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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 23:00

Discours prononcé par le Pape Benoît XVI à l’Assemblée plénière du Conseil pontifical pour la Culture, le 8 mars 2008.

Je suis heureux de vous accueillir, à l'occasion de l'Assemblée plénière du Conseil pontifical pour la Culture, et je me réjouis du travail que vous accomplissez et, en particulier, du sujet choisi pour cette session :
« L'Eglise et le défi de la sécularisation ». C'est une question fondamentale pour l'avenir de l'humanité et de l'Eglise. La sécularisation, qui souvent se transforme en sécularisme en abandonnant le sens positif de sécularité, met à dure épreuve la vie chrétienne des fidèles et des pasteurs et, durant vos travaux, vous l'avez interprétée et transformée également en un défi providentiel afin de proposer des réponses convaincantes aux questions et aux espérances de l'homme, notre contemporain.

(…) Je vous suis à tous reconnaissant de votre travail efficace qui vise à ce que l'Eglise entre en dialogue avec les mouvements culturels de notre temps, et afin de faire connaître plus largement l'intérêt que le Saint-Siège nourrit pour le vaste monde de la culture dans toute sa diversité. Aujourd'hui plus que jamais, en effet,
l'ouverture réciproque entre les cultures est un terrain privilégié pour le dialogue entre les hommes et les femmes engagés dans la recherche d'un humanisme authentique, au-delà des divergences qui les séparent.

La sécularisation, qui se présente dans les cultures comme une organisation du monde et de l'humanité sans référence à la Transcendance, gagne tous les aspects de la vie quotidienne et développe une mentalité où, de fait, Dieu est absent, entièrement ou en partie, de l'existence et de la conscience humaine. Cette sécularisation n'est pas seulement une menace extérieure pour les croyants, mais elle se manifeste depuis longtemps déjà au sein de l'Eglise elle-même. Elle dénature de l'intérieur et en profondeur la foi chrétienne et, en conséquence, le style de vie et le comportement quotidien des croyants. Ceux-ci vivent dans le monde et sont souvent marqués, sinon conditionnés, par la culture de l'image qui impose ses modèles et ses sollicitations contradictoires, dans la négation concrète de Dieu : on n'a plus besoin de Dieu, de penser à Lui, ou de revenir vers Lui. De plus, la mentalité hédoniste et la culture de la consommation prédominantes favorisent, chez les fidèles comme chez les pasteurs, une dérive vers la superficialité et un égocentrisme qui nuit à la vie ecclésiale.


La "mort de Dieu" annoncée, dans les décennies passées par beaucoup d'intellectuels, cède la place à une culture stérile de l'individu. Dans ce contexte culturel, on risque de tomber dans une atrophie spirituelle et dans un vide du cœur, caractérisés parfois par des formes succédanées d'appartenance religieuse et de vague spiritualisme. Il est plus que jamais urgent de réagir à de telles dérives par le rappel des valeurs les plus élevées de l'existence, qui donnent un sens à la vie et peuvent apaiser l'inquiétude du cœur humain à la recherche du bonheur : la dignité de la personne humaine et sa liberté, l'égalité entre tous les hommes, le sens de la vie et de la mort et de ce qui nous attend au terme de notre existence terrestre.


Dans cette perspective mon prédécesseur, le Serviteur de Dieu Jean-Paul II, conscient des changements radicaux et rapides de la société, rappela avec insistance l'urgence d'aller à la rencontre de l'homme sur le terrain de la culture pour lui transmettre le Message évangélique.
C'est justement pour cela qu'il institua le Conseil pontifical pour la Culture, afin de donner un nouvel élan à l'action de l'Eglise et susciter la rencontre entre l'Evangile et la pluralité des cultures dans les différentes parties du monde (cf. Lettre au Cardinal Casaroli, dans : AAS LXXIV, 6, pp. 683-688). La sensibilité intellectuelle et la charité pastorale du Pape Jean-Paul II le poussèrent à souligner que la révolution industrielle et les découvertes scientifiques ont permis de répondre à des questions qui n'étaient auparavant partiellement résolues que par la religion. La conséquence fut que l'homme contemporain a souvent l'impression de ne plus avoir besoin de personne pour comprendre, expliquer et maîtriser l'univers, il se sent au centre de tout, et la mesure de tout.

Plus récemment, la mondialisation, à travers les nouvelles technologies de l'information, a eu souvent et également comme résultat la diffusion dans toutes les cultures d'éléments matérialistes et individualistes de l'Occident. La formule "Etsi Deus non daretur" devient toujours plus un mode de vie qui tire ses origines dans une sorte de "vanité" de la raison – réalité pourtant créée et aimée par Dieu – qui se considère suffisante à elle-même et se ferme à la contemplation et à la recherche d'une Vérité qui la dépasse. La lumière de la raison, exaltée, mais en réalité appauvrie, par la philosophie des Lumières, se substitue radicalement à la lumière de la foi, à la lumière de Dieu
(cf. Benoît XVI, Allocution que le Pape aurait dû prononcer à l'Université "La Sapienza", du 17 janvier 2008). C'est pourquoi les enjeux que doit affronter la mission de l'Eglise dans ce domaine sont importants.

Tout aussi important est l'engagement du Conseil pontifical pour la Culture en vue d'un dialogue entre science et foi. C'est un débat que l'Eglise attend, mais la communauté scientifique également, et je vous encourage à le poursuivre. Dans ce dialogue, la foi suppose la raison et la perfection, et la raison, éclairée par la foi, trouve la force de s'élever à la connaissance de Dieu et des réalités spirituelles. Dans ce sens, la sécularisation ne favorise pas le but ultime de la science qui est au service de l'homme, "imago dei". Que ce dialogue se poursuive dans la distinction des caractéristiques particulières de la science et de la foi. En effet, chacune a ses propres méthodes, ses domaines, ses objets de recherche, ses finalités et ses limites, et doit respecter et reconnaître à l'autre la possibilité légitime de son exercice autonome selon ses propres principes (cf.
Gaudium et spes, n. 36) ; toutes deux sont appelées à servir l'homme et l'humanité, en favorisant le développement et la croissance intégrale de chacun et de tous.


J'invite surtout les pasteurs du peuple de Dieu à une mission inlassable et généreuse pour affronter, sur le terrain du dialogue et de la rencontre avec les cultures, sur le terrain de l'annonce de l'Evangile et du témoignage, l'inquiétant phénomène de la sécularisation, qui affaiblit la personne et fait obstacle à son désir inné de Vérité tout entière. Puissent les disciples du Christ, grâce au service rendu en particulier par votre dicastère, continuer et annoncer le Christ au sein des cultures, car il est la lumière qui éclaire la raison, l'homme et le monde.



Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI

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30 mai 2009 6 30 /05 /mai /2009 09:16

Homélie du Pape Benoît XVI pour le IIIe anniversaire de la mort de Jean-Paul II, le 2 avril 2008.

Chers frères et sœurs!

La date du 2 avril est restée gravée dans la mémoire de l'Eglise comme le jour du départ de ce monde du serviteur de Dieu le Pape Jean-Paul II. Nous revivons avec émotion les heures de ce samedi soir, lorsque la nouvelle de sa mort fut accueillie par une grande foule en prière qui remplissait la Place Saint-Pierre. Pendant plusieurs jours la Basilique vaticane et cette Place ont véritablement été le cœur du monde. Un fleuve ininterrompu de pèlerins rendit hommage à la dépouille mortelle du vénérable Pape et ses funérailles marquèrent un témoignage supplémentaire de l'estime et de l'affection qu'il avait conquises dans l'âme de très nombreux croyants et de personnes de tous les lieux de la terre.

Comme il y a trois ans, aujourd'hui aussi peu de temps s'est écoulé depuis Pâques. Le cœur de l'Eglise est encore profondément plongé dans le mystère de la Résurrection du Seigneur. En vérité,
nous pouvons lire toute la vie de mon bien-aimé Prédécesseur, en particulier son ministère pétrinien, dans le signe du Christ Ressuscité. Il nourrissait une foi extraordinaire en Lui, et il entretenait avec Lui une conversation profonde, singulière et ininterrompue. Parmi ses nombreuses qualités humaines et surnaturelles, il possédait en effet celle d'une exceptionnelle sensibilité spirituelle et mystique. Il suffisait de l'observer lorsqu'il priait : il se plongeait littéralement en Dieu et il semblait que tout le reste lui était étranger en ces moments. Les célébrations liturgiques le voyaient attentif au mystère-en-acte, avec une profonde capacité de saisir l'éloquence de la Parole de Dieu dans le devenir de l'histoire, au niveau profond du dessein de Dieu. La Messe, comme il l'a souvent répété, était pour lui le centre de chaque journée et de l'existence tout entière. La réalité "vivante et sainte" de l'Eucharistie lui donnait l'énergie spirituelle pour guider le Peuple de Dieu sur le chemin de l'histoire.

Jean-Paul II s'est éteint à la veille du deuxième Dimanche de Pâques, au terme du "jour que le Seigneur a fait". Son agonie s'est déroulée pendant tout ce "jour", dans cet espace-temps nouveau qui est le "huitième jour", voulu par la Très Sainte Trinité à travers l'œuvre du Verbe incarné, mort et ressuscité. Le Pape Jean-Paul II a donné plusieurs fois la preuve, au cours de sa vie, de se trouver déjà plongé d'une certaine manière dans cette dimension spirituelle, en particulier dans l'accomplissement de sa mission de Souverain Pontife.
Son pontificat, dans son ensemble et dans de nombreux moments spécifiques, nous apparaît en effet comme un signe et un témoignage de la Résurrection du Christ. Le dynamisme pascal, qui a fait de l'existence de Jean-Paul II une réponse totale à l'appel du Seigneur, ne pouvait pas s'exprimer sans une participation aux souffrances et à la mort du divin Maître et Rédempteur. "Voici une parole sûre - affirme l'apôtre Paul : Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l'épreuve, avec lui nous régnerons" (2 Tm 2, 11-12). Dès son enfance Karol Wojtyla avait fait l'expérience de la vérité de ces mots, en rencontrant la Croix sur son chemin, dans sa famille et au sein de son peuple. Il décida très vite de la porter avec Jésus, en suivant ses traces. Il voulut être son fidèle serviteur jusqu'à accueillir l'appel au sacerdoce comme le don et l'engagement de toute sa vie. Il vécut avec Lui et il voulut également mourir avec Lui. Et tout cela à travers la singulière médiation de la Très Sainte Vierge Marie, Mère de l'Eglise, Mère du Rédempteur intimement et effectivement associée à son mystère salvifique de mort et de résurrection.

Les lectures bibliques évocatrices qui viennent d'être proclamées nous guident dans cette réflexion : "Soyez sans crainte!" (Mt 28, 5). Les paroles de l'ange de la résurrection, adressées aux femmes près du tombeau vide, que nous venons d'entendre, sont devenues une sorte de devise sur les lèvres du Pape Jean-Paul II, dès le début solennel de son ministère pétrinien. Il les a répétées plusieurs fois à l'Eglise et à l'humanité en marche vers l'an 2000, et ensuite à travers ce seuil historique et encore au-delà, à l'aube du troisième millénaire. Il les a toujours prononcées avec une inflexible fermeté, tout d'abord en brandissant le bâton pastoral qui se terminait par la Croix et ensuite, lorsque ses forces physiques commencèrent à diminuer, en s'accrochant presque à celui-ci, jusqu'au dernier Vendredi Saint, au cours duquel il participa à la Via Crucis dans sa Chapelle privée en serrant la Croix entre ses bras. Nous ne pouvons pas oublier ce dernier témoignage silencieux d'amour pour Jésus. Cette scène éloquente de souffrance humaine et de foi, en ce dernier Vendredi Saint, indiquait aussi aux croyants et au monde le secret de toute la vie chrétienne. Son "N’ayez pas peur " n'était pas fondé sur les forces humaines, ni sur les succès obtenus, mais uniquement sur la Parole de Dieu, sur la Croix et sur la Résurrection du Christ. A mesure qu'il était dépouillé de tout, et même à la fin de la parole, cet acte de confiance au Christ est apparu avec une évidence croissante. Comme ce fut le cas pour Jésus, pour Jean-Paul II aussi les paroles ont laissé place à la fin au sacrifice extrême, au don de soi. Et la mort a été le sceau d'une existence entièrement donnée au Christ, se conformant à Lui également physiquement sous les traits de la souffrance et de l'abandon confiant entre les bras du Père céleste. "Laissez-moi aller au Père" furent ses dernières paroles – dont témoignèrent ceux qui furent proches de lui -, au terme d'une vie entièrement consacrée à connaître et à contempler le visage du Seigneur.

(…) La miséricorde de Dieu – il le dit lui-même – est une clef de lecture privilégiée de son pontificat. Il voulait que le message de l'amour miséricordieux de Dieu atteigne tous les hommes et il exhortait les fidèles à en être les témoins (cf.
Homélie à Cracovie-Lagiewniki, 18 août 2002). C'est pourquoi il voulut élever aux honneurs des autels sœur Faustine Kowalska, humble sœur devenue par un mystérieux dessein divin la messagère prophétique de la divine Miséricorde. Le serviteur de Dieu Jean-Paul II avait connu et vécu personnellement les terribles tragédies du XXe siècle, et il se demanda pendant longtemps ce qui pouvait freiner la montée du mal. La réponse ne pouvait se trouver que dans l'amour de Dieu. Seule la divine Miséricorde est en effet en mesure d'imposer une limite au mal ; seul l'amour tout-puissant de Dieu peut vaincre la violence des méchants et le pouvoir destructeur de l'égoïsme et de la haine. C'est pourquoi, au cours de sa dernière visite en Pologne, revenant dans sa terre natale, il dit : "Il n'y a pas d'autre source d'espérance pour l'homme que la miséricorde de Dieu" (ibid.).

Nous rendons grâce au Seigneur d'avoir donné à l'Eglise ce fidèle et courageux serviteur. Nous louons et nous bénissons la Bienheureuse Vierge Marie pour avoir veillé sans cesse sur sa personne et sur son ministère, au bénéfice du Peuple chrétien et de l'humanité tout entière. Et alors que nous offrons pour son âme élue le Sacrifice rédempteur, nous le prions de continuer à intercéder du Ciel pour chacun de nous, et de manière particulière pour moi que la Providence a appelé à recueillir son inestimable héritage spirituel. Puisse l'Eglise, en suivant ses enseignements et ses exemples, poursuivre fidèlement et sans compromis sa mission évangélisatrice, en diffusant sans se lasser l'amour miséricordieux du Christ, source de paix véritable pour le monde entier. Amen.


Lire le texte intégral de l'homélie du Pape Benoît XVI

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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 18:02

Extrait du discours prononcé par le Pape Benoît XVI au Congrès International "Femme et Homme, l'humanum dans son intégralité", le 9 février 2008.

Chers frères et sœurs,

Je suis très heureux de vous accueillir et de vous saluer, vous qui participez au congrès international sur le thème ; "Femme et homme, l'humanum dans son intégralité", organisé à l'occasion du XX anniversaire de la publication de la Lettre apostolique Mulieris dignitatem (…).

Le thème sur lequel vous réfléchissez est d'une grande actualité : depuis la deuxième moitié du XXe siècle jusqu'à nos jours, le mouvement de valorisation de la femme dans les différentes instances de la vie sociale a suscité d'innombrables réflexions et débats, et a vu se multiplier les initiatives que l'Eglise catholique a suivies et souvent accompagnées avec un grand intérêt.
La relation homme-femme dans leur spécificité respective, leur réciprocité et leur complémentarité, constitue sans aucun doute un point central de la "question anthropologique", particulièrement décisive dans la culture contemporaine et en définitive pour toute culture. De nombreuses interventions et documents pontificaux ont abordé la réalité naissante de la question de la femme. Je me limite à rappeler ceux de mon bien-aimé prédécesseur Jean-Paul II qui, en juin 1995, voulut écrire une Lettre aux femmes, et qui le 15 août 1988, il y a exactement vingt ans, publia la Lettre apostolique Mulieris dignitatem. Ce texte sur la vocation et la dignité de la femme, d'une grande richesse théologique, spirituelle et culturelle, a, à son tour, inspiré la Lettre aux évêques de l'Eglise catholique sur la collaboration de l'homme et de la femme dans l'Eglise et dans le monde, de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.

Dans Mulieris dignitatem, Jean-Paul II a voulu approfondir les vérités anthropologiques fondamentales de l'homme et de la femme, l'égale dignité et l'unité de tous deux, la diversité enracinée et profonde entre l'homme et la femme et leur vocation à la réciprocité et à la complémentarité, à la collaboration et à la communion (cf. n. 6). Cette unité-dualité de l'homme et de la femme se base sur le fondement de la dignité de toute personne, créée à l'image et à la ressemblance de Dieu, qui "les créa homme et femme" (Gn 1, 27), évitant aussi bien une uniformité indistincte et une égalité aplatie et appauvrie qu'une différence abyssale et conflictuelle (cf. Jean-Paul II,
Lettre aux femmes, n. 8). Cette unité-dualité porte en elle, inscrite dans les corps et dans les âmes, la relation avec l'autre, l'amour pour l'autre, la communion interpersonnelle qui indique que "dans la création de l'homme a été inscrite aussi une certaine ressemblance de la communion divine" (n. 7). Par conséquent, lorsque l'homme et la femme prétendent être autonomes et entièrement autosuffisants, ils risquent de s'enfermer dans une autoréalisation qui considère comme une conquête de liberté le dépassement de tout lien naturel, social ou religieux, mais qui de fait les réduit à une solitude opprimante. Pour favoriser et soutenir la réelle promotion de la femme et de l'homme, on ne peut pas ne pas tenir compte de cette réalité.

Nous avons assurément besoin d'une recherche anthropologique renouvelée qui, sur la base de la grande tradition chrétienne, intègre les nouveaux progrès de la science et les données concernant les sensibilités culturelles d'aujourd'hui, contribuant ainsi à approfondir non seulement l'identité féminine mais aussi masculine qui est également souvent l'objet de réflexions partiales et idéologiques. Face à des courants culturels et politiques qui cherchent à éliminer ou au moins à voiler et confondre les différences sexuelles inscrites dans la nature humaine, les considérant une construction culturelle, il est nécessaire de rappeler le dessein de Dieu qui a créé l'être humain homme et femme, avec une unité et dans le même temps une différence originelle et complémentaire. La nature humaine et la dimension culturelle s'intègrent dans un processus ample et complexe qui constitue la formation de l'identité, où les deux dimensions, la dimension féminine et la dimension masculine, correspondent l'une à l'autre et se complètent.

En ouvrant les travaux de la Ve Conférence générale de l'épiscopat latino-américain et des Caraïbes, en mai dernier au Brésil, j'ai eu l'occasion de rappeler combien persiste encore une mentalité machiste, qui ignore la nouveauté du christianisme qui reconnaît et proclame l'égale dignité et responsabilité de la femme par rapport à l'homme. Il y a des lieux et des cultures où la femme est discriminée et sous-évaluée pour le seul fait d'être femme, où l'on a même recours à des arguments religieux et à des pressions familiales, sociales et culturelles pour soutenir la disparité des sexes, où sont perpétrés des actes de violence à l'égard de la femme, faisant d'elle un objet de mauvais traitements et d'exploitation dans la publicité et dans l'industrie de la consommation et du divertissement. Face à des phénomènes aussi graves et persistants, l'engagement des chrétiens apparaît encore plus urgent, afin qu'ils deviennent partout les promoteurs d'une culture qui reconnaisse à la femme, dans le droit et dans la réalité des faits, la dignité qui lui revient.

Dieu confie à la femme et à l'homme, selon leurs spécificités, une vocation et une mission particulière dans l'Eglise et dans le monde. Je pense ici à la famille, communauté d'amour ouverte à la vie, cellule fondamentale de la société. Dans la famille, la femme et l'homme, grâce au don de la maternité et de la paternité, jouent ensemble un rôle irremplaçable à l'égard de la vie. Dès le moment de leur conception, les enfants ont le droit de pouvoir compter sur le père et la mère qui prennent soin d'eux et les accompagnent dans leur croissance. L'Etat, quant à lui, doit soutenir, par des politiques sociales appropriées, tout ce qui promeut la stabilité et l'unité du mariage, la dignité et la responsabilité des conjoints, leur droit et leur devoir irremplaçable d'éducateurs de leurs enfants. Par ailleurs, il est nécessaire que la femme ait également la possibilité de collaborer à la construction de la société, en valorisant son "génie féminin" caractéristique. 


Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI

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24 mai 2009 7 24 /05 /mai /2009 11:35

Extrait de l’Audience Générale du Pape Benoît XVI, du 12 mars 2008.

Chers frères et sœurs,

Je voudrais parler aujourd'hui de deux auteurs ecclésiastiques, Boèce et Cassiodore, qui vécurent pendant les années les plus tourmentées de l'Occident chrétien et, en particulier, de la péninsule italienne. Odoacre, roi des Erules, une ethnie germanique, s'était rebellé, mettant un terme à l'empire romain d'Occident (476), mais avait dû rapidement succomber aux Ostrogoths de Théodoric, qui pendant plusieurs décennies s'assurèrent du contrôle de la péninsule italienne (…).

[L’œuvre assurément la plus célèbre de Boèce] est le De consolatione philosophiae, qu'il rédigea en prison pour donner un sens à sa détention injuste. En effet, il avait été accusé de complot contre le roi Théodoric pour avoir pris la défense d'un ami, le sénateur Albin, lors de son jugement. Mais cela était un prétexte : en réalité Théodoric, arien et barbare, soupçonnait Boèce d'éprouver de la sympathie pour l'empereur byzantin Justinien. De fait, jugé et condamné à mort, il fut exécuté le 23 octobre 524, à 44 ans seulement. Précisément en raison de cette fin dramatique, il peut parler à partir de sa propre expérience à l'homme d'aujourd'hui également, et surtout aux très nombreuses personnes qui subissent le même sort à cause de l'injustice présente dans de nombreux domaines de la "justice humaine". Dans cette œuvre, alors qu'il est en prison, il recherche le réconfort, il recherche la lumière, il recherche la sagesse. Et il dit avoir su distinguer, précisément dans cette situation, entre les biens apparents – en prison ceux-ci disparaissent – et les vrais biens, comme l'amitié authentique, qui même en prison ne disparaissent pas. Le bien le plus élevé est Dieu : Boèce apprit – et il nous l'enseigne – à ne pas tomber dans le fatalisme, qui éteint l'espérance. Il nous enseigne que ce n'est pas le destin qui gouverne, mais la Providence et que celle-ci a un visage. On peut parler avec la Providence, car Dieu est la Providence. Ainsi, même en prison il lui reste la possibilité de la prière, du dialogue avec Celui qui nous sauve. Dans le même temps, même dans cette situation il conserve le sens de la beauté et de la culture et rappelle l'enseignement des grands philosophes antiques grecs et romains, comme Platon, Aristote – il avait commencé à traduire ces grecs en latin –, Cicéron, Sénèque, et également des poètes comme Tibulle et Virgile.

Selon Boèce, la philosophie, au sens de la recherche de la véritable sagesse, est le véritable remède de l'âme (lib. I). D'autre part, l'homme ne peut faire l'expérience du bonheur authentique que dans sa propre intériorité (lib. II). C'est pourquoi Boèce réussit à trouver un sens en pensant à sa tragédie personnelle à la lumière d'un texte sapientiel de l'Ancien Testament (Sg 7, 30-8,1), qu'il cite : "Contre la sagesse le mal ne prévaut pas. Elle s'étend avec force d'un bout du monde à l'autre et elle gouverne l'univers pour son bien" (lib. III, 12:  PL 63, col. 780). La soi-disant prospérité des méchants se révèle donc mensongère (lib. IV), et la nature providentielle de la adversa fortuna est soulignée. Les difficultés de la vie révèlent non seulement combien celle-ci est éphémère et de brève durée, mais elles se démontrent même utiles pour déterminer et conserver les rapports authentiques entre les hommes. L'Adversa fortuna permet en effet de discerner les vrais amis des faux et elle fait comprendre que rien n'est plus précieux pour l'homme qu'une amitié véritable. Accepter de manière fataliste une situation de souffrance est absolument dangereux, ajoute le croyant Boèce, car "cela élimine à la racine la possibilité même de la prière et de l'espérance théologale qui se trouvent à la base de la relation de l'homme avec Dieu" (lib. V, 3:  PL 63, col. 842).

Le discours final du De consolatione philosophiae peut être considéré comme une synthèse de tout l'enseignement que Boèce s'adresse à lui-même et à tous ceux qui pourraient se trouver dans la même situation. Il écrit ainsi en prison :
"Combattez donc les vices, consacrez-vous à une vie vertueuse orientée par l'espérance qui pousse le cœur vers le haut, jusqu'à atteindre le Ciel avec les prières nourries d'humilité. L'imposition que vous avez subie peut se transformer, si vous refusez de mentir, en l'immense avantage d'avoir toujours devant les yeux le juge suprême qui voit et qui sait comment sont vraiment les choses" (lib. V, 6:  PL 63, col. 862). Chaque détenu, quel que soit le motif pour lequel il est en prison, comprend combien cette condition humaine particulière est lourde, notamment lorsqu'elle est aggravée, comme cela arriva à Boèce, par le recours à la torture. Particulièrement absurde est aussi la condition de celui qui, encore comme Boèce – que la ville de Pavie reconnaît et célèbre dans la liturgie comme martyr de la foi –, est torturé à mort sans aucun autre motif que ses propres convictions idéales, politiques et religieuses. Boèce, symbole d'un nombre immense de détenus injustement emprisonnés de tous les temps et de toutes les latitudes, est de fait une porte d'entrée objective à la contemplation du mystérieux Crucifié du Golgotha.

(…) Marc Aurèle Cassiodore, un calabrais né à Squillace vers 485, qui mourut à un âge avancé à Vivarium vers 580, fut un contemporain de Boèce (…).
Les événements historiques ne lui permirent pas de réaliser ses rêves politiques et culturels (…). Ces mêmes événements le convainquirent cependant du caractère providentiel du mouvement monastique, qui s'affirmait dans les terres chrétiennes. Il décida de l'appuyer en lui consacrant toutes ses richesses matérielles et toutes ses forces spirituelles (…).
C'est pourquoi il fonda Vivarium, un monastère dans lequel tout était organisé de manière à ce que le travail intellectuel des moines soit estimé comme très précieux et indispensable. Il disposa que les moines qui n'avaient pas de formation intellectuelle ne devaient pas s'occuper seulement du travail matériel, de l'agriculture, mais également de transcrire des manuscrits et aider ainsi à transmettre la grande culture aux générations futures (…). En citant Jérôme (…), il exhortait ainsi les moines de Vivarium : "Ce n'est pas seulement ceux qui luttent jusqu'à verser leur sang ou qui vivent dans la virginité qui remportent la palme de la victoire, mais également tous ceux qui, avec l'aide de Dieu, l'emportent sur les vices du corps et conservent la rectitude de la foi. Mais pour que vous puissiez, toujours avec l'aide de Dieu, vaincre plus facilement les sollicitations du monde et ses attraits, en restant dans celui-ci comme des pèlerins sans cesse en chemin, cherchez tout d'abord à vous garantir l'aide salutaire suggérée par le premier psaume qui recommande de méditer nuit et jour la loi du Seigneur. En effet, l'ennemi ne trouvera aucune brèche pour vous assaillir si toute votre attention est occupée par le Christ" (De Institutione Divinarum Scripturarum, 32:  PL 69, col. 1147).


Lire le texte intégral de l'Audience Générale du Pape Benoît XVI

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21 mai 2009 4 21 /05 /mai /2009 19:01

Extrait de l’Audience Générale du Pape Benoît XVI du 5 mars 2008.

Chers frères et soeurs,

En poursuivant notre chemin parmi les Pères de l'Eglise, véritables astres qui brillent de loin, nous abordons pendant notre rencontre d'aujourd'hui la figure d'un Pape qui, en 1754, fut proclamé Docteur de l'Eglise par Benoît XIV : il s'agit de Saint Léon le Grand. Comme l'indique l'épithète que la tradition lui attribua très tôt, il fut véritablement l'un des plus grands Papes qui aient honoré le Siège romain, contribuant largement à en renforcer l'autorité et le prestige. Premier Evêque de Rome à porter le nom de Léon, adopté ensuite par douze autres Souverains Pontifes, il est également le premier Pape dont nous soit parvenue la prédication qu'il adressait au peuple qui se rassemblait autour de lui pendant les célébrations. Il est naturel de penser également à lui dans le contexte des actuelles Audiences générales du mercredi, des rendez-vous qui pendant les dernières décennies sont devenus pour l'Evêque de Rome une forme habituelle de rencontre avec les fidèles et avec de nombreux visiteurs de toutes les parties du monde.

Léon était originaire de la région italienne de la Tuscia. Il devint diacre de l'Eglise de Rome autour de l'an 430 et, avec le temps, il acquit au sein de celle-ci une position de grande importance. Ce rôle de premier plan poussa Galla Placidia, qui à cette époque dirigeait l'Empire d'Occident, à l'envoyer en Gaule en 440 pour résoudre une situation difficile. Mais au cours de l'été de cette année, le Pape Sixte III – dont le nom est lié aux magnifiques mosaïques de Sainte-Marie-Majeure – mourut, et ce fut précisément Léon qui lui succéda, recevant la nouvelle alors qu'il accomplissait justement sa mission de paix en Gaule. De retour à Rome, le nouveau Pape fut consacré le 29 septembre 440. C'est ainsi que commença son pontificat, qui dura plus de 21 ans, et qui a été sans aucun doute l'un des plus importants de l'Histoire de l'Eglise. A sa mort, le 10 novembre 461, le Pape fut enterré auprès de la tombe de saint Pierre. Ses reliques sont conservées aujourd'hui encore dans l'un des autels de la Basilique vaticane.

Le Pape Léon vécut à une époque très difficile : la répétition des invasions barbares, le progressif affaiblissement en Occident de l'autorité impériale et une longue crise sociale avaient imposé à l'Evêque de Rome – comme cela devait se produire de manière encore plus forte un siècle et demi plus tard pendant le pontificat de Grégoire le Grand – d'assumer un rôle important également dans les événements civils et politiques. Cela ne manqua pas, bien évidemment, d'accroître l'importance et le prestige du Siège romain. Un épisode de la vie de Léon est en particulier resté célèbre. Il remonte à 452, lorsque le Pape rencontra à Mantoue, avec une délégation romaine, Attila, chef des Huns, et le dissuada de poursuivre la guerre d'invasion par laquelle il avait déjà dévasté les régions du nord-est de l'Italie. Et ainsi sauva-t-il le reste de la péninsule. Cet événement important devint vite mémorable, et il demeure comme le signe emblématique de l'action de paix accomplie par le Pontife. Trois ans plus tard, l'issue d'une autre initiative papale, signe d'un courage qui nous stupéfie encore, ne fut malheureusement pas aussi positive : en effet, au printemps 455 Léon ne réussit pas à empêcher que les Vandales de Genséric, arrivés aux portes de Rome, envahissent la ville sans défense, qui fut mise à sac pendant deux semaines. Toutefois, le geste du Pape – qui, sans défense et uniquement entouré de son clergé, alla à la rencontre de l'envahisseur pour le conjurer de s'arrêter – empêcha au moins que Rome ne soit incendiée et obtint que le terrible sac épargnât les Basiliques Saint-Pierre, Saint-Paul et Saint-Jean, dans lesquelles une partie de la population terrorisée se réfugia.

Nous connaissons bien l'action du Pape Léon, grâce à ses très beaux sermons – nous en conservons près de 100 dans un latin splendide et clair – et grâce à ses lettres, environ 150. Dans ses textes, le Pape apparaît dans toute sa grandeur, tourné vers le service de la vérité dans la charité, à travers un exercice assidu de la parole, qui le montre dans le même temps théologien et pasteur. Léon le Grand, constamment attentif à ses fidèles et au peuple de Rome, mais également à la communion entre les différentes Eglises et à leurs nécessités, fut le défenseur et le promoteur inlassable du primat romain, se présentant comme l'authentique héritier de l'Apôtre Pierre : les nombreux Evêques, en grande partie orientaux, réunis au Concile de Chalcédoine se montrèrent bien conscients de cela.

Se déroulant en 451, avec la participation de 350 Evêques, ce Concile fut la plus importante assemblée célébrée jusqu'alors dans l'histoire de l'Eglise. Chalcédoine représente le point d'arrivée sûr de la christologie des trois Conciles œcuméniques précédents : celui de Nicée de 325, celui de Constantinople de 381 et celui d'Ephèse de 431. Au VIe siècle, ces quatre Conciles, qui résument la foi de l'Eglise des premiers siècles, furent en effet déjà comparés aux quatre Evangiles : c'est ce qu'affirme Grégoire le Grand dans une lettre célèbre (I, 24), dans laquelle il déclare "accueillir et vénérer, comme les quatre livres du saint Evangile, les quatre Conciles", car c'est sur eux – explique encore Grégoire – "comme sur une pierre carrée que s'élève la structure de la sainte foi". Le Concile de Chalcédoine – repoussant l'hérésie d'Eutichios, qui niait la véritable nature humaine du Fils de Dieu – affirma l'union dans son unique Personne, sans confusion ni séparation, des deux natures humaine et divine.

Cette foi en Jésus Christ, vrai Dieu et vrai homme, était affirmée par le Pape dans un important texte doctrinal adressé à l'Evêque de Constantinople, qui s'intitule « Tome à Flavien », qui, lu à Chalcédoine, fut accueilli par les Evêques présents avec une acclamation éloquente, dont la description est conservée dans les actes du Concile : "Pierre a parlé par la bouche de Léon", s'exclamèrent d'une seule voix les Pères conciliaires. C'est en particulier de cette intervention, ainsi que d'autres effectuées au cours de la controverse christologique de ces années-là, qu'il ressort de manière évidente que le Pape ressentait avec une urgence particulière la responsabilité du Successeur de Pierre, dont le rôle est unique dans l'Eglise, car "à un seul apôtre est confié ce qui est communiqué à tous les apôtres", comme affirme Léon dans l'un de ses sermons pour la fête des saints Pierre et Paul (83, 2). Et le Pape sut exercer ces responsabilités, en Occident comme en Orient, en intervenant en diverses circonstances avec prudence, fermeté et lucidité à travers ses écrits et au moyen de ses légats. Il montrait de cette manière que l'exercice du primat romain était alors nécessaire, comme il l'est aujourd'hui, pour servir efficacement la communion, caractéristique de l'unique Eglise du Christ.

(…) Léon le Grand enseigna en particulier à ses fidèles – et aujourd'hui encore ses paroles restent valables pour nous – que la liturgie chrétienne n'est pas le souvenir d'événements passés, mais l'actualisation de réalités invisibles qui agissent dans la vie de chacun. C'est ce qu'il souligne dans un sermon (64, 1-2) à propos de la Pâque, à célébrer à chaque époque de l'année "pas tant comme quelque chose du passé, mais plutôt comme un événement du présent". Tout cela s'inscrit dans un projet précis, insiste le saint Pontife : en effet, de même que le Créateur a animé par le souffle de la vie rationnelle l'homme façonné avec la boue de la terre, après le péché originel, il a envoyé son Fils dans le monde pour restituer à l'homme la dignité perdue et détruire la domination du diable, à travers la vie nouvelle de la grâce.

Tel est le mystère christologique auquel saint Léon le Grand, avec sa lettre au Concile d'Ephèse, a apporté une contribution efficace et essentielle, confirmant pour tous les temps – par l'intermédiaire de ce Concile – ce que dit saint Pierre à Césarée de Philippe. Avec Pierre et comme Pierre, il confesse : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant". Il est donc Dieu et Homme à la fois, "il n'est pas étranger au genre humain, mais étranger au péché" (cf. Serm. 64). Dans la force de cette foi christologique, il fut un grand porteur de paix et d'amour. Il nous montre ainsi le chemin : dans la foi nous apprenons la charité. Nous apprenons donc avec saint Léon le Grand à croire dans le Christ, vrai Dieu et vrai Homme, et à réaliser cette foi chaque jour dans l'action pour la paix et dans l'amour pour le prochain.



Lire le texte intégral de l'Audience Générale du Pape Benoît XVI

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20 mai 2009 3 20 /05 /mai /2009 21:53

Extrait du discours du Pape Benoît XVI devant l’Académie Pontificale de la Vie, le 25 février 2008.

Quand une vie s'éteint, qu'elle soit d'un âge avancé ou au contraire à l'aube d'une existence terrestre, ou dans la pleine fleur de l'âge pour des raisons imprévues, on ne doit pas y voir seulement un processus biologique qui s'épuise, ou une biographie qui s'achève, mais plutôt une nouvelle naissance et une existence renouvelée, offerte par le Ressuscité à qui ne s'est pas opposé à son Amour. Avec la mort, l'existence terrestre trouve sa fin, mais à travers la mort s'ouvre également, pour chacun de nous, au delà du temps, la vie pleine et définitive. Le Seigneur de la vie est présent aux côtés du malade comme Celui qui vit et donne la vie, Celui qui a dit : "Moi, je suis venu pour qu'on ait la vie et qu'on l'ait surabondante." (Jn 10, 10), "Je suis la Résurrection et la Vie. Qui croit en moi, même s'il meurt, vivra" (Jn 11, 25) et "je le ressusciterai au dernier jour" (Jn 6, 54). Dans ce moment solennel et sacré, tous les efforts faits dans l'espérance chrétienne pour nous améliorer ainsi que le monde qui nous est confié, purifiés par la Grâce, trouvent leur sens et s'enrichissent grâce à l'amour de Dieu Créateur et Père. Quand, au moment de la mort, la relation avec Dieu se réalise pleinement dans la rencontre avec Celui qui ne meurt pas, qui est Lui-même la Vie et l'Amour, alors nous sommes dans la vie. Alors "nous vivons" (cf. Benoît XVI, 
Spe Salvi, n. 27). Pour la communauté des croyants, cette rencontre de la personne en fin de vie avec la Source de la Vie et de l'Amour représente un don qui a une valeur pour tous, qui enrichit la communion de tous les fidèles. Comme tel, cela doit retenir l'attention et la participation de la communauté, non seulement de la famille des parents proches, mais, dans les limites et dans les formes possibles, de toute la communauté qui a été liée à la personne mourante. Aucun croyant ne devrait mourir dans la solitude et dans l'abandon. Mère Teresa de Calcutta recueillait avec une attention particulière les pauvres et les personnes abandonnées, pour qu'au moins, au moment de la mort, ils puissent ressentir, dans le réconfort de leurs sœurs et de leurs frères, la chaleur du Père.

Mais ce n'est pas seulement la communauté chrétienne, du fait de ses liens de communion surnaturels particuliers, qui est engagée à accompagner et célébrer en ses membres le mystère de la douleur et de la mort et l'aube de la nouvelle vie. En réalité, c'est toute la société au travers de ses institutions civiles et de santé qui est appelée à respecter la vie et la dignité du malade grave et de la personne en fin de vie. Même si elle a conscience du fait que ce n'est pas la science qui rachète l'homme (cf. Benoît XVI, 
Spe Salvi, n. 26), la société entière et en particulier les secteurs liés à la science médicale sont tenus d'exprimer la solidarité de l'amour, la sauvegarde et le respect de la vie humaine à chaque moment de son développement terrestre, surtout lors de la maladie ou dans la phase terminale de celle-ci. Plus concrètement, il s'agit d'assurer à chaque personne qui en aurait besoin le soutien nécessaire par les thérapies et les interventions médicales appropriées, identifiées et gérées suivant les critères de la proportionnalité médicale, en tenant toujours compte du devoir moral d'administrer (du côté du médecin) et de recevoir (du côté du patient) ces moyens de préservation de la vie qui, dans la situation concrète, résultent "ordinaires". En ce qui concerne, en revanche, les thérapies particulièrement à risques ou qu'il serait prudent de juger "extraordinaires", il faudra considérer comme moralement légitime, mais facultatif, le recours à celles-ci. De plus, il faudra toujours assurer à chaque personne les soins nécessaires qui lui sont dus, ainsi que le soutien aux familles les plus éprouvées par la maladie de l'un des leurs, surtout si elle est grave et prolongée. De même, du côté de la réglementation du travail, on reconnaît habituellement des droits spécifiques aux membres de la famille au moment d'une naissance; de la même manière, et particulièrement dans certaines circonstances, des droits similaires devraient être reconnus aux parents proches au moment de la phase terminale de la maladie d'un de leurs parents. Une société solidaire et humanitaire ne peut pas ne pas tenir compte des conditions difficiles des familles qui, parfois pendant de longues périodes, doivent porter le poids des soins à domicile de malades graves non autonomes. Un plus grand respect pour la vie humaine individuelle passe inévitablement par la solidarité concrète de tous et de chacun, ce qui constitue un des défis les plus urgents de notre temps.

Comme je l'ai rappelé dans l'Encyclique 
Spe Salvi, "la mesure de l'humanité se détermine essentiellement dans son rapport à la souffrance et à celui qui souffre. Cela vaut pour chacun comme pour la société. Une société qui ne réussit pas à accepter les souffrants et qui n'est pas capable de contribuer, par la compassion, à faire en sorte que la souffrance soit partagée et portée aussi intérieurement est une société cruelle et inhumaine" (n. 38). Dans une société complexe, fortement influencée par les dynamiques de la productivité et par les exigences de l'économie, les personnes fragiles et les familles les plus pauvres, dans des moments de difficultés financières ou en cas de maladie, risquent d'être bouleversées. On trouve de plus en plus dans les grandes villes des personnes âgées seules, même dans des moments de grave maladie et à l'approche de la mort. Dans de telles situations, l'euthanasie devient pressante, surtout quand s'insinue une vision utilitariste à l'égard de la personne. A ce propos, je saisis cette occasion de répéter, encore une fois, la ferme et constante condamnation éthique de toute forme d'euthanasie directe, suivant l'enseignement pluriséculaire de l'Eglise.

L'effort synergique de la société civile et de la communauté des croyants doit viser à obtenir que tout le monde puisse non seulement vivre en restant digne et responsable, mais aussi traverser le moment de l'épreuve et de la mort dans la situation la meilleure de fraternité et de solidarité, même là où la mort survient dans une famille pauvre ou sur un lit d'hôpital. L'Eglise, avec ses institutions déjà en place et de nouvelles initiatives, est appelée à offrir le témoignage de la charité active, spécialement envers les situations critiques de personnes non autonomes et privées de soutiens familiaux, et envers les malades graves nécessitant des soins palliatifs, en plus d'une assistance religieuse appropriée. D'une part, la mobilisation spirituelle des communautés paroissiales et diocésaines et, de l'autre, la création ou la qualification des structures dépendantes de l'Eglise, pourront animer et sensibiliser tout le milieu social, pour qu'à chaque homme qui souffre et en particulier au moment de la mort, soit offerte et témoignée la solidarité et la charité. La société, de son côté, ne peut manquer d'assurer le soutien dû aux familles qui envisagent de recueillir chez elles, pour des périodes parfois longues, des malades atteints de pathologies dégénératives (tumorales, neuro-dégénératives, etc.) ou nécessitant une assistance particulièrement lourde. Nous demandons d'une manière particulière le concours de toutes les forces vives et responsables de la société pour ces institutions d'assistance spécifique qui mobilisent un personnel nombreux et spécialisé et des équipements particulièrement onéreux. C'est surtout dans ces domaines que la synergie entre l'Eglise et les Institutions peut se révéler particulièrement précieuse pour assurer l'aide nécessaire à la vie humaine dans ses moments de fragilité.


Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI

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15 mai 2009 5 15 /05 /mai /2009 15:02

Extrait de l’homélie du Pape Benoît XVI, prononcée lors de la veillée pascale du 22 mars 2008.

Chers frères et sœurs,

Dans son discours d’adieu, Jésus a annoncé à ses disciples, par une phrase mystérieuse, sa mort imminente et sa résurrection. Il dit : « Je m’en vais, et je reviens vers vous » (Jn 14, 28). Mourir c’est s’en aller. Même si le corps du défunt demeure encore personnellement, il s’en est allé vers l’inconnu et nous ne pouvons pas le suivre (cf. Jn 13, 36). Mais
dans le cas de Jésus, il y a une nouveauté unique, qui change le monde. Dans notre mort, s’en aller, c’est quelque chose de définitif, il n’y a pas de retour. Jésus, au contraire, dit de sa mort : « Je m’en vais, et je reviens vers vous ». En réalité, dans ce départ, il vient. Son départ inaugure pour lui un mode de présence totalement nouveau et plus grand. Par sa mort il entre dans l’amour du Père. Sa mort est un acte d’amour. Mais l’amour est immortel. C’est pourquoi son départ se transforme en un nouveau retour, en une forme de présence qui parvient plus en profondeur et qui ne finit plus.

Dans sa vie terrestre, Jésus, comme nous tous, était lié aux conditions extérieures de l’existence corporelle : à un lieu déterminé et à un temps donné. La corporéité met des limites à notre existence. Nous ne pouvons pas être en même temps en deux lieux différents. Notre temps est destiné à finir. Et entre le JE et le TU il y a le mur de l’altérité. Bien sûr, dans l’amour nous pouvons d’une certaine façon entrer dans l’existence d’autrui. Cependant, la barrière qui vient du fait que nous sommes différents demeure infranchissable. Au contraire, Jésus, qui est maintenant totalement transformé par l’action de l’amour, est libéré de ces barrières et de ces limites. Il est en mesure de passer non seulement à travers les portes extérieures fermées, comme nous le racontent les Évangiles (cf. Jn 20, 19). Il peut passer à travers la porte intérieure entre le JE et le TU, la porte fermée entre l’hier et l’aujourd’hui, entre le passé et l’avenir (…). Son départ devient un retour dans le mode universel de la présence du Ressuscité, dans lequel il est présent hier, aujourd’hui et pour l’éternité ; dans lequel il embrasse tous les temps et tous les lieux.
Maintenant il peut aussi franchir le mur de l’altérité qui sépare le JE du TU (…).

Chers amis, il apparaît (…) évident que, par le Baptême, les paroles mystérieuses de Jésus au Cénacle se font maintenant de nouveau présentes pour vous.
Dans le Baptême, le Seigneur entre dans votre vie par la porte de votre cœur. Nous ne sommes plus l’un à côté de l’autre ou l’un contre l’autre. Le Seigneur traverse toutes ces portes. Telle est la réalité du Baptême : lui, le Ressuscité, vient, il vient à vous et il associe sa vie à la vôtre, vous tenant dans le feu ouvert de son amour. Vous devenez une unité, oui, UN avec Lui, et de ce fait UN entre vous. Dans un premier temps, cela peut sembler très théorique et peu réaliste. Mais plus vous vivrez la vie de baptisés, plus vous pourrez faire l’expérience de la vérité de ces paroles. Les personnes baptisées et croyantes ne sont jamais vraiment étrangères l’une à l’autre. Des continents, des cultures, des structures sociales ou encore des distances historiques peuvent nous séparer. Mais quand nous nous rencontrons, nous nous connaissons selon le même Seigneur, la même foi, la même espérance, le même amour, qui nous forment. Nous faisons alors l’expérience que le fondement de nos vies est le même. Nous faisons l’expérience que, au plus profond de nous-mêmes, nous sommes ancrés dans la même identité, à partir de laquelle toutes les différences extérieures, aussi grandes qu’elles puissent encore être, se révèlent secondaires. Les croyants ne sont jamais totalement étrangers l’un à l’autre. Nous sommes en communion en raison de notre identité la plus profonde : le Christ en nous. Ainsi la foi est une force de paix et de réconciliation dans le monde : l’éloignement est dépassé ; dans le Seigneur nous sommes devenus proches (cf. Ep 2, 13).

Cette nature profonde du Baptême comme don d’une nouvelle identité est représentée par l’Église dans le sacrement au moyen d’éléments sensibles. L’élément fondamental du Baptême est l’eau ; à côté d’elle, il y a en deuxième lieu la lumière qui, dans la liturgie de la Veillée pascale, jaillit avec une grande efficacité. Jetons seulement un regard sur ces deux éléments.

Dans le dernier chapitre de la Lettre aux Hébreux se trouve une affirmation sur le Christ, dans laquelle l’eau n’apparaît pas directement, mais qui, en raison de son lien avec l’Ancien Testament, laisse cependant transparaître le mystère de l’eau et sa signification symbolique. On y lit : « Le Dieu de la paix a fait remonter d’entre les morts le berger des brebis, Pasteur par excellence, grâce au sang de l’Alliance éternelle » (cf. 13, 20). Dans cette phrase, est évoquée une parole du Livre d’Isaïe, dans laquelle Moïse est qualifié comme le pasteur que le Seigneur a fait sortir de l’eau, de la mer (cf. 63, 11).
Jésus apparaît comme le nouveau Pasteur, le pasteur définitif qui porte à son accomplissement ce que Moïse avait fait : il nous conduit hors des eaux mortifères de la mer, hors des eaux de la mort. Dans ce contexte, nous pouvons nous souvenir que Moïse avait été mis par sa mère dans une corbeille et déposé dans le Nil. Ensuite, par la providence de Dieu, il avait été tiré de l’eau, porté de la mort à la vie, et ainsi – sauvé lui-même des eaux de la mort – il pouvait conduire les autres en les faisant passer à travers la mer de la mort. Pour nous Jésus est descendu dans les eaux obscures de la mort. Mais en vertu de son sang, nous dit la Lettre aux Hébreux, il a été remonté de la mort : son amour s’est uni à celui du Père et ainsi, de la profondeur de la mort, il a pu remonter à la vie. Maintenant il nous élève de la mort à la vraie vie. Oui, c’est ce qui se réalise dans le Baptême : il nous remonte vers lui, il nous attire dans la vraie vie. Il nous conduit à travers la mer souvent si obscure de l’Histoire, où nous sommes fréquemment menacés de sombrer, au milieu des confusions et des dangers. Dans le Baptême, il nous prend comme par la main, il nous conduit sur le chemin qui passe à travers la Mer Rouge de ce temps et il nous introduit dans la vie sans fin, celle qui est vraie et juste. Tenons serrée sa main ! Quoiqu’il arrive ou quel que soit ce que nous rencontrons, n’abandonnons pas sa main ! Nous marchons alors sur le chemin qui conduit à la vie.

En second lieu, il y a le symbole de la lumière et du feu. Grégoire de Tours parle d’un usage qui, ici et là, s’est conservé longtemps, de prendre le feu nouveau pour la célébration de la Veillée pascale directement du soleil, au moyen d’un cristal : on recevait, à nouveau pour ainsi dire, lumière et feu du ciel, pour en allumer ensuite toutes les lumières et les feux de l’année. C’est un symbole de ce que nous célébrons dans la Veillée pascale.
Par son amour, qui a un caractère radical et dans lequel le cœur de Dieu et le cœur de l’homme se sont touchés, Jésus Christ a vraiment pris la lumière du ciel et l’a apportée sur la terre – la lumière de la vérité et le feu de l’amour qui transforment l’être de l’homme. Il a apporté la lumière, et maintenant nous savons qui est Dieu et comment est Dieu. De ce fait, nous savons aussi comment sont les choses qui concernent l’homme ; ce que nous sommes, nous, et dans quel but nous existons. Etre baptisés signifie que le feu de cette lumière est descendu jusqu’au plus intime de nous-mêmes. C’est pourquoi, dans l’Église ancienne, le Baptême était appelé aussi le Sacrement de l’illumination : la lumière de Dieu entre en nous ; nous devenons ainsi nous-mêmes fils de la lumière. Cette lumière de la vérité qui nous indique le chemin, nous ne voulons pas la laisser s’éteindre. Nous voulons la protéger contre toutes les puissances qui veulent l’éteindre pour faire en sorte que nous soyons dans l’obscurité sur Dieu et sur nous-mêmes. De temps en temps, l’obscurité peut sembler commode. Je peux me cacher et passer ma vie à dormir. Cependant, nous ne sommes pas appelés aux ténèbres mais à la lumière. Dans les promesses baptismales, nous allumons, pour ainsi dire, de nouveau cette lumière, année après année : OUI, je crois que le monde et ma vie ne proviennent pas du hasard, mais de la Raison éternelle et de l’Amour éternel, et qu’ils sont créés par le Dieu tout-puissant. OUI, je crois qu’en Jésus Christ, par son incarnation, par sa Croix et sa résurrection, s’est manifesté le Visage de Dieu ; et qu’en Lui Dieu est présent au milieu de nous, qu’il nous unit et nous conduit vers notre but, vers l’Amour éternel. OUI, je crois que l’Esprit Saint nous donne la Parole de vérité et illumine notre cœur ; je crois que dans la communion de l’Église nous devenons tous un seul Corps avec le Seigneur et ainsi nous allons à la rencontre de la résurrection et de la vie éternelle. Le Seigneur nous a donné la lumière de la vérité. Cette lumière est en même temps feu, force qui vient de Dieu, force qui ne détruit pas, mais qui veut transformer nos cœurs, afin que nous devenions vraiment des hommes de Dieu et que sa paix devienne efficace en ce monde.

(…) Nous devons toujours de nouveau faire en sorte que notre cœur soit soustrait à la force de gravité qui le tire vers le bas, et que nous l’élevions intérieurement vers le haut : dans la vérité et l’amour (…).


Lire le texte intégral de l'homélie du Pape Benoît XVI

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13 mai 2009 3 13 /05 /mai /2009 08:26

Extrait du Message pascal Urbi et Orbi du Pape Benoît XVI, le 23 mars 2008.

(…)
La mort et la résurrection du Verbe de Dieu incarné constituent un événement d’amour insurpassable, c’est la victoire de l’Amour qui nous a libérés de l’esclavage du péché et de la mort. Il a changé le cours de l’Histoire, donnant à la vie de l’homme un sens indélébile et renouvelé, ainsi que toute sa valeur.

(…) Grâce à la mort et à la résurrection du Christ, nous aussi aujourd’hui, nous ressuscitons à une vie nouvelle et, unissant notre voix à la sienne, nous proclamons que nous voulons demeurer pour toujours avec Dieu, notre Père infiniment bon et miséricordieux.

Nous entrons ainsi dans la profondeur du mystère pascal. L’événement surprenant de la résurrection de Jésus est essentiellement un événement d’amour :
amour du Père qui livre son Fils pour le salut du monde ; amour du Fils qui s’abandonne à la volonté du Père pour nous tous ; amour de l’Esprit qui ressuscite Jésus d’entre les morts dans son corps transfiguré. Et encore : amour du Père qui « embrasse de nouveau » le Fils, l’enveloppant dans sa gloire ; amour du Fils qui, par la force de l’Esprit, retourne au Père, revêtu de notre humanité transfigurée. De la solennité d’aujourd’hui, qui nous fait revivre l’expérience absolue et particulière de la résurrection de Jésus, nous vient donc un appel à nous convertir à l’Amour ; nous vient une invitation à vivre en refusant la haine et l’égoïsme, et à suivre docilement les traces de l’Agneau immolé pour notre salut, à imiter le Rédempteur « doux et humble de cœur », qui est « repos pour nos âmes » (cf. Mt 11, 29).

Frères et sœurs chrétiens de toutes les parties du monde, hommes et femmes à l’esprit sincèrement ouvert à la vérité ! Que personne ne ferme son cœur à la toute-puissance de cet amour qui rachète ! Jésus Christ est mort et ressuscité pour tous : il est notre espérance ! Espérance véritable pour tout être humain. Aujourd’hui, comme il fit avec ses disciples en Galilée avant de retourner au Père, Jésus ressuscité nous envoie aussi partout comme témoins de son espérance et il nous rassure : Je suis avec vous toujours, tous les jours, jusqu’à la fin du monde (cf. Mt28, 20). Fixant le regard de notre esprit sur les plaies glorieuses de son corps transfiguré, nous pouvons comprendre le sens et la valeur de la souffrance, nous pouvons soulager les nombreuses blessures qui, de nos jours, continuent encore à ensanglanter l’humanité. Dans ses plaies glorieuses nous reconnaissons les signes indélébiles de la miséricorde infinie du Dieu dont parle le prophète : il est celui qui guérit les blessures des cœurs brisés, qui défend les faibles et qui annonce la liberté aux captifs, qui console tous les affligés et leur dispense une huile de joie au lieu du vêtement de deuil, un chant de louange au lieu d’un cœur triste (cf. Is 61, 1.2.3).
Si avec une humble familiarité nous nous approchons de Lui, nous rencontrons dans son regard la réponse à la soif la plus profonde de notre cœur : connaître Dieu et créer avec Lui une relation vitale, dans une authentique communion d’amour qui remplit de son amour même notre existence et nos relations interpersonnelles et sociales.

(…) Chers frères et sœurs ! Laissons-nous illuminer par la lumière éclatante de ce Jour solennel ; ouvrons-nous avec une sincère confiance au Christ ressuscité, pour que la force de renouveau du Mystère pascal se manifeste en chacun de nous, dans nos familles, dans nos villes et dans nos Nations. Qu’elle se manifeste en toutes les parties du monde.



Lire le texte intégral du Message pascal Urbi et Orbi du Pape Benoît XVI

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12 mai 2009 2 12 /05 /mai /2009 12:53

Extrait de la lettre du Pape Benoît XVI au diocèse de Rome sur le devoir urgent de la formation des nouvelles générations, le 21 janvier 2008.

Chers fidèles de Rome,

J'ai pensé m'adresser à vous par cette lettre pour vous parler d'un problème que vous-mêmes ressentez et sur lequel les diverses composantes de notre Eglise sont fortement engagées : le problème de l'éducation. Nous avons tous à cœur le bien des personnes que nous aimons, en particulier de nos enfants, adolescents et jeunes. Nous savons, en effet, que c'est d'eux que dépend l'avenir de notre ville.
Nous ne pouvons donc qu'être attentifs à la formation des nouvelles générations, à leur capacité de s'orienter dans la vie et de discerner le bien du mal, à leur santé non seulement physique, mais aussi morale.

Eduquer n'a toutefois jamais été facile et cela semble devenir encore plus difficile aujourd'hui. Les parents, les enseignants, les prêtres et tous ceux qui exercent des responsabilités éducatives directes le savent bien.
On parle donc d'une grande "urgence éducative" confirmée par les échecs auxquels se heurtent trop souvent nos efforts pour former des personnes solides, capables de collaborer avec les autres et de donner un sens à leur vie. Nous en rejetons alors spontanément la faute sur les nouvelles générations, comme si les enfants qui naissent aujourd'hui étaient différents de ceux qui naissaient jadis. On parle, en outre, d'une "fracture entre les générations", qui existe certes et qui est importante, mais qui est l'effet, plutôt que la cause, du manque de transmission de certitudes et de valeurs.

Devons-nous alors rejeter la faute sur les adultes d'aujourd'hui, qui ne seraient plus capables d'éduquer? La tentation de renoncer est certainement forte, chez les parents et chez les enseignants et, plus généralement, chez les éducateurs, et plus encore le risque de ne pas même comprendre quel est leur rôle ou mieux, la mission qui leur est confiée. En réalité,
ce qui est en question ce sont non seulement les responsabilités personnelles des adultes ou des jeunes, qui existent effectivement et ne doivent pas être cachées, mais aussi une atmosphère diffuse, une mentalité et une forme de culture qui conduisent à douter de la valeur de la personne humaine, de la signification même de la vérité et du bien, en dernier ressort, de la bonté de la vie. Il devient alors difficile de transmettre d'une génération à l'autre quelque chose de valable et de certain, des règles de comportement, des objectifs crédibles autour desquels construire sa vie.

Aussi, chers frères et sœurs de Rome, voudrais-je vous dire une parole très simple. N'ayez pas peur! Toutes ces difficultés, en effet, ne sont pas insurmontables. Elles sont plutôt, pour ainsi dire, le revers de la médaille du grand et précieux don qu'est notre liberté, avec la responsabilité qui précisément l'accompagne.
A la différence de ce qui se produit dans le domaine technique ou économique, où les progrès d'aujourd'hui peuvent s'ajouter à ceux du passé, dans le cadre de la formation et de la croissance morale des personnes une telle possibilité d'accumulation n'existe pas, car la liberté de l'homme est toujours nouvelle et donc chaque personne et chaque génération doit prendre à nouveau et personnellement ses décisions. Même les plus grandes valeurs du passé ne peuvent pas être transmises en héritage ; elles doivent, de fait, être faites nôtres et renouvelées à travers un choix personnel souvent laborieux.

Toutefois, quand les fondations sont ébranlées ou quand les certitudes essentielles font défaut, le besoin de ces valeurs recommence à se faire sentir de façon urgente : ainsi, concrètement, la demande d'une éducation qui soit une réelle éducation, augmente aujourd'hui. Les parents, préoccupés et souvent angoissés pour l'avenir de leurs enfants, la demandent ; beaucoup d'enseignants, qui vivent la triste expérience de la dégradation de leurs écoles, la demandent ; la société dans son ensemble, qui voit mettre en doute les bases mêmes de la coexistence, la demande ; les enfants et les jeunes, qui ne veulent pas être laissés seuls face aux défis de la vie, la demandent au plus profond d'eux-mêmes. Par ailleurs, celui qui croit en Jésus Christ a une autre raison, plus forte encore, de ne pas avoir peur : il sait, en effet, que Dieu ne nous abandonne pas, que son Amour nous atteint là où nous sommes et tels que nous sommes, avec nos pauvretés et nos faiblesses, pour nous offrir une nouvelle possibilité de bien.

Chers frères et sœurs, pour rendre plus concrètes mes réflexions, il peut être utile de discerner quelques exigences communes d'une éducation authentique. Elle a besoin avant tout de cette proximité et de cette confiance qui naissent de l'amour ; je pense à l'expérience première et fondamentale de l'amour que font, ou du moins devraient faire, les enfants avec leurs parents. Mais tout éducateur véritable sait que pour éduquer il doit donner quelque chose de lui-même et qu'ainsi seulement il peut aider ses élèves à surmonter leurs égoïsmes et à devenir, à leur tour, capables d'un amour authentique.

Chez le petit enfant déjà, il existe un grand désir de savoir et de comprendre qui se manifeste dans ses questions et ses demandes d'explications incessantes.
Une éducation qui se limiterait à fournir des notions et des informations, mais qui laisserait de côté la grande question concernant la Vérité, surtout cette Vérité qui peut servir de guide dans notre vie, serait une bien pauvre éducation.

La souffrance aussi fait partie de la vérité de notre vie. Par conséquent, en cherchant à tenir les plus jeunes à l'écart de toute difficulté et expérience de la douleur, nous risquons de faire grandir, malgré nos bonnes intentions, des personnes fragiles et peu généreuses : la capacité d'aimer correspond, de fait, à la capacité de souffrir et de souffrir ensemble.

Nous en arrivons ainsi, chers amis de Rome, au point sans doute le plus délicat de l'œuvre éducative : trouver un juste équilibre entre la liberté et la discipline. Sans règles de comportement et de vie, mises en évidence jour après jour jusque dans les petites choses, on ne forme pas le caractère et on n'est pas préparé à affronter les épreuves qui ne manqueront pas à l'avenir.
Cependant, la relation éducative est avant tout la rencontre de deux libertés et l'éducation bien réussie est une formation au bon usage de la liberté. Au fur et à mesure que l'enfant grandit, il devient un adolescent, puis un jeune ; nous devons donc accepter le risque de la liberté, en demeurant toujours prêts à l'aider à corriger des idées et des choix erronés. En revanche, ce que nous ne devons jamais faire, c'est de le seconder dans les erreurs, faire semblant de ne pas voir, ou pire de les partager, comme si elles étaient les frontières du progrès humain.

L'éducation ne peut donc pas se passer de cette autorité morale qui rend crédible l'exercice des rapports d'autorité. Elle est le fruit de l'expérience et de la compétence, mais s'acquiert surtout par la cohérence de sa propre vie et par l'implication personnelle, expression de l'amour véritable. L'éducateur est donc un témoin de la vérité et du bien : certes, il est fragile lui aussi et peut se tromper, mais il cherchera toujours à être en harmonie avec sa mission.

(…) Je voudrais enfin vous soumettre une pensée que j'ai développée dans la récente Lettre encyclique Spe Salvi sur l'espérance chrétienne : seule une espérance fiable peut être l'âme de l'éducation, comme de la vie tout entière. Aujourd'hui notre espérance est assiégée de toutes parts et nous risquons de redevenir nous aussi, comme les païens d'autrefois, des hommes "sans espérance et sans Dieu dans ce monde", comme l'écrivait l'Apôtre Paul aux chrétiens d'Ephèse (Ep 2, 12). C'est ici précisément que naît la difficulté peut-être la plus profonde pour une véritable œuvre éducative : à la racine de la crise de l'éducation se trouve, en effet, une crise de confiance dans la vie.

Je ne peux donc pas terminer cette lettre sans une chaleureuse invitation à placer en Dieu notre espérance. Lui seul est l'espérance qui résiste à toutes les déceptions ; seul son Amour ne peut pas être détruit par la mort ; seules sa Justice et sa Miséricorde peuvent panser les injustices et récompenser les souffrances subies.
L'espérance qui s'adresse à Dieu n'est jamais une espérance pour moi seul, c'est toujours aussi une espérance pour les autres : elle ne nous isole pas, mais nous rend solidaires dans le bien, nous stimule à nous éduquer réciproquement à la vérité et à l'amour. 


Lire le texte intégral de la Lettre du Pape Benoît XVI
 

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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 13:11

Extrait de l’Audience Générale du Pape Benoît XVI, du 26 mars 2008.

Chers frères et soeurs!

"Et resurrexit tertia die secundum Scripturas – il ressuscita le troisième jour conformément aux Ecritures".

Chaque dimanche, avec le Credo, nous renouvelons notre profession de foi dans la résurrection du Christ, événement surprenant qui constitue la clé de voûte du christianisme. Dans l'Eglise tout peut être compris à partir de ce grand mystère, qui a changé le cours de l'Histoire et qui est mis en acte dans toute célébration eucharistique. Il existe toutefois un temps liturgique où cette réalité centrale de la foi chrétienne, dans sa richesse doctrinale et son inépuisable vitalité, est proposée aux fidèles de manière plus intense, parce que plus ils la redécouvrent, plus fidèlement ils la vivent : le temps de Pâques. Chaque année, lors du "Très Saint Triduum du Christ crucifié, mort et ressuscité", comme l'appelle saint Augustin, l'Eglise parcourt à nouveau, dans un climat de prière et de pénitence, les étapes conclusives de la vie terrestre de Jésus : sa condamnation à mort, la montée du Calvaire en portant la croix, son sacrifice pour notre salut, sa déposition au sépulcre. Le "troisième jour", ensuite, l'Eglise revit sa résurrection : c'est la Pâque, le passage de Jésus de la mort à la vie, où s'accomplissent en plénitude les antiques prophéties. Toute la liturgie du temps de Pâques chante la certitude et la joie de la résurrection du Christ.

Chers frères et sœurs, nous devons constamment renouveler notre adhésion au Christ mort et ressuscité pour nous : sa Pâque est aussi notre Pâque, parce que dans le Christ ressuscité nous est donnée la certitude de notre résurrection. La nouvelle de sa résurrection des morts ne vieillit pas et Jésus est toujours vivant et son Evangile est vivant. "La foi des chrétiens – observe saint Augustin – est la résurrection du Christ". Les Actes des Apôtres l'expliquent clairement : "Dieu a donné à tous les hommes une garantie sur Jésus en le ressuscitant des morts" (cf. 17, 31). En effet, sa mort n'était pas suffisante pour démontrer que Jésus est vraiment le Fils de Dieu, le Messie attendu. Au cours de l'Histoire, combien ont consacré leur vie à une cause qu'ils estimaient juste et sont morts! Et morts ils sont restés! La mort du Seigneur démontre l'immense amour avec lequel Il nous a aimés jusqu'à se sacrifier pour nous ; mais seule sa résurrection est la "garantie", est la certitude que ce qu'Il affirme est la vérité qui vaut aussi pour nous, pour tous les temps. En le ressuscitant, le Père l'a glorifié. Saint Paul écrit ainsi dans la Lettre aux Romains : "Si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton cœur croit que Dieu l'a ressuscité des morts, tu seras sauvé" (10, 9).

Il est important de répéter cette vérité fondamentale de notre foi, dont la vérité historique est amplement documentée, même si aujourd'hui, comme par le passé, nombreux sont ceux qui, de diverses manières, la remettent en doute voire la nie. L'affaiblissement de la foi dans la résurrection du Christ fragilise par conséquent le témoignage des croyants. En effet, si, dans l'Eglise, la foi dans la résurrection vient à manquer, tout s'arrête, tout se défait. Au contraire, l'adhésion du cœur et de l'esprit au Christ mort et ressuscité change la vie et illumine toute l'existence des personnes et des peuples. N'est-ce donc pas la certitude que le Christ est ressuscité qui donne le courage, l'audace prophétique et la persévérance aux martyrs de tous les temps? N'est-ce pas la rencontre avec Jésus vivant qui convertit et qui fascine tant d'hommes et de femmes, qui depuis les origines du christianisme continuent à tout abandonner pour le suivre et mettre leur vie au service de l'Evangile? "Si le Christ n'est pas ressuscité, disait l'Apôtre Paul, vide alors est notre message, vide aussi votre foi" (1 Co 15, 14).

Mais il est ressuscité!

L'annonce que nous réécoutons sans cesse ces derniers jours est précisément celle-ci : Jésus est ressuscité, il est le Vivant et nous pouvons le rencontrer.
Comme le rencontrèrent les femmes qui, au matin du troisième jour, après le jour du sabbat, s'étaient rendues au sépulcre ; comme le rencontrèrent les disciples, surpris et bouleversés par ce que leur avait rapporté les femmes ; comme le rencontrèrent beaucoup d'autres témoins dans les jours qui suivirent sa résurrection. Et, même après son Ascension, Jésus a continué à demeurer présent parmi ses amis comme du reste il l'avait promis : "Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu'à la fin du monde" (Mt 28, 20). Le Seigneur est avec nous, avec son Eglise, jusqu'à la fin des temps. Eclairés par l'Esprit Saint, les membres de l'Eglise primitive ont commencé à proclamer l'annonce pascale ouvertement et sans peur. Et cette annonce, transmise de génération en génération, est arrivé jusqu'à nous et résonne chaque année à Pâques avec une puissance toujours nouvelle.

Tout particulièrement en cette octave de Pâques, la liturgie nous invite à rencontrer personnellement le Ressuscité et à reconnaître son action vivifiante dans les événements de l'histoire et de notre vie quotidienne (…).

Au cours de toute l'année liturgique, en particulier lors de la Semaine Sainte et de la Semaine de Pâques, le Seigneur est en chemin avec nous et nous explique les Ecritures, il nous fait comprendre ce mystère : tout parle de Lui. Et cela devrait également réchauffer nos cœurs, afin que nos yeux aussi puissent s'ouvrir. Le Seigneur est avec nous, il nous montre la vraie voie. Comme les deux disciples d’Emmaüs reconnurent Jésus lorsqu'il rompit le pain, de même aujourd'hui, dans le partage du pain, nous reconnaissons sa présence. Les disciples d'Emmaüs le reconnurent et se rappelèrent les moments où Jésus avait rompu le pain. Et ce partage du pain nous fait penser précisément à la première Eucharistie célébrée dans le contexte de la Dernière Cène, où Jésus rompit le pain et annonça ainsi sa mort et sa résurrection, faisant don de lui-même aux disciples. Jésus rompt le pain avec nous également et pour nous, il est présent avec nous dans l'Eucharistie, il nous fait don de lui-même et ouvre nos cœurs. Dans l'Eucharistie, dans la rencontre avec sa Parole, nous pouvons nous aussi rencontrer et connaître Jésus, dans ce double banquet de la Parole et du Pain et du Vin consacrés. Chaque dimanche, la communauté revit ainsi la Pâque du Seigneur et reçoit du Sauveur son testament d'amour et de service fraternel.

Chers frères et sœurs, la joie de ces derniers jours rend plus forte encore notre fidèle adhésion au Christ crucifié et ressuscité. Avant tout, laissons-nous conquérir par la fascination de sa résurrection. Que Marie nous aide à être des messagers de la lumière et de la joie de la Pâque pour tant de nos frères.



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