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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 11:54

Extrait de l’exhortation apostolique post-synodale sur la Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l’Eglise, donnée par Benoît XVI le 30 septembre 2010, en la 6e année de son pontificat.

 

c) Parole de Dieu et Vie consacrée

 

83. En ce qui concerne la Vie consacrée, le Synode a rappelé avant tout qu’elle naît de l’écoute de la Parole de Dieu et accueille l’Évangile comme règle de vie. Vivre à la suite du Christ, chaste, pauvre et obéissant, est ainsi une “exégèse” vivante de la Parole de Dieu. L’Esprit Saint, grâce auquel la Bible a été écrite, est le même Esprit qui éclaire d’une lumière nouvelle la Parole de Dieu aux fondateurs et aux fondatrices. D’elle tout charisme est né et d’elle, toute règle veut être l’expression, en donnant vie à des itinéraires de vie chrétienne caractérisés par la radicalité évangélique.

 

Je voudrais rappeler que la grande Tradition monastique a toujours considéré la méditation de l’Écriture Sainte comme un élément constitutif de sa spiritualité propre, en particulier sous la forme de la Lectio divina. Aujourd’hui encore, les anciennes et nouvelles réalités de consécration particulière sont appelées à être de véritables écoles de vie spirituelle où les Écritures sont lues selon l’Esprit Saint dans l’Église, afin que tout le Peuple de Dieu puisse en bénéficier. Le Synode recommande donc que dans les communautés de Vie consacrée, ne manque jamais une formation solide à la lecture croyante de la Bible.

 

Je désire encore me faire l’interprète de la sollicitude et de la gratitude que le Synode a exprimées à l’égard des formes de vie contemplative qui, en vertu de leur charisme spécifique, consacrent une grande partie de leurs journées à imiter la Mère de Dieu, qui méditait assidûment les paroles et les gestes de son Fils (cf. Lc 2, 19. 51), et Marie de Béthanie qui, assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole (cf. Lc 10, 38). Ma pensée se tourne en particulier vers les moines et moniales cloîtrés qui, par leur séparation du monde, se trouvent plus intimement unis au Christ, cœur du monde. Plus que jamais, l’Église a besoin du témoignage de ceux qui s’engagent à ne rien préférer à l’amour du Christ. Le monde actuel est souvent trop absorbé par les activités extérieures dans lesquelles il risque de se perdre. Les contemplatifs et les contemplatives, par leur vie de prière, d’écoute et de méditation de la Parole de Dieu nous rappellent que l’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu (cf. Mt 4, 4). Par conséquent, tous les fidèles doivent bien se souvenir qu’une telle forme de vie indique au monde d’aujourd’hui la chose la plus importante, et c’est même en fin de compte la seule chose décisive : il existe une ultime raison pour laquelle il vaut la peine de vivre, qui est Dieu et son amour impénétrable.

 

d) La Parole de Dieu et les fidèles laïcs

 

84. Le Synode a très souvent tourné son attention vers les fidèles laïcs, les remerciant de leur généreux engagement dans la diffusion de l’Évangile dans les différents milieux de leur vie quotidienne, au travail, à l’école, en famille et dans l’éducation. Cette tâche, qui vient du Baptême, doit pouvoir se développer à travers une vie chrétienne toujours plus consciente, capable de rendre raison de l’espérance qui est en nous (cf. 1 P 3, 15). Jésus, dans l’Évangile de Matthieu, indique que « le champ c’est le monde; le bon grain, ce sont les fils du Royaume » (13, 38). Ces paroles s’appliquent particulièrement aux laïcs chrétiens qui vivent leur vocation personnelle à la sainteté dans une existence selon l’Esprit qui s’exprime de façon particulière dansleur insertion dans les réalités temporelles et dans leurparticipation aux activités terrestres. Ils ont besoin d’être formés pour discerner la volonté de Dieu grâce à une familiarité avec la Parole de Dieu, lue et étudiée dans l’Église, sous la conduite des Pasteurs légitimes. Ils peuvent tirer cette formation des écoles de grandes spiritualités ecclésiales, à la racine desquelles se trouve toujours l’Écriture Sainte. Que selon leurs possibilités, les diocèses eux-mêmes fassent, en ce sens, des offres de formation aux laïcs ayant des responsabilités ecclésiales particulières.

 

e) La Parole de Dieu, le mariage et la famille

 

85. Le Synode a éprouvé la nécessité de souligner aussi le rapport entre la Parole de Dieu, le mariage et la famille chrétienne. En effet, en annonçant la Parole de Dieu, l’Église révèle à la famille chrétienne sa véritable identité, autrement dit ce qu’elle est et ce qu’elle doit être selon le dessein du Seigneur. Il faut donc ne jamais perdre de vue que la Parole de Dieu est à l’origine du mariage (cf. Gn 2, 24) et que Jésus lui-même a voulu inclure le mariage parmi les institutions de son Royaume (cf. Mt 19, 4-8), faisant un Sacrement de ce qui était inscrit à l’origine dans la nature humaine. Dans la célébration sacramentelle, l’homme et la femme prononcent une parole prophétique de don mutuel, d’être “une seule chair”, signe du Mystère de l’union du Christ et de l’Église (cf. Ep 5, 31-32). La fidélité à la Parole de Dieu amène également à constater qu’aujourd’hui cette institution est attaquée sous de nombreux aspects par la mentalité ambiante. Face au désordre général des sentiments et à l’apparition de modes de pensée qui banalisent le corps humain et la différence sexuelle, la Parole de Dieu réaffirme la bonté originelle de l’être humain, créé homme et femme, et appelé à l’amour fidèle, réciproque et fécond.

 

Du grand Mystère nuptial, provient une incontournable responsabilité des parents à l’égard de leurs enfants. En effet, c’est à la paternité et à la maternité vécues de façon authentique qu’il revient de communiquer et de témoigner du sens de la vie dans le Christ : à travers leur fidélité et l’unité de la vie de famille, les époux sont pour leurs enfants les premiers messagers de la Parole de Dieu. La communauté ecclésiale doit les soutenir et les aider à développer la prière en famille, l’écoute de la Parole et la connaissance de la Bible. C’est pourquoi le Synode souhaite que chaque foyer ait sa Bible et la conserve dignement, afin de pouvoir la lire et l’utiliser dans la prière. L’aide nécessaire peut être fournie par les prêtres, les diacres ou les laïcs bien préparés. Le Synode a recommandé aussi la création de petites communautés composées de familles, où l’on pratique la prière et la méditation commune de passages choisis des Écritures. Que les époux se rappellent, en outre, que la Parole de Dieu est aussi un précieux soutien dans les difficultés de la vie conjugale et familiale.

 

Dans ce contexte, je désire souligner encore ce que le Synode a recommandé au sujet de la tâche des femmes à l’égard de la Parole de Dieu. La contribution du « génie féminin » – comme l’appelait le Pape Jean-Paul II – à la connaissance de l’Écriture et à la vie entière de l’Église, est plus grande aujourd’hui que par le passé et touche aussi désormais le domaine des études bibliques elles-mêmes. Le Synode s’est arrêté en particulier sur le rôle indispensable des femmes dans la famille et dans l’éducation, dans la catéchèse, dans la transmission des valeurs. En effet, elles savent susciter l’écoute de la Parole, la relation personnelle avec Dieu et transmettre le sens du pardon et du partage évangélique, comme elles savent aussi être porteuses d’amour, modèles de miséricorde et artisans de paix, communicatrices de chaleur et d’humanité dans un monde qui, trop souvent, juge les personnes selon les critères froids de l’exploitation et du profit.

 

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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 12:07

Extrait de l’exhortation apostolique post-synodale sur la Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l’Eglise, donnée par Benoît XVI le 30 septembre 2010, en la 6e année de son pontificat.

 

77. Le Synode, en soulignant l’exigence intrinsèque de la foi d’approfondir la relation avec le Christ, Parole de Dieu parmi nous, a voulu aussi mettre en évidence le fait que cette Parole appelle chacun en termes personnels, révélant ainsi que la vie elle-même est vocation par rapport à Dieu. Cela veut dire que plus nous approfondissons notre relation avec le Seigneur Jésus, plus nous nous apercevons qu’il nous appelle à la sainteté, au moyen de choix définitifs par lesquels notre vie répond à son amour, assumant des tâches et des ministères pour édifier l’Église. Dans cette perspective se comprennent les invitations faites par le Synode à tous les chrétiens d’approfondir leur relation avec la Parole de Dieu en tant que baptisés, mais aussi en tant qu’appelés à vivre selon les divers états de vie. Ici nous touchons l’un des points cardinaux de la doctrine du Concile Vatican II qui a souligné la vocation à la sainteté de tout fidèle, chacun dans son propre état de vie. C’est dans la Sainte Écriture que se trouve révélée notre vocation à la sainteté : « Vous serez saints parce que je suis Saint » (Lv 11, 44; 19, 2; 20, 7). Saint Paul en souligne, à son tour, la racine christologique : dans le Christ, le Père « nous a choisis avant la Création du monde, pour que nous soyons, dans l’amour, saints et irréprochables sous son regard » (Ep 1, 4). Ainsi pouvons-nous entendre comme adressé à chacun de nous son salut aux frères et aux sœurs de la communauté de Rome : « À tous les bien-aimés de Dieu … aux saints par vocation, à vous grâce et paix de par Dieu notre Père et le Seigneur Jésus-Christ. » (Rm 1, 7).

 

a) Parole de Dieu et Ministres ordonnés

 

78. Avant tout, en m’adressant maintenant aux Ministres ordonnés de l’Église, je leur rappelle ce qu’a affirmé le Synode : « La Parole de Dieu est indispensable pour former le cœur d’un bon Pasteur, Ministre de la Parole ». Évêques, prêtres, diacres ne peuvent en aucune façon penser vivre leur vocation et leur mission sans un engagement ferme et renouvelé de sanctification qui trouve l’un de ses piliers dans le contact avec la Bible.

 

79. Pour ceux qui sont appelés à l’épiscopat, et qui sont les premiers annonciateurs autorisés de la Parole, je désire réaffirmer ce qui a été dit par le Pape Jean-Paul II dans l’Exhortation apostolique post-synodale Pastores gregis. Pour nourrir et faire progresser sa vie spirituelle, l’Évêque doit toujours mettre « à la première place la lecture et la méditation de la Parole de Dieu. Tout Évêque devra toujours se confier et se sentir confié “à Dieu et à son message de grâce, qui a le pouvoir de construire l’édifice et de faire participer les hommes à l’héritage de ceux qui ont été sanctifiés” (Ac20, 32). C’est pourquoi, avant d’être un transmetteur de la Parole, l’Évêque, avec ses prêtres et comme tout fidèle, bien plus comme l’Église elle-même, doit être un auditeur de la Parole. Il doit être comme “à l’intérieur” de la Parole, pour se laisser garder et nourrir par elle, comme dans le sein maternel ». À l’imitation de Marie, Virgo audiens et Reine des Apôtres, je recommande à tous mes frères dans l’épiscopat la lecture personnelle fréquente et l’étude assidue de la Sainte Écriture.

 

80. À l’attention des prêtres aussi, je voudrais rappeler les paroles du Pape Jean-Paul II qui, dans l’Exhortation apostolique post-synodale Pastores dabo vobis, a rappelé que « le prêtre est avant tout Ministre de la Parole de Dieu. Il est consacré et envoyé pour annoncer à tous l’Évangile du Royaume, appelant tout homme à l’obéissance de la foi et conduisant les croyants à une connaissance et à une communion toujours plus profonde du Mystère de Dieu, à nous révélé et communiqué par le Christ. C’est pourquoi le prêtre lui-même doit tout d’abord acquérir une grande familiarité avec la Parole de Dieu. Il ne lui suffit pas d’en connaître l’aspect linguistique ou exégétique, ce qui est cependant nécessaire. Il lui faut accueillir la Parole avec un cœur docile et priant, pour qu’elle pénètre à fond dans ses pensées et ses sentiments et engendre en lui un esprit nouveau, “la pensée du Christ” (1 Co 2, 16) ». Ainsi, ses paroles, et plus encore ses choix et ses attitudes seront toujours plus transparents à l’Évangile, l’annonceront et en rendront témoignage. C’est seulement “en demeurant” dans la Parole que le prêtre deviendra parfait disciple du Seigneur, connaîtra la vérité et sera vraiment libre.

 

En définitive, l’appel au sacerdoce demande d’être consacrés « dans la vérité ». Jésus lui-même formule cette exigence à l’égard de ses disciples : « Consacre-les par la vérité : ta parole est vérité. De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde » (Jn 17, 17-18). Les disciples sont en un certain sens attirés dans l’intimité de Dieu par leur immersion dans la Parole de Dieu. La Parole de Dieu est, pour ainsi dire, le bain qui les purifie, le pouvoir créateur qui les transforme dans l’être de Dieu. Et puisque le Christ lui-même est la Parole de Dieu faite chair (Jn 1, 14), qu’il est « la vérité » (Jn 14, 6), alors la prière de Jésus au Père « Consacre-les par la vérité » veut dire au sens le plus profond : « Fais qu’ils ne soient qu’un avec moi, le Christ. Attache-les à moi. Attire-les en moi. » Et, de fait, il n’existe qu’un seul prêtre de la Nouvelle Alliance, Jésus-Christ lui-même. Il est donc nécessaire que les prêtres renouvellent toujours plus profondément leur conscience de cette réalité.

 

81. Je voudrais me référer aussi à la place de la Parole de Dieu dans la vie de ceux qui sont appelés au diaconat, non seulement comme degré précédant l’ordre du presbytérat, mais comme service permanent. Les Normes fondamentales pour la formation des diacres permanents affirment que de « l’identité théologique du diaconat, dérivent avec clarté les traits de sa spiritualité spécifique, qui se présente essentiellement comme une spiritualité du service. Le modèle par excellence est le Christ serviteur, qui a vécu totalement au service de Dieu pour le bien des hommes ». Dans cette perspective on comprend que, dans les différentes dimensions du ministère diaconal, « un élément caractéristique de la spiritualité diaconale est la Parole de Dieu, dont le diacre est appelé à être l’annonciateur autorisé, en croyant ce qu’il proclame, en enseignant ce qu’il croit, en vivant ce qu’il enseigne ». Je recommande donc que les diacres nourrissent leur vie d’une lecture croyante de la Sainte Écriture avec l’étude et la prière. Qu’ils soient introduits à la Sainte Écriture et à sa juste interprétation; à la théologie de l’Ancien et du Nouveau Testament ; au rapport réciproque entre l’Écriture et la Tradition ; en particulier à l’usage de l’Écriture dans la prédication, dans la catéchèse et dans l’activité pastorale en général.

 

b) La Parole de Dieu et les candidats à l’Ordination

 

Le Synode a accordé une importance particulière au rôle décisif de la Parole de Dieu dans la vie spirituelle des candidats au sacerdoce ministériel. Les candidats au sacerdoce doivent apprendre à aimer la Parole de Dieu. Que l’Écriture soit donc l’âme de leur formation théologique, en soulignant la circularité indispensable entre exégèse, théologie, spiritualité et mission. Les aspirants au sacerdoce ministériel sont appelés à une profonde relation personnelle avec la Parole de Dieu, en particulier dans la Lectio divina, pour que leur vocation elle-même se nourrisse de cette relation : c’est dans la lumière et dans la force de la Parole de Dieu que chacun peut découvrir, comprendre, aimer et suivre sa vocation propre et accomplir sa mission, faisant grandir dans le cœur les pensées de Dieu, de sorte que la foi, en tant que réponse à la Parole, devienne le nouveau critère de jugement et d’évaluation des hommes et des choses, des événements et des problèmes.

 

Cette attention à la lecture priante de l’Écriture ne doit en aucune façon alimenter une dichotomie par rapport à l’étude exégétique demandée au temps de la formation. Le Synode a recommandé que les séminaristes soient aidés concrètement à voir la relation entre l’étude biblique et la prière avec l’Écriture. Étudier les Écritures doit rendre plus conscient du Mystère de la Révélation divine et nourrir une attitude de réponse priante au Seigneur qui parle. De même, une authentique vie de prière ne pourra que faire grandir dans l’âme du candidat le désir de connaître toujours plus le Dieu qui s’est révélé dans sa Parole comme amour infini. Par conséquent, on devra apporter le plus grand soin à cultiver dans la vie des séminaristes cette réciprocité entre étude et prière. Dans ce but, il faut que les candidats soient initiés à une étude de la Sainte Écriture par des méthodes qui en favorisent une telle approche intégrale.

 

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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 11:58

Extrait de l’exhortation apostolique post-synodale sur la Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l’Eglise, donnée par Benoît XVI le 30 septembre 2010, en la 6e année de son pontificat.

 

72. S’il est vrai que la liturgie est le lieu privilégié pour la proclamation, l’écoute et la célébration de la Parole de Dieu, il est tout aussi vrai que cette rencontre doit être préparée dans le cœur des fidèles et surtout être approfondie et assimilée par eux. En effet, la vie chrétienne est caractérisée essentiellement par la rencontre avec Jésus-Christ qui nous appelle à le suivre. C’est pourquoi le Synode des Évêques a réaffirmé plusieurs fois l’importance de la pastorale dans les communautés chrétiennes comme cadre dans lequel parcourir un itinéraire personnel et communautaire par rapport à la Parole de Dieu, de sorte que celle-ci soit vraiment au fondement de la vie spirituelle. Avec les Pères du Synode, j’exprime le vif désir que fleurisse une nouvelle saison de plus grand amour pour la Sainte Écriture, de la part de tous les membres du Peuple de Dieu, afin que la lecture orante et fidèle dans le temps leur permette d’approfondir leur relation avec la personne même de Jésus.

 

Dans l’Histoire de l’Église, les recommandations des saints sur la nécessité de connaître l’Écriture pour grandir dans l’amour du Christ ne manquent pas. C’est un fait particulièrement évident chez les Pères de l’Église. Saint Jérôme, grand « amoureux » de la Parole de Dieu se demandait : « Comment pourrait-on vivre sans la science des Écritures, à travers lesquelles on apprend à connaître le Christ lui-même, qui est la vie des croyants? ». Il était bien conscient que la Bible est l’instrument « par lequel Dieu parle chaque jour aux croyants ». Il conseille ainsi Leta, une matrone romaine, pour l’éducation de sa fille : « Assure-toi qu’elle étudie chaque jour un passage de l’Écriture… À la prière fais suivre la lecture, et à la lecture, la prière… Plutôt que les bijoux et les vêtements de soie, qu’elle aime les Livres divins ». Ce que Saint Jérôme écrivait au prêtre Neposianus vaut aussi pour nous : « Lis fréquemment les divines Écritures ; et même, que le Livre Saint ne soit jamais enlevé de tes mains. Apprends-y ce que tu dois enseigner ». À l’exemple du grand saint qui consacra sa vie à l’étude de la Bible et qui donna à l’Église sa traduction latine, la Vulgate, et de tous les saints qui ont placé au centre de leur vie spirituelle la rencontre avec le Christ, renouvelons notre engagement à approfondir la Parole que Dieu a donnée à l’Église. De cette façon nous pourrons tendre à ce haut degré de la vie chrétienne ordinaire, souhaité par le Pape Jean-Paul II au commencement du troisième millénaire chrétien, qui se nourrit constamment de l’écoute de la Parole de Dieu.

 

73. […] J’exhorte […] les Pasteurs et les fidèles à tenir compte de l’importance de [la pastorale biblique] : ce sera aussi la meilleure façon de faire face à certains problèmes pastoraux mis en évidence au cours de l’Assemblée synodale liés, par exemple, à la prolifération des sectes qui répandent une lecture déformée et instrumentalisée de la Sainte Écriture. Là où les fidèles ne se forment pas à une connaissance de la Bible selon la foi de l’Église dans le creuset de sa Tradition vivante, on laisse de fait un vide pastoral dans lequel des réalités comme les sectes peuvent trouver un terrain pour prendre pied. C’est pourquoi il est nécessaire de pourvoir aussi à une préparation adéquate des prêtres et des laïcs afin qu’ils puissent instruire le Peuple de Dieu dans une approche authentique des Écritures […].

 

74. Un temps important de l’animation pastorale de l’Église, où l’on peut avec sagesse redécouvrir le caractère central de la Parole de Dieu, est la catéchèse qui, dans ses diverses formes et phases, doit toujours accompagner le Peuple de Dieu. La rencontre des disciples d’Emmaüs avec Jésus décrite par l’évangéliste Luc (cf. Lc 24, 13-35) représente, en un certain sens, le modèle d’une catéchèse au centre de laquelle se trouve « l’explication des Écritures », que seul le Christ est en mesure de donner (cf. Lc 24, 27-28), en montrant leur accomplissement dans sa personne. C’est ainsi que renaît l’espérance, plus forte que tout échec, qui fait de ces disciples des témoins convaincus et crédibles du Ressuscité.

 

Dans le Directoire général pour la catéchèse, nous trouvons des indications précieuses pour l’animation biblique de la catéchèse et j’y renvoie volontiers. Ici, je désire surtout souligner que la catéchèse doit s’imprégner et se pénétrer de la pensée, de l’esprit et des attitudes bibliques et évangéliques par un contact assidu avec les textes eux-mêmes; ce qui veut aussi rappeler que la catéchèse sera d’autant plus riche et efficace qu’elle lira les textes avec l’intelligence et le cœur de l’Église et qu’elle s’inspirera de la réflexion et de la vie deux fois millénaire de l’Église. On doit encourager de cette façon la connaissance des figures, des événements et des expressions fondamentaux du texte sacré ; à cette fin, une mémorisation intelligente de certains passages bibliques – particulièrement ceux qui parlent des Mystères chrétiens – peut aussi être profitable. L’activité catéchétique implique toujours de rapprocher les Écritures de la foi et de la Tradition de l’Église, de sorte que ces paroles soient perçues comme vivantes, tout comme le Christ est vivant aujourd’hui là où deux ou trois se réunissent en son nom (cf. Mt 18, 20). Elle doit communiquer de façon vitale l’Histoire du Salut et les contenus de la foi de l’Église, afin que tout fidèle reconnaisse que son contexte personnel de vie appartient aussi à cette Histoire.

 

Dans cette perspective, il est important de souligner le lien entre la Sainte Écriture et le Catéchisme de l’Église catholique, comme l’a affirmé le Directoire général pour la catéchèse. En effet, l’Écriture Sainte, “Parole de Dieu mise par écrit sous l’inspiration de l’Esprit Saint” et le Catéchisme de l’Église catholique, expression actuelle de la Tradition vivante de l’Église et norme sûre pour l’enseignement de la foi, sont appelés, chacun à sa façon, et selon son autorité spécifique, à féconder la catéchèse dans l’Église contemporaine.

 

75. Pour atteindre le but souhaité par le Synode de donner un caractère plus fortement biblique à toute la pastorale de l’Église, il est nécessaire qu’il y ait une formation convenable des chrétiens et, en particulier, des catéchistes […].

 

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30 octobre 2011 7 30 /10 /octobre /2011 11:32

Extrait de l’exhortation apostolique post-synodale sur la Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l’Eglise, donnée par Benoît XVI le 30 septembre 2010, en la 6e année de son pontificat.

 

60. […] Comme nous le rappelle Saint Jérôme, la prédication doit […] être accompagnée par le témoignage de sa propre vie : « Que tes actions ne trahissent pas tes paroles, pour qu’il n’advienne pas que, quand tu prêches dans l’église, quelqu’un commente intérieurement: “Pourquoi donc n’agis-tu pas toi-même ainsi?” […] L’esprit et la parole doivent s’accorder dans le prêtre du Christ ».

 

61. Si l’Eucharistie se trouve sans aucun doute au centre de la relation entre la Parole de Dieu et les Sacrements, il est bon de souligner aussi l’importance de la Sainte Écriture pour les autres Sacrements, en particulier ceux qui apportent une guérison, le Sacrement de la Réconciliation ou de la Pénitence, et le Sacrement de l’Onction des malades. La référence à la Sainte Écriture y est souvent négligée, alors qu’il faut lui donner la place qui lui revient. En effet, on ne doit jamais oublier que la Parole de Dieu est parole de réconciliation parce qu’en elle Dieu réconcilie en lui toute chose (cf. 2 Co 5, 18-20 ; Ep 1, 10). Le pardon miséricordieux de Dieu, incarné en Jésus, relève le pécheur. La Parole de Dieu éclaire le croyant pour lui faire discerner ses péchés, l’invite à la conversion et à la confiance en la miséricorde de Dieu. Afin de percevoir davantage la puissance de réconciliation que possède la Parole de Dieu, on recommande à chaque pénitent de se préparer à la confession en méditant un passage adapté de la Sainte Écriture et de commencer sa confession par la lecture ou l’écoute d’une exhortation biblique, selon ce que prévoit son rite propre. Puis, quand il manifeste sa contrition, il est bon que le pénitent prenne une prière formée de paroles tirées de la Sainte Écriture prévue par le rite. Quand cela est possible, il est bon qu’à certains moments de l’année ou quand l’occasion s’en présente, la confession individuelle des pénitents se fasse dans le cadre de célébrations pénitentielles, selon ce que prévoit le rituel, dans le respect des différentes traditions liturgiques, pour pouvoir donner toute sa place à la célébration de la Parole par l’usage de lectures appropriées.

 

En ce qui concerne le Sacrement de l’Onction des malades, qu’on n’oublie pas que la force de guérison de la Parole de Dieu est un appel puissant à une continuelle conversion personnelle de celui qui l’écoute. La Sainte Écriture contient de nombreuses pages qui montrent le réconfort, le soutien et la guérison donnés par l’intervention de Dieu. Qu’on se souvienne en particulier de la proximité de Jésus à l’égard de ceux qui souffrent : Lui-même, le Verbe de Dieu incarné, s’est chargé de nos douleurs et il a souffert par amour pour l’homme, en donnant ainsi un sens à la maladie et à la mort. Il est bon que, dans les paroisses et surtout dans les hôpitaux, on célèbre en communauté, selon les circonstances, le Sacrement des malades. Qu’on donne en ces occasions une large place à la célébration de la Parole et qu’on aide les fidèles malades à vivre avec foi leur état de souffrance, en union au sacrifice rédempteur du Christ qui nous délivre du mal.

 

62. Parmi les formes de prière qui exaltent la Sainte Écriture, il y a sans aucun doute la Liturgie des Heures. Les Pères synodaux ont affirmé qu’elle constitue une forme privilégiée d’écoute de la Parole de Dieu parce qu’elle met en contact les fidèles avec l’Écriture Sainte et avec la Tradition vivante de l’Église. On doit avant tout rappeler la dignité théologique et ecclésiale de cette prière. En effet, dans la Liturgie des Heures, l’Église, exerçant la fonction sacerdotale de son Chef, offre à Dieu “incessamment” (1 Th 5, 17) le sacrifice de louange, c’est-à-dire le fruit des lèvres qui confessent son nom (cf. He 13, 15). Cette prière est la voix de l’Épouse elle-même qui s’adresse à son Époux ; et mieux encore, c’est la prière du Christ que celui-ci, avec son Corps, présente au Père. À ce sujet, le Concile Vatican II avait affirmé : « Tous ceux qui assurent cette charge accomplissent l’office de l’Église et, en même temps, participent de l’honneur suprême de l’Épouse du Christ, parce qu’en s’acquittant des louanges divines, ils se tiennent devant le trône de Dieu au nom de la Mère Église ». (Sacrosanctum Concilium, n°85) Dans la Liturgie des Heures, prière publique de l’Église, apparaît l’idéal chrétien de sanctification de toute la journée, rythmée par l’écoute de la Parole de Dieu et par la prière des Psaumes, si bien que toute activité trouve son point de référence dans la louange offerte à Dieu.

 

Ceux qui sont tenus par leur état de vie à la récitation de la Liturgie des Heures doivent vivre cet engagement en faveur de toute l’Église. Les Évêques, les prêtres et les diacres ordonnés en vue du sacerdoce, qui ont reçu de l’Église la mission de la célébrer, ont l’obligation d’acquitter chaque jour toutes les Heures. Dans les Églises catholiques orientales sui iuris, cette obligation sera respectée en fonction des indications données par leur droit propre. En outre, j’encourage les communautés de Vie consacrée à être exemplaires dans la célébration de la Liturgie des Heures, au point de constituer une référence et une source d’inspiration pour la vie spirituelle et pastorale de toute l’Église.

 

Le Synode a exprimé le désir de voir se diffuser plus largement dans le Peuple de Dieu ce genre de prière, surtout la récitation des Laudes et des Vêpres. Un tel développement ne pourra que faire grandir parmi les fidèles la familiarité avec la Parole de Dieu. On doit souligner aussi la valeur de la Liturgie des Heures prévue pour les premières Vêpres du dimanche et des solennités, notamment dans les Églises catholiques orientales. C’est pourquoi je recommande que, là où c’est possible, les paroisses et les communautés de vie religieuse favorisent cette prière en y associant les fidèles.

 

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29 octobre 2011 6 29 /10 /octobre /2011 13:26

Extrait de l’exhortation apostolique post-synodale sur la Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l’Eglise, donnée par Benoît XVI le 30 septembre 2010, en la 6e année de son pontificat.

 

56. En rappelant le caractère performatif de la Parole de Dieu dans l’action sacramentelle et l’approfondissement de la relation entre la Parole et l’Eucharistie, nous sommes conduits à poursuivre avec un thème important, relevé durant l’Assemblée du Synode, concernant la sacramentalité de la Parole. À ce propos, il est utile de rappeler que le Pape Jean-Paul II avait fait référence à « la perspective sacramentelle de la Révélation et, en particulier, au signe eucharistique dans lequel l’unité indivisible entre la réalité et sa signification permet de saisir la profondeur du Mystère ». De là, nous comprenons que le Mystère de l’Incarnation est vraiment à l’origine de la sacramentalité de la Parole de Dieu : « le Verbe s’est fait chair » (Jn 1, 14), la réalité du Mystère révélé nous est offerte dans la « chair » du Fils. La Parole de Dieu se rend perceptible à la foi par le « signe » des paroles et des gestes humains. La foi, donc, reconnaît le Verbe de Dieu, en accueillant les gestes et les paroles par lesquels il se présente lui-même à nous. La perspective sacramentelle de la Révélation indique, par conséquent, la modalité historico-salvifique par laquelle le Verbe de Dieu entre dans le temps et l’espace, devenant l’interlocuteur de l’homme, qui est appelé à accueillir dans la foi le don qui lui est fait.

 

La sacramentalité de la Parole se comprend alors par analogie à la présence réelle du Christ sous les espèces du pain et du vin consacrés. En nous approchant de l’autel et en prenant part au banquet eucharistique, nous communions réellement au Corps et au Sang du Christ. La proclamation de la Parole de Dieu dans la célébration implique la reconnaissance que le Christ lui-même est présent et s’adresse à nous pour être écouté. Sur l’attitude à avoir aussi bien envers l’Eucharistie qu’envers la Parole de Dieu, Saint Jérôme affirme : « Nous lisons les Saintes Écritures. Je pense que l’Évangile est le Corps du Christ ; je pense que les Saintes Écritures sont son enseignement. Et quand il dit : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang (Jn 6, 53), ses paroles se réfèrent au Mystère [eucharistique], toutefois, le Corps et le Sang du Christ sont vraiment la Parole de l’Écriture, c’est l’enseignement de Dieu. Quand nous nous référons au Mystère [eucharistique] et qu’une miette de pain tombe, nous nous sentons perdus. Et quand nous écoutons la Parole de Dieu, c’est la Parole de Dieu et le Corps et le Sang du Christ qui tombent dans nos oreilles et nous, nous pensons à autre chose. Pouvons-nous imaginer le grand danger que nous courons ? ». Le Christ, réellement présent dans les espèces du pain et du vin, est présent analogiquement dans la Parole proclamée dans la liturgie. Approfondir le sens de la sacramentalité de la Parole de Dieu, peut donc favoriser une compréhension plus unifiée du Mystère de la Révélation se réalisant par des actions et des paroles intrinsèquement liées entre elles, qui profitera à la vie spirituelle des fidèles et à l’action pastorale de l’Église.

 

57. En soulignant le rapport entre la Parole et l’Eucharistie, le Synode a voulu justement rappeler certains aspects de la célébration, qui sont inhérents au service de la Parole. Je voudrais faire référence surtout à l’importance du Lectionnaire. La réforme voulue par le Concile Vatican II a montré ses fruits en élargissant l’accès à la Sainte Écriture qui est abondamment proposée, surtout dans la liturgie dominicale. La structure actuelle, en plus de présenter fréquemment les textes les plus importants de l’Écriture, favorise la compréhension de l’unité du dessein divin, à travers la corrélation entre les lectures de l’Ancien et du Nouveau Testament, dont le centre est le Christ célébré dans son Mystère pascal. Les quelques difficultés qui persistent dans la compréhension des relations entre les lectures des deux Testaments, doivent être considérées à la lumière de la lecture canonique, c’est-à-dire à la lumière de l’unité intrinsèque de toute la Bible. Là où le besoin s’en fait sentir, les organes compétents peuvent pourvoir à la publication de matériel didactique qui facilitera la compréhension du lien entre les lectures proposées par le Lectionnaire, lesquelles doivent être toutes proclamées à l’assemblée liturgique, comme le prévoit la liturgie du jour […].

 

58.Durant l’Assemblée synodale sur l’Eucharistie, il avait déjà été demandé qu’un plus grand soin soit apporté dans la proclamation de la Parole de Dieu. Comme on le sait, tandis que l’Évangile est proclamé par le prêtre ou le diacre, la première et la seconde lectures, dans la Tradition latine, sont proclamées par le lecteur choisi, homme ou femme. Je voudrais ici me référer aux Pères synodaux qui, encore en cette circonstance, ont souligné la nécessité de soigner par une formation adéquate l’exercice du munus du lecteur dans la célébration liturgique et, de manière particulière le ministère du lectorat qui, comme tel dans le rite latin, est un ministère laïc. Il est nécessaire que les lecteurs chargés d’un tel service, même s’ils n’ont pas été institués, soient vraiment aptes et préparés avec soin. Une telle préparation doit être aussi bien biblique et liturgique que technique : « La formation biblique doit permettre aux lecteurs de situer les lectures dans leur contexte propre et de comprendre, à la lumière de la foi, le point central du message révélé. La formation liturgique doit fournir aux lecteurs la possibilité de saisir le sens et la structure de la liturgie de la Parole et de comprendre les liens entre celle-ci et la liturgie eucharistique. La préparation technique doit rendre les lecteurs toujours plus compétents dans l’art de lire devant le peuple, soit directement, soit en utilisant les moyens modernes qui amplifient la voix » (Missel romain).

 

59. « Les fonctions et les charges qui reviennent à chacun par rapport à la Parole de Dieu sont également variées : ainsi, les fidèles écoutent et méditent cette Parole, tandis que, seuls, la présentent ceux qui ont reçu, par l’Ordination, la charge du Magistère, ou ceux à qui l’exercice de ce même ministère a été confié » (Missel romain), à savoir les Évêques, les prêtres et les diacres. À partir de là, on comprend l’attention que le Synode a donnée au thème de l’homélie. Déjà dans l’Exhortation apostolique post-synodale Sacramentum caritatis, je rappelais qu’en relation avec l’importance de la Parole de Dieu, il est nécessaire d’améliorer la qualité de l’homélie. Elle “fait partie de l’action” liturgique; elle a pour fonction de favoriser une compréhension plus large et plus efficace de la Parole de Dieu dans la vie des fidèles. L’homélie est en effet une actualisation du message scripturaire, de telle sorte que les fidèles soient amenés à découvrir la présence et l’efficacité de la Parole de Dieu dans l’aujourd’hui de leur vie. Elle doit aider à la compréhension du Mystère qui est célébré, inviter à la mission, en préparant l’assemblée à la profession de foi, à la prière universelle et à la liturgie eucharistique. Par conséquent, que ceux qui, en vertu de leur ministère spécial, sont députés à la prédication, prennent à cœur ce devoir. On doit éviter les homélies vagues et abstraites, qui occultent la simplicité de la Parole de Dieu, comme aussi les divagations inutiles qui risquent d’attirer l’attention plus sur le prédicateur que sur la substance du message évangélique. Il doit être clair pour les fidèles que ce qui tient au cœur du prédicateur, c’est de montrer le Christ, sur lequel l’homélie est centrée. Pour ce faire, il convient que les prédicateurs aient une familiarité et un contact assidu avec le texte sacré ; qu’ils se préparent pour l’homélie dans la méditation et la prière afin de pouvoir prêcher avec conviction et passion. L’Assemblée synodale a exhorté à considérer les questions suivantes : « Que disent les lectures proclamées? Que me disent-elles à moi personnellement? Que dois-je dire à la communauté, en tenant compte de sa situation concrète?» ». Le prédicateur doit être le premier à être interpellé par la Parole de Dieu qu’il annonce, car, comme le dit Saint Augustin : « qui prêche extérieurement la Parole de Dieu et ne l’écoute pas intérieurement ne peut pas porter du fruit ». Qu’on prenne particulièrement soin de l’homélie du dimanche et des solennités; mais qu’on n’omette pas aussi durant les Messes cum populo en semaine, si possible, d’offrir de brèves réflexions appropriées à la situation, pour aider les fidèles à accueillir et faire fructifier la Parole qu’ils ont écoutée.

 

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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 16:57

Extrait de l’exhortation apostolique post-synodale sur la Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l’Eglise, donnée par Benoît XVI le 30 septembre 2010, en la 6e année de son pontificat.

 

53. En abordant le thème de la valeur de la liturgie pour la compréhension de la Parole de Dieu, le Synode des Évêques a voulu souligner aussi la relation entre la Sainte Écriture et l’action sacramentelle. Il est très opportun d’approfondir le lien entre la Parole et le Sacrement, aussi bien dans l’action pastorale de l’Église que dans la recherche théologique. Il est certain que la liturgie de la Parole est un élément décisif dans la célébration de chacun des Sacrements de l’Église ; néanmoins, dans l’action pastorale, les fidèles ne sont pas toujours conscients de ce lien et ne perçoivent pas toujours l’unité entre le geste et la parole. Il appartient aux prêtres et aux diacres, surtout lorsqu’ils administrent les Sacrements, de mettre en lumière l’unité que Parole et Sacrement forment dans le ministère de l’Église. En effet, dans le rapport entre la Parole et le geste sacramentel, l’action même de Dieu dans l’histoire est manifestée sous la forme liturgique à travers le caractère performatif de la Parole. Dans l’Histoire du Salut en effet, il n’existe pas de séparation entre ce que Dieu dit et fait ; sa Parole même est vivante et efficace (cf. He 4, 12), comme le traduit bien l’expression hébraïque ‘dabar’. De même dans l’action liturgique, nous sommes mis en présence de sa Parole qui réalise ce qu’elle dit. En éduquant le Peuple de Dieu à découvrir le caractère performatif de la Parole de Dieu dans la liturgie, on l’aide aussi à percevoir l’action de Dieu dans l’Histoire du Salut et dans l’histoire personnelle de chacun de ses membres.

 

54. Ce qui vient d’être affirmé de façon générale sur la relation entre la Parole et les Sacrements, s’approfondit quand nous nous référons à la célébration eucharistique. D’ailleurs, l’unité intime entre la Parole et l’Eucharistie se base sur le témoignage scripturaire (cf. Jn 6; Lc 24), attesté par les Pères de l’Église et réaffirmé par le Concile Vatican II. À ce sujet, nous pensons au grand discours de Jésus sur le pain de vie dans la synagogue de Capharnaüm (cf. Jn 6, 22-69), qui est sous-tendu par la comparaison entre Moïse et Jésus, entre celui qui s’est entretenu avec Dieu face à face (cf. Ex 33, 11) et celui qui révéla Dieu (cf. Jn 1, 18). Le discours sur le pain, en effet, renvoie au don de Dieu, que Moïse a obtenu pour son Peuple avec la manne dans le désert et qui est en réalité la Torah, la Parole de Dieu qui fait vivre (cf. Ps 119 ; Pr 9, 5). Jésus accomplit en sa personne la figure antique : « Le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde… Moi, je suis le pain de vie » (Jn 6, 33.35). Ici, la Loi est devenue Personne. Dans la rencontre avec Jésus, nous nous nourrissons pour ainsi dire du Dieu vivant lui-même, nous mangeons vraiment “le pain venu du ciel”. Le Prologue de Jean trouve un approfondissement dans le discours de Capharnaüm : si là le Logos de Dieu devient chair, ici cette chair devient « pain » donné pour la vie du monde (cf. Jn 6, 51), faisant ainsi allusion au don que Jésus fera de lui-même dans le Mystère de la Croix, qui est confirmé par l’affirmation sur son Sang donné « pour être bu » (cf. Jn 6, 53). De cette manière, est manifesté dans le Mystère de l’Eucharistie quelle est la vraie manne, le vrai pain du ciel : c’est le Logos de Dieu qui s’est fait chair, et qui s’est offert lui-même pour nous dans le Mystère pascal.

 

Le récit de Luc sur les disciples d’Emmaüs nous permet de progresser dans la réflexion sur le lien entre la Parole et la fraction du pain (cf. Lc 24, 13-35). Jésus alla à leur rencontre le jour après le sabbat, écouta l’expression de leur espérance déçue, et, devenant leur compagnon de route, « il leur expliqua, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait » (24, 27). Les deux disciples commencent à scruter d’une manière nouvelle les Écritures en présence de ce voyageur qui, de façon inattendue, se montre si proche de leur vie. Ce qui est arrivé en ces jours-là n’apparaît plus comme un échec, mais comme un accomplissement et un nouveau départ. Toutefois, ces paroles ne semblent pas encore satisfaire les disciples. L’Évangile de Luc nous dit que « leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent » (24, 31), seulement quand Jésus prit le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna, alors qu’auparavant, « leurs yeux étaient aveuglés, et ils ne le reconnaissaient pas » (24, 16). La présence de Jésus, d’abord à travers ses paroles, puis avec le geste de la fraction du pain, a permis aux disciples de le reconnaître ; ils purent éprouver d’une manière nouvelle ce qu’ils avaient précédemment vécu avec lui : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route, et qu’il nous faisait comprendre les Écritures? » (24, 32).

 

55. Ces récits montrent comment l’Écriture elle-même conduit à appréhender son lien indissoluble avec l’Eucharistie. « C’est pourquoi il faut toujours avoir présent à l’esprit que la Parole de Dieu, lue et annoncée par l’Église dans la liturgie, conduit au sacrifice de l’Alliance et au banquet de la grâce, c’est-à-dire à l’Eucharistie» (Missel romain). La Parole et l’Eucharistie sont corrélées intimement au point de ne pouvoir être comprises l’une sans l’autre : la Parole de Dieu se fait chair sacramentelle dans l’événement eucharistique. L’Eucharistie nous ouvre à l’intelligence de la Sainte Écriture, comme la Sainte Écriture illumine et explique à son tour le Mystère eucharistique. En effet, sans la reconnaissance de la présence réelle du Seigneur dans l’Eucharistie, l’intelligence de l’Écriture demeure incomplète. C’est pourquoi, « la Parole  Dieu et le Mystère eucharistique ont toujours et partout reçu de l’Église non pas le même culte mais la même vénération. C’est ce qu’elle a établi, poussée par l’exemple de son Fondateur, en ne cessant jamais de célébrer son Mystère pascal, en se réunissant pour “lire dans toute l’Écriture, ce qui le concernait” (Lc 24, 27), et pour réaliser l’œuvre du salut par le mémorial du Seigneur et les Sacrements ». 

 

 

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 18:13

Extrait de l’exhortation apostolique post-synodale sur la Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l’Eglise, donnée par Benoît XVI le 30 septembre 2010, en la 6e année de son pontificat.

 

50. Le Seigneur énonce sa Parole afin qu’elle soit accueillie par ceux qui ont été créés « par » le Verbe lui-même. « Il est venu chez les siens » (Jn 1, 11) : la Parole ne nous est pas originellement étrangère et la Création a été voulue dans un rapport d’intimité avec la vie divine. Le Prologue du quatrième Évangile nous met aussi devant le refus opposé à la Parole divine par les « siens », qui « ne l’ont pas accueilli » (Jn 1, 11). Ne pas l’accueillir veut dire, ne pas écouter sa voix, ne pas se conformer au Logos. En revanche, là où l’homme, même fragile et pécheur, s’ouvre sincèrement à la rencontre avec le Christ, là commence une transformation radicale : « mais à tous ceux qui l’ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jn 1, 12). Accueillir le Verbe signifie se laisser modeler par lui afin d’être conforme au Christ, au « Fils unique qui vient du Père » (Jn 1, 13) par la puissance de l’Esprit Saint. Cela marque le début d’une nouvelle Création. Naît alors la créature nouvelle, ainsi qu’un peuple nouveau. Ceux qui croient, ou mieux ceux qui vivent dans l’obéissance de la foi, « sont nés de Dieu » (Jn 1, 13), et sont rendus participants de la vie divine : ils sont fils dans le Fils (cf. Ga 4, 5-6 ; Rm 8, 14-17). En commentant ce passage de l’Évangile de Jean, Saint Augustin dit d’une manière suggestive : « par le Verbe tu as été créé, mais il est nécessaire que tu sois recréé par le Verbe ». Nous y voyons prendre forme le visage de l’Église comme une réalité déterminée par l’accueil du Verbe de Dieu qui, en se faisant chair, est venu établir sa tente au milieu de nous (Jn 1, 14). Cette demeure de Dieu parmi les hommes, cette shekinah (cf. Ex 26, 1), préfigurée dans l’Ancien Testament, se réalise maintenant dans la présence définitive de Dieu avec les hommes dans le Christ.

 

51. Le rapport entre le Christ, Parole du Père, et l’Église ne peut être compris comme un simple événement passé ; il s’agit plutôt d’une relation vitale dans laquelle chaque fidèle est appelé à entrer personnellement. En effet, nous parlons de la présence de la Parole de Dieu qui demeure avec nous aujourd’hui : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). Comme le Pape Jean-Paul II l’a affirmé : « La présence du Christ aux hommes de tous les temps se réalise dans son Corps qui est l’Église. Pour cela, le Seigneur a promis à ses disciples l’Esprit Saint, qui leur “rappellerait” et ferait comprendre ses Commandements (cf. Jn 14, 26) et serait le principe et la source d’une vie nouvelle dans le monde (cf. Jn 3, 5-8 ; Rm 8, 1-13) ».[175]   La Constitution dogmatique Dei Verbum exprime ce Mystère avec la terminologie biblique du dialogue nuptial : « Dieu, qui a parlé autrefois, converse sans cesse avec l’Épouse de son Fils bien-aimé, et l’Esprit-Saint, par qui la voix vivante de l’Évangile retentit dans l’Église et par l’Église dans le monde, introduit les croyants dans la vérité tout entière et fait habiter en eux la Parole du Christ en abondance (cf. Col 3,16) » (Dei Verbum, n°8). L’Épouse du Christ, maîtresse de l’écoute, dit encore aujourd’hui avec foi : « Parle, Seigneur, que ton Église t’écoute ». C’est pourquoi la Constitution dogmatique Dei Verbum commence ainsi : « En se mettant religieusement à l’écoute de la Parole de Dieu et en la proclamant avec assurance, le saint Concile… ». Il s’agit en effet d’une définition dynamique de la vie de l’Église : ce sont là des mots par lesquels le Concile indique un aspect qui qualifie l’Église ; elle est une communauté qui écoute et annonce la Parole de Dieu. L’Église ne vit pas d’elle-même mais de l’Évangile et, de cet Évangile, elle tire toujours à nouveau une orientation pour son chemin. C’est une remarque que tout chrétien doit recevoir et appliquer à lui-même : seul celui qui se met à l’écoute de la Parole peut ensuite en devenir l’annonciateur. Dans la Parole de Dieu proclamée et écoutée, dans les Sacrements, Jésus dit aujourd’hui, ici et maintenant, à chacun : « Je suis tien, je me donne à toi » pour que l’homme puisse répondre et dire à son tour : « Je suis tien ». L’Église se manifeste ainsi comme le lieu où, par la grâce, nous pouvons expérimenter ce que raconte le Prologue de Saint Jean : « Mais tous ceux qui l’ont reçu, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu » (Jn 1, 12).

 

52. En considérant l’Église comme la demeure de la Parole, on doit avant tout prêter attention à la sainte liturgie. C’est vraiment le lieu privilégié où Dieu nous parle dans notre vie présente, où il parle aujourd’hui à son Peuple qui écoute et qui répond. Chaque action liturgique est par nature nourrie par les Saintes Écritures. Comme l’affirme la Constitution Sacrosanctum Concilium, « dans la célébration de la liturgie, la Sainte Écriture est de la plus grande importance. C’est d’elle que sont tirés les textes qui sont lus et qui sont expliqués dans l’homélie, ainsi que les Psaumes qui sont chantés ; et c’est sous son inspiration et sous son impulsion que les prières, les oraisons et les hymnes liturgiques ont pris naissance et c’est d’elle que les actions et les symboles reçoivent leur signification ». Mieux encore, on doit dire que c’est le Christ lui-même qui « est là présent dans sa Parole, puisque lui-même parle pendant que sont lues dans l’Église les Saintes Écritures ». En effet, « la célébration liturgique devient elle-même une proclamation continue, pleine et efficace de la Parole de Dieu. C’est pourquoi, la Parole de Dieu, assidûment proclamée dans la liturgie est toujours vivante et efficace par la puissance de l’Esprit Saint, et manifeste l’amour agissant du Père qui ne cesse jamais d’agir pour tous les hommes » (cf. Missel romain). L’Église a toujours été consciente que durant l’action liturgique, la Parole de Dieu est accompagnée par l’action intime de l’Esprit Saint qui la rend efficace dans les cœurs des fidèles. En fait, c’est grâce au Paraclet que « la Parole de Dieu devient le fondement de l’action liturgique, la règle et le support de toute la vie. L’œuvre de l’Esprit Saint (…) suggère au cœur de chacun tout ce qui, dans la proclamation de la Parole de Dieu, est prononcé pour l’assemblée des fidèles dans son ensemble ; et tandis qu’elle renforce l’unité de tous, elle ravive aussi la diversité des charismes et pousse à l’action sous des formes multiples ».

 

Par conséquent, il faut comprendre et vivre la valeur essentielle de l’action liturgique par la compréhension de la Parole de Dieu. En un certain sens, l’herméneutique de la foi sur la base des Saintes Écritures, doit toujours avoir comme point de référence la liturgie, où la Parole de Dieu est célébrée comme une parole actuelle et vivante : « Ainsi, dans la liturgie, l’Église suit-elle fidèlement la manière de lire et d’interpréter l’Écriture qui fut celle du Christ, lui qui, depuis l’ ‘aujourd’hui’ de sa venue, exhorte à scruter attentivement toutes les Écritures ». Ici, se manifeste la sage pédagogie de l’Église qui proclame et écoute la Sainte Écriture en suivant le rythme de l’année liturgique. Cette dilatation de la Parole de Dieu dans le temps advient particulièrement dans la célébration eucharistique et dans la Liturgie des Heures. Au centre de tout, resplendit le Mystère pascal auquel sont liés tous les Mystères du Christ et de l’Histoire du Salut, qui s’actualisent sacramentalement : « Tout en célébrant ainsi les Mystères de la Rédemption, elle [l’Église] ouvre aux fidèles les richesses de la puissance et des mérites de son Seigneur de telle sorte que ces Mystères sont en quelque sorte rendus présents tout le temps et que les fidèles sont mis en contact avec eux et remplis de la grâce du Salut ». J’exhorte les Pasteurs de l’Église et les assistants pastoraux à faire en sorte que tous les fidèles soient éduqués à goûter le sens profond de la Parole de Dieu qui se déploie dans la liturgie tout au long de l’année, en manifestant les Mystères fondamentaux de notre foi. La juste approche de la Sainte Écriture en dépend aussi.

 

 

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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 11:48

Extrait de l’exhortation apostolique post-synodale sur la Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l’Eglise, donnée par Benoît XVI le 30 septembre 2010, en la 6e année de son pontificat.

 

44. L’attention que nous avons voulu donner jusqu’à présent au thème de l’herméneutique biblique sous ses différents aspects nous permet d’aborder celui, apparu plusieurs fois au cours du débat synodal, de l’interprétation fondamentaliste de la Sainte Écriture. Sur ce thème, la Commission biblique pontificale, dans le document sur L’interprétation de la Bible dans l’Église, a formulé des indications importantes. Dans ce contexte, je voudrais attirer l’attention surtout sur ces lectures qui ne respectent pas la nature authentique du texte sacré, favorisant des interprétations subjectives et arbitraires. En effet, le « littéralisme » mis en avant par la lecture fondamentaliste représente en réalité une trahison aussi bien du sens littéral que du sens spirituel, ouvrant la voie à des instrumentalisations de diverses natures, répandant par exemple des interprétations anti-ecclésiales des Écritures elles-mêmes. L’aspect problématique de la « lecture fondamentaliste est que, en refusant de tenir compte du caractère historique de la Révélation biblique, on se rend incapable d’accepter pleinement la vérité de l’Incarnation elle-même. Le fondamentalisme fuit l’étroite relation du divin et de l’humain dans les rapports avec Dieu (…) Pour cette raison, il tend à traiter le texte biblique comme s’il avait été dicté mot à mot par l’Esprit et n’arrive pas à reconnaître que la Parole de Dieu a été formulée dans un langage et une phraséologie conditionnés par telle ou telle époque ». Au contraire, le Christianisme perçoitdans les paroles la Parole, le Logos lui-même, qui fait rayonner son Mystère à travers cette multiplicité et la réalité d’une Histoire humaine. La véritable réponse à une lecture fondamentaliste est la lecture croyante de l’Écriture Sainte, pratiquée depuis l’Antiquité dans la Tradition de l’Église. Celle-ci cherche la vérité qui sauve pour la vie de chaque fidèle et pour l’Église. Cette lecture reconnaît la valeur historique de la Tradition biblique. C’est précisément à cause de cette valeur de témoignage historique que celle-ci veut redécouvrir la signification vivante des Écritures Saintes destinées aussi à la vie du croyant d’aujourd’hui, sans ignorer, donc, la médiation humaine du texte inspiré et ses genres littéraires […].

 

46. Dans la conscience que l’Église a d’être fondée sur le Christ, le Verbe de Dieu fait chair, le Synode a voulu souligner le caractère central des études bibliques dans le dialogue œcuménique en vue de la pleine expression de l’unité de tous les croyants dans le Christ. Dans l’Écriture elle-même, en effet, nous trouvons la prière vibrante de Jésus au Père pour que ses disciples soient un afin que le monde croie (cf. Jn 17, 21). Tout cela nous renforce dans la conviction qu’écouter et méditer ensemble les Écritures nous fait vivre une communion réelle même si elle n’est pas encore pleine ; l’écoute commune des Écritures nous pousse ainsi au dialogue de la charité et fait grandir celui de la vérité. En effet, écouter ensemble la Parole de Dieu, pratiquer laLectio divina de la Bible, se laisser surprendre par la nouveauté, qui jamais ne vieillit ou ne s’épuise, de la Parole de Dieu, dépasser notre surdité sur ces paroles qui ne s’accordent pas avec nos opinions et nos préjugés, écouter et étudier dans la communion avec les croyants de tous les temps : tout cela constitue un chemin à parcourir pour atteindre l’unité de la foi, en tant que réponse à l’écoute de la Parole. Les paroles du Concile Vatican II étaient véritablement éclairantes : « Les Écritures Saintes sont, dans le dialogue [œcuménique] lui-même, des instruments insignes entre les mains puissantes de Dieu pour obtenir cette unité que le Sauveur offre à tous les hommes ». En conséquence, il est bon de développer l’étude, le débat et les célébrations œcuméniques de la Parole de Dieu, dans le respect des règles en vigueur et des diverses traditions. Ces célébrations profitent à la cause de l’œcuménisme et, quand elles sont vécues dans leur sens véritable, elles constituent des moments intenses d’une authentique prière pour demander à Dieu de hâter le jour désiré où nous pourrons tous nous approcher de la même table et boire à l’unique calice. Cependant, dans la juste et louable promotion de ces moments, il faut faire en sorte qu’ils ne soient pas proposés aux fidèles en remplacement de la sainte Messe prévue les jours d’obligation.

 

Dans ce travail d’étude et de prière, nous reconnaissons avec sérénité également les aspects qui demandent à êtres approfondis et sur lesquels nous sommes encore éloignés, comme par exemple la compréhension du sujet qui, dans l’Église, fait autorité pour l’interprétation et le rôle décisif du Magistère.

 

Je voudrais souligner, par ailleurs, ce qu’ont dit les Pères synodaux au sujet de l’importance, dans ce labeur œcuménique, des traductions de la Bible dans les différentes langues. Nous savons en effet que traduire un texte n’est pas une tâche purement mécanique mais fait partie en un certain sens du travail d’interprétation. À ce sujet, le vénérable Jean-Paul II a affirmé : « Ceux qui se rappellent quelle influence les débats autour de l’Écriture ont eue sur les divisions, surtout en Occident, peuvent comprendre l’avancée notable que représentent ces traductions communes ». En ce sens, la promotion des traductions communes de la Bible participe à l’effort œcuménique. Je désire remercier ici tous ceux qui portent cette grande responsabilité et les encourager à poursuivre leur tâche.

 

47. Une autre conséquence qui dérive d’une herméneutique correcte de la foi concerne la nécessité d’en montrer les implications pour la formation exégétique et théologique, en particulier des candidats au sacerdoce. On doit faire en sorte que l’étude de la Sainte Écriture soit véritablement l’âme de la théologie dans la mesure où l’on reconnaît en elle la Parole de Dieu, qui s’adresse aujourd’hui au monde, à l’Église et à chacun personnellement. Il est important que les critères indiqués par le numéro 12 de la Constitution dogmatique Dei Verbum soient effectivement pris en considération et fassent l’objet d’un approfondissement. Qu’on évite de cultiver un concept de recherche scientifique, que l’on voudrait neutre face à l’Écriture. C’est pourquoi, en même temps que l’étude des langues dans lesquelles la Bible a été écrite et des méthodes d’interprétation qui conviennent, il est nécessaire que les étudiants aient une profonde vie spirituelle, de façon à saisir qu’on ne peut comprendre l’Écriture que si on la vit.

 

Dans cette perspective, je recommande que l’étude de la Parole de Dieu, transmise et écrite, ait lieu dans un esprit profondément ecclésial. Dans ce but, qu’on tienne justement compte, dans la formation académique, des interventions du Magistère sur cette thématique, lequel « n’est pas au-dessus de la Parole de Dieu, mais est à son service, n’enseignant que ce qui a été transmis, pour autant que, par mandat divin et avec l’assistance du Saint-Esprit, il écoute cette Parole pieusement, la garde saintement et l’expose fidèlement » (Dei Verbum, n° 10). Il convient donc de veiller à ce que les études se déroulent dans la conviction que « selon le très sage dessein de Dieu, la sainte Tradition, la Sainte Écriture et le Magistère de l’Église sont reliés et associés entre eux de telle façon qu’aucun d’entre eux ne subsiste sans les autres ». Je souhaite donc que, selon l’enseignement duConcile Vatican II, l’étude de l’Écriture Sainte, lue dans la communion de l’Église universelle, soit réellement comme l’âme des études théologiques.

 

48. L’interprétation de la Sainte Écriture demeurerait incomplète si on ne se mettait pas à l’écoute de qui a véritablement vécu la Parole de Dieu, c’est-à-dire les saints. De fait, « viva lectio est vita bonorum » (St Grégoire le Grand). En effet, l’interprétation la plus profonde de l’Écriture vient proprement de ceux qui se sont laissés modeler par la Parole de Dieu, à travers l’écoute, la lecture et la méditation assidue.

 

Ce n’est certainement pas un hasard si les grandes spiritualités qui ont marqué l’Histoire de l’Église sont issues d’une référence explicite à l’Écriture. Je pense par exemple à Saint Antoine abbé, mu par l’écoute des paroles du Christ : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi » (Mt 19, 21). Le cas de Saint Basile le Grand n’est pas moins suggestif, lui qui, dans l’opera Moralia s’interroge : « Qu’est-ce qui est le propre de la foi? C’est la pleine et indubitable certitude de la vérité des paroles inspirées par Dieu […] Qu’est-ce qui est le propre du fidèle? De se conformer avec cette totale certitude à ce qu’expriment les paroles de l’Écriture, et ne pas oser en retrancher ou en ajouter une seule ». Saint Benoît, dans sa Règle, renvoie à l’Écriture en tant que « norme parfaitement droite pour la vie humaine » Saint François d’Assise – écrit Tommaso de Celano – « n’entendant que les disciples du Christ ne devaient posséder ni or, ni argent, ni monnaie, ni prendre de besace, ni pain, ni bâton pour la route, ni avoir de sandales, ni deux tuniques … aussitôt, exultant dans l’Esprit Saint, s’exclama : ‘cela je le veux, cela je le demande, cela je désire le faire de tout mon cœur!’». Sainte Claire d’Assise reprend pleinement à son compte l’expérience de Saint François : « La forme de vie de l’Ordre des Sœurs pauvres (…) est celle-ci : observer le saint Évangile de notre Seigneur Jésus-Christ ». Saint Dominique de Guzman aussi, partout, se présentait comme un homme évangélique, dans ses paroles comme dans ses œuvres et il voulait que tels soient ses frères prédicateurs : des hommes évangéliques. Sainte Thérèse de Jésus, carmélite, qui dans ses écrits recourt continuellement à des images bibliques pour expliquer son expérience mystique, rappelle que Jésus lui-même lui révèle que « tout le mal du monde provient de l’absence de connaissance claire des vérités de l’Écriture Sainte ». Sainte Thérèse-de-l’Enfant-Jésus découvre l’Amour comme sa vocation personnelle en scrutant les Écritures, en particulier les chapitres 12 et 13 de la première Lettre aux Corinthiens ; c’est la même sainte qui décrit la fascination qu’exercent les Écritures : « Je n’ai qu’à jeter les yeux dans le saint Évangile, aussitôt je respire les parfums de la vie de Jésus et je sais de quel côté courir ». Chaque saint représente comme un rayon de lumière qui jaillit de la Parole de Dieu : de même nous pensons à Saint Ignace de Loyola dans sa recherche de la vérité et dans le discernement spirituel ; à Saint Jean Bosco dans sa passion pour l’éducation des jeunes ; à Saint Jean-Marie Vianney dans sa conscience de la grandeur du sacerdoce comme don et devoir ; à Saint Pio de Pietrelcina en tant qu’instrument de la miséricorde divine ; à Saint Josemaría Escrivá dans sa prédication sur l’appel universel à la sainteté ; à la bienheureuse Teresa de Calcutta, missionnaire de la charité de Dieu pour les plus délaissés, et jusqu’aux martyrs du nazisme et du communisme, représentés, d’une part, par Sainte Bénédicte de la Croix (Édith Stein), moniale carmélite, et, d’autre part, par le bienheureux Aloys Stepinac, Cardinal Archevêque de Zagreb.

 

49. La sainteté dans son rapport à la Parole de Dieu s’inscrit ainsi d’une certaine façon dans la tradition prophétique, où la Parole de Dieu prend à son service la vie même du prophète. En ce sens, la sainteté dans l’Église constitue une herméneutique de l’Écriture dont personne ne peut faire abstraction. L’Esprit Saint qui a inspiré les auteurs sacrés est le même qui conduit les saints à donner leur vie pour l’Évangile. Se mettre à leur école représente un chemin sûr pour entreprendre une interprétation vivante et efficace de la Parole de Dieu.

 

De ce lien entre Parole de Dieu et sainteté, nous avons eu un témoignage direct pendant la XIIeAssemblée du Synode, lorsque le12 octobre, sur la place saint Pierre, s’est déroulée la canonisation de quatre nouveaux saints : le prêtre Gaetano Errico, fondateur de la Congrégation des Missionnaires des Sacrés Cœurs de Jésus et Marie ; Mère Maria Bernarda Bütler, née en Suisse et missionnaire en Équateur et en Colombie ; Sœur Alphonsine de l’Immaculée Conception, première sainte canonisée née en Inde ; la jeune laïque équatorienne Narcisa de Jésus Martillo Morán. Par leur vie, ils ont rendu témoignage pour le monde et pour l’Église à la fécondité éternelle de l’Évangile du Christ. Demandons au Seigneur que, par l’intercession de ces saints, canonisés précisément au cours de l’Assemblée synodale sur la Parole de Dieu, notre vie soit cette « bonne terre » sur laquelle le divin Semeur puisse semer la Parole afin qu’elle porte en nous des fruits de sainteté, « trente, soixante, cent pour un » (Mc 4, 20).

 

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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 10:21

Extrait de l’exhortation apostolique post-synodale sur la Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l’Eglise, donnée par Benoît XVI le 30 septembre 2010, en la 6e année de son pontificat.

 

40. Dans la perspective de l’unité des Écritures dans le Christ, il est nécessaire pour les théologiens comme pour les Pasteurs d’être conscients des relations qui existent entre l’Ancien et le Nouveau Testament. Avant tout, il est évident que le Nouveau Testament lui-même reconnaît l’Ancien Testament comme Parole de Dieu et c’est pourquoi il accueille l’autorité des Saintes Écritures du peuple juif. Il le reconnaît implicitement en recourant au même langage et en faisant fréquemment allusion à des passages de ces Écritures. Il le reconnaît explicitement parce qu’il en cite de nombreux extraits et qu’il s’en sert pour argumenter. Une argumentation fondée sur des textes de l’Ancien Testament possède ainsi dans le Nouveau Testament une valeur décisive, supérieure à celle des raisonnements purement humains. Dans le quatrième Évangile, Jésus déclare à ce propos que « l’Écriture ne peut être abolie » (Jn 10, 35) et Saint Paul précise en particulier que la Révélation de l’Ancien Testament continue à valoir pour nous Chrétiens (cf. Rm 15, 4 ; 1 Co 10, 11). En outre, nous affirmons que Jésus de Nazareth était un Juif et que la Terre Sainte est la terre-mère de l’Église. La racine du Christianisme se trouve dans l’Ancien Testament et le Christianisme se nourrit toujours de cette racine. Aussi, la saine doctrine chrétienne a-t-elle toujours refusé toute forme récurrente de marcionisme qui tend, de diverses manières, à opposer l’Ancien et le Nouveau Testament.

 

Par ailleurs, le Nouveau Testament lui-même s’affirme conforme à l’Ancien et proclame que dans le Mystère de la vie, de la mort et de la Résurrection du Christ, les Saintes Écritures du Peuple juif ont trouvé leur parfait accomplissement. Il faut observer cependant que le concept d’accomplissement des Écritures est complexe, parce qu’il possède une triple dimension : un aspect fondamental de continuité avec la Révélation de l’Ancien Testament, un aspect de rupture et un aspect d’accomplissement et de dépassement. Le Mystère du Christ est en continuité d’intention avec le culte sacrificiel de l’Ancien Testament ; il s’est cependant réalisé d’une manière très différente, qui correspond à plusieurs oracles des prophètes, et il a atteint ainsi une perfection jamais obtenue auparavant. L’Ancien Testament, en effet, est plein de tensions entre ses aspects institutionnels et ses aspects prophétiques. Le Mystère pascal du Christ est pleinement conforme – d’une façon qui toutefois était imprévisible – aux prophéties et à l’aspect préfiguratif des Écritures ; néanmoins, il présente des aspects évidents de discontinuité par rapport aux institutions de l’Ancien Testament.

 

41. Ces considérations manifestent ainsi l’importance incontournable de l’Ancien Testament pour les Chrétiens, mais en même temps, mettent en évidence l’originalité de la lecture christologique. Depuis les temps apostoliques et ensuite dans la Tradition vivante, l’Église a mis en lumière l’unité du plan divin dans les deux Testaments grâce à la typologie, laquelle n’a pas un caractère arbitraire mais est intrinsèque aux événements racontés par le texte sacré et concerne par voie de conséquence toute l’Écriture. La typologie « discerne dans les œuvres de Dieu sous l’Ancienne Alliance des préfigurations de ce que Dieu a accompli dans la plénitude des temps, en la personne de son Fils incarné » (CEC n°128). Les Chrétiens lisent donc l’Ancien Testament à la lumière du Christ mort et ressuscité.

 

Si la lecture typologique révèle l’inépuisable contenu de l’Ancien Testament en relation avec le Nouveau, cela ne doit toutefois pas conduire à oublier qu’il conserve sa valeur propre de Révélation que Notre Seigneur lui-même a réaffirmée (cf. Mc 12, 29-31). En conséquence, « le Nouveau Testament demande aussi d’être lu à la lumière de l’Ancien. La catéchèse chrétienne primitive y aura constamment recours (1 Co 5, 6-8 ; 1 Co 10, 1-11) » (CEC n°129). Les Pères synodaux ont pour cette raison affirmé que la compréhension juive de la Bible peut aider les Chrétiens dans l’intelligence et l’étude des Écritures.

 

« Le Nouveau Testament est caché dans l’Ancien et l’Ancien est révélé dans le Nouveau », c’est ainsi qu’avec une profonde sagesse, Saint Augustin s’exprimait sur ce thème. Il est donc important qu’aussi bien dans la pastorale que dans le milieu académique, soit bien mise en évidence la relation intime entre les deux Testaments, en rappelant avec Saint Grégoire-le-Grand que ce que « l’Ancien Testament a promis, le Nouveau Testament l’a fait voir ; ce que celui-là annonçait de façon cachée, celui-ci le proclame ouvertement comme présent. C’est pourquoi l’Ancien Testament est prophétie du Nouveau Testament ; et le meilleur commentaire de l’Ancien Testament est le Nouveau Testament ».

 

42. Dans le contexte de la relation entre l’Ancien et le Nouveau Testament, le Synode a aussi abordé le thème des pages de la Bible qui se révèlent obscures et difficiles en raison de la violence et de l’immoralité qu’elles contiennent parfois. À ce sujet, il faut avant tout tenir compte du fait que la Révélation biblique est profondément enracinée dans l’Histoire. Le dessein de Dieu s’y manifeste progressivement et se réalise lentement à travers des étapes successives, malgré la résistance des hommes. Dieu choisit un peuple et l’éduque avec patience. La Révélation s’adapte au niveau culturel et moral d’époques lointaines et rapporte par conséquent des faits et des usages, par exemple des manœuvres frauduleuses, des interventions violentes, l’extermination de populations, sans en dénoncer explicitement l’immoralité. Cela s’explique par le contexte historique, mais peut surprendre le lecteur moderne, surtout lorsqu’on oublie les nombreux comportements « obscurs » que les hommes ont toujours eus au long des siècles, et cela jusqu’à nos jours. Dans l’Ancien Testament, la prédication des prophètes s’élève vigoureusement contre tout type d’injustice et de violence, collective ou individuelle, et elle est de cette façon l’instrument d’éducation donné par Dieu à son Peuple pour le préparer à l’Évangile. Il serait donc erroné de ne pas considérer ces passages de l’Écriture qui nous apparaissent problématiques. Il faut plutôt être conscient que la lecture de ces pages requiert l’acquisition d’une compétence spécifique, à travers une formation qui lit les textes dans leur contexte historico-littéraire et dans la perspective chrétienne qui a pour ultime clé herméneutique l’Évangile et le Commandement nouveau de Jésus-Christ accompli dans le Mystère pascal. J’exhorte donc les chercheurs et les Pasteurs à aider tous les fidèles à s’approcher aussi de ces pages à travers une lecture qui fasse découvrir leur signification à la lumière du Mystère du Christ.

 

43. En considérant les étroites relations qui lient le Nouveau Testament à l’Ancien, notre attention se porte spontanément sur le lien particulier qui en résulte entre Chrétiens et Juifs, un lien qui ne devrait jamais être oublié. Aux Juifs, le Pape Jean-Paul II a déclaré : vous êtes «‘nos frères préférés’ dans la foi d’Abraham, notre patriarche ». Certes, cette déclaration ne signifie pas une méconnaissance des ruptures affirmées dans le Nouveau Testament à l’égard des institutions de l’Ancien Testament et encore moins, de l’accomplissement des Écritures dans le Mystère de Jésus-Christ, reconnu Messie et Fils de Dieu. Cependant, cette différence profonde et radicale n’implique aucunement une hostilité réciproque. L’exemple de Saint Paul (cf. Rm 9-11) démontre, au contraire, qu’une attitude de respect, d’estime et d’amour pour le Peuple juif est la seule attitude véritablement chrétienne dans cette situation qui fait mystérieusement partie du dessein, totalement positif, de Dieu. Saint Paul, en effet, affirme à propos des Juifs que « le choix de Dieu en a fait des bien-aimés, et c’est à cause de leurs pères. Les dons de Dieu et son appel sont irrévocables » (Rm 11, 28-29).

 

En outre, Saint Paul utilise la belle image de l’olivier pour décrire les relations très étroites entre Chrétiens et Juifs : l’Église des Gentils est comme un rameau d’olivier sauvage, greffé sur l’olivier franc qui est le Peuple de l’Alliance (cf. Rm 11, 17-24). Nous tirons donc notre nourriture des mêmes racines spirituelles. Nous nous rencontrons comme des frères, des frères qui à certains moments de leur Histoire ont eu une relation tendue, mais qui sont maintenant fermement engagés dans la construction de ponts sur la base d’une amitié durable. C’est encore le Pape Jean-Paul II qui disait : « Nous avons beaucoup en commun. Ensemble, nous pouvons faire beaucoup pour la paix, pour la justice et pour un monde plus fraternel et plus humain ».

 

Je désire réaffirmer encore une fois combien le dialogue avec les Juifs est précieux pour l’Église. Il est bon que, là où on en voit l’opportunité, se créent des occasions de rencontre et d’échange, y compris publiques, qui favorisent l’approfondissement de la connaissance mutuelle, de l’estime réciproque et de la collaboration, également dans l’étude des Saintes Écritures.

 

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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 17:09

Extrait de l’exhortation apostolique post-synodale sur la Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l’Eglise, donnée par Benoît XVI le 30 septembre 2010, en la 6e année de son pontificat.

 

36. Je crois que ce qu’a écrit le Pape Jean-Paul II à ce sujet dans l’encyclique Fides et ratio peut contribuer à une compréhension plus complète de l’exégèse et, donc, de son rapport avec toute la théologie. Il affirmait qu’il ne faut pas sous-estimer « le danger inhérent à la volonté de faire découler la vérité de l’Écriture Sainte de l’application d’une méthodologie unique, oubliant la nécessité d’une exégèse plus large qui permet d’accéder, avec toute l’Église, au sens plénier des textes. Ceux qui se consacrent à l’étude des Saintes Écritures doivent toujours avoir présent à l’esprit que les diverses méthodologies herméneutiques ont, elles aussi, à leur base une conception philosophique : il convient de l’examiner avec discernement avant de l’appliquer aux textes sacrés ».

 

Cette réflexion clairvoyante nous permet d’observer comment, dans l’approche herméneutique de la Sainte Écriture, se joue inévitablement le rapport correct entre foi et raison. En effet, l’herméneutique sécularisée de la Sainte Écriture se place comme l’acte d’une raison qui veut structuralement exclure la possibilité que Dieu entre dans la vie des hommes et qu’il parle aux hommes en une parole humaine. Dans ce cas, il est donc nécessaire d’inviter à élargir les espaces de la rationalité elle-même. C’est pourquoi dans l’utilisation des méthodes d’analyse historique, on devra éviter de prendre à son compte, là où ils se présentent, des critères qui, au préalable, se ferment à la Révélation de Dieu dans la vie des hommes. L’unité des deux niveaux du travail d’interprétation de la Sainte Écriture présuppose, en définitive, une harmonie entre la foi et la raison. D’une part, il faut une foi qui, maintenant un rapport adéquat avec la droite raison, ne dégénère jamais en fidéisme, fauteur d’une lecture fondamentaliste de l’Écriture. D’autre part, il faut une raison qui, en recherchant les éléments historiques présents dans la Bible, se montre ouverte et ne refuse pas a priori tout ce qui excède sa propre mesure. Du reste, la religion du Verbe incarné ne pourra que se montrer profondément raisonnable à l’homme qui cherche sincèrement la vérité et le sens ultime de sa vie et de l’Histoire.

 

37. Une écoute renouvelée des Pères de l’Église et de leur approche exégétique contribuera de façon significative à revaloriser une herméneutique adéquate de l’Écriture, comme l’Assemblée synodale l’a affirmé. En effet, les Pères de l’Église nous offrent encore aujourd’hui une théologie de grande valeur parce que centrée sur l’étude de l’Écriture Sainte dans son intégralité ; ils sont d’abord et avant tout des « commentateurs de la Sainte Écriture » (St Augustin). Leur exemple peut enseigner aux exégètes modernes une approche vraiment religieuse de la Sainte Écriture, ainsi qu’une interprétation qui s’en tienne constamment au critère de communion avec l’expérience de l’Église, qui chemine dans l’Histoire sous la conduite de l’Esprit Saint.

 

Ignorant, bien sûr, les ressources d’ordre philologique et historique qui sont à la disposition de l’exégèse moderne, la Tradition patristique et médiévale savait reconnaître les divers sens de l’Écriture en commençant par le sens littéral, celui qui est « signifié par les paroles de l’Écriture et découvert par l’exégèse qui suit les règles de la juste interprétation » (CEC, n°116). Par exemple, Saint Thomas d’Aquin affirme : « tous les sens de la Sainte Écriture se basent sur le sens littéral ». Il est nécessaire, cependant, de rappeler qu’au temps patristique et médiéval, toute forme d’exégèse, y compris littérale, était conduite sur la base de la foi et ne faisait pas nécessairement la distinction entre sens littéral et sens spirituel. Rappelons ici la distinction classique qui établit la relation entre les divers sens de l’Écriture :

« Littera gesta docet, quid credas allegoria,
Moralis quid agas, quo tendas anagogia
.
Le sens littéral enseigne les événements, l’allégorie ce qu’il faut croire,

le sens moral ce qu’il faut faire, l’anagogie vers quoi il faut tendre » (CEC, n° 118).

 

Notons ici l’unité et l’articulation entre sens littéral et sens spirituel, lequel se subdivise en trois sens, avec lesquels sont décrits les contenus de la foi, de la morale et de la tension eschatologique.

 

En définitive, en reconnaissant la valeur et la nécessité, même avec ses limites, de la méthode historico-critique, nous apprenons de l’exégèse patristique qu’on n’est fidèle à l’intentionnalité des textes bibliques que dans la mesure où l’on essaie de retrouver, au cœur de leur formulation, la réalité de foi qu’ils expriment et où l’on relie cette réalité à l’expérience croyante de notre monde. C’est seulement dans cette perspective que l’on peut reconnaître que la Parole de Dieu est vivante et s’adresse à chacun dans l’actualité de sa vie. En ce sens, l’affirmation de la Commission biblique pontificale demeure pleinement valable, qui définit le sens spirituel selon la foi chrétienne comme « le sens exprimé par les textes bibliques lorsqu’on les lit sous l’influence de l’Esprit Saint dans le contexte du Mystère pascal du Christ et de la vie nouvelle qui en résulte. Ce contexte existe effectivement. Le Nouveau Testament y reconnaît l’accomplissement des Écritures. Il est donc normal de relire les Écritures à la lumière de ce nouveau contexte, qui est celui de la vie dans l’Esprit ».

 

38. Dans la saisie de l’articulation entre les différents sens de l’Écriture, il devient alors décisif de comprendre le passage de la lettre à l’esprit. Il ne s’agit pas d’un passage automatique et spontané ; il faut plutôt un dépassement de la lettre : la Parole de Dieu, en effet, n’est jamais simplement présente dans la seule littéralité du texte. Pour l’atteindre, il faut un dépassement et un processus de compréhension qui se laisse guider par le mouvement intérieur de l’ensemble des textes et, à partir de là, doit également devenir un processus vital. Nous découvrons ainsi pourquoi le processus d’interprétation authentique n’est jamais purement intellectuel mais aussi vital, pour lequel est requis une pleine implication dans la vie ecclésiale, en tant que vie « sous la conduite de l’Esprit de Dieu » (Ga 5, 16). De cette façon, les critères mis en évidence par le numéro 12 de la Constitution dogmatique Dei Verbum deviennent plus clairs : un tel dépassement ne peut être réalisé à partir d’un seul fragment littéraire mais en lien avec la totalité de l’Écriture. C’est en effet en direction d’une Parole unique que nous sommes appelés à opérer ce dépassement. Un tel processus comporte un caractère dramatique profond puisque, dans le processus de dépassement, le passage qui s’accomplit dans l’Esprit rencontre inévitablement la liberté de chacun.

 

Saint Paul a pleinement vécu ce passage dans sa propre existence. Ce que signifie le dépassement de la lettre et sa compréhension uniquement à partir du tout, il l’a exprimé de façon radicale dans la phrase : « la lettre tue, mais l’Esprit donne la vie » (2 Co 3, 6). Saint Paul découvre que l’Esprit qui rend libre possède un nom et donc que la liberté a une mesure intérieure: « Le Seigneur, c’est l’Esprit, et là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté » (2 Co 3, 6). L’Esprit qui rend libre ne se réduit pas à l’idée ou à la vision personnelle de celui qui interprète. L’Esprit, c’est le Christ et le Christ est le Seigneur qui nous indique le chemin.

 

Nous savons aussi combien, pour Saint Augustin, ce passage fut à la fois dramatique et libérateur ; il crut aux Écritures, qui lui apparurent dans un premier temps si particulières et en même temps grossières, uniquement grâce à ce dépassement qu’il apprit de Saint Ambroise à travers l’interprétation typologique, selon laquelle tout l’Ancien Testament est un chemin vers Jésus-Christ. Pour Saint Augustin, le dépassement de la lettre a rendu crédible la lettre elle-même et lui a permis de trouver enfin la réponse aux profondes inquiétudes de son âme, assoiffée de la vérité.

 

39. À l’école de la grande Tradition de l’Église, nous apprenons à saisir également dans le passage de la lettre à l’esprit l’unité de toute l’Écriture, puisque unique est la Parole de Dieu qui interpelle notre vie en l’appelant constamment à la conversion. Les expressions d’Hugues de Saint-Victor demeurent un guide sûr pour nous : « Toute l’Écriture divine constitue un Livre unique et ce Livre unique, c’est le Christ, il parle du Christ et trouve dans le Christ son accomplissement ». Envisagé sous l’aspect purement historique ou littéraire, la Bible n’est certainement pas simplement un livre, mais un recueil de textes littéraires, dont la composition s’étend sur plus d’un millénaire et dont chaque livre n’est pas aisément reconnaissable comme faisant partie d’un tout ; il existe au contraire entre ces textes des tensions visibles. Ceci vaut déjà dans la Bible d’Israël que nous, Chrétiens, appelons l’Ancien Testament. Et cela vaut plus encore quand nous, en tant que Chrétiens, relions le Nouveau Testament et ses écrits, presque comme clé herméneutique, avec la Bible d’Israël, l’interprétant comme un chemin vers le Christ. Dans le Nouveau Testament, en général, le terme « l’Écriture » (cf. Rm 4, 3; 1 P 2, 6) n’est pas utilisé, mais plutôt « les Écritures » (cf. Mt 21, 43 ; Jn 5, 39 ; Rm 1, 2 ; 2 P 3, 16), qui, néanmoins, sont ensuite considérées dans leur ensemble comme l’unique Parole de Dieu qui nous est adressée. Il apparaît ainsi clairement comment la personne du Christ donne son unité aux « Écritures » en référence à l’unique « Parole ». Ainsi, on comprend ce qu’affirme le numéro 12 de la Constitution dogmatique Dei Verbum, en indiquant l’unité interne de la Bible comme le critère décisif pour une herméneutique correcte de la foi.

 

 

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