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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 17:51

Méditation du Pape Benoît XVI lors de la première Assemblée spéciale du Synode des Evêques pour le Moyen-Orient, le 11 octobre 2010.

 

Chers frères et sœurs,

 

Le 11 octobre 1962, voici 48 ans, le Pape Jean XXIII inaugurait le Concile Vatican II. Le 11 octobre voyait alors la célébration de la fête de la Divine Maternité de Marie et, par ce geste, le Pape Jean XXIII voulait confier l'ensemble du Concile aux mains maternelles, au cœur maternel de la Sainte Vierge. Nous aussi, nous commençons le 11 octobre et nous aussi, nous voulons confier ce Synode, avec tous les problèmes, avec tous les défis, avec toutes les espérances, au cœur maternel de la Vierge Marie, Mère de Dieu.

 

Pie XI, en 1931, avait introduit cette fête, 1.500 ans après le Concile d'Ephèse, qui avait légitimé pour Marie le titre de Theotókos, Dei Genitrix. Dans ce grand mot de Dei Genitrix, de Theotókos, le Concile d'Ephèse avait résumé toute la doctrine du Christ, de Marie, toute la doctrine de la rédemption. Et il vaut donc la peine de réfléchir un peu, pendant un instant, sur ce dont parle le Concile d'Ephèse, ce dont il parle en ce jour.

 

En réalité, Theotókos est un titre audacieux. Une femme est la Mère de Dieu. On pourrait dire : comment est-ce possible? Dieu est éternel, il est le Créateur. Nous sommes des créatures, nous sommes dans le temps : comment une personne humaine pourrait-elle être la Mère de Dieu, de l'Eternel, étant donné que nous sommes tous dans le temps, que nous sommes tous des créatures? L'on comprend donc qu'il existait une forte opposition, en partie, contre ce mot. Les nestoriens disaient : on peut parler de Christotokos, oui, mais pas de Theotókos. Théos, Dieu, est au-delà, au-dessus des événements de l'Histoire. Mais le Concile a décidé cela et précisément ainsi, il a mis en lumière l'aventure de Dieu, la grandeur de ce qu'Il a fait pour nous. Dieu n'est pas demeuré en lui : il est sorti de lui, il s'est tellement uni, de manière si radicale avec cet homme, Jésus, que cet homme Jésus est Dieu, et si nous parlons de Lui, nous pouvons toujours également parler de Dieu. Ce n'est pas seulement un homme qui avait à faire avec Dieu qui est né mais, en Lui, Dieu est né sur la terre. Dieu est sorti de Lui-même. Mais nous pouvons également dire le contraire : Dieu nous a attirés en Lui, de sorte que nous ne sommes plus hors de Dieu, mais que nous sommes en Lui, dans l'intimité de Dieu même.

 

La philosophie aristotélicienne, nous le savons bien, nous dit qu'entre Dieu et l'homme existe seulement une relation non réciproque. L'homme se réfère à Dieu, mais Dieu, l'Eternel, est en Lui, Il ne change pas : Il ne peut avoir aujourd'hui cette relation et demain une autre. Il demeure en lui, Il n'a pas de relation ad extra. C'est un terme très logique mais qui conduit au désespoir : donc Dieu n'a pas de relation avec moi. Avec l'Incarnation, avec l'événement de la Theotókos, ceci a été modifié de manière radicale parce que Dieu nous a attirés en Lui-même et Dieu en tant que tel est relation, et nous fait participer de sa relation intérieure. Ainsi, nous sommes dans son être Père, Fils et Saint-Esprit, nous sommes à l'intérieur de son être en relation, nous sommes en relation avec Lui et Lui a réellement créé une relation avec nous. En ce moment, Dieu voulait être né d'une femme et être toujours Lui-même : tel est le grand événement. Ainsi, nous pouvons comprendre la profondeur de l'acte du Pape Jean XXIII qui confia l'assemblée conciliaire, synodale, au mystère central, à la Mère de Dieu qui est attirée par le Seigneur en Lui-même et ainsi nous tous avec Elle.

 

Le Concile a commencé avec l'icône de la Theotókos. A la fin, le Pape Paul VI reconnaît à la même Vierge Marie le titre de Mater Ecclesiae. Et ces deux icônes, qui débutent et clôturent le Concile, sont intrinsèquement liées, constituant à la fin une seule icône. Parce que le Christ n'est pas né comme un individu parmi d'autres. Il est né pour se créer un corps : Il est né – ainsi que le dit Saint Jean au chapitre 12 de son Evangile – pour attirer tous les hommes à Lui et en Lui. Il est né – comme le disent les Epîtres aux Colossiens et aux Ephésiens – pour récapituler le monde entier, Il est né comme premier né d'une multitude de frères, Il est né pour réunir en Lui l’univers, de telle sorte qu'Il est la Tête d'un grand Corps. Là où naît le Christ, commence le mouvement de la récapitulation, commence le moment de l'appel, de la construction de son Corps, de Sa Sainte Eglise. La Mère de Théos, la Mère de Dieu, est Mère de l'Eglise parce qu'Elle est Mère de Celui qui est venu pour nous réunir tous dans Son Corps ressuscité.

 

Saint Luc nous fait comprendre cela dans le parallélisme entre le premier chapitre de son Evangile et le premier chapitre des Actes des Apôtres, qui répètent, sur deux niveaux, le même mystère. Dans le premier chapitre de l'Evangile, l'Esprit Saint se pose sur Marie et ainsi elle enfante et nous donne le Fils de Dieu. Dans le premier chapitre des Actes des Apôtres, Marie est au centre des disciples de Jésus qui prient tous ensemble, implorant la nuée de l'Esprit Saint. Et ainsi, de l'Eglise croyante, avec Marie en son centre, naît l'Eglise, le Corps du Christ. Cette double naissance est l'unique naissance du Christus totus, du Christ qui embrasse le monde et nous tous.

 

Naissance à Bethléem, naissance au Cénacle. Naissance de l'Enfant Jésus, naissance du Corps du Christ, de l'Eglise. Ce sont deux événements ou bien un unique événement. Mais, entre les deux, se trouvent réellement la Croix et la Résurrection. Et c'est seulement par la Croix qu'advient le chemin vers la totalité du Christ, vers Son Corps ressuscité, vers l'universalisation de Son être dans l'unité de l'Eglise. Et ainsi, en tenant compte du fait que seul du grain tombé en terre naît ensuite la grande récolte, du Seigneur transpercé sur la Croix provient l'universalité de ses disciples en Son Corps, mort et ressuscité.

 

En tenant compte de ce lien entre Theotókos et Mater Ecclesiae, notre regard va vers le dernier livre de l'Ecriture Sainte, l'Apocalypse, dans lequel au chapitre 12, apparaît justement cette synthèse. La femme revêtue de soleil, avec douze étoiles sur la tête et la lune sous les pieds, enfante. Et elle enfante avec un cri de douleur, elle enfante avec une grande douleur. Ici, le mystère marial est le mystère de Bethléem élargi au mystère de l’univers. Le Christ naît toujours de nouveau en toutes les générations et ainsi il assume, il rassemble en Lui-même l'humanité. Et cette naissance cosmique se réalise dans le cri de la Croix, dans la douleur de la Passion. Et à ce cri de la Croix appartient le sang des martyrs.

 

Ainsi, en ce moment, nous pouvons jeter un regard sur le deuxième Psaume de la prière du milieu du jour, le Psaume 81, où l'on voit une partie de ce processus. Dieu est parmi les dieux – ils sont encore considérés comme dieux en Israël. Dans ce psaume, dans une grande concentration, en une vision prophétique, on voit la perte de puissance des dieux. Ceux qui apparaissaient tels ne sont pas des dieux et perdent leur caractère divin, tombant à terre. Dii estis et moriemini sicut nomine (cf. Ps 81, 6-7) : la perte de puissance, la chute des divinités.

 

Ce processus qui se réalise dans le long chemin de la foi d'Israël et qui est ici résumé dans une vision unique, est un processus véritable de l'Histoire de la religion : la chute des dieux. Et ainsi la transformation du monde, la connaissance du vrai Dieu, l’affaiblissement des forces qui dominent la terre, est un processus de douleur. Dans l'Histoire d'Israël, nous voyons comment cette libération du polythéisme, cette reconnaissance – « Lui seul est Dieu » – se réalise au milieu de nombreuses souffrances, en commençant par le chemin d'Abraham, l'exil, les Macchabées, jusqu'au Christ. Et dans l'Histoire, ce processus de perte de pouvoir dont parle l'Apocalypse au chapitre 12 se poursuit ; il parle de la chute des anges qui ne sont pas des anges, qui ne sont pas des divinités sur la terre. Et il se réalise réellement, justement dans le temps de l'Eglise naissante où nous voyons comment les divinités, en commençant par le divin empereur de toutes ces divinités, perdent leur pouvoir par le sang des martyrs. C'est le sang des martyrs, la douleur, le cri de la Mère Eglise qui les fait tomber et transforme ainsi le monde.

 

Cette chute n'est pas seulement la connaissance qu'elles ne sont pas Dieu ; c'est le processus de transformation du monde, qui coûte le sang, qui coûte la souffrance des témoins du Christ. Et, à bien regarder, nous voyons que ce processus n'est jamais fini. Il se réalise dans les différentes périodes de l'Histoire de manières toujours nouvelles ; aujourd'hui encore, au moment où le Christ, l'unique Fils de Dieu, doit naître pour le monde avec la chute des dieux, avec la douleur, le martyr des témoins. Pensons aux grandes puissances de l'Histoire d'aujourd'hui, pensons aux capitaux anonymes qui réduisent l'homme en esclavage, qui ne sont plus chose de l'homme, mais constituent un pouvoir anonyme que les hommes servent, par lequel les hommes sont tourmentés et même massacrés. Il s'agit d'un pouvoir destructeur, qui menace le monde. Pensons ensuite au pouvoir des idéologies terroristes. La violence est apparemment pratiquée au nom de Dieu, mais ce n'est pas Dieu: ce sont de fausses divinités qui doivent être démasquées, qui ne sont pas Dieu. Pensons ensuite à la drogue, ce pouvoir qui, telle une bête féroce, étend ses mains sur toutes les parties de la terre et détruit : c'est une divinité mais une fausse divinité qui doit tomber. Pensons encore à la manière de vivre répandue par l'opinion publique: aujourd'hui, on fait comme ça, le mariage ne compte plus, la chasteté n'est plus une vertu, et ainsi de suite.

 

Ces idéologies dominantes, qui s'imposent avec force, sont des divinités. Et dans la douleur des saints, dans la douleur des croyants, de la Mère Eglise dont nous faisons partie, doivent tomber ces divinités, doit se réaliser ce que disent les Epîtres aux Colossiens et aux Ephésiens : les dominations, les pouvoirs tombent et deviennent sujets de l'unique Seigneur Jésus Christ. Cette lutte dans laquelle nous nous trouvons, cette perte de puissance de dieu, cette chute des faux dieux, qui tombent parce qu'ils ne sont pas des divinités mais des pouvoirs qui détruisent le monde, est évoquée par l'Apocalypse au chapitre 12 à travers une image mystérieuse pour laquelle, il me semble, existent différentes belles interprétations. Il est dit que le dragon vomit un grand fleuve d'eau contre la Femme en fuite pour l'entraîner dans ses flots. Et il semble inévitable que la Femme soit noyée dans ce fleuve. Mais la bonne terre absorbe ce fleuve et il ne peut lui nuire. Je pense que le fleuve peut être facilement interprété : ce sont ces courants qui dominent tout et qui veulent faire disparaître la foi de l'Eglise, qui ne semble plus avoir de place face à la force de ces courants qui s'imposent comme la seule rationalité, comme la seule manière de vivre. Et la terre qui absorbe ces courants est la foi des simples, qui ne se laisse pas emporter par ces fleuves et sauve la Mère et sauve le Fils. C'est pourquoi le Psaume dit – le premier psaume du milieu du jour – la foi des simples est la vraie sagesse (cf. Ps 118, 130). Cette véritable sagesse de la foi simple qui ne se laisse pas dévorer par les eaux, est la force de l'Eglise. Et nous en sommes revenus au mystère marial.

 

Et il y a également un dernier mot dans le Psaume 81, movebuntur omnia fundamenta terrae (Ps 81, 5), les fondements de la terre vacillent. Nous le voyons aujourd'hui, avec les problèmes climatiques, combien sont menacés les fondements de la terre, mais ils sont menacés par notre comportement. Les fondements extérieurs vacillent parce que vacillent les fondements intérieurs, les fondements moraux et religieux, la foi dont découle la droite manière de vivre. Et nous savons que la foi est le fondement et, en définitive, les fondements de la terre ne peuvent vaciller si la foi, la vraie sagesse demeure ferme.

 

Et puis le Psaume dit : « Lève-Toi Seigneur, et juge la terre » (Ps 81, 8). Ainsi, disons, nous aussi, au Seigneur : « Lève-toi en ce moment, prends la terre entre tes mains, protège ton Eglise, protège l'humanité, protège la terre ». Et remettons-nous à nouveau à la Mère de Dieu, à Marie et prions : « Toi la grande croyante, toi qui as porté la terre au ciel, aide-nous, ouvre aujourd'hui encore les portes pour que soit victorieuse la vérité, la volonté de Dieu, qui est le vrai bien, le vrai salut du monde ». Amen. 

 

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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 18:42

Lettre du Pape Benoît XVI aux séminaristes, le 18 octobre 2010.

 

Chers Séminaristes,

 

En décembre 1944, lorsque je fus appelé au service militaire, le commandant de la compagnie demanda à chacun de nous quelle profession il envisageait pour son avenir. Je répondis que je voulais devenir prêtre catholique. Le sous-lieutenant me répondit : « Alors vous devrez chercher quelque chose d’autre. Dans la nouvelle Allemagne, il n’y a plus besoin de prêtres. » Je savais que cette « nouvelle Allemagne » était déjà sur le déclin, et qu’après les énormes dévastations apportées par cette folie dans le pays, il y aurait plus que jamais besoin de prêtres. Aujourd’hui, la situation est complètement différente. Mais, de diverses façons, beaucoup aujourd’hui aussi pensent que le sacerdoce catholique n’est pas une « profession » d’avenir, mais qu’elle appartient plutôt au passé.

 

Vous, chers amis, vous vous êtes décidés à entrer au séminaire, et vous vous êtes donc mis en chemin vers le ministère sacerdotal dans l’Église catholique, à l’encontre de telles objections et opinions. Vous avez bien fait d’agir ainsi. Car les hommes auront toujours besoin de Dieu, même à l’époque de la domination technique du monde et de la mondialisation ; de Dieu qui s’est rendu visible en Jésus Christ et qui nous rassemble dans l’Église universelle pour apprendre avec lui et par lui la vraie vie et pour tenir présents et rendre efficaces les critères de l’humanité véritable. Là où l’homme ne perçoit plus Dieu, la vie devient vide ; tout est insuffisant. L’homme cherche alors refuge dans la griserie ou dans la violence qui menacent toujours plus particulièrement la jeunesse. Dieu est vivant. Il a créé chacun de nous et nous connaît donc tous. Il est si grand qu’il a du temps pour nos petites choses : « Les cheveux de votre tête sont tous comptés ». Dieu est vivant, et il a besoin d’hommes qui vivent pour lui et qui le portent aux autres. Oui, cela a du sens de devenir prêtre : le monde a besoin de prêtres, de pasteurs, aujourd’hui, demain et toujours, tant qu’il existera.

 

Le séminaire est une communauté en chemin vers le service sacerdotal. Avec cela, j’ai déjà dit quelque chose de très important : on ne devient pas prêtre tout seul. Il faut « la communauté des disciples », l’ensemble de ceux qui veulent servir l’Église. Par cette lettre, je voudrais mettre en évidence – en jetant aussi un regard en arrière sur ce que fut mon temps au séminaire – quelques éléments importants pour ces années où vous êtes en chemin.

 

1. Celui qui veut devenir prêtre doit être par-dessus tout « un homme de Dieu », comme le décrit Saint Paul (1 Tm 6, 11). Pour nous, Dieu n’est pas une hypothèse lointaine, il n’est pas un inconnu qui s’est retiré après le Big Bang. Dieu s’est montré en Jésus Christ. Sur le visage de Jésus Christ, nous voyons le visage de Dieu. Dans ses paroles, nous entendons Dieu lui-même nous parler. C’est pourquoi, le plus important dans le chemin vers le sacerdoce et durant toute la vie sacerdotale, c’est la relation personnelle avec Dieu en Jésus Christ. Le prêtre n’est pas l’administrateur d’une quelconque association dont il cherche à maintenir et à augmenter le nombre des membres. Il est le messager de Dieu parmi les hommes. Il veut conduire à Dieu et ainsi faire croître aussi la communion véritable des hommes entre eux. C’est pour cela, chers amis, qu’il est si important que vous appreniez à vivre en contact constant avec Dieu. Lorsque le Seigneur dit : « Priez en tout temps », il ne nous demande pas naturellement de réciter continuellement des prières, mais de ne jamais perdre le contact intérieur avec Dieu. S’exercer à ce contact est le sens de notre prière. C’est pourquoi il est important que la journée commence et s’achève par la prière. Que nous écoutions Dieu dans la lecture de l’Ecriture. Que nous lui disions nos désirs et nos espérances ; nos joies et nos souffrances, nos erreurs et notre action de grâce pour chaque chose belle et bonne et que, de cette façon, nous l’ayons toujours devant nos yeux comme point de référence de notre vie. Nous prenons alors conscience de nos erreurs et apprenons à travailler pour nous améliorer ; mais nous devenons aussi sensibles à tout le bien et à tout le beau que nous recevons chaque jour comme quelque chose allant de soi et ainsi la gratitude grandit en nous. Et avec la gratitude, grandit la joie pour le fait que Dieu nous est proche et que nous pouvons le servir.

 

2. Dieu n’est pas seulement une parole pour nous. Dans les sacrements il se donne à nous en personne, à travers les choses corporelles. Le centre de notre rapport avec Dieu et de la configuration de notre vie, c’est l’Eucharistie. La célébrer en y participant intérieurement et rencontrer ainsi le Christ en personne doit être le centre de toutes nos journées. Saint Cyprien a interprété la demande de l’Evangile : « Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien », en disant, entre autre, que « notre » pain, le pain que nous pouvons recevoir en chrétiens dans l’Eglise, est le Seigneur eucharistique lui-même. Dans la demande du Notre Père, nous prions donc pour qu’il nous donne chaque jour « notre » pain ; qu’il soit toujours la nourriture de notre vie. Que le Christ ressuscité, qui se donne à nous dans l’Eucharistie modèle vraiment toute notre vie par les splendeurs de son amour divin. Pour la juste célébration eucharistique, il est nécessaire aussi que nous apprenions à connaître, à comprendre et à aimer la liturgie de l’Église dans sa forme concrète. Dans la liturgie, nous prions avec les fidèles de tous les siècles – passé, présent et avenir s’unissent en un unique grand chœur de prière. Comme je puis l’affirmer à propos de mon propre chemin, c’est une chose enthousiasmante que d’apprendre à comprendre peu à peu comment tout cela a grandi, quelle expérience de foi se trouve dans la structure de la Liturgie de la Messe, combien de générations ont contribué à la former en priant !

 

3. Le Sacrement de Pénitence aussi est important. Il m’enseigne à me regarder du point de vue de Dieu, et m’oblige à être honnête envers moi-même. Il me conduit à l’humilité. Le Curé d’Ars a dit une fois : « Vous pensez que cela n’a pas de sens d’obtenir l’absolution aujourd’hui, sachant que demain vous ferez de nouveau les mêmes péchés. Mais, – a-t-il dit – Dieu lui-même oublie en cet instant vos péchés de demain pour vous donner sa grâce aujourd’hui. » Bien que nous ayons à combattre continuellement contre les mêmes erreurs, il est important de s’opposer à l’abrutissement de l’âme, à l’indifférence qui se résigne au fait d’être ainsi fait. Il est important de continuer à marcher, sans être scrupuleux, dans la conscience reconnaissante que Dieu me pardonne toujours de nouveau. Mais aussi sans l’indifférence qui ne ferait plus lutter pour la sainteté et pour l’amélioration. Et en me laissant pardonner, j’apprends encore à pardonner aux autres. Reconnaissant ma misère, je deviens plus tolérant et compréhensif devant les faiblesses du prochain.

 

4. Maintenez en vous la sensibilité pour la piété populaire, qui est différente selon les cultures, mais qui est aussi toujours très semblable, parce que le cœur de l’homme est, en fin de compte, toujours le même. Certes, la piété populaire tend vers l’irrationalité, parfois même vers l’extériorité. Pourtant l’exclure est une grande erreur. A travers elle, la foi est entrée dans le cœur des hommes, elle a fait partie de leurs sentiments, de leurs habitudes, de leur manière commune de sentir et de vivre. C’est pourquoi la piété populaire est un grand patrimoine de l’Eglise. La foi s’est faite chair et sang. La piété populaire doit certainement être toujours purifiée, recentrée, mais elle mérite notre amour et elle nous rend nous-mêmes de façon pleinement réelle « Peuple de Dieu ». 

 

5. Le temps du séminaire est aussi et par-dessus tout un temps d’étude. La foi chrétienne a une dimension rationnelle et intellectuelle qui lui est essentielle. Sans elle, la foi ne serait pas elle-même. Paul parle d’« une forme d’enseignement » à laquelle nous avons été confiés dans le baptême (Rm 6, 17). Vous connaissez tous la parole de Saint Pierre, considérée par les théologiens médiévaux comme la justification d’une théologie rationnelle et scientifiquement élaborée : « Toujours prêts à la défense contre quiconque vous demande 'raison' (logos) de l’espérance qui est en vous » (1 P 3, 15). Apprendre à devenir capable de donner de telles réponses est l’un des principaux buts des années de séminaire. Je ne peux que vous prier avec insistance : Etudiez avec sérieux ! Mettez à profit les années d’étude ! Vous ne vous en repentirez pas. Certes, souvent la matière des études semble très éloignée de la pratique de la vie chrétienne et du service pastoral. Toutefois il est complètement erroné de poser toujours immédiatement la question pragmatique : est-ce que cela pourra me servir plus tard ? Est-ce-que cela sera d’une utilité pratique, pastorale ? Il ne s’agit pas justement d’apprendre seulement ce qui est évidemment utile, mais de connaître et de comprendre la structure interne de la foi dans sa totalité, pour qu’elle devienne ainsi réponse aux demandes des hommes, lesquels changent du point de vue extérieur de générations en générations, tout en restant au fond les mêmes. C’est pourquoi il est important d’aller au-delà des questions changeantes du moment pour comprendre les questions vraiment fondamentales et ainsi comprendre aussi les réponses comme de vraies réponses. Il est important de connaître à fond la Sainte Ecriture en entier, dans son unité d’Ancien et de Nouveau Testament : la formation des textes, leur particularité littéraire, leur composition progressive jusqu’à former le canon des livres sacrés, leur unité dynamique intérieure qui ne se trouve pas en surface, mais qui, seule, donne à tous et à chacun des textes leur pleine signification. Il est important de connaître les Pères et les grands Conciles, dans lesquels l’Eglise a assimilé, en réfléchissant et en croyant, les affirmations essentielles de l’Ecriture. Je pourrais continuer encore : ce que nous appelons la dogmatique, c’est la manière de comprendre les contenus de la foi dans leur unité, et même dans leur ultime simplicité : chaque détail unique est finalement simple déploiement de la foi en l’unique Dieu qui s’est manifesté et se manifeste à nous. Je n’ai pas besoin de dire expressément l’importance de la connaissance des questions essentielles de la théologie morale et de la doctrine sociale catholique. Combien est importante aujourd’hui la théologie œcuménique ; la connaissance des différentes communautés chrétiennes est une évidence ; pareillement, la nécessité d’une orientation fondamentale sur les grandes religions, sans oublier la philosophie : la compréhension de la quête des hommes et des questions qu’ils se posent, auxquelles la foi veut apporter une réponse. Mais apprenez aussi à comprendre et – j’ose dire – à aimer le droit canon dans sa nécessité intrinsèque et dans les formes de son application pratique : une société sans droit serait une société privée de droits. Le droit est condition de l’amour. Je ne veux pas maintenant poursuivre cette énumération, mais seulement redire encore : aimez l’étude de la théologie et poursuivez-la avec une sensibilité attentive pour enraciner la théologie dans la communauté vivante de l’Eglise, laquelle, avec son autorité, n’est pas un pôle opposé à la science théologique, mais son présupposé. Sans l’Eglise qui croit, la théologie cesse d’être elle-même et devient un ensemble de diverses disciplines sans unité intérieure.

 

6. Les années de séminaire doivent être aussi un temps de maturation humaine. Pour le prêtre, qui devra accompagner les autres le long du chemin de la vie et jusqu’aux portes de la mort, il est important qu’il ait lui-même mis en juste équilibre le cœur et l’intelligence, la raison et le sentiment, le corps et l’âme, et qu’il soit humainement « intègre ». C’est pour cela que la tradition chrétienne a toujours uni aux « vertus théologales », « les vertus cardinales », dérivées de l’expérience humaine et de la philosophie, et en général la saine tradition éthique de l’humanité. Paul le dit aux Philippiens de façon très claire : « Enfin, frères, tout ce qu’il y a de vrai, de noble, de juste, de pur, d’aimable, d’honorable, tout ce qu’il peut y avoir de bon dans la vertu et la louange humaines, voilà ce qui doit vous préoccuper » (4, 8). L’intégration de la sexualité dans l’ensemble de la personnalité fait aussi partie de ce contexte. La sexualité est un don du Créateur, mais aussi une tâche qui regarde le développement de l’être humain. Lorsqu’elle n’est pas intégrée dans la personne, la sexualité devient quelque chose de banal et en même temps destructive. Nous le voyons aujourd’hui dans notre société à travers de nombreux exemples. Récemment, nous avons dû constater avec une grande peine que des prêtres ont défiguré leur ministère par l’abus sexuel d’enfants et de jeunes. Au lieu de conduire les personnes vers une humanité mature, et d’en être l’exemple, ils ont provoqué, par leurs abus, des destructions dont nous éprouvons une profonde douleur et un profond regret. A cause de tout cela peut surgir en beaucoup, peut-être aussi en vous-mêmes, la question de savoir s’il est bien de devenir prêtre ; si le chemin du célibat est raisonnable comme vie humaine. Mais l’abus, qui est à réprouver absolument, ne peut discréditer la mission sacerdotale, laquelle demeure grande et pure. Grâce à Dieu, nous connaissons tous des prêtres convaincants, pleins de foi, qui témoignent que dans cet état et précisément dans la vie du célibat, on peut parvenir à une humanité authentique, pure et mature. Ce qui est arrivé doit toutefois nous rendre plus vigilants et attentifs, justement pour nous interroger soigneusement nous-mêmes, devant Dieu, dans le chemin vers le sacerdoce, pour comprendre si c’est sa volonté pour moi. Les confesseurs et vos supérieurs ont cette tâche de vous accompagner et de vous aider dans ce parcours de discernement. Pratiquer les vertus humaines fondamentales est un élément essentiel de votre chemin, en gardant le regard fixé sur le Dieu qui s’est manifesté dans le Christ, en se laissant toujours de nouveau purifier par Lui.

 

7. Aujourd’hui, les débuts de la vocation sacerdotale sont plus variés et différents que par le passé. La décision de devenir prêtre naît aujourd’hui souvent au sein d’une expérience professionnelle séculière déjà commencée. Elle mûrit souvent dans la communauté, spécialement dans les mouvements, qui favorisent une rencontre communautaire avec le Christ et son Eglise, une expérience spirituelle et la joie dans le service de la foi. La décision mûrit aussi dans les rencontres tout à fait personnelles avec la grandeur et la misère de l’être humain. Ainsi, les candidats au sacerdoce vivent souvent sur des continents spirituels extrêmement divers. Il pourra être difficile de reconnaître les éléments communs du futur envoyé et de son itinéraire spirituel. C’est vraiment pour cela que le séminaire est important comme communauté en chemin au-dessus des diverses formes de spiritualité. Les mouvements sont une chose magnifique. Vous savez combien je les apprécie et les aime comme don de l’Esprit Saint à l’Eglise. Ils doivent toutefois être évalués selon la manière avec laquelle ils sont tous ouverts à la réalité catholique commune, à la vie de l’unique et commune Eglise du Christ qui, dans toute sa variété demeure toutefois une. Le séminaire est la période où vous apprenez les uns avec les autres, les uns des autres. Dans la vie en commun, peut-être difficile parfois, vous devez apprendre la générosité et la tolérance non seulement en vous supportant mutuellement, mais en vous enrichissant les uns les autres, si bien que chacun puisse apporter ses dons particuliers à l’ensemble, tandis que tous servent la même Eglise, le même Seigneur. Cette école de tolérance, bien plus, d’acceptation et de compréhension mutuelles dans l’unité du Corps du Christ, fait partie des éléments importants de vos années de séminaire.

 

Chers séminaristes ! J’ai voulu vous montrer par ces lignes combien je pense à vous surtout en ces temps difficiles et combien je vous suis proche par la prière. Priez aussi pour moi, pour que je puisse bien remplir mon service, tant que le Seigneur le veut. Je confie votre cheminement de préparation au sacerdoce à la protection de la Vierge Marie, dont la maison fut une école de bien et de grâce. Que Dieu tout-puissant vous bénisse tous, le Père, le Fils et l’Esprit Saint.

 

 

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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 19:25

Discours du Pape Benoît XVI lors de sa rencontre avec les prêtres, les religieux et les séminaristes en la cathédrale de Palerme (Italie), le 3 octobre 2010.

 

Vénérés frères dans l'épiscopat,

Chers frères et sœurs!

 

A l'occasion de cette visite pastorale sur votre terre, je ne pouvais manquer de vous rencontrer. Merci de votre accueil! J'ai beaucoup apprécié dans les paroles de l'archevêque, l’analogie entre la beauté de la cathédrale et celle de l’édifice de « pierres vivantes » que vous constituez. Oui, en ce moment bref mais intense avec vous, je peux admirer le visage de l'Eglise, dans la variété de ses dons. Et, en tant que Successeur de Pierre, j'ai la joie de vous confirmer dans l'unique foi et dans la profonde communion que le Seigneur Jésus Christ nous a obtenues […].

 

L'adoration eucharistique que nous avons la grâce et la joie de partager, nous a révélé et nous a fait ressentir le sens profond de ce que nous sommes : membres du Corps du Christ qui est l'Eglise. Prostré devant Jésus, ici au milieu de vous, je lui ai demandé d'enflammer vos cœurs avec sa charité, afin que vous soyez assimilés à lui et que vous puissiez l'imiter dans le don le plus complet et le plus généreux à l'Eglise et aux frères.

 

Chers prêtres, je voudrais m'adresser avant tout à vous. Je sais que vous travaillez avec zèle et intelligence, sans épargner vos énergies. Le Seigneur Jésus, auquel vous avez consacré votre vie, est avec vous! Soyez toujours des hommes de prière, pour être aussi des maîtres de prière. Que vos journées soient rythmées par les temps de la prière, durant lesquels, sur le modèle de Jésus, vous vous entretenez dans un dialogue régénérant avec le Père. Il n'est pas facile de rester fidèles à ces rendez-vous quotidiens avec le Seigneur, surtout de nos jours, où le rythme de la vie est devenu frénétique et les occupations absorbent toujours davantage. Nous devons toutefois en être convaincus, le moment de la prière est fondamental : en elle, la grâce divine agit avec plus d'efficacité, en donnant fécondité au ministère. Beaucoup de choses nous pressent, mais si nous ne sommes pas intérieurement en communion avec Dieu, nous ne pouvons rien donner non plus aux autres. Nous devons toujours réserver le temps nécessaire pour « être avec lui » (cf. Mc 3, 14).

 

Le Concile Vatican II affirme à propos des prêtres : « C’est dans le culte ou synaxe eucharistique que s’exerce par excellence leur charge sacrée » (Const. dogm. Lumen gentium, n. 28). L'Eucharistie est la source et le sommet de toute la vie chrétienne. Chers frères prêtres, pouvons-nous dire qu'elle l'est pour nous, pour notre vie sacerdotale? Quel soin consacrons-nous à la préparation de la Messe, à sa célébration, à demeurer en adoration? Nos églises sont-elles vraiment une « maison de Dieu », où sa présence attire les personnes, qui malheureusement aujourd'hui sentent souvent l'absence de Dieu?

 

Le prêtre trouve toujours, et de manière immuable, la source de son identité dans le Christ Prêtre. Ce n'est pas le monde qui définit notre statut, selon les besoins et les conceptions des rôles sociaux. Le prêtre est marqué par le sceau du Sacerdoce du Christ, pour participer à sa fonction d'unique Médiateur et Rédempteur. En vertu de ce lien fondamental, s'ouvre au prêtre le champ immense du service des âmes, pour leur Salut dans le Christ et dans l'Eglise. Un service qui doit être entièrement inspiré par la charité du Christ. Dieu veut que tous les hommes soient sauvés, qu'aucun ne se perde. Le saint Curé d'Ars disait : « Le prêtre doit être toujours prêt à répondre aux besoins des âmes. Il n'est pas pour lui-même, il est pour vous ». Le prêtre est pour les fidèles : il les anime et les soutient dans l'exercice du sacerdoce commun des baptisés, dans leur chemin de foi, à cultiver l'espérance, à vivre la charité, l'amour du Christ. Chers prêtres, ayez toujours une attention particulière également pour le monde des jeunes. Comme le dit sur cette terre le Vénérable Jean-Paul II, ouvrez grand les portes de vos paroisses aux jeunes, pour qu'ils puissent ouvrir les portes de leur cœur au Christ! Qu'ils ne les trouvent jamais fermées!

 

Le prêtre ne peut pas demeurer éloigné des préoccupations quotidiennes du Peuple de Dieu ; au contraire, il doit être très proche, mais en tant que prêtre, toujours dans la perspective du Salut et du Royaume de Dieu. Il est le témoin et le dispensateur d'une vie différente de la vie terrestre (cf. Décr. Presbyterorum Ordinis, n. 3). Il est porteur d'une espérance forte, d'une « espérance fiable », celle du Christ, avec laquelle affronter le présent, même s'il est souvent difficile (cf. Enc. Spe salvi, n. 1). Il est essentiel pour l'Eglise que l'identité du prêtre soit sauvegardée, dans sa dimension « verticale ». La vie et la personnalité de Saint Jean-Marie Vianney, mais aussi de tant de saints de votre terre, comme Saint Annibale Maria di Francia, le bienheureux Giacomo Cusmano ou le bienheureux Francesco Spoto, en sont des exemples particulièrement forts et éclairants.

 

L'Eglise de Palerme a rappelé récemment l'anniversaire du barbare assassinat de Don Giuseppe Puglisi, qui appartenait à ce presbyterium, tué par la mafia. Il avait un cœur qui brûlait d’une authentique charité pastorale ; dans son ministère zélé, il a accordé une large place à l'éducation des enfants et des jeunes, et il a également œuvré pour que chaque famille chrétienne vive la vocation fondamentale de première éducatrice de la foi des enfants. Le peuple confié à ses soins pastoraux a pu lui-même se nourrir de la richesse spirituelle de ce bon pasteur, dont la cause de béatification est en cours. Je vous exhorte à conserver un souvenir vivant de son témoignage sacerdotal fécond en imitant son exemple héroïque.

 

C'est avec beaucoup d'affection que je m'adresse également à vous, qui sous diverses formes et dans divers instituts, vivez la consécration à Dieu dans le Christ et dans l'Eglise. J'adresse une pensée particulière aux moines et aux moniales de clôture, dont le service de prière est si précieux pour la communauté ecclésiale. Chers frères et sœurs, continuez à suivre Jésus sans compromis, comme cela est proposé dans l'Evangile, en témoignant ainsi de la beauté d'être chrétiens de manière radicale. Il vous revient en particulier de conserver vivante chez les baptisés la conscience des exigences fondamentales de l'Evangile. En effet, votre présence elle-même et votre style insufflent à la communauté ecclésiale un élan précieux vers la « haute mesure » de la vocation chrétienne ; et nous pourrions même dire que votre existence constitue une sorte de prédication, très éloquente, même si elle est souvent silencieuse. Très chers amis, votre style de vie est à la fois antique et toujours nouveau, malgré la diminution du nombre et des forces. Mais ayez confiance : nos temps ne sont pas ceux de Dieu et de sa Providence. Il faut prier et croître dans la sainteté personnelle et communautaire. Ensuite le Seigneur pourvoit!

 

Chers séminaristes, je vous salue avec affection et prédilection et je vous exhorte à répondre avec générosité à l'appel du Seigneur et aux attentes du Peuple de Dieu, en croissant dans l'identification avec le Christ, le Souverain Prêtre, en vous préparant à la mission avec une solide formation humaine, spirituelle, théologique et culturelle. Le séminaire est plus que jamais précieux pour votre avenir, parce que, à travers une expérience complète et un travail patient, il vous conduit à être des pasteurs d'âmes et des maîtres de foi, des ministres des saints mystères et des porteurs de la charité du Christ. Vivez avec engagement ce temps de grâce et conservez dans le cœur la joie et l'élan du premier moment de l'appel et de votre OUI lorsque, en répondant à la voix mystérieuse du Christ, vous avez donné un tournant décisif à votre vie. Soyez dociles aux directives des supérieurs et des responsables de votre croissance en Christ, et apprenez de Lui l'amour pour chaque enfant de Dieu et de l'Eglise.

 

Chers frères et sœurs, tout en vous remerciant encore de votre affection, je vous assure de mon souvenir dans la prière, pour que vous poursuiviez avec un élan renouvelé et avec une forte espérance le chemin de fidèle adhésion au Christ et de service généreux à l'Eglise. 

 

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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 17:34

Audience Générale du Pape Benoît XVI sur Sainte Claire, le 15 septembre 2010.

 

Chers frères et sœurs,

 

L’une des saintes les plus aimées est sans aucun doute Sainte Claire d’Assise, qui vécut au XIIIe siècle, et qui fut contemporaine de Saint François. Son témoignage nous montre combien l’Eglise tout entière possède une dette envers des femmes courageuses et riches de foi comme elle, capables d’apporter une impulsion décisive au renouveau de l’Eglise.

 

Qui était donc Claire d’Assise? Pour répondre à cette question, nous possédons des sources sûres : non seulement les anciennes biographies, comme celles de Thomas de Celano, mais également les Actes du procès de canonisation promu par le Pape quelques mois seulement après la mort de Claire et qui contiennent les témoignages de ceux qui vécurent à ses côtés pendant longtemps.

 

Née en 1193, Claire appartenait à une riche famille aristocratique. Elle renonça à la noblesse et à la richesse pour vivre dans l’humilité et la pauvreté, adoptant la forme de vie que François d’Assise proposait. Même si ses parents, comme cela arrivait alors, projetaient pour elle un mariage avec un personnage important, à 18 ans, Claire, à travers un geste audacieux inspiré par le profond désir de suivre le Christ et par son admiration pour François, quitta la maison paternelle et, en compagnie de son amie, Bona de Guelfuccio, rejoignit en secret les frères mineurs dans la petite église de la Portioncule. C’était le soir du dimanche des Rameaux de l’an 1211. Dans l’émotion générale, fut accompli un geste hautement symbolique : tandis que ses compagnons tenaient entre les mains des flambeaux allumés, François lui coupa les cheveux et Claire se vêtit d’un habit de pénitence en toile rêche. A partir de ce moment, elle devint l’épouse vierge du Christ, humble et pauvre, et se consacra entièrement à Lui. Comme Claire et ses compagnes, d’innombrables femmes au cours de l’Histoire ont été fascinées par l’amour pour le Christ qui, dans la beauté de sa Personne divine, remplit leur cœur. Et l’Eglise tout entière, au moyen de la mystique vocation nuptiale des vierges consacrées, apparaît ce qu’elle sera pour toujours : l’Epouse belle et pure du Christ.

 

L’une des quatre lettres que Claire envoya à Sainte Agnès de Prague, fille du roi de Bohême, qui voulut suivre ses traces, parle du Christ, son bien-aimé Epoux, avec des expressions nuptiales qui peuvent étonner, mais qui sont émouvantes : « Alors que vous le touchez, vous devenez plus pure, alors que vous le recevez, vous êtes vierge. Son pouvoir est plus fort, sa générosité plus grande, son apparence plus belle, son amour plus suave et son charme plus exquis. Il vous serre déjà dans ses bras, lui qui a orné votre poitrine de pierres précieuses... lui qui a mis sur votre tête une couronne d'or arborant le signe de la sainteté » (Première Lettre: FF, 2862).

 

En particulier au début de son expérience religieuse, Claire trouva en François d’Assise non seulement un maître dont elle pouvait suivre les enseignements, mais également un ami fraternel. L’amitié entre ces deux saints constitue un très bel et important aspect. En effet, lorsque deux âmes pures et enflammées par le même amour pour le Christ se rencontrent, celles-ci tirent de leur amitié réciproque un encouragement très profond pour parcourir la voie de la perfection. L’amitié est l’un des sentiments humains les plus nobles et élevés que la Grâce divine purifie et transfigure. Comme Saint François et Sainte Claire, d’autres saints également ont vécu une profonde amitié sur leur chemin vers la perfection chrétienne, comme Saint François de Sales et Sainte Jeanne-Françoise de Chantal. Et précisément Saint François de Sales écrit : « Il est beau de pouvoir aimer sur terre comme on aime au ciel, et d’apprendre à s’aimer en ce monde comme nous le ferons éternellement dans l’autre. Je ne parle pas ici du simple amour de charité, car nous devons avoir celui-ci pour tous les hommes; je parle de l’amitié spirituelle, dans le cadre de laquelle, deux, trois ou plusieurs personnes s’échangent les dévotions, les affections spirituelles et deviennent réellement un seul esprit » (Introduction à la vie de dévotion, III, 19).

 

Après avoir passé une période de quelques mois auprès d’autres communautés monastiques, résistant aux pressions de sa famille qui au début, n’approuvait pas son choix, Claire s’établit avec ses premières compagnes dans l’église Saint-Damien où les frères mineurs avaient préparé un petit couvent pour elles. Elle vécut dans ce monastère pendant plus de quarante ans, jusqu’à sa mort, survenue en 1253. Une description directe nous est parvenue de la façon dont vivaient ces femmes au cours de ces années, au début du mouvement franciscain. Il s’agit du compte-rendu admiratif d’un évêque flamand en visite en Italie, Jacques de Vitry, qui affirme avoir trouvé un grand nombre d’hommes et de femmes, de toute origine sociale, qui « ayant quitté toute chose pour le Christ, fuyaient le monde. Ils s’appelaient frères mineurs et sœurs mineures et sont tenus en grande estime par Monsieur le Pape et par les cardinaux... Les femmes... demeurent ensemble dans divers hospices non loin des villes. Elle ne reçoivent rien, mais vivent du travail de leurs mains. Et elles sont profondément attristées et troublées, car elles sont honorées plus qu’elles ne le voudraient, par les prêtres et les laïcs » (Lettre d’octobre 1216: FF, 2205.2207).

 

Jacques de Vitry avait saisi avec une grande perspicacité un trait caractéristique de la spiritualité franciscaine à laquelle Claire fut très sensible : la radicalité de la pauvreté associée à la confiance totale dans la Providence divine. C'est pour cette raison qu'elle agit avec une grande détermination, en obtenant du Pape Grégoire IX ou, probablement déjà du Pape Innocent III, celui que l’on appela le Privilegium Paupertatis (cf. FF, 3279). Sur la base de celui-ci, Claire et ses compagnes de Saint-Damien ne pouvaient posséder aucune propriété matérielle. Il s'agissait d'une exception véritablement extraordinaire par rapport au droit canonique en vigueur et les autorités ecclésiastiques de cette époque le concédèrent en appréciant les fruits de sainteté évangélique qu’elles reconnaissaient dans le mode de vie de Claire et de ses consœurs. Cela montre que même au cours des siècles du Moyen Age, le rôle des femmes n'était pas secondaire, mais considérable. A cet égard, il est bon de rappeler que Claire a été la première femme dans l'Histoire de l'Eglise à avoir rédigé une Règle écrite, soumise à l'approbation du Pape, pour que le charisme de François d'Assise fût conservé dans toutes les communautés féminines qui étaient fondées de plus en plus nombreuses déjà de son temps et qui désiraient s'inspirer de l'exemple de François et de Claire.

 

Dans le couvent de Saint-Damien, Claire pratiqua de manière héroïque les vertus qui devraient distinguer chaque chrétien : l'humilité, l'esprit de piété et de pénitence, la charité. Bien qu'étant la supérieure, elle voulait servir personnellement les sœurs malades, en s'imposant aussi des tâches très humbles : la charité en effet, surmonte toute résistance et celui qui aime accomplit tous les sacrifices avec joie. Sa foi dans la présence réelle de l'Eucharistie était si grande que, par deux fois, un fait prodigieux se réalisa. Par la seule ostension du Très Saint Sacrement, elle éloigna les soldats mercenaires sarrasins, qui étaient sur le point d'agresser le couvent de Saint-Damien et de dévaster la ville d'Assise.

 

Ces épisodes aussi, comme d'autres miracles, dont est conservée la mémoire, poussèrent le Pape Alexandre IV à la canoniser deux années seulement après sa mort, en 1255, traçant un éloge dans la Bulle de canonisation, où nous lisons : « Comme est vive la puissance de cette lumière et comme est forte la clarté de cette source lumineuse. Vraiment, cette lumière se tenait cachée dans la retraite de la vie de clôture et dehors rayonnaient des éclats lumineux ; elle se recueillait dans un étroit monastère, et dehors elle se diffusait dans la grandeur du monde. Elle se protégeait à l'intérieur et elle se répandait à l'extérieur. Claire en effet, se cachait : mais sa vie était révélée à tous. Claire se taisait mais sa renommée criait » (FF, 3284). Et il en est véritablement ainsi, chers amis : ce sont les saints qui changent le monde en mieux, le transforment de manière durable, en insufflant les énergies que seul l'amour inspiré par l'Evangile peut susciter. Les saints sont les grands bienfaiteurs de l'humanité!

 

La spiritualité de sainte Claire, la synthèse de sa proposition de sainteté est recueillie dans la quatrième lettre à Sainte Agnès de Prague. Sainte Claire a recours à une image très répandue au Moyen Age, d'ascendance patristique, le miroir. Et elle invite son amie de Prague à se refléter dans ce miroir de perfection de toute vertu qu'est le Seigneur lui-même. Elle écrit : « Heureuse certes celle à qui il est donné de prendre part au festin sacré pour s'attacher jusqu'au fond de son cœur [au Christ], à celui dont toutes les troupes célestes ne cessent d'admirer la beauté, dont l'amitié émeut, dont la contemplation nourrit, dont la bienveillance comble, dont la douceur rassasie, dont le souvenir pointe en douceur, dont le parfum fera revivre les morts, dont la vue en gloire fera le bonheur des citoyens de la Jérusalem d'en haut. Tout cela puisqu'il est la splendeur de la gloire éternelle, l'éclat de la lumière éternelle et le miroir sans tache. Ce miroir, contemple-le chaque jour, ô Reine, épouse de Jésus Christ, et n'arrête d'y contempler ton apparence afin que... tu puisses, intérieurement et extérieurement, te parer comme il convient... En ce miroir brillent la bienheureuse pauvreté, la sainte humilité et l'ineffable charité » (Quatrième lettre: FF, 2901-2903).

 

Reconnaissants à Dieu qui nous donne les saints qui parlent à notre cœur et nous offrent un exemple de vie chrétienne à imiter, je voudrais conclure avec les mêmes paroles de bénédiction que sainte Claire composa pour ses consœurs et qu'aujourd'hui encore les Clarisses, qui jouent un précieux rôle dans l'Eglise par leur prière et leur œuvre, conservent avec une grande dévotion. Ce sont des expressions où émerge toute la tendresse de sa maternité spirituelle : « Je vous bénis dans ma vie et après ma mort, comme je peux et plus que je le peux, avec toutes les bénédictions par lesquelles le Père des miséricordes pourrait bénir et bénira au ciel et sur la terre les fils et les filles, et avec lesquelles un père et une mère spirituelle pourraient bénir et béniront leurs fils et leurs filles spirituels. Amen » (FF, 2856).

 

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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 17:43

Audience Générale du Pape Benoît XVI sur Sainte Hildegarde de Bingen (2), le 8 septembre 2010.

 

Chers frères et sœurs,

 

Je voudrais aujourd’hui reprendre et poursuivre la réflexion sur Sainte Hildegarde de Bingen, figure importante de femme au Moyen âge, qui se distingua par sa sagesse spirituelle et la sainteté de sa vie. Les visions mystiques d’Hildegarde ressemblent à celles des prophètes de l’Ancien Testament : s’exprimant à travers les expressions culturelles et religieuses de son époque, elle interprétait à la lumière de Dieu les Saintes Ecritures, les appliquant aux diverses circonstances de la vie. Ainsi, tous ceux qui l’écoutaient se sentaient exhortés à pratiquer un style d’existence chrétienne cohérent et engagé. Dans une lettre à Saint Bernard, la mystique de Rhénanie confesse : « La vision envahit tout mon être : je ne vois plus avec les yeux du corps, mais elle m’apparaît dans l’esprit des mystères... Je connais la signification profonde de ce qui est exposé dans le psautier, dans l’Evangile, et d’autres livres, qui m’apparaissent en vision. Celle-ci brûle comme une flamme dans ma poitrine et dans mon âme, et m’enseigne à comprendre en profondeur le texte » (Epitolarium pars prima I-XC: CCCM 91).

 

Les visions mystiques d’Hildegarde sont riches de contenus théologiques. Elles font référence aux événements principaux de l’Histoire du Salut, et adoptent un langage principalement poétique et symbolique. Par exemple, dans son œuvre la plus célèbre, intitulée Scivias, c’est-à-dire « Connais les voies », elle résume en trente-cinq visions les événements de l’Histoire du Salut, de la Création du monde à la fin des temps. Avec les traits caractéristiques de la sensibilité féminine, Hildegarde, précisément dans la partie centrale de son œuvre, développe le thème du mariage mystique entre Dieu et l’humanité réalisé dans l’Incarnation. Sur l’arbre de la Croix s’accomplissent les noces du Fils de Dieu avec l’Eglise, son épouse, emplie de grâce et rendue capable de donner à Dieu de nouveaux fils, dans l’amour de l’Esprit Saint (cf. Visio tertia: PL 197, 453c).

 

A partir de ces brèves évocations, nous voyons déjà que la théologie peut également recevoir une contribution particulière des femmes, car elles sont capables de parler de Dieu et des mystères de la foi à travers leur intelligence et leur sensibilité particulières. J’encourage donc toutes celles qui accomplissent ce service à l’accomplir avec un profond esprit ecclésial, en nourrissant leur réflexion à la prière et en puisant à la grande richesse, encore en partie inexplorée, de la tradition mystique médiévale, surtout celle représentée par des modèles lumineux, comme le fut précisément Hildegarde de Bingen.

 

La mystique rhénane est aussi l'auteur d'autres écrits, dont deux particulièrement importants parce qu'ils témoignent, comme le Scivias, de ses visions mystiques : ce sont le Liber vitae meritorum (Livre des mérites de la vie) et le Liber divinorum operum (Livre des œuvres divines), appelé aussi De operatione Dei. Dans le premier est décrite une unique et vigoureuse vision de Dieu qui vivifie l’univers par sa force et sa lumière. Hildegarde souligne la profonde relation entre l'homme et Dieu et nous rappelle que toute la Création, dont l'homme est le sommet, reçoit la vie de la Trinité. Cet écrit est centré sur la relation entre les vertus et les vices, qui fait que l'être humain doit affronter chaque jour le défi des vices, qui l'éloignent dans son cheminement vers Dieu et les vertus, qui le favorisent. L'invitation est de s'éloigner du mal pour glorifier Dieu et pour entrer, après une existence vertueuse, dans la vie « toute de joie ». Dans la seconde œuvre, considérée par beaucoup comme son chef-d'œuvre, elle décrit encore la Création dans son rapport avec Dieu et la place centrale de l’homme, en manifestant un fort christocentrisme aux accents bibliques et patristiques. La sainte, qui présente cinq visions inspirées par le Prologue de l'Evangile de Saint Jean, rapporte les paroles que le Fils adresse au Père : « Toute l’œuvre que tu as voulue et que tu m'as confiée, je l'ai menée à bien, et voici que je suis en toi, et toi en moi, et que nous sommes un » (Pars III, Visio X: PL 197, 1025a).

 

Dans d’autres écrits, enfin, Hildegarde manifeste la versatilité des intérêts et la vivacité culturelle des monastères féminins du Moyen âge, à contre-courant des préjugés qui pèsent encore sur l'époque. Hildegarde s'occupa de médecine et de sciences naturelles, ainsi que de musique, étant doté de talent artistique. Elle composa aussi des hymnes, des antiennes et des chants, réunis sous le titre de Symphonia Harmoniae Caelestium Revelationum (Symphonie de l'harmonie des révélations célestes), qui étaient joyeusement interprétés dans ses monastères, diffusant un climat de sérénité, et qui sont également parvenus jusqu'à nous. Pour elle, la Création tout entière est une symphonie de l'Esprit Saint, qui est en soi joie et jubilation.

 

La popularité dont Hildegarde jouissait poussait de nombreuses personnes à l’interpeller. C’est pour cette raison que nous disposons d’un grand nombre de ses lettres. Des communautés monastiques masculines et féminines, des évêques et des abbés s’adressaient à elle. De nombreuses réponses restent valables également pour nous. Par exemple, Hildegarde écrivit ce qui suit à une communauté religieuse féminine : « La vie spirituelle doit faire l’objet de beaucoup de dévouement. Au début, la fatigue est amère. Car elle exige la renonciation aux manifestations extérieures, au plaisir de la chair et à d’autres choses semblables. Mais si elle se laisse fasciner par la sainteté, une âme sainte trouvera doux et plein d’amour le mépris même du monde. Il suffit seulement, avec intelligence, de faire attention à ce que l’âme ne se fane pas » (E. Gronau, Hildegard. Vita di una donna profetica alle origini dell’età moderna, Milan 1996, p. 402). Et lorsque l’empereur Frédéric Barberousse fut à l’origine d’un schisme ecclésial opposant trois antipapes au Pape légitime Alexandre III, Hildegarde, inspirée par ses visions, n’hésita pas à lui rappeler qu’il était lui aussi sujet au jugement de Dieu. Avec l’audace qui caractérise chaque prophète, elle écrivit à l’empereur ces mots de la part de Dieu : « Attention, attention à cette mauvaise conduite des impies qui me méprisent! Prête-moi attention, ô roi, si tu veux vivre! Autrement mon épée te transpercera! » (ibid., p. 142).

 

Avec l’autorité spirituelle dont elle était dotée, au cours des dernières années de sa vie, Hildegarde se mit en voyage, malgré son âge avancé et les conditions difficiles des déplacements, pour parler de Dieu aux populations. Tous l’écoutaient volontiers, même lorsqu’elle prenait un ton sévère : ils la considéraient comme une messagère envoyée par Dieu. Elle rappelait surtout les communautés monastiques et le clergé à une vie conforme à leur vocation. De manière particulière, Hildegarde s’opposa au mouvement des cathares allemands. Ces derniers — littéralement cathares signifie « purs » — prônaient une réforme radicale de l’Eglise, en particulier pour combattre les abus du clergé. Elle leur reprocha sévèrement de vouloir renverser la nature même de l’Eglise, en leur rappelant qu’un véritable renouvellement de la communauté ecclésiale ne s’obtient pas tant avec le changement des structures, qu’avec un esprit de pénitence sincère et un chemin actif de conversion. Il s’agit là d’un message que nous ne devrions jamais oublier. Invoquons toujours l’Esprit Saint afin qu’il suscite dans l’Eglise des femmes saintes et courageuses, comme Sainte Hildegarde de Bingen, qui, en valorisant les dons reçus par Dieu, apportent leur contribution précieuse et spécifique à la croissance spirituelle de nos communautés!

 

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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 17:23

Audience Générale du Pape Benoît XVI sur Sainte Hildegarde de Bingen (1), le 1er septembre 2010.

 

Chers frères et sœurs,

 

En 1988, à l’occasion de l’Année mariale, le [Bienheureux] Jean-Paul II a écrit une Lettre apostolique intitulée Mulieris dignitatem, traitant du rôle précieux que les femmes ont accompli et accomplissent dans la vie de l’Eglise. « L'Eglise – y lit-on – rend grâce pour toutes les manifestations du génie féminin apparues au cours de l'histoire, dans tous les peuples et dans toutes les nations; elle rend grâce pour tous les charismes dont l'Esprit Saint a doté les femmes dans l'histoire du Peuple de Dieu, pour toutes les victoires remportées grâce à leur foi, à leur espérance et à leur amour : elle rend grâce pour tous les fruits de la sainteté féminine » (n. 31).

 

Egalement, au cours des siècles de l’Histoire que nous appelons habituellement Moyen Age, diverses figures de femmes se distinguent par la sainteté de leur vie et la richesse de leur enseignement. Aujourd’hui, je voudrais commencer à vous présenter l’une d’entre elles : Sainte Hildegarde de Bingen, qui a vécu en Allemagne au XIIe siècle. Elle naquit en 1098 en Rhénanie, probablement à Bermersheim, près d’Alzey, et mourut en 1179, à l’âge de 81 ans, en dépit de ses conditions de santé depuis toujours fragiles. Hildegarde appartenait à une famille noble et nombreuse, et dès sa naissance, elle fut vouée par ses parents au service à Dieu. A l’âge de huit ans, elle fut offerte à l’état religieux (selon la Règle de Saint Benoît, chap. 59) et, afin de recevoir une formation humaine et chrétienne appropriée, elle fut confiée aux soins de la veuve consacrée Uda de Göllheim puis de Judith de Spanheim, qui s’était retirée en clôture dans le monastère bénédictin Saint-Disibod. C’est ainsi que se forma un petit monastère féminin de clôture, qui suivait la Règle de Saint Benoît. Hildegarde reçut le voile des mains de l’évêque Othon de Bamberg et en 1136, à la mort de mère Judith, devenue magistra (Prieure) de la communauté, ses concours l’appelèrent à lui succéder. Elle accomplit cette charge en mettant à profit ses dons de femme cultivée, spirituellement élevée et capable d’affronter avec compétence les aspects liés à l’organisation de la vie de clôture. Quelques années plus tard, notamment en raison du nombre croissant de jeunes femmes qui frappaient à la porte du monastère, Hildegarde se sépara du monastère masculin dominant de Saint-Disibod avec la communauté à Bingen, dédiée à saint Rupert, où elle passa le reste de sa vie. Le style avec lequel elle exerçait le ministère de l’autorité est exemplaire pour toute communauté religieuse : celui-ci suscitait une sainte émulation dans la pratique du bien, au point que, comme il ressort des témoignages de l’époque, la mère et les filles rivalisaient de zèle dans l’estime et le service réciproque.

 

Déjà au cours des années où elle était magistra du monastère Saint-Disibod, Hildegarde avait commencé à dicter ses visions mystiques, qu’elle avait depuis un certain temps, à son conseiller spirituel, le moine Volmar, et à sa secrétaire, une consœur à laquelle elle était très attachée Richardis de Strade. Comme cela est toujours le cas dans la vie des véritables mystiques, Hildegarde voulut se soumettre aussi à l’autorité de personnes sages pour discerner l’origine de ses visions, craignant qu’elles soient le fruit d’illusions et qu’elles ne viennent pas de Dieu. Elle s’adressa donc à la personne qui, à l’époque, bénéficiait de la plus haute estime dans l’Eglise : Saint Bernard de Clairvaux, dont j’ai déjà parlé dans certaines catéchèses. Celui-ci rassura et encouragea Hildegarde. Mais en 1147, elle reçut une autre approbation très importante. Le Pape Eugène III, qui présidait un synode à Trèves, lut un texte dicté par Hildegarde, qui lui avait été présenté par l’archevêque Henri de Mayence. Le Pape autorisa la mystique à écrire ses visions et à parler en public. A partir de ce moment, le prestige spirituel d’Hildegarde grandit toujours davantage, d’autant plus que ses contemporains lui attribuèrent le titre de « prophétesse teutonique ». Tel est, chers amis, le sceau d’une expérience authentique de l’Esprit Saint, source de tout charisme : la personne dépositaire de dons surnaturels ne s’en vante jamais, ne les affiche pas, et surtout, fait preuve d’une obéissance totale à l’autorité ecclésiale. En effet, chaque don accordé par l’Esprit Saint est destiné à l’édification de l’Eglise, et l’Eglise, à travers ses pasteurs, en reconnaît l’authenticité.

 

Je parlerai encore une fois mercredi prochain de cette grande femme « prophétesse », qui nous parle avec une grande actualité aujourd’hui aussi, à travers sa capacité courageuse à discerner les signes des temps, son amour pour la Création, sa médecine, sa poésie, sa musique, qui est aujourd’hui reconstruite, son amour pour le Christ et pour son Eglise, qui souffrait aussi en ce temps-là, blessée également à cette époque par les péchés des prêtres et des laïcs, et d’autant plus aimée comme corps du Christ. Ainsi, Sainte Hilegarde nous parle-t-elle ; nous l’évoquerons encore mercredi prochain. Merci pour votre attention.

 

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 18:15

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VOYAGE APOSTOLIQUE DU PAPE BENOÎT XVI AU ROYAUME UNI – Homélie du Saint Père au Cofton Park de Rednal à Birmingham, lors de la Messe et Béatification du Vénérable Cardinal John Henry Newman, le 19 septembre 2010.

 

UK Béatification JHN

 

Chers Frères et Sœurs dans le Christ,

 

Ce jour qui nous rassemble ici à Birmingham est un jour particulièrement béni. D’abord, parce que c’est le Jour du Seigneur, dimanche, jour où notre Seigneur Jésus Christ est sorti vivant d’entre les morts et a changé pour toujours le cours de l’histoire humaine, offrant une vie et une espérance nouvelles à tous ceux qui vivent dans les ténèbres et l’ombre de la mort. C’est pourquoi les chrétiens dans le monde entier se réunissent ce jour-là pour rendre gloire à Dieu et le remercier de toutes les merveilles qu’il a accomplies pour nous.

 

Ce dimanche-ci évoque en outre un moment significatif de la vie de la nation britannique, car c’est le jour choisi pour commémorer le soixante-dixième anniversaire de la « Bataille d’Angleterre ». Pour moi, qui ai vécu et subi les souffrances liées aux jours sombres du régime nazi en Allemagne, il est très émouvant de me trouver ici parmi vous en cette occasion et de faire mémoire de vos si nombreux concitoyens qui ont sacrifié leur vie, résistant courageusement contre les forces de cette terrible idéologie. Ma pensée rejoint d’une manière spéciale la ville voisine de Coventry qui fut frappée au cours du mois de novembre 1940 par des bombardements massifs et de lourdes pertes en vies humaines. Soixante-dix ans plus tard, nous nous souvenons avec des sentiments de honte et d’horreur de l’effrayant coût en vies humaines et en destructions que la guerre entraîne, et nous renouvelons notre résolution de travailler pour la paix et la réconciliation là où pèse la menace de conflits.

 

Toutefois, un autre motif, plus joyeux, fait de ce jour un moment particulièrement porteur de promesses pour la Grande-Bretagne, pour les Midlands, pour Birmingham. Car c’est le jour qui voit le Cardinal John Henry Newman officiellement élevé aux honneurs des autels et proclamé Bienheureux.

 

[…] J’exprime mon appréciation à tous ceux qui ont travaillé fermement au long de nombreuses années pour promouvoir la Cause du Cardinal Newman, en particulier les Pères de l’Oratoire de Birmingham que les membres de la Famille spirituelle Das Werk (l’Œuvre). Je salue toutes les personnes présentes ici, de Grande-Bretagne, d’Irlande et d’ailleurs; je vous remercie d’être venus à cette célébration où nous rendons gloire et louange à Dieu pour la vertu héroïque d’un saint Anglais.

 

L’Angleterre a une longue tradition de saints martyrs, dont le témoignage courageux a soutenu et inspiré la communauté catholique durant des siècles ici. Mais il est également juste et bon de reconnaître aujourd’hui la sainteté d’un confesseur, un fils de cette nation qui, bien qu’il n’ait pas été appelé à répandre son sang pour le Seigneur, lui a cependant rendu un témoignage éloquent durant une longue vie consacrée au ministère sacerdotal, et spécialement en prêchant, en enseignant et en écrivant. Il mérite bien de prendre place dans une longue lignée de saints et d’érudits de ces Iles, Saint Bède, Sainte Hilda, Saint Aelred, le bienheureux Duns Scott, pour n’en nommer que quelques-uns. Dans la personne du bienheureux John Henry, cette tradition d’élégante érudition, de profonde sagesse humaine et d’ardent amour du Seigneur a porté des fruits abondants, signe de la présence pleine d’amour de l’Esprit Saint dans les profondeurs du cœur du peuple de Dieu, faisant mûrir d’abondants dons de sainteté.

 

La devise du Cardinal Newman, Cor ad cor loquitur, ou « le cœur parle au cœur » nous donne une indication sur la manière dont il comprenait la vie chrétienne : un appel à la sainteté, expérimenté comme le désir profond du cœur humain d’entrer dans une intime communion avec le Cœur de Dieu. Il nous rappelle que la fidélité à la prière nous transforme progressivement à la ressemblance de Dieu. Comme il l’écrivait dans l’un de ses nombreux et beaux sermons, « pour la pratique qui consiste à se tourner vers Dieu et le monde invisible en toute saison, en tout lieu, en toute situation d’urgence, la prière, donc, a ce qu’on peut appeler un effet naturel, en ce qu’elle élève et spiritualise l’âme. L’homme n’est plus ce qu’il était auparavant : progressivement, il s’est imprégné de tout un nouvel ensemble d’idées, il a assimilé de nouveaux principes » (Sermons paroissiaux, IV, p. 203, Le paradoxe chrétien, Cerf, 1986). L’Évangile d’aujourd’hui nous enseigne que personne ne peut servir deux maîtres (Lc 16,13), et l’enseignement du bienheureux John Henry sur la prière montre comment le fidèle chrétien est définitivement pris pour le service du seul véritable Maître, le seul qui puisse prétendre recevoir une dévotion sans conditions à son service (cf. Mt 23,10). Newman nous aide à comprendre ce que cela signifie dans notre vie quotidienne : il nous dit que notre divin Maître a donné à chacun de nous une tâche spécifique à accomplir, « un service précis » demandé de manière unique et à chaque personne individuellement : « J’ai une mission », écrivait-il, « Je suis un chaînon, un lien entre des personnes. Il ne m’a pas créé pour rien. Je ferai le bien, j’exécuterai la tâche qu’il m’a confié ; je serai un ange de paix, je prêcherai la vérité à la place où je suis… si j’observe ses commandements et le sers à la place qui est la mienne » (Méditations sur la doctrine chrétienne, Ad Solem, Genève 2000, pp. 28-29).

 

Le service particulier auquel le bienheureux John Henry a été appelé consistait à appliquer son intelligence fine et sa plume féconde sur les nombreuses et urgentes « questions du jour ». Ses intuitions sur le rapport entre foi et raison, sur la place vitale de la religion révélée dans la société civilisée, et sur la nécessité d’une approche de l’éducation qui soit ample en ses fondements et ouverte à de larges perspectives ne furent pas seulement d’une importance capitale pour l’Angleterre de l’époque victorienne, mais elles continuent à inspirer et à éclairer bien des personnes de par le monde. Je voudrais rendre un hommage particulier à sa conception de l’éducation, qui a eu une grande influence pour former l’éthos, force motrice qui soutient les écoles et les collèges catholiques d’aujourd’hui. Fermement opposé à toute approche réductrice ou utilitaire, il s’est efforcé de mettre en place un environnement éducationnel où l’exercice intellectuel, la discipline morale et l’engagement religieux pourraient progresser ensemble. Le projet de fonder une Université catholique en Irlande lui donna la possibilité de développer ses idées à ce sujet, et l’ensemble des discours qu’il a publiés sur « L’idée d’une Université » met en évidence un idéal dont tous ceux qui sont engagés dans la formation académique peuvent continuer à s’inspirer. En effet, quel meilleur objectif pourraient avoir des professeurs de religion que celui que le bienheureux John Henry a présenté dans son célèbre appel en faveur d’un laïcat intelligent et bien formé : « Je désire un laïcat qui ne soit pas arrogant, ni âpre dans son langage, ni prompt à la dispute, mais des personnes qui connaissent leur religion, qui pénètrent en ses profondeurs, qui savent précisément où ils sont, qui savent ce qu’ils ont et ce qu’ils n’ont pas, qui connaissent si bien leur foi qu’ils peuvent en rendre compte, qui connaissent assez leur histoire pour pouvoir la défendre » (The Present position of Catholics in England, IX, 390). En ce jour où l’auteur de ces lignes est élevé à l’honneur des autels, je prie pour que, par son intercession et son exemple, tous ceux qui sont engagés dans l’enseignement et la catéchèse se sentent poussés par la conception qu’il a si clairement exposée devant nous à entreprendre de nouveaux efforts.

 

S’il est bien compréhensible que l’héritage intellectuel de John Henry Newman ait été l’objet d’une large attention dans la vaste littérature qui illustre sa vie et son œuvre, je préfère, en ce jour, conclure par une brève réflexion sur sa vie de prêtre, de pasteur des âmes. La chaleur et l’humanité qui marquent son appréciation du ministère pastoral sont magnifiquement mises en évidence dans un autre de ses célèbres sermons : « Si des anges avaient été vos prêtres, mes frères, ils n’auraient pas pu souffrir avec vous, avoir de la sympathie pour vous, éprouver de la compassion pour vous, sentir de la tendresse envers vous et se montrer indulgents avec vous, comme nous ; ils n’auraient pas pu être vos modèles et vos guides, et n’auraient pas pu vous amener à sortir de vous-mêmes pour entrer dans une vie nouvelle, comme le peuvent ceux qui viennent du milieu de vous » (« Hommes, non pas Anges : les prêtres de l’Évangile », Discourses to Mixed Congregations, 3). Il a vécu à fond cette vision profondément humaine du ministère sacerdotal dans l’attention délicate avec laquelle il s’est dévoué au service du peuple de Birmingham au long des années qu’il a passées à l’Oratoire, fondé par lui, visitant les malades et les pauvres, réconfortant les affligés, s’occupant des prisonniers. Il n’est pas étonnant qu’à sa mort, des milliers de personnes s’alignaient dans les rues avoisinantes tandis que son corps était transporté vers sa sépulture à moins d’un kilomètre d’ici. Cent vingt ans plus tard, de grandes foules se sont rassemblées à nouveau pour se réjouir de la reconnaissance solennelle de l’Église pour l’exceptionnelle sainteté de ce père des âmes très aimé. Comment pourrions-nous mieux exprimer la joie de ce moment, sinon en nous tournant vers notre Père des cieux dans une vibrante action de grâce, et en priant avec les paroles mêmes que le bienheureux John Henry a mises sur les lèvres du chœur des anges dans le ciel :

 

Loué soit le Très Saint dans les hauteurs

Et loué soit-Il dans les profondeurs;

Très admirable en toutes Ses paroles;

Infaillible en toutes Ses voies!

(Le songe de Gerontius).

 

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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 17:16

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VOYAGE APOSTOLIQUE DU PAPE BENOÎT XVI AU ROYAUME UNI – Discours du Saint Père au Hyde Park de Londres, lors de la veillée pour la béatification de John Henry Newman, le 18 septembre 2010.

 

UK Veillée JHN

 

Chers Frères et Sœurs dans le Christ,

 

C’est une soirée pleine de joie, d’une immense joie spirituelle, pour nous tous. Nous sommes rassemblés ici en veillée de prière pour nous préparer à la Messe de demain, au cours de laquelle un fils éminent de ce pays, le Cardinal John Henry Newman, sera béatifié. Combien de personnes, en Angleterre et dans le monde entier, ont attendu ce moment ! C’est aussi une grande joie pour moi, personnellement, de partager cette expérience avec vous. Comme vous le savez, Newman a longtemps exercé une influence importante dans ma vie et ma pensée, comme il l’a exercée dans la vie de nombreuses personnes bien au-delà de ces îles. L’histoire de la vie de Newman nous invite à examiner nos vies, à les confronter au vaste horizon du plan de Dieu, et à grandir dans la communion avec l’Église de tout temps et de tout lieu : l’Église des Apôtres, l’Église des martyrs, l’Église des saints, l’Église que Newman aimait et à la mission de laquelle il a consacré toute sa vie. […] Ce soir, dans le contexte de notre prière commune, je voudrais réfléchir avec vous sur certains aspects de la vie de Newman que je considère très importants pour notre vie de croyants et pour la vie de l’Église aujourd’hui.

 

Permettez-moi de commencer en rappelant que Newman, selon son propre récit, fait remonter l’histoire de sa vie entière à une forte expérience de conversion qu’il a faite quand il était jeune homme. Il s’agit d’une expérience immédiate de la vérité de la Parole de Dieu, de la réalité objective de la Révélation chrétienne telle qu’elle a été transmise dans l’Église. C’est cette expérience, à la fois religieuse et intellectuelle, qui devait inspirer sa vocation à devenir un ministre de l’Évangile, lui donner de discerner la source de l’enseignement magistériel dans l’Église de Dieu, et stimuler son zèle pour un renouveau de la vie ecclésiale dans la fidélité à la tradition apostolique. À la fin de sa vie, Newman a pu décrire l’œuvre de sa vie comme une lutte contre la tendance croissante, qui se répandait alors, à considérer la religion comme une affaire purement privée et subjective, comme une question d’opinion personnelle. C’est la première leçon que nous pouvons tirer de sa vie : de nos jours, là où un relativisme intellectuel et moral menace de saper les fondements mêmes de notre société, Newman nous rappelle que, en tant qu’hommes et femmes créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, nous sommes faits pour connaître la vérité, pour trouver dans cette vérité notre ultime liberté et l’accomplissement de nos aspirations humaines les plus profondes. En un mot, nous avons été destinés à connaître le Christ, qui est lui-même « le chemin, la vérité, et la vie » (Jn 14,6).

 

La vie de Newman nous enseigne aussi que la passion pour la vérité, l’honnêteté intellectuelle et la conversion authentique ont un prix élevé. Nous ne pouvons garder pour nous-mêmes la vérité qui rend libres ; celle-ci exige le témoignage, elle demande à être entendue, et finalement sa force de conviction vient d’elle-même et non pas de l’éloquence humaine ni des arguments avec lesquelles elle peut être formulée. Non loin d’ici, à Tyburn, un grand nombre de nos frères et sœurs sont morts pour leur foi ; le témoignage de leur fidélité jusqu’au bout a été plus fort que les mots inspirés que beaucoup d’entre eux ont prononcés avant de s’en remettre totalement au Seigneur. À notre époque, le prix à payer pour la fidélité à l’Évangile n’est plus la condamnation à mort par pendaison ou par écartèlement, mais cela entraîne souvent d’être exclus, ridiculisés ou caricaturés. Et cependant, l’Église ne peut renoncer à sa tâche : proclamer le Christ et son Évangile comme vérité salvifique, source de notre bonheur individuel ultime et fondement d’une société juste et humaine.

 

Finalement, Newman nous enseigne que, si nous avons accepté la vérité du Christ et lui avons donné notre vie, il ne peut y avoir de différence entre ce que nous croyons et notre manière de vivre. Toutes nos pensées, nos paroles et nos actions doivent être pour la gloire de Dieu et pour l’avènement de son Royaume. Newman a compris cela et il a été le grand défenseur de la mission prophétique des laïcs chrétiens. Il a vu clairement qu’il ne s’agissait pas tant d’accepter la vérité par un acte purement intellectuel que de l’embrasser dans une dynamique spirituelle qui pénètre jusqu’au cœur de notre être. La vérité est transmise non seulement par un enseignement en bonne et due forme, aussi important soit-il, mais aussi par le témoignage de vies vécues dans l’intégrité, la fidélité et la sainteté. Ceux qui vivent dans et par la vérité reconnaissent instinctivement ce qui est faux et, précisément parce que faux, hostile à la beauté et à la bonté qui sont inhérentes à la splendeur de la vérité, Veritatis splendor.

 

La première lecture de ce soir est la magnifique prière dans laquelle Saint Paul demande qu’il nous soit accordé de connaître « l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance » (Ep 3, 14-21). L’Apôtre prie pour que le Christ puisse habiter dans nos cœurs par la foi (Cf. Ep 3, 17) et que nous puissions arriver à « comprendre, avec tous les saints, ce qu’est la Largeur, la Longueur, la Hauteur et la Profondeur » de cet amour. Par la foi, la Parole de Dieu devient pour nous une lampe sur nos pas et une lumière sur notre route (Cf. Ps 119, 105). Newman, comme les innombrables saints qui l’ont précédé à la suite du Christ, enseignait que la « douce lumière » de la foi nous amène à comprendre la vérité sur nous-mêmes, sur notre dignité d’enfants de Dieu, et sur la destinée sublime qui nous attend au ciel. En laissant la lumière de la foi briller dans nos cœurs, et en demeurant dans cette lumière par notre union quotidienne avec le Seigneur, par la prière et par notre participation aux sacrements de l’Église qui donnent la vie, nous devenons nous-mêmes lumière pour ceux qui nous entourent ; nous exerçons notre « mission prophétique ». Souvent, sans même le savoir, nous amenons les personnes un peu plus près du Seigneur et de sa vérité. Sans une vie de prière, sans une transformation intérieure, fruit de la grâce des sacrements, nous ne pouvons, selon les paroles de Newman, « irradier le Christ » ; nous ne devenons qu’une « cymbale » de plus « qui retentit » (1 Co 13,1), dans un monde de plus en plus bruyant et confus, où abondent les chemins erronés ne menant qu’à la déception et à l’illusion.

 

Dans l’une des méditations préférées du Cardinal se trouvent ces mots : « Dieu m’a créé pour un service précis. Il m’a confié un travail qu’il n’a confié à personne d’autre » (Méditations sur la Doctrine chrétienne). Nous voyons là la fine pointe du réalisme chrétien de Newman, le lieu où la foi et la vie se rencontrent inévitablement. La foi nous est donnée pour transformer le monde et lui faire porter du fruit par la puissance de l’Esprit Saint qui agit dans la vie et l’activité des croyants. Pour qui regarde avec réalisme notre monde d’aujourd’hui, il est manifeste que les Chrétiens ne peuvent plus se permettre de mener leurs affaires comme avant. Ils ne peuvent ignorer la profonde crise de la foi qui a ébranlé notre société, ni même être sûrs que le patrimoine des valeurs transmises par des siècles de chrétienté, va continuer d’inspirer et de modeler l’avenir de notre société. Nous savons qu’en des temps de crise et de bouleversement, Dieu a suscité de grands saints et prophètes pour le renouveau de l’Église et de la société chrétienne ; nous comptons sur sa Providence et nous prions pour qu’il continue de nous guider. Mais chacun de nous, selon son propre état de vie, est appelé à œuvrer pour l’avènement du Royaume de Dieu en imprégnant la vie temporelle des valeurs de l’Évangile. Chacun de nous a une mission, chacun de nous est appelé à changer le monde, à travailler pour une culture de la vie, une culture façonnée par l’amour et le respect de la dignité de toute personne humaine. Comme notre Seigneur nous le dit dans l’Évangile que nous venons d’entendre, notre lumière doit briller aux yeux de tous, pour que, en voyant nos bonnes œuvres, ils rendent gloire à notre Père qui est dans les cieux (Cf. Mt 5, 16).

 

À ce point, je désire m’adresser spécialement aux nombreux jeunes ici présents. Chers jeunes amis : seul Jésus sait quel « service précis » il a pensé pour vous. Soyez ouverts à sa voix qui résonne au fond de votre cœur : maintenant encore son cœur parle à votre cœur. Le Christ a besoin de familles qui rappellent au monde la dignité de l’amour humain et la beauté de la vie de famille. Il a besoin d’hommes et de femmes qui consacrent leur vie à la noble tâche de l’éducation, veillant sur les jeunes et les entraînant sur les chemins de l’Évangile. Il a besoin de personnes qui consacrent leur vie à s’efforcer de vivre la charité parfaite, en le suivant dans la chasteté, la pauvreté et l’obéissance, et en le servant dans le plus petit de nos frères et sœurs. Il a besoin de la force de l’amour des religieux contemplatifs qui soutiennent le témoignage et l’activité de l’Église par leur prière constante. Et il a besoin de prêtres, de bons et saints prêtres, d’hommes prêts à offrir leur vie pour leurs brebis. Demandez au Seigneur ce qu’il a désiré pour vous ! Demandez-lui la générosité pour dire oui ! N’ayez pas peur de vous donner totalement à Jésus. Il vous donnera la grâce dont vous avez besoin pour réaliser votre vocation. […]

 

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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 00:00

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VOYAGE APOSTOLIQUE DU PAPE BENOÎT XVI AU ROYAUME UNI – Discours du Saint Père aux pensionnaires de la maison de retraite St Peter’s Residence tenue par les Petites Sœurs des Pauvres, le 18 septembre 2010.

 

UK Maison de retraite

 

Bien chers frères et sœurs,

 

[…] Alors que les progrès de la médecine ainsi que d’autres facteurs permettent de prolonger la durée de la vie, il est important de voir dans la présence d’un nombre croissant de personnes âgées une bénédiction pour la société. Chaque génération peut apprendre de l’expérience et de la sagesse de la génération qui l’a précédée. En effet, l’attention apportée aux aînés devrait être considérée non pas tant comme un acte de générosité que comme le remboursement d’une dette de gratitude.

 

Pour sa part, l’Église a toujours eu un grand respect pour les aînés. Le quatrième commandement, « Honore ton père et ta mère comme te l’a commandé le Seigneur ton Dieu » (Dt 5, 16), est lié à la promesse, « afin que se prolongent tes jours et que tu sois heureux sur la terre que le Seigneur ton Dieu te donne » (Dt 5, 16). Ce travail de l’Église en faveur des personnes âgées et handicapées n’est pas seulement porteur d’amour et de soins pour ces derniers ; mais il est aussi récompensé par Dieu à travers les bénédictions qu’il a promises en faveur de la terre où ce commandement est observé. Dieu veut un respect vrai pour la dignité et la valeur, la santé et le bien-être des personnes âgées ; à travers les institutions de charité en Grande-Bretagne et au-delà, l’Église cherche à accomplir le commandement du Seigneur de respecter la vie quels que soient l’âge ou les circonstances.

 

Au tout début de mon pontificat, j’ai dit, « Chacun de nous est voulu, chacun de nous est aimé, chacun est nécessaire » (Homélie lors de la messe inaugurale du pontificat, 24 avril 2005). La vie est un don unique, à chaque stade, de la conception jusqu’à la mort naturelle, et c’est Dieu seul qui donne et qui reprend. On peut jouir d’une bonne santé dans le grand âge ; mais les chrétiens ne devraient pas craindre d’avoir part aux souffrances du Christ, si Dieu veut que nous luttions avec nos infirmités. Mon prédécesseur, le pape Jean-Paul II, a souffert très visiblement durant les dernières années de sa vie. Il était clair pour nous tous qu’il le faisait en union avec les souffrances de son Sauveur. La gaieté et la patience avec lesquelles il affronta ses derniers jours furent un exemple remarquable et émouvant pour nous tous qui avons à porter le poids de nombreuses années.

 

En ce sens, je viens parmi vous non seulement comme un père, mais aussi comme un frère qui connaît bien les joies et les peines qui viennent avec l’âge ! Nos longues années de vie nous permettent d’apprécier à la fois la beauté du plus grand don que Dieu nous ait fait, le don de la vie, aussi bien que la fragilité de l’esprit humain. A ceux parmi nous qui vivent longtemps, est donné une merveilleuse chance d’approfondir notre conscience du mystère du Christ, qui s’humilia pour partager notre humanité. Tandis que la durée normale de nos vies s’accroît, nos forces physiques sont souvent diminuées : et pourtant, ce temps peut être spirituellement parmi les plus féconds de nos vies. Ces années nous donnent l’opportunité de nous souvenir dans une prière affectueuse de tous ceux que nous avons chéris en cette vie, et pour présenter tout ce que nous avons été personnellement et tout ce que nous avons fait, devant la miséricorde et la tendresse de Dieu. Cela sera certainement un grand réconfort spirituel et nous permettra de découvrir de façon nouvelle son amour et sa bonté tous les jours de notre vie.

 

Animé de ces sentiments, chers frères et sœurs, je suis heureux de vous assurer de mes prières pour vous tous, et je vous demande de prier pour moi. Puissent Notre-Dame et saint Joseph, son époux, intercéder pour notre bonheur en cette vie, et nous obtenir la bénédiction d’un passage serein vers l’autre vie.

 

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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 11:17

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VOYAGE APOSTOLIQUE DU PAPE BENOÎT XVI AU ROYAUME UNI – Discours du Saint Père aux jeunes, devant la cathédrale de Westminster, à l’issue de la Messe, le 18 septembre 2010.

 

UK Jeunes

 

Chers jeunes amis,

 

Merci pour votre accueil chaleureux ! « Le cœur parle au cœur » cor ad cor loquitur – comme vous le savez, j’ai choisi ces paroles si chères au Cardinal Newman comme thème de ma visite. Durant ces quelques instants que nous passons ensemble, je désire vous parler du fond de mon cœur, et je vous demande d’ouvrir vos cœurs à ce que j’ai à vous dire.

 

Je demande à chacun de vous, tout d’abord, de scruter le fond de son cœur. Pensez à tout l’amour que votre cœur est fait pour recevoir, et à tout l’amour qu’il est appelé à donner. Au fond, nous sommes créés pour l’amour. C’est ce que la Bible veut exprimer quand elle affirme que nous sommes créés à l’image et à la ressemblance de Dieu : nous sommes créés pour connaître le Dieu d’amour, le Dieu qui est Père, Fils et Saint-Esprit, et pour trouver notre plein épanouissement dans cet amour divin qui ne connaît ni commencement ni fin.

 

Nous sommes créés pour recevoir l’amour, et nous l’avons reçu. Chaque jour, nous devrions remercier Dieu pour l’amour que nous avons déjà expérimenté, pour l’amour qui nous a faits ce que nous sommes, l’amour qui nous a montré ce qui est vraiment important dans la vie. Nous avons besoin de remercier le Seigneur pour l’amour que nous avons reçu de nos familles, de nos amis, de nos professeurs, et de toutes les personnes qui, dans notre existence, nous ont aidés à comprendre combien nous sommes précieux à leurs yeux et aux yeux de Dieu.

 

Nous sommes aussi créés pour donner de l’amour, pour en faire la source qui inspire de toutes nos actions et la réalité la plus consistante de notre existence. Par moments, cela semble si naturel, en particulier quand nous éprouvons la joie de l’amour, quand nos cœurs débordent de générosité et de zèle, du désir d’aider les autres à construire un monde meilleur. À d’autres moments, cependant, nous nous rendons compte qu’il est difficile d’aimer ; nos cœurs peuvent facilement être endurcis par l’égoïsme, l’envie et l’orgueil. La bienheureuse Mère Teresa de Calcutta, la grande Missionnaire de la Charité, nous a rappelé que le don de l’amour, pur et généreux, est le fruit d’une décision quotidienne. Chaque jour nous devons choisir l’amour, et pour cela nous avons besoin d’être aidés, une aide qui vient du Christ, de la prière et de la sagesse trouvée dans sa parole, et de la grâce qu’il nous accorde dans les sacrements de son Eglise.

 

C’est le message que je souhaite partager avec vous aujourd’hui. Je vous invite à chercher chaque jour dans vos cœurs la source du véritable amour. Jésus est toujours là, attendant silencieusement que nous demeurions avec lui et que nous entendions sa voix. Dans l’intimité de vos cœurs, il vous appelle à prendre du temps avec lui dans la prière. Mais ce genre de prière, la vraie prière, exige une discipline ; elle requiert de créer quotidiennement des moments de silence. Souvent, cela signifie attendre que le Seigneur nous parle. Même au milieu des multiples activités et des préoccupations de notre existence quotidienne, nous avons besoin de créer un espace de silence, parce que c’est dans le silence que nous trouvons Dieu et c’est dans le silence que nous découvrons notre véritable moi. Et en découvrant notre véritable moi, nous découvrons la vocation spécifique à laquelle Dieu nous appelle pour l’édification de son Église et pour la rédemption de notre monde.

 

Le cœur parle au cœur. Avec ces paroles qui viennent de mon cœur, chers jeunes amis, je vous assure de mes prières pour vous, afin que vos vies portent d’abondants fruits pour l’avènement de la civilisation de l’amour. Je vous demande aussi de prier pour moi, pour mon ministère comme Successeur de Pierre, et pour les besoins de l’Église dans le monde entier.

 

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