique – l’existence de Dieu.

La question « du bien, du bon, de l’être, de la vie » se posant avant même celle du mal, nous allons poursuivre notre réflexion sur l’existence de Dieu en approfondissant la question de la rationalité de notre foi (nous aborderons dans la troisième partie la question de la Révélation).

Il est habituel d’opposer Dieu et la Raison. C’est ainsi que nombre d’athées rejettent Dieu au nom d’une Raison qui ne pourrait, selon eux, reconnaître pour vraie que ce que l’on pourrait voir, toucher et mesurer. Il leur paraît déraisonnable, absurde, voire nuisible d’adhérer à une « réalité » qui ne puisse se démontrer de manière « scientifique » – surtout lorsqu’elle implique autant de contraintes dans la vie des hommes que celle de Dieu.

Mais certains croyants eux-mêmes pensent que l’existence de Dieu n’a pas à être justifiée par la Raison ! Ils estiment que les vérités de la foi ne s’appuient sur aucun préambule rationnel ; que la Foi possède en elle-même sa propre raison et sa propre justification. Ils la considèrent comme une pure affaire d’expérience ou de sentiment, une question de conviction personnelle et subjective. Selon cette perspective, l’homme croit parce qu’il veut bien croire – un point, c’est tout ! Il n’y a pas à argumenter ni à débattre vainement ; on croit ou on ne croit pas. La question de l’existence de Dieu ressortirait de l’opinion de chacun, non d’une vérité objective démontrable rationnellement.

Ce sont ces deux types de considération dont nous allons tenter de démontrer la fausseté. Nous allons voir en effet que non seulement il est raisonnable de croire, mais qu’il est plus raisonnable de croire que de ne pas croire ; et bien plus : qu’il est absurde de ne pas croire.

(à suivre…)



Bibliographie de cette Introduction :

- Jacques LACOURT, « Croire en Dieu : est-ce possible aujourd’hui ? », Droguet & Ardant, 1991
- Mgr André-Mutien LEONARD, « Les raisons de croire », Editions Communio Fayard, 1987
- Claude TRESMONTANT, « Comment se pose aujourd'hui le problème de l'existence de Dieu », Editions du Seuil, 1966 

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21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 13:09


Première Partie
: LA CREATION


CONCLUSION

 

 


Chers amis,

Nous concluons aujourd’hui cette première partie de notre réflexion sur l’existence de Dieu, commencée il y a déjà plus de deux ans.

« J’ai interrogé la terre,
disait Saint Augustin, et elle m’a répondu : « Ce n’est pas moi ton Dieu ». Tout ce qui vit à sa surface m’a fait la même réponse.

« J’ai interrogé la mer et les êtres qui la peuplent, et ils m’ont répondu : « nous ne sommes pas ton Dieu, cherche plus haut que nous ! »

« J’ai interrogé l’air et le vent, et ils m’ont répondu : « nous ne sommes pas non plus le Dieu que tu cherches. »

« Alors, j’ai dit à tous les êtres que je connais par mes sens : « parlez-moi de mon Dieu, puisque vous ne l’êtes point, dites-moi quelque chose de lui ! » Et ils m’ont crié de leur voix puissante : « c’est lui qui nous a faits ! » Pour les interroger, je n’avais qu’à les contempler, et leur réponse, c’était leur beauté. »

Ultimement, je crois que la présence de la beauté dans ce monde constitue la preuve la plus éclatante de l’existence de Dieu, en même temps que de son Amour pour nous les hommes. Une aile de papillon vue au microscope, un coucher de soleil, l’immensité de la mer, les teintes automnales des érables canadiens en octobre notamment, un regard d’enfant, tel poème, telle symphonie… toute beauté constitue la marque, l’empreinte, la signature d’un Artiste infini.

Dira-t-on que c’est l’homme qui, par ses structures, met la beauté dans les choses ? En partie, peut-être, mais pas entièrement, sinon nous trouverions de la beauté partout. Or, tout n’est pas beau. Même l’artiste créant la beauté sait combien elle est difficile à atteindre, qu’il faut la chercher avant de la trouver, parfois après des heures d’un long travail patient. L’artiste est le premier à savoir que la Beauté lui est donnée, pour une bonne part, par l’univers, la nature, les paysages, ou les créatures elles-mêmes.

De même qu’une toile du Louvre me parle de son auteur, ainsi, ce qui est beau dans les êtres et les choses me fait remonter à un Artiste supérieur dont les Cieux chantent la gloire. C’est ce que déclare l’auteur du Livre de la Sagesse, au chapitre 13, versets 1 à 5 : « Oui, foncièrement vains tous les hommes qui ont ignoré Dieu, et qui, par les biens visibles, n’ont pas été capables de connaître Celui-qui-est, et n’ont pas reconnu l’Artisan en considérant les œuvres. Mais c’est le feu, le vent, l’air subtil, la voûte étoilée, l’onde impétueuse ou les flambeaux du Ciel qu’ils ont regardé comme des dieux, maîtres du monde !

« Que si, charmés de leur beauté, ils y ont vu des dieux, qu’ils apprennent combien leur maître est
supérieur, car c’est l’auteur même de la beauté qui les a créés. Et si leur puissance et leur activité les ont frappé d’admiration, qu’ils en déduisent combien est plus puissant celui qui les a formés, car la grandeur et la beauté des créatures font, par analogie, contempler leur auteur. »

Au cœur même de la matière, dans l’immense dynamisme qui la soulève et la polarise, nous découvrons une transcendance, distincte de cette matière, mais agissant en elle dans le respect des lois qu’elle a dictées.

C’est en vertu de la fidélité aux faits d’expérience que nous expliquons la vie par un Vivant, l’intelligence par un Être intelligent, l’organisation par un Organisateur, la Beauté par un Artiste.

Seul Quelqu’un qui est lui-même Vie et Intelligence peut avoir donné à la matière l’information nécessaire pour faire apparaître, au cours du temps, et la vie, et l’intelligence.

Quand on veut bien se donner la peine de réfléchir, d’analyser et d’observer, force est de constater que la vie, et notre vie en particulier, est une prodigieuse histoire. Elle est pour moi révélatrice d’une Présence, et d’une Présence d’amour.

Toute l’Histoire de l’univers, me semble-t-il , est une montée vers la vie.
Toute l’histoire de la vie est une montée vers l’homme.
Toute l’histoire de l’homme est une montée vers Dieu.

 

 



Bibliographie de la partie consacrée au commencement du monde et au hasard, et de la présente conclusion
 :

 

- Abbé Pierre DESCOUVEMONT, « Guide des difficultés de la foi catholique », 1989

- André FROSSARD, « Dieu en questions », Desclée de Brouwer, 1990

- Jacques LACOURT, « Croire en Dieu : est-ce possible aujourd’hui ? », Droguet & Ardant, 1991

- Mgr André-Mutien LEONARD, « Les raisons de croire », Communio Fayard, 1987

- Jean-Pierre LUMINET, « L’invention du Big Bang », Points Sciences, 2004

- Yves MOREAU, « Chrétien, quelles sont tes raisons de croire ? », Editions Resiac, 1990

- Dominique MORIN, « Dieu existe-t-il ? », Les Carnets de Fête et saisons, Carnet n° 6, 1993

- Jean STAUNE, « Notre existence a-t-elle un sens ? », Presses de la Renaissance, 2007

- Science & Vie Hors Série, « L’univers aujourd’hui (ses mystères, son histoire, son architecture) », mars 2008, n° 242.

 

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20 juillet 2008 7 20 /07 /juillet /2008 17:52


Première Partie
: LA CREATION


L’ORDRE DE L’UNIVERS FACE AU HASARD

 

 


Nous avons vu que le monde dans lequel nous vivons n’a pas toujours existé ; qu’il a commencé d’être avec le Big Bang ; qu’avant, il n’y avait ni matière, ni espace, ni temps. Une intelligence douée de raison ne peut donc pas ne pas se poser la question de l’existence de Dieu. Car si le néant ne peut créer le monde ; faire que soudain, il y ait quelque chose plutôt que rien ; Dieu, Lui, par sa Toute-Puissance, le peut.


Faisons maintenant une grosse concession au dogme athée (il faut savoir faire des sacrifices, parfois…). Imaginons que le monde soit né de rien. Que comme ça, subitement et sans explication, l’univers ait surgi du néant. Il se pose alors un problème gigantesque sur lequel toutes les théories non-croyantes se cassent irrémédiablement les dents : ce problème, c’est celui de l’ordre admirable qui règne dans notre univers.

Dans votre calendrier, n’indique-t-on pas l’heure du lever et du coucher du soleil ? La date du printemps, de l’été, de l’automne, de l’hiver ? Le soleil, le quartier de la lune, les saisons, connaissent-ils des retards ? Et pourquoi ? Connaissez-vous une machine si bien montée que l’univers ? Une machine incroyablement complexe, d’une précision inouïe…

Vous savez que les astronomes arrivent à prévoir le passage des éclipses, à calculer avec précision la trajectoire d’un astre. Mais savez-vous que Urbain Le Verrier est arrivé à découvrir uniquement par des calculs mathématiques l’existence et la position d’une planète, Neptune, invisible à l’œil nu ? Que cette découverte fut confirmée par l’Observatoire de Berlin qui aperçut la planète à l’endroit exact déterminé par les calculs de l’astronome français, en 1846 ?

Notre univers, chers amis, est remarquablement organisé. Loin d’être chaotique, le cosmos est merveilleusement ordonné.
Nous savons aujourd’hui qu’il obéit à des lois ; que toute la nature est régie par des lois ; qu’il y a des lois en physique, des lois en chimie, des lois en biologie, des lois en mathématiques… Mais d’où viennent ces lois ? Qui a écrit ses lois ?

Pour les plus grands scientifiques, il n’y a pas de doute. Citons ainsi Werner Von Braun, spécialiste des fusées de la NASA : « Pour moi, je n’ai pas à me prouver Dieu. Je peux dire que je le vois et que j’en expérimente en quelque sorte la présence pour la seule raison qu’il me paraît inconcevable de penser qu’on pourrait faire des calculs et des prévisions scientifiques si précis et si complexes que ceux que nous avons dû faire pour faire décoller nos fusées, si cet univers cosmique n’était pas soumis à des lois précises et constantes qui seules peuvent les permettre. Il n’y a, que je sache, jamais eu de lois sans législateur. Dieu est pour moi ce Législateur suprême ».

Même son de cloche du côté de Charles Fehrenbach, savant de réputation internationale, directeur d’Observatoire, médaillé d’or du CNRS : « A mon avis, dit-il, le plus bel objet du monde, vu au télescope, est Saturne et son anneau : un astre d’une beauté absolument extraordinaire ! Quand vous voyez cela, vous en avez le souffle coupé ! Et vous vous dites : comment un tel système peut-il exister ? Une si prodigieuse organisation, d’une si grande perfection ? On sait qu’il existe, on ne sait pas pourquoi. Cet émerveillement vous touche bien sûr au fond du cœur. Il touche les croyants, mais aussi les non croyants. Bien sûr, je ne trouve pas Dieu parce que je suis astronome. Cependant, je reste croyant en étant astronome. Et ma foi n’est pas diminuée par le fait que je le suis. Loin de là ».

Quand au naturaliste Pierre-Paul Grassé, il déclarait ceci : « Si je suis revenu à la foi, c’est par la science… Nous vivons dans un monde ordonné. Or, qui dit ordre dit intelligence ordonnatrice ».

Tous les scientifiques ne tiennent pas cependant ce beau langage, et certains considèrent notre univers comme le simple fruit du hasard. Ils prétendent que c’est le hasard qui a agencé les choses comme nous les voyons. Le monde actuel serait l’une des multiples combinaisons possibles qui pouvait sortir du tohu-bohu initial. Bref, Dieu n’est pas nécessaire, pensent-ils. « L’homme sait enfin qu’il est seul dans l’immensité indifférente de l’univers d’où il a émergé par hasard » écrivait Jacques Monod, éminent biologiste disparu en 1976, dans son fameux ouvrage « Le hasard et la nécessité ».

Le hasard peut-il vraiment constituer une explication intellectuellement satisfaisante au monde dans lequel nous vivons et à l’apparition de la vie humaine ? Je ne le crois pas. Tout simplement, je le répète, à cause de l’ordre qui règne dans l’univers.

Hasard est un mot d’origine arabe qui désigne le jeu de dés. Le hasard, qui est aveugle, s’oppose à l’intelligence, qui est lucide. Un monde né du hasard serait donc nécessairement chaotique, comme le faisait observer Albert Einstein dans sa fameuse lettre de 1952 à son ami Maurice Solovine : « On pourrait et même on devrait, disait le génial scientifique, s’attendre à ce que le monde soit soumis à la loi dans la mesure seulement où nous intervenons avec notre intelligence ordonnatrice. Ce serait une espèce d’ordre comme l’ordre alphabétique des mots d’une langue. L’espèce d’ordre, par contre, créé par exemple par la théorie de la gravitation de Newton est d’un tout autre caractère. Car si les axiomes de la théorie sont posés par l’homme, le succès d’une telle entreprise suppose un ordre d’un très haut degré du monde qu’on n’était, a priori, nullement autorisé à attendre. C’est cela le miracle, qui se fortifie de plus en plus avec le développement de nos connaissances »

Si l’Evolution flottait au gré du hasard, le règne animal serait un fatras de formes inintelligibles que le paléontologiste n’arriverait pas à relier les uns aux autres. D’ailleurs, il n’y aurait pas de paléontologiste…

Dans la vie, le hasard ne produit régulièrement que du désordre. Si je jette en l’air les 5 lettres ARSPI, il me faudra beaucoup de temps pour obtenir PARIS dans l’ordre. Le plus difficile serait d’y parvenir à tous les coups… De même, disait le médecin et biologiste Jacques Ruffié, peut-on imaginer écrire un livre, même avec 1 milliard d’années devant soi, en tirant les lettres d’un sac, les yeux fermés ?

Si l’on démonte un réveil et que l’on place ses différentes pièces dans une poêle à frire, on aura beau remuer le tout, on n’arrivera jamais à reconstruire le réveil. Pour reconstruire le réveil, il faudrait une intelligence. Une intelligence lucide et ordonnatrice qui ne peut procéder du hasard qui, lui, est aveugle.

Si le hasard peut rendre compte exceptionnellement d’un ordre passager – par exemple, j’ai gagné au loto, et j’ai gagné par hasard – il ne peut pas rendre compte d’une harmonie générale et permanente comme celle que nous découvrons dans le monde, ou en nous, dans notre propre corps. Une somme de hasard ne créé pas de lois. Or, le gland donne toujours un chêne, et l’on n’a jamais vu qu’une graine de capucine donnât naissance à un bébé éléphant !

Des forces aveugles inconscientes ne suffisent donc pas à expliquer l’ordre admirable constaté au cœur des choses, des plantes ou des animaux, des êtres, en un mot, dépourvus eux-mêmes d’intelligence, mais qui obéissent à des lois intelligibles.

Avez-vous déjà vu les hirondelles un soir d’octobre s’assembler et s’envoler en un nuage tourbillonnant ? Elles semblent obéir comme à un signal mystérieux… Lorsque la belle saison est close, elles partent en Afrique. Elles volent entre 1.000 et 1.500 mètres d’altitude à une vitesse régulière entre 50 et 60 km/h en suivant des routes de migrations invariables, dormant la nuit et circulant le jour, s’alimentant de ce qu’on appelle le plancton aérien. Au mois d’avril, on les voit revenir, isolément. Le même couple retrouve son ancien nid après un aller-retour de plusieurs milliers de kilomètres…

La simple observation de la nature et de son intelligence prodigieuse suffit à discréditer la thèse du hasard. Car ce qui est privé de connaissance ne peut tendre à une fin que dirigé par un Être connaissant et intelligent, comme la flèche par l’archer.

Qu’on l’observe au microscope ou au télescope, le monde est gorgé d’intelligence, comme un arbre de sève au printemps. Tout le contraire du chaos ! Le monde est fait avec intelligence. Il a donc été fait par une Intelligence. Il faut être logique : si le hasard aveugle provoque habituellement le chaos, et l’intelligence lucide l’ordre intelligible, puisque notre monde est admirablement ordonné, c’est qu’il procède nécessairement d’une intelligence lucide, et non du hasard.

Comme disait Alfred Kastler, ancien Prix Nobel de physique, connu pour ses travaux sur le rayon laser : « si nous découvrions un jour sur la face cachée de la lune une usine d’aluminium qui fonctionne toute seule, nous aurions du mal à penser qu’elle est le résultat du hasard, et nous dirions plutôt qu’elle a été installée par des extra-terrestres. Ce serait en tous les cas l’explication la plus raisonnable. Or, le corps humain est 10 millions de fois plus compliqué qu’une usine entièrement automatisée ! Il est dès lors difficile de penser qu’il n’existe pas une Intelligence souveraine qui ait prévu tous ces processus biologiques complexes que nous observons à la surface de la terre ».

Jules Carles
, naturaliste et directeur de recherche au CNRS raisonnait de manière analogue : « Si une automobile passe sur la route, j’admettrais facilement qu’elle puisse, par hasard, tenir la route pendant 10 mètres sans que personne ne soit au volant. J’admettrais même cette absence de conducteur pour 10 mètres de plus, 100 mètres à la rigueur. Mais si l’automobile est venue de Paris à Toulouse sans tomber dans aucun fossé, j’en arriverai à croire qu’il y avait un conducteur ». Or, le chemin qui va du virus à l’homme est infiniment plus complexe que celui joignant Paris à Toulouse…

Savez-vous qu’en vertu des lois mathématiques des permutations, une maîtresse de maison qui doit placer 10 convives autour d’une table peut le faire à son choix de plusieurs millions de façons différentes ? Et que si elle en reçoit 20, elle aura 2 milliards de milliards de choix ! Comment rendre compte alors de milliards d’organismes monocellulaires d’abord, pluricellulaires ensuite, par le seul jeu du hasard ? Combien de milliards de milliards de hasards a-t-il donc fallu pour aboutir jusqu’à nous ?

(Soit dit-en passant, que ceux qui songent aux données de la foi catholique en considérant que l’on ne peut pas y croire ; que la vie après la mort, l’éternité de délices promise aux hommes par la Bible ; le Paradis, l’immortalité, la fin de toutes nos souffrances ; que tout cela est trop beau pour être vrai ; que ceux-là se posent la question : est-ce que le fait même de vivre sur cette terre, compte tenu de ce que nous venons de dire, n’est pas déjà en soi un authentique miracle ; est-ce que ça n’est pas déjà en soi « trop beau pour être vrai » ? Oui, quand on y réfléchit un peu sérieusement, le fait même que nous vivions dans ce monde est réellement prodigieux, incroyable. Incroyable, mais vrai ! Et vous voyez : il arrive que la réalité dépasse ce que l’homme peut concevoir ou rêver de plus fou !)

Pour conclure sur le hasard, je dirai qu’au fond, prétendre que l’univers ordonné dans lequel nous vivons est né du néant par le simple jeu du hasard est infiniment plus absurde que d’affirmer qu’une mouche puisse peindre par hasard une œuvre comme la Joconde. Et ce n’est pas une boutade ! Pourquoi ? Parce que la mouche, elle, a le mérite d’exister, tandis que le néant par définition n’existe pas. Ensuite, parce que Mona Lisa, pour aussi admirable qu’elle soit, se trouve limitée à quelques centimètres de toile, alors que l’univers, lui, est riche d’une profusion inouïe de merveilles multiples, de l’infiniment petit de l’atome à l’infiniment grand du cosmos... Par conséquent, si l’on est logique avec soi-même et que l’on considère absurde qu’une mouche puisse par le simple jeu du hasard produire une œuvre telle que La Joconde, alors il faut admettre a fortiori que l’univers dans lequel nous vivons ne peut pas procéder du hasard.

« Les particules originelles,
disait André Frossard, par l’effet de la sympathie et de la confiance qu’elles s’inspirent, sans impulsion ni directions extérieures, auraient commencé à s’associer de manière à former, de quarks en atomes, d’atomes en molécules, des architectures de plus en plus compliquées… jusqu’à réussir, après des milliards d’années d’efforts soutenus à composer une professeur d’astrophysique avec des lunettes et une moustache. C’est du merveilleux à l’état pur.

« La doctrine de la Création ne demandait qu’un seul miracle à Dieu. Celle de l’auto-création du monde exige un miracle par micro-seconde… Le dogme chrétien a tout de même un avantage sur la magie permanente du dogme scientiste : il est beaucoup plus raisonnable ! »

Pour Jean-Paul II enfin, « parler de hasard à propos d’un univers qui présente une organisation si complexe dans ses éléments, et une finalité si merveilleuse dans sa vie, signifie renoncer à chercher une explication au monde tel qu’il nous apparaît. En réalité, ceci équivaut à vouloir admettre des effets sans cause. Il s’agit là d’une abdication de l’intelligence humaine qui renoncerait ainsi à penser, à chercher une solution à ses problèmes ».

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29 juin 2008 7 29 /06 /juin /2008 19:49


Première Partie
: LA CREATION


LE COMMENCEMENT DU MONDE

 

 

 

Devant les merveilles de l’univers, de l’infiniment petit de l’atome à l’infiniment grand du cosmos, l’esprit de l’homme se sent complètement dépassé dans ses possibilités de création, et même d’imagination.

Comment songer qu’une œuvre d’une telle grandeur puisse ne pas être le fait d’un Créateur Intelligent et génial dont la Sagesse transcende toute mesure, et dont la puissance est infinie ?

« Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? »
interroge l’humanité depuis la nuit des temps. « Sur le plan scientifique, déclare l’astrophysicien Hubert Reeves, nous sommes incapables de répondre. Après plusieurs millénaires, nous en sommes ici au même point que le premier chasseur préhistorique : au 0 absolu ! »

Les sciences partent toujours d’un donné, préalable à toute connaissance, comme à toute expérience scientifique. Les sciences positives et expérimentales, la physique, la chimie, la biologie, comme les sciences humaines, partent d’un fait qu’elles n’ont pas fabriqué, qu’elles ont trouvé, qui s’impose à elle et sur lequel elles se penchent. Ce fait, ce donné, c’est l’existence même de l’univers. Tout scientifique, tout homme peut dire : il y a quelque chose en dehors de moi, qui existait avant moi et qui sera après moi.

Mais d’où vient le donné ? Et qui est le donateur ? Voilà des questions auxquelles la science ne répond pas, mais qui se posent pourtant à la raison humaine. L’existence de l’univers pose problème, comme tout existence. « L’univers m’embarrasse, disait Voltaire, et je ne puis songer que cette horloge existe et n’ait point d’horloger ».

Le problème se pose avec d’autant plus d’acuité que les scientifiques savent aujourd’hui que ce monde n’a pas toujours existé ; qu’il a eu un commencement ; un point de départ avant lequel il n’existait pas, et après lequel il croît et se développe. La conséquence est que notre univers a un âge, que l’on estime aujourd’hui à 13,7 milliards d’années.

Au commencement de l’histoire de notre univers, il y a un évènement inexplicable, incroyable, mystérieux : le Big Bang. Une gigantesque explosion de lumière! Avec au commencement : un petit point imperceptible, beaucoup plus petit que la pointe d’une épingle, dans lequel se trouvait concentrée toute la masse de notre univers actuel, et où régnait une chaleur inimaginable : plusieurs milliards de milliards de degrés ! A 10-43 seconde du Big Bang, l’Univers avait un diamètre de 10-33cm et une température de 1032 degrés (imaginez…). Toute l’énergie qui existe aujourd’hui dans l’univers était présente dans ce point minuscule ; rien n’a été « ajouté » depuis.

Et puis… BOUM ! Sous l’effet de la déflagration, la matière a commencé de se disperser, à s’éloigner du point initial. Mouvement qui se poursuit aujourd’hui encore : c’est la théorie de l’univers en expansion. La température chute alors de plusieurs milliards de degrés par milliardièmes de secondes ! Plus la taille de l’univers augmente, et plus il se refroidit (comme dans une maison qui grandirait, mais dont l’énergie dépensée pour la chauffer serait la même).

Trois minutes après le Big Bang, la température s’élève à 1 milliard de degrés ; l’univers est une fournaise brûlante, une soupe chaude de particules qui commencent à se lier par l’intermédiaire de forces fondamentales, faisant apparaître les premiers noyaux, essentiellement de l’hydrogène et de l’hélium.

Entre une seconde et 300.000 années après l’explosion initiale, les températures et les densités sont encore trop extrêmes pour que la moindre des structures que nous observons aujourd’hui, galaxies, étoiles, et même atomes, puisse exister : c’était alors le règne de la lumière ! (Quelle intuition géniale, soit dit en passant – manifestement inspirée par l’Esprit Créateur ! –, que celle de l’Ecrivain sacré évoquant dans le livre de la Genèse la création par Dieu de la lumière antérieurement à celle du soleil, réduit pour sa part à l’état de luminaire à l’instar de la lune, à une époque où les connaissances scientifiques n’étaient pas celles dont nous disposons aujourd’hui, et où nombreuses étaient les religions païennes à faire du Soleil un Roi, un Dieu, la source de toute vie et de toute lumière…).

A 380.000 ans, la température est tombée à 3.000 degrés, suffisamment pour que la matière se libère de la lumière : les premiers atomes se forment alors, la lumière se met à filer droit devant elle. C’est cette première lueur que nous observons aujourd’hui sous le nom de « rayonnement cosmologique fossile ».

Après un milliard d’années, sous l’effet de la loi de la gravitation, les premiers rassemblements d’hydrogène gazeux ont donné naissance, en s’effondrant sur eux-mêmes, à des étoiles, puis à des groupes d’étoiles, puis à des galaxies. L’univers a déjà l’aspect filamenteux qu’on lui connaît aujourd’hui. Les premières étoiles explosent, ensemençant l’espace en éléments plus lourds que l’hydrogène et l’hélium, permettant aux étoiles des générations suivantes d’être accompagnées d’un cortège de planètes parmi lesquelles, il y a 4,57 milliards d’années, notre planète Terre.

La théorie du Big Bang est une théorie scientifique aujourd’hui bien établie, peut-être même davantage encore que la théorie de l’Evolution. C’est pourquoi elle est très certainement – pour paraphraser le Pape Jean-Paul II au sujet de l’Evolution –, « plus qu’une théorie », tant les preuves empiriques s’accumulent en sa faveur.

Tout a commencé avec Einstein, et sa théorie de la relativité. En développant son modèle de gravitation dans lequel les masses courbent l’espace et déforment la trajectoire des rayons lumineux, Einstein avait envisagé l’expansion de l’univers. Mais l’idée lui paraissait si saugrenue et si contraire à toutes les observations de l’époque, que pour faire disparaître le problème, il eut l’idée d’ajouter dans ses équations une « constante cosmologique » dont l’unique fonction était de préserver la stabilité de l’univers en contrebalançant l’expansion. Einstein reconnaîtra plus tard que cela a été la plus grande erreur de sa vie…

En 1922, un jeune physicien russe, Alexandre Friedmann, publia un article décrivant, à partir des découvertes d’Einstein, des modèles d’univers en expansion. Friedmann avança en particulier que si la fameuse constante cosmologique d’Einstein était nulle, l’Univers pourrait avoir autour de 10 milliards d’années… Einstein réagit aussitôt en publiant une note dénonçant une erreur de calcul de Friedmann. Mais il finit par se rétracter : c’était lui qui avait commis une erreur de calcul, en croyant en déceler une dans l’article de Friedmann…

En 1927, un jeune physicien belge, Georges Lemaître, publia un article dans lequel il exposait le résultat de ses travaux : à savoir que les galaxies s’éloignent de nous de plus en plus rapidement à mesure qu’elles sont lointaines, en vertu du phénomène de l’expansion de l’univers. Mais Lemaître allait plus loin que Friedmann, en tirant toutes les conséquences de la théorie de l’expansion : il estimait en effet que si l’on inversait le mouvement de l’expansion de l’univers, et si l’on « rembobinait » le film de son histoire jusqu’à son début, on verrait alors toutes les galaxies se rapprocher les unes des autres jusqu’à un point unique. Il en conclu qu’à l’origine, toute la matière de l’univers était condensée en un « atome primitif » qui explosa. Cette découverte lui valu les railleries d’Einstein (qui affirma ses conclusions « du point de vue de la physique tout à fait abominables ») et de l’astrophysicien Fred Hoyle (qui en le voyant arriver à un colloque en Californie, s’exclama plein d’ironie : « This is the Big Bang man » ! C’est d’ailleurs de là qu’est venue l’expression « Big Bang »…).

En 1925 toutefois, après avoir démontré que certaines des nébuleuses de l’univers en forme de spirale étaient situées en dehors de notre galaxie, l’astronome Edwin Hubble put mesurer, grâce au télescope de 2,5 mètres de diamètre du mont Wilson, le spectre des galaxies, et se rendre compte qu’elles s’éloignaient toutes de nous à grande vitesse (en vertu de « l’effet Dopler » selon lequel le spectre des ondes émises par un corps en mouvement se rapprochant de lui est décalé dans un sens, et le spectre des ondes émises par des objets s’éloignant de lui est décalé en sens inverse – comme une ambulance qui fait un bruit différent selon qu’elle s’approche ou s’éloigne de vous). Pour les ondes lumineuses, le spectre des objets se rapprochant est décalé vers le bleu ; celui des objets s’éloignant vers le rouge. Or, à l’exception des galaxies les plus proches,  les spectres de toutes les galaxies se révélaient à l’observation décalés vers le rouge... Hubble énonça donc la loi qui porte son nom, selon laquelle plus une galaxie est éloignée de nous, plus elle s’éloigne rapidement. Il publia ses travaux en 1929, soit… deux ans après l’article de Lemaître !

Un quatrième homme fit son entrée en scène quelques années plus tard : le russe George Gamow, disciple de Friedmann. Il estima que si le Big Bang avait eu lieu, un rayonnement de fond « résiduel » devait exister ; que si toute l’énergie de l’univers était présente au moment du Big Bang, cette énergie – qui avait conféré une température incroyable à « l’atome primitif » – devait chauffer l’ensemble de l’univers. En 1950, il prédit ainsi en 1950 l’existence d’un rayonnement fossile provenant du Big Bang, baignant l’univers dans une température minimale de 3 kelvins (- 270° C).

En 1965, les astronomes Arno Penzias et Robert Wilson construisirent un radiotélescope pour améliorer leur communication avec les satellites. Un mystérieux bruit de fond parasitait leur instrument. Après avoir supprimé toutes les causes d’interférence, les scientifiques durent se rendre à l’évidence : le bruit était toujours là. Il s’avéra que leur « bruit de fond » correspondait à un rayonnement baignant tout l’univers d’une température de… 2,7 kelvins ! Le murmure du Big Bang venait d’être détecté. Ce rayonnement identique provenant de toutes les directions à la fois  ne pouvait s’expliquer que si toutes les régions de l’univers avait une origine commune, la forme particulière du rayonnement (celle d’un « corps noir parfait ») démontrant par ailleurs que l’univers était passé par une phase très dense et extrêmement chaude.

Le Big Bang était donc établi, et « donnait à la notion de Création une base scientifique », selon les termes mêmes de l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan. L’univers en effet n’est pas infini, ni dans le temps ni dans l’espace, comme on aurait pu s’y attendre : il a eu un commencement avant lequel il n’existait pas et après lequel il croît en taille par le phénomène de l’expansion.

Comment le Big Bang a-t-il pu se produire ? Comment du néant (absence d’espace, de temps, de matière) une gigantesque explosion a-t-elle pu libérer une telle densité de matière et d’énergie au point de donner notre univers ? Et d’où viennent cette matière et cette énergie (la petite pointe d’épingle originelle) ?

Là, les scientifiques s’avouent incapables de répondre : il s’agit pour eux d’une énigme. Il est impossible, nous disent-ils, de savoir ce qui s’est passé en deçà de 10-43 seconde après le Big Bang : nous touchons là aux frontières de la connaissance scientifique (le fameux « Mur de Planck »). Savoir ce qui s’est passé avant le Big Bang n’a pas de sens pour un scientifique, puisque le donné sur lequel s’exerce l’activité scientifique n’existait pas.

Faut-il pour autant renoncer à s’interroger sur le mystère de l’origine de l’Univers ? Non bien sûr, car la science n’est pas la seule discipline rationnelle à nous donner une connaissance objective de la réalité. Là où les sciences montrent leur limite, la métaphysique peut prendre le relais et poser à l’origine de l’univers quatre hypothèses de départ, les seules possibles, parmi lesquelles la raison pourra trancher, selon ce qui lui paraît le plus crédible :

1°) ou bien le Big Bang n’a pas de cause : il s’est produit comme cela, sans raison ;

2°) ou bien le Big Bang a sa raison d’être dans l’état antérieur au Big Bang lui-même (que l’on ne connaît pas) ;

3°) ou bien le Big Bang a sa raison d’être en lui-même : il s’est en quelque sorte donné lui-même l’existence ;

4°) ou bien le Big Bang a sa raison d’être ailleurs qu’en lui-même : c’est l’hypothèse d’une cause transcendante, d’une Création par Dieu.

La première option est absurde : elle suppose qu’il puisse y avoir des effets sans cause. On peut le croire, si l’on veut. Mais ce n’est guère rationnel.

La deuxième option fait fit de la réalité en présupposant qu’il y avait quelque chose avant le Big Bang. Ce qui est un postulat purement gratuit, qui ne repose sur rien, sur aucune donnée physique ; une pure supposition. Quiconque voudrait s’en prévaloir aurait à assumer la charge de la preuve. En outre, elle ne résout rien, en ce qu’elle n’explique pas comment ce « quelque chose » (qui n’est pas vivant ni intelligent, par définition) a pu provoquer l’explosion primordiale du Big Bang, organiser l’univers au moyen de la gravitation, et conduire son évolution de l’hydrogène et l’hélium à des formes de plus en plus complexes d’arrangements moléculaires, jusqu’à l’apparition de la vie, et la vie de l’homme avec son cerveau, sa conscience et son intelligence réflexive… Elle serait bien étrange cette matière qui s’auto-organiserait ainsi, de manière si rationnelle et intelligible, et qui créerait sans cesse de nouvelles formes, de nouvelles structures, de nouveaux organes... Pour valider cette option, il faudrait reconnaître à la matière une intelligence propre, et un pouvoir de création tout à fait étonnant… On serait alors en plein panthéisme.

La troisième option est du même niveau que la première, tout simplement absurde. Comment un esprit raisonnable peut-il admettre que le Big Bang se soit produit comme cela, tout seul. Du néant ne peut naître spontanément quelque chose. C’est une impossibilité absolue. Le néant ne produit rien, ne crée rien. Aucun être ne peut se donner l’être à soi-même, sinon celui qui possèderait l’être en lui-même. Mais comment peut-on affirmer que cet être puisse être l’univers, compte tenu de ce que nous savons de son origine, de son développement, de son âge ?...

La quatrième option est donc indiscutablement la plus raisonnable. Elle s’appuie sur la réalité de l’univers telle que nous la dévoilent les sciences positives, sans rien y ajouter ni rien présupposer (comme l’éternité ou l’intelligence de la matière). Si l’univers existe, et s’il a eu un commencement, c’est qu’il a été créé. Pour que l’univers commence d’exister, il a fallu l’intervention d’un Créateur ; pour que l’explosion primordiale du Big Bang se produise, il a fallu l’action d’un grand artificier. Avouons que toute autre explication défie la Raison. Si vous mettez des allumettes à côté d’un bâton de dynamite, jamais le bâton de dynamite n’explosera si quelqu’un n’allume pas la mèche. A fortiori si les allumettes et le bâton de dynamite n’existent pas...

L’existence d’un donné nous conduit donc directement et nécessairement à Dieu. Parce que l’univers, le cosmos, la nature, le soleil et la terre n’ont pu se faire tout seul. Et de la même manière qu’il a fallu un ouvrier pour bâtir la maison dans laquelle je suis et d’où je vous écris, de même, il a fallu pour la Création du monde l’intervention d’un Être, c’est-à-dire de quelqu’un ou quelque chose qui était avant que le monde fut, et qui se distinguait à la fois du néant qui, par définition, n’est pas, et de l’univers qui, par hypothèse, n’existait pas encore. Cet Être transcendant, intelligent et souverainement puissant, n’est autre que Dieu, celui-là même qui se révéla à Moïse en affirmant : « Je suis Celui qui suis » (littéralement : « celui qui était », « celui qui est » et « celui qui sera » : l’Être, tout simplement).

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10 février 2008 7 10 /02 /février /2008 23:23


Première Partie
: LA CREATION


LA STRUCTURE INTELLIGENTE DE L'UNIVERS
 

    




Chers amis lecteurs,

Pour tenter de répondre à la question de l’existence de Dieu, nous avons commencé par contempler le monde qui nous entoure, de l’infiniment grand à l’infiniment petit, en nous attardant plus longuement sur la plus curieuse des créatures que l’univers ait enfantée : l’homme.

Je voudrais aujourd’hui (pour clore cette première partie) m’étonner avec vous de la remarquable adaptation des capacités intellectuelles de l’homme à l’activité scientifique, qui lui permet de scruter l’univers et d'en connaître la structure, la genèse et le développement.

Comment ne pas être émerveillé en effet à la considération que notre univers se donne ainsi à connaître et comprendre à nos humaines intelligences ? Comment ne pas s'exclamer avec Albert Einstein que
 « ce qu’il y a de plus incompréhensible dans l’Univers, c’est qu’il soit compréhensible. »

« A priori,
 considérait le célèbre physicien allemand, on devrait s’attendre à un monde chaotique, qui ne peut en aucune façon être saisi par la pensée. On pourrait, et même on devrait s’attendre à ce que le monde soit soumis à la loi dans la mesure seulement où nous intervenons avec notre intelligence ordonnatrice. Ce serait une espèce d’ordre comme l’ordre alphabétique des mots d’une langue. L’espèce d’ordre, par contre, créé par exemple par la théorie de la gravitation de Newton est d’un tout autre caractère. Car si les axiomes de la théorie sont posées par l’homme, le succès d’une telle entreprise suppose un ordre d’un haut degré du monde objectif qu’on n’était, a priori, nullement autorisé à attendre. C’est cela le miracle qui se fortifie de plus en plus avec le développement de nos connaissances. »

Selon Paul Davis : « On [pourrait par exemple] aisément imaginer un monde dans lequel les phénomènes se produisant en un point donné de l’univers, ou à un niveau donné de taille ou d’énergie, seraient étroitement emmêlés avec tout le reste, d’une façon qui interdirait de comprendre l’ensemble au moyen de simples séries de lois. Ou, pour emprunter une comparaison au jeu de mots croisés, au lieu d’avoir affaire à une grille de mots séparément identifiables et inter-reliés, nous n’aurions comme solution qu’un seul et unique mot extrêmement compliqué. Nous ne pourrions alors comprendre l’univers que sur le mode du tout ou rien. » (cité par Michael Denton, in « L’évolution a-t-elle un sens ? » Fayard 1997).

Aristote, lui aussi, avait été extrêmement frappé en son temps de voir combien la structure du monde s’adaptait si bien à la compréhension humaine. Pour le philosophe grec, nous rapporte Jonathan Lear (cité par Michael DENTON, in « L’évolution a-t-elle un sens ? » Fayard 1997), « l’étude de la nature révélait que le monde avait pour sens d’être connaissable ; l’étude de l’âme humaine révélait que l’homme avait pour sens de connaître. C’est comme si le monde et l’homme avaient été faits l’un pour l’autre. »


Le mathématicien Eugen Wigner était quant à lui extrêmement fasciné par la correspondance inattendue du langage mathématique, élaboré par l’esprit humain, avec la réalité du monde physique. « On ne peut s’empêcher de penser, disait-il à l'instar d'Albert Einstein, que cela tient du miracle (…). Le langage des mathématiques est approprié à la formulation de lois de la physique, et c’est là un merveilleux cadeau que nous ne comprenons pas, ni ne méritons »...

Comment donc expliquer que la nature se laisse déchiffrer par l’homme sous des formes mathématiques ? Comment rendre compte rationnellement du fait que l’ordre de la nature soit compréhensible à nos humaines intelligences selon une grille de lecture mathématique ? La question mérite d’être posée, d’autant plus que les mathématiques connaissent une extraordinaire fécondité : tous les phénomènes physiques, de la simple chute des corps aux plus effrayantes abstractions quantiques, de la ronde des astres à l’électromagnétisme, tous ces phénomènes se plient aux lois mathématiques ! Les mathématiques ont l’étonnant pouvoir de prédire l’effet précis des lois physiques avant toute expérimentation, l’observation ne faisant que confirmer après coup les calculs effectués. Et l’on a toujours su inventer des outils mathématiques de plus en plus performants pour accéder de mieux en mieux aux subtilités du monde sensible. C’est pourquoi les mathématiques sont considérées comme une science à part entière. Car contrairement aux autres pratiques culturelles (telles que la musique, le théâtre ou la littérature), elles contribuent à forger une représentation juste et utile du monde de manière rigoureuse et contrôlable, et permettent à l’homme de mettre au point des objets techniques d’une très grande complexité : des pans entiers de notre « réalité », notamment technologique, ont ainsi été engendrés par la pensée mathématique (songeons à l’avènement de l’ordinateur et du numérique par exemple…).

« L
a chose surprenante, affirme le Pape Benoît XVI, est que cette invention de notre esprit humain [l’invention des mathématiques] est vraiment la clef pour comprendre la nature, que la nature est réellement structurée de façon mathématique et que nos mathématiques, inventées par notre esprit, sont réellement l'instrument pour pouvoir travailler avec la nature, pour la mettre à notre service, pour l'instrumentaliser à travers la technique. Cela me semble une chose presque incroyable [cf. le « miracle » d’Einstein…] qu'une invention de l'esprit humain et la structure de l'univers coïncident : les mathématiques, que nous avons inventées, nous donnent réellement accès à la nature de l'univers et nous le rendent utilisable. La structure intellectuelle du sujet humain et la structure objective de la réalité coïncident donc : la raison subjective et la raison objective dans la nature sont identiques (…). Dans ce sens, il me semble précisément que les mathématiques (…) nous montrent la structure intelligente de l'univers.

« Certes, les théories du chaos existent également, mais elles sont limitées car si le chaos prenait le dessus, toute la technique deviendrait impossible. Ce n'est que parce que notre mathématique est fiable que la technique est fiable. Notre science, qui permet finalement de travailler avec les énergies de la nature, suppose une structure fiable,
intelligente, de la matière. Et ainsi, nous voyons qu'il y a une rationalité subjective et une rationalité objective de la matière, qui coïncident. » (Benoît XVI, le 6 avril 2006).

Cette coïncidence entre la pensée mathématique de l’homme et la réalité du cosmos dans son intelligibilité révèle-t-elle un ordre mathématique objectif du cosmos, ainsi que l’affirme le Pape Benoît XVI, ou bien traduit-elle une opération de « rationalisation » du cosmos par l’homme (comparable au fait par exemple de discerner des formes dans les étoiles, qui n’ont pas d’existence en elles-mêmes, mais qui sont un moyen pour l’homme de se donner des repères dans un univers qui n’en a pas par lui-même). Ou comme le titrait la livraison du mois de septembre 2007 de la revue Science et Vie : les mathématiques, « réalité du monde ou invention de l’esprit ? »

L’universalité des mathématiques plaide nettement, me semble-t-il, en faveur de l’existence d’un ordre mathématique objectif du réel : pour toutes les civilisations en effet, deux et deux font quatre! Et il est remarquable que par des chemins différents, des mathématiciens puissent parvenir – et parviennent souvent – à des objets semblables. Même s’il existe une très grande variété de formes d’expressions mathématiques, il est intéressant de noter que toutes ces formes sont compatibles entre elles, et qu’il est possible de les réinterpréter sous une autre forme, comme celle qui est pratiquée à ce jour par la communauté mathématique mondiale.

Dans le numéro précité du mois de septembre 2007 de la revue Science et Vie, consacré à cette question de l’origine des mathématiques, Jean-Paul Delahaye, mathématicien et Professeur à l’Université des Sciences et Technologies de Lille, déclarait : « Quand je fais des mathématiques, je suis convaincu d’avoir à faire à une réalité indépendante de moi, qui n’a pas attendu que je sois présent pour prendre la forme que je lui découvre. Je trouve [par exemple] que 17 est un nombre premier, ce n’est pas moi qui le décide ! De même, les propriétés de la fonction sinus me sont imposées (…). D’aucuns pensent que notre cerveau est « cablé » pour manipuler les nombres, mais je ne crois pas que ce câblage est ce qui produit les mathématiques. La couleur est une réalité physique préexistante à nos capteurs sensoriels ! Les mathématiques aussi. »

Jean-Pierre Bourguignon, mathématicien au CNRS, Directeur de l’Institut des Hautes Etudes Scientifiques, faisait remarquer pour sa part que « lorsque nous pensons pratiquer les mathématiques les plus abstraites, on se rend compte qu’elles trouvent toujours un écho dans la réalité. S’il existe une limitation à cette possibilité, nous ne l’avons pas encore rencontrée (…). En toute rigueur, l’efficacité des mathématiques reste problématique. »

Quant à Anouk Barberousse, philosophe, chargée de recherche à l’Institut d’Histoire et de Philosophie des Sciences et des Techniques, elle avouait être fascinée par le fait que « les mathématiques sont caractérisées par une cohérence impressionnante, presque surhumaine. »

« Presque surhumaine »
… Voilà donc le « gros » mot lâché ! La réflexion d’Anouk Barberousse est intéressante à plus d'un titre, et d'autant plus pertinente à la vérité qu’elle a le mérite – même si les auteurs précités se récrieraient sans doute en lisant cela ! – de soulever la grande question posée par l’organisation intelligente de l’univers, la seule question : comment expliquer autrement que par une origine « sur-humaine » ou « sur-naturelle » l’existence de cet extraordinaire ordre mathématique régnant dans l’univers, dont l’existence ne peut manifestement pas être le fruit de notre imagination puisqu’elle s’inscrit indiscutablement dans la réalité objective elle-même ? Avec cette question subsidiaire : comment expliquer que ce gigantesque univers, dans lequel nous ne sommes rien moins qu’un petit grain de poussière infinitésimal, soit en même temps et paradoxalement à la mesure de notre intelligence, au point que celle-ci soit capable pour ainsi dire de l’absorber (dans l’espace et dans le temps) ?

« Naturellement,
disait le Pape Benoît XVI, personne ne peut prouver – comme on le prouve par l'expérience, dans les lois techniques – que les deux [intelligences – celle qui existe dans l’Univers et la nôtre propre] soient réellement le fruit d'une Unique Intelligence, mais il me semble que cette unité de l'intelligence, derrière les deux intelligences, apparaît réellement dans notre monde. Et plus nous pouvons instrumentaliser le monde avec notre intelligence, plus apparaît le dessein de la Création.

« A la fin, pour arriver à la question définitive, je dirais : Dieu existe, ou il n'existe pas. Il n'existe que deux options.

« Ou l'on reconnaît la priorité de la raison, de la Raison créatrice qui est à l'origine de tout et le principe de tout (…),

« Ou l'on soutient la priorité de l'irrationnel, selon laquelle tout ce qui fonctionne sur notre terre ou dans notre vie ne serait qu'occasionnel, marginal, un produit irrationnel – la raison serait un produit de l'irrationalité.

« On ne peut pas en ultime analyse « prouver » l'un ou l'autre projet, mais la grande option du christianisme est l'option pour la rationalité et pour la priorité de la raison. Cela me semble une excellente option, qui nous montre que derrière tout se trouve une Grande Intelligence, à laquelle nous pouvons nous fier (…).

« Si nous regardons les grandes options, l'option chrétienne est également aujourd'hui la plus rationnelle et la plus humaine. C'est pourquoi nous pouvons élaborer avec confiance une philosophie, une vision du monde qui soit fondée sur cette priorité de la raison, sur cette confiance que la Raison créatrice est amour, et que cet amour est Dieu. »





Bibliographie de la partie consacrée à l’homme et à la structure intelligente de l'Univers
 :

- Dominique MORIN, « Dieu existe-t-il ? », Les Carnets de Fête et saisons, Carnet n° 6, 1993

- Jacques LACOURT, « Croire en Dieu : est-ce possible aujourd’hui ? », Droguet & Ardant, 1991

- Mgr André-Mutien LEONARD, « Les raisons de croire », Communio Fayard 1987

- Michaël DENTON, « L’évolution a-t-elle un sens ? » Fayard 1997

- Lucien ISRAËL, « Cerveau droit, cerveau gauche », Plon 1995

- Jean-Marie PELT, « Dieu de l’univers », Fayard 1997

- Science & Vie, « D’où viennent les maths ? Réalité du monde ou invention de l’esprit ? », septembre 2007, n° 1080

 

Et quelques précieux liens sur internet :
http://lecerveau.mcgill.ca/flash/d/d_01/d_01_cr/d_01_cr_ana/d_01_cr_ana.html
http://ophtasurf.free.fr/loeil.htm

http://www.doctissimo.fr/html/dossiers/cholesterol/sa_3819_cholesterol_coeur_pompe.htm

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