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7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 08:42

Le texte qui suit n’est pas à proprement parler une homélie. Mais comme la femme était à l’honneur en ce dimanche, je vous propose de méditer le très beau texte de Gn 2. 18-24 (1ère lecture de ce 27e dimanche ordinaire de l’année B) avec Marie-Noëlle Thabut, formatrice biblique dont les textes inspirent nombre de prédicateurs dominicaux.

« Au commencement, lorsque le Seigneur Dieu fit la terre et le ciel »
 : cette formule au passé risque de nous tromper ; et c'est peut-être la seule difficulté de ce texte, le piège dans lequel il ne faut pas tomber. Le piège serait de croire que nous sommes en face d'un film pris sur le vif.

Bien évidemment, cette façon de lire ne résiste pas à la réflexion ; d'abord, nous ne sommes pas assez naïfs pour croire qu'un journaliste assistait à l'oeuvre de Dieu au premier jour ; d'autre part, nous savons bien que la première condition pour une bonne lecture consiste à savoir distinguer les genres littéraires.

Nous sommes ici, dans les premiers chapitres de la Genèse, en face d'un écrit qu'on appelle de « sagesse », c'est-à-dire non pas d'histoire mais de réflexion : au dixième siècle avant Jésus-Christ, probablement, à la cour du roi Salomon, un théologien était assailli de questions : Pourquoi la mort ? Pourquoi la souffrance ? Et pourquoi les difficultés des couples ? Et tous les pourquoi de notre vie, auxquels nous nous heurtons si souvent... Pour répondre, il a raconté une histoire comme Jésus racontait des paraboles.
L'auteur n'est pas un scientifique, c'est un croyant : il ne prétend pas nous dire le quand et le comment de la Création ; il dit le sens, le projet de Dieu. En particulier, l'histoire ou la parabole qui nous occupe aujourd'hui cherche à bien situer la relation conjugale dans le plan de Dieu. Comme toute histoire, comme aussi les paraboles de Jésus, cette histoire de notre théologien du dixième siècle emploie des images : le jardin, le sommeil, la côte ; sous ces images se devine un message : un message qui concerne tous les hommes et toutes les femmes de tous les temps (…).

Le message de ce texte tient en quatre points :

Premièrement, la femme fait partie de la Création dès l'origine
 ; cela ne fait de doute pour aucun d'entre nous, aujourd'hui, mais à l'époque, c'était original. En Mésopotamie, par exemple, (la patrie d'Abraham), où on réfléchit tout autant sur la Création et où on se forge aussi des explications à travers des récits tout aussi grandioses et poétiques, on prétendait que la femme n'a pas été créée dès le début, et que l'homme s'en passait très bien. La Bible, au contraire, affirme qu'elle a été créée dès l'origine du monde et surtout qu'elle est un cadeau de Dieu : sans elle l'homme ne peut pas être heureux et l'humanité ne serait pas complète.

Deuxième message : le projet de Dieu, c'est le bonheur de l'homme
 ; en Mésopotamie encore, il y a plusieurs dieux, tous rivaux entre eux, et quand ils se décident à créer l'humanité, c'est parce qu'ils ont besoin d'esclaves. Alors que, dans la Bible, il n'y a qu'un seul Dieu, et quand il crée l'homme et le place dans le Paradis, ce jardin merveilleux est pour l'homme. Et l'expression « Il n'est pas bon que l'homme soit seul » signifie que Dieu recherche le bonheur de l'homme.

Troisième message : c'est une affirmation très importante et très novatrice de la Bible : la sexualité est une chose belle et bonne, puisqu'elle fait partie du projet de Dieu 
; elle est une donnée très importante du bonheur de l'homme et de la femme : « L'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu'un. »

Quatrième message : l'idéal proposé au couple humain n'est pas la domination de l'un sur l'autre, mais l'égalité dans le dialogue ; et qui dit dialogue dit à la fois distance et intimité.
Sur ce point, l'hébreu est plus suggestif que le français ; dans notre langue, les mots « homme » et « femme » ne sont pas de la même famille ; alors que, en hébreu, homme se dit « ish » et femme « ishshah » : ce sont deux mots très proches, de la même famille et pour autant pas identiques ; le mot « ishshah » qui désigne la femme est tout simplement le mot féminin dérivé de celui qui désigne l'homme. On se rappelle le moment où l'homme avait nommé les animaux : il avait donné un nom à chacun, mais jamais ce mot-là, jamais un nom dérivé de son nom à lui, parce qu'il sentait bien justement la distance, et le pouvoir que Dieu lui conférait sur les animaux ; mais devant la femme, son cri est d'émotion, de reconnaissance au vrai sens du terme : il la reconnaît comme sienne ; et d'ailleurs quand Dieu dit son projet, la Bible dit : « Il n'est pas bon que l'homme soit seul, je vais lui faire une aide qui lui correspondra » ; on devrait traduire littéralement « comme son vis-à-vis ».

Mais si l'homme reconnaît que la femme est sa plus proche, il n'y est pourtant pour rien, il la reçoit de Dieu comme un cadeau
 ; la délicatesse du texte est extraordinaire ici : « Dieu fit tomber sur lui un sommeil mystérieux, et l'homme s'endormit », lisons-nous. C'est Dieu qui agit, l'homme dort : on retrouve plusieurs fois dans la Bible cette image de sommeil, dans des moments très importants pour l'humanité ; avec Abraham, par exemple, quand Dieu fait alliance avec lui, la Bible emploie le même mot traduit ici par « sommeil mystérieux » et que la Bible grecque traduit par « extase » ; manière très humble de dire que l'action de Dieu est tellement grande, tellement solennelle, qu'elle échappe à l'homme ; il ne peut pas en être témoin.

Enfin, l'image du sommeil évoque aussi, bien sûr, la nuit : quand l'homme se réveillera, une aube nouvelle aura commencé pour l'humanité, puisque la femme est née !

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6 octobre 2009 2 06 /10 /octobre /2009 15:56

Message du Pape Benoît XVI aux jeunes participants du Congrès eucharistique international de Quebec, le 21 juin 2008.

Chers jeunes,

De Rome, je suis heureux de vous saluer et de vous assurer de ma prière alors que vous êtes réunis à l’occasion du 49e Congrès eucharistique international de Québec. Je me réjouis de voir votre attention au mystère de l’Eucharistie, « don de Dieu pour la vie du monde », comme le souligne le thème du Congrès. Je vous invite à méditer sans cesse ce « grand mystère de la foi », comme nous le proclamons à chaque Messe, après la consécration. Tout d’abord,
dans l’Eucharistie, nous revivons le sacrifice du Seigneur au soir de sa vie, par lequel il sauve tous les hommes. Nous demeurons ainsi proches de lui et nous recevons en abondance les grâces nécessaires à notre vie quotidienne et à notre salut. L’Eucharistie est par excellence le geste de l’amour de Dieu pour nous. Quoi de plus grand que de donner sa vie par amour? En cela, Jésus est le modèle du don total de soi, chemin sur lequel nous devons également marcher à sa suite.

L’Eucharistie est aussi un modèle de démarche chrétienne, qui doit façonner toute notre existence. C’est le Christ qui nous convoque pour nous rassembler, pour constituer l’Église, son Corps au milieu du monde. Pour accéder aux deux tables de la Parole et du Pain, nous devons d’abord accueillir le pardon de Dieu, ce don qui nous relève sur notre route quotidienne, qui restaure en nous l’image divine et qui nous montre à quel point nous sommes aimés.
Puis, comme au pharisien Simon, dans l’Évangile de Luc, Jésus s’adresse sans cesse à nous par l’Écriture : « J’ai quelque chose à te dire » (7, 40). En effet, toute parole de l’Écriture est pour nous une parole de vie, qu’il nous faut écouter avec beaucoup d’attention. De manière toute particulière, l’Évangile constitue le cœur du message chrétien, la révélation totale des mystères divins. En son Fils, la Parole faite chair, Dieu nous a tout dit. En son Fils, Dieu nous a révélé son visage de Père, un visage d’amour, d’espérance. Il nous a montré le chemin du bonheur et de la joie. Pendant la consécration, moment particulièrement fort de l’Eucharistie parce que nous rappelons le sacrifice du Christ, vous êtes appelés à contempler le Seigneur Jésus, comme saint Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu » (Jn 20, 28). Après avoir reçu la Parole de Dieu, après vous être nourris de son corps, laissez-vous transformer intérieurement et recevoir de lui votre mission. En effet, il vous envoie dans le monde, pour être porteurs de sa paix et témoins de son message d’amour. N’ayez pas peur d’annoncer le Christ aux jeunes de votre âge. Montrez-leur que le Christ n’entrave pas votre vie, ni votre liberté ; montrez-leur au contraire qu’il vous donne la vraie vie, qu’il vous rend libres pour lutter contre le mal et faire de votre vie quelque chose de beau.

N'oubliez pas que l'Eucharistie dominicale est une rencontre d'amour avec le Seigneur dont nous ne pouvons pas nous passer. Lorsque vous le reconnaissez "au moment de la fraction du pain", comme les disciples d'Emmaüs, vous devenez ses compagnons. Il vous aidera à grandir et à donner le meilleur de vous-mêmes.
Souvenez-vous que dans le pain de l'Eucharistie, le Christ est réellement, totalement et substantiellement présent. C'est donc dans le mystère de l'Eucharistie, pendant la Messe et au cours de l'adoration silencieuse devant le Très Saint Sacrement sur l'autel, que vous ferez sa rencontre d'une manière privilégiée. En ouvrant tout votre être et toute votre vie sous le regard du Christ, vous ne serez pas écrasés – bien au contraire : vous découvrirez que vous êtes l'objet d'un amour infini. Vous recevrez la puissance dont vous avez besoin pour construire vos vies et pour faire les choix qui se présentent à vous chaque jour. Devant le Seigneur, dans le silence de vos cœurs, certains d'entre vous pourront se sentir appelés à le suivre d'une manière plus radicale dans le sacerdoce ou la vie consacrée. N'ayez pas peur de suivre cet appel et d'y répondre avec joie. Comme je l'ai dit au début de mon pontificat, Dieu n'enlève rien à ceux qui se donnent à lui. Au contraire, il leur donne tout. Il vient pour tirer le meilleur de ce qui est en chacun de nous, afin que nos vies puissent fleurir véritablement.

 

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5 octobre 2009 1 05 /10 /octobre /2009 13:58

Extrait de l’homélie prononcée par le Pape Benoît XVI lors de la célébration conclusive du 49e Congrès eucharistique international de Québec, le 22 juin 2008.

Alors que vous êtes réunis pour le 49e Congrès eucharistique international, je suis heureux de vous rejoindre par le moyen de la télévision et de m'associer ainsi à votre prière (…). Je n'oublie pas que votre pays célèbre cette année le 400e anniversaire de sa fondation. C'est une occasion pour que chacun se rappelle les valeurs qui ont animé les pionniers et les missionnaires dans votre pays.

"L'Eucharistie, don de Dieu pour la vie du monde"
, tel est le thème choisi pour ce nouveau Congrès eucharistique international. L'Eucharistie est notre plus beau trésor. Elle est le sacrement par excellence ; elle nous introduit par avance dans la vie éternelle ; elle contient tout le mystère de notre salut ; elle est la source et le sommet de l'action et de la vie de l'Eglise, comme le rappelait le Concile Vatican II (Sacrosanctum Concilium, n. 8). Il est donc particulièrement important que les pasteurs et les fidèles s'attachent en permanence à approfondir ce grand sacrement. Chacun pourra ainsi affermir sa foi et remplir toujours mieux sa mission dans l'Eglise et dans le monde, se rappelant qu'il y a une fécondité de l'Eucharistie dans sa vie personnelle, dans la vie de l'Eglise et du monde. L'Esprit de vérité témoigne dans vos cœurs ; témoignez, vous aussi, du Christ devant les hommes, comme le dit l'antienne de l'alléluia de cette Messe. La participation à l'Eucharistie n'éloigne donc pas de nos contemporains, au contraire, parce qu'elle est l'expression par excellence de l'amour de Dieu, elle nous appelle à nous engager avec tous nos frères pour faire face aux défis présents et pour faire de la planète un lieu où il fait bon vivre. Pour cela, il nous faut sans cesse lutter pour que toute personne soit respectée depuis sa conception jusqu'à sa mort naturelle, que nos sociétés riches accueillent les plus pauvres et leur redonnent toute leur dignité, que toute personne puisse se nourrir et faire vivre sa famille, que la paix et la justice rayonnent dans tous les continents. Tels sont quelques défis qui doivent mobiliser tous nos contemporains et pour lesquels les chrétiens doivent puiser leur force dans le mystère eucharistique.

"Le Mystère de la Foi" 
: c'est ce que nous proclamons lors de chaque Messe. Je voudrais que chacun s'efforce d'étudier ce grand mystère, notamment en revisitant et en explorant, individuellement et en groupes, le texte conciliaire sur la Liturgie, Sacrosanctum Concilium, afin de rendre courageusement témoignage du mystère. De cette manière chacun parviendra à une meilleure compréhension du sens de chaque aspect de l'Eucharistie, en saisissant sa profondeur et en la vivant avec une plus grande intensité. Chaque phrase, chaque geste a son propre sens et recèle un mystère. Je souhaite sincèrement que ce congrès serve à appeler tous les fidèles à prendre un tel engagement en vue de renouveler la catéchèse eucharistique, car ils y gagneront une conscience eucharistique authentique et enseigneront à leur tour aux enfants et aux jeunes à reconnaître le mystère central de la foi et à bâtir leurs vies autour de celui-ci. J'exhorte en particulier les prêtres à rendre l'honneur qui lui est dû au rite eucharistique, et je demande aux fidèles de respecter le rôle qui revient à chacun, au prêtre et aux laïcs, dans l'action eucharistique. La liturgie ne nous appartient pas : c'est le trésor de l'Eglise.

La réception de l'Eucharistie, l'adoration du Très Saint Sacrement – de cette manière nous entendons approfondir notre communion, la préparer et la prolonger – signifient également nous autoriser à entrer en communion avec le Christ, et à travers lui avec toute la Trinité, de manière à devenir ce que nous recevons et à vivre en communion avec l'Eglise. C'est en recevant le Corps du Christ que nous recevons la force "de l'unité avec Dieu et les uns avec les autres" (Saint Cyrille d'Alexandrie, In Ioannis Evangelium, 11, 11; cf. saint Augustin, Sermo 577).
Nous ne devons jamais oublier que l'Eglise est bâtie autour du Christ et que, comme saint Augustin, saint Thomas d'Aquin et saint Albert le Grand l'ont dit, à la suite de saint Paul (cf. 1 Co 10, 17), l'Eucharistie est le sacrement de l'unité de l'Eglise, parce que nous ne formons qu'un seul corps dont le Seigneur est la tête. Nous devons toujours à nouveau revenir à la Dernière Cène du Jeudi Saint, où nous a été donné un gage du mystère de notre rédemption sur la Croix. La Dernière Cène est le lieu de l'Eglise naissante, la matrice qui contient l'Eglise de tous les âges. Dans l'Eucharistie, le sacrifice du Christ est sans cesse renouvelé, la Pentecôte est constamment renouvelée. Puisse chacun de vous devenir toujours conscient de l'importance de l'Eucharistie dominicale, parce que le dimanche, le premier jour de la semaine, est le jour où nous honorons le Christ, le jour où nous recevons la force de vivre chaque jour le don de Dieu.

Je voudrais aussi inviter les pasteurs et les fidèles à une attention renouvelée à leur préparation à la réception de l'Eucharistie. Malgré notre faiblesse et notre péché, le Christ veut faire en nous sa demeure. Pour cela, il nous faut faire tout ce qui est en notre pouvoir pour le recevoir dans un cœur pur, en retrouvant sans cesse, par le sacrement du pardon, la pureté que le péché a entaché, "mettant en accord notre âme et notre voix", selon l'invitation du Concile (cf. Sacrosanctum Concilium, n. 11). En effet, le péché, surtout le péché grave, s'oppose à l'action de la grâce eucharistique en nous. D'autre part, ceux qui ne peuvent pas communier en raison de leur situation trouveront cependant dans une communion de désir et dans la participation à l'Eucharistie une force et une efficacité salvatrice (…).

L'Eucharistie n'est pas qu'un repas entre amis. Elle est mystère d'alliance.
"Les prières et les rites du sacrifice eucharistique font sans cesse revivre devant les yeux de notre âme, au fil du cycle liturgique, toute l'histoire du salut, et nous en font pénétrer toujours davantage la signification" (S. Thérèse-Bénédicte de la Croix, [Edith Stein], Wege zur inneren Stille Aschaffenburg, 1987, p. 67). Nous sommes appelés à entrer dans ce mystère d'alliance en conformant chaque jour davantage notre vie au don reçu dans l'Eucharistie. Elle a un caractère sacré, comme le rappelle le Concile Vatican II : "Toute célébration liturgique, en tant qu'œuvre du Christ prêtre et de son Corps qui est l'Eglise, est l'action sacrée par excellence, dont nulle autre action de l'Eglise n'égale l'efficacité au même titre et au même degré" (Sacrosanctum Concilium, n. 7). D'une certaine manière, elle est une "liturgie céleste", anticipation du banquet dans le Royaume éternel, annonçant la mort et la résurrection du Christ, jusqu'à ce qu'il vienne (cf. 1 Co 11, 26).

Pour que jamais le peuple de Dieu ne manque de ministres pour lui donner le Corps du Christ, il nous faut demander au Seigneur de faire à son Eglise le don de nouveaux prêtres.
Je vous invite aussi à transmettre l'appel au sacerdoce aux jeunes garçons, pour qu'ils acceptent avec joie et sans peur de répondre au Christ. Ils ne seront pas déçus. Que les familles soient le lieu primordial et le berceau des vocations.

 

Lire le texte intégral de l'homélie du Pape Benoît XVI

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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 10:30
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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 10:05
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3 octobre 2009 6 03 /10 /octobre /2009 10:43
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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 23:00

Extrait de l’Audience Générale du Pape Benoît XVI du 25 juin 2008.

Chers frères et sœurs,

Je voudrais présenter aujourd'hui la figure de l'un des grands Pères de l'Eglise d'Orient de l'époque tardive. Il s'agit d'un moine,
Saint Maxime, auquel la Tradition chrétienne attribua le titre de Confesseur en raison du courage intrépide avec lequel il sut témoigner - "confesser" -, également à travers la souffrance, l'intégrité de sa foi en Jésus Christ, vrai Dieu et vrai homme, Sauveur du monde.

Maxime naquit en Palestine, la terre du Seigneur, autour de 580. Dès l'enfance, il fut destiné à la vie monastique et à l'étude des Ecritures, également à travers les œuvres d'Origène, le grand maître qui au troisième siècle était déjà parvenu à "fixer" la tradition exégétique alexandrine.

De Jérusalem, Maxime s'installa à Constantinople, et de là, à cause des invasions barbares, il se réfugia en Afrique. Il s'y distingua par un courage extrême dans la défense de l'orthodoxie.
Maxime n'acceptait aucune réduction de l'humanité du Christ. La théorie était née selon laquelle il n'y aurait eu dans le Christ qu'une seule volonté, la volonté divine. Pour défendre l'unicité de sa personne, on niait en Lui une véritable volonté humaine. Et, à première vue, cela pourrait aussi apparaître une bonne chose que dans le Christ il n'y ait qu'une volonté. Mais Saint Maxime comprit immédiatement que cela aurait détruit le mystère du salut, car une humanité sans volonté, un homme sans volonté n'est pas un homme véritable, c'est un homme amputé. L'homme Jésus Christ n'aurait donc pas été un homme véritable, il n'aurait pas vécu le drame de l'être humain, qui consiste précisément dans la difficulté de conformer notre volonté avec la vérité de l'être. Et ainsi, saint Maxime affirme avec une grande décision : l'Ecriture Sainte ne nous montre pas un homme amputé, sans volonté, mais un véritable homme complet : Dieu, en Jésus Christ, a réellement assumé la totalité de l'être humain – excepté le péché, bien évidemment – et donc également une volonté humaine. Et la chose, ainsi formulée, apparaît claire : le Christ EST ou n'EST pas un homme. S'il EST un homme, il a également une volonté.

Mais un problème apparaît : ne finit-on pas ainsi dans une sorte de dualisme? N'arrive-t-on pas à affirmer deux personnalités complètes : raison, volonté, sentiment? Comment surmonter le dualisme, conserver la totalité de l'être humain et toutefois préserver l'unité de la personne du Christ, qui n'était pas schizophrène. Et Saint Maxime démontre que l'homme trouve son unité, l'intégration de lui-même, sa totalité non pas en lui-même, mais en se dépassant lui-même, en sortant de lui-même. Ainsi, également dans le Christ, en sortant de lui-même, l'homme se trouve lui-même en Dieu, dans le Fils de Dieu. On ne doit pas amputer l'homme pour expliquer l'Incarnation ; il faut seulement comprendre le dynamisme de l'être humain qui ne se réalise qu'en sortant de lui-même ; ce n'est qu'en Dieu que nous trouvons nous-mêmes, notre totalité et notre plénitude. On voit ainsi que ce n'est pas l'homme qui se referme sur lui-même qui est un homme complet ; mais c'est l'homme qui s'ouvre, qui sort de lui-même, qui devient complet et trouve lui-même sa véritable humanité précisément dans le Fils de Dieu.

Pour Saint Maxime cette vision ne reste pas une spéculation philosophique ; il la voit réalisée dans la vie concrète de Jésus, surtout dans le drame de Gethsémani. Dans ce drame de l'agonie de Jésus, de l'angoisse de la mort, de l'opposition entre la volonté humaine de ne pas mourir et la volonté divine qui s'offre à la mort, dans ce drame du Gethsémani se réalise tout le drame humain, le drame de notre rédemption. Saint Maxime nous dit, et nous savons que cela est vrai : Adam (et Adam c'est nous) pensait que le NON était le sommet de la liberté. Seul celui qui peut dire NON serait réellement libre ; pour réaliser réellement sa liberté, l'homme devait dire NON à Dieu ; ce n'est qu'ainsi qu'il pense être finalement lui-même, être arrivé au sommet de la liberté. Cette tendance était aussi contenue dans la nature humaine du Christ, mais il l'a surmontée, car Jésus a vu que le NON n'est pas le sommet de la liberté. Le sommet de la liberté est le OUI, la conformité avec la volonté de Dieu. Ce n'est que dans le OUI que l'homme devient réellement lui-même ; ce n'est que dans la grande ouverture du OUI, dans l'unification de sa volonté avec la volonté divine, que l'homme devient immensément ouvert, devient "divin". Etre comme Dieu était le désir d'Adam, c'est-à-dire être complètement libre. Mais l'homme qui se referme sur lui-même n'est pas divin, n'est pas complètement libre ; il l'est en sortant de lui-même, c'est dans le OUI qu'il devient libre ; et tel est le drame de Gethsémani : non pas ma volonté, mais la tienne. C'est en transférant la volonté humaine dans la volonté divine que naît l'homme véritable et que nous sommes rachetés. C'est, en quelques mots, le point fondamental de ce que voulait dire Saint Maxime, et nous voyons qu'ici tout l'être humain est véritablement en question ; c'est là que se trouve toute la question de notre vie.

Saint Maxime avait déjà eu des problèmes en Afrique en défendant cette vision de l'homme et de Dieu ; il fut ensuite appelé à Rome. En 649, il prit activement part au Concile du Latran, convoqué par le Pape Martin Ier pour défendre les deux volontés du Christ, contre l'édit de l'empereur, qui - pro bono pacis - interdisait de débattre de cette question. Le Pape Martin paya cher son courage : bien que de santé précaire, il fut arrêté et traduit en justice à Constantinople. Jugé et condamné à mort, il obtint la commutation de sa peine en un exil définitif en Crimée, où il mourut le 16 septembre 655, après deux longues années d'humiliations et de tourments.

Quelques temps plus tard, en 662, ce fut le tour de Maxime, qui – s'opposant lui aussi à l'empereur – continuait à répéter :
« Il est impossible d'affirmer dans le Christ une seule volonté! » (cf. PG 91, cc. 268-269). Ainsi, avec deux de ses disciples, tous deux appelés Anastase, Maxime fut soumis à un procès exténuant, alors qu'il avait désormais dépassé l'âge de 80 ans. Le tribunal de l'empereur le condamna, avec l'accusation d'hérésie, à la mutilation cruelle de la langue et de la main droite – les deux organes avec lesquels, à travers la parole et les écrits, Maxime avait combattu la doctrine erronée de l'unique volonté du Christ. Pour finir, le saint moine fut exilé en Colchide, sur la Mer Noire, où il mourut, épuisé par les souffrances endurées, le 13 août de cette même année 662 (…).

La pensée de saint Maxime n'est jamais seulement une pensée théologique, spéculative, refermée sur elle-même, car elle a toujours comme aboutissement la réalité concrète du monde et de son salut. Dans ce contexte, dans lequel il a dû souffrir, il ne pouvait pas se réfugier dans des affirmations philosophiques uniquement théoriques ; il devait chercher le sens de la vie, en se demandant : qui suis-je, qu'est-ce que le monde?
A l'homme, créé à son image et à sa ressemblance, Dieu a confié la mission d'unifier le cosmos. Et comme le Christ a unifié en lui-même l'être humain, en l'homme le Créateur a unifié le cosmos. Il nous a montré comment unifier dans la communion du Christ le cosmos et arriver ainsi réellement à un monde racheté. A cette puissante vision salvifique fait référence l'un des plus grands théologiens du vingtième siècle, Hans Urs von Balthasar, qui - "relançant" la figure de Maxime - définit sa pensée par l'expression emblématique de Kosmische Liturgie, "liturgie cosmique". Au centre de cette solennelle "liturgie" se trouve toujours Jésus Christ, unique Sauveur du monde. L'efficacité de son action salvifique, qui a définitivement unifié le cosmos, est garantie par le fait que, bien qu'étant Dieu en tout, il est aussi intégralement homme - étant également comprise l'"énergie" et la volonté de l'homme.

La vie et la pensée de Maxime restent puissamment illuminées par un immense courage dans le témoignage de la réalité intégrale du Christ, sans aucune réduction ou compromis. Et ainsi nous apparaît qui est vraiment l'homme, comment nous devons vivre pour répondre à notre vocation.
Nous devons vivre unis à Dieu, pour être ainsi unis à nous-mêmes et au cosmos, en donnant au cosmos lui-même et à l'humanité la juste forme. Le OUI universel du Christ nous montre également avec clarté comment donner leur juste place à toutes les autres valeurs. Nous pensons à des valeurs qui sont aujourd'hui à juste titre défendues, comme la tolérance, la liberté, le dialogue. Mais une tolérance qui ne saurait plus distinguer entre le bien et le mal deviendrait chaotique et autodestructrice. De même : une liberté qui ne respecterait pas la liberté des autres et ne trouverait pas la commune mesure de nos libertés respectives, deviendrait anarchie et détruirait l'autorité. Le dialogue qui ne sait plus sur quoi dialoguer devient un vain bavardage. Toutes ces valeurs sont grandes et fondamentales, mais elles ne peuvent demeurer de vraies valeurs que si elles ont un point de référence qui les unit et leur donne leur véritable authenticité. Ce point de référence est la synthèse entre Dieu et le cosmos, c'est la figure du Christ dans laquelle nous apprenons la vérité sur nous-mêmes et nous apprenons ainsi où placer toutes les autres valeurs. Tel est le point d'arrivée du témoignage de ce grand Confesseur. Et ainsi, en fin de compte, le Christ nous indique que le cosmos doit devenir liturgie, gloire de Dieu et que l'adoration est le commencement de la vraie transformation, du vrai renouveau du monde.



Lire le texte intégral de l'Audience Générale du Pape Benoît XVI

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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 18:13

"Je n'ai jamais cherché que la vérité"

(Ste Thérèse de l'Enfant Jésus)


Ste Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face, prie pour nous!

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30 septembre 2009 3 30 /09 /septembre /2009 08:45

Homélie du Père Walter Covens du 26e dimanche du temps ordinaire de l’année B.

Il est bon, de temps en temps, de méditer les réalités qui nous dérangent. C’est ce à quoi nous invite la liturgie d’aujourd’hui. A travers les lectures de ce dimanche, elle met l’accent sur une vérité toute simple de notre foi catholique : le péché, c’est sérieux !

Dans la deuxième lecture saint Jacques nous explique clairement que si quelqu’un passe sa vie sur terre à exploiter les autres, mentant, trichant, accumulant des richesses, il pourra jouir des fruits de ses crimes pour un moment, mais il n’échappera pas au jugement pour toujours. Saint Jacques écrit qu’il pleurera et se lamentera à cause des malheurs qui l’attendent.

Jésus est tout aussi clair. Il enseigne que si quelqu’un commet un péché sans s’en repentir, il ira en enfer. Le terme "géhenne" se réfère à une vallée près de la ville de Jérusalem qui avait servi à des sacrifices humains à l’époque où les rois de l’Ancien Testament avaient apostasié.

Au temps de Jésus cette vallée était devenue une sorte d’incinérateur public en plein air. Les ordures, y compris les cadavres d’animaux et de criminels, étaient jetées dans la vallée et progressivement consumés par un feu couvant en permanence. C’est ainsi que la géhenne est devenue le symbole de l’état d’éternelle séparation de l’âme avec Dieu, et de la destruction qui l’accompagne. Selon Jésus, voilà où conduit le péché si on se repent pas.

Ces commentaires de saint Jacques et de Jésus n’ont pas pour but de nous culpabiliser. Il ne s’agit pas d’une quelconque technique de manipulation psychologique. Ils ne font que nous rendre attentifs aux faits : le péché, le fait de s’éloigner de Dieu volontairement et de s’écarter de ses commandements, a des conséquences. Ces conséquences ne sont pas bonnes, et nous devrions tous nous efforcer de les éviter.

Une des raisons pour lesquelles Jésus a voulu mourir comme il est mort est qu’il voulait nous montrer visuellement le caractère destructeur du péché. Strictement parlant, Jésus aurait pu nous sauver en ne versant qu’une seule goutte de son sang, et même par un seul acte d’obéissance. Comme il était vrai homme, cet acte d’obéissance aurait compensé l’acte de désobéissance d’Adam. Comme il était vrai Dieu, cet acte aurait eu un mérite et une valeur infinis, suffisants pour compenser la désobéissance d’Adam et pour restaurer la relation entre Dieu et la race humaine que le péché avait rompue.

Mais le projet de Dieu était autre. Il a choisi la voie de l’obéissance qui l’a conduit dans l’œil du cyclone dévastateur d’une douleur et d’une souffrance indescriptible que nous appelons la Passion.

En 2004 le film La Passion du Christ a voulu nous montrer combien les souffrances de la passion du Christ étaient horribles. Peu d’hommes aujourd’hui ont été témoins d’une flagellation ou d’une crucifixion. Ce film nous a permis de mieux nous rendre compte de tout ce que le Seigneur a voulu souffrir pour nous sauver de nos péchés.

Beaucoup de critiques de cinéma ont dit que le film était trop violent. Si on ne connaît pas les raisons des souffrances du Christ, ces critiques sont compréhensibles. Mais une de ces raisons est précisément qu’il voulait que nous sachions combien le péché est horrible. Le démon nous le fait miroiter sous des apparences séductrices, alors qu’en réalité le péché détruit et flagelle nos âmes, tout comme les fouets et la croix on détruit et lacéré le corps du Christ. Chaque fois que nous voyons un crucifix, nous devrions nous dire que nos péchés, c’est sérieux, qu’ils ont de graves conséquences.

Mais dans cette Eucharistie, l’Eglise nous rappelle également autre chose : que la miséricorde de Dieu, c’est sérieux aussi. Le péché est destructeur, terrible, diabolique. Mais Jésus a vaincu le péché. C’est pourquoi nous disons qu’il est notre Sauveur. Le Catéchisme (420) dit :

« La victoire sur le péché remportée par le Christ nous a donné des biens meilleurs que ceux que le péché nous avait ôtés : " La où le péché a abondé, la grâce a surabondé " (Rm 5, 20). »

La destruction causée par le péché dans notre vie n’est pas le dernier mot de l’histoire. Dieu peut nous pardonner – il n’est jamais trop tard. Il peut nous sauver. Il peut prendre les ruines laissées pas nos péchés et les rebâtir pour arriver à un résultat plus magnifique que nous puissions imaginer. Nous devons juste lui donner sa chance.

Comment cela ? Le premier pas est tellement simple, mais parfois si dur : aller se confesser à un prêtre. Dieu connaît déjà nos péchés ; il sait combien ils empêchent notre progrès spirituel et abîment notre âme ; il sait aussi que nous avons besoin de sa grâce pour les vaincre. C’est la raison pour laquelle il a inventé la confession, pour nous donner une chance de recommencer, aussi souvent que nous en avons besoin.

Beaucoup d’entre nous savent déjà cela, et recourent fréquemment au grand cadeau de la confession. Mais il  y a aussi beaucoup de gens qui ne le font pas – et pour cette raison souffrent beaucoup intérieurement, faisant l’éxpérience des ravages du péché. Peut-être qu’une parole d’encouragement, une invitation, un partage d’expérience de notre part est tout ce dont Dieu a besoin pour les ramener et leur donner ce nouveau départ.

Le péché, c’est sérieux, mais la miséricorde rédemptrice infinie est encore plus importante. Voilà le message de la Messe d’aujourd’hui et de chaque Messe. Cette semaine emportons ce message en sortant de la Messe, apportons-le au monde qui nous entoure, et permettons à la grâce de Dieu de remporter de nouvelles victoires.

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Published by Matthieu BOUCART - dans Homélies
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29 septembre 2009 2 29 /09 /septembre /2009 13:01

Extrait de l’homélie prononcée par le Pape Benoît XVI lors de la célébration des premières Vêpres de la solennité des Saints Pierre et Paul dans la Basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, à l’occasion de l’inauguration de l’Année Paulinienne, le 28 juin 2008.

Votre Sainteté et chers délégués fraternels,
Messieurs les cardinaux,
Vénérés frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce,
Chers frères et sœurs,

 

Nous sommes réunis auprès de la tombe de saint Paul, qui naquit il y a deux mille ans à Tarse de Cilicie, dans l'actuelle Turquie. Qui était ce Paul? Dans le temple de Jérusalem, devant la foule agitée qui voulait le tuer, il se présente lui-même avec ces mots : « Je suis juif : né à Tarse, en Cilicie, mais élevé ici dans cette ville [Jérusalem], j'ai reçu, à l'école de Gamaliel, un enseignement strictement conforme à la Loi de nos pères ; je défendais la cause de Dieu avec une ardeur jalouse... » (Ac 22, 3). A la fin de son chemin, il dira de lui-même : « J'ai reçu la charge... [d'enseigner] aux nations païennes la foi et la vérité » (1 Tm 2, 7 ; cf. 2 Tm 1, 11). Maître des nations, apôtre et annonciateur de Jésus Christ, c'est ainsi qu'il se décrit lui-même en regardant rétrospectivement le parcours de sa vie. Mais avec cela, son regard ne va pas seulement vers le passé. "Maître des nations" – cette parole s'ouvre à l'avenir, vers tous les peuples et toutes les générations. Paul n'est pas pour nous une figure du passé, que nous rappelons avec vénération. Il est également notre maître, pour nous aussi apôtre et annonciateur de Jésus Christ.

Nous sommes donc réunis non pour réfléchir sur une histoire passée, irrévocablement révolue. Paul veut parler avec nous – AUJOURD’HUI. C'est pourquoi j'ai voulu promulguer cette "Année paulinienne" spéciale : pour écouter et pour apprendre à présent de lui, qui est notre maître, « la foi et la vérité », dans lesquelles sont enracinées les raisons de l'unité parmi les disciples du Christ (…).

Nous sommes donc ici rassemblés pour nous interroger sur le grand Apôtre des Nations. Nous nous demandons non seulement : qui était Paul? Nous nous demandons surtout : Qui est Paul? Que me dit-il?
En cette heure, au début de l'"Année paulinienne" que nous inaugurons, je voudrais choisir dans le riche témoignage du Nouveau Testament trois textes, dans lesquels apparaît sa physionomie intérieure, la spécificité de son caractère.

Dans la Lettre aux Galates, il nous a offert une profession de foi très personnelle, dans laquelle il ouvre son cœur aux lecteurs de tous les temps et révèle quelle est l'impulsion la plus profonde de sa vie.
« Je vis dans la foi au Fils de Dieu qui m'a aimé et qui s'est livré pour moi » (Ga 2, 20). Tout ce que Paul accomplit part de ce centre. Sa foi est l'expérience d'être aimé par Jésus Christ de manière tout à fait personnelle ; elle est la conscience du fait que le Christ a affronté la mort non pour quelque chose d'anonyme, mais par amour pour lui – Paul – et que, en tant que Ressuscité, il l'aime toujours, c'est-à-dire que le Christ s'est donné pour lui. Sa foi est le fait d'être frappé par l'amour de Jésus Christ, un amour qui le bouleverse jusqu'au plus profond de lui-même et qui le transforme. Sa foi n'est pas une théorie, une opinion sur Dieu et sur le monde. Sa foi est l'impact de l'amour de Dieu sur son cœur. Et ainsi, cette foi est l'amour pour Jésus Christ.

Paul est présenté par de nombreuses personnes comme un homme combatif qui sait manier l'épée de la parole. De fait, sur son parcours d'apôtre les disputes n'ont pas manqué. Il n'a pas recherché une harmonie superficielle. Dans la première de ses Lettres, celle qui s'adresse aux Thessaloniciens, il dit : « Nous avons cependant trouvé l'assurance qu'il fallait pour vous annoncer, au prix de grandes luttes, l'Evangile de Dieu... Jamais, vous le savez, nous n'avons eu un mot de flatterie » (1 Th 2, 2.5). Il considérait que la vérité était trop grande pour être disposé à la sacrifier en vue d'un succès extérieur. La vérité dont il avait fait l'expérience dans la rencontre avec le Ressuscité méritait pour lui la lutte, la persécution, la souffrance. Mais ce qui le motivait au plus profond, était d'être aimé par Jésus Christ et le désir de transmettre cet amour aux autres. Paul était un homme capable d'aimer, et toute son œuvre et sa souffrance ne s'expliquent qu'à partir de ce centre. Les concepts de base de son annonce se comprennent uniquement à partir de celui-ci. Prenons seulement l'une de ses paroles-clés : la liberté. L'expérience d'être aimé jusqu'au bout par le Christ lui avait ouvert les yeux sur la vérité et sur la voie de l'existence humaine – cette expérience embrassait tout. Paul était libre comme un homme aimé par Dieu qui, en vertu de Dieu, était en mesure d'aimer avec Lui. Cet amour est à présent la "loi" de sa vie et il en est précisément ainsi de la liberté de sa vie. Il parle et agit, mû par la responsabilité de la liberté de l'amour. Liberté et responsabilité sont liées ici de manière inséparable. Se trouvant dans la responsabilité de l'amour, il est libre ; étant quelqu'un qui aime, il vit totalement dans la responsabilité de cet amour et ne prend pas la liberté comme prétexte pour l'arbitraire et l'égoïsme. C'est dans le même esprit qu'Augustin a formulé la phrase devenue ensuite célèbre : Dilige et quod vis fac (Tract. in 1Jo 7, 7-8) – « Aime et fais ce que tu veux ». Celui qui aime le Christ comme Paul l'a aimé peut vraiment faire ce qu'il veut, car son amour est uni à la volonté du Christ et donc à la volonté de Dieu ; car sa volonté est ancrée à la vérité et parce que sa volonté n'est plus simplement sa volonté, arbitre du moi autonome, mais qu'elle est intégrée dans la liberté de Dieu et apprend de celle-ci le chemin à parcourir.

Dans la recherche du caractère intérieur de saint Paul je voudrais, en deuxième lieu, rappeler la parole que le Christ ressuscité lui adressa sur la route de Damas. Le Seigneur lui demande d'abord : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu? ». A la question : « Qui es-tu, Seigneur? », est donnée la réponse : « Je suis Jésus, celui que tu persécutes » (Ac 9, 4).
En persécutant l'Eglise, Paul persécute Jésus lui-même : « Tu ME persécutes ». Jésus s'identifie avec l'Eglise en un seul sujet. Dans cette exclamation du Ressuscité, qui transforma la vie de Saul, est au fond désormais contenue toute la doctrine sur l'Eglise comme Corps du Christ. Le Christ ne s'est pas retiré au Ciel, en laissant sur la terre une foule de fidèles qui soutiennent "sa cause". L'Eglise n'est pas une association qui veut promouvoir une certaine cause. Dans celle-ci, il ne s'agit pas d'une cause. Dans celle-ci il s'agit de la personne de Jésus Christ, qui également en tant que Ressuscité est resté "chair". Il a la « chair et les os » (Lc 24, 39), c'est ce qu'affirme le Ressuscité dans Luc, devant les disciples qui l'avaient pris pour un fantôme. Il a un corps. Il est personnellement présent dans son Eglise, "Tête et Corps" forment un unique sujet dira saint Augustin. « Ne le savez-vous pas? Vos corps sont les membres du Christ », écrit Paul aux Corinthiens (1 Co 6, 15). Et il ajoute : de même que, selon le Livre de la Genèse, l'homme et la femme deviennent une seule chair, ainsi le Christ devient un seul esprit avec les siens, c'est-à-dire un unique sujet dans le monde nouveau de la résurrection (cf. 1 Co 6, 16sq). Dans tout cela transparaît le mystère eucharistique, dans lequel l'Eglise donne sans cesse son Corps et fait de nous son Corps : « Le pain que nous rompons, n'est-il pas communion au corps du Christ? Puisqu'il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain » (1 Co 10, 16sq). En ce moment, ce n'est pas seulement Paul, mais le Seigneur lui-même qui s'adresse à nous : Comment avez-vous pu laisser déchirer mon Corps? Devant le visage du Christ, cette parole devient dans le même temps une question urgente : réunis-nous tous hors de toute division. Fais qu'aujourd'hui cela devienne à nouveau la réalité. Il y a un unique pain, et donc, bien qu'étant nombreux, nous sommes un unique corps. Pour Paul, la parole sur l'Eglise comme Corps du Christ n'est pas une comparaison quelconque. Elle va bien au-delà d'une comparaison : « Pourquoi me persécutes-tu? » Le Christ nous attire sans cesse dans son Corps à partir du centre eucharistique, qui pour Paul est le centre de l'existence chrétienne, en vertu duquel tous, ainsi que chaque individu, peuvent faire de manière personnelle l'expérience suivante : Il m'a aimé et s'est donné lui-même pour moi.

Je voudrais conclure par l'une des dernières paroles de saint Paul, une exhortation à Timothée de la prison, face à la mort : « Prends ta part de souffrance pour l'annonce de l'Evangile », dit l'apôtre à son disciple (2 Tm 1, 8). Cette parole, qui se trouve à la fin des chemins parcourus par l'apôtre, comme un testament renvoie en arrière, au début de sa mission. Alors qu'après sa rencontre avec le Ressuscité, Paul, aveugle, se trouvait dans sa maison de Damas, Ananie reçut le mandat d'aller chez le persécuteur craint et de lui imposer les mains, pour qu'il retrouve la vue. A Ananie, qui objectait que ce Saul était un dangereux persécuteur des chrétiens, il fut répondu : Cet homme doit faire parvenir mon nom auprès des peuples et des rois. « Et moi, je lui ferai découvrir tout ce qu'il lui faudra souffrir pour mon Nom » (Ac 9, 15sq).
La charge de l'annonce et l'appel à la souffrance pour le Christ vont de pair inséparablement. L'appel à devenir le maître des nations est dans le même temps et intrinsèquement un appel à la souffrance dans la communion avec le Christ, qui nous a rachetés à travers sa Passion. Dans un monde où le mensonge est puissant, la vérité se paye par la souffrance. Celui qui veut éviter la souffrance, la garder loin de lui, garde loin de lui la vie elle-même et sa grandeur ; il ne peut pas être un serviteur de la vérité et donc un serviteur de la foi. Il n'y a pas d'amour sans souffrance – sans la souffrance du renoncement à soi-même, de la transformation et de la purification du moi pour la véritable liberté. Là où il n'y a rien qui vaille la peine de souffrir, la vie elle-même perd sa valeur. L'Eucharistie – le centre de notre être chrétiens – se fonde sur le sacrifice de Jésus pour nous, elle est née de la souffrance de l'amour, qui a atteint son sommet dans la Croix. Nous vivons de cet amour qui se donne. Il nous donne le courage et la force de souffrir avec le Christ et pour Lui dans ce monde, en sachant que précisément ainsi notre vie devient grande, mûre et véritable. A la lumière de toutes les lettres de saint Paul, nous voyons que sur son chemin de maître des nations s'est accomplie la prophétie faite à Ananie à l'heure de l'appel : « Et moi je lui ferai découvrir tout ce qu'il lui faudra souffrir pour mon Nom ». Sa souffrance le rend crédible comme maître de vérité, qui ne cherche pas son propre profit, sa propre gloire, la satisfaction personnelle, mais qui s'engage pour Celui qui nous a aimés et qui s'est donné lui-même pour nous tous.

En cette heure, nous rendons grâce au Seigneur, car il a appelé Paul, le rendant lumière des nations et notre maître à tous, et nous le prions : donne-nous aujourd'hui aussi des témoins de la résurrection, touchés par ton amour et capables d'apporter la lumière de l'Evangile dans notre temps.

Saint Paul, prie pour nous! Amen.


Lire le texte intégral de l'homélie du Pape Benoît XVI

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