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1 novembre 2009 7 01 /11 /novembre /2009 11:47

Le dimanche 20 juillet 2008, à 8 heures 30, le pape Benoît XVI est monté à bord d’un hélicoptère afin de survoler l’hippodrome de Randwick où l’attendaient 400.000 personnes, dont les jeunes qui, le samedi soir, avaient participé à la veillée. Avant de conférer le sacrement de la confirmation à 24 jeunes, le Saint Père a prononcé l’homélie, dont voici un extrait.




Chers amis,

« Vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous » (Ac 1, 8). Nous avons vu cette promesse réalisée ! Comme nous venons de l’entendre dans la première Lecture, le jour de la Pentecôte, le Seigneur ressuscité, assis à la droite du Père, a envoyé l’Esprit sur les disciples réunis au Cénacle. Par la force de cet Esprit, Pierre et les Apôtres sont partis pour prêcher l’Évangile jusqu’aux extrémités de la terre. À tout âge et en toute langue, l’Église continue de proclamer dans le monde entier les merveilles de Dieu et appelle toutes les nations et tous les peuples à accueillir la foi, l’espérance et la nouvelle vie dans le Christ.

Ces jours-ci, je suis venu moi aussi, en tant que Successeur de saint Pierre, sur cette magnifique terre de l’Australie. Mes jeunes frères et sœurs, je suis venu pour vous confirmer dans la foi et pour ouvrir vos cœurs au pouvoir de l’Esprit du Christ et à la richesse de ses dons. Je prie pour que cette grande assemblée, qui unit des jeunes « de toutes les nations qui sont sous le ciel » (Ac 2, 5), devienne un nouveau Cénacle. Puisse le feu de l’amour de Dieu descendre pour remplir vos cœurs, pour vous unir toujours plus au Seigneur et à son Église et vous envoyer, comme une nouvelle génération d’Apôtres, pour porter le monde au Christ !

« Vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous » (Ac 1, 8). Ces paroles du Seigneur ressuscité ont une signification particulière pour les jeunes qui seront confirmés, marqués par le don de l’Esprit Saint, au cours de cette Messe. Mais ces paroles sont aussi adressées à chacun d’entre nous, à tous ceux qui ont reçu de l’Esprit le don de la réconciliation et de la vie nouvelle au Baptême, qui l’ont accueilli dans leurs cœurs comme leur soutien et leur guide à la Confirmation et qui, chaque jour, grandissent dans ses dons de grâce par la Sainte Eucharistie. En effet, à chaque Messe, l’Esprit Saint, invoqué par la prière solennelle de l’Église, descend de nouveau non seulement pour transformer nos offrandes, le pain et le vin, dans le Corps et le Sang du Seigneur, mais aussi pour transformer nos vies, pour faire de nous, par sa puissance, « un seul corps et un seul esprit dans le Christ ».

Mais quel est donc ce « pouvoir » de l’Esprit Saint ? C’est le pouvoir de la vie Dieu ! C’est le pouvoir de l’Esprit lui-même qui se répandit sur les eaux à l’aube de la Création et qui, dans la plénitude des temps, releva Jésus de la mort. C’est le pouvoir qui nous conduit nous et le monde vers l’avènement du Royaume de Dieu. Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus annonce qu’une nouvelle ère a commencé, dans laquelle l’Esprit Saint sera répandu sur l’humanité entière (cf. Lc 4, 21). Jésus lui-même, conçu de l’Esprit Saint et né de la Vierge Marie, est venu parmi nous pour nous donner cet Esprit. Comme source de notre vie nouvelle dans le Christ, l’Esprit Saint est aussi, d’une manière très réelle, l’âme de l’Église, l’amour qui nous lie au Seigneur et entre nous et la lumière qui ouvre nos yeux pour voir les merveilles de la grâce de Dieu autour de nous.

Ici, en Australie, ce « Grand Sud de l’Esprit Saint », nous avons tous expérimenté de manière inoubliable la présence et la puissance de l’Esprit dans la beauté de la nature. Nos yeux se sont ouverts pour voir le monde autour de nous tel qu’il est vraiment : « plein de la grandeur de Dieu » comme dit le poète, rempli de la gloire de son amour Créateur. Ici aussi, dans cette grande assemblée de jeunes chrétiens venant du monde entier, nous avons fait la vive expérience de la présence et de la puissance de l’Esprit dans la vie de l’Église. Nous avons vu l’Église telle qu’elle est réellement : le Corps du Christ, vivante communauté d’amour, comprenant des personnes de toute race, nation et langue, de tout temps et tout lieu, dans l’unité née de notre foi dans le Seigneur ressuscité.

La puissance de l’Esprit ne cesse jamais de remplir l’Église de vie ! À travers la grâce des Sacrements de l’Église, cette force pénètre profondément en nous, comme une rivière souterraine qui nourrit l’esprit et nous attire toujours plus près de la source de notre vraie vie, qui est le Christ. Saint Ignace d’Antioche, qui est mort martyr à Rome, au début du deuxième siècle, nous a laissé une description splendide de la puissance de l’Esprit qui demeure en nous. Il parle de l’Esprit comme d’une fontaine d’eau vive qui jaillit dans son cœur et murmure : « Viens, Viens au Père ! » (cf. Rm 6, 1-9).

Cependant, cette force, la grâce le l’Esprit, n’est pas quelque chose que nous pouvons mériter ou acquérir, mais nous pouvons seulement la recevoir comme un don. L’amour de Dieu peut répandre sa puissance uniquement quand nous lui permettons de nous transformer intérieurement. Nous devons lui permettre de traverser dans la dure carapace de notre indifférence, de notre lassitude spirituelle, de notre conformisme aveugle à l’esprit de notre temps. Alors seulement nous pouvons lui permettre d’enflammer notre imagination et de façonner nos désirs les plus profonds. Voilà pourquoi la prière est si importante : la prière quotidienne, la prière personnelle, dans le silence de notre cœur et devant le Saint Sacrement ainsi que la prière liturgique en Église. Elle est réceptivité pure de la grâce de Dieu, amour en acte, communion avec l’Esprit qui demeure en nous et nous conduit, à travers Jésus, dans l’Église, à notre Père céleste. Par la puissance de son Esprit, Jésus est toujours présent en nous, attendant tranquillement que nous nous mettions en silence à côté de Lui pour écouter sa voix, demeurer dans son amour et recevoir la « force qui vient d’en-haut », force qui nous rend capables d’être sel et lumière pour notre monde. 

 
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Published by Matthieu BOUCART - dans Benoit XVI
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30 octobre 2009 5 30 /10 /octobre /2009 20:47

Extrait du discours du Pape Benoît XVI lors de la veillée avec les jeunes à l’hippodrome de Randwick (Australie), le 19 juillet 2008.

L’Esprit Saint a été, de quelque manière, l’oublié de la Sainte Trinité. Une claire compréhension de sa Personne semble presque hors de notre portée. Et cependant quand j’étais encore un petit garçon, mes parents, comme les vôtres, m’ont enseigné le signe de la Croix. J’ai ainsi très tôt compris qu’il y a un Dieu en trois Personnes et que la Trinité est au centre de la foi et de la vie chrétienne. Quand j’ai cru au point d’avoir une certaine compréhension de Dieu le Père et de Dieu le Fils – leurs noms parlaient déjà d’eux-mêmes –, ma compréhension de la troisième Personne de la Trinité restait faible. C’est pourquoi, comme jeune prêtre chargé d’enseigner la théologie, j’ai décidé d’étudier les grands témoins de l’Esprit dans l’histoire de l’Église. C’est en parcourant cet itinéraire que je me suis retrouvé à lire, entre autres, le grand saint Augustin.

Sa compréhension de l’Esprit Saint se développa de manière graduelle ; elle fut un combat. Jeune, il avait embrassé le Manichéisme – l’une de ses tentatives, dont j’ai parlé il y a un instant, de créer une utopie spirituelle en séparant les réalités de l’esprit des réalités de la chair. En conséquence, au début, il était méfiant à l’égard de l’enseignement chrétien sur l’incarnation de Dieu. Et cependant, son expérience de l’amour de Dieu présent dans l’Église le conduisit à en rechercher la source dans la vie du Dieu Un et Trine. Ceci le porta à avoir trois intuitions particulières sur l’Esprit Saint comme lien d’unité au sein de la Sainte Trinité : unité comme communion, unité comme amour durable, unité comme don, donné et reçu. Ces trois intuitions ne sont pas seulement théoriques. Elles aident à expliquer comme l’Esprit agit. Dans un monde où aussi bien les individus que les communautés souffrent souvent de l’absence d’unité et de cohésion, de telles intuitions nous aident à demeurer en syntonie avec l’Esprit et à étendre et à clarifier la nature de notre témoignage.

Avec l’aide de saint Augustin, essayons donc d’illustrer quelques aspects de l’œuvre de l’Esprit Saint. Il observe que les deux mots « Esprit » et « Saint » se rapportent à ce qui appartient à la nature divine ; en d’autres termes, à ce qui est partagé par le Père et par le Fils, à leur communion. Par conséquent, si la caractéristique propre de l’Esprit est celle d’être ce qui est
partagé par le Père et par le Fils, Augustin en conclut que la qualité particulière de l’Esprit est l’unité. Une unité de communion vécue : une unité de personnes dans une relation mutuelle de donation constante : le Père et le Fils qui se donnent l’un à l’autre. Nous commençons ainsi, je pense, à entrevoir combien cette compréhension de l’Esprit Saint comme unité, comme communion, est éclairante. Une unité vraie ne peut jamais être fondée sur des relations qui nient l’égale dignité des autres personnes. Et l’unité n’est pas non plus simplement la somme totale des groupes à travers lesquels nous nous efforçons parfois de nous « définir » nous-mêmes. En effet, c’est uniquement dans la vie de communion que l’unité se maintient et que l’identité humaine se réalise pleinement : nous reconnaissons notre besoin commun de Dieu, nous répondons à la présence unificatrice de l’Esprit Saint et nous donnons notre vie les uns pour les autres à travers le service.

La deuxième intuition d’Augustin – c’est-à-dire celle de l’Esprit Saint comme amour qui perdure – dérive de l’étude qu’il fit de la
Première Lettre de saint Jean, là où l’auteur dit que « Dieu est amour » (1 Jn 4, 16). Augustin suggère que ces mots, tout en se référant à la Trinité dans son ensemble, doivent également être compris comme exprimant une caractéristique particulière de l’Esprit Saint. En réfléchissant sur la pérennité de l’amour – « celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu » (Ibidem) – Augustin se demande : Est-ce l’amour ou l’Esprit qui garantit le don continuel ? Voici ce qu’il en conclut : « L’Esprit Saint nous fait demeurer en Dieu et Dieu en nous, mais c’est l’amour qui en est la cause. Donc, l’Esprit est Dieu comme amour ! » (De Trinitate 15, 17, 31). C’est une magnifique explication : Dieu se donne lui-même en partage comme amour dans l’Esprit Saint. Que pouvons-nous savoir d’autre sur la base de cette intuition ? L’amour est le signe de la présence de l’Esprit Saint ! Les idées ou les paroles qui manquent d’amour – même si elles apparaissent sophistiquées ou sages – ne peuvent être « de l’Esprit ». De plus, l’amour a une caractéristique particulière, loin d’être indulgent ou volubile, il a une tâche ou un objectif à accomplir : celui de demeurer. Par sa nature, l’amour est durable. Encore une fois, chers amis, nous pouvons jeter un dernier coup d’œil sur ce que l’Esprit Saint offre au monde : un amour qui dissout l’incertitude ; un amour qui va au-delà de la peur de la trahison ; un amour qui a en soi l’éternité ; le véritable amour qui nous introduit dans une unité qui dure !

La troisième intuition – l’Esprit Saint comme don –, Augustin la déduit de sa réflexion sur un passage évangélique que nous connaissons et aimons tous : la conversation du Christ avec la Samaritaine au bord du puits. Là, Jésus se révèle comme celui qui donne de l’eau vive (cf.
 Jn 4, 10), qui est ensuite définie comme étant l’Esprit (cf. Jn 7, 39) ; 1 Co 12, 13). L’Esprit est « le don de Dieu » (Jn 4, 20) – la source intérieure (cf. Jn 4, 14) – qui étanche réellement notre soif la plus profonde et nous conduit au Père. À partir de cette observation, Augustin conclut que le Dieu qui se livre à nous comme un don est l’Esprit Saint (cf. De Trinitate, 15, 18, 32). Chers amis, examinons encore une fois la Trinité à l’œuvre : l’Esprit Saint est Dieu qui se donne éternellement, comme une source intarissable, il n’offre rien de moins que lui-même. En observant ce don incessant, nous arrivons à voir les limites de tout ce qui périt, la folie d’une mentalité consumériste. En particulier, nous commençons à comprendre pourquoi la recherche de la nouveauté nous laisse insatisfaits et désireux de quelque chose d’autre. Ne recherchons-nous pas un don éternel ? La source qui jamais ne s’épuisera ? Avec la Samaritaine, nous nous exclamons : « Donne-la moi cette eau : que je n’aie plus soif » (Jn 4, 15) !


Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI 

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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 21:54

Extrait du discours du Pape Benoît XVI lors de la veillée avec les jeunes à l’hippodrome de Randwick (Australie), le 19 juillet 2008.


Très chers jeunes,

Encore une fois, ce soir, nous avons entendu la grande promesse du Christ : « Vous allez recevoir une force, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous », et nous avons écouté son commandement : « Vous serez mes témoins… jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac
 1, 8). Ce sont là les dernières paroles que Jésus a prononcées avant son Ascension au Ciel. Ce que les apôtres ont éprouvé en les entendant, nous pouvons seulement l’imaginer. Mais nous savons que leur profond attachement à Jésus et leur confiance en sa parole les a poussés à se rassembler et à attendre ; non pas attendre sans but, mais ensemble, unis dans la prière, avec quelques femmes et avec Marie dans la chambre haute (cf. Ac 1, 14).

(…) Ce soir, nous fixons notre attention sur la
manière de devenir des témoins. Nous avons besoin de connaître la personne du Saint Esprit et sa présence vivifiante dans notre vie. Ce n’est pas chose facile ! En effet, la variété des images que nous trouvons dans l’Écriture concernant l’Esprit – vent, feu, souffle – est un signe de notre difficulté à exprimer à son propos une compréhension claire. Et pourtant, nous savons que c’est l’Esprit Saint qui, bien que silencieux et invisible, oriente et définit notre témoignage de Jésus Christ.

Vous savez déjà que notre témoignage de chrétien est offert à un monde qui, par beaucoup d’aspects, est fragile. L’unité de la Création de Dieu est affaiblie par des blessures qui s’approfondissent quand les relations sociales se brisent ou quand l’esprit humain est presque totalement écrasé par l’exploitation ou l’abus des personnes. De fait, la société contemporaine subit un processus de fragmentation en raison d’un mode de pensée qui, par sa nature, a la vue courte, parce qu’il néglige l’horizon de la vérité – de la vérité concernant Dieu et nous concernant. En soi, le relativisme ne parvient pas à embrasser l’ensemble de la réalité. Il ignore les principes mêmes qui nous rendent capables de vivre et de grandir dans l’unité, l’ordre et l’harmonie.

En tant que témoins du Christ, quelle est notre réponse à un monde divisé et fragmenté ? Comment pouvons-nous offrir l’espérance de la paix, de la guérison et de l’harmonie à ces « stations », lieux de conflit, de souffrance et de tension, où vous avez choisi de vous arrêter avec cette Croix de la journée Mondiale de la Jeunesse ? L’unité et la réconciliation ne peuvent être atteintes par nos seuls efforts. Dieu nous a fait l’un pour l’autre (cf. Gn 2, 24) et nous ne pouvons trouver qu’en Dieu et que dans l’Église l’unité que nous cherchons. Cependant, face aux imperfections et aux désillusions aussi bien individuelles qu’institutionnelles, nous sommes parfois tentés de construire une communauté « parfaite ». Ce n’est pas là une tentation nouvelle. L’histoire de l’Église contient de multiples exemples de tentatives pour contourner et dépasser les faiblesses et les échecs humains pour créer une unité parfaite, une utopie spirituelle.

De telles tentatives pour bâtir l’unité, en fait, la minent ! Séparer l’Esprit Saint du Christ présent dans la structure institutionnelle de l’Église compromettrait l’unité de la communauté chrétienne, qui est précisément un don de l’Esprit ! Cela trahirait la nature de l’Église en tant que Temple vivant de l’Esprit Saint (cf.
 1 Co 3, 16). C’est l’Esprit, en fait, qui guide l’Église sur le chemin de la pleine vérité et en assure l’unité dans la communion et le service (cf. Lumen Gentium, 4). Malheureusement, la tentation d’« aller de l’avant tout seul » persiste. Certains parlent de leur communauté locale comme d’une réalité séparée de la soi-disant Église institutionnelle, décrivant la première comme souple et ouverte à l’Esprit, et la seconde comme rigide et privée de l’Esprit.

L’unité appartient à l’essence de l’Église (cf. Catéchisme de l'Église catholique, n. 813) ; elle est un don que nous devons reconnaître et que nous devons chérir. Ce soir, prions afin d’être résolus à faire grandir l’unité (…). Qui satisfait ce désir humain essentiel d’être un, d’être en communion, d’être enrichi, d’être conduit à la vérité ? L’Esprit Saint ! Tel est son rôle : porter à son accomplissement l’œuvre du Christ. Enrichis des dons de l’Esprit, vous aurez la force d’aller au-delà des visions partielles, de l’utopie creuse, de la précarité de l’instant, pour offrir la cohérence et la certitude du témoignage chrétien !

Chers amis, quand nous récitons le Credo, nous affirmons : « Je crois en Saint Esprit, qui est Seigneur et qui donne la vie ». L’« Esprit créateur » est la puissance de Dieu qui donne la vie à toute la Création et est la source d’une vie nouvelle et abondante dans le Christ. L’Esprit maintient l’Église unie au Seigneur et fidèle à la Tradition apostolique. Il est Celui qui a inspiré les Saintes Écritures et qui guide le peuple de Dieu vers la plénitude de la vérité (cf.
 Jn 16, 13). De toutes ces façons, l’Esprit est Celui qui « donne la vie », qui nous conduit au cœur même de Dieu. Ainsi, plus nous permettons à l’Esprit de nous diriger, plus grande sera notre configuration au Christ et plus profonde notre immersion dans la vie du Dieu Un et Trine.

Cette participation à la nature même de Dieu (cf.
 2 P 1, 4) se produit à travers les événements quotidiens de la vie dans lesquels il est toujours présent (cf. Bar 3, 38). Toutefois, il y a des moments dans lesquels nous pouvons être tentés de rechercher la félicité loin de Dieu. Jésus lui-même demande aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » (Jn 6, 67). Un tel éloignement offre peut-être l’illusion de la liberté. Mais où nous conduit-il ? Vers qui pouvons-nous aller ? Dans nos cœurs, nous savons, en fait, que seul le Seigneur a « les paroles de la vie éternelle » (Jn 6, 67-69). S’éloigner de lui n’est qu’une tentative inutile de nous fuir nous-mêmes (cf. Saint Augustin, Les Confessions VIII, 7). Dieu est avec nous dans la réalité de la vie et non dans notre imaginaire ! Affronter la réalité, et non la fuir, c’est ce que nous voulons ! Pour cela, l’Esprit Saint avec délicatesse, mais aussi avec fermeté, nous attire vers ce qui est réel, vers ce qui est durable, vers ce qui est vrai. C’est l’Esprit qui nous ramène à la communion avec la Sainte Trinité.

(…) Chers jeunes, comme nous l’avons vu, l’Esprit Saint réalise la merveilleuse communion de ceux qui croient en Jésus Christ. Il est à l’origine de notre unité qui se réalise dans l’amour (cf.
 Catéchisme de l’Église Catholique, 813-4). Fidèle à sa nature de donateur et, à la fois, de don, il est à présent à l’œuvre à travers vous. Éclairés par les intuitions de saint Augustin, faites en sorte que l’amour unificateur soit votre mesure ; que l’amour durable soit votre défi ; que l’amour qui se donne soit votre mission !

Demain, ce même don de l’Esprit sera conféré solennellement à nos confirmands. Je prierai : « Donne-leur l’esprit de sagesse et d’intelligence, l’esprit de conseil et de force, l’esprit de connaissance et de piété et remplis-les de l’esprit de ta sainte crainte ». Ces dons de l’Esprit – dont chacun –, nous rappelle saint François de Sales, est une manière de participer à l’unique amour de Dieu – ne sont ni une récompense ni un titre de reconnaissance. Ils sont simplement donnés (cf.
 1 Co 12, 11). Et ils exigent de la part de celui qui les reçoit une seule réponse : « J’accepte » ! Nous percevons ici quelque chose du mystère profond qu’est être chrétiens. Ce qui constitue notre foi ce n’est pas en premier lieu ce que nous faisons, mais ce que nous recevons. En effet, il se peut que des personnes généreuses, qui ne sont pas chrétiennes, fassent beaucoup plus que nous. Amis, acceptez-vous d’être introduits dans la vie trinitaire de Dieu ? Acceptez-vous d’être introduits dans sa communion d’amour ?

Les dons de l’Esprit qui agissent en nous, orientent et déterminent notre témoignage. Orientés, de par leur nature, à l’unité, les dons de l’Esprit nous lient encore plus étroitement à l’ensemble du Corps du Christ (cf.
 
Lumen Gentium, 4), en nous rendant davantage capables d’édifier l’Église, pour servir ainsi le monde (cf. Ep 4, 13). Ils nous appellent à participer activement et joyeusement à la vie de l’Église : dans les paroisses et dans les mouvements ecclésiaux, dans les cours de formation religieuse, dans les associations universitaires et dans les autres organisations catholiques. Oui, l’Église doit grandir dans l’unité, elle doit s’affermir dans la sainteté, se rajeunir et se renouveler constamment (cf. Lumen Gentium, 4). Mais suivant quels critères ? Ceux de l’Esprit Saint ! Adressez-vous à lui, chers jeunes, et vous découvrirez la signification véritable du renouvellement.

(…) Invoquons l’Esprit Saint : c’est lui l’artisan des œuvres de Dieu (cf.
 
Catéchisme de l'Église catholique, 741). Laissez-vous façonner par ses dons ! Comme l’Église accomplit le même voyage avec l’humanité tout entière, de même, vous aussi, soyez appelés à exercer les dons de l’Esprit parmi les vicissitudes de la vie quotidienne. Faites en sorte que votre foi mûrisse à travers vos études, le travail, le sport, la musique, l’art. Faites en sorte qu’elle soit soutenue par la prière et nourrie par les Sacrements, pour être ainsi une source d’inspiration et de soutien pour ceux qui vous entourent. En réalité, la vie ne consiste pas simplement à accumuler, et elle est bien plus que le succès. Être vraiment vivants c’est être transformés intérieurement, c’est être ouverts à la force de l’amour de Dieu. En accueillant la puissance du Saint Esprit, vous pouvez vous aussi transformer vos familles, les communautés, les nations. Libérez ces dons ! Faites en sorte que la sagesse, l’intelligence, la force morale, la science et la piété soient les signes de votre grandeur !

(…) Croyez en la puissance de l’Esprit d’amour !


Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI 

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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 22:19

Extrait de l’homélie prononcée par le Pape Benoît XVI lors de l’eucharistie célébrée avec les évêques australiens et les novices à la Cathédrale Sainte-Marie de Sydney, le 19 juillet 2008.

Dans la liturgie de ce jour, l’Église nous rappelle que, comme cet autel, nous avons nous aussi été consacrés, mis « à part » pour le service de Dieu et la construction de son règne. Trop souvent, cependant, nous nous retrouvons immergés dans un monde qui voudrait mettre Dieu « de côté ». Au nom de la liberté et de l’autonomie humaine, le nom de Dieu est mis sous silence, la religion est réduite à une dévotion personnelle et la foi est écartée de la place publique. Parfois, une mentalité de ce genre, totalement opposée à l’essence de l’Évangile, peut même en venir à obscurcir notre compréhension de l’Église et de sa mission. Nous aussi, nous pouvons être tentés de réduire la vie de foi à une simple question de sentiment, affaiblissant ainsi sa capacité d’inspirer une vision cohérente du monde et du dialogue rigoureux avec les nombreuses autres visions qui concourent pour gagner à elles les esprits et les cœurs de nos contemporains.

Et pourtant l’histoire, y compris celle de notre temps, nous démontre que la question de Dieu ne peut jamais être tue, ainsi que l’indifférence à la dimension religieuse de l’existence humaine, en dernière analyse, diminue et trahit l’homme lui-même. N’est-ce pas là le message délivré par l’architecture surprenante de cette cathédrale ? N’est pas là le mystère de la foi qui est annoncé à partir de cet autel lors de chaque célébration eucharistique ? La foi nous enseigne qu’en Jésus Christ, Parole incarnée, nous parvenons à comprendre la grandeur de notre propre humanité, le mystère de notre vie sur la terre et le destin sublime qui nous attend au Ciel (cf. Gaudium et spes, n.24). La foi nous enseigne, en outre, que nous sommes des créatures de Dieu, faites à son image et à sa ressemblance, dotées d’une dignité inviolable et appelées à la vie éternelle. Là où l’homme est diminué, c’est le monde qui nous entoure qui est diminué ; il perd sa signification ultime et s’écarte de sa finalité. Ce qui en ressort, c’est une culture non pas de la vie, mais de la mort. Comment peut-on considérer cela un « progrès » ? Au contraire, c’est un pas en arrière, une forme de régression qui, en définitive, assèche les sources mêmes de la vie, de l’individu comme de la société tout entière.

Nous savons qu’à la fin – comme saint Ignace de Loyola l’a vu de façon si claire – l’unique vrai « standard» auquel toute réalité humaine peut être mesuré est la Croix et son message d’amour immérité qui triomphe du mal, du péché et de la mort et qui engendre une vie nouvelle et une joie éternelle. La Croix révèle que nous nous retrouvons nous-mêmes seulement en donnant notre vie, en accueillant l’amour de Dieu comme un don non mérité et en agissant pour mener tout homme et toute femme à la beauté de cet amour et à la lumière de la vérité qui, seule, apporte le salut au monde.

C’est dans cette vérité – le mystère de la foi – que nous avons été consacrés (cf. Jn 17, 17-19), et c’est dans cette vérité que nous sommes appelés à grandir, avec l’aide de la grâce de Dieu, dans la fidélité quotidienne à sa Parole, au sein de la communion vivifiante de l’Église. Et pourtant combien est difficile ce chemin de consécration ! Il exige une « conversion » continuelle, une mort à soi-même qui est la condition pour appartenir pleinement à Dieu, une transformation de l’esprit et du cœur qui apporte une vraie liberté et une nouvelle largeur de vue. La liturgie d’aujourd’hui nous offre un symbole éloquent de cette transformation spirituelle progressive à laquelle chacun de nous est appelé. De l’aspersion d’eau, de la proclamation de la Parole de Dieu, de l’invocation de tous les saints, à la prière de consécration, à l’onction et au nettoyage de l’autel, à sa parure de nappes blanches et de lumière – tous ces rites nous invitent à revivre notre propre consécration baptismale. Ils nous invitent à repousser le péché et ses fausses séductions, et à nous désaltérer toujours plus profondément à la source vivifiante de la grâce de Dieu.

Chers amis, (…) je désire m’adresser maintenant aux séminaristes et aux jeunes religieux qui sont parmi nous pour leur manifester mon affection et mes encouragements. Chers amis, avec une grande générosité, vous vous êtes mis en chemin sur une voie particulière de consécration, enracinée dans votre Baptême et entreprise en réponse à l’appel personnel de Seigneur. Vous vous êtes engagés, de façons diverses, à accepter l’invitation du Christ à le suivre, à tout quitter et à consacrer votre vie à la recherche de la sainteté et au service de son peuple.

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, le Seigneur nous appelle à « croire en la lumière » (cf.
 Jn 12, 36). Chers jeunes, séminaristes et religieux, ses paroles ont une signification particulière pour vous. Elles sont un appel à avoir confiance en la vérité de la Parole de Dieu et à espérer fermement la réalisation de ses promesses. Celles-ci nous invitent à voir, avec les yeux de la foi, l’œuvre infaillible de sa grâce tout autour de nous, même en ces moments ténébreux où tous nos efforts semblent demeurer vains. Permettez que cet autel, avec l’image fortement suggestive du Serviteur souffrant, soit pour vous un motif constant d’inspiration. Tout disciple fidèle éprouve à certains moments la chaleur et le poids du jour (cf. Mt 20, 12), et lutte pour donner un témoignage prophétique à un monde qui peut apparaître sourd aux exigences de la Parole de Dieu. Cependant n’ayez pas peur ! Croyez en la lumière ! Accueillez de tout cœur la vérité que nous avons entendue aujourd’hui dans la deuxième Lecture : « Jésus Christ, hier et aujourd’hui, est le même, il l’est pour l’éternité » (He 13, 8). La lumière de Pâques continue à dissiper les ténèbres !

Le Seigneur nous appelle à marcher dans la lumière (cf.
 Jn 12, 35). Chacun de vous a entrepris la plus grande et la plus glorieuse des batailles, celle d’être consacrés dans la vérité, de grandir dans la vertu, de parvenir à l’harmonie entre, d’une part, pensées et idéaux, et, d’autre part, entre paroles et actions. Entrez avec sincérité et de façon profonde dans la discipline et dans l’esprit de vos programmes de formation. Cheminez chaque jour dans la lumière du Christ en étant fidèles à la prière personnelle et liturgique, nourris par la méditation de la Parole inspirée de Dieu. Les Pères de l’Église aimaient voir les Écritures comme un paradis spirituel, un jardin où nous pouvons nous promener librement avec Dieu, admirant la beauté et l’harmonie de son plan salvifique tandis qu’il porte du fruit dans notre propre vie, dans la vie de l’Église et tout au long de l’histoire. Que la prière, donc, et la méditation de la Parole de Dieu soient la lampe qui illumine, purifie et guide vos pas le long de la voie que le Seigneur a tracée pour vous ! Faites de la célébration quotidienne de l’Eucharistie le centre de votre vie. À chaque messe, quand le Corps et le Sang du Seigneur sont élevés au terme de la prière eucharistique, élevez votre cœur et votre vie dans le Christ, avec Lui et par Lui, dans l’unité de l’Esprit Saint, comme un sacrifice agréable à Dieu notre Père.

Ainsi, chers jeunes, séminaristes et religieux, deviendrez-vous vous-mêmes des autels vivants, sur lesquels le sacrifice d’amour du Christ sera rendu présent comme un modèle et une source de nourriture spirituelle pour tous ceux que vous rencontrerez. En répondant à l’appel du Seigneur à le suivre dans la chasteté, la pauvreté et l’obéissance, vous avez entrepris, en tant que disciples, une démarche radicale qui fera de vous des « signes de contradiction » (cf. Lc 2, 34) pour beaucoup de vos contemporains. Modelez quotidiennement votre vie sur la libre offrande pleine d’amour du Seigneur, en obéissance à la volonté du Père. De cette façon, vous découvrirez la liberté et la joie qui peuvent attirer les autres à cet Amour qui est au-dessus de tout autre amour comme sa source et son accomplissement ultime. N’oubliez jamais que la chasteté pour le Royaume signifie embrasser une vie entièrement dédiée à aimer. Aimer vous rend capables de vous consacrer sans réserve au service de Dieu pour être pleinement présents à vos frères et à vos sœurs, spécialement à ceux qui sont dans le besoin. Les trésors les plus grands que vous partagez avec d’autres jeunes – votre idéalisme, votre générosité, votre temps et vos énergies – sont les véritables sacrifices que vous déposez sur l’autel du Seigneur. Puissiez-vous toujours chérir ce charisme magnifique que Dieu vous a donné pour sa gloire et pour l’édification de l’Église !


Lire le texte intégral de l'homélie du Pape Benoît XVI 

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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 14:33
Chers amis,

Nous avons évoqué la semaine dernière l'importance qu'il y avait pour un catholique de se former aux questions religieuses et spirituelles ; d'approfondir notre intelligence des vérités que la foi nous conduit à confesser chaque dimanche à la messe.

Eh bien je vous invite aujourd'hui à passer aux travaux pratiques! Il existe un site internet remarquable pour s'instruire et développer agréablement ses connaissances en matière théologique notamment, c'est celui du Collège des Bernardins, haut lieu d'étude et de recherche au Moyen-Age qui contribua grandement au rayonnement intellectuel de la Ville de Paris et de son Université.

Le Collège des Bernardins, qui connut une histoire mouvementée avec la Révolution de 1789, a été récemment réhabilité par le diocèse de Paris à l'initiative du Cardinal Lustiger, et solennellement inauguré par le Pape Benoît XVI lors de sa dernière visite en France, en 2008. Il a vocation aujourd'hui à devenir un "lieu de recherche et de débat pour l'Eglise et la société, ouvert à tous ceux qui, chrétiens ou non, s'interrogent sur le sens de la vie et le devenir de l'homme".

Un site Internet a été créé, qui offre un certain nombre d'enseignements audios et vidéos permettant à tous ceux qui le veulent bien de puiser à la source d'eau vive de la pensée catholique. C'est l'un de ces enseignements que je vous propose d'écouter et travailler aujourd'hui ; un enseignement s'inscrivant dans le cycle des "jeudis théologie", et qui porte sur l'une des questions les plus chères au coeur et à l'intelligence de votre serviteur : celle même de l'existence de Dieu. Dieu existe-t-il?

C'est le Père Antoine Guggenheim qui s'efforce de répondre à cette question, de manière fort brillante et ouverte. N'hésitez pas à prendre le temps de vous laisser enseigner, vous ne le regretterez pas. Le cours dure un peu plus d'une demi-heure. Une demi-heure pour réfléchir à une question aussi essentielle que celle-là, reconnaissez que c'est peu. Tandis que certains consacrent toute une vie à rechercher éperdument la vérité sur eux-mêmes et sur Dieu, ce petit cours présente, me semble-t-il, un raccourci qui nous fera peut-être gagner quelques années de vaines recherches. Il n'épuise certes pas le débat et gagnerait à être développé sur tel ou tel aspect ; mais les jalons qu'il pose sont essentiels pour entreprendre de la meilleure des manières une réflexion sérieuse et approfondie sur l'existence de Dieu.

Que le Seigneur nous communique sa lumière durant l'écoute de cet enseignement, afin que nous en ressortions fortifiés dans notre foi, plus joyeux dans notre espérance, et plus ardents dans notre charité!


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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 11:51

Extrait du discours prononcé par le Pape Benoît XVI à des jeunes en difficulté à l’université Notre Dame de Sydney, le 18 juillet 2008.

Chers jeunes,

(…) Le nom donné au programme que vous suivez nous conduit à poser la question : que veut dire véritablement être « vivant », vivre pleinement la vie ? C’est ce que nous voulons tous, spécialement lorsque l’on est jeune, et c’est ce que le Christ veut pour nous. En effet, il a dit : « Je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance » (Jn 10. 10). L’instinct le plus profond chez tout être vivant est celui de rester en vie, de grandir, de se développer et de transmettre à d’autres le don de la vie. Il en résulte qu’il est bien naturel de s’interroger sur la meilleure façon de vivre tout cela.

Pour le peuple de l’Ancien Testament, cette question était tout aussi pressante que pour nous aujourd’hui.
Sans aucun doute, il écoutait avec attention quand Moïse lui disait : « Je te propose de choisir entre la vie et la mort, entre la bénédiction et la malédiction. Choisis donc la vie, pour que vous viviez, toi et ta descendance, en aimant le Seigneur ton Dieu, en écoutant sa voix, en vous attachant à lui ; c’est là que se trouve la vie » (Dt 30,19-20). Ce qu’ils avaient à faire était clair : ils devaient se détourner des autres dieux et adorer le vrai Dieu qui s’était révélé à Moïse et ils devaient obéir à ses commandements. Vous pourriez penser qu’il est peu probable que, dans le monde d’aujourd’hui, les gens adorent d’autres dieux. Mais il arrive que les gens adorent « d’autres dieux » sans s’en rendre compte. Les faux « dieux », quels que soient le nom, l’image ou la forme que nous leur attribuions, sont presque toujours liés à l’adoration de trois réalités : les biens matériels, l’amour possessif, le pouvoir. Laissez-moi vous expliquer ce que je veux dire.

Les biens matériels, en soi, sont des choses bonnes. Nous ne survivrions pas longtemps sans argent, sans vêtements et sans logement. Pour vivre, nous avons besoin de nourriture. Mais, si nous sommes avides, si nous refusons de partager ce que nous avons avec l’affamé et avec le pauvre, alors nous transformons ces biens en une fausse divinité. Combien de voix, dans notre société matérialiste, nous disent que le bonheur se trouve en s’appropriant le plus grand nombre possible de biens et d’objets de luxe ! Mais cela signifie transformer les biens en fausses divinités. Au lieu de donner la vie, ils donnent la mort.

L’amour authentique est certainement quelque chose de bon. Sans lui, la vie serait difficilement digne d’être vécue. L’amour réalise notre aspiration la plus profonde ; et quand nous aimons, nous devenons plus pleinement nous-mêmes, nous devenons plus pleinement humains. Mais comme il est facile de transformer l’amour en une fausse divinité ! Souvent, les gens pensent aimer alors qu’en réalité, ils tendent à posséder l’autre ou à le manipuler. Parfois, les gens traitent les autres comme des objets pour satisfaire leurs propres besoins plutôt que comme des personnes à apprécier et à aimer. Comme il est facile d’être trompés par les nombreuses voix qui, dans notre société, défendent une approche permissive de la sexualité, sans prêter attention à la pudeur, au respect de soi et aux valeurs morales qui confèrent aux relations humaines leurs qualités ! C’est là adorer une fausse divinité. Au lieu de donner la vie, elle donne la mort.

Le pouvoir que Dieu nous a donné de façonner le monde autour de nous est certainement quelque chose de bon. Utilisé d’une façon appropriée et responsable, il nous permet de transformer la vie des gens. Toutes les communautés ont besoin de bons dirigeants. Mais combien est forte la tentation de s’attacher au pouvoir pour lui-même, de chercher à dominer les autres ou d’exploiter le milieu naturel pour ses propres intérêts égoïstes ! C’est là transformer le pouvoir en une fausse divinité. Au lieu de donner la vie, cela donne la mort.

Le culte des biens matériels, le culte de l’amour possessif et le culte du pouvoir conduisent souvent les gens à « se comporter comme Dieu » : chercher à assumer un contrôle total, sans prêter aucune attention à la Sagesse et aux commandements que Dieu nous a faits connaître. C’est là la route qui conduit à la mort. Au contraire, l’adoration de l’unique et vrai Dieu signifie reconnaître en lui la source de tout ce qui est bien, nous confier à lui, nous ouvrir à la force de guérison de sa grâce et obéir à ses commandements : là est la route de la vie.

Un exemple lumineux de ce que signifie s’éloigner de la voie de la mort pour cheminer sur la voie de la vie, nous est donné dans une page de l’Évangile que, j’en suis sûr, vous connaissez tous bien : la parabole de l’enfant prodigue. Quand, au début du récit, ce jeune homme abandonne la maison de son père, il était à la recherche des plaisirs illusoires promis par les faux « dieux ». Il gaspilla son héritage dans une vie de débauche et, à la fin, il se retrouva dans un état de misérable pauvreté. Quand il toucha le fond, affamé et abandonné, il comprit combien il avait été sot de quitter son père qui l’aimait. Avec humilité, il retourna à la maison et demanda pardon. Le père, plein de joie, l’embrassa et s’exclama : « Mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé » (Lc 15,24).

Beaucoup d’entre vous ont vécu personnellement l’expérience de ce jeune homme. Peut-être avez-vous fait des choix que vous regrettez aujourd’hui, choix qui vous ont mis sur une route qui, si attirante qu’elle ait pu alors apparaître, vous a seulement conduits à un état de misère et d’abandon plus profond encore. Le choix d’abuser de la drogue ou de l’alcool, de vous engager dans une conduite criminelle ou autodestructrice a pu alors vous sembler être une issue par rapport à une situation de difficulté ou de confusion. À présent, vous savez que, plutôt que de donner la vie, cela donnait la mort. Je me réjouis du courage que vous avez démontré en choisissant de retourner sur le chemin de la vie, tout comme le jeune homme de la parabole. Vous avez accepté une aide : de la part d’amis ou de parents, de la part du personnel du programme « Alive » et de ceux qui prennent vraiment à cœur votre bien-être et votre bonheur.

Chers amis, je vois en vous des ambassadeurs de l’espérance pour tous ceux qui se trouvent dans des situations semblables. Vous pouvez les convaincre de la nécessité de choisir le chemin de la vie et de renoncer au chemin de la mort, parce que vous parlez d’expérience. Dans tous les Évangiles, ce sont ceux qui ont opéré des choix erronés qui sont particulièrement aimés de Jésus, parce que, quand ils se sont rendu compte de leur erreur, ils se sont ouverts plus que les autres à sa parole de guérison. En vérité, Jésus fut souvent critiqué par des soi-disant justes, parce qu’ils passaient trop de temps en leur compagnie. « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? » demandaient-ils. Et lui répondait : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades… Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs » (cf. Mt 9. 11-13). C’était ceux qui désiraient reconstruire leur vie qui se montraient les plus disponibles à écouter Jésus et à devenir ses disciples. Vous pouvez suivre leurs traces ; vous aussi vous pouvez vous approcher particulièrement de Jésus précisément parce que vous avez choisi de retourner à Lui. Vous pouvez être certains que, comme le père dans la parabole de l’enfant prodigue, Jésus vous accueille à bras ouverts. Il vous offre son amour inconditionnel : et c’est dans l’amitié profonde avec lui que se trouve la plénitude de la vie.

J’ai dit tout à l’heure que quand nous aimons, nous réalisons nos aspirations les plus profondes et nous devenons plus pleinement nous-mêmes , plus pleinement humains. Aimer est ce pour quoi nous sommes faits, ce à quoi le Créateur nous a destinés. Naturellement, je ne parle pas de relations passagères, superficielles, je parle du véritable amour, qui est le cœur de l’enseignement moral de Jésus : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force » et « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (cf. Mc 12,30-31). C’est là, pour ainsi dire, le programme inscrit au plus profond de chaque personne, si seulement nous avions la sagesse et la générosité de nous y conformer, si nous étions seulement disposés à renoncer à nos préférences pour nous mettre au service des autres, pour donner notre vie pour le bien de l’autre, et en premier lieu pour Jésus, qui nous a aimés et qui a donné sa vie pour nous. C’est ce que les hommes sont appelés à faire , et c’est ce que veut dire être réellement vivant.

Chers jeunes, le message que vous adresse aujourd’hui est le même que Moïse a formulé il y a si longtemps. « Choisis donc la vie, pour que vous viviez, toi et ta descendance, en aimant le Seigneur ton Dieu ». Que son Esprit vous guide sur le chemin de la vie, pour obéir à ses commandements, suivre ses enseignements, abandonner les choix erronés qui conduisent seulement à la mort, et vous engager pour la vie entière dans l’amitié avec Jésus Christ ! Avec la force de l’Esprit Saint, choisissez la vie et choisissez l’amour, et soyez les témoins devant le monde de la joie qui en jaillit. Telle est ma prière pour chacun de vous en cette Journée Mondiale de la Jeunesse. Que Dieu vous bénisse tous !


Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI

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23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 23:00
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23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 18:37

Extrait du discours prononcé par le Pape Benoît XVI lors de la rencontre interreligieuse du 18 juillet 2008 à Sydney.

Chers amis,

À vous tous qui êtes ici pour représenter les diverses traditions religieuses présentes en Australie, j’adresse une cordiale salutation de paix et d’amitié (…).

L’Australie est renommée pour l’affabilité de ses habitants envers leurs prochains et envers les touristes. C’est une nation qui tient en grande considération la liberté de religion. Votre pays reconnaît que le respect de ce droit fondamental permet aux hommes et aux femmes d’adorer Dieu selon leur conscience, d’éduquer leur esprit et d’agir selon les convictions éthiques qui dérivent de leur croyance.

La relation harmonieuse entre les religions et la vie publique est d’autant plus importante à une époque où certains en sont venus à considérer la religion comme une cause de division plutôt que comme une force d’unité.
Dans un monde menacé par des formes inquiétantes et indiscriminées de violence, l’unité de pensée de tous ceux qui ont une croyance religieuse stimule les nations et les communautés à résoudre les conflits au moyen d’instruments pacifiques, en respectant pleinement la dignité humaine. Une des multiples manières dont la religion se met au service de l’humanité est celle d’offrir une vision de la personne humaine qui souligne notre aspiration innée à vivre avec magnanimité, en tissant des liens d’amitié avec nos prochains. Au sens le plus profond, les relations humaines ne peuvent être définies en termes de pouvoir, de domination et d’intérêt personnel. Au contraire, elles reflètent et perfectionnent l’inclination naturelle de l’homme à vivre en communion et en harmonie avec les autres.

Le sens religieux, enraciné dans le cœur de l’homme, ouvre les hommes et les femmes à Dieu et les porte à découvrir que la réalisation personnelle ne consiste pas dans la satisfaction égoïste de désirs éphémères. Il nous amène plutôt à aller au-devant des nécessités des autres et à chercher des voies concrètes pour contribuer au bien commun. Les religions ont un rôle particulier en ce sens, car elles enseignent aux personnes qu’un service authentique demande sacrifice et autodiscipline, qui, eux-mêmes, doivent être cultivés à travers l’abnégation, la tempérance et l’usage modéré des biens de ce monde. De cette manière, les hommes et les femmes sont amenés à considérer l’environnement comme une merveille à contempler et à respecter plutôt que comme un produit simplement à consommer. Il incombe aux personnes qui ont une croyance religieuse de démontrer qu’il est possible de trouver le bonheur en vivant simplement et modestement, en partageant avec générosité son propre superflu avec ceux qui sont dans le besoin.

Chers amis, ces valeurs – je suis certain que vous êtes de mon avis – sont particulièrement importantes pour une formation adéquate des jeunes, qui sont très souvent tentés de considérer la vie elle-même comme un produit de consommation. Ils sont aussi capables d’autocontrôle : comme par exemple dans le sport, dans les arts créatifs et dans les études universitaires qu’ils sont facilement prêts à accueillir comme un défi. N’est-il pas vrai que lorsque leur sont offerts des idéaux élevés, de nombreux jeunes sont attirés par l’ascétisme et par la pratique de la vertu morale à travers le respect de soi et l’attention envers les autres ? Ils prennent plaisir à contempler le don de la Création, et sont intrigués par le mystère de la transcendance. Dans cette perspective, les écoles confessionnelles comme les écoles nationales peuvent faire davantage pour élever la dimension spirituelle de chaque jeune (…).

Les religions du monde prêtent une attention constante à la merveille qu’est l’existence humaine. Comment ne pas s’étonner devant la force de l’esprit qui perçoit les secrets de la nature à travers les découvertes de la science ? Comment ne pas être exalté par la possibilité d’élaborer une vue de l’avenir ? Comment ne pas être impressionnés par la force de l’esprit humain qui se fixe des objectifs et invente des chemins pour y parvenir ? Les hommes et les femmes ont la capacité non seulement d’imaginer comment les choses pourraient être meilleures, mais aussi d’investir leurs énergies pour les rendre meilleures. Nous sommes conscients de notre relation unique avec l’ensemble de la nature.
Alors, si nous croyons que nous ne sommes pas soumis aux lois de l’univers matériel de la même manière que le reste de la Création, ne devrions-nous pas faire aussi de la bonté, de la compassion, de la liberté, de la solidarité, et du respect de tout individu, une part essentielle de notre vision d’un avenir plus humain ?

Néanmoins, la religion, tout en nous rappelant les limites et la faiblesse de l’homme, nous encourage également à ne pas placer nos dernières espérances en ce monde qui passe. L’homme est « semblable à un souffle, ses jours sont une ombre qui passe » (Ps 143/144, 4). Nous avons tous expérimenté la déception devant notre incapacité de réaliser le bien que nous voulons accomplir et notre difficulté de faire les justes choix dans des situations complexes.

L’Église partage ces réflexions avec les autres religions. Stimulée par la charité, elle aborde le dialogue, convaincue que la véritable source de la liberté se trouve en la personne de Jésus de Nazareth. Les chrétiens croient que c’est Lui qui nous révèle pleinement les potentialités humaines en ce qui concerne la vertu et le Bien, et que c’est Lui qui nous libère du péché et des ténèbres. L’universalité de l’expérience humaine, qui dépasse toutes les frontières géographiques et toutes les limites culturelles, permet aux disciples des religions de s’engager dans le dialogue afin d’affronter le mystère des joies et des souffrances de la vie. À cet égard, l’Église cherche ardemment toutes les occasions pour se mettre à l’écoute des expériences spirituelles des autres religions. Nous pourrions affirmer que toutes les religions cherchent à pénétrer le sens profond de l’existence humaine en le ramenant à une origine ou principe extérieur à elle. Les religions offrent une tentative de compréhension du Cosmos comme provenant de cette origine ou principe et y retournant. Les chrétiens croient que Dieu a révélé cette origine et principe en Jésus, que la Bible définit comme l’« Alfa et Omega » (cf. Ap 1, 8 ; 22, 1).

Chers amis, je suis venu en Australie comme ambassadeur de paix. C’est pourquoi je suis heureux de vous rencontrer, vous qui partagez aussi cette aspiration et le désir d’aider le monde à parvenir à la paix. Notre recherche de la paix avance de pair avec notre recherche du sens, car c’est en découvrant la vérité que nous trouvons le chemin assuré de la paix (cf. Message pour la Journée Mondiale de la Paix 2006). Notre effort pour arriver à la réconciliation entre les peuples découle de cette vérité et il est orienté vers cette vérité qui donne un but à la vie. La religion offre la paix, mais, plus important encore, elle suscite dans l’esprit humain la soif de la vérité et la faim de la vertu. Qu’il nous soit donné d’encourager chacun, spécialement les jeunes, à s’émerveiller devant la beauté de la vie, à en rechercher le sens dernier et à s’engager à en réaliser le potentiel sublime !

 


Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI

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20 octobre 2009 2 20 /10 /octobre /2009 16:33

Extrait du discours prononcé par le Pape Benoît XVI lors de la rencontre œcuménique du 18 juillet 2008 à Sydney.

L’Australie est un pays marqué par une grande diversité ethnique et religieuse. Les immigrés débarquent sur les rivages de cette terre majestueuse en espérant y trouver le bonheur et de opportunités de travail. Votre nation reconnaît aussi l’importance de la liberté religieuse. C’est un droit fondamental qui, lorsqu’il est respecté, permet aux habitants d’agir en s’appuyant sur des valeurs enracinées dans leurs convictions les plus profondes, contribuant ainsi au bien-être de la société tout entière. De cette manière, les chrétiens coopèrent, conjointement avec les membres des autres religions, à la promotion de la dignité humaine et à l’amitié entre les nations.

Les Australiens aiment la discussion franche et cordiale. Cela a été très utile pour le mouvement œcuménique.
Un exemple en est peut-être la Convention, signée en 2004, par les membres du Conseil National des Églises en Australie. Ce document reconnaît un engagement commun, expose des objectifs, admet des points de convergence, sans dissimuler les différences. Une telle approche démontre non seulement qu’il est possible de formuler des résolutions concrètes en vue d’une coopération fructueuse aujourd’hui, mais aussi que, patiemment, nous avons besoin de continuer à discuter sur nos divergences théologiques. Que les délibérations que vous poursuivrez au Conseil des Églises et à d’autres forums locaux, puissent être soutenues par les résultats que vous avez déjà obtenus !

Cette année, nous célébrons le bimillénaire anniversaire de la naissance de saint Paul, inlassable bâtisseur de l’unité au sein de l’Église primitive. Dans le passage de l’Écriture que nous venons juste d’écouter, Paul nous rappelle la grâce insigne que nous avons reçue en devenant membres du Corps du Christ par notre Baptême. Ce Sacrement, qui est la porte qui nous fait entrer dans l’Église, ainsi que le « lien de l’unité » pour ceux qui, grâce à lui, sont nés de nouveau (cf. Unitatis redintegratio, 22), est, par conséquent, le point de départ du mouvement œcuménique tout entier. Toutefois, il n’en est pas le point d’arrivée. La route de l’œcuménisme, en fin de compte, conduit vers une célébration commune de l’Eucharistie (cf. Ut unum sint, 23-24 ; 45), que le Christ a confiée à ses Apôtres comme le Sacrement, par excellence, de l’unité de l’Église.
Même si des obstacles sont encore à surmonter, nous pouvons être sûrs qu’un jour une Eucharistie commune ne fera que renforcer notre volonté de nous aimer et de nous servir les uns les autres, à l’exemple de notre Seigneur. Le commandement de Jésus : « Faites cela en mémoire de moi » (Lc22, 19) est, en effet, fondamentalement lié à son admonition : « Lavez-vous les pieds les uns les autres » (Jn13,14). C’est pour cette raison qu’un dialogue sincère au sujet de la place de l’Eucharistie – stimulé par une étude renouvelée et attentive de l’Écriture, des écrits des Pères de l’Église et des documents des deux millénaires de l’histoire chrétienne (cf. Unum sint, 69-70) – aidera incontestablement à faire progresser le mouvement et à unifier notre témoignage au monde.

Chers amis dans le Christ, je pense que vous serez d’accord pour constater que le mouvement œcuménique est parvenu à un point critique. Pour progresser, nous devons sans cesse demander à Dieu de renouveler nos esprits par la grâce de l’Esprit Saint (cf. Rm12, 2), qui nous parle à travers les Écritures et nous conduit à la vérité tout entière (cf. 2 P 1, 20-21 ; Jn16, 13).
Nous devons nous garder de la tentation de considérer la doctrine comme une cause de division et, par conséquent, comme un empêchement à ce qui semble être la tâche immédiate la plus urgente pour améliorer le monde dans lequel nous vivons. En réalité, l’histoire de l’Église démontre que la praxis non seulement est inséparable de la didaché, ou enseignement, mais qu’elle en découle au contraire. Plus nous nous efforcerons avec assiduité de parvenir à une compréhension commune des mystères divins, plus nos œuvres de charité parleront avec éloquence de l’immense bonté de Dieu et de son amour pour tous les hommes. Saint Augustin exprime le lien entre le don de la connaissance et la vertu de la charité quand il écrit que l’esprit retourne à Dieu à travers l’amour (cf. De moribus Ecclesiae catholicae, XII, 21), et que là où est la charité, là est la Trinité (cf. De Trinitate, 8, 8, 12.).

C’est pour cette raison que le dialogue œcuménique progresse non seulement à travers un échange d’idées, mais en partageant des dons qui nous enrichissent mutuellement (cf. Ut unum sint, 28 ; 57). Une « idée » vise la vérité ; un « don » exprime l’amour. Tous deux sont essentiels au dialogue. Nous ouvrir nous-mêmes pour accepter les dons spirituels des autres chrétiens accélère notre capacité de discerner la lumière de la vérité qui vient de l’Esprit Saint. Saint Paul enseigne que c’est dans la koinonia de l’Église que nous accédons à la vérité de l’Évangile et avons les moyens de la préserver, car la construction de l’Église « a pour fondations les Apôtres et les prophètes », Jésus lui-même étant la pierre angulaire (Ep 2, 20).

Sous ce jour, nous pouvons peut- être considérer les images bibliques du « corps » et du « temple » utilisées pour décrire l’Église.
En employant l’image du corps (cf. 1 Co 12, 12-31), Paul attire l’attention sur l’unité organique et sur la diversité qui permet à l’Église de respirer et de grandir. Toutefois, l’image d’un temple solide et bien structuré, composé de pierres vivantes, s’appuyant sur des fondations sûres est également significative. Jésus lui-même lie ensemble, en parfaite unité, ces images du « temple » et du « corps » (cf. Jn 2, 21-22 ; Lc 23, 45 ; Ap 21, 22).

Chaque élément de la structure de l’Église est important, cependant ils vacilleraient et s’écrouleraient tous sans la pierre angulaire qu’est le Christ.
En tant que « concitoyens » de cette « demeure de Dieu », les chrétiens doivent travailler ensemble pour s’assurer que l’édifice soit solide afin que d’autres personnes aient envie d’y entrer et de découvrir les nombreux trésors de grâce qui s’y trouvent. En promouvant les valeurs chrétiennes, nous ne devons pas négliger de proclamer leur source, en donnant un témoignage commun de Jésus Christ le Seigneur. C’est Lui qui a confié cette mission aux Apôtres, c’est de Lui que les prophètes ont parlé, et c’est Lui que nous offrons au monde.

Chers amis, votre présence, ici aujourd’hui, m’emplit de l’espérance ardente qu’en parcourant ensemble le chemin vers la pleine unité, nous aurons le courage d’offrir un témoignage commun du Christ. Paul parle de l’importance des prophètes dans l’Église primitive. Nous aussi, nous avons reçu un appel prophétique par notre Baptême.
Je suis sûr que l’Esprit ouvrira nos yeux pour voir les dons des autres, nos cœurs pour recevoir sa force et nos esprits pour percevoir la lumière de la vérité du Christ. J’exprime ma vive gratitude à chacun de vous pour le temps, l’érudition et les talents que vous avez investis par amour de l’unique Corps et de l’unique Esprit (cf. Ep 4, 4 ; 1 Co 12, 13), que le Seigneur a voulu pour son peuple en lui donnant sa propre vie. À Lui la puissance et la gloire pour les siècles des siècles. Amen !

 


Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XV
I

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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 16:31
Nous avons réfléchi la semaine dernière sur ce qui pouvait constituer l’essence de l’identité catholique, et avons vu à cette occasion que le qualificatif de « catholique » était exempt en soi de toute connotation morale subjective, le terme renvoyant simplement à l’appartenance objective et visible de la personne à l’Eglise catholique ; pas plus, pas moins.

Pour objective qu’elle soit, cette appartenance n’est pas extérieure à nous-même : elle implique une adhésion explicite, consciente et volontaire de la personne aux dogmes de la foi catholique : aux articles du Credo, tels que l’Eglise catholique les a compris et explicité dans ses catéchismes successifs ; mais aussi au développement de la Tradition (qui est le déploiement de la Parole de Dieu et de l’intelligence de la foi dans l’Histoire) et du Magistère (qui désigne l’enseignement des Apôtres et des évêques qui leur ont succédé, unis à Saint Pierre et à son successeur sur le siège romain : le Pape).

Notre lectrice,
Nathalie, à qui était spécialement dédiée l’article précédent, réplique à nouveau : « Etre baptisé, si je suis ton raisonnement, si cela est un fait objectif, ne suffit donc pas pour faire d'une personne un catholique. Car l'adhésion de la personne concernée est nécessaire. Ce qui, par exemple, me fais demander ceci : faut-il être théologien pour être catholique ? (…) Car, pour adhérer au magistère et à la Tradition, il faut en connaître quelque chose, n'est-ce pas ? Du moins est-ce la logique de la démarche. Autrement dit, est-ce que l'ignorance en matière religieuse peut remettre en question mon titre – ou ma qualité – de catholique ? Cela nonobstant les sacrements que j'ai pu recevoir – baptême, 1ère communion, confirmation, mariage. »

Un grand merci à toi, Nathalie, pour ces magnifiques questions auxquelles j’ai choisi de répondre par le présent article plutôt que par un simple commentaire, tant elles appellent de développements.

Faut-il être théologien pour être catholique ? Sans hésiter, je répondrai… OUI. Encore faut-il s’entendre sur le sens du mot « théologien ». La théologie (« theo-logos ») désigne littéralement un discours sur Dieu, une pensée sur Dieu (« théo » signifiant Dieu, et « logos » la parole, ou la raison, la pensée). Dès lors,
le catholique est théologien par nature, puisque le Credo qu’il professe est porteur d’une certaine idée de Dieu et de Ses relations avec les hommes. Le catholique croit en un Dieu personnel et Trinitaire ; un Dieu qui s’est fait homme en Jésus-Christ, mort et ressuscité pour notre Salut ; un Dieu dont l’Esprit est descendu sur la communauté des disciples (l’Eglise) le jour de la Pentecôte ; un Dieu qui vit avec nous tous les jours et jusqu’à la fin du monde dans son Eglise (cf. Mt 28. 20) et qui se manifeste entièrement en elle et par elle.

Donc : le baptême ne suffit pas. Ou plutôt si : il suffit. Car le baptême n’est pas simplement un sacrement que l’on reçoit un jour du temps ; ce n’est pas seulement un évènement du passé, daté et révolu, dont on peut faire mémoire avec nostalgie, en compulsant les pages jaunies d’un album-photo. Le baptême ne se réduit pas à la seule cérémonie religieuse que l’on a célébrée à l’église du coin, avec sa famille rassemblée ; il ne consiste pas dans le seul fait d’avoir reçu à cette occasion un peu d’eau sur le front.
Le baptême est fondamentalement un engagement de la personne baptisée :
l’engagement de vivre en enfant de lumière selon la foi confessée par l'Eglise, dont nous renouvelons solennellement la profession publique chaque année lors de la vigile pascale, en la nuit de Pâques.

Le baptême est donc inséparable de la confession de foi, de l’affirmation publique de notre attachement à la pensée de l’Eglise catholique sur Dieu et sur la manière de vivre notre relation à Lui. En ce sens,
le baptême fait de nous des « théologiens ». Cela est si vrai qu’il est impensable aujourd’hui de baptiser un adulte (ou un enfant d’un certain âge) sans qu’il se soumette préalablement à une préparation (
le catéchuménat) relativement longue dans la durée, puisqu’elle s’étend en général sur deux années : soit le temps que l’Eglise se donne pour enseigner le catéchumène sur sa théologie et sur ce qu’elle implique dans la vie concrète du baptisé. On ne baptise en vérité dans l'Eglise catholique que des « théologiens » catholiques, c’est-à-dire des personnes qui décident en toute conscience et liberté de faire leur la foi de l’Eglise catholique. « Revêtir le Christ » sous ce rapport signifie donc aussi revêtir le vêtement blanc de l’Eglise, de sa doctrine de vérité et de Salut qui lui vient du Christ et qu’elle a pour mission d’enseigner aux nations (cf. Mt 28. 18-20 ; Ac 4. 2 ; etc.)

Bien sûr, ce que nous disons là du baptême ne concerne pas les petits enfants, qui sont baptisés à un âge où ils n’ont pas encore conscience de ce qu’ils font. Mais ceux-ci sont portés par le libre engagement de leurs parents de les éduquer dans la foi catholique ; et parvenus à l’âge de la claire conscience et de la libre volonté, ils seront invités à ratifier personnellement l’engagement baptismal pris pour eux par leurs parents, et à s’approprier la théologie catholique telle qu’elle se trouve déclinée dans le Symbole des Apôtres ou le Credo de Nicée-Constantinople.
Un catholique ne peut donc faire l’économie de la libre adhésion à la pensée théologique de l’Eglise catholique et à la vie qui en découle. C’est cet acte de libre volonté à l'égard de la théologie catholique qui me va me constituer comme « catholique » ; c’est mon rapport aux dogmes de la foi catholique qui va me situer objectivement dans mon appartenance confessionnelle.

La formation théologique impliquée par le baptême et qui en est ordinairement l’une des conditions, est rendue plus nécessaire encore par le sacrement de Confirmation. Le Sacrement de Confirmation est en effet le Sacrement par excellence de l’envoi en mission. L’Esprit Saint nous est donné afin que nous témoignions du Christ ressuscité au monde entier ; afin que nous soyions en mesure de rendre compte de notre foi à quiconque nous demandera raison de l’espérance qui nous habite (cf. 1 P 3. 15). La Mission – dont nous célébrons aujourd’hui le Dimanche – nous invite à entrer en dialogue avec les hommes de notre temps, et à confronter notre pensée « théologique » avec les différentes conceptions de nos contemporains (sur la vie, l'amour, la mort ; l’homme, la société, les rapports de celle-ci avec le fait religieux, etc.). Pour que cette mission ne tourne pas au bourrage de crâne (l’annonce « marteau-pilon ») ou au dialogue de sourd (« à chacun sa foi »), il est essentiel de rejoindre les hommes là où ils se trouvent, et de leur porter la lumière de l’Evangile sur les chemins enténébrés où ils peuvent se trouver englués.

Par exemple, à quelqu’un qui défend l’avortement ou l’euthanasie, il ne suffira pas de lui clamer : « Christ est ressuscité, convertis-toi mon frère » ! Il faudra aussi lui dire notre conception de l’homme, et lui faire entendre la position de l’Eglise sur ces sujets-là – ce qui implique de la connaître. De même, à celui qui nie la divinité de Jésus ou sa naissance virginale dans le sein de Marie, il faudra être en mesure de lui opposer les arguments qui sont ceux de l’apologétique catholique depuis plus de deux mille ans. Autrement, nous ne serions pas fidèles à notre mission. Non pas que la conversion des hommes dépende de l’échange d’arguments rationnels ; mais notre témoignage consiste aussi à dire à nos contemporains la manière dont l’Eglise de Jésus-Christ – et partant, Jésus-Christ lui-même – voit l’homme et son rapport à Dieu et au monde. Aux hommes qui nous interrogent à partir de leurs préoccupations et de leur mode de pensée, il faut apporter une réponse qui fasse sens pour eux, et qui soit porteuse en elle-même de la lumière de l’Evangile. Ce qui implique un effort de formation dont l’exigence ne s’éteint pas avec baptême, mais s’accroît tout au contraire avec la Confirmation, et a vocation à se poursuivre tout au long de notre vie. Nous avons tous ainsi le devoir impérieux de hisser nos connaissances spirituelles et religieuses au même niveau que nos connaissances profanes. Il n’est pas normal par exemple qu’un polytechnicien ait un niveau CP en catéchisme !

Cela dit, nous ne saurons jamais tout sur tout. Nous serons toujours en deçà de ce que le Seigneur nous demande. Nous serons toujours des ignorants de la foi, en ce sens que ce que nous ignorons sera toujours infiniment supérieur à ce que nous savons. Il ne faut pas s’en affliger ni s’en s’inquiéter : il faut simplement travailler, sûr que ce travail portera ses fruits, ne serait-ce que dans notre cœur. A l'inverse, nous devons être convaincus que la paresse intellectuelle peut nous porter un grave préjudice.
A défaut d’avoir labouré notre cœur avec la bonne semence de l’enseignement salvifique du Christ, nous risquons d'être fragilisés et vulnérables face au scepticisme ambiant, au relativisme de notre société et à l’athéisme de nos contemporains. L’ignorance religieuse (dans la limite imposée par les exigences intrinsèques au baptême dont j’ai parlé plus haut) ne nous disqualifie certes pas en droit de notre titre de « catholique » ; mais elle peut nous le faire perdre en fait par la contamination progressive de notre pensée par celle du monde, avec le venin du soupçon dont elle est porteuse. Autrement dit : je peux perdre la foi si je ne prends pas soin de la petite graine du Salut qui a été déposée en moi le jour de mon baptême. Comme une plante, le développement de ma foi dépendra du soin dont je l’aurais entouré.

« Un peu de science nous éloigne de Dieu
, disait Louis Pasteur ; beaucoup nous en ramène ». Pour croire solidement, durablement et fidèlement, il me faut donc un surcroît de science et d'intelligence ; il me faut travailler, « bûcher ma foi » comme aime à dire le Père Guy Gilbert : c’est-à-dire « bûcher » la Parole de Dieu ; « bûcher » le Magistère catholique sur tous les sujets sur lesquels je suis interpellé ; « bûcher » mon catéchisme… Ce qui est certainement plus facile aujourd’hui qu’à une certaine époque, de par l’essor d’Internet qui offre aujourd’hui diverses manières simples et variées de se former : que ce soit par les blogs ou les enseignements disponibles en ligne (cf. les Cours Alpha, les sites qui proposent des cours en libre écoute, une initiation à la théologie, et tant et tant d’autres possibilités...).

Cela dit, je pense que rien ne remplacera les livres ou les revues (songeons à Famille Chrétienne, Feu et lumière, Il est vivant!...). Un catholique qui a un certain niveau de diplômes (et je pense que c’est le cas de la plupart des lecteurs de ce Blog) doit lire. C’est dans le travail intellectuel qu’un Paul Claudel ou un Curé d’Ars (dont la bibliothèque contenait plus de 400 livres) trouvaient les aliments vitaminés de leur foi.

Et si nous allions rendre une prochaine visite à la librairie religieuse la plus proche de chez nous ?
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Published by Matthieu BOUCART - dans Questions sur la foi
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