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18 avril 2008 5 18 /04 /avril /2008 09:13

Extrait des discours du Pape Benoît XVI et de Sa Béatitude Christodoulos, archevêque d'Athènes et chef de l'Église orthodoxe de Grèce, prononcés le 14 décembre 2006.

Discours du Pape Benoît XVI

Béatitude,

Chers Frères dans le Christ qui accompagnez le vénérable Archevêque d'Athènes et de toute la Grèce à l'occasion de notre rencontre fraternelle, je vous salue dans le Seigneur (…).

Aujourd'hui, nos relations reprennent lentement mais en profondeur et avec un souci d'authenticité. Elles sont pour nous l'occasion de découvrir toute une gamme nouvelle d'expressions spirituelles riches en signification et en engagement mutuel. Nous en rendons grâce à Dieu (…).

Les différents pays d'Europe travaillent à la création d'une nouvelle Europe, qui ne peut pas être une réalité exclusivement économique. Catholiques et orthodoxes sont appelés à offrir leur contribution culturelle et surtout spirituelle. Ils ont en effet le devoir de défendre les
racines chrétiennes du Continent, qui l'ont façonné au cours des siècles, et de permettre ainsi à la tradition chrétienne de continuer à se manifester et d'œuvrer de toutes ses forces en faveur de la sauvegarde de la dignité de la personne humaine, du respect des minorités, en ayant soin d'éviter une uniformisation culturelle qui risquerait d'entraîner la perte d'immenses richesses de la civilisation ; de même, il convient de travailler à la sauvegarde des droits de l'homme, qui comprennent le principe de liberté individuelle, en particulier de la liberté religieuse ; ces droits sont à promouvoir et à défendre dans l'Union européenne et dans chaque pays qui en est membre.

En même temps, il convient de développer une collaboration entre chrétiens dans chaque pays de l'Union européenne, de manière à faire face aux nouveaux risques auxquels est confrontée la foi chrétienne, à savoir la sécularisation croissante, le relativisme et le nihilisme, qui ouvre la voie à des comportements et même à des législations qui portent atteinte à la dignité inaliénable des personnes et qui mettent en cause des institutions aussi fondamentales que le mariage. Il est urgent d'entreprendre des actions pastorales communes, qui constitueront pour nos contemporains un témoignage commun et nous disposeront à rendre compte de l'espérance qui est en nous.

Discours de Christodoulos

Sainteté Évêque et Pape de Rome,

Avec joie, nous venons aujourd'hui de l'Église apostolique d'Athènes en pèlerinage aux monuments des saints, tout particulièrement de saint Paul l'apôtre des nations, fondateur de notre Église, situés dans la célèbre ville de l'Ancienne Rome. Nous venons nous prosterner sur le tombeau du saint apôtre Pierre et rendre hommage aux martyrs des catacombes et aux saints grecs Cyrille et Méthode, égaux aux Apôtres. Nous venons prier pour que la vérité du Christ brille dans le monde, en nous appliquant « à garder l'unité de l'esprit par le lien de la paix » et pour que « nous grandissions à tous égards vers celui qui est la tête, Christ ». Avec joie, nous venons, en qualité de Primat de la très sainte Église de Grèce, vous rendre visite pour la première fois en votre qualité d'évêque de cette ville, sur votre courtoise invitation. Nous venons vers vous, l'éminent théologien et l'universitaire, le chercheur assidu de la pensée grecque antique et des Pères grecs de l'Orient ; mais aussi le visionnaire de l'unité des chrétiens et de la coopération des religions pour assurer la paix du monde entier (…).

Le souvenir de tout ceci, ainsi que la vive espérance de transcender les obstacles dogmatiques qui entravent le chemin de l'unité dans la foi, enrichissent notre prière et renforcent notre volonté de vivre par le consensus la pleine unité, et de communier au Corps et au Sang précieux du Seigneur dans la même Coupe de Vie (…).

Les conditions qui, aujourd'hui, informent le nouveau visage du monde, de l'Europe plus particulièrement, requièrent de notre part – en notre qualité de pères spirituels des membres pieux de nos Églises – de la vigilance pour signaler à temps tout ce qui menace les valeurs et les structures de la civilisation européenne profondément imprégnées de la foi chrétienne : le courant prônant la déchristianisation progressive de l'Europe, visant l'exclusion de l'Église de la vie publique et sa marginalisation sociale ; les problèmes créés par le déplacement de milliers de réfugiés et de migrants de toute origine ; les dangers issus du fanatisme religieux ; les développements présomptueux, touchant les limites de l'offense au sens grec ancien du terme, de la biotechnologie en matière de génétique ; le fossé qui se creuse davantage entre riches et pauvres ; les risques auxquels la jeunesse est exposée ; l'éventualité d'un conflit de civilisations et de religions ; le besoin de préserver l'identité spirituelle et culturelle des citoyens européens et de la famille, cellule de la société ; l'avilissement et la dévalorisation de l'être humain, de surcroît souvent sous le couvert des droits de l'homme ; la frénésie de consommation cultivée par tous les moyens et, son corollaire, la production d'un mode de vie conditionné dont le plaisir est l'unique valeur quel qu'en soit le prix psychique. Bref, de nombreux problèmes sociaux, dont vous avez souvent parlé, sont pour nous des véritables défis que nous sommes prêts à relever dans l'esprit vrai de la vie en Christ. En l'occurrence, la contribution du discours orthodoxe, théologique et pastoral, est absolument nécessaire. L'Église se doit de tendre la main pour tirer et sauver les noyés du torrent de Baal. Elle sent que, dans le monde contemporain extrêmement médiatisé, elle doit adopter les moyens de communication modernes et parler le langage actuel à l'homme de notre temps. Cela, sans que ces moyens techniques n'altèrent son discours ni que son message ne se plie à la technique communicationnelle. Elle se sent obligée de s'opposer à l'État et aux superpuissances de ce monde, lorsqu'elle considère que leurs décisions entament l'image vivante de Dieu sur terre. Cela, sans céder à la tentation de se sentir elle-même une puissance de ce monde.



Lire le texte intégral des discours du Pape Benoît XVI et de Sa Béatitude Christodoulos

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17 avril 2008 4 17 /04 /avril /2008 15:15

Extrait des discours du Pape Benoît XVI et du Dr Rowan Williams, archevêque de Cantorbéry et Primat de la Communion anglicane, prononcés le 23 novembre 2006.

Discours du Pape Benoît XVI

Votre Grâce, Chers Amis,
Grâce et paix à vous dans le Seigneur Jésus-Christ !

(…) Il existe de nombreux motifs de satisfaction dans nos relations au cours de ces quarante dernières années. Le travail de la commission pour le dialogue théologique a été une source d'encouragement dans l'examen des questions liées à la doctrine qui, dans le passé, nous ont séparés. L'amitié et les bonnes relations existant dans de nombreux lieux entre les anglicans et les catholiques ont contribué à créer un nouveau contexte dans lequel notre témoignage commun à l'Évangile de Jésus-Christ a été alimenté et promu. Les visites des archevêques de Cantorbéry au Saint-Siège ont servi à renforcer ces relations et ont joué un rôle important pour affronter les obstacles qui nous séparent (…).

Dans le contexte actuel, toutefois, et en particulier dans le monde occidental sécularisé, il existe de nombreuses influences et pressions négatives qui touchent les chrétiens et les communautés chrétiennes. Au cours des trois dernières années, vous avez parlé ouvertement des tensions et des difficultés qui pèsent sur la Communion anglicane, et par conséquent, de l'incertitude liée à l'avenir de la Communion elle-même. Les récents développements, spécialement en ce qui concerne le ministère ordonné et certains enseignements moraux, ont affecté non seulement les relations internes au sein de la Communion anglicane, mais également les relations entre la Communion anglicane et l'Église catholique. Nous croyons que ces questions, qui font actuellement l'objet de discussions au sein de la Communion anglicane, revêtent une importance vitale pour prêcher l'Évangile dans son intégrité, et que vos débats actuels façonneront l'avenir de nos relations. Souhaitons que le travail du dialogue théologique, qui a enregistré un degré important de consensus sur ces questions ainsi que sur d'autres questions théologiques importantes, continuera de faire l'objet d'un discernement attentif de votre part. Notre prière sincère vous accompagne dans ces débats. Nous formons le vœu fervent que la Communion anglicane demeure enracinée dans les Évangiles et la Tradition apostolique, qui forment notre patrimoine commun et qui constituent la base de notre aspiration commune à travailler au service de l'unité pleine et visible.

Le monde a besoin de notre témoignage et de la force qui provient d'une proclamation unanime de l'Évangile.
Les immenses souffrances de la famille humaine et les formes d'injustice qui frappent de façon négative la vie de tant de personnes constituent un appel urgent en vue de notre témoignage et de notre service communs. C'est précisément pour cette raison, même parmi les difficultés actuelles, que nous poursuivons notre dialogue théologique.

(…) Puisse le Seigneur continuer de vous bénir, ainsi que votre famille, et puisse-t-il vous renforcer dans votre ministère au service de la Communion anglicane !

Discours de Rowan Williams

Votre Sainteté,

Je suis très heureux de pouvoir vous rencontrer dans cette ville, qui a été sanctifiée dès les origines de l'ère chrétienne par le ministère des apôtres Pierre et Paul, et où tant de vos prédécesseurs ont rendu un noble témoignage de l'Évangile de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui appelle à la conversion.

Au début de mon ministère d'archevêque de Cantorbéry, j'ai eu l'opportunité de rendre visite à votre bien-aimé et vénéré prédécesseur, le Pape Jean-Paul II, et de lui transmettre les salutations des Églises de la famille anglicane dans le monde, qui réunissent près de quatre-vingts millions de chrétiens. Le Pape Jean-Paul II a inspiré un grand nombre de personnes à travers le monde par son dévouement au Christ et, comme vous le savez, il a gagné une place particulière dans le cœur de nombreuses personnes, au-delà de l'Église catholique romaine, par la compassion et la ténacité qu'il a manifestées à tous dans son ministère.

Notre rencontre est aussi l'occasion de rappeler et de célébrer la visite que rendit il y a quarante ans, mon prédécesseur, l'archevêque Michael Ramsey au Pape Paul VI, rencontre entre les responsables des Églises anglicane et catholique romaine qui instaura un processus de réconciliation et d'amitié qui se poursuit encore aujourd'hui. L'anneau que je porte aujourd'hui est l'anneau épiscopal que le Pape Paul VI offrit à l'archevêque Michael ; cette croix est le don du Pape Jean-Paul II, symbole de notre engagement commun à œuvrer ensemble à l'unité pleine et visible de la famille chrétienne.

C'est dans ce même esprit fraternel que j'accomplis à présent cette visite, car je crois que nous devrions poursuivre ensemble le chemin d'amitié qu'ils commencèrent. J'ai été encouragé par la manière dont, dès le début de votre ministère comme Évêque de Rome, vous avez souligné l'importance de l'œcuménisme dans votre ministère. Si la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ doit être intégralement proclamée à un monde qui en a besoin, la réconciliation de tous les chrétiens dans la vérité et l'amour de Dieu est alors un élément vital de notre témoignage.

Je l'affirme en ayant conscience que le chemin vers l'unité n'est pas un chemin facile, et que les discussions sur la façon dont nous appliquons l'Évangile aux défis que pose la société moderne peuvent souvent obscurcir, voire menacer les résultats du dialogue, du témoignage commun et du service. Dans le monde moderne, aucune partie de la famille chrétienne n'agit sans que cela n'ait un impact profond sur nos partenaires œcuméniques ; seule une solide base d'amitié dans le Christ pourra nous permettre d'être honnêtes dans notre dialogue les uns avec les autres sur ces difficultés, et de rechercher des façons de progresser qui s'efforcent d'être pleinement fidèles à la charge qui est la nôtre en tant que disciples du Christ.

(…) Quoi qu'il en soit, il s'agit d'une tâche qui nous revient à tous deux en tant que pasteurs de la famille chrétienne : être des avocats de la réconciliation, de la justice et de la compassion dans ce monde – être les ambassadeurs du Christ – et je suis certain qu'un échange honnête de nos préoccupations ne pourra pas affaiblir ce que nous pouvons affirmer et proclamer ensemble – l'espérance du salut et de la guérison qui se trouve dans la Grâce et l'Amour de Dieu révélé dans le Christ.



Lire le texte intégral des discours du Pape Benoît XVI et du Dr Rowan Williams

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16 avril 2008 3 16 /04 /avril /2008 11:27

Extrait du discours du Pape Benoît XVI aux participants de l’Assemblée plénière du Conseil pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens, le 17 novembre 2006


Monsieur le Cardinal,

Vénérés frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce,
chers frères et soeurs!

"A vous grâce et paix de par Dieu notre Père et le Seigneur Jésus Christ"
(Rm 1, 7). C'est avec ce souhait de saint Paul aux Romains que je m'adresse à vous, qui consacrez votre intelligence, votre amour et votre zèle à la promotion de la pleine communion de tous les chrétiens, selon la volonté du Seigneur lui-même qui a prié pour cette unité à la veille de sa passion, de sa mort et de sa résurrection (…).

Il faut dire dès le départ que, en dépit des changements de situations, de sensibilités et de problématiques, le but du mouvement oecuménique demeure inchangé : l'unité visible de l'Eglise.
Comme on le sait, le Concile Vatican II considéra comme l'un des ses principaux objectifs le rétablissement de la pleine unité entre tous les chrétiens (cf. Unitatis redintegratio, n. 1). Cela est également mon intention (…).

En vérité, du Concile Vatican II à nos jours, de nombreux pas vers la pleine unité ont été accomplis. J'ai devant les yeux l'image de la Salle du Concile où les Observateurs délégués des autres Eglises et communautés ecclésiales étaient attentifs, mais silencieux. Cette image a laissé la place, dans les décennies successives, à la réalité d'une Eglise en dialogue avec toutes les Eglises et communautés ecclésiales d'Orient et d'Occident. Le silence s'est transformé en une parole de communion. Un immense travail a été accompli au niveau universel et au niveau local. La fraternité entre tous les chrétiens a été redécouverte et rétablie comme condition de dialogue, de coopération, de prière commune, de solidarité.

C'est ce que mon prédécesseur, le Pape Jean-Paul II, de vénérée mémoire, a mis en évidence dans l'Encyclique sur l'engagement oecuménique, dans laquelle il a, entre autres, affirmé de façon explicite que "la progression de la communion est le fruit précieux des relations entre les chrétiens et du dialogue théologique qu'ils entretiennent. Les relations et le dialogue ont rendu les chrétiens conscients des données de la foi qu'ils ont en commun" (Enc. Ut unum sint, n. 49). Cette Encyclique soulignait les fruits positifs des relations oecuméniques entre les chrétiens tant d'Orient que d'Occident. Comment ne pas rappeler, dans ce contexte, l'expérience de communion vécue avec les représentants des autres Eglises et communautés ecclésiales venus de tous les continents pour prendre part aux funérailles de l'inoubliable Pape Jean-Paul II et également à l'inauguration de mon pontificat? Le partage de la douleur et de la joie est un signe visible de la nouvelle situation créée parmi les chrétiens. Que Dieu en soit béni! Ma visite imminente à Sa Sainteté Bartholomaios I et au Patriarcat oecuménique constituera un signe supplémentaire de considération pour les Eglises orthodoxes, et agira comme un encouragement – nous en sommes certains – pour hâter le pas vers le rétablissement de la pleine communion.

De façon réaliste, toutefois, nous devons reconnaître que beaucoup de chemin reste encore à accomplir (…).
Il reste avant tout la difficulté de trouver une conception commune sur la relation entre l'Evangile et l'Eglise et, en relation à cela, sur le mystère de l'Eglise et de son unité et sur la question du ministère dans l'Eglise. De nouvelles difficultés sont ensuite apparues dans le domaine éthique ; ainsi, les différentes positions adoptées par les confessions chrétiennes sur les problématiques actuelles ont affaibli leur influence sur la formation de l'opinion publique. Précisément de ce point de vue, un dialogue approfondi sur l'anthropologie chrétienne est nécessaire, ainsi que sur l'interprétation de l'Evangile et sur son application concrète.

Ce qui, de toutes façons, doit être avant tout promu, est l'oecuménisme de l'amour, qui découle directement du commandement nouveau laissé par Jésus à ses disciples. L'amour accompagné de gestes cohérents engendre la confiance, ouvre les coeurs et les yeux. Le dialogue de la charité, de par sa nature, promeut et illumine le dialogue de la vérité : c'est en effet dans la pleine unité qu'aura lieu la rencontre définitive à laquelle conduit l'Esprit du Christ. Ce ne sont certainement pas le relativisme ou un irénisme facile et faux qui résolvent la recherche oecuménique. Au contraire, ceux-ci la déforment et la désorientent. Il faut ensuite intensifier la formation oecuménique, en partant des fondements de la foi chrétienne, c'est-à-dire de l'amour de Dieu qui s'est révélé dans le visage de Jésus Christ et qui a en même temps révélé, dans le Christ, l'homme à l'homme et lui a fait comprendre sa très haute vocation (cf.
Gaudium et spes, n. 22). Ces deux dimensions essentielles sont soutenues par la coopération pratique entre les chrétiens, qui "exprime vivement l'union déjà existante entre eux, et [elle] met en plus lumineuse évidence le visage du Christ serviteur" (Unitatis redintegratio, n. 12).

En conclusion de ces paroles, je veux répéter l'importance tout à fait particulière de l'oecuménisme spirituel. C'est donc à juste titre que le Conseil pontifical pour la Promotion de l'Unité des Chrétiens s'engage dans celui-ci, en s'appuyant sur la prière, sur la charité, sur la conversion du coeur pour un renouveau personnel et communautaire. Je vous exhorte à poursuivre sur cette voie, qui a déjà porté tant de fruits, et qui en portera d'autres encore. Pour ma part, je vous assure du soutien de ma prière tandis que, en gage de ma confiance et de mon affection, je donne à tous ma Bénédiction apostolique particulière.



Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI

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11 avril 2008 5 11 /04 /avril /2008 08:29

Extrait de l'Audience Générale du Pape Benoît XVI, le 6 décembre 2006

Chers Frères et Sœurs,

Je voudrais, au cours de cette Audience générale, reparcourir les diverses étapes du pèlerinage que j'ai accompli en
Turquie, du mardi au vendredi de la semaine dernière. Une visite qui, comme vous le savez, s'annonçait difficile, sous divers aspects, mais que Dieu a accompagnée dès le début et qui a ainsi pu se réaliser de manière positive. C'est pourquoi, comme je vous avais demandé de la préparer et de l'accompagner par la prière, je vous demande à présent de vous unir à moi pour rendre grâce au Seigneur pour son déroulement et sa conclusion. C'est à Lui que je confie les fruits qui, je l'espère, pourront naître de celle-ci, autant en ce qui concerne les relations avec nos frères orthodoxes, que le dialogue avec les musulmans (…).

Me référant à la vision que le Concile Vatican II présente de l'Eglise (cf. Const.
Lumen gentium, nn. 14-16), je pourrais dire que les voyages pastoraux du Pape contribuent aussi à réaliser sa mission, qui se déroule en "cercles concentriques". Dans le cercle le plus intérieur, le Successeur de Pierre confirme les catholiques dans la foi ; dans le cercle intermédiaire, il rencontre les autres chrétiens ; dans le cercle le plus extérieur, il s'adresse aux non chrétiens et à toute l'humanité.

1.
La première journée de ma visite en Turquie s'est déroulée dans le cadre de ce troisième "cercle", le plus large : j'ai rencontré le Premier ministre, le Président de la République et le Président pour les Affaires religieuses, adressant à ce dernier mon premier discours ; j'ai rendu hommage au Mausolée du "père de la patrie", Mustafa Kemal Atatürk ; j'ai ensuite eu la possibilité de m'adresser au Corps diplomatique à la Nonciature apostolique d'Ankara. Cette intense série de rencontres a constitué une partie importante de ma Visite, en particulier compte tenu du fait que la Turquie est un pays à très large majorité musulmane, réglementé cependant par une Constitution qui affirme la laïcité de l'Etat. Il s'agit donc d'un pays emblématique en ce qui concerne le grand défi qui se joue aujourd'hui au niveau mondial : c'est-à-dire, d'une part, redécouvrir la réalité de Dieu et l'importance publique de la foi religieuse, et, de l'autre, assurer que l'expression de cette foi soit libre, privée de dégénérescences fondamentalistes, capable de rejeter fermement toute forme de violence. J'ai donc eu l'occasion propice de renouveler mes sentiments d'estime à l'égard des musulmans et de la civilisation islamique. J'ai pu, dans le même temps, insister sur l'importance que les chrétiens et les musulmans s'engagent ensemble pour l'homme, pour la vie, pour la paix et la justice, en réaffirmant que la distinction entre le domaine civil et le domaine religieux constitue une valeur et que l'Etat doit garantir au citoyen et aux communautés religieuses la liberté effective de culte.

Dans le domaine du dialogue interreligieux, la Divine Providence m'a donné d'accomplir, presque à la fin de mon voyage, un geste qui n'était pas prévu au début, et qui s'est révélé très significatif : la visite à la célèbre Mosquée bleue d'Istanbul. En m'arrêtant quelques minutes pour me recueillir en ce lieu de prière, je me suis adressé à l'unique Seigneur du ciel et de la terre, Père miséricordieux de l'humanité tout entière. Puissent tous les croyants se reconnaître comme ses créatures et rendre le témoignage d'une véritable fraternité !

2.
La deuxième journée m'a conduit à Ephèse, et je me suis donc retrouvé rapidement dans le "cercle" le plus intérieur du voyage, en contact direct avec la Communauté catholique. Près d'Ephèse, en effet, dans une charmante localité appelée "colline du rossignol", qui surplombe la mer Egée, se trouve le Sanctuaire de la Maison de Marie. Il s'agit d'une antique petite chapelle qui a été bâtie autour d'une maisonnette que, selon une très ancienne tradition, l'apôtre Jean fit construire pour la Vierge Marie, après l'avoir amenée avec lui à Ephèse. Jésus lui-même les avait confiés l'un à l'autre quand, avant de mourir sur la croix, il avait dit à Marie : "Femme, voici ton fils!", et à Jean : "Voici ta mère!" (Jn 19, 26-27). Les recherches archéologiques ont démontré que ce lieu est depuis des temps immémoriaux un lieu de culte marial, également cher aux musulmans, qui s'y rendent habituellement pour vénérer Celle qu'ils appellent "Meryem Ana", la Mère Marie. Dans le jardin, devant le Sanctuaire, j'ai célébré la Messe pour un groupe de fidèles venus de la proche ville d'Izmir, ainsi que d'autres parties de la Turquie et également de l'étranger. Auprès de la "Maison de Marie", nous nous sommes véritablement sentis "à la maison" et, dans ce climat de paix, nous avons prié pour la paix en Terre Sainte et dans le monde entier. J'ai voulu rappeler en ce lieu dom Andrea Santoro, prêtre romain, témoin de l'Evangile en terre turque, à travers son sang.

3.
Le "cercle" intermédiaire, celui des relations oecuméniques, a occupé la partie centrale de ce voyage, qui s'est déroulée à l'occasion de la fête de saint André, le 30 novembre. Cette fête m'a offert le contexte idéal pour consolider les relations fraternelles entre l'Evêque de Rome, Successeur de Pierre, et le Patriarche oecuménique de Constantinople, Eglise fondée selon la tradition par l'apôtre saint André, frère de Simon-Pierre. Sur les traces de Paul VI, qui rencontra le Patriarche Athénagoras, et de Jean-Paul II, qui fut accueilli par le Successeur d'Athénagoras, Dimitrios I, j'ai renouvelé avec Sa Sainteté Bartholomaios I ce geste d'une grande valeur symbolique, pour confirmer l'engagement réciproque de poursuivre la route vers le rétablissement de la pleine communion entre catholiques et orthodoxes. Pour confirmer cette ferme intention, j'ai signé avec le Patriarche oecuménique une Déclaration commune, qui constitue une étape supplémentaire sur ce chemin. Il a été particulièrement significatif que cet acte ait eu lieu au terme de la Liturgie solennelle de la fête de saint André, à laquelle j'ai assisté et qui s'est conclue par la double Bénédiction donnée par l'Evêque de Rome et par le Patriarche de Constantinople, respectivement Successeurs des Apôtres Pierre et André. De cette manière, nous avons montré qu'à la base de chaque effort oecuménique se trouvent toujours la prière et l'invocation persévérante de l'Esprit Saint. Toujours dans ce contexte, à Istanbul, j'ai eu la joie de rendre visite au Patriarche de l'Eglise arménienne apostolique, Sa Béatitude Mesrob II, ainsi que de rencontrer le Métropolite syro-orthodoxe. Il me plaît en outre de rappeler, dans ce contexte, l'entretien que j'ai eu avec le Grand Rabbin de Turquie.

4.
Ma visite s'est conclue, juste avant mon départ pour Rome, en revenant au "cercle" intérieur, et donc en rencontrant la communauté catholique présente dans chacune de ses composantes dans la Cathédrale latine du Saint-Esprit, à Istanbul. Le Patriarche oecuménique, le Patriarche arménien, le Métropolite syro-orthodoxe et les Représentants des Eglises protestantes ont également assisté à cette Messe. En somme, tous les chrétiens étaient réunis en prière, dans la diversité des traditions, des rites et des langues. Réconfortés par la Parole du Christ, qui promet aux croyants des "fleuves d'eau vive" (Jn 7, 38), et par l'image des nombreux membres unis dans l'unique corps (cf. 1 Co 12, 12-13), nous avons vécu l'expérience d'une Pentecôte renouvelée.

Chers frères et soeurs, je suis revenu ici, au Vatican, l'âme emplie de gratitude envers Dieu et avec des sentiments d'affection sincère et d'estime pour les habitants de la bien-aimée nation turque, par lesquels je me suis senti accueilli et compris. La sympathie et la cordialité avec lesquelles ils m'ont entouré, malgré les difficultés inévitables que ma visite a créées au déroulement normal de leurs activités quotidiennes, restent en moi comme un souvenir vivant qui m'incite à la prière. Que Dieu tout-puissant et miséricordieux aide le peuple turc, ses dirigeants et les représentants des diverses religions, à construire ensemble un avenir de paix, de manière à ce que la Turquie puisse être un "pont" d'amitié et de collaboration fraternelle entre l'Occident et l'Orient. Nous prions en outre pour que, par l'intercession de la Très Sainte Vierge Marie, l'Esprit Saint rende ce voyage apostolique fécond et anime dans le monde entier la mission de l'Eglise, instituée pour annoncer à tous les peuples l'Evangile de la vérité, de la paix et de l'amour.



Lire le texte intégral de l'Audience Générale du Pape Benoît XVI

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9 avril 2008 3 09 /04 /avril /2008 10:41

Extrait de l’homélie du 1er décembre 2006 prononcée par le Pape Benoît XVI à la Cathédrale du Saint-Esprit à Istanbul, en présence de nombreux représentants de la communauté catholique de Turquie appartenant à divers rites orientaux, du Patriarche œcuménique Bartholomeos Ier et du Patriarche arménien Mesrob II.

 


Chers Frères et Sœurs,

Au terme de mon voyage pastoral en Turquie, je suis heureux de rencontrer la communauté catholique d’Istanbul et de célébrer avec elle l’Eucharistie pour rendre grâce au Seigneur de tous ses dons. Je tiens à saluer en tout premier lieu le Patriarche de Constantinople, Sa Sainteté Bartholomaios Ier, ainsi que le Patriarche arménien, Sa Béatitude Mesrob II, Frères vénérés, qui ont tenu à se joindre à nous pour cette célébration. Je leur exprime ma profonde gratitude pour ce geste fraternel qui honore toute la communauté catholique (…). Comment ne pas penser aux différents événements qui ont forgé ici-même notre histoire commune ? En même temps, je sens le devoir de rappeler de manière particulière les nombreux témoins de l’Evangile du Christ, qui nous pressent de travailler ensemble à l’unité de tous ses disciples, dans la vérité et la charité !

Dans cette cathédrale du Saint-Esprit, j’ai souhaité rendre grâce à Dieu pour tout ce qu’il accomplit dans l’histoire des hommes et invoquer sur tous les dons de l’Esprit de sainteté. Comme vient de nous le rappeler saint Paul, l’Esprit est la source permanente de notre foi et de notre unité. Il suscite en nous la vraie connaissance de Jésus et il met sur nos lèvres les paroles de la foi pour que nous reconnaissions le Seigneur. Jésus l’avait déjà déclaré à Pierre après la Confession de foi de Césarée : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas: ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé ça, mais mon Père qui est aux cieux » (Mt 16, 17). Oui, heureux sommes-nous quand l’Esprit Saint nous ouvre au bonheur de croire et quand il nous fait entrer dans la grande famille des chrétiens, son Église, si multiple à travers la variété des dons, des fonctions et des activités, et en même temps déjà UNE, « car c’est toujours le même Dieu qui agit en tous ». Saint Paul ajoute : « Chacun reçoit le don de manifester l’Esprit en vue du bien de tous ». Manifester l’Esprit, vivre selon l’Esprit, ce n’est pas vivre pour soi seulement, mais c’est apprendre à se conformer au Christ Jésus lui-même en devenant, à sa suite, serviteur de ses frères. Voilà un enseignement bien concret pour chacun de nous, Évêques, appelés par le Seigneur à conduire son peuple en nous faisant serviteurs à sa suite ; cela vaut encore pour tous les ministres du Seigneur et également pour tous les fidèles : en recevant le sacrement du Baptême, nous avons tous été plongés dans la mort et la résurrection du Seigneur, « nous avons été désaltérés par l’unique Esprit », et la vie du Christ est devenue la nôtre pour que nous vivions comme lui, pour que nous aimions nos frères comme lui nous a aimés (cf. Jn 13, 34).

Il y a vingt-sept ans, dans cette même cathédrale, mon prédécesseur le Serviteur de Dieu Jean-Paul II formait le vœu que l’aube du nouveau millénaire puisse « se lever sur une Église qui a retrouvé sa pleine unité, pour mieux témoigner, au milieu des tensions exacerbées de ce monde, de l’amour transcendant de Dieu manifesté en son Fils Jésus Christ » (Homélie à la cathédrale d’Istanbul). Ce vœu ne s’est pas encore réalisé, mais le désir du Pape est toujours le même et il nous presse, nous tous disciples du Christ qui marchons avec nos lenteurs et nos pauvretés sur le chemin qui veut conduire à l’unité, d’agir sans cesse « en vue du bien de tous », mettant la perspective œcuménique au premier rang de nos préoccupations ecclésiales. Nous vivrons alors vraiment selon l’Esprit de Jésus, au service du bien de tous.

Réunis ce matin dans cette maison de prière consacrée au Seigneur, comment ne pas évoquer l’autre belle image qu’emploie saint Paul pour parler de l’Église, celle de la construction dont les pierres sont toutes solidaires, agencées les unes aux autres pour former un seul édifice, et dont la pierre angulaire, sur qui tout repose, est le Christ. C’est lui la source de la vie nouvelle qui nous est donnée par le Père, dans l’Esprit Saint. L’Évangile de saint Jean l’a proclamé tout à l’heure : « Des fleuves d’eau vive jailliront de son cœur ». Cette eau jaillissante, cette eau vive que Jésus a promise à la Samaritaine, les prophètes Zacharie et Ézéchiel la voyaient surgir du côté du Temple, pour qu’elle régénère les eaux de la Mer morte : image merveilleuse de la promesse de vie que Dieu a toujours faite à son peuple et que Jésus est venu accomplir. Dans un monde où les hommes ont tant de mal à partager entre eux les biens de la terre et où l’on commence à s’inquiéter avec raison de la raréfaction de l’eau, ce bien si précieux pour la vie du corps, l’Église se découvre riche d’un bien encore plus grand. Corps du Christ, elle a reçu la charge d’annoncer son Évangile jusqu’aux extrémités de la terre (cf. Mt 28, 19), c’est-à-dire de transmettre aux hommes et aux femmes de ce temps une Bonne Nouvelle qui non seulement éclaire mais bouleverse leur vie, jusqu’à passer et vaincre la mort elle-même. Cette Bonne nouvelle n’est pas seulement une Parole, mais elle est une Personne, le Christ lui-même, ressuscité, vivant ! Par la grâce des Sacrements, l’eau qui s’est écoulée de son côté ouvert en croix est devenue une source jaillissante, « des fleuves d’eau vive », un don que personne ne peut arrêter et qui redonne vie. Comment les chrétiens pourraient-ils garder pour eux seulement ce qu’ils ont reçu ? Comment pourraient-ils confisquer ce trésor et enfouir cette source ? La mission de l’Église ne consiste pas à défendre des pouvoirs, ni à obtenir des richesses, sa mission c’est de donner le Christ, de donner la Vie du Christ en partage, le bien le plus précieux de l’homme que Dieu lui-même nous donne en son Fils.

Frères et Sœurs, vos communautés connaissent l’humble chemin du compagnonnage de chaque jour avec ceux qui ne partagent pas notre foi mais qui déclarent « avoir la foi d’Abraham et qui adorent avec nous le Dieu unique et miséricordieux » (Lumen gentium, n. 16). Vous savez bien que l’Église ne veut rien imposer à personne, et qu’elle demande simplement de pouvoir vivre librement pour révéler Celui qu’elle ne peut cacher, le Christ Jésus qui nous a aimés jusqu’au bout sur la Croix et qui nous a donné son Esprit, vivante présence de Dieu au milieu de nous et au plus intime de nous-mêmes. Soyez toujours accueillants à l’Esprit du Christ et, pour cela, rendez-vous attentifs à ceux qui ont soif de justice, de paix, de dignité, de considération pour eux-mêmes et pour leurs frères. Vivez entre vous selon la parole du Seigneur : « Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c’est l’amour que vous avez les uns pour les autres » (Jn 13, 35).



Lire le texte intégral de L'homélie du Pape Benoît XVI

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4 avril 2008 5 04 /04 /avril /2008 08:40

Dans l'après-midi du 30 décembre 2006, le Pape Benoît XVI s’est rendu à la Mosquée Sultanahmet à Istanbul, plus connue sous le nom de « Mosquée bleue » pour l'atmosphère et la lumière azurée qui se dégagent de ses 20.000 carreaux de faïence à dominante bleue et verte. C'est là que le Saint Père, s'étant déchaussé, a été accueilli par le Grand Mufti Mustafa Cagrici et a posé le geste le plus marquant de son voyage en Turquie, se recueillant devant le mihrab qui indique la direction de La Mecque. Le Pape a ensuite reçu des mains du Grand Mufti une mosaïque verte (couleur de l'islam) représentant une calligraphie du nom d'Allah incrustée dans une colombe. Benoît XVI a quant à lui remis à ses hôtes un tableau ayant pour motif quatre colombes. Seul Jean-Paul II, avant lui, était entré dans une mosquée, celle des Ommeyades à Damas en 2001.

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3 avril 2008 4 03 /04 /avril /2008 11:24


Le 30 novembre 2006, peu après la célébration de la Divine liturgie, le Pape Benoît XVI et Bartholomeos Ier ont signé une Déclaration commune dans la Salle du Trône du Patriarcat œcuménique à Istanbul. En voici quelques extraits.
 



« Voici le jour que le Seigneur a fait, qu'il soit notre bonheur et notre joie » (Ps 117, 24) !

La rencontre fraternelle que nous avons eue, nous, Benoît XVI, Pape de Rome, et Bartholomeos Ier, Patriarche œcuménique, est l'œuvre de Dieu, et en quelque sorte un don venant de lui. Nous rendons grâce à l'Auteur de tout bien qui nous permet encore une fois, dans la prière et l'échange, d'exprimer notre joie de nous sentir frères et de renouveler notre engagement en vue de la pleine communion. Cet engagement nous vient de la volonté de notre Seigneur et de notre responsabilité de Pasteurs dans l'Église du Christ. Puisse notre rencontre être un signe et un encouragement pour nous à partager les mêmes sentiments et les mêmes attitudes de fraternité, de collaboration et de communion dans la charité et dans la vérité. L'Esprit Saint nous aidera à préparer le grand jour du rétablissement de la pleine unité, quand et comme Dieu le voudra. Nous pourrons alors nous réjouir et exulter vraiment.

1. Nous avons évoqué avec gratitude les rencontres de nos vénérés prédécesseurs, bénis par le Seigneur, qui ont montré au monde l'urgence de l'unité et qui ont tracé des sentiers sûrs pour y parvenir, dans le dialogue, la prière et la vie ecclésiale quotidienne (…).

En ce qui concerne les relations entre l'Église de Rome et l'Église de Constantinople, nous ne pouvons oublier l'acte ecclésial solennel reléguant dans l'oubli les anciens anathèmes qui, durant des siècles, ont affecté de manière négative les rapports entre nos Églises. Nous n'avons pas encore tiré de cet acte toutes les conséquences positives qui peuvent en découler pour notre marche vers la pleine unité (…). Nous exhortons nos fidèles à prendre une part active dans cette démarche, par la prière et par des gestes significatifs (…).

3.
Comme Pasteurs, nous avons tout d'abord réfléchi à la mission d'annoncer l'Évangile dans le monde d'aujourd'hui. Cette mission, « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples » (Mt 28, 19), est aujourd'hui plus que jamais actuelle et nécessaire, même dans les pays traditionnellement chrétiens. De plus, nous ne pouvons pas ignorer la montée de la sécularisation, du relativisme, voire du nihilisme, surtout dans le monde occidental. Tout cela exige une annonce renouvelée et puissante de l'Évangile, adaptée aux cultures de notre temps. Nos traditions représentent pour nous un patrimoine qui doit être partagé, proposé et actualisé continuellement. C'est pourquoi nous devons renforcer les collaborations et notre témoignage commun devant toutes les nations.

4. Nous avons évalué positivement le chemin vers la formation de l'Union européenne. Les acteurs de cette grande initiative ne manqueront pas de prendre en considération tous les aspects qui touchent à la personne humaine et à ses droits inaliénables, surtout la liberté religieuse, témoin et garante du respect de toute autre liberté. Dans chaque initiative d'unification, les minorités doivent être protégées, avec leurs traditions culturelles et leurs spécificités religieuses. En Europe tout en demeurant ouverts aux autres religions et à leur contribution à la culture, nous devons unir nos efforts pour préserver les racines, les traditions et les valeurs chrétiennes, pour assurer le respect de l'histoire, ainsi que pour contribuer à la culture de la future Europe, à la qualité des relations humaines à tous les niveaux. Dans ce contexte, comment ne pas évoquer les très anciens témoins et l'illustre patrimoine chrétiens de la terre où a lieu notre rencontre, en commençant par ce que nous dit le livre des Actes des Apôtres, évoquant la figure de saint Paul, Apôtre des nations. Sur cette terre, le message de l'Évangile et l'ancienne tradition culturelle se sont rejoints. Ce lien, qui a tant contribué à l'héritage chrétien qui nous est commun, demeure actuel et portera encore des fruits dans l'avenir pour l'évangélisation et pour notre unité.

5. Notre regard s'est porté sur les lieux du monde d'aujourd'hui où vivent les chrétiens et sur les difficultés auxquelles ils doivent faire face, en particulier la pauvreté, les guerres et le terrorisme, mais également les diverses formes d'exploitation des pauvres, des émigrés, des femmes et des enfants. Nous sommes appelés à entreprendre ensemble une action en faveur du respect des droits de l'homme, de tout être humain, créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, du développement économique, social et culturel. Nos traditions théologiques et éthiques peuvent offrir une base solide de prédication et d'action communes. Nous voulons avant tout affirmer que tuer des innocents au nom de Dieu est une offense envers lui et envers la dignité humaine. Nous devons tous nous engager pour un service renouvelé de l'homme et pour la défense de la vie humaine, de toute vie humaine.

Nous avons profondément à cœur la paix au Moyen-Orient, où notre Seigneur a vécu, a souffert, est mort et est ressuscité, et où vivent, depuis tant de siècles, une multitude de frères chrétiens. Nous désirons ardemment que soit rétablie la paix sur cette terre, que se renforce la coexistence cordiale entre ses diverses populations, entre les Églises et entre les différentes religions qui s'y trouvent. Pour cela, nous encourageons l'établissement de rapports plus étroits entre les chrétiens et d'un dialogue interreligieux authentique et loyal, en vue de lutter contre toute forme de violence et de discrimination.

6. Actuellement, devant les grands dangers concernant l'environnement naturel, nous voulons exprimer notre souci face aux conséquences négatives pour l'humanité et pour la création tout entière qui peuvent résulter d'un progrès économique et technologique qui ne reconnaît pas ses limites. En tant que chefs religieux, nous considérons comme un de nos devoirs d'encourager et de soutenir tous les efforts qui sont faits pour protéger la création de Dieu et pour laisser aux générations futures une terre dans laquelle elles pourront vivre.



Lire le texte intégral de la déclaration commune du Patriarche oecuménique Bartholomeos Ier et du Pape Benoît XVI 

 

 

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2 avril 2008 3 02 /04 /avril /2008 08:43

Le 30 novembre 2006, en la fête de l'apôtre André, saint Patron de l'Église de Constantinople, le Pape Benoît XVI a été accueilli par le Patriarche œcuménique Bartholomeos Ier en l'église Saint-Georges du Phanar où il a assisté à la Divine liturgie de saint Jean Chrysostome. Voici quelques extraits de l'homélie du Patriarche suivie du discours prononcé en anglais par le Pape à la fin de la célébration.

Homélie du Patriarche œcuménique Bartholomeos Ier

Nous avons été bénis par la Grâce de Dieu, Sainteté, d'entrer dans la joie du Royaume pour « voir la lumière véritable et recevoir l'Esprit céleste ». Chaque célébration de la Divine liturgie est une concélébration dynamique et inspirée du ciel et de l'histoire. Chaque Divine liturgie est à la fois une anamnèse du passé et une attente du Royaume. Nous sommes convaincus qu'une fois encore durant cette Divine liturgie, nous avons été spirituellement transportés dans trois directions différentes : vers le Royaume des Cieux où les anges célèbrent, vers la liturgie célébrée à travers les siècles et vers le Royaume espéré de Dieu.

Cette extraordinaire liaison du ciel avec l'histoire signifie que la liturgie orthodoxe est l'expérience mystique et l'intime conviction que « le Christ était, est et sera parmi nous ». Car il existe en Christ un lien infrangible entre le passé, le présent et le futur. De cette manière, la liturgie est bien plus que l'évocation des paroles et des actes du Christ. C'est la réalisation de la présence du Christ lui-même qui a promis d'être toujours là où deux ou trois se trouvent réunis en son nom.

En cela, nous reconnaissons que la règle de la prière est celle de la foi (lex orandi lex credendi), que l'enseignement sur la Personne du Christ et de la Sainte Trinité a laissé une empreinte indélébile sur la liturgie, dogme impénétrable, « mystère qui nous a été révélé » selon l'expression pertinente de saint Basile le Grand. C'est pourquoi la liturgie nous rappelle le besoin d'atteindre l'unité dans la foi aussi bien que dans la prière. Dès lors, dans l'humilité et le repentir, nous nous prosternons devant le Dieu vivant et notre Seigneur Jésus-Christ dont nous portons le nom tout-saint et dont nous avons pourtant divisé la tunique sans couture. Nous confessons dans une profonde affliction de ne pas pouvoir encore célébrer unis les saints sacrements. Et nous prions pour que vienne le jour où cette unité sacramentelle sera pleinement réalisée.

Pourtant, Sainteté et chers Frères en Christ, cette célébration du ciel et de la terre, de l'éternité et du temps, nous rapproche les uns des autres grâce à la bénédiction de la présence aujourd'hui, parmi tous les saints, des prédécesseurs de notre modeste personne : saints Grégoire le Théologien et Jean Chrysostome. C'est une bénédiction de vénérer les saintes reliques de ces deux géants de l'Esprit, après leur translation solennelle en cette sainte église, il y a deux ans, lorsque le bienheureux Pape Jean-Paul II nous les a aimablement restituées. Comme alors, à l'occasion de notre fête patronale, nous avions accueilli et placé leurs saintes reliques sur le trône patriarcal, en chantant : « voici votre trône », de même aujourd'hui, nous sommes réunis en leur présence vivante et leur éternelle mémoire, pour célébrer la Divine liturgie qui porte le nom de saint Jean Chrysostome.

Ainsi, notre culte s'identifie avec la joyeuse célébration dans le ciel et dans le cours de l'histoire. En effet, comme saint Jean Chrysostome l'affirme lui-même : « C'est ensemble que les êtres célestes et les êtres terrestres forment une assemblée de fête ; c'est une seule action de grâces, une seule allégresse, un seul chœur joyeux » (Homélie sur Ozias, I, 1, 35-37. SC 277, 45-46). Le ciel et la terre offrent une prière, une fête, une doxologie. La Divine liturgie est à la fois le Royaume céleste et notre foyer, « un ciel nouveau et une terre nouvelle » (Ap 21, 1), le fondement et le centre où toute chose acquiert son sens véritable. La liturgie nous enseigne à élargir nos horizons et notre vision. À parler le langage de l'amour et de la communion. À vivre avec autrui dans l'amour, malgré nos différences, voire malgré nos divisions. Dans son étreinte généreuse, elle embrasse le monde entier, la communion des saints et toute la création divine. L'univers devient une « liturgie cosmique» pour citer la doctrine de Maxime le Confesseur. Ce genre de liturgie ne pourra jamais être dépassé ni révolu.

À l'abondance des dons célestes et de la miséricorde dont Dieu fait preuve à l'égard de l'homme, nous ne pouvons donner qu'une seule réponse : l'Eucharistie. En effet, Eucharistie et doxologie sont la seule réponse que les hommes doivent adresser à leur Créateur. Car à lui appartiennent gloire, honneur et adoration : Père, Fils et Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles.

Homélie du Pape Benoît XVI

Cette Divine liturgie célébrée en la fête de l'apôtre saint André, saint Patron de l'Église de Constantinople, nous ramène à la primitive Église, à l'âge apostolique. Les évangiles de Marc et de Matthieu nous rapportent comment Jésus appela les deux frères, Simon, qu'il allait appeler Képhas ou Pierre, et André : « Suivez-moi, et je ferai de vous des pêcheurs d'hommes » (Mt 4, 19 ; Mc 1,17). Le quatrième évangile aussi nous présente André, le premier à être appelé, d'où le titre sous lequel il est connu dans la tradition byzantine : « ho protoklitos ». C'est André qui ensuite amena son frère Simon à Jésus (cf. Jn 1, 40 sq).

En ce jour, dans cette église patriarcale Saint-Georges, nous sommes en position de vivre une fois encore la communion et la vocation des deux frères, de Simon Pierre et d'André, lors de cette rencontre entre le successeur de Pierre et de son frère dans le ministère épiscopal, chef de cette Église dont la tradition se fonde sur l'apôtre André. Notre rencontre fraternelle met en relief les relations spéciales qui unissent l'Église de Rome et l'Église de Constantinople, comme Églises sœurs.

(…) Les deux frères, Simon, appelé Pierre, et André, étaient des hommes pécheurs que Jésus appela à devenir des pêcheurs d'hommes. Le Seigneur ressuscité, avant son Ascension, les envoya ensemble vers les autres Apôtres, avec mission de faire de toutes les nations des disciples, les baptisant et leur proclamant son enseignement (cf. Mt 28, 19 q ; Lc 24, 47 ; Ac 1, 8).

Cette charge, telle qu'elle nous a été transmise par les saints frères Pierre et André, est loin d'être terminée. Au contraire, elle est même aujourd'hui plus urgente et plus nécessaire. Car elle concerne non seulement les cultures qui n'ont été atteintes que marginalement par le message évangélique, mais également les vieilles cultures européennes profondément enracinées dans la tradition chrétienne. Le processus de sécularisation a affaibli le rôle de cette tradition ; celle-ci est même remise en question, voire rejetée. Devant une telle réalité, nous sommes appelés, avec toutes les autres communautés chrétiennes, à faire reprendre conscience à l'Europe de ses racines chrétiennes, des traditions et des valeurs qui vont avec, et à leur redonner une nouvelle vitalité.

Nos efforts pour tisser des liens plus étroits entre l'Église catholique et les Églises orthodoxes relèvent de cette tâche missionnaire. Les divisions entre chrétiens sont un scandale pour le monde et un obstacle à la proclamation de l'Évangile. À la veille de sa passion et de sa mort, Notre Seigneur, entouré de ses disciples, pria avec ferveur pour que tous soient un, pour que le monde puisse croire (cf. Jn 17, 21). Ce n'est que par la communion fraternelle entre chrétiens et par leur amour mutuel que le message de l'amour de Dieu pour tous et chacun des hommes et femmes deviendra crédible. Quiconque porte un regard réaliste sur le monde chrétien contemporain verra combien ce témoignage est urgent.

Simon Pierre et André furent appelés ensemble à devenir pêcheurs d'hommes. Pourtant, cette unique tâche prit une forme différente pour chacun d'eux. Simon, malgré ses faiblesses humaines, fut appelé « Pierre », le « Roc » sur lequel l'Église allait être construite ; à lui furent confiées de façon toute spéciale les clefs du Royaume des Cieux (cf. Mt 16, 18). Ses pas le menèrent de Jérusalem à Antioche, puis d'Antioche à Rome, pour que, à partir de cette ville, il puisse exercer une responsabilité universelle. La question du service universel de Pierre et de ses successeurs a malheureusement suscité entre nous des différences d'opinion, que nous espérons surmonter, grâce, entre autres, au dialogue théologique qui vient de reprendre.

Mon vénérable prédécesseur, le Serviteur de Dieu Jean-Paul II, parlait de la miséricorde comme d'une caractéristique du service de l'unité chez Pierre, miséricorde que Pierre personnellement expérimenta le premier (Encyclique Ut unum sint, 91) (4). C'est sur cette base que le Pape Jean-Paul II lança une invitation à un dialogue fraternel pour identifier les formes dont le ministère pétrinien pourrait s'exercer de nos jours, tout en en respectant la nature et l'essence, de sorte que « ce ministère puisse réaliser un service d'amour reconnu par les uns et par les autres » (ib. 95). Je désire aujourd'hui rappeler et renouveler cette invitation.

André, le frère de Simon Pierre, reçut du Seigneur une autre mission, que suggère son nom même.
Comme hellénophone, il devint, en même temps que Philippe, l'apôtre de la rencontre avec les Grecs qui vinrent trouver Jésus (cf. Jn 12, 20 sq). La Tradition nous dit qu'il fut missionnaire non seulement en Asie mineure et dans les territoires au sud de la Mer Noire, c'est-à-dire dans cette région-ci, mais également en Grèce, où il subit le martyre.

L'apôtre André incarne par conséquent la rencontre qui se produisit entre le christianisme et la culture grecque. Cette rencontre, surtout en Asie mineure, devint possible spécialement grâce aux Pères cappadociens, qui enrichirent la liturgie, la théologie et la spiritualité des Églises aussi bien orientales qu'occidentales. Le message chrétien, tel le grain de froment (cf. Jn 12, 24), tomba sur cette terre et porta beaucoup de fruit. Il nous faut être profondément reconnaissants pour l'héritage issu de cette rencontre féconde entre le message chrétien et la culture hellène. Elle eut un impact durable sur les Églises d'Orient et d'Occident. Les Pères grecs nous ont laissé un immense trésor dans lequel l'Église continue à puiser des richesses anciennes et nouvelles (cf. Mt 13, 52).

La leçon du grain de froment qui meurt pour porter du fruit a son parallèle également dans la vie de saint André. La Tradition nous dit qu'il subit le sort de son Maître et Seigneur, terminant ses jours à Patras, en Grèce. Comme Pierre, il subit le martyre de la croix, cette croix en diagonale que nous vénérons aujourd'hui comme « la croix de saint André ». De son exemple, nous apprenons que la vie de tout chrétien, comme la vie de l'Église entière, mène à une vie nouvelle, à la vie éternelle, par l'imitation du Christ et l'expérience de la croix.

Au cours de l'histoire, aussi bien l'Église de Rome que l'Église de Constantinople ont vécu l'expérience de la leçon du grain de blé. Nous vénérons ensemble les mêmes martyrs dont le sang, selon les mots de Tertullien, est devenu une semence de chrétiens (Apologeticum, 50, 13). Avec eux nous partageons cette même espérance qui pousse l'Église à « aller de l'avant, parmi les persécutions du monde et les consolations de Dieu » (Lumen gentium, 8 ; saint Augustin, La Cité de Dieu, XVIII, 51, 2). Pour sa part, le siècle qui vient de se terminer a vu, lui aussi, de courageux témoins de la foi, en Orient et en Occident. À l'heure qu'il est même, de semblables témoins sont nombreux en diverses parties du globe. Nous nous souvenons d'eux dans nos prières et, selon nos possibilités, nous leur apportons notre soutien, en même temps que nous demandons instamment aux responsables des affaires mondiales de respecter la liberté religieuse, qui est pour l'homme un droit fondamental.



Lire le texte intégral des homélies du Patriarche oecuménique Bartholomeos Ier et du Pape Benoît XVI 

 

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27 mars 2008 4 27 /03 /mars /2008 00:00

 

Extrait de l’homélie prononcée par le Pape Benoît XVI le 29 novembre 2006 au sanctuaire de Meryem Ana Evi (Maison de la Mère de Dieu) à Ephèse.

   


Au cours de cette célébration eucharistique, nous voulons rendre grâce au Seigneur pour la maternité divine de Marie, un mystère qui fut ici, à Ephèse, lors du Concile oecuménique de 431, solennellement confessé et proclamé. En ce lieu, l'un des plus chers à la Communauté chrétienne (…), je souhaite m'adresser à cette nation [la Turquie] et, de manière particulière, au "petit troupeau" du Christ qui vit au milieu de celle-ci, pour l'encourager et lui manifester l'affection de l'Eglise tout entière (…) sur cette terre bénie où, aux origines, la communauté chrétienne a connu de grands développements, ainsi que l'attestent également les nombreux pèlerinages qui se rendent en Turquie.

Nous avons écouté le passage de l'Evangile de Jean qui invite à contempler le moment de la Rédemption, lorsque Marie, unie au Fils dans l'offrande du Sacrifice, étendit sa maternité à tous les hommes et, en particulier, aux disciples de Jésus. Le témoin privilégié de cet événement est l'auteur du quatrième Evangile lui-même, Jean, le seul des Apôtres qui resta sur le Golgotha avec la Mère de Jésus et les autres femmes. La maternité de Marie, qui commença avec le fiat de Nazareth, s'accomplit sous la Croix. S'il est vrai – comme l'observe saint Anselme – qu'"à partir du moment du fiat, Marie commença à nous porter tous dans son sein", la vocation et la mission maternelle de la Vierge à l'égard des croyants en Christ commença de manière effective lorsque Jésus lui dit : "Femme, voici ton fils!" (Jn 19, 26). En voyant sa Mère du haut de la Croix et le disciple bien-aimé à ses côtés, le Christ mourant reconnut les prémisses de la nouvelle Famille qu'il était venu former dans le monde, le germe de l'Eglise et de la nouvelle humanité. C'est pourquoi il s'adressa à Marie en l'appelant "femme" et non "mère" ; un terme qu'il utilisa en revanche en la confiant au disciple : "Voici ta mère!"  (Jn 19, 27). Le Fils de Dieu accomplit ainsi sa mission : né de la Vierge pour partager en tout, hormis le péché, notre condition humaine, au moment de son retour au Père, il laissa dans le monde le sacrement de l'unité du genre humain (cf. Const. Lumen gentium, n. 1) : la Famille "rassemblée par l'unité du Père et du Fils et de l'Esprit Saint" (Saint Cyprien, De Orat. Dom. 23:  PL 4, 536), dont le noyau primordial est précisément ce lien nouveau entre la Mère et le disciple. Ainsi, la maternité divine et la maternité ecclésiale demeurent soudées de manière indissoluble.

La première Lecture nous a présenté ce que l'on peut définir comme l'"évangile" de l'Apôtre des nations : tous, même les païens, sont appelés en Christ à participer pleinement au mystère du salut. Le texte contient en particulier l'expression que j'ai choisie comme devise de mon voyage apostolique : "Le Christ, qui est notre paix" (Ep 2, 14). Inspiré par l'Esprit Saint, Paul affirme non seulement que Jésus Christ nous a apporté la paix, mais qu'il "est" notre paix. Et il justifie cette affirmation en se référant au mystère de la Croix : en versant "son sang" – dit-il –, en offrant "sa chair" en sacrifice, Jésus a détruit l'inimitié "en lui-même" et il a créé "en sa personne les deux en un seul Homme Nouveau" (Ep 2, 14-16). L'Apôtre explique dans quel sens, vraiment imprévisible, la paix messianique a été réalisée en la Personne même du Christ et de son mystère salvifique. Il l'explique en écrivant, alors qu'il est emprisonné, à la communauté chrétienne qui habitait ici, à Ephèse : "au peuple saint qui est à Ephèse, fidèles dans le Christ Jésus" (cf. Ep 1, 1), comme il l'affirme dans l'adresse de la Lettre. L'Apôtre leur souhaite "que la grâce et la paix soient avec vous de la part de Dieu notre Père et de Jésus Christ le Seigneur" (Ep 1, 2). La "grâce" est la force qui transforme l'homme et le monde : la "paix" est le fruit mûr de cette transformation. Le Christ est la grâce ; le Christ est la paix. Or, Paul sait qu'il est envoyé pour annoncer un "mystère", c'est-à-dire un dessein divin qui, uniquement dans la plénitude des temps, dans le Christ, s'est réalisé et révélé, à savoir que "les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l'annonce de l'Evangile" (Ep 3, 6). Ce "mystère" se réalise, sur le plan historique et salvifique, dans l'Eglise, ce Peuple nouveau dans lequel, une fois abattu le vieux mur de division, se retrouvent unis les juifs et les païens. Comme le Christ, l'Eglise n'est pas seulement un instrument de l'unité, mais elle en est également le signe efficace. Et la Vierge Marie, Mère du Christ et de l'Eglise, est la Mère de ce mystère d'unité que le Christ et l'Eglise représentent et construisent inséparablement dans le monde et au cours de l'histoire.

L'Apôtre des nations remarque que le Christ "des deux, [il] a fait un seul peuple" (Ep 2, 14) : une affirmation qui se réfère au sens propre à la relation entre les juifs et les païens en ce qui concerne le mystère du salut éternel ; une affirmation qui peut cependant également s'étendre, sur le plan de l'analogie, aux relations entre les peuples et les civilisations présentes dans le monde. Le Christ "est venu annoncer la paix" (Ep 2, 17) non seulement parmi les juifs et les non juifs, mais entre toutes les nations, car tous proviennent du même Dieu, unique Créateur et Seigneur de l'univers. Réconfortés par la Parole de Dieu, d'ici, d'Ephèse, ville bénie par la présence de la Très Sainte Vierge Marie – que nous savons également aimée et vénérée par les musulmans – nous élevons au Seigneur une prière spéciale pour la paix entre les peuples. De cette partie de la péninsule d'Anatolie, pont naturel entre les continents, nous invoquons la paix et la réconciliation, tout d'abord pour ceux qui vivent sur la Terre que nous appelons "sainte", et qui est considérée comme telle par les chrétiens, les juifs et les musulmans : c'est la terre d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, destinée à accueillir un peuple qui deviendra une bénédiction pour toutes les  nations (cf. Gn 12, 1-3). Paix pour l'humanité tout entière! Que cette prophétie d'Isaïe puisse se réaliser au plus tôt : "Ils briseront leurs épées pour en faire des socs / et leurs lances pour en faire des serpes. / On ne lèvera plus l'épée nation contre nation, / on n'apprendra plus à faire la guerre" (Is 2, 4). Nous avons tous besoin de cette paix universelle ; l'Eglise est appelée à être non seulement l'annonciatrice prophétique de cette paix, mais, plus encore, à en être "le signe et l'instrument". C'est précisément dans cette perspective de pacification universelle, que devient plus profonde et intense l'aspiration vers la pleine communion et la concorde entre tous les chrétiens.



Lire le texte intégral de l'homélie du Pape Benoît XVI 

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26 mars 2008 3 26 /03 /mars /2008 00:00

 


Extrait du discours du Pape Benoît XVI au Corps diplomatique auprès de la République de Turquie, le 28 novembre 2006.
 


  

Je suis heureux d’être aujourd’hui l’hôte de la Turquie, venu ici en ami et en apôtre du dialogue et de la paix.

Il y a plus de quarante ans, le Concile Vatican II écrivait que « la paix n’est pas une pure absence de guerre et qu’elle ne se borne pas seulement à assurer l’équilibre de forces adverses », mais qu’elle « est le fruit d’un ordre inscrit dans la société humaine par son divin Fondateur, et qui doit être réalisé par des hommes qui ne cessent d’accéder à une justice plus parfaite » (Gaudium et spes, n. 78). Nous avons en effet appris que la véritable paix a besoin de la justice, pour corriger les déséquilibres économiques et les désordres politiques qui sont toujours des facteurs de tensions et de menaces dans toute société. Le développement récent du terrorisme et l’évolution de certains conflits régionaux ont par ailleurs mis en évidence la nécessité de respecter les décisions des Institutions internationales et aussi de les soutenir, en leur donnant notamment des moyens efficaces pour prévenir les conflits et pour maintenir, grâce à des forces d’interposition, des zones de neutralité entre les belligérants. Tout cela reste pourtant inefficace si ce n’est pas le fruit d’un vrai dialogue, c’est-à-dire d’une sincère rencontre entre les exigences des parties concernées, afin de parvenir à des solutions politiques acceptables et durables, respectueuses des personnes et des peuples (…).

La Turquie a depuis toujours une situation de pont entre l’Orient et l’Occident, entre le continent asiatique et le continent européen, et de carrefour de cultures et de religions. Au siècle dernier, elle s’est donnée les moyens de devenir un grand pays moderne, en faisant notamment le choix d’un État laïque, distinguant clairement la société civile et la religion, afin de permettre à chacune d’être autonome dans son domaine propre, tout en respectant la sphère de l’autre. Le fait que la majorité de la population de ce pays soit musulmane constitue une réalité marquante de la vie sociale dont l’État ne peut que tenir compte, mais la constitution turque reconnaît à tout citoyen les droits à la liberté de culte et à la liberté de conscience. C’est le devoir des Autorités civiles dans tout pays démocratique de garantir la liberté effective de tous les croyants et de leur permettre d’organiser librement la vie de leur communauté religieuse. Je souhaite bien sûr que les croyants, à quelque communauté religieuse qu’ils appartiennent, puissent toujours bénéficier de ces droits, certain que la liberté religieuse est une expression fondamentale de la liberté humaine et que la présence active des religions dans la société est un facteur de progrès et d’enrichissement pour tous. Cela implique bien sûr que les religions elles-mêmes ne recherchent pas à exercer directement un pouvoir politique, car elles n’ont pas vocation à cela, et, en particulier, qu’elles renoncent absolument à cautionner le recours à la violence comme expression légitime de la démarche religieuse (…).

Comme je l’ai rappelé récemment, « nous avons impérativement besoin d’un dialogue authentique entre les religions et entre les cultures, capable de nous aider à surmonter ensemble toutes les tensions, dans un esprit de collaboration fructueuse » (Discours lors de la rencontre avec les ambassadeurs des pays musulmans, Castel Gandolfo, 25 septembre 2006). Ce dialogue doit permettre aux diverses religions de mieux se connaître et de se respecter mutuellement, afin d’œuvrer toujours plus au service des aspirations les plus nobles de l’homme, en quête de Dieu et du bonheur. Je souhaite, pour ma part, redire à l’occasion de ce voyage en Turquie toute mon estime pour les croyants musulmans, les invitant à s’engager ensemble, grâce au respect mutuel, en faveur de la dignité de tout être humain et pour la croissance d’une société où liberté personnelle et attention à autrui permettent à chacun de vivre dans la paix et la sérénité. C’est ainsi que les religions pourront participer à relever les nombreux défis auxquels les sociétés sont actuellement confrontées. Assurément, la reconnaissance du rôle positif que rendent les religions au sein du corps social peut et doit inciter nos sociétés à approfondir toujours davantage leur connaissance de l’homme et à respecter toujours mieux sa dignité, en le plaçant au centre de l’action politique, économique, culturelle et sociale. Notre monde doit réaliser de plus en plus que tous les hommes sont profondément solidaires et les inviter à mettre en valeur leurs différences historiques et culturelles non pour s’affronter mais pour se respecter mutuellement.

L’Église, vous le savez, a reçu de son Fondateur une mission spirituelle et elle n’entend donc pas intervenir directement dans la vie politique ou économique. Cependant, au titre de sa mission et forte de sa longue expérience de l’histoire des sociétés et des cultures, elle souhaite faire entendre sa voix dans le concert des nations, afin que soit toujours honorée la dignité fondamentale de l’homme, et spécialement des plus faibles. Devant le développement récent du phénomène de la mondialisation des échanges, le Saint-Siège attend de la communauté internationale qu’elle s’organise davantage, afin de se donner des règles permettant de mieux maîtriser les évolutions économiques, de réguler les marchés, voire de susciter des ententes régionales entre les pays.

La voix de l’Église sur la scène diplomatique se caractérise toujours par la volonté, inscrite dans l’Évangile, de servir la cause de l’homme, et je manquerais à cette obligation fondamentale si je ne rappelais pas devant vous la nécessité de mettre toujours davantage la dignité humaine au cœur de nos préoccupations. Le développement extraordinaire des sciences et des techniques que connaît le monde d’aujourd’hui, avec ses conséquences quasi immédiates sur la médecine, sur l’agriculture et la production des ressources alimentaires, mais également sur la communication des savoirs, ne doit pas se poursuivre sans finalité ni sans référence, alors qu’il est question de la naissance de l’homme, de son éducation, de sa manière de vivre et de travailler, de sa vieillesse et de sa mort. Il est plus que nécessaire de réinscrire le progrès d’aujourd’hui dans la continuité de notre histoire humaine et donc de le conduire, selon le projet qui nous habite tous de faire grandir l’humanité et que le livre de la Genèse exprimait déjà à sa manière : « Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la » (1, 28).

Permettez-moi enfin, en pensant aux premières communautés chrétiennes qui ont grandi sur cette terre et tout particulièrement à l’apôtre Paul, qui en a fondé lui-même plusieurs, de citer son propos aux Galates : « Or vous, frères, vous avez été appelés à la liberté. Mais que cette liberté ne soit pas un prétexte pour vivre de manière égoïste ; au contraire, mettez-vous, par amour, au service les uns des autres » (5, 13). La liberté est un service les uns des autres. Je forme le vœu que l’entente entre les nations, que vous servez les uns et les autres, contribue toujours davantage à faire grandir l’humanité de l’homme, créé à l’image de Dieu.



Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI 

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