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6 septembre 2011 2 06 /09 /septembre /2011 16:28

Audience Générale du Pape Benoît XVI sur Saint Tarcisius, le 4 août 2010.

 

Chers frères et sœurs,

 

Je veux vous exprimer ma joie d'être ici aujourd'hui au milieu de vous, sur cette place, où vous êtes réunis en fête pour cette Audience générale, qui voit la présence tellement significative du grand pèlerinage européen des servants d'autel! […]

 

Chers servants et servantes d'autel, chers amis et chères amies, chers pèlerins de langue allemande, bienvenue à Rome! Je vous salue tous cordialement. Je salue avec vous le cardinal-secrétaire d'Etat, Tarcisio Bertone ; il s'appelle Tarcisio comme votre patron. Vous avez eu l’amitié de l'inviter et lui, qui porte le nom de Saint Tarcisius, est heureux de pouvoir être ici au milieu des servants d'autel du monde et des servants d'autel allemands […]. Je remercie de tout cœur l’évêque auxiliaire de Bâle, Mgr Martin Gächter, président du « Coetus Internationalis Ministrantium », pour les paroles de salutation qu'il m'a adressées, pour le grand don de la statue de Saint Tarcisius et pour le foulard qu'il m’a remis. Tout cela me rappelle l'époque où moi aussi j'étais un servant d'autel […].

 

Vous êtes nombreux! J'ai survolé il y a quelques instants la place Saint-Pierre en hélicoptère et j'ai vu toutes les couleurs et la joie, qui est présente sur cette place! Ainsi, non seulement vous créez un climat de fête sur la place, mais vous rendez mon cœur plus joyeux encore! Merci! […]

 

Qui était Saint Tarcisius? Nous ne disposons pas de beaucoup d'informations. Nous sommes dans les premiers siècles de l’Histoire de l'Eglise, plus précisément au troisième siècle ; on raconte qu'il était un jeune homme qui fréquentait les catacombes de Saint-Calixte ici à Rome et qu'il était très fidèle à ses engagements chrétiens. Il aimait beaucoup l'Eucharistie et, de divers éléments, nous concluons que, probablement, il était un acolyte, c'est-à-dire un servant d'autel. Dans ces années-là, l'empereur Valérien persécutait durement les chrétiens, qui étaient contraints de se réunir clandestinement dans les maisons privées ou, parfois, également dans les catacombes, pour écouter la Parole de Dieu, prier et célébrer la Messe. Même la tradition d'apporter l’Eucharistie aux prisonniers et aux malades devenait de plus en plus dangereuse. Un jour, alors que le prêtre demanda comme d’habitude, qui était disposé à apporter l'Eucharistie aux autres frères et sœurs qui l'attendaient, le jeune Tarcisius se leva et dit : « Veux-tu que je m'en charge? ». Ce garçon semblait trop jeune pour un service aussi exigeant! « Ma jeunesse — dit Tarcisius — sera le meilleur abri pour l'Eucharistie ». Le prêtre, convaincu, lui confia le précieux Pain en lui disant : «Tarcisius, rappelle-toi qu'un trésor céleste est remis entre tes faibles mains. Evite les chemins fréquentés et n'oublie pas que les choses saintes ne doivent pas être jetées aux chiens ni les perles aux cochons. Protégeras-tu avec fidélité et assurance les Saints Mystères? ». « Je mourrai — répondit Tarcisius avec fermeté — plutôt que de les céder ». En route, il rencontra des amis qui, s'approchant de lui, lui demandèrent de se joindre à eux. A sa réponse négative — ils étaient païens — ils devinrent soupçonneux et insistants et ils se rendirent compte qu'il serrait quelque chose sur sa poitrine qu'il semblait défendre. Ils tentèrent de la lui arracher mais en vain ; la lutte se fit de plus en plus acharnée, surtout lorsqu'ils apprirent que Tarcisius était chrétien : ils lui donnèrent des coups de pied, lui lancèrent des pierres, mais il ne céda pas. Mourant, il fut apporté au prêtre par un officier prétorien du nom de Quadratus, devenu lui aussi, clandestinement, chrétien. Il y arriva sans vie, mais il serrait encore contre sa poitrine un petit morceau de lin contenant l'Eucharistie. Il fut enterré immédiatement dans les catacombes de Saint-Calixte. Le Pape Damase fit apposer une inscription sur la tombe de Saint Tarcisius, selon laquelle le jeune homme mourut en 257. Le Martyrologe romain fixe la date au 15 août et dans le même Martyrologe est rapportée une belle tradition orale selon laquelle, sur le corps de Saint Tarcisius, on ne retrouva pas le Très Saint Sacrement, ni dans ses mains, ni dans ses vêtements. On raconta que le pain consacré, défendu par sa vie par le petit martyr, était devenu chair de sa chair, formant ainsi avec son propre corps, une unique hostie immaculée offerte à Dieu.

 

Chères servantes et chers servants d'autel, le témoignage de Saint Tarcisius et cette belle tradition nous enseignent l’amour profond et la grande vénération que nous devons avoir pour l'Eucharistie : c'est un bien précieux, un trésor dont la valeur ne peux pas être mesurée, c'est le Pain de la vie, c'est Jésus lui-même qui se fait nourriture, soutien et force pour notre chemin de chaque jour et route ouverte vers la vie éternelle, c'est le don le plus grand que Jésus nous a laissé.

 

Je m'adresse à vous ici présents et, à travers vous, à tous les servants d'autel du monde! Servez avec générosité Jésus présent dans l'Eucharistie. C'est une tâche importante, qui vous permet d'être particulièrement proches du Seigneur et de croître dans une amitié vraie et profonde avec Lui. Conservez jalousement cette amitié dans votre cœur comme Saint Tarcisius, prêts à vous engager, à lutter et à donner la vie pour que Jésus parvienne à tous les hommes. Vous aussi, transmettez aux jeunes de votre âge le don de cette amitié, avec joie, avec enthousiasme, sans peur, afin qu'ils puissent sentir que vous connaissez ce Mystère, qu'il est vrai et que vous l'aimez! Chaque fois que vous vous approchez de l'autel, vous avez la chance d’assister au grand geste d'amour de Dieu, qui continue à vouloir se donner à chacun de nous, à être proche de nous, à nous aider, à nous donner la force pour vivre bien. Avec la consécration — vous le savez — ce petit morceau de pain devient Corps du Christ, ce vin devient Sang du Christ. Vous avez la chance de pouvoir vivre de près cet indicible mystère! Vous accomplissez avec amour, avec dévotion et avec fidélité votre tâche de servants d'autel ; n'entrez pas dans l'église pour la célébration avec superficialité, mais préparez-vous intérieurement à la Messe! En aidant vos prêtres dans le service de l’autel, vous contribuez à rendre Jésus plus proche, de manière telle que les fidèles puissent le sentir et s’en rendre compte avec plus de force : Il est ici ; vous collaborez afin qu'il puisse être plus présent dans le monde, dans la vie de chaque jour, dans l'Eglise et en tout lieu. Chers amis! Vous prêtez à Jésus vos mains, vos pensées, votre temps. Il ne manquera pas de vous récompenser, en vous donnant la vraie joie et en vous faisant sentir où est le bonheur le plus complet. Saint Tarcisius nous a montré que l'amour peut nous conduire jusqu'au don de la vie pour un bien authentique, pour le bien véritable, pour le Seigneur.

 

A nous probablement, le martyre ne sera pas demandé, mais Jésus nous demande la fidélité dans les petites choses, le recueillement intérieur, la participation intérieure, notre foi et l'effort de conserver présent ce trésor dans notre vie de chaque jour. Il nous demande la fidélité dans les tâches quotidiennes, le témoignage de Son amour, en fréquentant l'Eglise par conviction intérieure et pour la joie de sa présence. Ainsi pouvons-nous aussi faire savoir à nos amis que Jésus est vivant.

 

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11 août 2011 4 11 /08 /août /2011 10:22

Message du Pape Benoît XVI pour les Journées Mondiales de la Jeunesse 2011, le 6 août 2010 (3et dernière partie).

 

4. Croire en Jésus sans le voir

 

Dans l’Evangile est décrite l’expérience de foi de l’Apôtre Saint Thomas dans l’accueil du mystère de la Croix et de la Résurrection du Christ. Thomas fait partie des Douze apôtres. Il a suivi Jésus, il a été témoin direct des guérisons, des miracles qu’il opérait. Il a écouté ses paroles. Il s’est senti perdu, face à sa mort. Le soir de Pâques, le Seigneur est apparu à ses disciples, mais Thomas n’était pas présent. Et quand il lui a été dit que Jésus était vivant et s’était montré, il déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets pas la main dans son côté, je ne croirai pas! » (Jn 20, 25)

 

Nous aussi nous voudrions pouvoir voir Jésus, pouvoir parler avec Lui, sentir encore plus fortement sa présence. Aujourd’hui, pour beaucoup de personnes l’accès à Jésus est devenu difficile. Ainsi, de nombreuses images de Jésus sont en circulation, qui se prétendent scientifiques et lui retirent sa grandeur, la singularité de sa personne. C’est pourquoi, durant de longues années d’étude et de méditation, a mûri en moi l’idée de transmettre dans un livre un peu de ce qu’est ma rencontre personnelle avec Jésus : pour aider quasiment à voir, entendre, toucher le Seigneur, en qui Dieu est venu nous rencontrer pour se faire connaître.

 

Jésus lui-même, en effet, apparaissant de nouveau huit jours après aux disciples, dit à Thomas : « Porte ton doigt ici : voici mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté, et ne deviens pas incrédule, mais croyant » (Jn 20, 26-27). Nous aussi nous pouvons avoir un contact sensible avec Jésus, mettre, pour ainsi dire, la main sur les signes de sa Passion, les signes de son amour : dans les Sacrements, Il se fait particulièrement proche de nous, Il se donne à nous. Chers jeunes, apprenez à « voir », à « rencontrer » Jésus dans l’Eucharistie, là où Il est présent et proche jusqu’à se faire nourriture pour notre chemin ; dans le Sacrement de la Pénitence, dans lequel le Seigneur manifeste sa miséricorde en offrant son pardon. Reconnaissez et servez Jésus aussi dans les pauvres, les malades, les frères qui sont en difficulté et ont besoin d’aide.

 

Ouvrez et cultivez un dialogue personnel avec Jésus Christ, dans la foi. Connaissez-le par la lecture des Evangiles et du Catéchisme de l’Eglise Catholique. Entrez dans un dialogue avec Lui par la prière, donnez-lui votre confiance : il ne la trahira jamais! « La foi est d’abord uneadhésion personnelle de l’homme à Dieu ; elle est en même temps, et inséparablement, l’assentiment libre à toute la vérité que Dieu a révélé » (Catéchisme de l’Eglise Catholique, 150). Ainsi vous pourrez acquérir une foi mûre, solide, qui ne sera pas fondée uniquement sur un sentiment religieux ou sur un vague souvenir du catéchisme de votre enfance. Vous pourrez connaître Dieu et véritablement vivre de lui, comme l’Apôtre Thomas quand il manifeste sa foi en Jésus en s’exclamant avec force : « Mon Seigneur et mon Dieu! »

 

5. Soutenus par la foi de l’Eglise, pour être témoins

 

A ce moment, Jésus s’exclama : « Parce que tu me vois, tu crois. Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru » (Jn 20, 28). Il pensait au chemin de l’Eglise, fondée sur la foi des témoins oculaires, les Apôtres. Nous comprenons alors que notre foi personnelle en Christ, née d’un dialogue irremplaçable avec lui, est liée à la foi de l’Eglise : nous ne sommes pas des croyants isolés, mais, par le Baptême, nous sommes membres de cette grande famille, et c’est la foi professée par l’Eglise qui donne assurance à notre foi personnelle. Le Credo que nous proclamons lors de la Messe du dimanche nous protège justement du danger de croire en un Dieu qui n’est pas celui que Jésus nous a révélé : « Chaque croyant est ainsi comme un maillon dans la grande chaîne des croyants. Je ne peux croire sans être porté par la foi des autres, et par ma foi, je contribue à porter la foi des autres » (Catéchisme de l’Eglise Catholique, 166). Remercions sans cesse le Seigneur pour le don de l’Eglise. Elle nous fait progresser avec assurance dans la foi, qui nous donne la vraie vie (cf. Jn 20, 31).

 

Dans l’histoire de l’Eglise, les saints et les martyrs ont puisé au pied de la Croix glorieuse du Christ la force d’être fidèles à Dieu jusqu’au don d’eux-mêmes. Dans la foi, ils ont trouvé la force pour vaincre leurs propres faiblesses et dépasser chaque adversité. Car, comme le dit l’Apôtre Jean : « Quel est le vainqueur du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu? » (1 Jn 5, 5). Et la victoire qui naît de la foi est celle de l’amour. Tant de chrétiens ont été et sont un témoignage vivant de la force de la foi qui s’exprime par la charité : ils ont été artisans de paix, promoteurs de justice, acteurs d’un monde plus humain, un monde selon Dieu. Ils se sont engagés dans divers domaines de la vie sociale, avec compétence et professionnalisme, contribuant efficacement au bien de tous. La charité qui jaillit de la foi les a conduits à un témoignage très concret, en actes et en paroles : le Christ n’est pas seulement un bien pour nous-mêmes, il est le bien le plus précieux que nous avons à partager avec les autres. Et à l’heure de la mondialisation, soyez les témoins de l’espérance chrétienne dans le monde entier : nombreux sont ceux qui désirent recevoir cette espérance ! Devant le tombeau de son ami Lazare, qui était mort depuis quatre jours, et avant de le ramener à la vie, Jésus dit à Marthe : « Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu » (Jn 11, 40). Vous aussi, si vous croyez, si vous savez vivre et témoigner de votre foi chaque jour, vous deviendrez instruments pour faire retrouver à d’autres jeunes comme vous le sens et la joie de la vie, qui naît de la rencontre avec le Christ!

 

6. Vers la Journée Mondiale de Madrid

 

Chers amis, je vous renouvelle l’invitation à venir à la Journée Mondiale de la Jeunesse à Madrid. Avec une joie profonde, je vous attends chacun personnellement : le Christ lui-même veut vous affermir dans la foi par l’Eglise. Le choix de croire en Christ et de le suivre n’est jamais facile. Il est toujours entravé par nos infidélités personnelles et par tant de voix qui indiquent des sentiers plus faciles. Ne vous laissez pas décourager, cherchez plutôt le soutien de la communauté chrétienne, le soutien de l’Eglise! […]

 

Chers jeunes, l’Eglise compte sur vous! Elle a besoin de votre foi vivante, de votre charité créative et du dynamisme de votre espérance. Votre présence renouvelle l’Eglise, la rajeunit et lui donne un élan nouveau. C’est pourquoi les Journées Mondiales de la Jeunesse sont une grâce non seulement pour vous mais aussi pour tout le Peuple de Dieu. L’Eglise en Espagne se prépare activement pour vous accueillir et vivre avec vous la joyeuse expérience de la foi […].

 

Du Vatican, le 6 août 2010, fête de la Transfiguration du Seigneur. 

 

 

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10 août 2011 3 10 /08 /août /2011 12:03

Message du Pape Benoît XVI pour les Journées Mondiales de la Jeunesse 2011, le 6 août 2010 (2e partie).

 

2. Enracinés et fondés dans le Christ

 

Pour mettre en lumière l’importance de la foi en Dieu dans la vie des croyants, je voudrais m’arrêter sur les trois expressions employées par Saint Paul dans cette citation : « Enracinés et fondés en Christ, affermis dans la foi ». Nous pouvons y voir trois images. « Enraciné » évoque l’arbre et les racines qui le nourrissent. « Fondé » se réfère à la construction de la maison. « Affermi » renvoie à la croissance de la force physique ou morale. Ces images sont très parlantes. Avant de les expliquer, je note simplement que dans le texte original grec, il s’agit, du point de vue grammatical, de passifs : cela signifie que c’est le Christ lui-même qui a l’initiative d’enraciner, de fonder et d’affermir les croyants.

 

La première image est celle de l’arbre, solidement planté au sol par ses racines, qui le stabilisent et le nourrissent. Sans racines, il serait emporté par le vent et mourrait. Quelles sont nos racines? Il y a bien sûr nos parents, notre famille et la culture de notre pays, qui constituent un aspect très important de notre identité. La Bible en dévoile un autre. Le prophète Jérémie écrit : « Béni l’homme qui se confie dans le Seigneur, dont le Seigneur est la foi. Il ressemble à un arbre planté au bord des eaux, qui tend ses racines vers le courant : il ne redoute rien quand arrive la chaleur, son feuillage reste vert; dans une année de sécheresse, il est sans inquiétude et ne cesse de porter du fruit. » (Jr 17, 7-8).

 

Etendre ses racines, c’est donc pour Jérémie mettre sa confiance en Dieu, dans la foi. En Dieu nous puisons notre vie. Sans lui nous ne pouvons pas vivre vraiment. « Dieu nous a donné la vie éternelle et cette vie est dans son Fils » (cf. 1 Jn 5, 11). Et Jésus lui-même se présente comme notre vie (cf. Jn 14, 6). C’est pourquoi la foi chrétienne ne consiste pas seulement à croire en des vérités, mais c’est avant tout (…) une relation personnelle avec Jésus Christ. C’est la rencontre avec le Fils de Dieu qui donne à notre vie un dynamisme nouveau. Quand nous entrons dans une relation personnelle avec Lui, le Christ nous révèle notre propre identité, et, dans cette amitié, la vie grandit et se réalise en plénitude.

 

Il y a un moment, durant la jeunesse, où chacun de nous se demande : quel sens a ma vie? Quel but, quelle direction ai-je le désir de lui donner? C’est une étape fondamentale, qui peut tourmenter l’âme, parfois même longtemps. On pense au genre de travail à entreprendre, aux relations sociales à établir, aux relations sentimentales à développer… Dans ce contexte, je repense à ma jeunesse. D’une certaine façon, j’ai bien eu conscience que le Seigneur me voulait comme prêtre. Mais ensuite, après la guerre, quand au séminaire et à l’université j’étais en chemin vers ce but, j’ai eu à reconquérir cette certitude. J’ai dû me demander : est-ce vraiment ma voie? Est-ce vraiment la volonté du Seigneur pour moi? Serais-je capable de Lui rester fidèle et d’être totalement disponible, à son service? Prendre une telle décision ne se fait pas sans souffrance. Il ne peut en être autrement. Mais ensuite a jailli la certitude : c’est bien cela! Oui, le Seigneur me veut, Il me donnera donc la force. En l’écoutant, en marchant avec Lui, je deviens vraiment moi-même. Ce qui importe, ce n’est pas la réalisation de mes propres désirs, mais Sa volonté. Ainsi, la vie devient authentique.

 

De même que l’arbre a des racines qui le tiennent solidement accroché à la terre, de même les fondations donnent à la maison une stabilité durable. Par la foi, nous sommes fondés en Christ (cf. Col 2, 6), comme une maison est construite sur ses fondations. Dans l’Histoire sainte, nous avons de nombreux exemples de saints qui ont fondé leur vie sur la Parole de Dieu. Abraham est le premier d’entre eux. Notre « père dans la foi » obéit à Dieu qui lui demandait de quitter la maison de son père pour marcher vers un pays inconnu. « Abraham crut à Dieu, cela lui fut compté comme justice, et il fut appelé ami de Dieu » (Jc 2, 23). Etre fondé en Christ, c’est répondre concrètement à l’appel de Dieu, en mettant notre confiance en Lui et en mettant en pratique sa Parole. Jésus lui-même met en garde ses disciples : « Pourquoi m'appelez-vous : 'Seigneur! Seigneur!' et ne faites-vous pas ce que je dis? » (Lc 6, 46). Et, faisant alors appel à l’image de la construction de la maison, il ajoute : « Quiconque vient à moi, écoute mes paroles et les met en pratique, je vais vous montrer à qui il est comparable. Il est comparable à un homme qui, bâtissant une maison, a creusé, creusé profond, et posé les fondations sur le roc. La crue survenant, le torrent s'est rué sur cette maison, mais il n'a pas pu l'ébranler parce qu'elle était bien bâtie. Mais celui au contraire qui a écouté et n’a pas mis en pratique est comparable à un homme qui aurait bâti sa maison à même le sol, sans fondations. Le torrent s'est rué sur elle, et aussitôt elle s'est écroulée ; et le désastre survenu à cette maison a été grand! » (Lc 6, 46-49).

 

Chers amis, construisez votre maison sur le roc, comme cet homme qui « a creusé profond ». Vous aussi, efforcez-vous tous les jours de suivre la Parole du Christ. Ecoutez-le comme l’Ami véritable avec qui partager le chemin de votre vie. Avec Lui à vos côtés, vous serez capables d’affronter avec courage et espérance les difficultés, les problèmes, ainsi que les déceptions et les échecs. Sans cesse vous sont présentées des propositions plus faciles, mais vous vous rendez compte vous-mêmes qu’il s’agit de leurres, qu’elles ne donnent ni sérénité, ni joie. Seule la Parole de Dieu nous indique la voie véritable, seule la foi qui nous a été transmise est la lumière qui illumine notre chemin. Accueillez avec gratitude ce don spirituel que vous avez reçu de votre famille et engagez-vous à répondre de façon responsable à l’appel de Dieu, devenant adultes dans la foi. Ne croyez pas ceux qui vous disent que vous n’avez pas besoin des autres pour construire votre vie! Appuyez-vous au contraire sur la foi de vos proches, sur la foi de l’Eglise, et remerciez le Seigneur de l’avoir reçue et de l’avoir faite vôtre!

 

3. Affermis dans la foi

 

Soyez « enracinés et fondés en Christ, affermis dans la foi » (cf. Col 2, 7). La lettre d’où vient cette citation a été écrite par Saint Paul pour répondre à un besoin précis des chrétiens de la ville de Colosse. Cette communauté, en effet, était menacée par l’influence de certaines tendances de la culture de l’époque, qui détournaient les fidèles de l’Evangile. Notre contexte culturel, chers jeunes, a de nombreuses ressemblances avec celui des Colossiens d’alors. En effet, il y a un fort courant « laïciste », qui veut supprimer Dieu de la vie des personnes et de la société, projetant et tentant de créer un « paradis » sans Lui. Or l’expérience enseigne qu’un monde sans Dieu est un « enfer » où prévalent les égoïsmes, les divisions dans les familles, la haine entre les personnes et les peuples, le manque d’amour, de joie et d’espérance. A l’inverse, là où les personnes et les peuples vivent dans la présence de Dieu, l’adorent en vérité et écoutent sa voix, là se construit très concrètement la civilisation de l’amour, où chacun est respecté dans sa dignité, où la communion grandit, avec tous ses fruits. Il y a cependant des chrétiens qui se laissent séduire par le mode de penser laïciste, ou qui sont attirés par des courants religieux qui éloignent de la foi en Jésus Christ. D’autres, sans adhérer à de telles approches, ont simplement laissé refroidir leur foi au Christ, ce qui a d’inévitables conséquences négatives sur le plan moral.

 

Aux frères contaminés par ces idées étrangères à l’Evangile, l’Apôtre Paul rappelle la puissance du Christ mort et ressuscité. Ce mystère est le fondement de notre vie, le centre de la foi chrétienne. Toutes les philosophies qui l’ignorent, le considérant comme « folie » (1 Co 1, 23), montrent leurs limites devant les grandes questions qui habitent le cœur de l’homme. C’est pourquoi moi aussi, en tant que successeur de l’Apôtre Pierre, je désire vous affermir dans la foi (cf. Lc 22, 32). Nous croyons fermement que le Christ Jésus s’est offert sur la Croix pour nous donner son amour. Dans sa Passion, il a porté nos souffrances, il a pris sur lui nos péchés, il nous a obtenu le pardon et nous a réconciliés avec Dieu le Père, nous donnant accès à la vie éternelle. De cette façon, nous avons été libérés de ce qui entrave le plus notre vie : l’esclavage du péché. Nous pouvons alors aimer tous les hommes, jusqu’à nos ennemis, et partager cet amour avec les plus pauvres et les plus éprouvés de nos frères.

 

Chers amis, la Croix nous fait souvent peur, car elle semble être la négation de la vie. En réalité, c’est le contraire! Elle est le OUI de Dieu à l’homme, l’expression extrême de son amour et la source d’où jaillit la vie. Car du Cœur de Jésus ouvert sur la Croix a jailli cette vie divine, toujours disponible pour celui qui accepte de lever les yeux vers le Crucifié. Je ne peux donc que vous inviter à accueillir la Croix de Jésus, signe de l’amour de Dieu, comme source de vie nouvelle. En dehors du Christ mort et ressuscité, il n’y a pas de salut! Lui seul peut libérer le monde du mal et faire grandir le Royaume de justice, de paix et d’amour auquel nous aspirons tous.

 

 

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9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 09:59

Message du Pape Benoît XVI pour les Journées Mondiales de la Jeunesse 2011, le 6 août 2010 (1ère partie).

 

Chers jeunes,

 

Très souvent je repense aux Journées Mondiales de la Jeunesse de Sydney en 2008. Nous y avons vécu une grande fête de la foi, durant laquelle l’Esprit de Dieu a agi avec puissance, créant une intense communion entre tous les participants, venus du monde entier. Ce rassemblement, comme les précédents, a porté des fruits abondants dans la vie de nombreux jeunes et de l’Eglise entière. A présent notre regard se tourne vers la prochaine Journée Mondiale de la Jeunesse, qui aura lieu à Madrid en août 2011. Déjà, en 1989, quelques mois avant la chute historique du mur de Berlin, le pèlerinage des jeunes faisait étape en Espagne, à Saint-Jacques-de-Compostelle. A présent, à l’heure où l’Europe a un très grand besoin de retrouver ses racines chrétiennes, nous avons rendez-vous à Madrid, avec le thème : « Enracinés et fondés en Christ, affermis dans la foi » (cf. Col 2, 7). Je vous invite donc à cet événement si important pour l’Eglise en Europe et pour l’Eglise universelle. Et je voudrais que tous les jeunes, aussi bien ceux qui partagent notre foi en Jésus-Christ, que ceux qui hésitent, doutent ou ne croient pas en Lui, puissent vivre cette expérience qui peut être décisive pour leur vie : faire l’expérience du Seigneur Jésus ressuscité et vivant, et de son amour pour chacun de nous.

 

1. Aux sources de vos plus grandes aspirations

 

A chaque époque, et de nos jours encore, de nombreux jeunes sont habités par le profond désir que les relations entre les personnes soient vécues dans la vérité et dans la solidarité. Beaucoup manifestent l’aspiration à construire de vraies relations d’amitié, à connaître un amour vrai, à fonder une famille unie, à atteindre une stabilité personnelle et une réelle sécurité, qui puissent leur garantir un avenir serein et heureux.

 

Certes, me souvenant de ma jeunesse, je sais bien que stabilité et sécurité ne sont pas des questions qui occupent le plus l’esprit des jeunes. S’il est vrai que la recherche d’un emploi qui permette d’avoir une situation stable est un problème important et urgent, il reste que la jeunesse est en même temps l’âge de la recherche d’un grand idéal de vie. Si je pense à mes années d’alors, nous voulions simplement ne pas nous perdre dans la normalité d’une vie bourgeoise. Nous voulions ce qui est grand, nouveau. Nous voulions trouver la vie elle-même dans sa grandeur et sa beauté. Bien sûr, cela dépendait aussi de notre situation. Durant la dictature du national-socialisme et la guerre nous avons été, pour ainsi dire, « enfermés » par le pouvoir dominant. Nous voulions donc sortir à l’air libre et entrer dans toutes les potentialités de l’être humain. Je crois que, dans un certain sens, cet élan qui pousse à sortir de l’habitude existe à toutes les générations. Désirer quelque chose de plus que la routine quotidienne d’un emploi stable et aspirer à ce qui est réellement grand, tout cela fait partie de la jeunesse. Est-ce seulement un rêve inconsistant, qui s’évanouit quand on devient adulte? Non, car l’homme est vraiment créé pour ce qui est grand, pour l’infini. Tout le reste est insuffisant, insatisfaisant. Saint Augustin avait raison : notre cœur est inquiet tant qu’il ne repose en Dieu. Le désir d’une vie plus grande est un signe du fait qu’Il nous a créés, que nous portons son « empreinte ». Dieu est vie, et pour cela, chaque créature tend vers la vie. De façon unique et spéciale, la personne humaine, faite à l’image et la ressemblance de Dieu, aspire à l’amour, à la joie et à la paix.

 

Nous comprenons alors que c’est un contresens de prétendre éliminer Dieu pour faire vivre l’homme! Dieu est la source de la vie : l’éliminer équivaut à se séparer de cette source et inévitablement, se priver de la plénitude et de la joie : « en effet, la créature sans Créateur s’évanouit » (Concile Œcum.Vatican II, Const. Gaudium et Spes, 36). La culture actuelle, dans certaines régions du monde, surtout en Occident, tend à exclure Dieu ou à considérer la foi comme un fait privé, sans aucune pertinence pour la vie sociale. Alors que toutes valeurs qui fondent la société proviennent de l’Evangile – comme le sens de la dignité de la personne, de la solidarité, du travail et de la famille –, on constate une sorte d’ « éclipse de Dieu », une certaine amnésie, voire un réel refus du christianisme et un reniement du trésor de la foi reçue, au risque de perdre sa propre identité profonde.

 

Pour cette raison, chers amis, je vous invite à intensifier votre chemin de foi en Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ. Vous êtes l’avenir de la société et de l’Eglise! Comme l’Apôtre Paul l’écrivait aux chrétiens de la ville de Colosse, il est vital d’avoir des racines, des fondements solides! Et cela est particulièrement vrai aujourd’hui, quand beaucoup de jeunes n’ont pas de repères stables pour construire leur vie, ce qui engendre en eux une grande insécurité. Le relativisme ambiant, qui consiste à dire que tout se vaut et qu’il n’y a aucune vérité ni aucun repère absolu, n’engendre pas la vraie liberté mais instabilité, déception, conformisme aux modes du moment. Vous, les jeunes, vous avez le droit de recevoir des générations qui vous précèdent des repères clairs pour faire vos choix et construire votre vie, comme une jeune plante a besoin d’un tuteur, durant le temps nécessaire pour pousser des racines, pour devenir un arbre solide, capable de donner du fruit.

 

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29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 17:36

Audience Générale du Pape Benoît XVI sur Jean Duns Scot, le 7 juillet 2010.

 

Chers frères et sœurs,

 

Ce matin — après plusieurs catéchèses sur de nombreux grands théologiens — je veux vous présenter une autre figure importante dans l'histoire de la théologie : il s'agit du Bienheureux Jean Duns Scot, qui vécut à la fin du XIIIe siècle. Une antique inscription sur sa tombe résume les points de référence géographiques de sa biographie : « L’Angleterre l'accueillit ; la France l'instruisit ; Cologne, en Allemagne, en conserve la dépouille ; c'est en Ecosse qu'il naquit ». Nous ne pouvons pas négliger ces informations, notamment parce que nous possédons très peu d'éléments sur la vie de Duns Scot. Il naquit probablement en 1266 dans un village qui s'appelait précisément Duns, non loin d’Edimbourg. Attiré par le charisme de Saint François d'Assise, il entra dans la Famille des Frères mineurs et, en 1291, il fut ordonné prêtre. Doué d'une intelligence brillante et porté à la spéculation — cette intelligence qui lui valut de la tradition le titre de Doctor subtilis, « Docteur subtil » — Duns Scot fut dirigé vers des études de philosophie et de théologie auprès des célèbres universités d'Oxford et de Paris. Après avoir conclu avec succès sa formation, il entreprit l'enseignement de la théologie dans les universités d'Oxford et de Cambridge, puis de Paris, en commençant à commenter, comme tous les Maîtres de ce temps, les Sentences de Pierre Lombard. Les principales œuvres de Duns Scot représentent précisément le fruit mûr de ces leçons, et prennent le titre des lieux où il les professa : Ordinatio (appélée dans le passé Opus Oxoniense — Oxford), Reportatio Cantabrigiensis (Cambridge), Reportata Parisiensia (Paris). A celles-ci il faut ajouter au moins les Quodlibeta (ou Quaestiones quodlibetales), œuvre très importante formée de 21 questions sur divers thèmes théologiques. Lorsqu’un grave conflit éclata entre le roi Philippe IV le Bel et le Pape Boniface VIII, Duns Scot s’éloigna de Paris et préféra l'exil volontaire, plutôt que de signer un document hostile au Souverain Pontife, ainsi que le roi l'avait imposé à tous les religieux. De cette manière — par amour pour le Siège de Pierre —, avec les Frères franciscains, il quitta le pays. Chers frères et sœurs, ce fait nous invite à rappeler combien de fois, dans l’Histoire de l'Eglise, les croyants ont rencontré l'hostilité et même subi des persécutions à cause de leur fidélité et de leur dévotion à l'égard du Christ, de l'Eglise et du Pape. Nous tous regardons avec admiration ces chrétiens qui nous enseignent à conserver comme un bien précieux la foi dans le Christ et la communion avec le Successeur de Pierre et, ainsi, avec l'Eglise universelle.

 

Toutefois, les rapports entre le roi de France et le successeur de Boniface VIII redevinrent rapidement des rapports d'amitié, et en 1305, Duns Scot put rentrer à Paris pour y enseigner la théologie sous le titre de Magister regens, nous dirions aujourd'hui professeur titulaire. Par la suite, ses supérieurs l'envoyèrent à Cologne comme professeur du Studium de théologie franciscain, mais il mourut le 8 novembre 1308, à 43 ans à peine, laissant toutefois un nombre d’œuvres important.

 

En raison de la renommée de sainteté dont il jouissait, son culte se diffusa rapidement dans l'Ordre franciscain et le vénérable Pape Jean-Paul II voulut le confirmer solennellement bienheureux le 20 mars 1993, en le définissant « Chantre du Verbe incarné et défenseur de l'Immaculée Conception ». Dans cette expression se trouve synthétisée la grande contribution que Duns Scot a offerte à l'histoire de la théologie.

 

Il a avant tout médité sur le Mystère de l'Incarnation et, à la différence de beaucoup de penseurs chrétiens de l'époque, il a soutenu que le Fils de Dieu se serait fait homme même si l'humanité n'avait pas péché. Il affirme dans la Reportata Parisiensa : « Penser que Dieu aurait renoncé à une telle œuvre si Adam n'avait pas péché ne serait absolument pas raisonnable! Je dis donc que la chute n'a pas été la cause de la prédestination du Christ et que — même si personne n'avait chuté, ni l'ange ni l'homme — dans cette hypothèse le Christ aurait été encore prédestiné de la même manière » (in III Sent., d. 7, 4). Cette pensée, peut-être un peu surprenante, naît parce que pour Duns Scot l'Incarnation du Fils de Dieu, projetée depuis l'éternité par Dieu le Père dans son plan d'amour, est l'accomplissement de la Création, et rend possible à toute créature, dans le Christ et par son intermédiaire, d'être comblée de grâce, et de rendre grâce et gloire à Dieu dans l'éternité. Même s'il est conscient qu’en réalité, à cause du péché originel, le Christ nous a rachetés à travers sa Passion, sa Mort et sa Résurrection, Duns Scot réaffirme que l'Incarnation est l’œuvre la plus grande et la plus belle de toute l'histoire du Salut, et qu'elle n'est conditionnée par aucun fait contingent, mais qu’elle est l'idée originelle de Dieu d'unir en fin de compte toute la Création à lui-même dans la personne et dans la chair du Fils.

 

Fidèle disciple de Saint François, Duns Scot aimait contempler et prêcher le Mystère de la Passion salvifique du Christ, expression de la volonté d'amour, qui communique avec une très grande générosité en dehors de lui les rayons de sa bonté et de son amour (cf. Tractatus de primo principio, c. 4). Et cet amour ne se révèle pas seulement sur le Calvaire, mais également dans la Très Sainte Eucharistie, pour laquelle Duns Scot avait une très grande dévotion et qu’il voyait comme le sacrement de la présence réelle de Jésus et comme le sacrement de l’unité et de la communion qui conduit à nous aimer les uns les autres et à aimer Dieu comme le Bien commun suprême (cf. Reportata Parisiensa, in IV Sent., d. 8, q. 1, n. 3). Et, — ainsi que je l'écrivais dans ma Lettre à l'occasion du Congrès international de Cologne pour le VIIème centenaire de la mort du bienheureux Duns Scot, rapportant la pensée de notre auteur — comme cet amour, cette charité, fut au commencement de tout, de même aussi dans l'amour et dans la charité seulement sera notre béatitude: « le vouloir ou la volonté d'amour est simplement la vie éternelle, bienheureuse et parfaite » (AAS 101 [2009], 5).

 

Chers frères et sœurs, cette vision théologique, fortement « christocentrique », nous ouvre à la contemplation, à l’émerveillement et à la gratitude : le Christ est le centre de l’Histoire et de l’univers, il est Celui qui donne un sens, une dignité et une valeur à notre vie! Comme le Pape Paul VI à Manille, je voudrais moi aussi aujourd’hui crier au monde : «[Le Christ] est celui qui nous a révélés le Dieu invisible, il est le premier né de toute créature, il est le fondement de toute chose ; Il est le Maître de l’humanité et le rédempteur ; Il est né, il est mort, il est ressuscité pour nous ; Il est le centre de l’Histoire et du monde ; Il est Celui qui nous connaît et qui nous aime ; Il est le compagnon et l’ami de notre vie... Je n’en finirais plus de parler de Lui » (Homélie, 29 novembre 1970; cf. ORLF n. 50 du 11 décembre 1970).

 

Non seulement le rôle du Christ dans l’histoire du Salut, mais également celui de Marie est l’objet de la réflexion du Doctor subtilis. A l’époque de Duns Scot, la majorité des théologiens opposait une objection, qui semblait insurmontable, à la doctrine selon laquelle la très Sainte Vierge Marie fut préservée du péché originel dès le premier instant de sa conception : en effet, l’universalité de la Rédemption opérée par le Christ, à première vue, pouvait apparaître compromise par une telle affirmation, comme si Marie n’avait pas eu besoin du Christ et de sa rédemption. C’est pourquoi les théologiens s’opposaient à cette thèse. Alors, Duns Scot, pour faire comprendre cette préservation du péché originel, développa un argument qui sera ensuite adopté également par le Pape Pie IX en 1854, lorsqu’il définit solennellement le dogme de l’Immaculée Conception de Marie. Et cet argument est celui de la « Rédemption préventive », selon laquelle l’Immaculée Conception représente le chef d’œuvre de la Rédemption opérée par le Christ, parce que précisément la puissance de son amour et de sa médiation a fait que sa Mère soit préservée du péché originel. Marie est donc totalement rachetée par le Christ, mais avant même sa conception. Les Franciscains, ses confrères, accueillirent et diffusèrent avec enthousiasme cette doctrine, et d’autres théologiens — souvent à travers un serment solennel — s’engagèrent à la défendre et à la perfectionner.

 

A cet égard, je voudrais mettre en évidence un fait qui me paraît très important. Des théologiens de grande valeur, comme Duns Scot en ce qui concerne la doctrine sur l’Immaculée Conception, ont enrichi de la contribution spécifique de leur pensée ce que le Peuple de Dieu croyait déjà spontanément sur la Bienheureuse Vierge, et manifestait dans les actes de piété, dans les expressions artistiques et, en général, dans le vécu chrétien. Ainsi, la foi tant dans l’Immaculée Conception que dans l’Assomption corporelle de la Vierge, était déjà présente chez le Peuple de Dieu, tandis que la théologie n’avait pas encore trouvé la clé pour l’interpréter dans la totalité de la doctrine de la foi. Le peuple de Dieu précède donc les théologiens, et tout cela grâce au sensus fidei surnaturel, c’est-à-dire à la capacité dispensée par l’Esprit Saint, qui permet d’embrasser la réalité de la foi, avec l’humilité du cœur et de l’esprit. Dans ce sens, le Peuple de Dieu est un « magistère qui précède », et qui doit être ensuite approfondi et accueilli intellectuellement par la théologie. Puissent les théologiens se placer toujours à l’écoute de cette source de la foi et conserver l’humilité et la simplicité des petits! Je l’avais rappelé il y a quelques mois en disant : « Il y a de grands sages, de grands spécialistes, de grands théologiens, des maîtres de la foi, qui nous ont enseigné de nombreuses choses. Ils ont pénétré dans les détails de l'Ecriture Sainte, [...] mais ils n'ont pas pu voir le mystère lui-même, le véritable noyau [...] L'essentiel est resté caché! [...] En revanche, il y a aussi à notre époque des petits qui ont connu ce mystère. Nous pensons à sainte Bernadette Soubirous ; à sainte Thérèse de Lisieux, avec sa nouvelle lecture de la Bible “non scientifique”, mais qui entre dans le cœur de l'Ecriture Sainte » (Homélie lors de la Messe avec les membres de la Commission théologique internationale, 1er décembre 2009; cf. ORLF n. 49 du 8 décembre 2009).

 

Enfin, Duns Scot a développé un point à l’égard duquel la modernité est très sensible. Il s’agit du thème de la liberté et de son rapport avec la volonté et avec l’intellect. Notre auteur souligne la liberté comme qualité fondamentale de la volonté, en commençant par un raisonnement qui valorise le plus la volonté. Malheureusement, chez des auteurs qui ont suivi le nôtre, cette ligne de pensée se développa dans un volontarisme en opposition avec ce qu’on appelle l’intellectualisme augustinien et thomiste. Pour Saint Thomas d’Aquin, qui suit Saint Augustin, la liberté ne peut pas être considérée comme une qualité innée de la volonté, mais comme le fruit de la collaboration de la volonté et de l’intellect. Une idée de la liberté innée et absolue — comme justement elle évolue après Duns Scot — située dans la volonté qui précède l’intellect, que ce soit en Dieu ou dans l’homme, risque en effet de conduire à l’idée d’un Dieu qui ne serait même pas lié à la vérité et au bien. Le désir de sauver la transcendance absolue et la différence de Dieu par une accentuation aussi radicale et impénétrable de sa volonté ne tient pas compte du fait que le Dieu qui s’est révélé en Christ est le Dieu Logos, qui a agi et qui agit rempli d’amour envers nous. Assurément, comme l’affirme Duns Scot dans le sillage de la théologie franciscaine, l’amour dépasse la connaissance et est toujours en mesure de percevoir davantage que la pensée, mais c’est toujours l’amour du Dieu Logos (cf. Benoît XVI, Discours à Ratisbonne, Insegnamenti di Benedetto XVI, II [2006], p. 261; cf. ORLF n. 38 du 19 septembre 2006). Dans l’homme aussi, l’idée de liberté absolue, située dans sa volonté, en oubliant le lien avec la vérité, ignore que la liberté elle-même doit être libérée des limites qui lui viennent du péché. De toute façon, la vision scotiste ne tombe pas dans ces extrêmes : pour Duns Scot un acte libre découle du concours d'un intellect et d'une volonté et s'il parle d'un « primat » de la volonté, il l'argumente exactement parce que la volonté suit toujours l'intellect.

 

En m’adressant aux séminaristes romains — l’année dernière — je rappelais que « la liberté, à toutes les époques, a été le grand rêve de l’humanité, mais en particulier à l’époque moderne » (Discours au séminaire pontifical romain, 20 février 2009). Mais c’est précisément l’Histoire moderne, outre notre expérience quotidienne, qui nous enseigne que la liberté n’est authentique et n’aide à la construction d’une civilisation vraiment humaine que lorsqu’elle est vraiment réconciliée avec la vérité. Si elle est détachée de la vérité, la liberté devient tragiquement un principe de destruction de l’harmonie intérieure de la personne humaine, source de la prévarication des plus forts et des violents, et cause de souffrance et de deuils. La liberté, comme toutes les facultés dont l’homme est doté, croît et se perfectionne, affirme Duns Scot, lorsque l’homme s’ouvre à Dieu, en valorisant la disposition à l’écoute de sa voix, qu’il appelle potentia oboedientialis : quand nous nous mettons à l’écoute de la Révélation divine, de la Parole de Dieu, pour l’accueillir, alors nous sommes atteints par un message qui remplit notre vie de lumière et d’espérance et nous sommes vraiment libres.

 

Chers frères et sœurs, le Bienheureux Duns Scot nous enseigne que dans notre vie l’essentiel est de croire que Dieu est proche de nous et nous aime en Jésus Christ, et donc de cultiver un profond amour pour lui et son Eglise. Nous sommes les témoins de cet amour sur cette terre. Que la Très Sainte Vierge Marie nous aide à recevoir cet amour infini de Dieu dont nous jouirons pleinement pour l’éternité dans le Ciel, lorsque finalement notre âme sera unie pour toujours à Dieu, dans la communion des saints.

 

 

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27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 18:10

Discours du Pape Benoît XVI aux participants à la 24e assemblée plénière du Conseil pontifical pour les laïcs, le 21 mai 2010.

 

Messieurs les cardinaux,
Vénérés frères dans l'épiscopat
et dans le sacerdoce,
Chers frères et sœurs!

 

[…] La composition même de votre dicastère, où aux côtés des pasteurs, travaille une majorité de fidèles laïcs, provenant du monde entier et de situations et d'expériences les plus diverses, offre une image significative de la communauté organique qu'est l'Eglise, où le sacerdoce commun, propre aux fidèles baptisés, et le sacerdoce ordonné, plongent leurs racines dans l'unique sacerdoce du Christ, selon des modalités essentiellement différentes, mais ordonnées l'une à l'autre.

 

Parvenus désormais au terme de l'année sacerdotale, nous nous sentons encore davantage les témoins reconnaissants du don et du dévouement surprenants et généreux d'un si grand nombre d'hommes « conquis » par le Christ et configurés à Lui dans le sacerdoce ordonné. Jour après jour, ils accompagnent le chemin des christi fideles laici, en proclamant la Parole de Dieu, en apportant son pardon et la réconciliation avec Lui, en rappelant à la prière et en offrant comme nourriture le Corps et le Sang du Seigneur. C'est de ce mystère de communion que les fidèles laïcs tirent l'énergie profonde pour être des témoins du Christ dans toute la réalité concrète de leur vie, dans toutes leurs activités et les milieux où ils vivent.

 

Le thème de votre assemblée de cette année : « Témoins du Christ dans la communauté politique », revêt une importance particulière. Assurément, la formation technique des hommes politiques n'appartient pas à la mission de l'Eglise. Différentes institutions existent en effet dans ce but. Mais il appartient à sa mission de « porter un jugement moral, même en des matières qui touchent le domaine politique, quand les droits fondamentaux de la personne ou le Salut des âmes l'exigent, en utilisant tous les moyens, et ceux-là seulement, qui sont conformes à l'Evangile et en harmonie avec le bien de tous, selon la diversité des temps et des situations » (Gaudium et spes, n. 76). L'Eglise se concentre en particulier sur l'éducation des disciples du Christ, afin qu'ils soient toujours davantage des témoins de sa Présence, partout. Il revient aux fidèles laïcs de montrer concrètement dans la vie personnelle et familiale, dans la vie sociale, culturelle et politique, que la foi permet de lire de manière nouvelle et approfondie la réalité et la transformer ; que l'espérance chrétienne élargit l'horizon limité de l'homme et le projette vers l'élévation véritable de son être, vers Dieu ; que la charité dans la vérité est la force la plus efficace en mesure de changer le monde ; que l'Evangile est une garantie de liberté et un message de libération ; que les principes fondamentaux de la doctrine sociale de l'Eglise – tels que la dignité de la personne humaine, la subsidiarité et la solidarité – sont d'une grande actualité et d'une grande valeur pour la promotion de nouvelles voies de développement au service de tout l'homme et de tous les hommes. Il revient alors aux fidèles laïcs de participer activement à la vie politique, de manière toujours cohérente avec les enseignements de l'Eglise, en partageant les raisons bien fondées et les grands idéaux dans la dialectique démocratique et dans la recherche d'un large consensus avec tous ceux qui ont à cœur la défense de la vie et de la liberté, la protection de la vérité et du bien de la famille, la solidarité avec les plus indigents et la recherche nécessaire du bien commun. Les chrétiens ne cherchent pas l'hégémonie politique ou culturelle mais, partout où ils s'engagent, ils sont animés par la certitude que le Christ est la pierre angulaire de toute construction humaine (cf. Cong. pour la doctrine de la foi, Note doctrinale à propos de certaines questions sur l'engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique, 24 nov. 2002).

 

Reprenant l'expression de mes prédécesseurs, je peux moi aussi affirmer que la politique est un domaine très important de l'exercice de la charité. Celle-ci rappelle les chrétiens à un puissant engagement au service de la citoyenneté en vue de l'édification d'une vie sereine dans les nations, ainsi qu'à une présence concrète dans les institutions et dans les programmes de la communauté internationale. Il y a besoin d'hommes politiques authentiquement chrétiens, mais plus encore de fidèles laïcs qui soient témoins du Christ et de l'Evangile dans la communauté civile et politique. Cette exigence doit être bien présente dans les parcours éducatifs des communautés ecclésiales et exige de nouvelles formes d'accompagnement et de soutien de la part des pasteurs. L'appartenance des chrétiens aux associations de fidèles, aux mouvements ecclésiaux et aux nouvelles communautés, peut être une bonne école pour ces disciples et témoins, soutenus par la richesse charismatique, communautaire, éducative et missionnaire propre à ces institutions.

 

Il s'agit d'un défi exigeant. Les temps que nous vivons nous placent devant des problèmes vastes et complexes, et la question sociale est devenue, dans le même temps, une question anthropologique. Les paradigmes idéologiques qui prétendaient, dans un passé récent, proposer une réponse « scientifique » à cette question se sont effondrés. La diffusion d'un relativisme culturel confus et d'un individualisme utilitariste et hédoniste affaiblit la démocratie et favorise la domination des pouvoirs forts. Il faut retrouver et raviver une authentique sagesse politique ; être exigeants en ce qui concerne sa propre compétence ; se servir de manière critique des recherches des sciences humaines ; affronter la réalité sous tous ses aspects, en allant au-delà de toute réduction idéologique ou prétention utopique ; être ouverts à tout dialogue et toute collaboration véritables, en ayant à l'esprit que la politique est aussi un art complexe d'équilibre entre des idéaux et des intérêts, mais sans jamais oublier que la contribution des chrétiens est décisive uniquement si l'intelligence de la foi devient intelligence de la réalité, clé de jugement et de transformation.

 

Une véritable « révolution de l'amour » est nécessaire. Les nouvelles générations se trouvent en face de grandes exigences et de grands défis dans leur vie personnelle et sociale. Votre dicastère les suit avec une attention particulière, surtout à travers les Journées mondiales de la jeunesse, qui, depuis 25 ans, produisent de riches fruits apostoliques chez les jeunes. Parmi ces derniers, il y a aussi celui de l'engagement social et politique, un engagement fondé non sur des idéologies ou des intérêts de parti, mais sur le choix de servir l'homme et le bien commun, à la lumière de l'Evangile.

 

 

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23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 10:41

Discours du Pape Benoît XVI aux participants à l’Assemblée Générale des Œuvres Pontificales Missionnaires, le 21 mai 2010.

 

Monsieur le cardinal,

Vénérés frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce,

Chers frères et sœurs!

 

[…] C'est une mission immense que celle de l'évangélisation, en particulier à notre époque, où l'humanité souffre d'une certaine absence de pensée axée sur la réflexion et la sagesse (cf. Caritas in veritate, nn. 19. 31) et où se diffuse un humanisme qui exclut Dieu (cf. ibid. n. 78). C'est pourquoi il est encore plus urgent et nécessaire d'éclairer les nouveaux problèmes qui apparaissent avec la lumière de l'Evangile qui ne change pas. Nous sommes en effet convaincus que le Seigneur Jésus Christ, témoin fidèle de l'amour du Père, « par sa mort et sa résurrection, est la force dynamique et essentielle du vrai développement de chaque personne et de l'humanité entière » (ibid. n. 1). Au début de mon ministère comme Successeur de l'Apôtre Pierre, j'ai affirmé avec force : « Nous existons pour montrer Dieu aux hommes. Seulement là où on voit Dieu commence véritablement la vie... Il n'y a rien de plus beau que de le connaître et de communiquer aux autres l'amitié avec lui » (Homélie au début du ministère pétrinien, 24 avril 2005; cf. ORLF n. 17 du 26 avril 2005). La prédication de l'Evangile est un service inestimable que l'Eglise peut offrir à toute l'humanité qui est en marche dans l'Histoire. Provenant de diocèses du monde entier, vous êtes un signe éloquent et vivant de la catholicité de l'Eglise, qui se concrétise dans le souffle universel de la mission apostolique « jusqu'aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8), « jusqu'à la fin du monde » (Mt 28, 20), pour qu'aucun peuple ou milieu de vie ne soit privé de la lumière et de la grâce du Christ. Tel est le sens, la trajectoire historique, la mission et l'espérance de l'Eglise.

 

La mission d'annoncer l'Evangile à toutes les nations est un jugement critique sur les transformations planétaires qui sont en train de changer de manière substantielle la culture de l'humanité. L'Eglise, présente et agissante sur les frontières géographiques et anthropologiques, est porteuse d'un message qui s'insère dans l'Histoire, où elle proclame les valeurs inaliénables de la personne, avec l'annonce et le témoignage du plan salvifique de Dieu, rendu visible et actif dans le Christ. La prédication de l'Evangile est l'appel à la liberté des fils de Dieu, également pour la construction d'une société plus juste et solidaire et pour nous préparer à la vie éternelle. Celui qui participe à la mission du Christ doit inévitablement affronter des épreuves, des oppositions et des souffrances, car il se heurte aux résistances et aux pouvoirs de ce monde. Et nous, comme l'apôtre Paul, nous ne possédons comme armes que la parole du Christ et de sa Croix (cf. 1 Co 1, 22-25). La mission ad gentes demande à l'Eglise et aux missionnaires d'accepter les conséquences de leur ministère : la pauvreté évangélique qui leur confère la liberté de prêcher l'Evangile avec courage et franchise ; la non-violence, selon laquelle ils répondent au mal par le bien (cf. Mt 5, 38-42; Rm 12, 17-21); la disponibilité à donner sa propre vie au nom du Christ et par amour des hommes.

 

De même que l'Apôtre Paul démontrait l'authenticité de son apostolat à travers les persécutions, les blessures et les tourments subis (cf. 2 Co 6-7), la persécution est également la preuve de l'authenticité de notre mission apostolique. Mais il est important de rappeler que l'Evangile « prend corps dans les consciences et dans les cœurs humains et ne se diffuse dans l'Histoire que dans la puissance de l'Esprit Saint » (Jean-Paul II, Enc. Dominum et vivificantem, n. 64) et grâce à Lui l'Eglise et les missionnaires sont aptes à accomplir la mission qui leur est confiée (cf. ibid. n. 25). C'est l'Esprit Saint (cf. 1 Co 14) qui unit et préserve l'Eglise, en lui donnant la force de se diffuser, en comblant les disciples du Christ d'une richesse débordante de charismes. C'est de l'Esprit Saint que l'Eglise reçoit l'autorité de l'annonce et du ministère apostolique. C'est pourquoi, je désire réaffirmer avec force ce que j'ai déjà dit à propos du développement. (cf. Caritas in veritate, n. 79), à savoir que l'évangélisation a besoin de chrétiens qui ont les bras levés vers Dieu selon le geste de la prière, de chrétiens animés par la conscience que la conversion du monde au Christ n'est pas notre fait personnel, mais nous est donnée. En vérité, la célébration de l'Année sacerdotale nous a aidés à prendre davantage conscience que l'œuvre missionnaire demande une union toujours plus profonde avec Celui qui est l'Envoyé de Dieu le Père pour le Salut de tous ; elle demande le partage de ce « nouveau style de vie » qui a été inauguré par le Seigneur Jésus et qui a été repris par les Apôtres (cf. Discours aux participants à l'assemblée plénière de la Congrégation pour le clergé, 16 mars 2009; cf. ORLF n. 14 du 7 avril 2009).

 

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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 17:45

Discours du Pape Benoît XVI lors de sa rencontre avec le jeunes dans la Cathédrale de Sulmona (Abruzzes), le 4 juillet 2010.

 

Chers jeunes!

 

Je désire avant tout vous dire que je suis très heureux de vous rencontrer! Je rends grâce à Dieu de cette possibilité qui me permet de passer un peu de temps avec vous, comme un père de famille, avec votre évêque et vos prêtres. Je vous remercie de l’affection que vous me manifestez avec tant de chaleur! Mais je vous remercie également pour ce que vous m’avez dit, à travers vos deux « porte-parole », Francesca et Cristian. Vous m’avez posé des questions, avec beaucoup de franchise, et, dans le même temps, vous avez démontré avoir des points de référence, des convictions. Et cela est très important. Vous êtes des jeunes garçons et des jeunes filles qui réfléchissent, qui s’interrogent, et qui possèdent également le sens de la vérité et du bien. C’est-à-dire que vous savez utiliser votre esprit et votre cœur, et cela n’est pas rien! Je dirais même que c’est la chose principale dans ce monde : apprendre à bien utiliser l’intelligence et la sagesse que Dieu nous a données! Par le passé, la population de votre terre n’avait pas beaucoup de moyens pour étudier, ni même pour s’affirmer dans la société, mais elle possédait ce qui rend vraiment riches un homme et une femme : la foi et les valeurs morales. Voilà ce qui construit les personnes et la coexistence civile!

 

De vos paroles ressortent deux aspects fondamentaux : l’un positif et l’autre négatif. L’aspect positif est donné par votre vision chrétienne de la vie, une éducation que vous avez évidemment reçue de vos parents, de vos grands-parents, des autres éducateurs : prêtres, enseignants, catéchistes. L’aspect négatif se trouve dans les ombres qui obscurcissent votre horizon : ce sont les problèmes concrets, qui rendent difficile d’envisager l’avenir avec sérénité et optimisme ; mais ce sont également les fausses valeurs et les modèles illusoires, qui vous sont proposés et qui promettent de combler la vie, alors qu’en revanche ils la vident. Que faire, alors, pour que ces ombres ne deviennent pas trop lourdes? Tout d’abord, je vois que vous êtes jeunes et que vous avez une bonne mémoire! Oui, j’ai été frappé par le fait que vous ayez rapporté des paroles que j’ai prononcées à Sydney, en Australie, au cours de la Journée mondiale de la Jeunesse de 2008. Et ensuite, vous avez rappelé que les JMJ sont nées il y a vingt-cinq ans. Mais vous avez surtout démontré que vous avez une mémoire historique liée à votre terre : vous m’avez parlé d’un personnage né il y a huit siècles, Saint Pietro Celestino V, et vous avez dit que vous le considérez encore très actuel! Voyez-vous, chers amis, de cette manière vous possédez, comme le dit l’expression, « une longueur d’avance ». Oui, avoir une mémoire historique, c’est avoir une « longueur d’avance » dans la vie car, sans mémoire, il n’y a pas d’avenir. On disait autrefois que l’histoire est maîtresse de vie! La culture consumériste actuelle tend en revanche à enfermer l’homme dans le présent, à lui faire perdre le sens du passé, de l’histoire ; mais en agissant ainsi, elle le prive également de la capacité de se comprendre lui-même, de percevoir les problèmes et de construire le lendemain. Chers jeunes, je veux donc vous dire cela : le chrétien est quelqu’un qui a une bonne mémoire, qui aime l’Histoire et qui cherche à la connaître.

 

C’est pourquoi je vous remercie car vous me parlez de Saint Pietro del Morrone, Célestin V, et vous êtes capables de valoriser son expérience aujourd’hui, dans un monde si différent, mais qui a précisément pour cela besoin de redécouvrir certaines choses qui sont toujours valables, qui sont éternelles, par exemple la capacité d’écouter Dieu dans le silence extérieur et surtout intérieur. Il y a quelques instants, vous m’avez demandé : comment peut-on reconnaître l’appel de Dieu? Eh bien, le secret de la vocation se trouve dans la capacité et dans la joie de reconnaître, d’écouter et de suivre sa voix. Mais pour ce faire, il est nécessaire d’habituer notre cœur à reconnaître le Seigneur, à le sentir comme une Personne qui est proche de moi et qui m’aime. Comme je l’ai dit ce matin, il est important d’apprendre à vivre des moments de silence intérieur au cours des journées pour être capables d’entendre la voix du Seigneur. Soyez certains que si quelqu’un apprend à écouter cette voix et à la suivre avec générosité, il n’a peur de rien, il sait et il sent que Dieu est avec lui, avec elle, qu’il est l’Ami, le Père et le Frère. En un mot : le secret de la vocation se trouve dans la relation avec Dieu, dans la prière qui grandit précisément dans le silence intérieur, dans la capacité de sentir que Dieu est proche. Et cela est vrai aussi bien avant le choix, c’est-à-dire au moment de décider et de partir, qu’après, si l’on veut être fidèles et persévérer sur le chemin. Saint Pietro Celestino a été avant tout cela : un homme d’écoute, de silence intérieur, un homme de prière, un homme de Dieu. Chers jeunes : trouvez toujours une place pour Dieu au cours de vos journées, pour l’écouter et lui parler!

 

Et ici je voudrais vous dire une deuxième chose : la véritable prière n’est pas du tout étrangère à la réalité. Si prier vous emprisonnait, vous éloignait de votre vie réelle, prenez garde : ce ne serait pas une véritable prière! Au contraire, le dialogue avec Dieu est une garantie de vérité, de vérité avec soi- même et avec les autres, et ainsi de liberté. Etre avec Dieu, écouter sa Parole, dans l’Evangile, dans la liturgie de l’Eglise, défend des éblouissements de l’orgueil et de la présomption, des modes et des conformismes, et donne la force d’être vraiment libres, également de certaines tentations masquée sous forme de bonnes choses. Vous m’avez demandé : comment pouvons-nous être dans le monde mais pas du monde? Je vous réponds, précisément grâce à la prière, au contact personnel avec Dieu. Il ne s’agit pas de multiplier les mots — Jésus le disait déjà —, mais d’être en présence de Dieu, en faisant siennes, dans l’esprit et dans le cœur, les expressions du « Notre Père », qui embrasse tous les problèmes de notre vie, ou bien en adorant l’Eucharistie, en méditant l’Evangile dans notre chambre, ou en participant avec recueillement à la liturgie. Tout cela ne distrait pas de la vie, mais aide en revanche à être vraiment soi-même dans chaque milieu, fidèles à la voix de Dieu qui parle à la conscience, libres des conditionnements du moment! Il en fut ainsi pour Saint Célestin V : il sut agir selon sa conscience, en obéissance à Dieu, et donc sans peur et avec un grand courage, même dans les moments difficiles, comme ceux liés à son bref pontificat, en ne craignant pas de perdre sa propre dignité, mais en sachant que celle-ci consiste à être dans la vérité. Et le garant de la vérité est Dieu. Celui qui le suit n’a pas même peur de renoncer à lui-même, à sa propre idée, car « il ne manque rien à celui qui a Dieu », comme le disait sainte Thérèse d’Avila.

 

Chers amis! La foi et la prière ne résolvent pas les problèmes, mais elles permettent de les affronter avec une lumière et une force nouvelle, d’une manière digne de l’homme, et également de manière plus sereine et efficace. Si nous regardons l’Histoire de l’Eglise, nous voyons qu’elle est riche de figures de saints et de bienheureux qui, précisément en partant d’un dialogue intense et constant avec Dieu, illuminés par la foi, ont su trouver des solutions créatives, toujours nouvelles, pour répondre aux besoins humains concrets au cours de tous les siècles : la santé, l’instruction, le travail, etc. Leur esprit d’entreprise était animé par l’Esprit Saint et par un amour fort et généreux pour leurs frères, en particulier pour les plus faibles et démunis. Chers jeunes, laissez-vous conquérir totalement par le Christ! Empruntez vous aussi, de manière décidée, la route de la sainteté, c’est-à-dire en demeurant en contact entre vous, conformément à Dieu — une route qui est ouverte à tous — car cela vous fera devenir également plus créatifs dans la recherche de solutions aux problèmes que vous rencontrez, et en recherchant ces solutions ensemble! Voilà un autre signe distinctif du chrétien : il n’est jamais individualiste. Peut-être me direz vous : mais si nous regardons par exemple Saint Pietro Celestino, dans son choix de vivre en ermite, n’y avait-il pas de l’individualisme, une fuite des responsabilités? Assurément, cette tentation existe. Mais dans les expériences approuvées par l’Eglise, la vie solitaire de prière et de pénitence est toujours au service de la communauté, elle ouvre aux autres, elle n’est jamais en opposition avec les besoins de la communauté. Les ermitages et les monastères sont des oasis et des sources de vie spirituelle où tous peuvent puiser. Le moine ne vit pas pour lui, mais pour les autres, et c’est pour le bien de l’Eglise et de la société qu’il cultive la vie contemplative, pour que l’Eglise et la société puissent toujours être irriguées par des énergies nouvelles, par l’action du Seigneur. Chers jeunes! Aimez vos communautés chrétiennes, n’ayez pas peur de vous engager à vivre ensemble l’expérience de foi! Aimez l’Eglise : elle vous a donné la foi, elle vous a fait connaître le Christ! Et aimez votre évêque, vos prêtres, avec toutes nos faiblesses, les prêtres sont des présences précieuses dans la vie!

 

Le jeune homme riche de l’Evangile, après que Jésus lui ait proposé de tout quitter et de le suivre — comme nous le savons — s’en alla attristé, car il était trop attaché à ses biens (cf. Mt 19, 22). En revanche, je lis la joie en vous! Et cela est également un signe que vous êtes chrétiens : que pour vous, Jésus vaut beaucoup, même si cela est exigeant de le suivre, il vaut plus que tout autre chose. Vous avez cru que Dieu est la perle précieuse qui donne de la valeur à tout le reste : à la famille, aux études, au travail, à l’amour humain... à la vie elle-même. Vous avez compris que Dieu ne vous enlève rien, mais qu’il vous donne le « centuple » et rend votre vie éternelle, car Dieu est Amour infini : l’unique qui rassasie notre cœur. J’ai plaisir à rappeler l’expérience de Saint Augustin, un jeune qui a cherché avec de grandes difficultés, longuement, en dehors de Dieu, quelque chose qui puisse rassasier sa soif de vérité et de bonheur. Mais à la fin de ce chemin de recherche, il a compris que notre cœur est sans paix tant qu’il ne trouve pas Dieu, tant qu’il ne repose pas en Lui (cf. Les confessions, 1, 1). Chers jeunes! Conservez votre enthousiasme, votre joie, celle qui naît de la rencontre avec le Seigneur et sachez la communiquer également à vos amis, aux jeunes de votre âge! A présent, je dois repartir et je dois vous dire que cela m’attriste de vous quitter! Avec vous, je sens que l’Eglise est jeune! Mais je repars content, comme un père qui est serein car il a vu que ses enfants grandissent et grandissent bien. Chers garçons et chères filles, marchez! Marchez sur le chemin de l’Evangile ; aimez l’Eglise, notre mère ; soyez simples et purs de cœur ; soyez doux et forts dans la vérité ; soyez humbles et généreux. Je vous confie tous à vos saints patrons, à Saint Pietro Celestino et surtout à la Vierge Marie et je vous bénis avec une grande affection. Amen. 

 

 

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 16:10

Troisième et dernière Audience générale du Pape Benoît XVI sur Saint Thomas d'Aquin, le 23 juin 2010.

 

Chers frères et sœurs,

 

Je voudrais aujourd’hui compléter, par une troisième partie, mes catéchèses sur Saint Thomas d’Aquin. Même à 700 ans de sa mort, nous pouvons beaucoup apprendre de lui. C’est ce que rappelait également mon prédécesseur, le Pape Paul VI, qui, dans un discours prononcé à Fossanova le 14 septembre 1974, à l’occasion du septième centenaire de la mort de Saint Thomas, se demandait : « Maître Thomas, quelle leçon peux-tu nous donner? ». Et il répondit ainsi : « La confiance dans la vérité de la pensée religieuse catholique, telle qu’il la défendit, l’exposa, l’ouvrit à la capacité cognitive de l’esprit humain » (Insegnamenti di Paolo VI, XII [1974], pp. 833-834). Et, le même jour, à Aquin, se référant toujours à Saint Thomas, il affirmait : « Tous, nous qui sommes des fils fidèles de l'Eglise, nous pouvons et nous devons, au moins dans une certaine mesure, être ses disciples! » (ibid., p. 836).

 

Mettons-nous donc nous aussi à l’école de Saint Thomas et de son chef-d’œuvre, la Summa Theologiae. Celle-ci, bien qu’étant inachevée, est une œuvre monumentale : elle contient 512 questions et 2669 articles. Il s’agit d’un raisonnement serré, dans lequel l’application de l’intelligence humaine aux mystères de la foi procède avec clarté et profondeur, mêlant des questions et des réponses, dans lesquelles Saint Thomas approfondit l’enseignement qui vient de l'Ecriture Sainte et des Pères de l'Eglise, en particulier Saint Augustin. Dans cette réflexion, dans la rencontre de vraies questions de son époque, qui sont aussi et souvent des questions de notre temps, Saint Thomas, utilisant également la méthode et la pensée des philosophes antiques, en particulier Aristote, arrive à des formulations précises, lucides et pertinentes des vérités de la foi, où la vérité est don de la foi, où elle resplendit et nous devient accessible, ainsi qu’à notre réflexion. Cependant, cet effort de l’esprit humain — rappelle Saint Thomas à travers sa vie elle-même — est toujours éclairé par la prière, par la lumière qui vient d’En-haut. Seul celui qui vit avec Dieu et avec ses mystères peut comprendre ce que ces mystères signifient.

 

Dans la Summa de théologie, Saint Thomas part du fait qu’il existe trois différentes façons de l'être et de l’essence de Dieu : Dieu existe en lui-même, il est le principe et la fin de toute chose, c’est pourquoi toutes les créatures procèdent et dépendent de Lui ; ensuite, Dieu est présent à travers sa Grâce dans la vie et dans l’activité du chrétien, des saints ; enfin, Dieu est présent d’une manière toute particulière en la Personne du Christ et dans les Sacrements, qui naissent de son œuvre rédemptrice. Par conséquent, la structure de cette œuvre monumentale qui recherche la plénitude de Dieu avec un « regard théologique » (cf. Summa Theologiae, Ia, q. 1, a. 7) est articulée en trois parties, et est illustrée par le Doctor Communislui-même — Saint Thomas — avec ces mots : « Le but principal de la sainte doctrine est celui de faire connaître Dieu, et pas seulement en lui-même, mais également en tant que principe et fin des choses, et spécialement de la créature raisonnable. Dans l’intention d’exposer cette doctrine, nous traiterons en premier de Dieu ; en deuxième du mouvement de la créature vers Dieu ; et en troisième du Christ, qui, en tant qu’homme, est pour nous le chemin pour monter vers Dieu » (ibid., i, q. 2). C’est un cercle : Dieu en lui-même, qui sort de lui-même et nous prend par la main, afin qu’avec le Christ nous retournions à Dieu, nous soyons unis à Dieu, et Dieu sera tout en tous.

 

La première partie de la Summa Theologiaeenquête donc sur Dieu en lui-même, sur le mystère de la Trinité et sur l’activité créatrice de Dieu. Dans cette partie, nous trouvons également une profonde réflexion sur la réalité authentique de l’être humain en tant que sorti des mains créatrices de Dieu, fruit de son amour. D’une part nous sommes un être créé, dépendant, nous ne venons pas de nous-mêmes, mais de l’autre, nous avons une véritable autonomie, ainsi nous ne sommes pas seulement quelque chose d’apparent — comme disent certains philosophes platoniciens — mais une réalité voulue par Dieu comme telle, et qui possède une valeur en elle-même.

 

Dans la deuxième partie, Saint Thomas considère l’homme, animé par la grâce, dans son aspiration à connaître et à aimer Dieu pour être heureux dans le temps et pour l’éternité. L’auteur présente tout d’abord les principes théologiques de l’action morale, en étudiant comment, dans le libre choix de l’homme d’accomplir des actes bons, s’intègrent la raison, la volonté et les passions, auxquelles s’ajoute la force que donne la Grâce de Dieu à travers les vertus et les dons de l’Esprit Saint, ainsi que l’aide qui est offerte également par la loi morale. Ainsi, l'être humain est un être dynamique qui se cherche lui-même, qui aspire à être lui-même et cherche, de cette manière, à accomplir des actes qui l’édifient, qui le font devenir vraiment homme ; et celui qui pénètre dans la loi morale, pénètre dans la grâce, dans sa propre raison, sa volonté et ses passions. Sur ce fondement, Saint Thomas trace la physionomie de l’homme qui vit selon l’Esprit et qui devient, ainsi, une icône de Dieu. Saint Thomas s’arrête ici pour étudier les trois vertus théologales — la foi, l’espérance et la charité —, suivies de l’examen approfondi de plus de cinquante vertus morales, organisées autour des quatre vertus cardinales : la prudence, la justice, la tempérance et la force. Il termine ensuite par une réflexion sur les différentes vocations dans l'Eglise.

 

Dans la troisième partie de la Summa, Saint Thomas étudie le Mystère du Christ — le chemin et la vérité — au moyen duquel nous pouvons rejoindre Dieu le Père. Dans cette section, il écrit des pages presque uniques sur le Mystère de l’Incarnation et de la Passion de Jésus, en ajoutant ensuite une vaste réflexion sur les sept Sacrements, car en eux le Verbe divin incarné étend les bénéfices de l’Incarnation pour notre Salut, pour notre chemin de foi vers Dieu et la vie éternelle et demeure presque présent matériellement avec la réalité de la Création et nous touche ainsi au plus profond de nous-mêmes.

 

En parlant des Sacrements, Saint Thomas s’arrête de manière particulière sur le Mystère de l’Eucharistie, pour lequel il eut une très grande dévotion, au point que, selon ses antiques biographes, il avait l’habitude d’approcher son visage du Tabernacle comme pour sentir battre le Cœur divin et humain de Jésus. Dans l’une de ses œuvres de commentaire de l'Ecriture, Saint Thomas nous aide à comprendre l’excellence du Sacrement de l’Eucharistie, lorsqu’il écrit : « L’Eucharistie étant le Sacrement de la Passion de notre Seigneur, elle contient Jésus Christ qui souffrit pour nous. Et donc, tout ce qui est l’effet de la Passion de notre Seigneur, est également l’effet de ce sacrement, n’étant autre que l’application en nous de la Passion du Seigneur » (In Ioannem, c.6, lect. 6, n. 963). Nous comprenons bien pourquoi Saint Thomas et d’autres saints ont célébré la Messe en versant des larmes de compassion pour le Seigneur, qui s’offre en sacrifice pour nous, des larmes de joie et de gratitude.

 

Chers frères et sœurs, à l'école des saints, tombons amoureux de ce Sacrement! Participons à la Messe avec recueillement, pour en obtenir des fruits spirituels, nourrissons-nous du Corps et du Sang du Seigneur, pour être sans cesse nourris par la Grâce divine! Entretenons-nous volontiers et fréquemment, familièrement, avec le Très Saint Sacrement!

 

Ce que Saint Thomas a illustré avec une grande rigueur scientifique dans ses œuvres théologiques majeures, comme justement la Summa Theologiae, et également la Summa contra Gentilesa été exposé dans sa prédication, adressée aux étudiants et aux fidèles. En 1273, un an avant sa mort, pendant toute la période du Carême, il tint des prédications dans l'église San Domenico Maggiore à Naples. Le contenu de ces sermons a été recueilli et conservé : ce sont les Opuscules, où il explique le Symbole des Apôtres, interprète la prière du Notre Père, illustre le Décalogue et commente l'Ave Maria. Le contenu des prédications du Doctor Angelicus correspond presque tout entier à la structure du Catéchisme de l'Eglise catholique. En effet, dans la catéchèse et dans la prédication, à une époque comme la nôtre d'engagement renouvelé pour l'évangélisation, ces arguments fondamentaux ne devraient jamais faire défaut : ce que nous croyons, et voici le Symbole de la foi ; ce que nous prions, et voici le Notre Père et l'Ave Maria; et ce que nous vivons comme nous l'enseigne la Révélation biblique, et voici la loi de l'amour de Dieu et du prochain et les Dix Commandements comme explication de ce mandat de l’amour.

 

Je voudrais proposer quelques exemples du contenu, simple, essentiel et convaincant, de l'enseignement de Saint Thomas. Dans son Opuscule sur le Symbole des Apôtres, il explique la valeur de la foi. Par l'intermédiaire de celle-ci, dit-il, l'âme s'unit à Dieu, et il se produit comme un bourgeon de vie éternelle ; la vie reçoit une orientation sûre, et nous dépassons avec aisance les tentations. A qui objecte que la foi est une stupidité, parce qu’elle fait croire en quelque chose qui n'appartient pas à l'expérience des sens, Saint Thomas offre une réponse très articulée, et il rappelle que cela est un doute inconsistant, parce que l'intelligence humaine est limitée et ne peut pas tout connaître. Ce n'est que dans le cas où nous pourrions connaître parfaitement toutes les choses visibles et invisibles, que ce serait alors une authentique sottise d'accepter des vérités par pure foi. Par ailleurs, il est impossible de vivre, observe Saint Thomas, sans se fier à l'expérience des autres, là où la connaissance personnelle n'arrive pas. Il est donc raisonnable de prêter foi à Dieu qui se révèle et au témoignage des Apôtres : ils étaient un petit nombre, simples et pauvres, bouleversés par la Crucifixion de leur Maître ; pourtant beaucoup de personnes sages, nobles et riches se sont converties en peu de temps à l'écoute de leur prédication. Il s'agit, en effet, d'un phénomène historiquement prodigieux, auquel on peut difficilement donner une autre réponse raisonnable, sinon celle de la rencontre des Apôtres avec le Christ ressuscité.

 

En commentant l'article du Symbole sur l'Incarnation du Verbe divin, Saint Thomas fait certaines considérations. Il affirme que la foi chrétienne, si l'on considère le mystère de l'Incarnation, se trouve renforcée ; l'espérance s'élève plus confiante, à la pensée que le Fils de Dieu est venu parmi nous, comme l'un de nous pour communiquer aux hommes sa divinité ; la charité est ravivée, parce qu'il n'y a pas de signe plus évident de l'amour de Dieu pour nous, que de voir le Créateur de l'univers se faire lui-même créature, un de nous. Enfin, si l'on considère le mystère de l'Incarnation de Dieu, nous sentons s'enflammer notre désir de rejoindre le Christ dans la gloire. Pour faire une comparaison simple mais efficace, Saint Thomas observe : « Si le frère d'un roi était loin, il brûlerait certainement de pouvoir vivre à ses côtés. Eh bien, le Christ est notre frère : nous devons donc désirer sa compagnie, devenir un seul cœur avec lui » (Opuscoli teologico-spirituali, Rome 1976, p. 64).

 

En présentant la prière du Notre Père, Saint Thomas montre qu'elle est en soit parfaite, ayant les cinq caractéristiques qu'une oraison bien faite devrait posséder : l'abandon confiant et tranquille ; un contenu convenable, car — observe Saint Thomas — « il est très difficile de savoir exactement ce qu'il est opportun de demander ou non, du moment que nous sommes en difficulté face à la sélection des désirs » (Ibid., p. 120) ; et puis l'ordre approprié des requêtes, la ferveur de la charité et la sincérité de l'humilité.

 

Saint Thomas a été, comme tous les saints, un grand dévot de la Vierge. Il l'a appelée d'un nom formidable : Triclinium totius Trinitatis, triclinium, c'est-à-dire lieu où la Trinité trouve son repos, parce qu'en raison de l'Incarnation, en aucune créature comme en elle, les trois Personnes divines habitent et éprouvent délice et joie à vivre dans son âme pleine de Grâce. Par son intercession nous pouvons obtenir tous les secours.

 

Avec une prière qui est traditionnellement attribuée à Saint Thomas et qui, quoi qu'il en soit, reflète les éléments de sa profonde dévotion mariale, nous disons nous aussi : « Ô bienheureuse et très douce Vierge Marie, Mère de Dieu..., je confie à ton cœur miséricordieux toute ma vie... Obtiens-moi, ô ma très douce Dame, la véritable charité, avec laquelle je puisse aimer de tout mon cœur ton très Saint Fils et toi, après lui, par dessus toute chose, et mon prochain en Dieu et pour Dieu ». 

 

 

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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 13:16

Deuxième Audience générale du Pape Benoît XVI sur Saint Thomas d'Aquin, le 16 juin 2010.

 

Chers frères et sœurs,

 

Je voudrais aujourd'hui continuer la présentation de Saint Thomas d'Aquin, un théologien d'une telle valeur que l'étude de sa pensée a été explicitement recommandée par le Concile Vatican II dans deux documents, le décret Optatam totius, sur la formation au sacerdoce, et la déclaration Gravissimum educationis, qui traite de l'éducation chrétienne. Du reste, déjà en 1880, le Pape Léon XIII, son grand amateur et promoteur des études thomistes, voulut déclarer Saint Thomas Patron des écoles et des universités catholiques.

 

La principale raison de cette estime réside non seulement dans le contenu de son enseignement, mais aussi dans la méthode qu'il a adoptée, notamment sa nouvelle synthèse et distinction entre philosophie et théologie. Les Pères de l'Eglise se trouvaient confrontés à diverses philosophies de type platonicien, dans lesquelles était présentée une vision complète du monde et de la vie, y compris la question de Dieu et de la religion. En se confrontant avec ces philosophies, eux-mêmes avaient élaboré une vision complète de la réalité, en partant de la foi et en utilisant des éléments du platonisme, pour répondre aux questions essentielles des hommes. Cette vision, basée sur la révélation biblique et élaborée avec un platonisme corrigé à la lumière de la foi, ils l’appelaient « notre philosophie ». Le terme de « philosophie » n'était donc pas l'expression d'un système purement rationnel et, en tant que tel, distinct de la foi, mais indiquait une vision d'ensemble de la réalité, construite à la lumière de la foi, mais faite sienne et pensée par la raison ; une vision qui, bien sûr, allait au-delà des capacités propres de la raison, mais qui, en tant que telle, était aussi satisfaisante pour celle-ci. Pour Saint Thomas, la rencontre avec la philosophie pré-chrétienne d'Aristote (mort vers 322 av. J.-C.) ouvrait une perspective nouvelle. La philosophie aristotélicienne était, évidemment, une philosophie élaborée sans connaissance de l’Ancien et du Nouveau Testament, une explication du monde sans révélation, par la raison seule. Et cette rationalité conséquente était convaincante. Ainsi, l'ancienne formule de « notre philosophie » des Pères ne fonctionnait plus. La relation entre philosophie et théologie, entre foi et raison, était à repenser. Il existait une « philosophie » complète et convaincante en elle-même, une rationalité précédant la foi, et puis la « théologie », une pensée avec la foi et dans la foi. La question pressante était celle-ci : le monde de la rationalité, la philosophie pensée sans le Christ, et le monde de la foi sont-ils compatibles? Ou bien s'excluent-ils? Il ne manquait pas d'éléments qui affirmaient l'incompatibilité entre les deux mondes, mais Saint Thomas était fermement convaincu de leur compatibilité — et même que la philosophie élaborée sans la connaissance du Christ attendait en quelque sorte la lumière de Jésus pour être complète. Telle a été la grande « surprise » de saint Thomas, qui a déterminé son parcours de penseur. Montrer cette indépendance entre la philosophie et la théologie et, dans le même temps, leur relation réciproque a été la mission historique du grand maître. Et on comprend ainsi que, au XIXe siècle, alors que l'on déclarait avec force l'incompatibilité entre la raison moderne et la foi, le Pape Léon XIII indiqua Saint Thomas comme guide dans le dialogue entre l'une et l'autre. Dans son travail théologique, Saint Thomas suppose et concrétise cette relation. La foi consolide, intègre et illumine le patrimoine de vérité que la raison humaine acquiert. La confiance que Saint Thomas accorde à ces deux instruments de la connaissance — la foi et la raison — peut être reconduite à la conviction que toutes deux proviennent de l'unique source de toute vérité, le Logos divin, qui est à l'œuvre aussi bien dans le domaine de la Création que dans celui de la Rédemption.

 

En plus de l'accord entre la raison et la foi, il faut reconnaître, d'autre part, que celles-ci font appel à des processus de connaissance différents. La raison accueille une vérité en vertu de son évidence intrinsèque, médiate ou immédiate ; la foi, en revanche, accepte une vérité sur la base de l'autorité de la Parole de Dieu qui est révélée. Saint Thomas écrit au début de sa Summa Theologiae : « L'ordre des sciences est double ; certaines procèdent de principes connus à travers la lumière naturelle de la raison, comme les mathématiques, la géométrie et équivalents ; d'autres procèdent de principes connus à travers une science supérieure, c'est-à-dire la science de Dieu et des saints » (I, q. 1, a. 2).

 

Cette distinction assure l'autonomie autant des sciences humaines que des sciences théologiques. Celle-ci n'équivaut pas toutefois à une séparation, mais implique plutôt une collaboration réciproque et bénéfique. La foi, en effet, protège la raison de toute tentation de manquer de confiance envers ses propres capacités, elle l'encourage à s'ouvrir à des horizons toujours plus vastes, elle garde vivante en elle la recherche des fondements et, quand la raison elle-même s'applique à la sphère surnaturelle du rapport entre Dieu et l'homme, elle enrichit son travail. Selon Saint Thomas, par exemple, la raison humaine peut sans aucun doute parvenir à l’affirmation de l'existence d'un Dieu unique, mais seule la foi, qui accueille la Révélation divine, est en mesure de puiser au mystère de l'Amour du Dieu Un et Trine.

 

Par ailleurs, ce n'est pas seulement la foi qui aide la raison. La raison elle aussi, avec ses moyens, peut faire quelque chose d'important pour la foi, en lui rendant un triple service que Saint Thomas résume dans le préambule de son commentaire au De Trinitate de Boèce : « Démontrer les fondements de la foi ; expliquer à travers des similitudes les vérités de la foi ; repousser les objections qui sont soulevées contre la foi » (q. 2, a. 2). Toute l'histoire de la théologie est, au fond, l'exercice de cet engagement de l'intelligence, qui montre l'intelligibilité de la foi, son articulation et son harmonie interne, son caractère raisonnable, sa capacité à promouvoir le bien de l'homme. La justesse des raisonnements théologiques et leur signification réelle de connaissance se basent sur la valeur du langage théologique, qui est, selon Saint Thomas, principalement un langage analogique. La distance entre Dieu, le Créateur, et l'être de ses créatures est infinie ; la dissimilitude est toujours plus grande que la similitude (cf. DS 806). Malgré tout, dans toute la différence entre le Créateur et la créature, il existe une analogie entre l'être créé et l'être du Créateur, qui nous permet de parler avec des paroles humaines sur Dieu.

 

Saint Thomas a fondé la doctrine de l'analogie, outre que sur des thèmes spécifiquement philosophiques, également sur le fait qu'à travers la Révélation, Dieu lui-même nous a parlé et nous a donc autorisés à parler de Lui. Je considère qu'il est important de rappeler cette doctrine. En effet, celle-ci nous aide à surmonter certaines objections de l'athéisme contemporain, qui nie que le langage religieux soit pourvu d'une signification objective, et soutient au contraire qu'il a uniquement une valeur subjective ou simplement émotive. Cette objection découle du fait que la pensée positiviste est convaincue que l'homme ne connaît pas l'être, mais uniquement les fonctions qui peuvent être expérimentées par la réalité. Avec Saint Thomas et avec la grande tradition philosophique, nous sommes convaincus qu'en réalité, l'homme ne connaît pas seulement les fonctions, objet des sciences naturelles, mais connaît quelque chose de l'être lui-même, par exemple, il connaît la personne, le Toi de l'autre, et non seulement l'aspect physique et biologique de son être.

 

A la lumière de cet enseignement de Saint Thomas, la théologie affirme que, bien que limité, le langage religieux est doté de sens — car nous touchons l'être — comme une flèche qui se dirige vers la réalité qu'elle signifie. Cet accord fondamental entre raison humaine et foi chrétienne est présent dans un autre principe fondamental de la pensée de Saint Thomas d'Aquin : la Grâce divine n'efface pas, mais suppose et perfectionne la nature humaine. En effet, cette dernière, même après le péché, n'est pas complètement corrompue, mais blessée et affaiblie. La grâce, diffusée par Dieu et communiquée à travers le Mystère du Verbe incarné, est un don absolument gratuit avec lequel la nature est guérie, renforcée et aidée à poursuivre le désir inné dans le cœur de chaque homme et de chaque femme : le bonheur. Toutes les facultés de l'être humain sont purifiées, transformées et élevées dans la Grâce divine.

 

Une application importante de cette relation entre la nature et la Grâce se retrouve dans la théologie morale de Saint Thomas d'Aquin, qui apparaît d'une grande actualité. Au centre de son enseignement dans ce domaine, il place la loi nouvelle, qui est la loi de l'Esprit Saint. Avec un regard profondément évangélique, il insiste sur le fait que cette loi est la Grâce de l'Esprit Saint donnée à tous ceux qui croient dans le Christ. A cette Grâce s'unit l'enseignement écrit et oral des vérités doctrinales et morales, transmises par l'Eglise. Saint Thomas, en soulignant le rôle fondamental, dans la vie morale, de l'action de l'Esprit Saint, de la Grâce, dont jaillissent les vertus théologales et morales, fait comprendre que chaque chrétien peut atteindre les autres perspectives du « Sermon sur la montagne » s’il vit un rapport authentique de foi dans le Christ, s'il s'ouvre à l'action de son Saint Esprit. Mais — ajoute saint Thomas d'Aquin — « même si la grâce est plus efficace que la nature, la nature est plus essentielle pour l'homme » (Summa Theologiae, Ia, q.29. a. 3), c'est pourquoi, dans la perspective morale chrétienne, il existe une place pour la raison, qui est capable de discerner la loi morale naturelle. La raison peut la reconnaître en considérant ce qu'il est bon de faire et ce qu'il est bon d'éviter pour atteindre le bonheur qui tient au cœur de chacun, et qui impose également une responsabilité envers les autres, et donc, la recherche du bien commun. En d'autres termes, les vertus de l'homme, théologales et morales, sont enracinées dans la nature humaine. La Grâce divine accompagne, soutient et pousse l'engagement éthique, mais, en soi, selon Saint Thomas, tous les hommes, croyants et non croyants, sont appelés à reconnaître les exigences de la nature humaine exprimées dans la loi naturelle et à s'inspirer d'elle dans la formulation des lois positives, c'est-à-dire de celles émanant des autorités civiles et politiques pour réglementer la coexistence humaine.

 

Lorsque la loi naturelle et la responsabilité qu'elle implique sont niées, on ouvre de façon dramatique la voie au relativisme éthique sur le plan individuel et au totalitarisme de l'Etat sur le plan politique. La défense des droits universels de l'homme et l'affirmation de la valeur absolue de la dignité de la personne présupposent un fondement. Ce fondement n'est-il pas la loi naturelle, avec les valeurs non négociables qu'elle indique? Le vénérable Jean-Paul II écrivait dans son encyclique Evangelium vitae des paroles qui demeurent d'une grande actualité : « Pour l'avenir de la société et pour le développement d'une saine démocratie, il est donc urgent de redécouvrir l'existence de valeurs humaines et morales essentielles et originelles, qui découlent de la vérité même de l'être humain et qui expriment et protègent la dignité de la personne : ce sont donc des valeurs qu'aucune personne, aucune majorité ni aucun Etat ne pourront jamais créer, modifier ou abolir, mais que l'on est tenu de reconnaître, respecter et promouvoir » (n. 71).

 

En conclusion, Thomas nous propose un concept de la raison humaine ample et confiant : ample, car il ne se limite pas aux espaces de la soi-disant raison empirique-scientifique, mais il est ouvert à tout l'être et donc également aux questions fondamentales auxquelles on ne peut renoncer de la vie humaine ; et confiant, car la raison humaine, surtout si elle accueille les inspirations de la foi chrétienne, est promotrice d'une civilisation qui reconnaît la dignité de la personne, le caractère intangible de ses droits et le caractère coercitif de ses devoirs. Il n'est pas surprenant que la doctrine sur la dignité de la personne, fondamentale pour la reconnaissance du caractère inviolable de l'homme, se soit développée dans des domaines de pensée qui ont recueilli l'héritage de Saint Thomas d'Aquin, qui avait une conception très élevée de la créature humaine. Il la définit, à travers son langage rigoureusement philosophique, comme « ce qui se trouve de plus parfait dans toute la nature, c'est-à-dire un sujet subsistant dans une nature rationnelle » (Summa Theologiae, Ia, q. 29, a. 3).

 

La profondeur de la pensée de Saint Thomas d'Aquin découle — ne l'oublions jamais — de sa foi vivante et de sa piété fervente, qu'il exprimait dans des prières inspirées, comme celle où il demande à Dieu : « Accorde-moi, je t'en prie, une volonté qui te recherche, une sagesse qui te trouve, une vie qui te plaît, une persévérance qui t'attend avec patience et une confiance qui parvienne à la fin à te posséder ».

 

 

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