Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 18:21

Extrait de l’homélie du Pape Benoît XVI au sanctuaire de Lorette (Italie) à l’occasion de la rencontre Agora 2007 des jeunes italiens, le 2 septembre 2008.

Chers jeunes,

C'est vrai, les défis que vous devez affronter sont nombreux et importants. Mais le premier demeure toutefois celui de suivre le Christ jusqu'au bout, sans réserve ni compromis. Et suivre le Christ signifie se sentir une partie vivante de son corps, qui est l'Eglise. On ne peut pas se dire disciples de Jésus si l'on n'aime pas et si l'on ne suit pas son Eglise. L'Eglise est notre famille, dans laquelle l'amour pour le Seigneur et pour les frères, en particulier dans la participation à l'Eucharistie, nous fait ressentir la joie d'avoir à présent un avant-goût de la vie à venir qui sera totalement illuminée par l'Amour. Que notre engagement quotidien soit de vivre ici-bas comme si nous étions déjà là-haut. Se sentir Eglise est donc une vocation à la sainteté pour tous ; un engagement quotidien à construire la communion et l'unité en surmontant toute résistance et toute incompréhension. Dans l'Eglise, nous apprenons à aimer en nous éduquant à l'accueil gratuit de notre prochain, à l'attention envers ceux qui sont en difficulté, les pauvres et les derniers. La motivation fondamentale qui unit les croyants dans le Christ n'est pas le succès, mais le bien, un bien encore plus authentique s'il est partagé, et qui ne consiste pas avant tout à avoir ou à pouvoir, mais à être. Ainsi s'édifie la cité de Dieu avec les hommes, une cité qui, dans le même temps, croît sur terre et descend du Ciel, car elle se développe dans la rencontre et dans la collaboration entre les hommes et Dieu (cf. Ap 21, 2-3).



Lire le texte intégral de l'homélie du Pape Benoît XVI

Repost 0
Published by Matthieu BOUCART - dans Benoit XVI
commenter cet article
11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 19:41

Extrait de l’homélie du Pape Benoît XVI au sanctuaire de Lorette (Italie) à l’occasion de la rencontre Agora 2007 des jeunes italiens, le 2 septembre 2008.

Chers frères et sœurs,

Chers jeunes amis!

C'est véritablement un jour de grâce! Les lectures que nous avons écoutées il y a quelques instants nous aident à comprendre l'œuvre merveilleuse qui a été accomplie par le Seigneur en nous permettant de nous rencontrer, ici à Lorette, si nombreux et dans un climat joyeux de prière et de fête. En nous retrouvant au Sanctuaire de la Vierge se réalisent, dans un certain sens, les paroles de l'Epître aux Hébreux : "Mais vous êtes venus vers la montagne de Sion et vers la cité du Dieu vivant". En célébrant l'Eucharistie à l'ombre de la Sainte Maison, nous nous approchons nous aussi "des milliers d'anges en fête et de l'assemblée des premiers-nés dont les noms sont inscrits dans les cieux". Nous pouvons ainsi faire l'expérience de la joie de nous trouver face à "Dieu, le juge de tous les hommes, et les âmes des justes arrivés à la perfection". Avec Marie, Mère du Rédempteur et notre Mère, nous allons surtout à la rencontre du "médiateur d'une Alliance nouvelle", notre Seigneur Jésus Christ (cf. He 12, 22-24). Le Père céleste, qui de nombreuses fois et de différentes façons, a parlé aux hommes (cf. He 1, 1), offrant son Alliance et rencontrant souvent des résistances et des refus, a voulu dans la plénitude des temps établir avec les hommes un pacte nouveau, définitif et irrévocable, en le scellant avec le sang de son Fils unique, mort et ressuscité pour le salut de toute l'humanité. Jésus Christ, Dieu fait homme, a assumé notre chair elle-même en Marie, il a pris part à notre vie et il a voulu partager notre histoire. Pour réaliser son Alliance, Dieu a cherché un cœur jeune et il l'a trouvé en Marie, "jeune femme".
 

Aujourd'hui encore, Dieu cherche des cœurs jeunes, il cherche des jeunes au grand cœur, capables de Lui faire place dans leur vie pour être les acteurs de la Nouvelle Alliance. Pour accueillir une proposition fascinante comme celle que nous fait Jésus, pour établir une Alliance avec Lui, il faut être jeunes intérieurement, capables de se laisser interpeller par sa nouveauté, pour entreprendre avec Lui des routes nouvelles. Jésus a une prédilection pour les jeunes, comme le souligne le dialogue avec le jeune riche (cf. Mt 19, 16-22; Mc 10, 17-22) ; il en respecte la liberté, mais il ne se lasse jamais de leur proposer des objectifs plus élevés pour la vie : la nouveauté de l'Evangile et la beauté d'une conduite sainte. Suivant l'exemple de son Seigneur, l'Eglise continue à avoir la même attention. Voilà pourquoi, chers jeunes, elle a pour vous une immense affection, elle est proche de vous dans les moments de joie et de fête, d'épreuve et d'égarement; elle vous soutient par les dons de la grâce sacramentelle et vous accompagne dans le discernement de votre vocation. Chers jeunes, laissez-vous emporter par la vie nouvelle qui naît de la rencontre avec le Christ et vous serez en mesure d'êtres des apôtres de sa paix dans vos familles, parmi vos amis, au sein de vos communautés ecclésiales et dans les divers milieux dans lesquels vous vivez et œuvrez.
 

Mais qu'est-ce qui rend vraiment "jeunes" au sens évangélique? Notre rencontre, qui se déroule à l'ombre d'un Sanctuaire marial, nous invite à tourner notre regard vers la Vierge. Nous nous demandons donc : comment Marie a-t-elle vécu sa jeunesse? Pourquoi, en elle, l'impossible est-il devenu possible? Elle nous le révèle elle-même dans le Chant du Magnificat : Dieu "s'est penché sur son humble servante" (Lc 1, 48a). L'humilité de Marie est ce que Dieu apprécie plus que tout autre chose en elle. Et c'est précisément de l'humilité que nous parlent les deux autres lectures de la liturgie d'aujourd'hui. N'est-ce pas une heureuse coïncidence que ce message nous soit adressé précisément ici, à Lorette? Ici, notre pensée se tourne naturellement vers la Sainte Maison de Nazareth qui est le sanctuaire de l'humilité : l'humilité de Dieu qui s'est fait chair, qui s'est fait petit, et l'humilité de Marie qui l'a accueilli dans son sein ; l'humilité du Créateur et l'humilité de la créature. De cette rencontre d'humilité est né Jésus, Fils de Dieu et Fils de l'homme : "Plus tu es grand, plus il faut t'abaisser pour trouver grâce devant le Seigneur; car grande est la puissance du Seigneur, mais il est honoré par les humbles", nous dit le passage du Siracide (3, 18) ; et dans l'Evangile, Jésus, après la parabole des invités aux noces, conclut : "Qui s'élève sera abaissé; qui s'abaisse sera élevé" (Lc 14, 11). Cette perspective indiquée par les Ecritures apparaît aujourd'hui plus que jamais provocante pour la culture et la sensibilité de l'homme contemporain. L'humble est perçu comme une personne qui renonce, un vaincu, quelqu'un qui n'a rien à dire au monde. C'est en revanche la voie maîtresse, et non seulement parce que l'humilité est une grande vertu humaine, mais parce que, en premier lieu, elle représente la façon d'agir de Dieu lui-même. Elle est la voie choisie par le Christ, le Médiateur de la Nouvelle Alliance, qui, "reconnu comme un homme à son comportement, s'est abaissé lui-même, en devenant obéissant jusqu'à mourir, et à mourir sur une croix" (Ph 2, 8).
 

Chers jeunes, il me semble apercevoir dans cette parole de Dieu sur l'humilité un message important et plus que jamais actuel pour vous, qui voulez suivre le Christ et faire partie de son Eglise. Le message est le suivant : ne suivez pas la voie de l'orgueil, mais celle de l'humilité. Allez à contre-courant : n'écoutez pas les voix intéressées et séduisantes qui, de toutes parts, diffusent aujourd'hui des modèles de vie basés sur l'arrogance et la violence, le pouvoir et le succès à tout prix, l'apparence et la possession, au détriment de l'être. De combien de messages, qui parviennent surtout à travers les mass media, êtes-vous les destinataires! Soyez vigilants! Soyez critiques! Ne suivez pas la vague produite par cette puissante action de persuasion. N'ayez pas peur, chers amis, de préférer les voies "alternatives" indiquées par l'amour véritable : un style de vie sobre et solidaire ; des relations d'affection sincères et pures ; un engagement honnête dans l'étude et le travail ; l'intérêt profond pour le bien commun. N'ayez pas peur d'apparaître différents et d'être critiqués pour ce qui peut sembler perdant ou démodé : les jeunes de votre âge, mais aussi les adultes, et en particulier ceux qui semblent le plus éloignés de la mentalité et des valeurs de l'Evangile, ont un besoin profond de voir quelqu'un qui ose vivre selon la plénitude d'humanité manifestée par Jésus Christ.
 

Chers amis, la voie de l'humilité n'est donc pas la voie du renoncement, mais du courage. Elle n'est pas le résultat d'une défaite, mais d'une victoire de l'amour sur l'égoïsme et de la grâce sur le péché. En suivant le Christ et en imitant Marie, nous devons avoir le courage de l'humilité ; nous devons nous confier humblement au Seigneur car ce n'est qu'ainsi que nous pourrons devenir des instruments dociles entre ses mains, et nous lui permettrons de faire de grandes choses en nous.
 

Le Seigneur a accompli de grands prodiges en Marie et dans les saints! Je pense, par exemple, à François d'Assise et à Catherine de Sienne, Patrons d'Italie. Je pense également à des jeunes splendides comme sainte Gemma Galgani, saint Gabriele dell'Addolorata, saint Louis Gonzague, sainte Maria Goretti, née non loin d'ici, les bienheureux Piergiorgio Frassati et Alberto Marvelli. Et je pense encore à de nombreux jeunes garçons et filles qui appartiennent à l'assemblée des saints "anonymes", mais qui ne sont pas anonymes pour Dieu. Pour Lui, chaque personne est unique, avec son nom et son visage. Nous sommes tous appelés, et vous le savez, à être saints!



Lire le texte intégral de l'homélie du Pape Benoît XVI 

Repost 0
Published by Matthieu BOUCART - dans Benoit XVI
commenter cet article
10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 14:09

Extrait de l’Audience Générale du Pape Benoît XVI du 12 septembre 2007.

Chers frères et sœurs,

Je souhaite aujourd'hui m'arrêter pour réfléchir sur la visite pastorale que j'ai eu la joie d'accomplir ces jours derniers en Autriche, un pays qui m'est particulièrement familier, que ce soit en raison de sa proximité avec ma terre natale ou des nombreux contacts que j'ai toujours eus avec lui. Le motif spécifique de cette visite était le 850e anniversaire du Sanctuaire de Mariazell, le plus important d'Autriche, également aimé des fidèles hongrois et particulièrement fréquenté par les pèlerins d'autres nations limitrophes. Il s'est donc tout d'abord agi d'un pèlerinage, qui a eu comme devise "Regarder vers le Christ" : aller à la rencontre de Marie qui nous montre Jésus (…).

En tenant compte de l'histoire de l'Autriche et de ses relations étroites avec le Saint-Siège, ainsi que de l'importance de Vienne dans la politique internationale, le programme de mon voyage pastoral a prévu les rencontres avec le Président de la République et avec le Corps diplomatique. Il s'agit d'occasions précieuses, au cours desquelles le Successeur de Pierre a la possibilité d'exhorter les Responsables des nations à toujours soutenir la cause de la paix et du développement économique et social authentique. En considérant en particulier l'Europe, j'ai renouvelé mon encouragement à poursuivre le processus actuel d'unification sur la base de valeurs inspirées par le patrimoine chrétien commun. Du reste, Mariazell est l'un des symboles de la rencontre des peuples européens autour de la foi chrétienne. Comment oublier que l'Europe est porteuse d'une tradition de pensée qui conserve le lien entre foi, raison et sentiment? D'illustres philosophes, même indépendamment de la foi, ont reconnu le rôle central joué par le christianisme pour préserver la conscience moderne des dérives nihilistes ou fondamentalistes. La rencontre avec les Autorités politiques et diplomatiques à Vienne a donc été plus que jamais propice pour inscrire mon voyage apostolique dans le contexte actuel du continent européen.

J'ai accompli le véritable pèlerinage dans la journée du samedi 8 septembre, fête de la Nativité de Marie, à laquelle est dédié le Sanctuaire de Mariazell (…). J'ai admiré en ce lieu le courage exemplaire de milliers et de milliers de pèlerins qui, malgré la pluie et le froid, ont voulu être présents à cette célébration durant laquelle je leur ai illustré le thème central de ma visite "Regarder vers le Christ", un thème que les Evêques d'Autriche avaient savamment approfondi au cours de l'itinéraire de préparation qui a duré neuf mois. Mais ce n'est qu'en parvenant au Sanctuaire que nous avons pleinement compris le sens de cette devise : regarder vers Jésus. Face à nous se trouvait la statue de la Vierge qui, d'une main, indique l'enfant Jésus et, en haut, au-dessus de l'autel de la Basilique, le Crucifix. Notre pèlerinage a atteint là son objectif : nous avons contemplé le visage de Dieu dans cet Enfant dans les bras de sa Mère et dans cet Homme aux bras ouverts. Regarder Jésus avec les yeux de Marie signifie rencontrer Dieu Amour, qui pour nous s'est fait homme et est mort sur la croix.

(…) Au sanctuaire, j'ai ensuite vécu des moments de joyeuse fraternité avec les Evêques du pays et la Communauté bénédictine. J'ai rencontré les prêtres, les religieux, les diacres et les séminaristes, et j'ai célébré les Vêpres avec eux. Spirituellement unis à Marie, nous avons loué le Seigneur pour l'humble dévouement de tant d'hommes et de femmes qui se confient à sa miséricorde et se consacrent au service de Dieu. Ces personnes, malgré leurs limites humaines, et même précisément dans la simplicité et dans l'humilité de leur humanité, s'efforcent d'offrir à tous un reflet de la bonté et de la beauté de Dieu, en suivant Jésus sur la voie de la pauvreté, de la chasteté et de l'obéissance, trois vœux qui doivent être bien compris dans leur authentique signification christologique, non individualiste, mais relationnelle et ecclésiale.

Dans la matinée du dimanche, j'ai ensuite célébré la solennelle Eucharistie dans la Cathédrale Saint-Etienne à Vienne. Dans l'homélie, j'ai voulu approfondir de manière particulière la signification et la valeur du Dimanche, pour apporter un soutien au mouvement "Alliance en défense du Dimanche libre". Des personnes et des groupes non chrétiens adhèrent également à ce mouvement. En tant que croyants, naturellement, nous avons des motivations profondes pour vivre le Jour du Seigneur, tel que l'Eglise nous l'a enseigné. "Sine dominico non possumus!" : sans le Seigneur et sans son Jour, nous ne pouvons pas vivre, déclarèrent les martyrs d'Abitène (actuelle Tunisie), en l'an 304. Nous aussi, chrétiens du XXIe siècle, nous ne pouvons pas vivre sans le Dimanche : un jour qui donne un sens au travail et au repos, qui actualise la signification de la Création et de la Rédemption, qui exprime la valeur de la liberté et du service au prochain... Le dimanche est tout cela : bien plus qu'un précepte! Si les populations d'antique civilisation chrétienne abandonnent cette signification et laissent le dimanche se réduire à un week-end ou à une occasion pour des intérêts matériels et commerciaux, cela veut dire qu'ils ont décidé de renoncer à leur propre culture.

Non loin de Vienne se trouve l'Abbaye de Heiligenkreuz, de la Sainte-Croix, et cela a été une joie pour moi de visiter cette florissante communauté de moines cisterciens, qui existe sans interruption depuis 874 ans ! (…) En m'adressant en particulier aux moines, j'ai rappelé le grand enseignement de saint Benoît à propos de l'Office divin, soulignant la valeur de la prière comme service de louange et d'adoration dû à Dieu pour son infinie beauté et bonté. Rien ne doit être placé avant ce service sacré – dit la Règle bénédictine (43, 3) –, de façon à ce que toute la vie, avec ses temps de travail et de repos, soit récapitulée dans la liturgie et orientée vers Dieu. L'étude de la théologie elle-même ne peut pas être séparée de la vie spirituelle et de la prière, comme le soutint avec force précisément saint Bernard de Clairvaux, père de l'Ordre cistercien. La présence de l'Académie de théologie à côté de l'Abbaye témoigne de ce lien entre foi et raison, entre cœur et esprit.

La dernière rencontre de mon voyage a été celle avec le monde du volontariat. J'ai ainsi voulu manifester mon appréciation aux nombreuses personnes, d'âges divers, qui s'engagent gratuitement au service du prochain, que ce soit dans la communauté ecclésiale ou bien civile. Le volontariat n'est pas seulement une "action" : il est tout d'abord une façon d'être, qui part du cœur, d'une attitude de gratitude envers la vie, et qui pousse à "restituer" et à partager avec son prochain les dons reçus. Dans cette perspective, j'ai voulu encourager à nouveau la culture du volontariat. L'action des volontaires ne doit pas être vue comme une intervention "bouche-trous" à l'égard de l'Etat et des institutions publiques, mais plutôt comme une présence complémentaire et toujours nécessaire pour garder une attention vigilante à l'égard des derniers et promouvoir un style personnalisé dans les interventions. Il n'y a donc personne qui ne puisse être volontaire : même la personne la plus indigente et démunie a assurément quelque chose à partager avec les autres, en offrant sa contribution pour édifier la civilisation de l'amour.




Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI 

Repost 0
Published by Matthieu BOUCART - dans Benoit XVI
commenter cet article
9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 22:19



Extrait du discours prononcé par le Pape Benoît XVI au Wiener Konzerthaus de Vienne (Autriche) à l’occasion de la rencontre avec le monde du volontariat, le 9 septembre 2007.

 



Il est beau de rencontrer des personnes qui, dans notre société, s'efforcent de donner un visage au message de l'Evangile; voir des personnes âgées et des jeunes qui manifestent de façon concrète dans l'Eglise et dans la société l'amour par lequel, en tant que chrétiens, nous devons être conquis : c'est l'amour de Dieu qui fait reconnaître dans l'autre notre prochain, notre frère ou notre sœur! Je suis empli de gratitude et d'admiration pour la contribution généreuse dans le domaine du volontariat de tant de personnes de tous âges dans ce pays (…).

Grâce à Dieu, pour beaucoup de personnes, c'est une question d'honneur de s'engager volontairement pour les autres, pour une association, pour une union ou pour des situations déterminées de bien commun (…). On ne peut déléguer l'amour du prochain ; l'Etat et la politique, même avec leurs nécessaires préoccupations sociales (…) ne peuvent s'y substituer. L'amour du prochain exige toujours un engagement personnel et volontaire pour lequel l'Etat peut et doit certainement créer les conditions d'ensemble favorables. Grâce à cet engagement, l'aide conserve sa dimension humaine et n'est pas dépersonnalisée. Et c'est précisément la raison pour laquelle vous, volontaires, n'êtes pas des "bouche-trous" dans le réseau social, mais des personnes qui contribuent véritablement à manifester le visage humain et chrétien de notre société.

Les jeunes désirent précisément que leurs capacités et leurs talents soient "suscités et découverts". Les volontaires veulent être impliqués personnellement. "J'ai besoin de toi!", "Tu en es capable!" ; combien une telle demande nous fait du bien! Précisément dans sa simplicité humaine, elle nous renvoie de façon indirecte à ce Dieu qui a voulu chacun de nous et qui a donné un devoir personnel à chacun de nous, et même, qui a besoin de chacun de nous et qui attend notre engagement. Ainsi, Jésus a appelé les hommes et leur a donné le courage de faire une grande chose, que seuls, ils ne se seraient pas sentis capables de faire. Se laisser appeler, se décider, puis entreprendre un chemin sans se poser l'habituelle question relative à l'utilité et au profit – ce comportement laissera des traces bénéfiques. Leurs saints ont indiqué cette voie à travers leur vie. Il s'agit d'un chemin riche et passionnant, un chemin généreux et précisément aujourd'hui, actuel. Le "oui" à un engagement dans le volontariat et la solidarité est une décision qui rend libre et qui ouvre aux nécessités de l'autre ; aux exigences de la justice, de la défense de la vie et de la sauvegarde de la Création. Dans les engagements dans le volontariat entre en jeu la dimension-clé de l'image chrétienne de Dieu et de l'homme : l'amour de Dieu et l'amour du prochain.

Chers volontaires, mesdames et messieurs! S'engager à titre volontaire constitue un écho de la gratitude et c'est la transmission de l'amour reçu. "Deus vult condiligentesDieu veut des personnes qui aiment avec Lui", affirmait le théologien Duns Scot au XIV siècle. Vu sous cet angle, l'engagement bénévole est lié dans une large mesure à la Grâce. Une culture qui veut tout compter et tout payer, qui place le rapport entre les hommes dans une sorte de carcan de droits et de devoirs, fait l'expérience, grâce aux innombrables personnes engagées à titre bénévole, que la vie même est un don non mérité. Quelque différentes, multiples, ou même contradictoires que puissent être les motivations et même les voies de l'engagement dans le volontariat, à la base de toutes figure, en dernière analyse, la communion profonde qui jaillit de la "gratuité". C'est gratuitement que nous avons reçu la vie de notre Créateur, gratuitement que nous avons été libérés de l'impasse du péché et du mal, gratuitement que nous a été donné l'Esprit avec ses multiples dons. Dans mon Encyclique, j'ai écrit : « L'amour est gratuit. Il n'est pas utilisé pour parvenir à d'autres fins. Celui qui peut aider reconnaît que c'est justement de cette manière qu'il est aidé lui aussi. Le fait de pouvoir aider n'est ni son mérite ni un titre d'orgueil. Cette tâche est une grâce ». Nous transmettons gratuitement ce que nous avons reçu, à travers notre engagement, notre fonction dans le volontariat. Cette logique de la gratuité se situe au-delà des simples droits et devoirs moraux.

Sans engagement dans le volontariat, le bien commun et la société ne pouvaient pas, ne peuvent et ne pourront pas perdurer. La disponibilité spontanée vit et se démontre au-delà du calcul et de l'échange attendu ; elle brise les règles de l'économie de marché. En effet, l'homme est beaucoup plus qu'un simple facteur économique à évaluer selon des critères économiques. Le progrès et la dignité d'une société dépendent toujours à nouveau précisément des personnes qui font davantage que leur strict devoir.

Mesdames et Messieurs! L'engagement dans le volontariat est un service à la dignité de l'homme fondée sur le fait qu'il a été créé à l'image et à la ressemblance de Dieu. Irénée de Lyon, au IIe siècle, a dit : "La gloire de Dieu est l'homme vivant et la vie de l'homme est la vision de Dieu" (…). Les personnes engagées bénévolement confèrent au prochain une considération, rappellent la dignité de l'homme et suscitent la joie de vivre et l'espérance. Les représentants du volontariat sont des gardiens et des avocats des droits de l'homme et de sa dignité (…).

Jésus-Christ ne nous enseigne pas une mystique "des yeux fermés", mais une mystique "des yeux ouverts", et à travers cela, une mystique du devoir absolu de percevoir la condition des autres, la situation dans laquelle se trouve l'homme qui, selon l'Evangile, est notre prochain. Le regard de Jésus, l'école des yeux de Jésus introduit à une proximité humaine, à la solidarité, au partage du temps, au partage des dons et également des biens matériels (…).

Enfin, le commandement de l'amour de Dieu et du prochain (cf. Mt 22, 37-40 ; Lc 10, 27) nous rappelle que c'est à Dieu lui-même, à travers l'amour du prochain, que nous, chrétiens, rendons honneur (…). "Dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères c'est à moi que vous l'avez fait" (Mt 25, 40). Si dans l'homme concret que nous rencontrons, Jésus est présent, alors l'activité à titre bénévole peut devenir une expérience de Dieu. La participation aux situations et aux nécessités des hommes conduit à une façon "nouvelle" d'être ensemble et agit "en donnant du sens". Ainsi, le service bénévole peut aider à faire sortir les personnes de l'isolement et à les intégrer dans la communauté.

Enfin, je voudrais rappeler la force et l'importance de la prière pour tous ceux qui sont engagés dans le travail caritatif.
La prière à Dieu est une voie qui permet de sortir de l'idéologie et de la résignation face à l'infinitude du besoin (…).

Chers collaborateurs volontaires et à titre honorifique des œuvres d'assistance en Autriche, Mesdames, Messieurs! Lorsqu'une personne ne fait pas seulement son devoir dans la profession et dans la famille – et pour bien le faire, il faut déjà une grande force et un grand amour – mais qu'elle s'engage également pour les autres, en mettant son temps précieux au service de l'homme et de sa dignité, son cœur s'élargit.
Les volontaires ne conçoivent pas l'idée de prochain de façon restrictive ; ils reconnaissent également dans "celui qui est loin" notre prochain qui est accepté par Dieu et qui, avec notre aide, doit être également touché par l'œuvre de rédemption réalisée par le Christ. L'autre, le prochain dans le sens évangélique, devient pour nous comme un partenaire privilégié face aux pressions et aux contraintes du monde dans lequel nous vivons. Celui qui respecte la "priorité du prochain", vit et agit selon l'Evangile et prend part également à la mission de l'Eglise, qui regarde toujours l'homme dans son ensemble et qui veut lui faire ressentir l'amour de Dieu (…).



Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI 

Repost 0
Published by Matthieu BOUCART - dans Benoit XVI
commenter cet article
8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 00:00



Repost 0
Published by Matthieu BOUCART - dans Marie
commenter cet article
7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 16:20

Chers amis,

Je voudrais réagir aujourd’hui à un petit billet publié récemment par le Pasteur protestant Eric George sur son Blog  (j’en profite pour le saluer bien fraternellement).

Dans un petit article intitulé "Soli Deo Gloria, radicalement", le Pasteur Eric écrit ceci : « Mon opposition à une coopération de l'homme à son salut s'explique par un refus de diminuer la gloire de Dieu. Tout mérite accordé à l'homme réduit en effet d'autant la part de Dieu.

« On me proposait l'image suivante : tombé dans un précipice, je m'accroche du bout des doigts à la corniche quand un sauveteur vient me tirer de là. Si je m'accroche à la main qu'il me tend, on ne peut pas vraiment dire que mon salut vienne de moi. C'est ainsi qu'il faudrait comprendre la coopération de l'homme à son salut.

« Soit. Poussons un peu l'image et imaginons qu'à coté de moi, accroché à la corniche, il y ait un autre homme. Un sauveteur arrive, il nous tend à chacun une main secourable. Je m'accroche, l'autre tombe. C'est donc bien de moi qu'est venu l'acte décisif du salut, l'acte qui a fait la différence. À mes remerciements à mon sauveur, je peux donc joindre une autocongratulation...

« Bref, à cette image, je réponds ce que je répondais au collègue qui m'expliquait que Dieu faisait 10.000 km vers nous alors que par notre réponse nous parcourions un micron vers lui. Il est certes dans notre nature de vouloir dire que nous avons coopéré, que nous avons fait quelque chose, que nous avons participé à notre salut mais un micron attribué à l'homme, c'est un micron volé à Dieu.

« Dieu seul me fait vivre et je n'y suis pour rien. Dieu seul me sauve et je n'y coopère en rien. A Dieu seul revienne toute gloire... »

Reprenons ce texte à son début. « Mon opposition à une coopération de l'homme à son salut, écrit le Pasteur, s'explique par un refus de diminuer la gloire de Dieu. » C’est là une intention bien louable que de vouloir rendre à Dieu seul ce qui lui appartient en propre ; que de refuser de diminuer sa Gloire. Le rôle du chrétien – et ce à quoi est appelé tout homme sur cette terre – est de rendre gloire à Dieu seul, et de rejeter l’idôlatrie – qui consiste précisément à attribuer la Gloire revenant à Dieu seul à une créature.

« Tout mérite accordé à l'homme réduit en effet d'autant la part de Dieu. »
dit le Pasteur. C’est sur cette phrase que je souhaiterais m’arrêter. Car c’est là – à mon sens – que se trouve le « hic » du raisonnement. Tout ce qui est attribué à l’homme serait en quelque sorte enlevé à Dieu (« volé » dit même le Pasteur : « un micron attribué à l'homme, c'est un micron volé à Dieu. »). Tel est le postulat de départ, le présupposé, à partir duquel notre frère va dérouler son raisonnement sur le Salut.

Reste à en vérifier la validité.

Comme je suis un peu taquin, j’aurais d’abord envie de demander au Pasteur sur quel fondement biblique il s’appuie pour poser une telle affirmation. Où est-il écrit dans la Bible que ce qui est donné à l’homme est enlevé à Dieu ? Bref, comment cette justification de la Soli Deo Gratia s’articule-t-elle avec la Sola Scriptura ?

Dans la Bible, on peut trouver une abondance de textes en faveur de la Soli Deo Gratia. Mais où est-il écrit que le mérite accordé à l’homme est enlevé à Dieu ; que ce qui est mis au crédit de l’homme est mis au débit de Dieu ? Ce raisonnement ne s’inscrit-il pas dans une logique comptable – ce que je donne d’un côté, je le prends de l’autre – plutôt que dans le registre de la grâce – qui se conçoit comme une surabondance – qui n’enlève rien à celui qui la communique – tout au contraire : qui enrichit – ou glorifie – celui qui la donne.

C’est en donnant que l’on reçoit, dit Jésus (cf. Lc 17. 33). Voilà un grand paradoxe ! Mais c’est une réalité que chacun peut expérimenter, et qui est la réalité même de Dieu. On pourrait presque définir Dieu comme « Celui qui donne » : Dieu est en tant qu’il donne ; c’est en donnant que Dieu est vraiment Dieu. Dès lors, quand Dieu donne, il ne diminue en rien sa Gloire. Tout au contraire : Il la manifeste ; il la fait resplendir.

Quand Dieu donne à l’homme d’exister, il ne se limite pas ; il ne se prive de rien, il ne s’ampute pas ; au contraire il donne la possibilité à son Amour de se répandre, encore et encore… De même : quand Dieu s’abaisse en Jésus-Christ, – particulièrement dans sa naissance et sur la Croix (cf. Phi 2) – en réalité, il ne s’abaisse pas : il s’élève, il est glorifié (cf. Jn 12. 32).

Quand Dieu créé l’homme, il fait advenir à l’être une créature dotée de libre-arbitre capable de répondre à son Amour. Certes, cette liberté s’est dévoyée, et a succombé à la tentation de l’idôlatrie : c’est ce que nous appelons le péché originel. Mais en son Fils Jésus-Christ, Dieu a restauré ce libre-arbitre de l’homme et l’a rendu à nouveau capable de dire OUI à son Amour. Dès lors, quand l’homme répond OUI à l’amour de Dieu en usant de son libre-arbitre conformément à ce pourquoi il lui a été donnée, c’est un acte méritoire pour l’homme – un acte de salut –, et la Bible ne lui retire pas ce mérite (cf. 1 Co 4. 5 ; Ap 22. 12) ; mais c’est aussi et en même temps le fruit d’une grâce, et donc : la plus grande gloire de Dieu ! Car c’est la plus grande réussite de Dieu que d’être parvenu ainsi à susciter dans l’être une liberté capable de répondre favorablement à son Amour. Par son OUI d’amour en réponse à l’Amour de Dieu manifesté le premier, l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui (cf. Jn 13. 31 ; 2. Th 1. 10), car tout est de Dieu et tout vient de Dieu. C’est Dieu qui a créé l’homme ; c’est Dieu qui l’a sauvé et racheté ; c’est donc Dieu qui a permis à l’homme de poser dans l’éternité ce OUI libre qui le sauve.

Sans Dieu, l’homme n’existerait pas, ni sa liberté, ni son OUI, ni son Salut! C’est Dieu qui a rendu possible ce OUI libre et salvateur de l'homme. Et quand l’homme accomplit ce pour quoi il a été créé par Dieu, c’est la plus grande gloire de Dieu ! Celle-ci n’est nullement diminuée par le mérite de l’homme, mais au contraire manifestée dans ce mérite même.

Tout mérite de l’homme peut donc être imputé à Dieu (doit être imputé à Dieu) pour la bonne raison que l’homme n’est pas le rival de Dieu ; il en est la créature. Toute la gloire qui revient à la créature revient aussi au Créateur, et même d’abord et en premier lieu au Créateur sans qui la créature n’existerait pas et ne serait pas capable de poser le moindre acte méritoire (cf. 2 Co 3. 4-6).

Prenons quelques images pour comprendre. Si un génial inventeur créait un robot capable de rendre de nombreux services, tout le monde serait bien content à cause de ce robot et de tous les services qu’il est capable de rendre. Mais il est évident que le monde saurait rendre hommage au génial inventeur sans qui le robot n’existerait pas. Le génial inventeur serait glorifié à cause de son robot et de tout ce qu’il est capable de réaliser. Non seulement les qualités du robot n’enlèveraient rien à son génial inventeur, mais elles manifesteraient aux yeux du monde sa puissance créatrice et son génie. L’idôlatrie consisterait à ne plus considérer le robot qu’en lui-même, ignorant ou méprisant son génial inventeur (en l’envoyant balader par exemple quand celui-ci aurait la prétention inouïe de vouloir en communiquer le mode d’emploi…)

Deuxième image : si je contemple un coucher de soleil, je peux être en extase devant ce spectacle de la nature et rendre gloire à Dieu pour la merveille de la Création. Cela peut arriver, même à un protestant je crois ! Pourtant, j’ai beau être plongé dans ma louange à Dieu, je suis quand même en extase devant un phénomène naturel, devant une splendeur de la nature ! Ce n’est bien sûr pas de l’idôlatrie en soi, et cela n’enlève rien à Dieu si je sais Lui rendre grâce de ce phénomène dont il est Lui-même à l’origine et qui me parle de sa Beauté. L’idôlatrie consisterait à ne considérer le coucher de soleil qu’en lui-même, et à ne rendre gloire et honneur qu’à la Nature seule.

Dernière image : celle évoquée par le Pasteur Eric George, de l’homme suspendu dans le vide à la corniche et sauvé in extremis. En méditant cette image, il m’est venu à l’esprit le Magnificat de la Vierge Marie : « 
IL s'est penché sur son humble servante, dit-elle ; désormais tous les âges ME diront bienheureuse. » (Lc 1. 48) « Il s’est penché » : c’est Dieu qui se penche sur l’homme, qui le créé et qui le sauve ; c’est Dieu qui lui donne tout et c’est l’homme qui en retire tous les bénéfices (« Tous les âges ME diront bienheureuse » ; «Bienheureuse celle qui a cru » dira Elisabeth  – Lc 1. 45). Pour autant, ces bénéfices ne sont pas… retirés (au sens d’enlevés) à Dieu. Tout le chant du Magnificat est justement une louange à Dieu. Car l’homme sauvé et racheté (dont Marie fait partie en vertu de son Immaculée Conception – que nous honorerons demain dans la liturgie catholique), l’homme sauvé et racheté, disais-je, sait qu’il doit tout à son Dieu (cf. 1. Co. 4-7) et que sans lui, il ne peut rien faire (cf. Jn 15. 5) : c’est pourquoi il rend toute gloire à Dieu seul.

Repost 0
Published by Matthieu BOUCART - dans Réflexions & Méditations
commenter cet article
6 décembre 2008 6 06 /12 /décembre /2008 01:55
Repost 0
Published by Matthieu BOUCART - dans Témoignages vidéos
commenter cet article
6 décembre 2008 6 06 /12 /décembre /2008 00:00
Repost 0
Published by Matthieu BOUCART - dans Vos articles préférés
commenter cet article
5 décembre 2008 5 05 /12 /décembre /2008 21:31



Extrait du discours prononcé par le Pape Benoît XVI à l’abbaye de Heiligenkreuz (Autriche), le 9 septembre 2008.

 



L'Autriche est, comme on le dit, véritablement "Klosterreich" : au double sens de royaume des monastères et riche de monastères. Vos très anciennes abbayes, dont l'origine et les traditions remontent à plusieurs siècles, sont des lieux de la "préférence donnée à Dieu". Chers confrères, vous rendez tout à fait évidente cette priorité donnée à Dieu! Comme une oasis spirituelle, un monastère indique au monde d'aujourd'hui la chose la plus importante, et c'est même en fin de compte la seule chose décisive : il existe une ultime raison pour laquelle il vaut la peine de vivre, qui est Dieu et son amour impénétrable.

Et je vous demande, chers fidèles, de considérer vos abbayes et vos monastères toujours pour ce qu'ils sont et ce qu'ils veulent être : pas seulement des lieux de culture et de tradition, voire de simple entreprises économiques. Structure, organisation et économie sont nécessaires dans l'Eglise également, mais ce ne sont pas des choses essentielles. Un monastère est surtout ceci : un lieu de force spirituelle. En arrivant dans l'un de vos monastères ici en Autriche, on a la même impression que lorsque, après une longue marche dans les Alpes qui a coûté beaucoup d'effort, on trouve finalement un ruisseau d'eau de source où se rafraîchir... Profitez donc de ces sources de la proximité de Dieu dans votre pays, ayez de l'estime pour les communautés religieuses, les monastères et les abbayes et recourez au service spirituel que les personnes consacrées sont prêtes à vous offrir!
 

Ma visite, enfin, s'adresse à l'Académie désormais pontificale qui fête le 205e anniversaire de sa fondation et qui, dans son nouveau statut, a reçu de l'Abbé le nom supplémentaire de l'actuel Successeur de Pierre. Pour autant que soit importante l'intégration de la discipline théologique dans l'universitas du savoir à travers les facultés de théologie catholiques dans les universités d'Etat, il est toutefois tout aussi important qu'il y ait des lieux d'études aussi spécifiques que le vôtre, où est possible un lien profond entre la théologie scientifique et la spiritualité vécue. Dieu, en effet, n'est jamais simplement l'Objet de la théologie, il en est toujours dans le même temps également le Sujet vivant. La théologie chrétienne, du reste, n'est jamais un discours uniquement humain sur Dieu, mais elle est toujours dans le même temps le Logos et la logique à travers lesquels Dieu se révèle. C'est pourquoi l'intellectualité scientifique et la dévotion vécue sont deux éléments de l'étude qui, dans une complémentarité indispensable, dépendent l'une de l'autre. 

Le père de l'Ordre cistercien, saint Bernard, a lutté en son temps contre la séparation entre une rationalité qui objective et le courant de la spiritualité ecclésiale. Notre situation actuelle, bien que différente, présente toutefois aussi de remarquables similitudes. Dans le souci d'obtenir la reconnaissance de rigueur scientifique au sens moderne, la théologie peut perdre le souffle de la foi. Mais comme une liturgie qui oublie de regarder vers Dieu vit, en tant que telle, ses derniers moments, de même, une théologie qui ne respire plus dans l'espace de la foi, cesse d'être théologie ; elle finit par se réduire à une série de disciplines plus ou moins reliées entre elles. Là où l'on pratique en revanche une "théologie à genoux", comme le demandait Hans Urs von Balthasar, elle sera féconde pour l'Eglise en Autriche et même au-delà.
 

Cette fécondité apparaît dans le soutien et dans la formation aux personnes qui portent en elles un appel spirituel. Pour qu'aujourd'hui, un appel au sacerdoce et à l'état religieux puisse être conservé fidèlement tout au long de la vie, il faut une formation qui intègre la foi et la raison, le cœur et l'esprit, la vie et la pensée. Une vie à la suite du Christ nécessite l'implication de toute la personnalité. Lorsque l'on néglige la dimension intellectuelle, naît trop facilement une forme de pieux sentiment d'amour qui vit presque exclusivement d'émotions et d'états d'âme qui ne peuvent pas durer toute la vie. Et lorsque l'on néglige la dimension spirituelle, on crée un rationalisme raréfié, qui sur la base de la froideur et du détachement, ne peut jamais déboucher sur un don enthousiaste de soi à Dieu. On ne peut pas fonder une vie à la suite du Christ sur une telle vision unilatérale ; avec les demi-mesures on resterait personnellement insatisfait et, par conséquent, peut-être aussi spirituellement stérile. Tout appel à la vie religieuse ou au sacerdoce est un trésor si précieux que les responsables doivent faire tout leur possible pour trouver les chemins de formation adaptés afin de promouvoir ensemble fides et ratio - la foi et la raison, le cœur et l'esprit.
 

Saint Léopold d'Autriche – nous venons de l'entendre – sur le conseil de son fils, le Bienheureux Evêque Otton de Freising, qui fut mon prédécesseur sur le siège épiscopal de Freising (à Freising on célèbre aujourd'hui sa fête) fonda en 1133 votre abbaye, en lui donnant le nom de "Unsere Liebe Frau zum Heiligen Kreuz" – Notre Dame de la Sainte Croix. Ce monastère n'est pas dédié à la Vierge uniquement par tradition – comme tous les monastères cisterciens –, mais ici brûle le feu marial de saint Bernard de Clairvaux. Bernard qui entra au monastère avec 30 compagnons, est une sorte de Patron des vocations spirituelles. Peut-être avait-il un ascendant si enthousiasmant et si encourageant sur les nombreux jeunes de son époque appelés par Dieu, parce qu'il était animé par une dévotion mariale particulière. Là où est Marie, on trouve l'image primordiale du don total et de la sequela du Christ. Là où est Marie, on trouve le souffle pentecostal de l'Esprit Saint, on trouve l'élan et le renouveau authentique.
 

Depuis ce lieu marial sur la Via Sacra, je souhaite à tous les lieux spirituels en Autriche fécondité et capacité de rayonnement. Ici, je voudrais avant mon départ, comme déjà à Mariazell, demander encore une fois à la Mère de Dieu d'intercéder pour toute l'Autriche. Avec les paroles de saint Bernard, j'invite chacun à se faire avec confiance "enfant" devant Marie, comme l'a fait le Fils de Dieu lui-même. Saint Bernard dit et nous disons avec lui : "Regarde l'étoile, invoque Marie"
.



Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI

Repost 0
Published by Matthieu BOUCART - dans Benoit XVI
commenter cet article
4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 16:09



Extrait du discours prononcé par le Pape Benoît XVI à l’abbaye de Heiligenkreuz (Autriche), le 9 septembre 2008.

 




Au cours de mon pèlerinage à la Magna Mater Austriae, je suis heureux d'être venu également à l'Abbaye de Heiligenkreuz, qui n'est pas seulement une étape importante sur la Via Sacra vers Mariazell, mais également le plus ancien monastère cistercien au monde qui est demeuré en activité sans interruption. J'ai voulu venir en ce lieu riche d'histoire, pour attirer l'attention sur la directive fondamentale de saint Benoît, selon la Regula duquel vivent aussi les cisterciens.

Benoît indique avec concision de "ne rien placer avant l'Office divin". C'est pourquoi dans un monastère d'orientation bénédictine, les louanges à Dieu, que les moines célèbrent en une solennelle prière chorale, ont toujours la priorité. Bien sûr – et grâce à Dieu! – les moines ne sont pas seuls à prier ; d'autres personnes prient également : des enfants, des jeunes et des personnes âgées, des hommes et des femmes, des personnes mariées ou en âge de l'être – chaque chrétien prie, ou tout au moins devrait le faire!

Dans la vie des moines, toutefois, la prière a une importance particulière : elle est le centre de leur tâche professionnelle. Ceux-ci, en effet, exercent la profession d'orant. A l'époque des Pères de l'Eglise, la vie monastique était définie comme une vie à la manière des anges. Et la caractéristique essentielle des anges que l'on voyait en eux était d'être des adorateurs. Leur vie est adoration. Cela devrait valoir également pour les moines. Ceux-ci prient avant tout non pas pour telle ou telle autre chose, mais simplement parce que Dieu mérite d'être adoré. "Confitemini Domino, quoniam bonus! – Rendez grâce au Seigneur car il est bon, car éternel est son amour!" exhortent divers Psaumes (par ex. Ps 106, 1). Une telle prière sans objectif spécifique, qui se veut un pur service divin est donc appelée à juste titre "officium". C'est le "service" par excellence, le "service sacré" des moines. Il est offert au Dieu trinitaire qui, par dessus toute chose, est digne "de recevoir l'honneur, la gloire et la puissance" (Ap 4, 11), parce qu'il a créé le monde de manière merveilleuse et de manière plus merveilleuse encore il l'a renouvelé.

Dans le même temps, l'officium des personnes consacrées est également un service sacré aux hommes et un témoignage pour eux. Chaque homme porte dans l'intimité de son cœur, consciemment ou de manière inconsciente, la nostalgie d'une satisfaction définitive, du bonheur suprême, et donc au fond de Dieu. Un monastère, où la communauté se réunit plusieurs fois par jour pour louer Dieu, témoigne que ce désir humain originel ne finit pas dans le néant : le Dieu Créateur ne nous a pas placés, nous les hommes, dans des ténèbres effroyables où, procédant à tâtons, nous devrions désespérément chercher un sens ultime et fondamental (cf. Ac 17, 27) ; Dieu ne nous a pas abandonnés dans un désert de néant, privé de sens, où, en définitive, nous attend seulement la mort. Non! Dieu a éclairé nos ténèbres avec sa lumière, par l'œuvre de son Fils Jésus-Christ. En Lui, Dieu est entré dans notre monde avec toute sa "plénitude" (cf. Col 1, 19), en Lui, toute vérité, dont nous avons la nostalgie, a son origine et son sommet.

Notre lumière, notre vérité, notre but, notre satisfaction, notre vie – tout cela n'est pas une doctrine religieuse, mais une Personne : Jésus Christ. Bien au-delà de nos capacités de chercher et de désirer Dieu, nous sommes déjà auparavant cherchés et désirés, et plus encore, trouvés et rachetés par Lui! Le regard des hommes de tous les temps et de tous les peuples, de toutes les philosophies, les religions et les cultures, rencontre en fin de compte les yeux grands ouverts du Fils de Dieu crucifié et ressuscité ; son cœur ouvert est la plénitude de l'amour. Les yeux du Christ sont le regard de Dieu qui aime. L'image du Crucifié au-dessus de l'autel, dont l'original romain se trouve dans la Cathédrale de Sarzana, montre que ce regard se tourne vers chaque homme. Le Seigneur en effet, regarde dans le cœur de chacun de nous.

Le cœur du monachisme est l'adoration – une vie à la manière des anges. Mais les moines étant des hommes de chair et de sang sur cette terre, saint Benoît, à l'impératif central de l'"ora", en ajoute un second : le "labora". Selon la conception de saint Benoît comme celle de saint Bernard, une partie de la vie monastique, en plus de la prière, est aussi le travail, la culture de la terre conformément à la volonté du Créateur. Ainsi, au fil de tous les siècles, les moines, à partir de leur regard tourné vers Dieu, ont rendu la terre vivable et belle. La sauvegarde et l'assainissement de la Création venaient précisément de leur regard tourné vers Dieu. A travers le rythme de l'ora et labora, la communauté des personnes consacrées rend témoignage de ce Dieu qui en Jésus Christ nous regarde ; et l'homme et le monde, sous Son regard, deviennent bons.
 

Non seulement les moines disent l'officium, mais l'Eglise a tiré de la tradition monastique pour tous les religieux, ainsi que pour les prêtres et les diacres, la récitation du Bréviaire. Il est bon ici aussi que les religieuses et les religieux, les prêtres et les diacres – et naturellement aussi les Evêques – dans la prière quotidienne "officielle", se présentent devant Dieu avec des hymnes et des psaumes, avec des actions de grâce et des requêtes sans objectifs spécifiques.


Chers confrères dans le ministère sacerdotal et diaconal, chers frères et sœurs dans la vie consacrée! Je sais qu'il faut de la discipline, et même parfois un dépassement de soi-même pour réciter fidèlement le Bréviaire ; mais à travers cet officium, nous recevons dans le même temps de nombreuses richesses : combien de fois, lorsque nous le récitons, la fatigue et l'abattement s'évanouissent! Et lorsque Dieu est loué et adoré avec fidélité, sa Bénédiction ne fait pas défaut. A juste titre, on dit en Autriche : "Tout dépend de la Bénédiction de Dieu!".


Votre service prioritaire pour ce monde doit donc être votre prière et la célébration de l'Office divin.
La disposition intérieure de chaque prêtre, de chaque personne consacrée doit être de "ne rien placer avant l'Office divin". La beauté d'une telle disposition intérieure s'exprimera à travers la beauté de la liturgie au point que là où, ensemble, nous chantons, nous louons, nous exaltons et nous adorons Dieu, un fragment du ciel devient présent sur terre. Il n'est vraiment pas téméraire de voir, dans une liturgie entièrement centrée sur Dieu, dans les rites et dans les chants, une image de l'éternité. Autrement, comment nos ancêtres auraient-ils pu, il y a des centaines d'années, construire un édifice sacré aussi solennel que celui-ci? L'architecture elle-même attire ici déjà vers le haut nos sens en direction de "ce que l'œil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu, ce qui n'est pas monté au cœur de l'homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment" (Cf. 1 Co 2, 9). Dans toute forme d'engagement au service de la liturgie, un critère déterminant doit être le regard toujours tourné vers Dieu. Nous sommes devant Dieu – Il nous parle, et nous Lui parlons. Lorsque, dans les réflexions sur la liturgie, on se demande seulement comment la rendre attirante, intéressante et belle, la partie est déjà perdue. Ou bien elle est opus Dei avec Dieu comme sujet spécifique ou elle n'est pas. Dans ce contexte, je vous demande : célébrez la sainte liturgie en ayant le regard tourné vers Dieu dans la communion des Saints, de l'Eglise vivante de tous les lieux et de tous les temps afin qu'elle devienne l'expression de la beauté et de la sublimité de ce Dieu ami des hommes!

L'âme de la prière, enfin, est l'Esprit Saint. Chaque fois que nous prions, en vérité, c'est toujours Lui qui "vient au secours de notre faiblesse, en intercédant lui-même en des gémissements ineffables" (cf. Rm 8, 26). En ayant confiance dans cette parole de l'Apôtre Paul je vous assure, chers frères et sœurs, que la prière suscitera en vous cet effet que l'on exprimait jadis en appelant les prêtres et les personnes consacrées simplement des "Geistliche" (c'est-à-dire des personnes spirituelles). Monseigneur Sailer, l'Evêque de Ratisbonne dit un jour que les prêtres devaient être avant tout des personnes spirituelles. Je serais heureux que l'expression "Geistliche" retrouve un usage plus fréquent. Mais il est surtout important que se réalise en nous la réalité que décrit ce terme : que dans la sequela du Seigneur, en vertu de la force de l'Esprit, nous devenions des personnes "spirituelles".
 



Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI

Repost 0
Published by Matthieu BOUCART - dans Benoit XVI
commenter cet article