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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 11:35

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VOYAGE APOSTOLIQUE DU PAPE BENOÎT XVI AU ROYAUME UNI – Homélie du Saint Père prononcée en la cathédrale de Westminster, lors de la Messe votive du Très Précieux Sang de Jésus-Christ – auquel est dédiée la cathédrale –, le 18 septembre 2010.

 

UK Cathédrale Westminster

 

Chers amis dans le Christ,

 

C’est avec joie que je vous salue tous dans le Seigneur, et je vous remercie de votre accueil chaleureux. […]. Véritablement, en cette rencontre du Successeur de Pierre et des fidèles de Grande-Bretagne, « le coeur parle au coeur » tandis que nous sommes dans la joie pour l’amour du Christ et pour notre profession commune de la foi catholique qui nous vient des Apôtres. Je suis particulièrement heureux que notre rencontre ait lieu en cette cathédrale, consacrée au Très Précieux Sang qui est le signe de la miséricorde rédemptrice de Dieu répandue sur le monde à travers la Passion, la mort et la résurrection de son Fils, notre Seigneur Jésus Christ […].

 

Qui visite cette cathédrale ne peut qu’être frappé par le grand crucifix dominant la nef. Il représente le Corps du Christ, brisé par la souffrance, accablé de chagrin, victime innocente dont la mort nous a réconciliés avec le Père et nous a permis de prendre part à la vie même de Dieu. Les bras tendus du Seigneur semblent embrasser l’église entière, élevant vers le Père tous les rangs des fidèles qui se rassemblent autour de l’autel du sacrifice eucharistique et en reçoivent les fruits. Le Crucifié se tient à la fois au-dessus de nous et face à nous comme la source de notre vie et de notre Salut, « grand prêtre des biens à venir », comme l’appelle l’auteur de la Lettre aux Hébreux dans la première Lecture de ce jour (Hb 9, 11).

 

C’est à l’ombre, pour ainsi dire, de cette impressionnante représentation, que je voudrais revenir sur la Parole de Dieu, qui a été proclamée parmi nous et réfléchir sur le mystère du précieux Sang. Ce mystère nous amène à considérer l’unité existant entre le sacrifice du Christ sur la Croix, le sacrifice eucharistique qu’il a offert à son Église, et son sacerdoce éternel, par lequel, assis à la droite du Père, il intercède sans cesse pour nous qui sommes les membres de son Corps mystique.

 

Commençons par le sacrifice de la Croix. Le Sang du Christ répandu est la source de la vie de l’Église. Comme vous le savez, Saint Jean voit dans l’eau et dans le sang qui jaillissent du Corps du Christ, la source de cette vie divine qui nous est donnée par l’Esprit Saint et qui nous est communiquée dans les sacrements (Jn 19, 34 ; Cf. 1 Jn1, 7 ; 5, 6-7). La Lettre aux Hébreux tire, pourrions-nous dire, les implications liturgiques de ce mystère. Par sa souffrance et par sa mort, par l’offrande de lui-même dans l’Esprit éternel, Jésus est devenu notre Grand Prêtre et « le médiateur d’une nouvelle alliance » (Hb 9,15). Ces mots sont l’écho des propres paroles du Seigneur à la Dernière Cène, quand il institua l’Eucharistie comme le sacrement de son Corps, livré pour nous, et de son Sang, le Sang de la nouvelle et éternelle alliance répandu pour une multitude en rémission des péchés (Cf. Mc 14, 24 ; Mt 26, 28 ; Lc 22, 20).

 

Fidèle au commandement du Christ : « Faites ceci en mémoire de moi » (Lc 22, 19), l’Église, en tout temps et en tout lieu, célèbre l’Eucharistie jusqu’à ce que le Seigneur revienne dans la gloire, exultant en sa présence sacramentelle et puisant dans la puissance de son sacrifice salvifique pour la rédemption du monde. La réalité du sacrifice eucharistique a toujours été au cœur de la foi catholique ; remise en question au 16e siècle, elle a été réaffirmée au Concile de Trente dans le contexte de notre justification dans le Christ. Ici, en Angleterre, comme nous le savons bien, beaucoup ont défendu la Messe avec ferveur, souvent à grand prix, donnant lieu à cette dévotion pour la Très Sainte Eucharistie qui a été une caractéristique du Catholicisme sur ces terres.

 

Le sacrifice eucharistique du Corps et du Sang du Christ embrasse à son tour le mystère de la Passion de Notre Seigneur qui se prolonge dans les membres de son Corps mystique, l’Église de tous les temps. Ici, le grand crucifix qui est au-dessus de nous, nous rappelle que le Christ, notre Grand Prêtre éternel, unit chaque jour nos propres sacrifices, nos propres souffrances, nos propres nécessités, nos espérances et nos aspirations, aux mérites infinis de son sacrifice. À travers lui, avec lui, et en lui, nous offrons nos propres corps en sacrifice saint et agréable à Dieu (Cf. Rm 12, 1). En ce sens, nous sommes pris dans son éternelle oblation et nous complétons dans notre chair, comme le dit Saint Paul, ce qui manque aux souffrances du Christ pour son Corps, qui est l’Église (cf. Col 1, 24). Dans la vie de l’Église, dans ses épreuves et dans ses vicissitudes, le Christ continue, selon l’expression radicale de Pascal, d’être en agonie jusqu’à la fin du monde (Pensées, 553, éd. Brunschvicg).

 

Cet aspect du mystère du précieux sang du Christ est rendu présent de façon très éloquente, par les martyrs de tout temps, qui ont bu à la coupe à laquelle le Christ lui-même a bu, et dont le sang, versé en union avec le sacrifice du Seigneur, apporte une vie nouvelle à l’Église. Il se reflète aussi dans nos frères et sœurs du monde entier qui, aujourd’hui encore, subissent discrimination et persécution à cause de leur foi chrétienne. De même, il est encore présent, souvent de façon cachée, dans la souffrance de tous ces Chrétiens qui unissent chaque jour leurs sacrifices à ceux du Seigneur pour la sanctification de l’Église et la Rédemption du monde. Ma pensée va tout spécialement vers tous ceux qui sont spirituellement unis à cette célébration eucharistique, et, en particulier, vers les malades, les personnes âgées, les personnes handicapées et tous ceux qui souffrent mentalement et spirituellement.

 

De nouveau, je pense à l’immense souffrance provoquée par les abus commis sur les enfants, spécialement au sein de l’Église et par ses ministres. J’exprime avant tout ma profonde affliction aux victimes innocentes de ces crimes innommables, espérant que la puissance de la grâce du Christ et son sacrifice de réconciliation leur apporteront une profonde guérison et la paix. Je reconnais aussi, avec vous, la honte et l’humiliation dont nous avons tous souffert à cause de ces péchés ; et je vous invite à les offrir au Seigneur, sûrs que le châtiment contribuera à la guérison des victimes, à la purification de l’Église et à un renouveau de son engagement séculaire dans l’éducation et dans la sollicitude pour les jeunes. J’exprime ma gratitude pour les efforts qui ont été faits afin de traiter ce problème de manière responsable, et je demande à chacun d’entre vous d’apporter votre soutien aux victimes et d’être solidaires de vos prêtres.

 

Chers amis, revenons à la contemplation du grand crucifix qui s’élève au-dessus de nous. Les bras de notre Seigneur, étendus sur la Croix, nous invitent également à considérer notre participation à son sacerdoce éternel et, donc, la responsabilité qui nous incombe, en tant que membres de son Corps, d’apporter la puissance réconciliatrice de son sacrifice au monde dans lequel nous vivons. Le Concile Vatican II a parlé de façon significative du rôle indispensable des laïcs dans la mission de l’Église. En s’efforçant d’être ferment de l’Évangile dans la société, ils contribuent à l’avènement du Royaume de Dieu dans le monde (cf. Lumen Gentium, 31 ; Apostolicam Actuositatem, 7). L’appel lancé par le Concile aux fidèles laïcs à prendre leur part à la mission du Christ se fait l’écho des intuitions et des enseignements de John Henry Newman. Que les profondes réflexions de cet Anglais éminent continuent d’inspirer tous les disciples du Christ de ce pays pour qu’ils conforment leurs pensées, leurs paroles et leurs actions au Christ, et travaillent résolument à défendre ces vérités morales immuables qui, reprises, éclairées et confirmées par l’Évangile, sont à la base d’une société vraiment humaine, juste et libre.

 

Comme notre société contemporaine a besoin de ce témoignage ! Comme nous avons besoin, dans l’Église et dans la société, de témoins de la beauté de la sainteté, de témoins de la splendeur de la vérité, de témoins de la joie et de la liberté, fruits d’une relation vivante avec le Christ ! L’un des plus grands défis de notre époque est de savoir comment parler avec conviction de la sagesse et de la puissance libératrice de la Parole de Dieu à un monde qui considère trop souvent l’Évangile comme une limitation de la liberté humaine, et non comme la vérité qui libère nos esprits et éclaire nos efforts pour mener une vie raisonnable et droite, à la fois comme individus et comme membres de la société.

 

Prions donc pour que les Catholiques de ce pays soient toujours plus conscients de leur dignité de peuple sacerdotal, appelé à consacrer le monde à Dieu par une vie de foi et de sainteté. Et que ce zèle apostolique croissant soit accompagné d’un jaillissement de prière fervente pour les vocations au sacerdoce ordonné. Car plus l’apostolat des laïcs se développe, plus pressant se fait sentir le besoin de prêtres, et plus les laïcs approfondissent le sens de leur propre vocation, plus le caractère propre du prêtre est mis en évidence. Puissent de nombreux jeunes gens, dans ce pays, trouver la force de répondre à l’appel du Maître au sacerdoce ministériel, en consacrant à Dieu leurs vies, leurs énergies et leurs talents, et ainsi édifier son peuple dans l’unité et dans la fidélité à l’Évangile, en particulier à travers la célébration du sacrifice eucharistique !

 

Chers amis, dans cette Cathédrale du Très Précieux Sang, je vous invite encore une fois à tourner vos regards vers le Christ, qui nous guide dans notre foi et la mène à la perfection (Cf. Hb 12, 2). Je vous demande de vous unir toujours plus pleinement au Seigneur, partageant son sacrifice sur la Croix et lui offrant ce « culte spirituel » (Rm 12,1) qui embrasse tous les aspects de nos vies et qui trouve son expression dans nos efforts pour contribuer à l’avènement de son Royaume. Je prie afin qu’en agissant ainsi vous puissiez rejoindre les rangs des fidèles croyants qui, tout au long de l’histoire chrétienne de ce pays, ont œuvré pour la construction d’une société vraiment digne de l’homme, digne de vos traditions les plus grandes.

 

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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 13:51

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VOYAGE APOSTOLIQUE DU PAPE BENOÎT XVI AU ROYAUME UNI – Discours du Saint Père à l’abbaye de Westminster, à l’occasion de la célébration œcuménique des vêpres, le 17 septembre 2010.

 

Chers amis dans le Christ,

 

Je remercie le Seigneur de cette occasion de vous rencontrer, vous qui représentez les confessions chrétiennes présentes en Grande-Bretagne, dans cette magnifique église abbatiale dédiée à Saint Pierre, dont l’architecture et l’Histoire évoquent avec tant d’éloquence le patrimoine commun de notre foi. Ici, nous ne pouvons que nous souvenir avec admiration de la façon dont la foi chrétienne a influencé l’unité et la culture de l’Europe ainsi que le cœur et l’esprit du peuple anglais. Ici aussi, il nous est rappelé avec force que ce que nous partageons, dans le Christ, est plus grand que ce qui continue de nous diviser.

 

[…] Je remercie le Seigneur de me permettre, comme Successeur de Saint Pierre sur le Siège de Rome, d’accomplir ce pèlerinage sur la tombe de Saint Édouard le Confesseur. Édouard, Roi d’Angleterre, demeure un modèle de témoignage chrétien et un exemple de cette vraie grandeur à laquelle le Seigneur appelle ses disciples selon les Écritures que nous venons juste d’entendre : la grandeur d’une humilité et d’une obéissance fondées sur l’exemple même du Christ (cf. Ph 2, 6-8), la grandeur d’une fidélité qui n’hésite pas à embrasser le mystère de la Croix avec un amour vivant pour le divin Maître et une espérance sans failles en ses promesses (Cf. Mc 10, 43-44).

 

Cette année, comme vous le savez, est marquée par le 100e anniversaire du mouvement œcuménique moderne, qui a commencé par l’appel de la Conférence d’Edimbourg en faveur de l’unité des Chrétiens, condition préalable à un témoignage crédible et convainquant de l’Évangile à notre époque. En commémorant cet anniversaire, nous devons rendre grâce pour l’extraordinaire progrès fait pour atteindre ce grand but grâce aux efforts convaincus de chrétiens de toutes dénominations. En même temps, cependant, nous sommes conscients de tout ce qu’il reste encore à faire. Dans un monde marqué par une interdépendance et une solidarité croissantes, nous devons relever le défi de proclamer avec une conviction renouvelée la réalité de notre réconciliation et de notre libération en Christ, et de proposer la vérité de l’Évangile comme la clef d’un développement humain authentique et intégral. Dans une société qui est devenue de plus en plus indifférente si ce n’est même hostile au message chrétien, nous sommes plus que tous obligés de rendre raison de l’espérance qui est en nous (Cf. 1 P 3, 15), et de présenter le Seigneur Ressuscité comme la réponse aux questions les plus profondes ainsi qu’aux aspirations spirituelles des hommes et des femmes de notre temps.

 

Tandis que nous avancions vers le chœur au début de cet office, la chorale a chanté que le Christ est notre « fondement sûr ». Il est le Fils éternel de Dieu, d’une même nature que le Père, qui s’est fait chair comme le déclare le Credo : « pour nous les hommes et pour notre Salut ». Lui seul a les paroles de la vie éternelle. En lui, comme nous l’enseigne l’Apôtre : « tout subsiste » (…) « car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la plénitude » (Col 1, 17 ; 19).

 

Notre engagement en faveur de l’unité des chrétiens est né bel et bien de notre foi en Christ, en ce Christ ressuscité des morts et assis à la droite du Père, qui reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts. C’est laréalité de la personne du Christ, son œuvre de Salut et surtout le fait historique de sa résurrection, qui forment le contenu du kérygme apostolique ainsi que ces formulations de la foi qui, en commençant par le Nouveau Testament lui-même, ont garanti l’intégrité de sa transmission. L’unité de l’Église, en un mot, ne peut jamais être autre qu’une unité dans la foi des Apôtres, dans la foi confiée à chaque nouveau membre du Corps du Christ durant le rite du Baptême. C’est cette foi qui nous unit dans le Seigneur, qui nous rend participants de son Esprit Saint, et qui ainsi, aujourd'hui encore, nous rend participants de la vie de la Sainte Trinité, modèle de la koinonia de l’Église ici-bas.

 

Chers amis, nous avons en mémoire les défis, les bénédictions, les déceptions et les signes d’espérance qui ont marqué notre cheminement œcuménique. Ce soir, nous confions tout cela au Seigneur, sûrs de sa providence et de la puissance de sa grâce. Nous savons que les amitiés que nous avons bâties, le dialogue que nous avons commencé et l’espérance qui nous anime nous donneront l’énergie et nous indiqueront le chemin tandis que nous avançons ensemble avec persévérance. En même temps, avec un réalisme évangélique, nous devons aussi reconnaître les défis que nous avons à affronter, non seulement tout au long du chemin de l’unité des Chrétiens, mais aussi dans la tâche qui nous incombe d’annoncer le Christ aujourd’hui. La fidélité à la Parole de Dieu, précisément parce que c’est une Parole vraie, exige de nous une obéissance qui nous amène ensemble à une compréhension plus profonde de la volonté du Seigneur, obéissance qui doit être libérée de tout conformisme intellectuel ou d’une adaptation facile à l’esprit du monde. C’est là le mot d’encouragement avec lequel je désire vous quitter ce soir, et je le fais en conformité avec mon ministère d’Évêque de Rome et de Successeur de Saint Pierre, chargé de veiller avec une attention particulière à l’unité du troupeau du Christ.

 

Rassemblés, dans cette antique église monastique, nous pouvons rappeler l’exemple d’un grand homme anglais et homme d’église que nous honorons en commun : Saint Bède le Vénérable. À l’aube d’une ère nouvelle dans la vie de la société et de l’Église, Bède a compris à la fois l’importance de la fidélité à la Parole de Dieu telle qu’elle a été transmise par la tradition apostolique, et la nécessité d’une ouverture créative aux nouveaux développements et aux exigences d’une implantation solide de l’Évangile dans le langage et la culture modernes.

 

Cette nation et l’Europe que Bède et ses contemporains ont aidé à construire, se trouvent encore une fois au seuil d’une ère nouvelle. Que l’exemple de saint Bède inspire les Chrétiens de ces terres pour qu’ils redécouvrent l’héritage qu’ils partagent, pour qu’ils fortifient ce qu’ils ont en commun, et qu’ils consolident leurs liens d’amitié. Puisse le Seigneur bénir nos efforts pour remédier aux séparations du passé et pour affronter les défis actuels, dans l’espérance en un avenir que, dans sa Providence, il nous offre ainsi qu’à notre monde.

 

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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 14:58

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VOYAGE APOSTOLIQUE DU PAPE BENOÎT XVI AU ROYAUME UNI – Discours du Saint Père à Westminster, à l’occasion de sa rencontre avec le Parlement et la British Society, le 17 septembre 2010.

 

UK British Society

 

Monsieur le Speaker,

 

Je vous remercie des paroles de bienvenue que vous venez de m’adresser au nom des membres distingués de cette assemblée. En m’adressant à vous, j’ai bien conscience du privilège qui m’est ainsi donné d’adresser la parole au peuple britannique et à ses Représentants au Palais de Westminster, édifice auréolé d’une signification unique dans l’Histoire civile et politique du peuple de ces Iles. Permettez-moi d’exprimer mon estime pour le Parlement qui siège en ce lieu depuis des siècles et qui a eu une influence si profonde pour le développement du gouvernement participatif dans les nations, en particulier au sein du Commonwealth et dans le monde de l’anglophonie en général. Votre tradition de droit commun sert de base aux systèmes législatifs en bien des régions du monde, et votre conception particulière des droits et des devoirs respectifs de l’État et des citoyens, ainsi que de la séparation des pouvoirs, continue d’en inspirer beaucoup sur notre planète.

 

Tandis que je vous parle en cette enceinte chargée d’histoire, je pense aux hommes et aux femmes innombrables des siècles passés ayant joué un rôle important en des événements marquants qui se sont déroulés dans ces murs ; ils ont laissé leur empreinte sur des générations de Britanniques et de bien d’autres aussi. En particulier, j’évoque la figure de Saint Thomas More, intellectuel et homme d’État anglais de grande envergure, qui est admiré aussi bien par les croyants que par les non-croyants pour l’intégrité avec laquelle il a suivi sa conscience, fusse au prix de déplaire au Souverain dont il était le « bon serviteur », et cela parce qu’il avait choisi de servir Dieu avant tout. Le dilemme que More a dû affronter en des temps difficiles, l’éternelle question du rapport entre ce qui est dû à César et ce qui est dû à Dieu, m’offre l’opportunité de réfléchir brièvement avec vous sur la juste place de la croyance religieuse à l’intérieur de la vie politique.

 

La tradition parlementaire de ce pays doit beaucoup à la tendance naturelle de votre nation pour la modération, au désir d’arriver à un équilibre véritable entre les exigences légitimes du gouvernement et les droits de ceux qui y sont soumis. Tandis que des mesures décisives ont été prises à plusieurs époques de votre Histoire afin de définir des limites dans l’exercice du pouvoir, les institutions politiques de la nation ont pu évoluer dans un espace remarquable de stabilité. Dans ce processus, la Grande-Bretagne est apparue comme une démocratie pluraliste qui attache une grande valeur à la liberté de parole, à la liberté d’obédience politique et au respect de la primauté du droit comme règle de conduite, accompagné d’un sens très fort des droits et des devoirs de chacun, ainsi que de l’égalité de tous les citoyens devant la loi. S’il s’exprime d’une manière différente, l’enseignement social de l’Église catholique a bien des points communs avec cette approche, aussi bien quand il s’agit de protéger avec fermeté la dignité unique de toute personne humaine, créée à l’image et à la ressemblance de Dieu, que lorsqu’il souligne avec force le devoir qu’ont les autorités civiles de promouvoir le bien commun.

 

Et pourtant, les questions fondamentales qui étaient en jeu dans le procès de Thomas More, continuent à se présenter, même si c’est de manière différente, à mesure qu’apparaissent de nouvelles conditions sociales. Chaque génération, en cherchant à faire progresser le bien commun, doit à nouveau se poser la question : quelles sont les exigences que des gouvernements peuvent raisonnablement imposer aux citoyens, et jusqu’où cela peut-il aller? En faisant appel à quelle autorité les dilemmes moraux peuvent-ils être résolus? et le bien commun promu? Ces questions nous mènent directement aux fondements éthiques du discours civil. Si les principes moraux qui sont sous-jacents au processus démocratique ne sont eux-mêmes déterminés par rien de plus solide qu’un consensus social, alors la fragilité du processus ne devient que trop évidente – là est le véritable défi pour la démocratie.

 

L’inaptitude des solutions pragmatiques, à court-terme, devant les problèmes sociaux et éthiques complexes a été amplement démontrée par la récente crise financière mondiale. Il existe un large consensus pour reconnaître que le manque d’un solide fondement éthique de l’activité économique a contribué aux graves difficultés qui éprouvent des millions de personnes à travers le monde entier. De même que toute décision économique a une conséquence de caractère moral (cf. Caritas in veritate, 37), ainsi, dans le domaine politique, la dimension éthique a des conséquences de longue portée qu’aucun gouvernement ne peut se permettre d’ignorer. Nous trouvons un exemple positif de cela dans l’un des succès particulièrement remarquable du Parlement britannique : l’abolition de la traite des esclaves. La campagne qui a abouti à cette législation reposait sur des principes éthiques solides, enracinés dans la loi naturelle, et fut ainsi rendue une contribution à la civilisation dont votre nation peut justement être fière.

 

Mais alors la question centrale qui se pose est celle-ci : où peut-on trouver le fondement éthique des choix politiques? La tradition catholique soutient que les normes objectives qui dirigent une action droite sont accessibles à la raison, même sans le contenu de la Révélation. Selon cette approche, le rôle de la religion dans le débat politique n’est pas tant celui de fournir ces normes, comme si elles ne pouvaient pas être connues par des non-croyants – encore moins de proposer des solutions politiques concrètes, ce qui de toute façon serait hors de la compétence de la religion – mais plutôt d’aider à purifier la raison et de donner un éclairage pour la mise en œuvre de celle-ci dans la découverte de principes moraux objectifs. Ce rôle « correctif » de la religion à l’égard de la raison n’est toutefois pas toujours bien accueilli, en partie parce que des formes déviantes de religion, telles que le sectarisme et le fondamentalisme, peuvent être perçues comme susceptibles de créer elles-mêmes de graves problèmes sociaux. A leur tour, ces déformations de la religion surgissent quand n’est pas accordée une attention suffisante au rôle purifiant et structurant de la raison à l’intérieur de la religion. Il s’agit d’un processus à deux sens. Sans le correctif apporté par la religion, d’ailleurs, la raison aussi peut tomber dans des distorsions, comme lorsqu’elle est manipulée par l’idéologie, ou lorsqu’elle est utilisée de manière partiale si bien qu’elle n’arrive plus à prendre totalement en compte la dignité de la personne humaine. C’est ce mauvais usage de la raison qui, en fin de compte, fut à l’origine du trafic des esclaves et de bien d’autres maux sociaux dont les idéologies totalitaires du 20ème siècle ne furent pas les moindres. C’est pourquoi, je voudrais suggérer que le monde de la raison et de la foi, le monde de la rationalité séculière et le monde de la croyance religieuse reconnaissent qu’ils ont besoin l’un de l’autre, qu’ils ne doivent pas craindre d’entrer dans un profond dialogue permanent, et cela pour le bien de notre civilisation.

 

La religion, en d’autres termes, n’est pas un problème que les législateurs doivent résoudre, mais elle est une contribution vitale au dialogue national. Dans cette optique, je ne puis que manifester ma préoccupation devant la croissante marginalisation de la religion, particulièrement du christianisme, qui s’installe dans certains domaines, même dans des nations qui mettent si fortement l’accent sur la tolérance. Certains militent pour que la voix de la religion soit étouffée, ou tout au moins reléguée à la seule sphère privée. D’autres soutiennent que la célébration publique de certaines fêtes, comme Noël, devrait être découragée, en arguant de manière peu défendable que cela pourrait offenser de quelque manière ceux qui professent une autre religion ou qui n’en ont pas. Et d’autres encore soutiennent – paradoxalement en vue d’éliminer les discriminations – que les chrétiens qui ont des fonctions publiques devraient être obligés en certains cas d’agir contre leur conscience. Ce sont là des signes inquiétants de l’incapacité d’apprécier non seulement les droits des croyants à la liberté de conscience et de religion, mais aussi le rôle légitime de la religion dans la vie publique. Je voudrais donc vous inviter tous, dans vos domaines d’influence respectifs, à chercher les moyens de promouvoir et d’encourager le dialogue entre foi et raison à tous les niveaux de la vie nationale.

 

Votre disponibilité en ce sens est déjà manifeste par l’invitation exceptionnelle que vous m’avez offerte aujourd’hui. Et elle trouve aussi une expression dans les questions sur lesquelles votre Gouvernement a engagé un dialogue avec le Saint-Siège. En ce qui concerne la paix, il y a eu des échanges à propos de l’élaboration d’un traité international sur le trafic d’armes ; à propos des droits de l’homme, le Saint-Siège et le Royaume-Uni se sont réjouis des progrès de la démocratie, spécialement au cours des soixante-cinq dernières années ; en ce qui concerne le développement, des collaborations se sont mises en place pour l’allègement de la dette, pour un marché équitable et pour le financement du développement […]. Le Saint-Siège espère aussi pouvoir explorer avec le Royaume-Uni de nouvelles voies pour promouvoir une mentalité responsable vis-à-vis de l’environnement, pour le bien de tous.

 

Je remarque aussi que l’actuel Gouvernement a engagé le Royaume-Uni à consacrer 0,7% du revenu national pour l’aide au développement d’ici à 2013. C’est dernières années des signes encourageants ont pu être observés de par le monde concernant un souci plus grand de solidarité avec les pauvres. Mais pour que cette solidarité s’exprime en actions effectives, il est nécessaire de repenser les moyens qui amélioreront les conditions de vie dans de nombreux domaines, allant de la production alimentaire, à l’eau potable, à la création d’emplois, à l’éducation, au soutien des familles, spécialement les migrants, et aux soins médicaux de base. Là où des vies humaines sont en jeu, le temps est toujours court : toutefois le monde a été témoin des immenses ressources que les gouvernements peuvent mettre à disposition lorsqu’il s’agit de venir au secours d’institutions financières retenues comme « trop importantes pour être vouées à l’échec ». Il ne peut être mis en doute que le développement humain intégral des peuples du monde n’est pas moins important : voilà bien une entreprise qui mérite l’attention du monde, et qui est véritablement « trop importante pour être vouée à l’échec ».

 

Ce panorama de récents aspects de la coopération entre le Royaume-Uni et le Saint-Siège montre bien tout les progrès qui ont été accomplis, au long des années qui se sont écoulées depuis l’établissement de relations diplomatiques bilatérales, afin de promouvoir, à travers le monde, les nombreuses valeurs fondamentales que nous partageons. J’espère et je prie pour que ces relations continuent à être fructueuses, et pour qu’elles se reflètent dans une acceptation croissante du besoin de dialogue et de respect à tous les niveaux de la société entre le monde de la raison et le monde de la foi. Je suis convaincu que, dans ce pays également, il y a de nombreux domaines où l’Église et les autorités civiles peuvent travailler ensemble pour le bien des habitants, en harmonie avec la pratique historique de ce Parlement d’invoquer la guidance du Saint-Esprit sur ceux qui cherchent à améliorer la condition de tous. Afin que cette coopération soit possible, les groupes religieux – incluant des institutions en relation avec l’Église catholique – ont besoin d’être libres pour agir en accord avec leurs propres principes et leurs convictions spécifiques basés sur la foi et l’enseignement officiel de l’Église. Ainsi, ces droits fondamentaux que sont la liberté religieuse, la liberté de conscience et la liberté d’association, seront garantis.

 

Les anges qui nous regardent depuis le magnifique plafond de cet antique Palais, nous rappellent la longue tradition à partir de laquelle le Parlement britannique a évolué. Ils nous rappellent que Dieu veille constamment sur nous pour nous guider et nous protéger. Et ils nous invitent à faire nôtre la contribution essentielle que la croyance religieuse a apportée et continue d’apporter à la vie de la nation. 

 

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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 17:57

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VOYAGE APOSTOLIQUE DU PAPE BENOÎT XVI AU ROYAUME UNI – Discours du Saint Père à Rowan Williams, Archevêque de Cantorbéry, Primat de l’Eglise anglicane, le 17 septembre 2010.

 

Rowen Williams

 

Votre Grâce,

 

[…] Vous avez évoqué, Monseigneur, la rencontre historique qui s’est tenue, il y a presque 30 ans entre deux de nos prédécesseurs – le Pape Jean-Paul II et l’Archevêque Robert Runcie – en la Cathédrale de Cantorbéry. Là, au lieu même où saint Thomas de Cantorbéry a rendu témoignage au Christ en versant son sang, ils ont prié ensemble pour le don de l’unité entre les disciples du Christ. Nous continuons aujourd’hui à prier pour ce don, conscients que l’unité voulue par le Christ pour ses disciples ne peut être que le fruit de la prière, par l’action de l’Esprit Saint qui renouvelle sans cesse l’Église et la guide vers la plénitude de la vérité.

 

Il n’est pas dans mon intention aujourd’hui de parler des difficultés que les chemins de l’œcuménisme ont rencontré et continuent d’expérimenter. Elles sont bien connues de tous ici présents. Je voudrais au contraire m’unir à vous et rendre grâce pour la profonde amitié qui s’est développée entre nous et pour les progrès remarquables qui ont été accomplis en de nombreux aspects du dialogue au long des 40 années qui ont passé depuis que la Commission Internationale Anglicane-Catholique a commencé ses travaux. Confions les fruits de ces travaux au Maître de la moisson, sûrs qu’il bénira notre amitié en la faisant grandir encore.

 

Le contexte dans lequel le dialogue s’établit entre la Communion anglicane et l’Église catholique, a évolué de manière spectaculaire depuis l’audience privée qui eut lieu entre le Pape Jean XXIII et l’Archevêque John Fisher en 1960. D’une part, la culture ambiante s’éloigne toujours davantage de ses racines chrétiennes, en dépit d’une faim profonde de nourriture spirituelle ressentie par beaucoup. D’autre part, la dimension multiculturelle de la société, qui ne cesse de s’accentuer et qui est particulièrement marquée dans votre pays, donne l’occasion de rencontrer d’autres religions. Pour nous, chrétiens, cela ouvre la possibilité d’explorer, avec des membres d’autres traditions religieuses, les moyens de témoigner de la dimension transcendante de la personne humaine et de l’appel universel à la sainteté, et cela nous conduit à la pratique des vertus dans notre vie personnelle et sociale. La coopération œcuménique, pour cette mission, reste essentielle et portera certainement des fruits en faveur de la paix et de l’harmonie dans un monde qui, si souvent, semble au bord de l’éclatement.

 

En même temps, nous chrétiens, nous ne devons jamais hésiter à proclamer notre foi dans l’unique Salut qui nous vient du Christ, et à rechercher ensemble à avoir une perception plus profonde des moyens qu’il a mis à notre disposition pour accéder à ce Salut. Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tm 2,4), et cette vérité n’est pas autre chose que Jésus Christ, le Fils éternel du Père, qui a tout réconcilié en lui par la puissance de sa Croix. Pour être fidèles à la volonté du Seigneur, telle qu’elle est exprimée dans ce passage de la première Lettre de saint Paul à Timothée, nous reconnaissons que l’Église est appelée à être compréhensive, jamais toutefois au détriment de la vérité chrétienne. D’où le dilemme auquel sont confrontés tous ceux qui sont engagés de manière authentique sur les chemins de l’œcuménisme.

 

Dans la figure de John Henry Newman, qui sera béatifié dimanche, nous célébrons un homme d’Église dont la vision ecclésiale fut nourrie par la tradition anglicane et s’est approfondie durant ses nombreuses années d’exercice du ministère sacerdotal dans l’Église d’Angleterre. Il peut nous enseigner les vertus que l’œcuménisme exige : d’une part, suivre sa conscience était un impératif, même au prix de grands sacrifices personnels, et d’autre part, la cordialité de l’amitié sans faille avec ses collègues d’antan, qui le conduisit à explorer avec eux, dans un pur esprit irénique, les questions sur lesquelles ils différaient, en privilégiant le désir profond de l’unité de la foi. Votre Grâce, dans ce même esprit d’amitié, puissions-nous renouveler notre détermination à poursuivre le but de l’unité dans la foi, l’espérance et l’amour, selon la volonté de notre unique Seigneur et Sauveur, Jésus Christ !

 

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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 00:00

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VOYAGE APOSTOLIQUE DU PAPE BENOÎT XVI AU ROYAUME UNI – Discours du Saint Père aux représentants des autres religions, au Waldegrave Drawing Room du Collège universitaire d’éducation catholique Sainte-Marie à Twickenham, le 17 septembre 2010.

 

UK Autres religionsChers Éminents invités, chers amis,

 

Je suis très heureux d’avoir cette occasion de vous rencontrer, vous qui êtes les représentants des différentes communautés religieuses de Grande-Bretagne […].

 

Je voudrais commencer mes réflexions en exprimant l’appréciation de l’Église catholique pour le témoignage important que vous donnez en tant qu’hommes et femmes spirituels, vivant à une époque où les convictions religieuses ne sont pas toujours comprises ni appréciées. La présence de croyants engagés dans les différents domaines de la vie sociale et économique montre avec éloquence que la dimension spirituelle de nos vies est fondamentale pour notre identité d’êtres humains, et que l’homme, en un mot, ne vit pas seulement de pain (Cf. Dt 8, 3). En tant que membres de différentes traditions religieuses, travaillant ensemble pour le bien de la communauté au sens large, nous attachons une grande importance à cette dimension « côte à côte » de notre collaboration, qui complète l’aspect « face à face » de notre dialogue permanent.

 

Au niveau spirituel, nous sommes tous, selon nos modes différents, engagés personnellement dans un cheminement qui apporte une réponse à la question la plus importante de toutes – la question du sens ultime de notre existence humaine. La quête du sacré est la recherche de l’unique nécessaire, qui seule satisfait les aspirations du cœur humain. Au Ve siècle, Saint Augustin décrivait cette recherche en ces termes : « Seigneur, vous nous avez faits pour vous et notre cœur est inquiet jusqu’à ce qu’il repose en vous » (Confessions, Livre I, 1). Lorsque nous nous embarquons dans cette aventure, nous réalisons toujours plus que l’initiative ne vient pas de nous, mais du Seigneur : en effet, ce n’est pas tellement nous qui le cherchons, mais plutôt lui qui nous cherche ; c’est lui qui a mis au fond de nos cœurs cette soif de Lui.

 

Votre présence et votre témoignage dans le monde montrent l’importance fondamentale pour la vie humaine de cette recherche spirituelle dans laquelle nous sommes engagés. Au sein de leurs propres sphères de compétence, les sciences humaines et naturelles nous fournissent une compréhension inestimable de divers aspects de notre existence et elles nous aident à mieux appréhender les mécanismes de l’univers physique qui peuvent alors être maîtrisés et procurer ainsi un grand avantage à la famille humaine. Néanmoins ces disciplines ne répondent pas et ne peuvent répondre à la question fondamentale, car elles opèrent à un tout autre niveau. Elles ne peuvent satisfaire les aspirations les plus profondes du cœur humain, elles ne peuvent nous expliquer pleinement nos origines et notre destinée, pourquoi et dans quel but nous existons, de même qu’elles ne peuvent pas non plus nous fournir une réponse exhaustive à la question : « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien? ».

 

La quête du sacré ne dévalorise pas les autres domaines de la recherche humaine. Au contraire, elle les situe dans un contexte qui rehausse leur importance, comme autant de possibilités d’exercer une gestion responsable de la Création. Dans la Bible, nous lisons que, lorsque l’œuvre de la Création fut achevée, Dieu bénit nos premiers parents et leur dit : « Soyez féconds, multipliez-vous, emplissez la terre et soumettez-la » (Gn 1, 28). Il nous confia la tâche d’explorer et de dominer les mystères de la nature pour contribuer à un plus grand bien. Quel est ce plus grand bien ? Dans la foi chrétienne, celui-ci s’exprime dans l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Et donc, nous nous engageons dans le monde, sans réserve et avec enthousiasme, mais toujours dans le but de contribuer à ce plus grand bien, sinon nous risquons de défigurer la beauté de la Création en l’exploitant pour des buts égoïstes.

 

C’est ainsi que toute croyance religieuse authentique nous oriente, au-delà de l’aspect immédiat et utilitaire, vers le transcendant. Elle nous rappelle la possibilité et l’impératif d’une conversion morale, le devoir de vivre en paix avec notre prochain, l’importance de mener une vie intègre. Comprise correctement, elle nous apporte des lumières, elle purifie nos cœurs et elle nous inspire un agir noble et généreux, au profit de la famille humaine tout entière. Elle nous incite à cultiver la pratique des vertus et à rejoindre les autres avec amour, dans le plus grand respect pour les traditions religieuses différentes de la nôtre.

 

Depuis le Concile Vatican II, l’Église catholique a souligné de façon particulière l’importance du dialogue et de la coopération avec les membres des autres religions. Afin d’être fécond, ce dialogue exige une réciprocité de la part de tous les partenaires du dialogue et des membres des autres religions. Je pense en particulier à des situations existant dans certaines parties du monde où la coopération et le dialogue entre les religions exigent le respect mutuel, la liberté de pratiquer sa propre religion et de prendre part à des actes de culte publics, ainsi que la liberté de suivre sa propre conscience sans subir l’ostracisme ou la persécution, même si l’on s’est converti d’une religion à une autre. Une fois ce respect et cette ouverture établis, les personnes de toutes les religions travailleront efficacement ensemble pour la paix et la compréhension mutuelle, et porteront ainsi un témoignage convainquant face au monde.

 

Ce type de dialogue a besoin d’être instauré à différents niveaux, et ne doit pas se limiter à des discussions formelles. Le dialogue de la vie nécessite que l’on vive simplement les uns à côté des autres et que l’on apprenne ainsi les uns des autres à grandir dans la connaissance et le respect mutuels. Le dialogue de l’action nous rapproche dans des formes concrètes de collaboration, lorsque nos intuitions religieuses inspirent nos efforts en faveur du développement humain intégral, de la paix, de la justice et d’une gestion responsable de la création. Un tel dialogue peut impliquer d’explorer ensemble les moyens de défendre la vie humaine à toutes ses étapes et d’assurer la non-exclusion de la dimension religieuse des individus et communautés dans la vie de la société. Puis, au niveau des conversations officielles, il est nécessaire non seulement d’échanger sur le plan théologique, mais aussi de partager nos richesses spirituelles, de parler de notre expérience de la prière et de la contemplation, et de nous témoigner les uns aux autres la joie de notre rencontre avec l’amour de Dieu […].

 

Mes chers amis, en terminant mes réflexions, je tiens à vous assurer que l’Église catholique suit ce chemin de l’engagement et du dialogue avec un vrai sentiment de respect pour vous et pour vos convictions. Les catholiques, en Grande-Bretagne et à travers le monde, continueront à travailler pour construire des ponts d’amitié avec les autres religions, pour réparer les faux-pas du passé et pour encourager la confiance entre les individus et les communautés. Je vous redis mes remerciements pour votre accueil et ma gratitude pour cette occasion qui m’est donnée de vous encourager dans votre dialogue avec vos frères et sœurs chrétiens. Sur vous, j’invoque d’abondantes bénédictions divines ! Merci beaucoup.

 

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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 00:00

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VOYAGE APOSTOLIQUE DU PAPE BENOÎT XVI AU ROYAUME UNI – Discours du Saint Père aux élèves du Collège universitaire d’éducation catholique Sainte Marie, le 17 septembre 2010.

 

Enseignement catholique

 

Chers Frères et Sœurs en Christ,

Chers jeunes amis,

 

Je désire tout d’abord vous dire combien je suis heureux d’être ici avec vous aujourd’hui. Je vous salue très chaleureusement, vous qui êtes venus ici, à l’Université Sainte-Marie, des écoles catholiques et collèges de tout le Royaume-Uni, et tous ceux qui regardent à la télévision ou par internet […]. Dans le contexte préparatoire des Jeux Olympiques de Londres, cela a été un plaisir d’inaugurer cette Sports Foundation, nommé ainsi en l’honneur du pape Jean-Paul II, et je prie afin que ceux qui viendront ici, rendent gloire à Dieu par leurs activités sportives, tout en procurant satisfaction à eux-mêmes et aux autres.

 

Il n’arrive pas souvent qu’un Pape, ou même une autre personne, ait la possibilité de parler à des étudiants de toutes les écoles catholiques d’Angleterre, du Pays de Galles et d’Écosse à la fois. Et puisque j’ai cette chance en ce moment, j’aimerais beaucoup vous dire une chose. J’espère que parmi ceux d’entre vous qui m’écoutent aujourd’hui, se trouvent des futurs saints du 21e siècle. Ce que Dieu veut plus que tout pour chacun de vous c’est que vous deveniez des saints. Il vous aime beaucoup plus que vous ne pourrez jamais l’imaginer, et il veut ce qu’il y a de meilleur pour vous. Et de loin, la meilleure chose pour vous c’est de grandir en sainteté.

 

Il se peut que certains d’entre vous n’aient jamais pensé à cela auparavant. Il se peut que certains d’entre vous pensent qu’être un saint ce n’est pas pour eux. Permettez-moi de vous expliquer ce que je veux dire. Quand nous sommes jeunes, nous pensons facilement aux personnes que nous respectons, aux personnes que nous admirons, aux personnes à qui nous voulons ressembler. Ce peut être quelqu’un que nous rencontrons dans notre vie de tous les jours et que nous tenons en grande estime. Ou cela pourrait être quelqu’un de connu. Nous vivons dans une culture de la célébrité, et les jeunes sont souvent encouragés à se modeler sur des personnalités du monde du sport ou du spectacle. La question que je vous pose est celle-ci : quelles sont les qualités que vous percevez dans d’autres personnes et que vous souhaiteriez beaucoup avoir vous-mêmes ? Quel type de personne aimeriez-vous être réellement ?

 

Quand je vous invite à devenir des saints, je vous demande de ne pas vous contenter de la seconde place. Je vous demande de ne pas poursuivre un but limité en ignorant tous les autres. L’argent permet d’être généreux et de faire du bien dans le monde, mais à lui seul, il ne suffit pas à nous rendre heureux. La haute qualification dans l’activité professionnelle est une bonne chose, mais elle ne nous satisfait pas si nous n’avons pas en vue quelque chose de bien plus grand. Elle peut nous rendre célèbre, mais elle ne nous rendra pas heureux. Le bonheur est quelque chose que nous voulons tous, mais un des grands drames de ce monde est que tant de personnes ne le trouvent jamais, parce qu’elles le cherchent là où il n’est pas. La clef du bonheur est très simple – le vrai bonheur se trouve en Dieu. Nous devons avoir le courage de mettre nos espérances les plus profondes en Dieu seul, non pas dans l’argent, dans la carrière, dans les succès de ce monde, ou dans nos relations avec d’autres personnes, mais en Dieu. Lui seul peut satisfaire les exigences profondes de nos cœurs.

 

Non seulement Dieu nous aime avec une profondeur et une intensité que nous pouvons à peine essayer de commencer à comprendre, mais il nous invite à répondre à cet amour. Vous savez tous ce que c’est que de rencontrer quelqu’un d’intéressant et d’attirant, et de vouloir être son ami. Vous espérez toujours que cette personne va vous trouver intéressant et attirant, et qu’elle voudra devenir votre ami. Dieu veut votre amitié. Et dès que vous devenez l’ami de Dieu, tout commence à changer dans votre vie. Quand vous commencez à mieux le connaître, vous vous apercevez que vous voulez que votre vie reflète un peu de sa bonté infinie. Vous êtes attirés par la pratique des vertus. Vous commencez à considérer l’avidité et l’égoïsme et tous les autres péchés tels qu’ils sont réellement, des tendances destructrices et dangereuses qui provoquent de profondes souffrances et causent un grand préjudice, et vous voulez éviter de tomber vous-mêmes dans ce piège. Vous commencez à éprouver de la compassion pour les personnes en difficultés et vous désirez vivement faire quelque chose pour elles. Vous voulez aider les indigents et les affamés, vous voulez réconforter les personnes tristes, vous voulez être bons et généreux. Et si tout cela est important pour vous, alors vous êtes bien sur le chemin qui mène à la sainteté.

 

Dans vos écoles catholiques, il y a toujours un cadre plus grand qui dépasse les matières que vous étudiez, les différentes compétences que vous apprenez. Tout le travail que vous faites se situe dans le contexte de la croissance de cette amitié avec Dieu et de tout ce qui découle de cette amitié. Aussi vous n’étudiez pas seulement pour être de bons étudiants, mais de bons citoyens, de bonnes personnes. A mesure que vous progressez au sein de l’école, vous avez à faire des choix concernant les matières que vous étudiez, vous commencez à vous spécialiser en ayant une idée de ce que vous allez faire plus tard dans votre vie. Tout cela est juste et bien. Mais rappelez-vous toujours que chaque matière que vous étudiez fait partie d’un plus grand dessein. Ne vous enfermez jamais dans des limites étroites. Le monde a besoin de bons chercheurs, mais une perspective scientifique devient dangereusement étroite si elle ignore la dimension religieuse et éthique de la vie, tout comme la religion devient étriquée si elle rejette la légitime contribution de la science pour notre compréhension du monde. Nous avons besoin de bons historiens, philosophes, économistes, mais si la compréhension de la vie humaine à travers leur domaine particulier est trop étroitement polarisé, ils peuvent nous amener à nous égarer gravement.

 

Une bonne école pourvoit à une éducation complète de la personne tout entière. Et une bonne école catholique, en plus de cela, devrait aider tous ses élèves à devenir des saints. Je sais qu’il y a de nombreux étudiants non-catholiques dans les écoles catholiques en Grande-Bretagne, et je souhaite les inclure tous dans mes paroles aujourd’hui. Je prie pour que vous aussi vous vous sentiez encouragés à pratiquer les vertus et à grandir dans la connaissance et l’amitié avec Dieu aux côtés de vos camarades de classe catholiques. Vous leur rappelez par votre présence le plus grand dessein qui existe au-delà de l’école, et, de fait, il est absolument juste que le respect et l’amitié à l’égard des membres d’autres traditions religieuses doivent être parmi les vertus apprises à l’école catholique. J’espère également que vous voudrez partager avec tous ceux que vous rencontrez les valeurs et les intuitions que vous avez accueillies à travers l’éducation chrétienne que vous avez reçue.

 

Chers amis, je vous remercie de votre attention, je vous promets de prier pour vous, et je vous demande de prier pour moi.

 

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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 19:28

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VOYAGE APOSTOLIQUE DU PAPE BENOÎT XVI AU ROYAUME UNI  Discours du Saint Père aux professeurs et aux religieux de l'enseignement catholique à la chapelle du St Mary's Université College de Twikenham, le 17 septembre 2010.

 

[…] Je me réjouis de l’opportunité qui m’est donnée de rendre hommage à l’exceptionnelle contribution apportée par les religieux et les religieuses dans ce pays à la noble tâche de l’éducation […].

 

Comme vous le savez, le travail d’un professeur ne consiste pas seulement à transmettre des informations ou à enseigner des compétences pour procurer un profit économique à la société ; l’éducation n’est pas et ne doit jamais être considérée selon une optique purement utilitaire. Il s’agit de former la personne humaine, en lui donnant le bagage nécessaire pour vivre pleinement sa vie – en bref, il s’agit de transmettre la Sagesse. Et la vraie sagesse est inséparable de la connaissance du Créateur, car « nous sommes en effet dans sa main, et nous et nos paroles, et toute intelligence et tout savoir pratique » (Sg 7, 16).

 

Cette dimension transcendante des études et de l’enseignement a été clairement saisie par les moines qui contribuèrent beaucoup à l’évangélisation de ces îles. Je pense aux bénédictins qui ont accompagné Saint Augustin dans sa mission en Angleterre, aux disciples de Saint Colomba qui ont diffusé la foi en Ecosse et dans le nord de l’Angleterre, à Saint David et ses compagnons au Pays de Galles. Puisque la recherche de Dieu, qui est au cœur de la vocation monastique, requiert un engagement actif selon les moyens par lesquels il se fait connaître lui-même : sa Création et sa Parole révélée, il était tout naturel que le monastère ait une bibliothèque et une école (cf. Discours au monde de la culture, Collège des Bernardins, Paris, 12 septembre 2008). En se consacrant à l’étude comme chemin pour rencontrer le Verbe incarné de Dieu, les moines ont contribué à poser les fondements de notre culture et de notre civilisation occidentale.

 

Regardant aujourd’hui autour de moi, je vois un grand nombre de congrégations apostoliques qui ont un charisme pour l’éducation des jeunes. C’est l’occasion pour moi de rendre grâce à Dieu pour la vie et l’œuvre de la Vénérable Marie Ward, native de cette terre, dont la vision novatrice de la vie religieuse apostolique féminine a porté beaucoup de fruits. Moi-même, dans ma jeunesse, j’ai été enseigné par les « English Ladies » et je leur dois une profond gratitude. Beaucoup d’entre vous appartiennent à des ordres éducatifs qui ont porté, en des terres lointaines, la lumière de l’Evangile, participant à la grande œuvre missionnaire de l’Église, et pour cela aussi, je rends grâce et louanges à Dieu. Vous avez souvent posé les bases d’un système éducatif avant même que l’État n’assume sa responsabilité dans ce service vital des individus et de la société. Comme les rôles respectifs de l’Église et de l’État dans le domaine de l’éducation continuent d’évoluer, n’oubliez jamais que les religieux ont une contribution unique à donner à cet apostolat, par-dessus tout à cause de leurs vies consacrées à Dieu et du témoignage de fidélité et d’amour qu’ils rendent au Christ, le Maître suprême.

 

La présence de religieux dans les écoles catholiques est vraiment un puissant rappel de l’esprit catholique, souvent remis en cause, qui doit imprégner tous les aspects de la vie scolaire. Cela s’étend bien au-delà d’un enseignement dont le contenu devrait toujours être conforme à la doctrine de l’Église, exigence qui va de soit. Cela veut dire que la vie de foi doit être la force motrice qui sous-tend toute activité dans l’école, pour que la mission de l’Église puisse être accomplie avec efficacité, et que les jeunes puissent découvrir la joie d’appartenir à « l’être pour tous » du Christ (cf. Spe Salvi, 28).

 

Avant de conclure, j’adresse une pensée particulière de gratitude à ceux dont la tâche consiste à assurer dans nos écoles un environnement sécurisant aux enfants et aux jeunes. Notre responsabilité envers ceux qui nous sont confiés pour leur formation chrétienne n’exige rien de moins. En effet, la vie de foi ne peut être éduquée avec efficacité que dans un climat de confiance respectueuse et affectueuse. Je prie pour que cela reste la marque des écoles catholiques dans ce pays.

 

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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 18:34

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VOYAGE APOSTOLIQUE DU PAPE BENOÎT XVI AU ROYAUME UNI – Homélie du Saint Père prononcée lors de la messe au Bellahouston Park de Glasgow, le 16 septembre 2010.

 

Bellahouston Park

 

Chers frères et sœurs dans le Christ,

 

« Le Royaume de Dieu est tout proche de vous ! » (Lc 10, 9). C’est par ces mots de l’Évangile que nous venons d’écouter que je vous salue tous avec une grande affection dans le Seigneur. Oui, le Royaume du Seigneur est déjà au milieu de nous. Dans cette célébration eucharistique durant laquelle l’Église qui est en Écosse est rassemblée autour de l’autel en union avec le Successeur de Pierre, réaffirmons notre foi dans les paroles du Christ et notre espérance – une espérance qui ne déçoit jamais – en ses promesses […].

 

L’Évangile d’aujourd’hui nous rappelle que Jésus continue d’envoyer ses disciples à travers le monde afin d’annoncer l’avènement de son Royaume et d’apporter sa paix dans le monde, d’abord de maison en maison, puis de famille en famille, et de ville en ville. Je suis venu chez vous, fils spirituels de Saint André, comme un messager de cette paix et pour vous confirmer dans la foi de Pierre (cf. Lc 22, 32). C’est avec une certaine émotion que je vous parle, non loin du lieu où mon vénéré prédécesseur, le Pape Jean-Paul II, célébra la messe avec vous, il y a presque 30 ans, et où il fut accueilli par la plus grande foule jamais rassemblée dans l’Histoire écossaise.

 

Depuis cette visite historique, beaucoup d’événements se sont passés en Écosse et au sein de l’Église qui est dans ce pays. Je constate avec une profonde satisfaction combien l’appel à marcher main dans la main avec vos frères chrétiens, que le Pape Jean-Paul II vous avait adressé, a contribué à faire grandir la confiance et l’amitié avec les membres de l’Église d’Écosse, ceux de l’Église épiscopale écossaise et d’autres encore. Je vous encourage à continuer de prier et de travailler avec eux à la construction d’un avenir plus radieux pour l’Écosse, un avenir basé sur notre héritage chrétien commun.

 

Dans la première lecture d’aujourd’hui, nous avons entendu Saint Paul encourager les Romains à reconnaître que, comme membres du Christ, « nous sommes membres les uns des autres » (Rm 12, 5), et à vivre dans le respect et l’amour mutuel. Dans cet esprit, je salue les représentants œcuméniques qui nous honorent de leur présence. Cette année marque le 450ème anniversaire de la création du Parlement de la Réforme ainsi que le 100ème anniversaire de la Conférence Missionnaire Mondiale d’Édimbourg, qui est largement reconnue comme le point de départ du mouvement œcuménique moderne. Rendons grâce à Dieu pour l’espoir que représentent les efforts de compréhension et de coopération œcuméniques, en vue d’un unique témoignage à la vérité du Salut qu’est la Parole de Dieu, dans une société soumise aujourd’hui à de rapides changements.

 

Parmi les différents dons énumérés par Saint Paul pour la construction de l’Église figure celui de l’enseignement (cf. Rm 12, 7). L’annonce de l’Évangile a toujours été accompagnée par un souci pour les paroles : la parole inspirée de Dieu, et la culture dans laquelle celle-ci s’enracine et fleurit. Ici en Écosse, je pense aux trois universités médiévales fondées par les papes, en particulier à l’université Saint-André qui va célébrer cette année le 600ème anniversaire de fondation. Dans les trente dernières années, avec le concours des autorités civiles, les écoles catholiques écossaises ont relevé le défi de procurer une éducation intégrale à un plus grand nombre d’étudiants, et cela a aidé des jeunes non seulement dans leur croissance spirituelle et humaine, mais aussi pour leur insertion dans la vie professionnelle et publique. C’est un signe de grande espérance pour l’Église, et j’encourage les professionnels catholiques, hommes politiques et professeurs d’Écosse, à ne jamais perdre de vue leur vocation qui est de mettre leurs talents et leur expérience au service de la foi, en s’engageant à tous les niveaux de la culture contemporaine écossaise.

 

L’évangélisation de la culture est d’autant plus importante de nos jours, alors qu’une « dictature du relativisme » menace d’obscurcir l’immuable vérité sur la nature humaine, sa destinée et son bien suprême. Certains cherchent aujourd’hui à exclure la croyance religieuse du discours public, à la limiter à la sphère privée ou même à la dépeindre comme une menace pour l’égalité et pour la liberté. Pourtant, la religion est en fait une garantie de liberté et de respect authentiques, car elle nous conduit à considérer chaque personne comme un frère ou une sœur. Pour cette raison, je lance un appel particulier à vous les fidèles laïcs, en accord avec votre vocation et votre mission baptismales, à être non seulement des exemples de foi dans la vie publique, mais aussi à introduire et à promouvoir dans le débat public l’argument d’une sagesse et d’une vision de foi. La société d’aujourd’hui a besoin de voix claires qui prônent notre droit de vivre, non pas dans une jungle de libertés autodestructrices et arbitraires, mais dans une société qui travaille pour le vrai bien-être de ses citoyens et qui, face à leurs fragilités et leurs faiblesses, leur offre conseils et protection. N’ayez pas peur de prendre en main ce service de vos frères et sœurs pour l’avenir de votre nation bien-aimée.

 

Saint Ninian, dont nous célébrons la fête aujourd’hui, n’a pas eu peur d’être une voix solitaire. Sur les pas des disciples que notre Seigneur envoyait devant lui, Ninian fut l’un des tout premiers missionnaires catholiques à apporter à ses frères britanniques la Bonne nouvelle de Jésus Christ. Son poste missionnaire, à Galloway, devint le centre de la première évangélisation de ce pays. Ce travail fut plus tard poursuivi par Saint Mungo, le saint Patron de Glasgow, et par d’autres saints, parmi lesquels Saint Colomba et Sainte Marguerite sont les plus grands. Inspirés par leurs exemples, beaucoup d’hommes et de femmes ont œuvré au long des siècles pour vous transmettre la foi. Puisse l’exhortation faite par Saint Paul dans la première lecture, vous inspirer constamment : « Ne brisez pas l’élan de votre générosité, mais laissez jaillir l’Esprit ; soyez les serviteurs du Seigneur. Aux jours d’espérance, soyez dans la joie ; aux jours d’épreuve, tenez bon ; priez avec persévérance » (cf. Rm 12, 11-12).

 

J’aimerais à présent adresser un message particulier aux Évêques d’Écosse. Chers frères, je vous encourage dans votre charge pastorale auprès des catholiques d’Écosse. Comme vous le savez, l’un de vos premiers devoirs pastoraux est envers vos prêtres (cf. Presbyterorum Ordinis, 7) et doit viser leur sanctification. De même qu’ils sont alter Christus pour la communauté catholique, ainsi l’êtes-vous aussi pour eux. Dans votre ministère fraternel envers vos prêtres, vivez en plénitude la charité qui vient du Christ et collaborez avec tous, spécialement avec ceux qui ont peu de contact avec leurs confrères prêtres. Priez avec eux pour les vocations, afin que le Maître de la moisson envoie des ouvriers pour sa moisson (cf. Lc 10, 2). De même que l’Eucharistie fait l’Église, ainsi le sacerdoce est central pour la vie de l’Église. Engagez-vous personnellement dans la formation de vos prêtres afin qu’ils deviennent un groupe d’hommes capables d’en inspirer d’autres à se consacrer totalement au service du Dieu Tout-puissant. Prenez aussi soin des diacres dont le ministère de service est lié de manière particulière à celui de l’ordre des Évêques. Pour eux, soyez des pères et des guides vers la sainteté, et encouragez-les à acquérir connaissance et sagesse dans l’accomplissement de la mission d’annonce à laquelle ils ont été appelés.

 

Chers prêtres d’Écosse, vous êtes appelés à la sainteté et au service du peuple de Dieu en modelant vos vies sur le mystère de la Croix du Seigneur. Prêchez l’Évangile avec un cœur pur et une conscience transparente. Consacrez-vous à Dieu seul et vous deviendrez pour les jeunes des exemples lumineux d’une vie sainte, simple et joyeuse : à leur tour, ils désireront vous rejoindre dans votre service exclusif de servir le peuple de Dieu. Puisse l’exemple de dévouement, de désintéressement et de courage de Saint Jean Ogilvie vous inspirer tous ! De même, j’encourage les moines, les religieuses et les religieux d’Écosse à être comme la lumière placée sur la colline, menant une authentique vie chrétienne de prière et d’action qui rend un témoignage lumineux à la puissance de l’Évangile.

 

Je désire enfin m’adresser à vous, chers jeunes catholiques d’Écosse. Je vous invite à mener une vie digne de notre Seigneur (cf. Eph 4, 1) et de vous-mêmes. Chaque jour, vous êtres soumis à de nombreuses tentations – drogue, argent, sexe, pornographie, alcool – dont le monde prétend qu’elles vous donnent le bonheur. Mais ces choses détruisent et divisent. Il n’y a qu’une seule chose qui soit durable : l’amour de Jésus Christ pour chacun de vous personnellement. Cherchez-le, connaissez-le et aimez-le, et il vous rendra libres de l’esclavage d’une existence attrayante mais superficielle, souvent proposée par la société d’aujourd’hui. Laissez de côté ce qui ne vaut rien et apprenez votre propre dignité de fils de Dieu. Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus nous demande de prier pour les vocations : je prie pour que beaucoup d’entre vous connaissent et aiment Jésus Christ et, qu’à travers cette rencontre, ils se consacrent complètement à Dieu, particulièrement ceux d’entre vous qui sont appelés au sacerdoce et à la vie religieuse. C’est le défi que le Seigneur vous lance aujourd’hui : l’Eglise vous appartient dès maintenant.  

   

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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 17:29

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VOYAGE APOSTOLIQUE DU PAPE BENOÎT XVI AU ROYAUME UNI – Discours du Saint Père prononcé au Palais de Holyroodhouse à Édimbourg, lors de sa visite à la Reine Elisabeth II, le 16 septembre 2010.

 

Elisabeth II 

 

Majesté,

 

Merci pour votre aimable invitation à effectuer une visite officielle au Royaume-Uni et pour vos mots chaleureux de bienvenue au nom du peuple britannique. Tout en remerciant Votre Majesté, permettez-moi d’étendre mes salutations personnelles à l’ensemble du peuple du Royaume-Uni et de tendre une main amicale vers chacun […].

 

Le nom de Holyroodhouse, résidence officielle de Votre Majesté en Écosse, rappelle la ‘Sainte Croix’ et indique les profondes racines chrétiennes qui restent présentes dans toutes les strates de la vie britannique. Les monarques d’Angleterre et d’Écosse ont été chrétiens très tôt, et on compte parmi eux des saints exceptionnels comme Édouard le Confesseur et Marguerite d’Écosse. Comme Vous le savez, beaucoup parmi eux ont exercé consciencieusement leur souverain devoir à la lumière de l’Évangile, et, ils ont ainsi façonné très profondément la nation vers le bien. Le message chrétien est ainsi devenu partie intégrante de la langue, de la pensée et de la culture des populations de ces îles depuis plus de 1000 ans. Le respect de vos ancêtres pour la vérité et la justice, pour la miséricorde et la charité qui vous a été transmis vient d’une foi qui reste une force puissante pour le bien dans Votre royaume, au grand bénéfice des chrétiens comme des non-chrétiens.

 

Nous trouvons plusieurs exemples de cette tension vers le bien à travers la longue histoire de la Grande-Bretagne. Même en des périodes relativement récentes, grâce à des personnalités comme William Willberforce et David Livingstone, la Grande-Bretagne est intervenue directement dans l’abolition du commerce international des esclaves. Inspirées par leur foi, des femmes comme Florence Nightingale, ont servi les pauvres et les malades et ont créé de nouveaux modèles de soins médicaux, qui, par la suite, ont été imités partout. John Henry Newman, dont je célébrerai bientôt la béatification, fut un des nombreux chrétiens britanniques de cette époque, dont la bonté, l’éloquence et l’action ont fait honneur aux hommes et aux femmes de leur pays. Ces personnalités, et tant d’autres encore, étaient inspirées par une foi profonde qu’ils avaient reçue et nourrie dans ces îles.

 

Même dans notre propre vie, nous pouvons nous rappeler combien la Grande-Bretagne et ses dirigeants ont combattu la tyrannie nazie qui cherchait à éliminer Dieu de la société, et qui niait notre commune humanité avec beaucoup jugés indignes de vivre, en particulier les Juifs. J’évoque aussi l’attitude du régime envers des pasteurs et des religieux chrétiens qui ont défendu la vérité dans l’amour en s’opposant aux Nazis et qui l’ont payé de leurs vies. En réfléchissant sur les leçons dramatiques de l’extrémisme athée du XXème siècle, n’oublions jamais combien exclure Dieu, la religion et la vertu de la vie publique, conduit en fin de compte à une vision tronquée de l’homme et de la société, et ainsi à une vision réductrice de la personne et de sa destinée (cf. Caritas in Veritate, n. 29).

 

Il y a 65 ans, la Grande-Bretagne joua un rôle essentiel en suscitant le consensus international de l’après-guerre qui favorisa la création des Nations-Unies et inaugura une période de paix et de prospérité jusqu’alors inconnue en Europe. Plus récemment, la communauté internationale a suivi de près les événements en Irlande du Nord qui ont conduit à la signature de ‘l’Accord du Vendredi Saint’ et à la délégation des pouvoirs à l’Assemblée de l’Irlande du Nord. Le Gouvernement de Votre Majesté et le Gouvernement de l’Irlande, en collaboration avec les dirigeants politiques, religieux et civils de l’Irlande du Nord, ont aidé à donner naissance à une résolution pacifique de ce conflit. J’encourage tous ceux qui y sont impliqués à continuer de marcher ensemble courageusement sur le chemin déjà tracé vers une paix juste et durable.

 

En regardant vers l’étranger, le Royaume-Uni demeure une réalité importante politiquement et économiquement sur la scène internationale. Votre Gouvernement et votre peuple ont forgé des idées qui ont encore un impact bien au-delà des Îles britanniques. Cela leur confère le devoir particulier d’agir avec sagesse en vue du bien commun. De même, parce que leurs opinions atteignent une audience aussi large, les médias britanniques ont une responsabilité plus lourde que la plupart des autres médias, et une plus grande opportunité pour promouvoir la paix entre les nations, le développement intégral des pays et la propagation d’authentiques droits de l’homme. Puissent tous les Britanniques continuer d’être animés par ces valeurs d’honnêteté, de respect et d’impartialité qui leur ont mérité l’estime et l’admiration de beaucoup !

 

Aujourd’hui, le Royaume-Uni s’efforce d’être une société moderne et multiculturelle. Dans ce noble défi puisse-t-il garder toujours son respect pour les valeurs traditionnelles et les expressions de la culture que des formes plus agressives de sécularisme n’estiment ni ne tolèrent même plus ! Qu’il n’enfouisse pas les fondements chrétiens qui sous-tendent ses libertés ; puisse aussi ce patrimoine qui a toujours servi le bien de la nation, inspirer constamment l’exemple que Votre Gouvernement et Votre peuple donne aux deux milliards de membres du Commonwealth et à la grande famille des nations de langue anglaise à travers le monde !

 

Que Dieu bénisse Votre Majesté et le peuple tout entier de votre royaume.  

   

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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 18:49

Conférence de presse tenue par le Pape Benoît XVI dans l’avion le conduisant vers le Royaume Uni, le 16 septembre 2010.

 

Première question : Durant la préparation de ce voyage, des discussions et des positions opposées ont été exprimées. Dans la tradition passée du pays, il y a de fortes positions anti-catholiques. Etes-vous préoccupé de la manière dont vous serez accueilli?

 

Réponse du Pape Benoît XVI : Tout d'abord, bonne journée et bon vol à nous tous. Je dois dire que je ne suis pas inquiet, parce que lorsque je me suis rendu en France, il a été dit qu'il s'agissait du pays le plus anticlérical, avec de forts courants anticléricaux et avec un très petit nombre de fidèles ; lorsque je suis allé en République tchèque, il a été dit que c'était le pays le plus a-religieux de toute l'Europe et le plus anticlérical lui aussi. Les pays occidentaux ont donc tous, chacun à leur manière et selon leur propre Histoire, de forts courants anticléricaux et anti-catholiques, mais ils ont aussi toujours une forte présence de foi. Ainsi, en France et en République tchèque, j'ai vu et j'ai reçu un accueil chaleureux de la part de la communauté catholique ; une forte attention de la part des agnostiques qui sont toutefois en quête, qui veulent connaître et trouver les valeurs qui font aller de l'avant l'humanité, et qui ont été très attentifs à pouvoir entendre de ma part quelque chose allant également dans ce sens ; et la tolérance et le respect de ceux qui sont anti-catholiques. Naturellement la Grande Bretagne a sa propre Histoire d'anti-catholicisme, bien entendu, mais c'est aussi un pays ayant une grande Histoire de tolérance. Ainsi, je suis sûr que, d'une part, il y aura un accueil positif des catholiques et des croyants, en général ; une attention de ceux qui cherchent comment aller de l'avant à notre époque, et le respect et la tolérance réciproque là où existe un anti-catholicisme. Je vais de l'avant avec beaucoup de courage et de joie.

 

Deuxième question : Le Royaume-Uni, comme beaucoup d'autres pays occidentaux — c'est un thème que vous avez déjà abordé dans la première réponse — est considéré comme un pays sécularisé ; il y a un fort mouvement athée ayant aussi des motivations culturelles ; toutefois il existe aussi des signes que la foi religieuse, en particulier en Jésus Christ, est encore vivante au niveau personnel. Qu'est-ce que cela peut signifier pour les catholiques et les anglicans? Peut-on faire quelque chose pour rendre l'Eglise, en tant qu'institution, encore plus crédible et attirante pour tous?

 

Réponse du Pape Benoît XVI : Je dirais qu'une Eglise qui cherche surtout à être attirante ferait déjà fausse route. Parce que l'Eglise ne travaille pas pour elle-même, elle ne travaille pas pour croître en nombre et ainsi augmenter son pouvoir. L'Eglise est au service d'un Autre, elle n’est pas utile pour elle-même, pour être un corps fort, mais pour rendre accessible l'annonce de Jésus Christ, les grandes vérités, les grandes forces d'amour, de réconciliation apparues à travers cette figure et qui viennent toujours de la présence de Jésus Christ. Dans ce sens, l'Eglise ne recherche pas à être attirante, mais elle doit être transparente pour Jésus Christ. Et dans la mesure où elle n'existe pas pour elle-même, comme un corps fort et puissant dans le monde, qui veut avoir du pouvoir, mais se fait simplement la voix d'un Autre, elle devient réellement transparence pour la grande figure du Christ et les grandes vérités qu'il a apportées dans l'humanité, la force de l'amour ; alors à ce moment-là, l'Eglise est écoutée et acceptée. Elle ne devrait pas penser à elle-même, mais aider à penser à l'Autre et, quant à elle, voir et parler de l’Autre et pour l'Autre. En ce sens, il me semble aussi que les anglicans et les catholiques ont le simple devoir, le même devoir, la même direction à prendre. Si les anglicans et les catholiques voient que ni les uns ni les autres ne servent pour eux-mêmes, mais sont des instruments pour le Christ, « ami de l'Epoux » — comme le dit saint Jean — si tous deux suivent la priorité du Christ et non la leur, alors ils se retrouvent également ensemble, parce qu'alors la priorité du Christ les rapproche et ils ne sont plus concurrents, chacun cherchant le plus grand nombre, mais ils sont associés dans l'engagement pour la vérité du Christ qui entre dans ce monde, et se trouvent ainsi réciproquement dans un œcuménisme vrai et fécond.

 

Troisième question : Comme chacun sait, et cela a été mis également en évidence par de récents sondages, le scandale des abus sexuels a fragilisé la confiance des fidèles dans l'Eglise. Comment pensez-vous contribuer à rétablir cette confiance?

 

Réponse du Pape Benoît XVI : Tout d'abord, je dois dire que ces révélations ont été pour moi un choc. Elles suscitent en moi une grande tristesse, il est difficile de comprendre comment cette perversion du ministère sacerdotal était possible. Le prêtre, au moment de l'ordination, préparé pendant plusieurs années, à ce moment-là, dit oui au Christ pour se faire sa voix, sa bouche, sa main et le servir de toute son existence pour que le Bon Pasteur, qui aime, aide et guide vers la vérité soit présent dans le monde. Comment un homme qui a fait et dit cela peut ensuite tomber dans cette perversion, c'est difficile à comprendre, c'est une grande tristesse, une tristesse aussi que l'autorité de l'Eglise n'ait pas été assez vigilante et pas suffisamment rapide, ferme, pour prendre les mesures nécessaires (…). Il me semble que nous devons à présent accomplir un temps de pénitence, un temps d'humilité, et renouveler et réapprendre une sincérité absolue. Quant aux victimes, dirais-je, trois choses sont importantes. Les victimes sont la première de nos priorités : comment pouvons-nous réparer, que pouvons-nous faire pour aider ces personnes à surmonter ce traumatisme, à retrouver la vie, à retrouver aussi la confiance dans le message du Christ. Prendre soin, s’engager pour les victimes: telle est la première priorité, à travers des aides matérielles, psychologiques, spirituelles. Deuxièmement, le problème des coupables : la juste peine, les exclure de toute possibilité d'accès aux jeunes, parce que nous savons que c'est une maladie et que la libre volonté ne fonctionne pas avec ce type de maladie ; nous devons protéger ces personnes contre elles-mêmes, et trouver le moyen de les aider et de les protéger contre elles-mêmes et les exclure de tout contact avec les jeunes. Le troisième point est la prévention dans l'éducation et dans le choix des candidats au sacerdoce. Etre attentifs de façon à ce que, selon les possibilités humaines, de futurs cas soient exclus (…).

 

Quatrième question : Votre Sainteté, la figure du cardinal Newman est évidemment très significative pour vous. Pour le cardinal Newman, vous faites l'exception de présider vous-même la béatification. Pensez-vous que son souvenir puisse aider à surmonter les divisions entres anglicans et catholiques? Et quels sont les aspects de sa personnalité sur lesquels vous souhaitez mettre plus fortement l'accent?

 

Réponse du Pape Benoît XVI : Le cardinal Newman est surtout d’une part un homme moderne, qui a vécu tout le problème de la modernité, qui a vécu aussi le problème de l'agnosticisme, de l'impossibilité de connaître Dieu, de croire. Un homme qui a été toute sa vie en chemin, sur le chemin conduisant à se laisser transformer par la vérité dans une recherche de grande sincérité et de grande disponibilité, pour mieux connaître et pour trouver, accepter la route vers la vraie vie. Cette modernité intérieure, de son être et de sa vie, implique la modernité de sa foi. Ce n'est pas une foi de formules appartenant à une époque passée : c’est une foi tout à fait personnelle, vécue, soufferte, trouvée, sur un long chemin de renouveau et de conversion. C'est un homme d'une grande culture, qui d'une part participe de notre culture sceptique d'aujourd'hui — à la question de savoir si nous pouvons comprendre quelque chose de certain sur la vérité de l'homme, de l'être ou non, et comment nous pouvons arriver à la convergence des probabilités. Un homme qui, d'autre part, avec une grande culture de la connaissance des Pères de l'Eglise, a étudié et renouvelé la genèse interne de la foi et reconnu ainsi sa figure et construction intérieure. C'est un homme d'une grande spiritualité, d'un grand humanisme, un homme de prière, d'une relation profonde avec Dieu et d'une relation personnelle, et pour cette raison également d'une relation profonde avec les autres hommes de son temps et du nôtre. Ces trois éléments, donc : la modernité de son existence, avec tous les doutes et les problèmes de notre être aujourd'hui ; une grande culture, la connaissance des grands trésors de la culture de l'humanité, la disponibilité d'une recherche permanente, d'un renouveau permanent ; et la spiritualité : une vie spirituelle, une vie avec Dieu, donnent à cet homme une grandeur exceptionnelle pour notre temps. C'est pourquoi c'est une figure de docteur de l'Eglise pour nous et pour tous, et c'est aussi un pont entre anglicans et catholiques.

 

Cinquième question : Une dernière question. Cette visite est considérée comme une visite d'Etat. Que signifie cela pour les relations entre le Saint-Siège et le Royaume-Uni? Y a-t-il des points importants d'accord? En particulier concernant les grands défis du monde actuel?

 

Réponse du Pape Benoît XVI : Je suis très reconnaissant à Sa Majesté la reine Elisabeth II, qui a voulu donner à cette visite le rang d'une visite d'Etat, qui sait exprimer le caractère public de cette visite ainsi que la responsabilité commune entre la politique et la religion pour l'avenir du continent et pour l'avenir de l'humanité. Nous avons une grande responsabilité commune afin que les valeurs qui créent la justice et la politique et qui viennent de la religion, soient ensemble, en chemin dans notre temps. Naturellement le fait qu'il s'agisse juridiquement d'une visite d'Etat ne fait pas de la visite un événement politique, parce que si le Pape est un chef d'Etat, il s'agit uniquement d'un instrument pour garantir l'indépendance de son annonce et le caractère public de son travail de pasteur. En ce sens, la visite d'Etat demeure elle aussi substantiellement et essentiellement une visite pastorale, c'est-à-dire une visite dans la responsabilité de la foi, pour laquelle le Souverain Pontife, le Pape, existe. Et naturellement, ce caractère de visite d’Etat place au centre de l'attention les recoupements entre l'intérêt de la politique et de la religion. La politique substantiellement est créée pour garantir la justice, et avec la justice la liberté, mais la justice est une valeur morale, une valeur religieuse et ainsi la foi, l'annonce de l'Evangile, est reliée, au point «justice», avec la politique, et ici aussi naissent les intérêts communs. La Grande-Bretagne a une grande expérience et une grande activité dans la lutte contre les maux de ce temps, contre la misère, la pauvreté, les maladies, la drogue et toutes ces luttes contre la misère, la pauvreté, l’esclavage de l'homme, l'abus de l'homme, la drogue, sont aussi des objectifs de la foi, parce que ce sont des objectifs de l'humanisation de l'homme, pour que soit restituée l'image de Dieu contre les destructions et les dévastations. Une deuxième tâche commune est l'engagement pour la paix dans le monde et la capacité de vivre la paix, l'éducation à la paix. Créer les vertus qui rendent l'homme capable de paix. Et enfin, un élément essentiel de la paix est le dialogue entre les religions, la tolérance, l'ouverture de l’un pour l'autre, et cela est aussi un profond objectif, tant de la Grande-Bretagne comme société, que de la foi catholique, d'ouvrir les cœurs, d'ouvrir au dialogue, d'ouvrir ainsi à la vérité et au chemin commun de l'humanité, afin de retrouver les valeurs qui sont le fondement de notre humanisme.

 

 

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