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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 21:43
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Published by Matthieu BOUCART - dans Bibliographie
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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 18:50

Chers amis,

Noël approche, et peut-être pensez-vous déjà aux cadeaux que vous allez faire à ceux que vous aimez. Eh bien n'hésitez plus! Un très beau libre vient de paraître : "L’homme peut connaître Dieu". Il donne les bases de philosophie, de théologie, d’histoire etc. pour répondre aux objections des incroyants et pour étayer la foi des catholiques. Un ouvrage à découvrir et faire connaître pour l'évangélisation! Son originalité est qu’il est simple d’accès et qu’il ne s’arrête pas à l’apologétique philosophique classique, il aborde des éléments de théologie, d’histoire et réfute les objections-slogans qu’on entend partout.

Le public visé? Le plus large! L'opus est à la portée de tous, à partir du lycée ; on y trouvera de nombreux exemples, un vocabulaire simple, des chapitres courts faciles à comprendre. L’ouvrage ne reste pas dans la réflexion abstraite et théorique (par exemple, évocation d’apparitions mariales, de saint Padre Pio, etc.)

L’auteur? Jean Dollié, professeur de lettres, agrégé de l’Université, ancien élève de Jean Daujat au Centre d’Études Religieuses (une référence!).

Plus d’info? Vous trouverez la table des matières, des articles, des vidéos intéressantes sur le site : editionssaintmaximilienkolbe.blogspot.fr. Le livre se commande uniquement sur ce blog ou par correspondance chez l’éditeur.

Et pour vous donner l'eau à la bouche , voici la quatrième de couverture : 

"Il est possible que Dieu existe, mais je ne peux pas en être sûr. De plus, les religions ont fait beaucoup de mal." Si vous pensez cela, ce livre vous surprendra.

"Je crois en Dieu parce que je suis né dans une famille catholique et que mes parents m’ont amené à la messe." Et si vos parents avaient été musulmans, seriez-vous musulman ? Pouvez-vous prouver que vous êtes dans la bonne religion ?

"Moi, je pense que la religion est dépassée et qu’on peut expliquer le monde un peu plus scientifiquement au XXIe siècle. D’ailleurs, Kant, Freud, Sartre n’ont-ils pas montré définitivement que Dieu n’existe pas ?" Si vous croyez cela, ce livre est pour vous. 

"Je prie de temps en temps, mais j’ai pas mal de doutes, car Dieu, on ne le voit jamais, et puis, s’il est si bon, pourquoi tant de souffrances ?" "Je suis chrétien convaincu, mais je me pose des questions. L’enfer et le diable existent-ils vraiment ? Les miracles ne sont-ils pas de l’autosuggestion ? Pourquoi fallait-il que Jésus meure sur la croix ?" Si vous vous posez ces questions, ce livre vous répondra.

Des questions, vous vous en posez beaucoup. En 31 courts chapitres, vous trouverez des réponses simples, claires, dans un langage à la portée de tous. Le propos, illustré par de nombreux exemples pris dans la vie courante, n’est jamais ennuyeux. L’auteur réussit le tour de force de donner les bases indispensables en philosophie et en théologie. Un ouvrage de référence, pour tous, adolescents, étudiants, adultes, parents et grands-parents. Un excellent point de départ pour une étude en petits groupes.

Issu d’un milieu athée ou bien, au contraire, imprégné de christianisme, vous souhaitez obtenir des motifs crédibles et rationnels de croire en Dieu. Vos questions seront nos chapitres : Est-il raisonnable de croire en Dieu alors qu’on ne l’a jamais vu ? La science ne montre-t-elle pas la fausseté de toutes les religions ? L’évolution de l’homme ne prouve-t-elle pas que l’homme n’est pas créé par Dieu ? N’a-t-on pas raison de dire que l’Église s’est méfiée de la science ? Être adulte, n’est-ce pas penser par soi-même ? L’homme a-t-il une âme ? Puisque nos sens peuvent nous tromper, comment peut-on affirmer qu’il y a une vérité ? Le mieux n’est-il pas de faire ce qui nous plaît ? L’Église n’impose-t-elle pas sa vérité ? Comment être encore croyant après Kant, Rousseau, Marx, Freud ou Sartre ? Le diable, les anges, le purgatoire, les miracles existent-ils vraiment ? Qui peut savoir ce qu’il y a après la mort ? Etc.

Le présent ouvrage n’est pas un catéchisme : le but n’est pas d’asséner des vérités toutes faites en s’appuyant sur des textes sacrés qui font autorité. Non, la réflexion s’inscrit dans une démarche rationnelle propre à intéresser croyants ou incroyants et le livre propose un cheminement logique.

L’auteur : Jean Dollié, ancien élève du Centre d’Études Religieuses, est agrégé de l’Université. Depuis 20 ans, il enseigne les lettres dans le secondaire et l’enseignement supérieur.

Dans l'attente de vos commentaires quand vous l'aurez lu!

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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 15:13

Extrait du livre de Claude Tresmontant :  "Les métaphysiques principales". Un ouvrage indispensable pour enraciner solidement sa foi dans la raison - et répondre aux arguments de l'agnosticisme pour qui la raison humaine est incapable d'accéder avec certitude à de quelconques vérités métaphysiques. 

Métaphysiques principales

Il existe dans l’histoire de la pensée humaine quelques métaphysiques qui ne sont pas en nombre indéfini. Il existe quelques problèmes métaphysiques fondamentaux, et à ces problèmes il existe quelques solutions qui ne sont pas en nombre indéfini. Il existe aussi plusieurs méthodes en métaphysique, en tout petit nombre. Il est donc possible de constituer une typologie des métaphysiques principales (…).

 

Nous avons voulu montrer (…) qu’il existe dans la réalité historique quelques types de métaphysiques qui sont constants à travers les siècles, et que si l’on tente l’analyse logique des problèmes, il n’existe aussi que quelques types de solutions aux problèmes posés, en tout petit nombre (…). Nous avons montré comment, dans la suite des siècles, ces archétypes métaphysiques subsistent, en prenant quelques exemples particulièrement significatifs (…). Il s’agit (…) de caractériser  par quelques exemples quelques types ou modèles de métaphysiques qui sont constants à travers les siècles.

 

Cette analyse logique des métaphysiques principales permet de voir que si les solutions aux problèmes posés ne sont pas en nombre indéfini – loin de là ! – il est permis d’espérer d’en trouver la solution à la condition d’utiliser la bonne méthode, la seule méthode normale de la pensée, qui est la méthode expérimentale, la méthode scientifique.

 

Ainsi ces quelques esquisses simples et schématiques à dessein ont-elles finalement pour objet ou pour but de faire sortir, de tirer nos amis astrophysiciens, physiciens, biologistes, économistes, etc. de la morne conviction qui est la leur, conviction aujourd’hui majoritaire sur notre microscopique Planète, à savoir que l’analyse philosophique est impossible, que les questions métaphysiques sont dépourvues de signification, qu’il faut s’en tenir à la constatation du donné, etc. On a reconnu la sinistre rengaine : c’est le positivisme, le vieux et le nouveau toujours aussi vieux, qui dérive en fait du kantisme (…).

 

La méthode scientifique qui est la méthode expérimentale consiste à ne pas tenir compte des préférences subjectives de chacun dans l’analyse du donné. Mais justement, nous allons le voir, nombre de métaphysiciens à travers les siècles sacrifient volontiers le donné objectif à leurs préférences subjectives, à leurs amours et à leurs haines. C’est la raison pour laquelle la métaphysique s’est dévoyée. Et c’est la raison pour laquelle aussi nombre de philosophes – comme par exemple Nietszche, Heidegger, Sartre et bien d’autres à leur suite – ont en horreur la méthode scientifique qui est la méthode expérimentale, car elle implique, elle exige que l’on parte du donné et qu’on le respecte. Ils diraient volontiers en s’adressant au Réel donné dans l’expérience : "Eloigne-toi de nous ! Pourquoi es-tu venu nous tourmenter avant l’heure?"

 

L’abîme qui existe aujourd’hui entre la philosophie dominante telle qu’elle s’enseigne ou ne s’enseigne pas – et les sciences expérimentales, tient précisément à ce point : Tous les savants du monde sont d’accord sur le fait que le point de départ de la connaissance, c’est l’expérience objective ; que le critère de la vérité, c’est l’expérience ; qu’il faut partir du donné, l’écouter, l’ausculter, l’explorer, et que la méthode, si l’on peut dire, des déductions a priori ne vaut rien. Elle a toujours échoué et donné des résultats ridicules.

 

Les philosophes qui règnent aujourd’hui sur la Planète ne sont plus d’accord sur rien, même pas et surtout pas sur la question du point de départ de la connaissance philosophique. Il n’y a donc plus d’espoir de ce côté-là. Le seul espoir d’un renouvellement, d’une nouvelle jeunesse de la métaphysique, se présente du côté des chercheurs, des scientifiques, qui ont vu, qui ont compris l’existence et l’intérêt des problèmes métaphysiques, et qui aimeraient les traiter (…).

 

La métaphysique n’est pas quelque chose de mystique, ni de magique, ni d’irrationnel. La métaphysique est tout simplement l’analyse logique complète, intégrale, du donné de notre expérience. Il s’agit tout simplement de s’instruire en ce qui concerne ce qui est donné dans notre expérience, dans toute notre expérience, et de s’efforcer de raisonner correctement.

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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 18:10

Extrait du livre "Qu'est-ce que la théologie naturelle?" de Paul Clavier.

 

Paul-Clavier---theologie-naturelle.jpgAu-delà de la connaissance naturelle de Dieu, qui sert de préambule à la foi, s’étend le domaine de la connaissance surnaturelle de Dieu, qui est d’abord la théologie gracieuse, dont la source est la lumière de la Révélation, puis la théologie glorieuse, qui est la vision des Bienheureux élevés dans la gloire de Dieu. Une question peut être de savoir si cette connaissance naturelle de Dieu constitue ou non un préambule indispensable, une condition nécessaire pour accueillir la Révélation ou si, en fait comme en droit, ces préambules peuvent être sautés.

 

Les résistances à la théologie naturelle ne sont pas seulement le fait de philosophes agnostiques, ou d’historiens pressés d’entériner sa disparition. Il faut également compter avec la répugnance des croyants de diverses confessions exaspérés de voir leur pratique religieuse pour ainsi dire soumise à une enquête préalable. On retrouve ici l’objection fidéiste (…). Tertullien, apologète chrétien du IIe siècle, n’a pas mal contribué à dresser l’une contre l’autre la raison et la croyance religieuse (…). A sa suite, on dénonce la contamination de la religion chrétienne par la philosophie grecque.

 

Le principal grief retenu contre l’approche philosophique serait de réduire Dieu à une idole conceptuelle, de le vider de toute substance. Grégoire de Nysse, Père de l’Eglise du IVe siècle après J.-C. affirme dans ce sens : « Tout concept formé pour essayer d’atteindre et de cerner la nature divine ne réussit qu’à façonner une idole de Dieu, non point à le connaître. »

 

Ici, une distinction s’impose. Une chose est d’« essayer d’atteindre et de cerner la nature divine », autrement dit, de prétendre en épuiser le contenu ou l’essence à coup de concepts. Une telle entreprise est assurément réductrice et idolâtrique, si l’on définit l’idolâtrie comme l’action d’adorer la créature en lieu et place du Créateur (en l’occurrence, on adorerait des conceptions anthropomorphiques, des concepts humains au lieu de rendre grâce au Créateur). Autre chose est de demander, à titre de préambule, si Dieu existe. Il semble légitime, voire prudent, de s’assurer, avant d’entrer dans le schéma d’une Révélation, que celui qui se révèle existe bel et bien. Mais cette interrogation elle-même est suspecte d’irrespect. Comme si poser une telle question était inconvenant, voire scandaleux. La situation du croyant est parfois comparée à celle d’un amoureux auquel un rationaliste grincheux aurait la bêtise de demander si la fiancée existe. Quelle question déplacée ! Mais le fait que pour l’amoureux la réponse soit évidente au point qu’il ne se pose même plus la question ne signifie pas que la question soit sans objet. D’autres peuvent se la poser. Quand bien même Dieu ne pourrait être connu dignement que dans le cadre d’une relation amoureuse, la question de son existence n’en demeure pas moins un préalable à tout rendez-vous.

 

La théologie naturelle ignore ces réticences à enquêter sur les raisons que nous pouvons avoir d’admettre ou de refuser l’existence de Dieu. Elle ne se satisfait pas de l’attitude qui consiste à réduire l’existence de Dieu à un article de foi. Il y a d’ailleurs une raison assez forte pour réclamer qu’un préambule naturel soit accessible préalablement à l’acte de foi en Dieu. Si l’existence de Dieu n’est accessible que par une révélation divine, l’authentification de cette révélation est impossible, ou du moins parfaitement circulaire. La notion d’auto-révélation ou d’auto-communication d’un Dieu qui serait totalement inaccessible à la raison naturelle pose un problème de coordination avec nos facultés naturelles. Si nous n’avons aucun moyen naturel de trancher la question de l’existence de Dieu, alors nous n’avons aucune raison d’accueillir ou de refuser quelque révélation divine que ce soit. Le risque d’auto-suggestion ou de crédulité est majoré. L’illuminisme et l’obscurantisme, le fanatisme et l’irrationalisme peuvent rentrer en force, et plus rien ne peut leur être opposé. C’est ce risque que la théologie naturelle entend réduire (…).

 

Considérons le schéma :

 1) il faut croire qu’il y a un Dieu, parce qu’il est ainsi enseigné dans les Saintes Ecritures ;

 2) il faut croire les Saintes Ecritures, parce qu’elles viennent de Dieu.

 

La proposition 2) inclut déjà l’existence de Dieu, supposé véridique. En effet, quoi que disent les Saintes Ecritures au sujet de l’existence de Dieu, les accepter comme vraies parce que venant de Dieu, c’est déjà admettre que Dieu existe. La justification de la croyance en l’existence de Dieu par la croyance en la provenance divine des Saintes Ecritures est donc circulaire, pour l’infidèle comme pour le croyant. La géométrie argumentative est la même pour tous : un cercle est un cercle.

 

Pour accepter de se soumettre aux termes d’une Révélation, l’intelligence doit au minimum admettre l’existence de celui qui se révèle. Autrement, elle risque de se trouver embarquée dans un paradoxe du type : « je sais que Dieu n’existe pas mais je crois en sa parole ». Il se peut que l’existence de Dieu ne soit pas connue avec certitude, mais alors l’intelligence humaine ne pourra se soumettre à la Révélation que si elle juge l’existence de Dieu plus probable qu’improbable. Autrement, on en viendrait à dire : « Je ne crois pas que Dieu existe, mais je crois en ce qu’il me révèle (ou en ce qu’on me transmet à son sujet) ». Bref, il faut un minimum de coordination entre ce que la raison peut naturellement connaître et ce qui, le cas échéant, déborde sa capacité. Pascal, d’ordinaire si méfiant envers la capacité de la raison naturelle à parler dignement de Dieu, soutient pourtant : « Si on soumet tout à la raison, notre religion n’aura rien de mystérieux et de surnaturel. Si on choque les principes de la raison, notre religion sera absurde et ridicule ».

 

 

Ø Lire aussi "Dieu sans barbe" 

Ø Ecouter les conférences audios de Paul Clavier

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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 19:24
Dans son remarquable livre intitulé « Entrez dans l’espérance », le Pape Jean-Paul II évoque la question de l’islam. Un texte extrêmement nuancé qui me paraît faire la synthèse de nos récents échanges sur la question – et que nous gagnerions sans doute à méditer longuement. Je me suis permis d’ajouter quelques commentaires (en bleus) pour faire suite à nos discussions.

4153P1G8YJL. SS500Dans la Déclaration conciliaire Nostra Aetate (…) on peut lire : « L’Eglise regarde (…) avec estime les musulmans qui adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout puissant, Créateur du ciel et de la terre ». En raison de leur monothéisme, ceux qui croient en Allah nous sont particulièrement proches.

[1. Jean-Paul II part de la Déclaration conciliaire Nostra Aetate qui constitue, selon Benoît XVI, la Magna Charta de nos relations avec les musulmans et qui définit l’esprit avec lequel les catholiques doivent aborder la question de l’islam.

2.
Le Pape souligne la proximité particulière que nous avons avec les musulmans « en raison de leur monothéisme ». Quelque soit les différences théologiques que nous pouvons avoir avec eux, nous avons en commun de croire en l’existence d’un Dieu unique, Créateur du ciel et de la terre, ontologiquement distinct du monde, et par suite, radicalement transcendant – contre le matérialisme qui considère l’univers comme le seul être, et contre le monisme qui considère que l’univers est une illusion et que seul existe l’Un (ou la Substance, ou le Brahman) entendu comme une énergie "divine" impersonnelle].

Je me souviens d’un évènement de ma jeunesse. Nous visitions à Florence le couvent Saint-Marc, où nous admirions les fresques de Fra Angelico. Un homme se joignit alors à notre groupe, partageant notre émerveillement devant l’œuvre du grand artiste que fut ce moine, mais il ne tarda pas à ajouter : « Mais il n’y a rien là qui atteigne la beauté de notre monothéisme musulman ». Cette déclaration ne nous empêcha pas de continuer notre visite avec cet homme en discutant amicalement avec lui. A cette occasion, j’ai pu avoir comme un avant-goût de ce que serait ce dialogue entre le christianisme et l’islam que l’on tente de développer systématiquement depuis le Concile.

[3. Un évènement de la vie personnelle du Pape va lui faire mesurer l’ampleur de la difficulté du dialogue avec les musulmans. Il ne s’agit pas de nier ces difficultés ou de les sous-évaluer, mais de voir au contraire combien elles rendent urgent l’établissement d’un dialogue avec les croyants musulmans – un dialogue que l’Eglise cherche à développer « systématiquement » depuis le Concile, nous dit le Pape].

Quiconque lit le Coran, en connaissant déjà bien l’Ancien et le Nouveau Testament, percevra clairement le processus de réduction dont la Révélation divine y est l’objet. Il est impossible de ne pas être frappé par l’incompréhension qui s’y manifeste de ce que Dieu a dit de Lui-même, d’abord dans l’Ancien Testament par les prophètes, ensuite de façon définitive dans le Nouveau Testament par son Fils. Toute cette richesse de l’auto-révélation de Dieu, qui constitue le patrimoine de l’Ancien et du Nouveau Testament, a été, en fait, laissée de côté dans l’islam.

Le Dieu du Coran est appelé des plus beaux noms connus dans le langage humain. Mais, en fin de compte, c’est un Dieu qui reste étranger au monde. Un Dieu qui est seulement Majesté et jamais Emmanuel, « Dieu-avec-nous ». L’islam n’est pas une religion de rédemption. Il n’offre aucun espace à la Croix et à la Résurrection. Jésus est mentionné, mais seulement comme prophète qui prépare la venue du dernier de tous les prophètes, Mahomet. Marie aussi, la Vierge-Mère, est nommée. Mais le drame de la Rédemption est complètement absent. C’est pourquoi non seulement la théologie mais encore l’anthropologie de l’islam sont très éloignées de celles du christianisme.

[4. Voilà donc les difficultés exposées. Elles sont naturellement d’ordre théologiques (et anthropomorphiques). Elles sont si profondes qu’il est illusoire – à mon avis – d’envisager le dialogue interreligieux sous le seul angle du débat théologique : si tel était le cas, nous ne pourrions pas cheminer très loin...

Cela dit, même sur le plan théologique, il existe tout de même un certain nombre de points de raccords dont le Pape ne parle pas ici, mais qui sont des voies ouvertes pour un approfondissement réciproque du donné révélé (par ex. le fait que dans le Coran, Jésus n’ait pas de père humain ; qu’il y soit désigné comme le Verbe ; qu'y soit annoncé aussi son retour à la fin des temps, au Jour du Jugement…)

5.
Il est intéressant de noter ici que le respect dû à l’islam et aux musulmans n’implique pas le moindre relativisme doctrinal. Au contraire : le respect implique la reconnaissance de l’altérité – et donc : qu’un musulman soit musulman et puisse parler comme un musulman à un chrétien, et qu’un chrétien soit chrétien et puisse parler comme un chrétien à un musulman. Parvenir à dire nos différences dans un climat d’amitié et de paix, dans le respect de nos différences au nom de ce qui nous unit déjà, voilà le but premier, me semble-t-il, du dialogue interreligieux. Ainsi, nous pourrons manifester l’Evangile en acte – par la proposition d’une amitié – et le proclamer de notre bouche – par la présentation loyale de notre foi (tout ce que le Seigneur nous demande en somme – pas plus, pas moins.)]

Cependant, la religiosité des musulmans est digne de respect. On ne peut pas ne pas admirer, par exemple, leur fidélité à la prière.
Sans se préoccuper ni du temps ni du lieu, celui qui nomme Dieu Allah tombe à genou et se plonge dans la prière plusieurs fois par jour. Cette image reste un modèle pour ceux qui confessent le vrai Dieu, et en particulier pour ces chrétiens qui abandonnent leurs merveilleuses cathédrales et prient si peu ou ne prient pas du tout.

Le Concile a invité l’Eglise au dialogue avec les fidèles du Prophète (sic), et l’Eglise s’est engagée dans cette voie. Nous lisons dans Nostra Aetate : « Si au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, le Concile les exhorte tous à oublier le passé et à s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté ».

Dans cette perspective, les rencontres de prière à Assise ont certainement eu, comme je l’ai déjà indiqué, une importance considérable, surtout la prière pour la paix en Bosnie en 1993. Il faut ajouter les rencontres avec les musulmans pendant mes nombreux voyages apostoliques en Afrique ou en Asie. Il est arrivé que la majorité des habitants du pays où je me rendais soient des fidèles de l’islam : eh bien, cela n’empêchait pas que le Pape soit chaleureusement accueilli ni qu’il soit écouté avec bienveillance.

Mon voyage au Maroc, où j’étais invité par le roi Hassan II, peut sans aucun doute être considéré comme un évènement historique. Ce ne fut pas seulement une visite de courtoisie, mais un fait d’ordre vraiment pastoral. Inoubliable, cette rencontre avec les jeunes dans le grand stade de Casablanca (1985) ! L’ouverture des jeunes au discours du Pape sur la foi en l’unique Dieu était frappante. Il y a certainement eu là un évènement sans précédent.

[6. Après avoir relevé les aspects admirables de l’islam dont les chrétiens pourraient s’inspirer pour revitaliser leur foi (le Pape cite l’exemple de la prière, mais il aurait pu évoquer aussi le jeûne ou la pratique de l’aumône), il témoigne d’un certain nombre d’évènements au cours desquels il fut frappé par l’ouverture des musulmans à son discours, la chaleur de leur accueil et la bienveillance de leur écoute. Nous-même peut-être, à notre petite échelle, avons-nous pu faire cette expérience qu’un musulman n’est jamais complètement insensible à la manière dont nous pouvons manifester publiquement notre foi ou notre prière : cela les touche, les interpelle, cela leur pose question, et souvent, ils viennent nous interroger, ils cherchent à comprendre, ils sont sincèrement curieux et souvent agréablement surpris de découvrir qu’un chrétien puisse être aussi un vrai croyant, un adorateur en esprit et en vérité – ce qui créé un lien et ouvre la possibilité d’une amitié.]

Cependant, les difficultés très concrètes ne manquent pas non plus. Dans les pays où les courants fondamentalistes prennent le pouvoir, les droits de l’homme et le principe de la liberté religieuse sont interprétés, hélas, de façon tout à fait unilatérale : par liberté religieuse, on entend la liberté d’imposer la « vraie religion » à tous les citoyens. La condition des chrétiens dans ces pays est vraiment dramatique. Les attitudes fondamentalistes de ce genre rendent les contacts réciproques difficiles. Néanmoins, la disponibilité au dialogue et à la collaboration demeure immuable du côté de l’Eglise.

[7. Impressionnant final où le Pape fait état de la situation dramatique des chrétiens persécutés en pays musulmans, tout en se gardant d’assimiler trop facilement la violence à l'islam. Pour Jean-Paul II, les difficultés proviennent de ce que ces pays sont gouvernés par des « courants fondamentalistes » – que le Pape ne considère nullement comme représentants d’une prétendue orthodoxie islamique. Ce sont les « attitudes fondamentalistes » qui rendent le dialogue vraiment difficile. Pour autant, ils ne l’empêchent pas absolument, puisque « la disponibilité au dialogue et à la collaboration demeure immuable du côté de l’Eglise » ! L’Eglise a donc pris le parti inconditionnel du dialogue avec l’islam – en toutes ses composantes – et du refus d’entrer dans la condamnation, le mépris et le rejet.

On est frappé de retrouver la même attitude chez Benoît XVI. Ainsi, dans son discours au Corps diplomatique, le 8 janvier 2009 (texte publié ce jour sur Totus Tuus), tout juste après avoir déploré les violences et exactions dont les chrétiens sont victimes dans tant de pays – qu’il impute non à l’islam, mais à la « pauvreté morale » de leurs auteurs –, il « demande instamment de s’employer avec énergie à mettre fin à l’intolérance et aux vexations contre les chrétiens, d’œuvrer pour réparer les dommages provoqués, en particulier aux lieux de culte et aux propriétés ; et d’encourager par tous les moyens le juste respect pour toutes les religions, proscrivant toutes formes de haine et de mépris. » On ne saurait mieux dire que la religion (toute religion, dont l’islam) n’est jamais considérée en elle-même comme facteur de violence et de haine ; que la violence et la haine ne viennent pas des religions elles-mêmes, mais du péché de leurs adeptes, de leur « pauvreté morale », de leur  « fondamentalisme ».]


Ø Autres sujets traités dans l’ouvrage : Comment prier ? Dieu existe-t-il ? Jésus est-il vraiment Dieu ? Jésus devait-il se sacrifier ? Pourquoi tout ce mal ? Pourquoi tant de religions ? Hors de l’Eglise, quel salut ? A quoi sert de croire ? L’au-delà existe-t-il ?...

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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 12:48

Mgr Léonard 2Quatrième de couverture de l'ouvrage référence de Mgr André-Mutien Léonard, tout nouvel archevêque de Malines-Bruxelles : "Les raisons de croire". Mon livre de chevet depuis plus de dix ans.

Le plus grand enjeu du monde contemporain est celui de la foi. Oui ou non, Dieu existe-t-il? Oui ou non, s'il existe, Dieu plane-t-il loin au-dessus de nos vies et des drames du monde, ou bien intervient-il activement dans notre histoire, pour l'éclairer et la conduire à son aboutissement? Oui ou non, Jésus-Christ est-il l'Unique en lequel Dieu s'est révélé et livré à l'humanité pour toujours? Oui ou non, Jésus-Christ est-il aujourd'hui vivant et accessible dans l'Eglise?

Dans notre monde occidental déchristianisé, ces questions retrouvent, à la mesure même du paganisme ambiant, toute leur acuité et tout leur tranchant. Qu'en est-il de la foi dans laquelle la plupart de nous ont grandi, mais que déjà beaucoup, dans les plus jeunes générations, ignorent totalement? Qu'en est-il de l'espérance chrétienne qui attend tout de Dieu, au beau milieu d'un monde qui semble attendre si peu de lui? Qu'en est-il?

Le propos de ce livre est de montrer qu'aujourd'hui plus que jamais, il est raisonnable de croire. Même si la foi dépasse la raison, elle n'est pas sans raisons. Il s'agit donc ici de manifester les raisons qui justifient rigoureusement la foi face aux requêtes légitimes de l'intelligence humaine. Certes, croire est plus qu'une affaire de compréhension intellectuelle ; mais si elle veut résister aux remises en question massives auxquelles la soumettent les nombreuses idéologies du monde contemporain, la foi doit pouvoir rendre raison d'elle-même sur le plan de l'intelligence commune à tout homme. Elle doit, en particulier, relever le terrible défi du mal qui semble contredire Dieu. Tel est le propos de ce livre, fruit des nombreuses années d'enseignement de l'auteur à l'Université de Louvain.


Ø Réecouter l'enseignement de Mgr Léonard sur Jésus-Christ : première partie et seconde partie.

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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 15:25

« Quand nous arriverons au paradis, nous serons certainement éblouis par l'admirable simplicité de Dieu. Et tout ce qui nous aura paru mystérieux sur terre nous apparaîtra tout à coup lumineux », écrit le Père Descouvemont.

Pourquoi croire est-il aujourd'hui si difficile? Pourquoi le croyant reste-t-il souvent perplexe face à certaines données de la foi? Dans son ouvrage intitulé « Les apparents paradoxes de Dieu », le Père Descouvemont relève sept paradoxes fondamentaux qui déconcertent le chrétien et intriguent le non-croyant :

- à Trois, Il ne font qu'Un ;
- Tout Autre, il est Tout Proche ;
- Prodigue, il est mendiant ;
- Juste, il est miséricordieux ;
- Infiniment heureux, il communie à nos souffrances ;
- Tout-Puissant, Il nous laisse libre ;
- Rejeté, Il est toujours là.

Parcourant ces paradoxes en puisant dans l'expérience des Saints – pour qui le mystère de Dieu a toujours été source d'émerveillement –, l'auteur livre une réflexion qui lève les ambiguïtés et les malentendus entourant la foi chrétienne. Il invite croyants comme non-croyants à envisager Dieu non pas comme un mur contre lequel on bute, mais comme un océan sans rivage que l'on n'a jamais fini d'explorer.

Prêtre, né en 1927, le Père Pierre Descouvemont est philosophe, théologien, prédicateur de retraites et conférencier renommé pour ses qualités de vulgarisateur. Il est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages dont le "Guide des difficultés de la foi catholique" et le "Gagner le combat spirituel".

Voici donc un extrait de cet intéressant ouvrage sur les « apparents paradoxes de Dieu » que me suggère notre débat avec Yves sur la souffrance et la mort du Verbe incarné (à partir du commentaire n° 47 sur ce fil). Dieu peut-il souffrir, Lui qui est impassible ? Dieu peut-il mourir, Lui qui est immortel ?

En méditant les souffrances que le Christ a endurées pour nous tout au long de Son existence terrestre, les chrétiens n’ont jamais oublié la distinction proclamée par le Concile de Chalcédoine en 451. C’est dans Sa nature humaine, et non dans Sa nature divine, que le Christ a souffert. C’est bel et bien la personne du Verbe qui a souffert pour nous sur la Croix, mais en tant que Verbe, Il est resté impassible.

Cela ne signifie pas que la Personne du Verbe n’a pas été « affectée » par ce qui Lui est arrivé sur la terre.
Saint Léon lui-même, qui a tant contribué à faire proclamer par le Concile de Chalcédoine la distinction entre les deux natures du Christ, reconnaît que les souffrances du Verbe incarné ont reflué jusqu’à l’Être impassible : « Ce que souffrait la chair du Verbe n’était donc pas souffrance du Verbe, mais de la chair ; ses injures et ses supplices refluaient (redundabant) cependant jusqu’au Verbe impassible, en sorte qu’on a pu dire à juste titre que c’est à Lui qu’était infligé ce qu’Il a permis sur Son corps, selon le mot de l’apôtre : « S’ils L’avaient connu, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de gloire » » (Sermon XVII sur la Passion).

Tel est l’enseignement constant des Pères de l’Eglise. En s’incarnant dans le sein de la Vierge Marie, le Fils de Dieu est devenu mortel, tout en restant immortel. Il est devenu passible, tout en restant impassible. Il est devenu fragile, tout en restant le Tout-Puissant. Il est devenu homme, tout en restant Dieu.

Bien avant le Concile de Chalcédoine, Saint Athanase affirmait déjà, dans son « Troisième discours contre les ariens » (n°32) :
« De même que nous disons que le corps assumé par le Verbe est Son propre corps, de même nous disons que les souffrances de ce corps ont été proprement les siennes, bien qu’elles ne l’atteignent pas en Sa divinité ».

Même affirmation chez Grégoire de Nysse disant du Logos qu’Il a été
« Dieu impassible souffrant dans la chair, tout en demeurant dans l’impassibilité » (Contre Eunome, XII).

Mais par ailleurs (…), en affirmant l’impassibilité du Verbe, les chrétiens ne se sont jamais représenté Dieu comme un Jupiter qui trône dans le ciel, indifférent à la souffrance des hommes. Ils savent que le Dieu qui se révèle dans l’Ecriture est un Dieu dont les entrailles sont pleines de pitié pour son peuple : « Mes entrailles s’émeuvent pour lui, pour lui déborde ma tendresse » (Jr 31. 20).

A fortiori
, les chrétiens n’ont jamais pensé que le Père et l’Esprit Saint aient été insensibles à la souffrance du Fils bien-aimé et au cri qu’il lança sur la Croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Très souvent, les artistes ont évoqué cette participation de la Sainte Trinité à la tragédie du Calvaire en représentant le Père accueillant dans ses bras le Corps du Crucifié et l’Esprit-Saint reposant sur Lui sous la forme d’une colombe.

C’est la raison pour laquelle des Pères de l’Eglise n’ont pas hésité à parler d’une souffrance en Dieu :
« Le Père Lui-même, dit par exemple Origène, Dieu de l’Univers, plein d’indulgence et de miséricorde, n’est-il pas vrai qu’Il souffre en quelque sorte ? » (Homélies sur Ezéchiel, VI, 6).

Les chrétiens n’oublient jamais en effet que, pour respecter le mystère de Dieu, il faut affirmer simultanément que Dieu est infiniment heureux et infiniment compatissant.
« Si Dieu est impassible, affirme Saint Bernard, Il n’est pas dénué de compassion, puisque rien ne Lui est plus inhérent que d’avoir toujours pitié et de pardonner. » C’est pourquoi, continue-t-il, les bienheureux habitants du ciel participent à la compassion de Dieu pour les hommes : « Délivrés de la souffrance, ils compatissent à la nôtre. Leur sensibilité n’est pas diminuée, elle est transfigurée ; en se revêtant de Dieu, ils n’ont pas dépouillé toute affection pour nous. Libérés de la faiblesse, il ne le sont pas de la pitié. Car la charité de périt jamais » (26e sermon sur le Cantique des Cantiques).

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14 février 2009 6 14 /02 /février /2009 12:07

Extrait du remarquable ouvrage de Claude Tresmontant : « Comment se pose aujourd’hui le problème de l’existence de Dieu » (Editions du Seuil, 1966) – un ouvrage de référence qui ne doit manquer à la bibliothèque de quiconque (croyant ou non-croyant) s’interroge sur l’existence de Dieu.

On trouve dans l’histoire des métaphysiques des doctrines panthéistes en grand nombre, des cosmologies panthéistes puissantes et belles : en Inde avec la théosophie brahmique, en Grèce avec les philosophes présocratiques, puis avec Platon, Aristote, les stoïciens, Plotin, en Europe avec Spinoza par exemple. Ces métaphysiques enseignent que le monde est incréé, éternel, impérissable, car il est divin, il est l’Être absolu. Les astres sont divins, et toutes choses, à des degrés divers, sont animées.

Il existe aussi dans l’histoire des métaphysiques un courant, une tradition, une espèce de pensée qui n’est pas panthéiste : c’est l’espèce métaphysique qui a pour origine la pensée hébraïque biblique, et qui se continue par la pensée juive, la philosophie chrétienne et la philosophie arabe orthodoxe : selon cette métaphysique, le monde n’est pas l’absolu, rien de ce qui est du monde n’est divin, le monde n’est pas l’Être absolu et nécessaire. Il n’est pas le Rocher, il n’est pas la Consistance. Le monde existe bien réellement, mais il ne suffit pas à rendre compte par lui-même de son existence, ni de ce qu’il contient, ni de son développement. Il est ontologiquement insuffisant. Il dépend d’un autre.

Mais notez bien combien sont rares les philosophies réellement athées.

Du côté de l’Inde, on relève au VIe siècle avant notre ère le jaïnisme, qui professe un atomisme, une monadologie sans dieu, et l’éternité du monde. En Grèce, vous connaissez aussi une tradition atomiste avec Leucippe de Milet, Démocrite d’Abdère au Ve siècle avant notre ère. Les atomistes grecs ne sont pas absolument athées : ils pense que les dieux ne s’occupent pas du monde. Les atomes matériels éternels sont incréés. Ils s’arrangent entre eux pour produire les êtres qui constituent le monde que nous connaissons.

Ces philosophes s’accordent – ils sont bien obligés de le faire, comme nous tous – l’existence d’une matière. Ils affirment qu’elle est éternelle. Mais de l’existence de cette matière, ils ne rendent pas compte : or, c’est justement là qu’est la question. De même, ils ne rendent pas compte, comme le notait déjà Aristote, du mouvement qui anime les atomes : cela aussi, ils se le donnent pour accordé. Cela fait beaucoup de choses que l’on accorde. Enfin, lorsqu’ils pensent pouvoir expliquer l’organisation de la matière et la constitution des êtres vivants et organisés par un mouvement éternel des atomes qui s’entrechoquent au hasard, ils font preuve – et il n’y a pas lieu de le leur reprocher – d’une immense ignorance de ce qui est en question.

Nous traiterons (…) le problème philosophique posé par l’organisation de la matière : nous verrons avec l’unanimité des biochimistes et des biologistes qui ont réfléchi au problème, que l’explication des atomistes grecs, l’explication par le mouvement désordonné des atomes et le hasard, est très exactement un conte pour enfants. Le roman atomiste peut servir encore aujourd’hui pour apprendre le latin aux enfants à qui l’on fait traduire le De Natura rerum de Lucrèce. Il peut charmer par sa poésie. Il peut même consoler quelque vieil homme ignorant la biologie et qui veut bien se préparer dignement à la mort selon l’esprit du matérialisme ancien : il ne peut plus du tout se présenter comme une explication de quoi que ce soit. Mais, notez-le bien, à part la tentative d’explication atomiste des anciens philosophes grecs Leucippe et Démocrite, qu’est-ce qui existe comme philosophie athée s’efforçant de rendre compte de l’existence du monde et de ce qu’il contient ? On n’en voit pas d’autre. Et au XIXe siècle encore, lorsqu’on voulait proposer une cosmologie athée, c’est vers l’atomisme des anciens qu’on se tournait. Aujourd’hui, nous le verrons, les choses sont plus difficiles, parce qu’on connaît la complexité énorme d’un seul acide aminé, d’une seule protéine : et pour constituer une seule cellule, il faut des millions de macromolécules de protéines : l’explication par le hasard n’est plus valable. Il faut inventer autre chose.

Mais il faut rendre hommage à l’atomisme ancien : il a au moins représenté un effort pour proposer une cosmologie athée.

Qu’est-ce qui existe aujourd’hui pour le remplacer ? On ne voit rien.

L’atomisme échoue à rendre compte rationnellement du réel dans une perspective athée. Il échoue, parce qu’il ne répond pas aux questions posées par l’existence même de la matière, et par l’organisation de la matière.

Il ne nous reste donc toujours que deux métaphysiques entre lesquelles il faut choisir : la métaphysique panthéiste et la métaphysique de la Création.

L’histoire des philosophies ne nous propose pas une seule philosophie cohérente et tenant compte du monde réel, qui réponde dans une perspective purement athée aux problèmes métaphysiques posés par ce monde réel avec tout ce qu’il contient.

L’athéisme pur est rare dans l’histoire des philosophies, et lorsqu’il existe, c’est qu’il néglige de traiter les problèmes rationnels qui se posent inévitablement à la raison humaine lorsqu’elle réfléchit sur le monde. Il est facile, très facile, de se dire athée. Il est plus difficile de penser le monde dans une perspective athée. Nous aurons même à nous demander si c’est possible et nous serons amené à conclure que non : l’athéisme en fait est impensable, pour peu qu’on tienne compte du monde réel, et il n’a d’ailleurs jamais été pensé jusqu’au bout.

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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 18:33

Dans son très beau livre sur le bonheur, « Soyez heureux », le Cardinal Jean-Marie Lustiger médite la 4e béatitude de Jésus : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la Justice, ils seront rassasiés ».

 

Après avoir défini la Justice comme la Sainteté de Dieu (« Heureux ceux qui ont faim et soif d’être des saints, pourrait-on ainsi traduire, il seront rassasiés »), le Cardinal observe que beaucoup peuvent être tentés par le découragement dans le combat spirituel, au point de renoncer au combat lui-même…

Pourquoi (…) réagit-on le plus souvent par la défiance à cette promesse de Dieu ? Parce que l’on estime que cette Justice, cette Sainteté, cette Perfection ne sont pas à la portée des gens ordinaires. Alors on se résigne à la médiocrité.

Beaucoup gardent la tristesse d’une déception spirituelle. A un moment de leur vie, ils ont dit à Dieu : « Je t’aime Seigneur. Je te donne tout et je veux être fidèle à ton amour ». Et puis ils ont fait l’expérience parfois désespérante de leur faiblesse, de leur péché, de leur incapacité à tenir même les décisions les plus simples. Ils se jugent indignes de l’appel à la sainteté qu’ils ont reçu et le rangent parmi les illusions perdues de la jeunesse ou d’une période de ferveur. Ils se résignent au sommeil spirituel.

Parce qu’on ne parvient pas à rester fidèle dans la prière, on ne prie plus. Parce qu’on ne réussit pas à observer tel commandement de Dieu, on y renonce complètement. Parce qu’on n’arrive pas à se corriger de tel défaut, on cesse de vouloir en être délivré et de le demander à Dieu. Bref, parce qu’on ne correspond pas à l’image que l’on s’est faite de la perfection, on capitule devant l’appel à la sainteté.

Or, cet appel n’a rien à voir avec l’ambition d’un champion sportif ! Devenir saint, ce n’est pas pouvoir crier victoire en exultant : « Ca y est ! J’ai atteint mon objectif de sainteté ! » C’est bien plutôt demander à Dieu comme une grâce ce qu’Il promet comme un rassasiement. Devenir saint, ce n’est pas être satisfait de soi et se déclarer soi-même parfait. Ce n’est pas davantage, à l’inverse, avoir honte de soi au point de ne plus oser implorer l’aide de Dieu. Mais c’est, alors même qu’on se sait pécheur, ne jamais se lasser de demander à Dieu d’être sanctifié, c’est-à-dire délivré de son péché ; c’est avoir soif du pardon de Dieu et faim de sa Miséricorde.





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6 juillet 2008 7 06 /07 /juillet /2008 15:10

Extrait du très bel ouvrage du Père Marie-Dominique Molinié intitulé "Adoration ou désespoir", paru aux Editions CLD en 1980. Un ouvrage très spirituel qui sollicite également les ressources de notre intelligence, ainsi qu'en témoigne le passage ci-dessous.

Je voudrais vous proposer des certitudes qui ne s’écrouleront pas facilement, même si vous abandonnez la foi… et qui vous aideront à la retrouver (…).

La plupart des hommes croient à l’existence de Dieu.
Cette croyance, ou plutôt cette perception, est en effet naturelle, et c’est un grand aveuglement de l’avoir perdue : cet aveuglement est cependant la règle en Occident aujourd’hui. Chez les chrétiens, la foi peut y suppléer, mais elle ne dispense pas de chercher à la retrouver : au contraire, elle devrait les y pousser sous la houlette de l’Eglise (…).

La démonstration de l’existence de Dieu est suspendue à l’émerveillement devant la splendeur du monde : non seulement la splendeur poétique, mais la splendeur intellectuelle de cette œuvre géniale qui défie notre intelligence. La démonstration devient alors tellement claire qu’elle apparaît à peine comme une démonstration : pourtant, c’en est une, car nous n’avons pas l’évidence directe de l’existence de Dieu. Nous avons l’évidence de son œuvre, et nous remontons de l’œuvre à l’Auteur de cette œuvre.

Il n’y a rien à opposer à une telle démonstration, et on ne lui a jamais rien opposé : ce qu’on attaque, c’est la base – à savoir que l’œuvre est si belle, si profonde et si mystérieuse, qu’elle suppose un Auteur digne d’elle.

On objectera par exemple que l’univers peut être le fruit du hasard. Si c’est le fruit du hasard, l’univers n’est pas génial en soi, il est génial pour nous : autrement dit, c’est nous qui y mettons du génie et sans nous, le monde ne serait pas merveilleux. Allons plus loin. Nous-mêmes qui parlons de génie, nous n’avons pas de génie : cette notion n’a aucune valeur objective, ni pour le monde, ni pour nous. Eh bien, si au bout d’un pareil aveuglement on ne se suicide pas, c’est évidemment par accident, en vertu d’un instinct de conservation qui doit lui-même tout au hasard et n’a strictement aucun sens.

En fait, pour éviter la ruine que je viens d’évoquer, il faut et il suffit d’éviter l’orgueil, spécialement l’orgueil des intellectuels (…).

Il y a plusieurs sortes de démonstration : celle dont je parle est aussi rigoureuse qu’une démonstration mathématique, mais elle fait appel à une autre rigueur, plus profonde et plus difficile que celle des mathématiques. Pour comprendre la rigueur des mathématiques, il n’y a pas besoin d’un cœur pur ; pour comprendre celle de la métaphysique, il faut un esprit candide, lavé des préjugés et de la suspicion par un enseignement correct – mais aussi par la prière. La foi peut suppléer à l’évidence de cette rigueur, mais ce n’est pas normal et ce n’est pas sain (…).

Si vous vous endormez un soir avec, dans votre hangar, en vrac, les pièces détachées d’une voiture, et que le lendemain matin, vous vous réveillez devant une voiture en état de marche, vous aurez un choc : pas une pièce de plus que la veille, et pourtant vous aurez un choc. Or, c’est ce choc qui, justement, est simpliste : il n’y a pas besoin de faire des études pour le recevoir. Si un ami découvre la même chose que vous et n’éprouve pas ce choc, s’il prend un air supérieur : « Quoi ! Qu’est-ce qui t’étonne là-dedans ?... », vous le soupçonnerez, ou de vous cacher une explication secrète (le « truc » des illusionnistes), ou d’être complètement stupide. Devant une situation pareille, l’intelligence cherche une explication : plus l’intelligence est grande, plus l’étonnement est grand aussi.

Dans le cas que je viens d’évoquer, l’explication la plus vraisemblable est qu’on a voulu vous faire une surprise. Mais peu importe l’explication ; ce qui compte, c’est qu’il en faut une, et alors je généralise : l’homme intelligent est celui qui cherche des explications, l’insensé (au sens biblique), celui qui n’en cherche plus. Prenons par exemple la vie. Si vous n’êtes pas trop exigeant, on vous donnera des tonnes d’explications sur le fonctionnement de la vie ; ces explications ne sont pas fausses, mais je dis qu’elles n’expliquent rien parce qu’elles ne vont pas jusqu’au bout : c’est évident pour celui qui réfléchit vraiment. Seulement les chances d’avoir affaire à quelqu’un qui réfléchit vraiment deviennent de plus en plus faibles, et on ne peut toujours espérer s’en tirer avec des explications qui n’en sont pas : si vous avez le mauvais goût d’insister parce que vous réclamez une explication ultime, alors pour avoir la paix on vous servira le « hasard », ce qui est exactement la vertu dormitive de l’opium… en tout cas bien dormitive pour votre intelligence, qu’on espère tranquilliser avec ce mot.

Pour reprendre l’exemple caricatural de la voiture au hangar, c’est comme si, à votre demande d’explication, on répondait en décrivant le fonctionnement d’une voiture.
Ne vous laissez pas endormir, dites obstinément « il y a eu quelqu’un, je veux savoir qui… », tel le policier avisé qui ne s’en laisse pas compter avant d’avoir trouvé le coupable : voilà ce que j’appelle savoir ce qu’on veut. L’intérêt du coupable étant au contraire de vous endormir avec des explications qui n’en sont pas, et de vous étourdir avec des mots.

Allons plus loin, et raffinons un peu notre exemple. L’inventeur de la première automobile ne peut pas être n’importe qui : il doit avoir une intelligence particulièrement douée, particulièrement tenace, et cette espèce de passion qui fait les inventeurs. C’est vrai dans tous les domaines, et nous venons de découvrir trois grandes évidences dont la portée métaphysique est incalculable :

1. Il faut savoir s’étonner de ce qui est étonnant, et chercher une explication digne de ce nom ;
2. Dans le cas de l’automobile au hangar, cette explication ne peut-être qu’une intention intelligente ;
3. Dans le cas de l’invention d’une automobile, l’intelligence de l’inventeur doit être géniale.

Si vous essayez de ne pas perdre ces trois évidences en contemplant l’univers, vous arriverez tout de suite à l’idée de Dieu. Et vous y arriverez encore plus à partir de la science : « Peu de science nous éloigne de Dieu, beaucoup y ramène ». Les découvertes modernes nous dévoilent que la complexité de l’univers est un abîme vertigineux, en comparaison de laquelle les ordinateurs font figure de brouette. Alors concluez…

Non seulement le hasard ne peut pas expliquer l’apparition de cette complexité, mais l’intelligence humaine serait tout aussi incapable de la concevoir que l’idiot du village de fabriquer un avion.
La plus humble cellule vivante défie encore l’investigation des savants. On dira qu’elle ne la défiera pas toujours, mais qu’est-ce que cela prouve ? Si après des années d’efforts, on arrive à comprendre une invention, le beau mérite puisqu’on l’a sous les yeux ! Même la cellule, l’homme n’arrive pas encore à la comprendre (…).

Le choc que j’éprouve devant la profondeur intelligente de ces choses, je sais que je ne le perdrais pas du jour au lendemain, même si je perdais la foi (…). Je pourrais perdre la foi d’un instant à l’autre, si je n’étais pas fidèle à une certaine attitude. Mais ces évidences-là, je ne pourrais pas les perdre tout de suite : il faudrait du temps pour que je retombe dans la décomposition de l’intelligence.

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