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30 décembre 2008 2 30 /12 /décembre /2008 22:08

Extrait de l’homélie prononcée par le Pape Benoît XVI lors de sa visite pastorale à Naples, le 21 octobre 2007.

En méditant sur les lectures bibliques de ce dimanche et en réfléchissant à la réalité de Naples, je suis touché par le fait qu'aujourd'hui, la Parole de Dieu a pour thème principal la prière, et même la nécessité "de prier sans cesse" comme le dit l'Evangile (cf. Lc 18, 1). A première vue, cela pourrait paraître un message peu pertinent, peu incisif par rapport à une réalité sociale qui connaît tant de problèmes comme la vôtre. Mais en y réfléchissant, on comprend que cette Parole contient un message certainement à contre-courant, mais qui est toutefois destiné à illuminer en profondeur la conscience de votre Eglise et de votre ville. Je le résumerais ainsi : la force, qui en silence et sans bruit change le monde et le transforme en Royaume de Dieu, c'est la foi – et l'expression de la foi, c'est la prière. Lorsque la foi se remplit d'amour pour Dieu, reconnu comme Père juste et bon, la prière se fait persévérante, insistante, elle devient un gémissement de l'esprit, un cri de l'âme qui pénètre le cœur de Dieu. De cette façon, la prière devient la plus grande force de transformation du monde. Face à des réalités sociales difficiles et complexes, comme l'est certainement la vôtre, il faut renforcer l'espérance, qui se fonde sur la foi et s'exprime en une prière inlassable. C'est la prière qui garde allumée la flamme de la foi.

Jésus demande, comme nous l'avons entendu à la fin de l'Evangile : "Mais le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre?" (Lc 18, 8). C'est une question qui nous fait réfléchir. Quelle sera notre réponse à cette interrogation préoccupante? Aujourd'hui, nous voulons répéter ensemble avec un humble courage : Seigneur, ta venue parmi nous dans cette célébration dominicale nous trouve rassemblés avec la lampe de la foi allumée. Nous croyons et nous nous en remettons à toi! Fais grandir notre foi!

Les lectures bibliques que nous avons écoutées nous présentent certains modèles dont nous inspirer dans notre profession de foi, qui est toujours également une profession d'espérance, car la foi est espérance, elle ouvre la terre à la foi divine, à la force du bien. Ce sont les figures de la veuve que nous rencontrons dans la parabole évangélique et celle de Moïse dont nous parle le livre de l'Exode. La veuve de l'Evangile (cf. Lc 18, 1-8) fait penser aux "petits", aux derniers, mais également à tant de personnes simples et droites, qui souffrent des violences, qui se sentent impuissantes face à la permanence du malaise social et qui sont tentées de se décourager. Jésus répète à celles-ci : observez avec quelle ténacité cette pauvre veuve insiste et obtient à la fin l'attention d'un juge inique! Comment pourriez-vous penser que votre Père céleste, bon et fidèle, et puissant, qui ne désire que le bien de ses enfants, ne vous rende pas justice le moment venu? La foi nous assure que Dieu écoute notre prière et nous exauce au moment opportun, même si l'expérience quotidienne semble démentir cette certitude. En effet, devant certains faits divers ou les nombreuses difficultés quotidiennes de la vie, dont les journaux ne parlent même pas, s'élève spontanément de notre cœur la supplique de l'antique prophète : "Jusques à quand, Yahvé, appellerai-je au secours sans que tu écoutes, crierai-je vers toi : "A la violence!" sans que tu sauves?" (Ha 1, 2). Il n'y a qu'une seule réponse à cette invocation angoissée : Dieu ne peut pas changer les choses sans notre conversion, et notre véritable conversion commence avec le "cri" de l'âme, qui implore le pardon et le salut. La prière chrétienne n'est donc pas l'expression du fatalisme et de l'inertie, elle est même le contraire d'une fuite de la réalité, d'un intimisme consolateur : elle est une force d'espérance, la plus haute expression de la foi dans la puissance de Dieu qui est Amour et qui ne nous abandonne pas. La prière que Jésus nous a enseignée, qui a atteint son sommet au Gethsémani, possède le caractère de la "compétition", c'est-à-dire de la lutte, car elle se range de manière décidée aux côtés du Seigneur pour combattre l'injustice et vaincre le mal par le bien ; elle est l'arme des petits et des pauvres d'esprit, qui refusent tout type de violence. Ils répondent même à celle-ci par la non violence évangélique, en témoignant ainsi que la vérité de l'Amour est plus forte que la haine et que la mort.

Cela ressort également de la première Lecture; il s'agit du célèbre récit de la bataille entre les Israélites et les Amalécites (cf. Ex 17, 8-13a). Ce qui détermina l'issue de ce dur conflit fut précisément la prière adressée avec foi au vrai Dieu. Alors que Josué et ses hommes affrontaient les adversaires sur le champ de bataille, Moïse était sur la cime de la colline avec les mains levées, dans la position de la personne en prière. Ces mains levées du grand condottiere garantirent la victoire d'Israël. Dieu était avec son peuple, il en voulait la victoire, mais son intervention était conditionnée par les mains levées de Moïse. Cela semble incroyable, mais c'est ainsi : Dieu a besoin des mains levées de son serviteur! Les bras levés de Moïse font penser à ceux de Jésus sur la croix : les bras ouverts et cloués avec lesquels le Rédempteur a vaincu la bataille décisive contre l'ennemi infernal. Sa lutte, ses mains levées vers le Père et ouvertes sur le monde demandent d'autres bras, d'autres cœurs qui continuent à s'offrir avec son même amour, jusqu'à la fin du monde.

Je m'adresse particulièrement à vous, chers Pasteurs de l'Eglise qui est à Naples, en faisant miennes les paroles que saint Paul adressa à Timothée et que nous avons écoutées dans la deuxième Lecture : demeurez fermes dans ce que vous avez appris et dont vous êtes convaincus. Annoncez la parole, insistez en chaque occasion, à temps et à contretemps, admonestez, avertissez, exhortez avec une patience inlassable et le souci d'instruire (cf. 2 Tm 3, 14.16; 4, 2). Et comme Moïse sur la montagne, persévérez dans la prière pour et avec les fidèles confiés à vos soins pastoraux, pour qu'ensemble, vous puissiez affronter chaque jour le bon combat de l'Evangile.



Lire le texte intégral de l'homélie du Pape Benoît XVI

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30 décembre 2008 2 30 /12 /décembre /2008 08:49

En cette fin d’année 2008, je vous propose de lire, méditer et propager largement autour de vous l’Appel à la paix du rassemblement de Sant'Egidio à Chypre, où deux cents responsables religieux, de tous pays et de toutes confessions, se sont réunis du 16 au 18 novembre 2008. Pour ce 22e rassemblement interreligieux depuis la grande rencontre d'Assise en 1986 et selon l'esprit suscité par Jean-Paul II, les membres de la communauté ont lancé un appel à la paix dans un monde déchiré par les conflits, accablé par la pauvreté.

Je dédie tout spécialement cet article à Camille et Eloïse, qui souffrent particulièrement de la situation dramatique en Terre Sainte, terre de leurs ancêtres. « On appelle Sion : « Ma mère ! » car en elle, tout homme est né. » (Ps 86. 5).

Hommes et femmes de religions et cultures différentes, nous nous sommes réunis à Chypre, sur cette île belle et blessée, pour prier, dialoguer, faire grandir une civilisation de paix, dont le monde a besoin pour ne pas devenir inhumain. Ces journées ont été des journées de paix, pleines de confiance que la paix est possible.

Nous vivons un passage difficile de l'histoire. La crise économique qui étrangle le monde ébranle beaucoup de nos certitudes. Beaucoup regardent l'avenir avec pessimisme. Les pays les plus riches donnent la priorité à la tutelle de leurs citoyens. Mais cette crise coûtera cher au grand monde des pauvres. Nous pensons avec inquiétude aux millions de pauvres nouveaux et anciens qui sont victimes d'un marché qui croit être tout-puissant.

En effet, ceux qui souffrent dans notre monde à cause de la guerre, de la pauvreté, de la violence sont bien trop nombreux. On ne peut pas être heureux dans un monde tant éprouvé par la souffrance. On ne peut pas vivre sans compassion. Nous sentons la douleur des peuples otages de la guerre, de ceux qui sont obligés de quitter leur maison à cause de la haine ethnique ou des nationalismes, de ceux qui sont victimes d'un enlèvement ou qui ont disparu. Ceux qui souffrent sont bien trop nombreux.

L'heure n'est pas au pessimisme. Mais il est temps d'écouter la souffrance qui accable tant d'hommes et de femmes et de travailler pour fonder un nouvel ordre mondial de paix.
La recherche de la justice, le dialogue, le respect des plus faibles sont les instruments pour construire ce nouvel ordre. Mais pour faire cela il y a besoin de plus d'esprit et d'une plus grande humanité ! Un monde sans esprit devient vite inhumain.

Nos traditions religieuses, différentes les unes des autres, disent d'une voix forte qu'un monde sans esprit ne sera jamais humain : elles crient que la guerre ne pourra pas piétiner l'esprit et l'humanité ; elles demandent la paix. Elles veulent la paix, elles la demandent, elles l'implorent de Dieu dans la prière. Les religions savent que parler de guerre au nom de Dieu est une absurdité et un blasphème. Elles sont convaincues qu'une humanité meilleure ne pourra naître ni de la violence ni du terrorisme. Elles ne croient pas au pessimisme de l'affrontement inévitable entre les religions et les civilisations. Elles espèrent et elles prient pour que les peuples et les hommes construisent entre eux une communauté fondée sur la paix.

Aucun homme, aucun peuple, aucune communauté n'est une île. L'autre, l'amitié, le pardon et l'aide d'autrui sont indispensables. Nous avons un destin global commun : ou nous vivrons ensemble en paix ou nous périrons ensemble. La guerre n'est jamais inévitable et elle endeuille aussi le cœur du vainqueur.

Il n'y a pas de haine, de conflit, de mur, qui puisse résister à la prière, à l'amour patient qui se fait dialogue, au pardon. Le dialogue n'affaiblit pas, au contraire il fortifie. C'est la vraie alternative à la violence. Rien n'est perdu avec le dialogue. Tout peut devenir possible. C'est pour cela que, ici à Chypre, nous prions pour que toute injustice, toute guerre, tout mal soient effacés le plus tôt possible et que les peuples puissent redevenir des frères, à partir de cette île, jusqu'au Moyen-Orient, à l'Afrique, à l'Amérique latine et au monde entier.

Que Dieu octroie alors au monde le grand don de la paix grâce à la prière de tous les croyants !

Ce n'est pas l'utopie d'un paradis sur terre mais le devoir de construire un monde plus humain. Ce monde est possible quand règne l'esprit et quand nous vivons en frères.
Aucune guerre n'est sainte !

Que Dieu donne au monde le grand don de la paix pour la prière de tous les croyants !


Source : La Documentation Catholique

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29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 10:45

Extrait du discours du Pape Benoît XVI au nouvel ambassadeur d’Italie, le 4 octobre 2007.

Monsieur l'Ambassadeur!

J'accepte volontiers les Lettres à travers lesquelles le Président de la République italienne vous accrédite comme Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire près le Saint-Siège. En cette heureuse circonstance, rendue encore plus significative par la fête de saint François d'Assise, patron d'Italie, je suis heureux de vous souhaiter une cordiale bienvenue. Comme vous l'avez observé, des liens étroits de coopération caractérisent les relations entre le Saint-Siège et la Nation italienne. Les expressions sont innombrables ; il suffit d'évoquer à cet égard le témoignage commun d'accueil, de soutien spirituel et d'amitié que les Italiens réservent au Souverain Pontife au cours des rencontres et de ses visites à Rome ou dans d'autres villes de la péninsule italienne. Dans cette proximité s'exprime de façon concrète le lien particulier qui unit depuis longtemps l'Italie au Successeur de l'Apôtre Pierre, dont le siège se trouve précisément dans ce pays, par un mystérieux et providentiel dessein de Dieu.

(…) Pour sa part, l'Eglise catholique ne cessera d'offrir à la société civile, comme par le passé, sa contribution spécifique, en promouvant et en élevant ce qu'il y a de vrai, de bon et de beau en elle, en illuminant tous les secteurs de l'activité humaine à travers les instruments qui sont conformes à l'Evangile et en harmonie avec le bien de tous, selon la diversité des temps et des situations.

De cette façon se réalise, en effet, le principe énoncé par le Concile Vatican II, selon lequel "la communauté politique et l'Eglise sont indépendantes l'une de l'autre et autonomes. Mais toutes deux, quoique à des titres divers, sont au service de la vocation personnelle et sociale des mêmes hommes" (
Gaudium et spes, n. 75). Ce principe, présenté avec autorité également par la Constitution de la République italienne (cf. art. 7), fonde les relations entre le Saint-Siège et l'Etat italien, comme il est rappelé également dans l'Accord qui, en 1984, a apporté des modifications au Concordat du Latran. Dans celui-ci sont ainsi réaffirmées tant l'indépendance et la souveraineté de l'Etat et de l'Eglise, que la collaboration réciproque pour la promotion de l'homme et du bien de la communauté nationale tout entière. En poursuivant ce but, l'Eglise ne se propose pas des objectifs de pouvoir ni ne prétend à des privilèges, ou aspire à des situations d'avantages économique et social. Son unique objectif est de servir l'homme, en puisant, comme norme suprême de conduite, aux paroles et à l'exemple de Jésus Christ qui "a passé en faisant le bien et en guérissant tous" (Ac 10, 38). C'est pourquoi, l'Eglise catholique demande à être considérée en vertu de sa nature spécifique et de pouvoir accomplir librement sa mission particulière pour le bien non seulement des fidèles, mais de tous les Italiens.

C'est précisément pour cela, comme je l'ai affirmé l'an dernier à l'occasion du Congrès ecclésial de Vérone, que l'Eglise n'est pas et n'entend pas être un agent politique. Dans le même temps, elle a un intérêt profond pour le bien de la communauté politique, dont l'âme est la justice et elle lui offre à un double niveau sa contribution spécifique. La foi chrétienne, en effet, purifie la raison et l'aide à mieux être elle-même : à travers sa doctrine sociale, par conséquent, argumentée à partir de ce qui est conforme à la nature de tout être humain, l'Eglise contribue à faire en sorte que ce qui est juste puisse être efficacement reconnu, puis également réalisé. Dans ce but, il existe un besoin indispensable et clair d'énergies morales et spirituelles qui consentent de placer les exigences de la justice avant les intérêts personnels ou ceux d'une catégorie sociale, ou même d'un Etat : ici, à nouveau, il y a pour l'Eglise un espace très large, pour enraciner ces énergies dans les consciences, les alimenter et les renforcer.



Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI

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28 décembre 2008 7 28 /12 /décembre /2008 23:41

Extrait de la lettre du Pape Benoît XVI au Cardinal Ivan Dias, pour le 180e anniversaire de la proclamation de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus Patronne des Missions.

À Monsieur le Cardinal Ivan Dias
Préfet de la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples,

Le Pèlerinage de Lisieux et les services de la Coopération missionnaire de la Conférence des Évêques de France ont souhaité qu’à Lisieux, l’année 2007 soit une Année de la Mission, pour rappeler à toutes les communautés chrétiennes et à tous les fidèles qui viennent en pèlerinage sur les pas de sainte Thérèse de Lisieux qu’à l’exemple des premières communautés chrétiennes, ils doivent avoir sans cesse le souci de la mission, afin que le Christ soit partout connu et aimé. C’est dans cet esprit qu’il y a cinquante ans, le Pape Pie XII donnait à l’Église l’encyclique Fidei donum. Il ne faut pas non plus oublier qu’il y a quatre-vingt ans, le 14 décembre 1927, répondant à des demandes venues du monde entier, le Pape Pie XI proclamait sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face, humble carmélite, Patronne des missions à l’égal de saint François-Xavier.

Le 21 avril 1957, reprenant une des préoccupations du début de son pontificat, le Pape Pie XII invitait les chrétiens à une attention renouvelée pour les missions jusqu’aux extrémités de la terre, manifestant qu’il fallait le concours de toute l’Église pour la diffusion de l’Évangile. Dans cet esprit, connaissant le souci des services missionnaires de l’Église en France, je souhaite à mon tour que des vocations missionnaires de prêtres, de personnes consacrées et de laïcs continuent à se développer, dans la lignée de toutes les personnes qui se sont engagées sur tous les continents au cours du siècle écoulé. Puisse le Seigneur mettre au cœur de nombreux jeunes européens le désir de se dépenser sans compter pour annoncer le salut apporté par le Christ, notamment en Afrique, en Amérique du Sud, en Asie, en Océanie.

Pour sa part, sainte Thérèse de Lisieux, sans jamais être sortie de son Carmel, par sa prière contemplative et par la correspondance entretenue avec des prêtres – l’Abbé Bellière et le Père Roulland –, a vécu, à sa manière, un authentique esprit missionnaire, accompagnant chacun dans son service de l’Évangile et donnant au monde une nouvelle voie spirituelle qui lui obtint le titre de Docteur de l’Église, il y a tout juste dix ans. Depuis Pie XI jusqu’à nos jours, les Papes n’ont pas manqué de rappeler le lien entre prière, charité et action dans la mission de l’Église, pour que, comme le souligne encore le Concile Vatican II, « le monde entier dans tout son être soit transformé en peuple de Dieu, en Corps du Seigneur et temple de l’Esprit » (Lumen gentium, n. 17).

Je souhaite donc que les célébrations qui ont lieu à Lisieux en cette Année de la Mission affermissent chez tous les baptisés leur sens missionnaire, par la prière, le témoignage de vie et l’engagement chrétien sous toutes ses formes, pour que tout fidèle soit missionnaire là où il demeure et que naissent aussi des vocations pour l’annonce de l’Évangile aux hommes qui ne le connaissent pas encore.

 

 

 

Lire le texte intégral de la lettre du Pape Benoît XVI

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26 décembre 2008 5 26 /12 /décembre /2008 12:21

Extraits des Audiences générales du Pape Benoît XVI des 19 et 26 septembre 2007.

 

Chers frères et sœurs!

On célèbre cette année le seizième centenaire de la mort de saint Jean Chrysostome (407-2007). Jean d'Antioche, appelé Chrysostome, c'est-à-dire "Bouche d'or" en raison de son éloquence, peut se dire encore vivant aujourd'hui, également en raison de ses œuvres. Un copiste anonyme écrivit que celles-ci "traversent le monde entier comme des éclairs foudroyants". Ses écrits nous permettent également, ainsi qu'aux fidèles de son temps, qui furent à plusieurs reprises privés de sa présence en raison de ses exils, de vivre avec ses livres, malgré son absence. C'est ce qu'il suggérait lui-même dans l'une de ses lettres (cf. A Olympiade, Lettre 8, 45).

(…) Orphelin de père en bas âge, il vécut avec sa mère, Antusa, qui lui transmit une extrême sensibilité humaine et une profonde foi chrétienne. Après avoir terminé ses études élémentaires et supérieures, couronnées par des cours de philosophie et de rhétorique, il eut pour maître Libanios, un païen, le plus célèbre rhéteur de son temps. A son école, Jean devint le plus grand orateur de l'antiquité grecque tardive (…).

Il se retira ensuite pendant quatre ans parmi les ermites du proche mont Silpio. Il poursuivit cette retraite par deux autres années encore, vécues en totale solitude dans une grotte sous la direction d'un "ancien". Au cours de cette période, il se consacra totalement à méditer "les lois du Christ", les Evangiles et en particulier les Lettres de Paul. Etant tombé malade, il se trouva dans l'impossibilité de se soigner tout seul, et il dut donc revenir dans la communauté chrétienne d'Antioche (cf. Palladius, Vie 5). Le Seigneur – explique le biographe – intervint à un juste moment avec cette infirmité, pour permettre à Jean de suivre sa véritable vocation. En effet, il écrira lui-même que, placé dans l'alternative de choisir entre les vicissitudes du gouvernement de l'Eglise et la tranquillité de la vie monastique, il aurait préféré mille fois le service pastoral (cf. Sur le sacerdoce, 6, 7) : c'est précisément à cela que Chrysostome se sentait appelé. Et ici s'accomplit le tournant décisif de l'histoire de sa vocation : pasteur d'âme à plein temps! L'intimité avec la Parole de Dieu, cultivée au cours des années de son ermitage, avait fait mûrir en lui l'urgence irrésistible de prêcher l'Evangile, de donner aux autres ce qu'il avait reçu au cours des années de méditation. L'idéal missionnaire le lança ainsi, âme de feu, dans le service pastoral (…).

Chrysostome s'inscrit parmi les Pères les plus prolifiques : de lui, nous sont parvenus 17 traités, plus de 700 homélies authentiques, les commentaires à Matthieu et à Paul (Lettres aux Romains, aux Corinthiens, aux Ephésiens et aux Hébreux), et 241 lettres. Ce ne fut pas un théologien spéculatif. Il transmit cependant la doctrine traditionnelle et sûre de l'Eglise, à une époque de controverses théologiques suscitées en particulier par l'arianisme, c'est-à-dire par la négation de la divinité du Christ. Il est donc un témoin digne de foi du développement dogmatique atteint par l'Eglise aux IVe-Ve siècles. Sa théologie est typiquement pastorale, avec la constante préoccupation de la cohérence entre la pensée exprimée par la parole et le vécu existentiel. Tel est, en particulier, le fil conducteur des splendides catéchèses, avec lesquelles il préparait les catéchumènes à recevoir le Baptême. Proche de la mort, il écrivit que la valeur de l'homme se trouve dans la "connaissance exacte de la véritable doctrine et dans la rectitude de vie" (Lettre de l'exil). Les deux choses, connaissance de la vérité et rectitude de vie, vont de pair : la connaissance doit se traduire en vie. Chacune de ses interventions visa à développer chez les fidèles l'exercice de l'intelligence, pour comprendre et traduire en pratique les exigences morales et spirituelles de la foi.

La mémoire liturgique du saint est célébrée le 13 septembre. Le bienheureux Jean XXIII le proclama patron du Concile Vatican II.

On dit de Jean Chrysostome que, lorsqu'il fut assis sur le trône de la nouvelle Rome, c'est-à-dire de Constantinople, Dieu fit voir en lui un deuxième Paul, un docteur de l'Univers. En réalité, chez Chrysostome, il existe une unité substantielle entre la pensée et l'action, à Antioche comme à Constantinople. Seuls le rôle et les situations changent. En méditant sur les huit œuvres accomplies par Dieu dans la séquence des six jours dans le commentaire de la Genèse, Chrysostome veut reconduire les fidèles de la création au Créateur : "C'est un grand bien", dit-il, "de connaître ce qu'est la créature et ce qu'est le Créateur". Il nous montre la beauté de la Création et la transparence de Dieu dans sa Création, qui devient ainsi presque comme une "échelle" pour monter vers Dieu, pour le connaître. Mais à ce premier passage s'en ajoute un deuxième : ce Dieu créateur est également le Dieu de la condescendance (synkatabasis). Nous sommes faibles dans notre démarche de "monter", nos yeux sont faibles. Et ainsi, Dieu devient le Dieu de la condescendance, qui envoie à l'homme déchu et étranger une lettre, l'Ecriture Sainte, si bien que la Création et l'Ecriture se complètent. Dans la lumière de l'Ecriture, de la Lettre que Dieu nous a donnée, nous pouvons déchiffrer la Création. Dieu est appelé "père tendre" (philostorgios) (ibid.), médecin des âmes (Homélie 40, 3 sur la Genèse), mère (ibid.) et ami affectueux (Sur la providence 8, 11-12). Mais, à ce deuxième passage – tout d'abord la Création comme "échelle" vers Dieu, et ensuite la condescendance de Dieu à travers une lettre qu'il nous a donnée, l'Ecriture Sainte – s'ajoute un troisième passage. Dieu ne nous transmet pas seulement une lettre : en définitive, il descend lui-même, il s'incarne, il devient réellement "Dieu avec nous", notre frère jusqu'à la mort sur la Croix. Et à ces trois passages – Dieu est visible dans la Création, Dieu nous donne une lettre, Dieu descend et devient l'un de nous – s'ajoute à la fin un quatrième passage. A l'intérieur de la vie et de l'action du chrétien, le principe vital et dynamique de l'Esprit (Pneuma), qui transforme les réalités du monde. Dieu entre dans notre existence elle-même à travers l'Esprit Saint et il nous transforme de l'intérieur de notre cœur.

C'est dans ce cadre que Jean, précisément à Constantinople, dans le commentaire continu des Actes des Apôtres, propose le modèle de l'Eglise primitive (Ac 4, 32-37), comme modèle pour la société, en développant une "utopie" sociale (presque une "cité idéale"). En effet, il s'agissait de donner une âme et un visage chrétien à la ville. En d'autres termes, Chrysostome a compris qu'il n'est pas suffisant de faire l'aumône, d'aider les pauvres ponctuellement, mais il est nécessaire de créer une nouvelle structure, un nouveau modèle de société ; un modèle fondé sur la perspective du Nouveau Testament. C'est la nouvelle société qui se révèle dans l'Eglise naissante. Jean Chrysostome devient donc réellement ainsi l'un des grands Pères de la Doctrine sociale de l'Eglise : la vieille idée de la "polis" grecque doit être remplacée par une nouvelle idée de cité inspirée par la foi chrétienne. Chrysostome soutenait avec Paul (cf. 1 Co 8, 11) le primat de chaque chrétien, de la personne en tant que telle, également de l'esclave ou du pauvre. Son projet corrige ainsi la vision grecque traditionnelle de la "polis", de la cité, dans laquelle de larges couches de la population étaient exclues des droits de citoyen, alors que dans la cité chrétienne, tous sont frères et sœurs avec des droits égaux. Le primat de la personne est également la conséquence du fait que c'est réellement à partir d'elle que l'on construit la cité, alors que dans la "polis" grecque, la patrie était au-dessus de l'individu, qui était totalement subordonné à la cité dans son ensemble. Ainsi, Chrysostome définit la vision d'une société construite par la conscience chrétienne et il nous dit que notre "polis" est une autre, "notre patrie est dans les cieux" (Ph 3, 20) et, même sur cette terre, cette patrie nous rend tous égaux, frères et sœurs, et nous oblige à la solidarité.

Au terme de sa vie, dans son exil aux frontières de l'Arménie, "le lieu le plus reculé du monde", Jean, se rapportant à sa première prédication de 386, reprit le thème qui lui était cher du dessein que Dieu poursuit à l'égard de l'humanité : c'est un dessein "indicible et incompréhensible", mais certainement guidé par Lui avec amour (cf. Sur la Providence 2, 6). Telle est notre certitude. Même si nous ne pouvons pas déchiffrer les détails de l'histoire personnelle et collective, nous savons que le dessein de Dieu est toujours inspiré par son amour. Ainsi, malgré ses souffrances, Chrysostome réaffirmait la découverte que Dieu aime chacun de nous avec un amour infini, et désire donc le salut de tous.



Lire le texte intégral des Audiences Générales du 19 septembre 2007 et du 26 septembre 2007 

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25 décembre 2008 4 25 /12 /décembre /2008 20:50
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25 décembre 2008 4 25 /12 /décembre /2008 16:26

« Depuis qu'il a pris chair dans le sein de Marie, le Verbe ne se lasse plus d'être enfanté.

« Aujourd'hui, comme il y a 20 siècles, il se cherche une mère. Il se cherche des mères, car aujourd'hui comme hier, Jésus a besoin d'être enfanté au cœur de l'humanité.

« Telle est notre vocation mariale à tous : concevoir en nous, à la suite de Marie, le Verbe incarné afin de le mettre au monde.

« Telle est aussi la mission de l'Eglise : enfanter Jésus au cœur de l'humanité. »


Extrait d'un article de Mgr Léonard (évêque de Namur) publié dans la revue "Le Sacré Cœur de Jésus, source de l'amour" (septembre 2007).

 

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24 décembre 2008 3 24 /12 /décembre /2008 13:40

Chers amis,

Joyeux Noël à tous !
Ci-dessous, un beau diaporama de la part
des prêtres et séminaristes
de la Communauté de l'Emmanuel.


Cliquez ci-dessous
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24 décembre 2008 3 24 /12 /décembre /2008 12:09

Extrait de l’Audience Générale du Pape Benoît XVI du 5 septembre 2007.

Chers frères et sœurs!

Je vous propose quelques aspects de la doctrine de saint Grégoire de Nysse, dont nous avons déjà parlé mercredi dernier. En premier lieu, Grégoire de Nysse manifesta une conception très élevée de la dignité de l'homme. Le but de l'homme, dit le saint Evêque, est celui de devenir semblable à Dieu, et il atteint ce but avant tout à travers l'amour, la connaissance et la pratique des vertus, "rayons lumineux qui descendent de la nature divine" (De Beatitudinibus 6 : PG :44, 1272 C), dans un mouvement perpétuel d'adhésion au bien, comme le coureur qui est tendu en avant. Grégoire utilise, à ce propos, une image efficace, déjà présente dans la Lettre de Paul aux Philippiens : épek-teinómenos (3, 13), c'est-à-dire "lancé vers l'avant", vers ce qui est plus grand, vers la vérité et l'amour. Cette expression appropriée indique une réalité profonde : la perfection que nous voulons trouver n'est pas une chose acquise pour toujours ; la perfection est le fait de rester en chemin, c'est une disposition permanente à aller de l'avant, car l'on n'atteint jamais la pleine ressemblance avec Dieu ; nous sommes toujours en chemin (cf. Homilia in Canticum 12 : PG 44, 1025d). L'histoire de chaque âme est celle d'un amour à chaque fois comblé et, dans le même temps, ouvert sur de nouveaux horizons, car Dieu étend sans cesse les possibilités de l'âme, pour la rendre capable de biens toujours plus grands.

Dieu lui-même, qui a déposé en nous des germes de bien, et dont part toute initiative de sainteté, "modèle le bloc... En limant et en nettoyant notre esprit, il forme en nous le Christ" (In Psalmos 2, 11 : PG 44, 544B). Grégoire se soucie de préciser : "Ce n'est pas, en effet, notre œuvre, et ce n'est pas non plus la victoire d'une force humaine que de devenir semblables à la divinité, mais c'est le résultat de la munificence de Dieu, qui dès sa première origine a fait grâce à notre nature de la ressemblance avec Lui" (De virginitate 12, 2 : SC 119, 408-410). Donc, pour l'âme, "il ne s'agit pas de connaître quelque chose de Dieu, mais d'avoir Dieu en soi" (De beatitudinibus 6 : PG 44, 1269c). Du reste, remarque Grégoire avec acuité, "la divinité est pureté, est affranchissement des passions et disparition de tout mal : si toutes ces choses sont en toi, Dieu est réellement en toi" (De beatitudinibus 6 : PG 44, 1272C).

Lorsque nous avons Dieu en nous, lorsque l'homme aime Dieu, par cette réciprocité qui est propre à l'amour, il désire ce que Dieu lui-même désire
(cf. Homilia in Canticum 9 : PG 44, 956ac), et il coopère donc avec Dieu à modeler en lui l'image divine, si bien que "notre naissance spirituelle est le résultat d'un libre choix, et nous sommes d'une certaine façon les parents de nous-mêmes, en nous créant comme nous voulons être et en nous formant par notre volonté selon le modèle que nous choisissons" (Vita Moysis 2, 3 : SC 1bis, 108).

Pour s'élever vers Dieu, l'homme doit se purifier : "La voie qui reconduit au ciel la nature humaine, n'est autre que l'éloignement des maux de ce monde... Devenir semblable à Dieu signifie devenir juste, saint et bon... Si donc, selon l'Ecclésiaste (5, 1), "Dieu est au ciel" et si, selon le prophète (Ps 72, 28), vous "adhérez à Dieu", il s'ensuit nécessairement que vous êtes là où Dieu se trouve, du moment que vous êtes unis à Lui. Etant donné qu'il vous a ordonné, lorsque vous priez, d'appeler Dieu Père, il vous dit de devenir sans aucun doute semblables à votre Père céleste, avec une vie digne de Dieu, comme le Seigneur nous l'ordonne plus clairement ailleurs, en disant : "Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait" (Mt 5, 48)" (De oratione dominica 2 : PG 44, 1145ac).

Sur ce chemin d'ascèse spirituelle, le Christ est le modèle et le maître, qui nous fait voir la belle image de Dieu
(cf. De perfectione christiana, PG 46, 272a). Chacun de nous, en se tournant vers Lui, se retrouve être "le peintre de sa propre vie", qui possède la volonté pour exécuter le travail et les vertus comme des couleurs dont se servir (ibid. : PG  46,  272b). Si l'homme est considéré digne du Christ, comment doit-il donc se comporter? Grégoire répond ainsi : "[Il doit] toujours examiner au plus profond de lui ses pensées, ses paroles et ses actions, pour voir si celles-ci sont tournées vers le Christ ou si elles s'éloignent de lui" (ibid.:  PG 46, 284c). Et ce point est important en raison de la valeur qu'il attribue à la parole "chrétien". Le chrétien est quelqu'un qui porte le nom du Christ, et il doit donc s'assimiler à Lui également dans sa vie. A travers le Baptême, nous chrétiens, assumons une grande responsabilité.

Mais le Christ – rappelle Grégoire – est présent également dans les pauvres, c'est pourquoi ils ne doivent jamais être offensés : "Ne méprise pas ceux qui gisent étendus, comme si pour cette raison ils ne valaient rien. Considère qui ils sont, et tu découvriras quelle est leur dignité : ils représentent pour nous la Personne du Sauveur. Et il en est ainsi : car le Seigneur, dans sa bonté, leur prêta sa personne elle-même, afin que, à travers celle-ci, s'émeuvent ceux qui sont durs de cœur et ennemis des pauvres" (De pauperibus amandis : PG 46, 460bc). Grégoire, avons-nous dit, parle de montée : montée vers Dieu dans la prière, à travers la pureté du cœur ; mais montée vers Dieu également à travers l'amour pour le prochain. L'amour est l'échelle qui conduit vers Dieu. Par conséquent, Grégoire de Nysse apostrophe avec vivacité chacun de ses auditeurs : "Sois généreux avec ces frères, victimes du malheur. Donne à l'affamé ce que tu ôtes à ton ventre" (ibid. : PG 46, 457c).

Avec une grande clarté, Grégoire rappelle que nous dépendons tous de Dieu, et c'est pourquoi il s'exclame : "Ne pensez pas que tout vous appartienne! Il doit également y avoir une part pour les pauvres, les amis de Dieu. En effet, la vérité est que tout vient de Dieu, Père universel, et que nous sommes frères et appartenons à une même race" (cf. ibid. : PG 46, 465b). Il faut alors que le chrétien s'examine, insiste encore Grégoire : "Mais à quoi te sert-il de jeûner et de faire abstinence de la chair, si ensuite avec ta méchanceté tu ne fais rien d'autre que dévorer ton frère? Quel gain tires-tu, face à Dieu, du fait de ne pas manger ce qui est à toi, si ensuite, agissant injustement, tu arraches des mains du pauvre ce qui lui appartient?" (ibid. : PG 46, 456a).

Nous concluons ces catéchèses sur trois grands Pères de Cappadoce en rappelant encore cet aspect important de la doctrine spirituelle de Grégoire de Nysse, qui est la prière. Pour progresser sur le chemin vers la perfection et accueillir Dieu en soi, porter en soi l'Esprit de Dieu, l'amour de Dieu, l'homme doit se tourner avec confiance vers Lui dans la prière : "A travers la prière nous réussissons à être avec Dieu. Mais celui qui est avec Dieu est loin de l'ennemi. La prière est soutien et défense de la chasteté, frein de la colère, apaisement et domination de l'orgueil. La prière est conservation de la virginité, protection de la fidélité dans le mariage, espérance pour ceux qui veillent, abondance de fruits pour les agriculteurs, sécurité pour les navigateurs" (De oratione dominica 1 : PPG 44, 1124A-B). Le chrétien prie en s'inspirant toujours de la prière du Seigneur : "Si nous voulons donc prier que descende sur nous le Royaume de Dieu, nous lui demandons cela à travers la puissance de la Parole : que je sois éloigné de la corruption, que je sois libéré de la mort, que je sois dégagé des chaînes de l'erreur ; que jamais la mort ne règne sur moi, que la tyrannie du mal n'ait jamais de pouvoir sur moi, que l'adversaire ne domine pas sur moi ni ne me fasse prisonnier à travers le péché, mais que ton Règne vienne sur moi, afin que s'éloignent de moi ou, mieux encore, que disparaissent les passions qui, à présent, me dominent et règnent en maîtres" (ibid., 3:  PG 44, 1156d-1157a).

(…) Cet enseignement de saint Grégoire demeure toujours valide : non seulement parler de Dieu, mais porter Dieu en soi. Nous le faisons avec l'engagement de la prière et en vivant dans l'esprit de l'amour pour tous nos frères.



Lire le texte intégral de l'Audience Générale du Pape Benoît XVI

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23 décembre 2008 2 23 /12 /décembre /2008 19:38

Extrait de l’Audience Générale du Pape Benoît XVI du 29 août 2007.

Chers frères et sœurs!

Dans les dernières catéchèses, j'ai parlé de deux grands docteurs de l'Eglise du IV siècle, Basile et Grégoire de Nazianze, Evêque de Cappadoce, dans l'actuelle Turquie. Aujourd'hui, nous en ajoutons un troisième, le frère de Basile, saint Grégoire de Nysse, qui s'est révélé un homme au caractère réfléchi, avec de grandes capacités de méditation, et d'une vive intelligence, ouverte à la culture de son temps. Il s'est ainsi révélé comme un penseur original et profond dans l'histoire du christianisme (…).

Grégoire explique avec clarté la finalité de ses études, le but suprême auquel il aspire dans son travail de théologien : ne pas employer sa vie en choses vaines, mais trouver la lumière qui permet de discerner ce qui est vraiment utile
(cf. In Ecclesiasten hom. 1 : SC 416, 106-146). Il trouva ce bien suprême dans le christianisme, grâce auquel est possible "l'imitation de la nature divine" (De professione christiana :  PG 46, 244C). Avec sa vive intelligence et ses vastes connaissances philosophiques et théologiques, il défendit la foi chrétienne contre les hérétiques, qui niaient la divinité du Fils et de l'Esprit Saint (comme Eunomios et les Macédoniens), ou mettaient en doute la parfaite humanité du Christ (comme Apollinaire). Il commenta l'Ecriture Sainte, s'arrêtant sur la Création de l'homme. Cela était pour lui un thème central : la Création. Il voyait dans la créature le reflet du Créateur et trouvait là le chemin vers Dieu. Mais il écrivit également un livre important sur la vie de Moïse, qu'il présente comme un homme en marche vers Dieu : cette montée vers le Mont Sinaï devient pour lui une image de notre ascension dans la vie humaine, vers la vraie vie, vers la rencontre avec Dieu. Il a interprété également la prière du Seigneur, le Notre-Père, et les Béatitudes (…).

Il tint divers discours et homélies, et écrivit de nombreuses lettres. En commentant la Création de l'homme, Grégoire souligne que Dieu, "le meilleur des artistes, forge notre nature de manière à la rendre adaptée au service de la royauté. A travers la supériorité établie de l'âme, et au moyen de la conformation même du corps, il dispose les choses de manière à ce que l'homme soit réellement adapté au pouvoir royal" (De hominis opificio 4 :  PG 44, 136B). Mais nous voyons que l'homme, pris dans les mailles des péchés, abuse souvent de la Création et n'exerce pas une véritable royauté. C'est pourquoi, afin d'exercer une véritable responsabilité envers les créatures, il doit être pénétré par Dieu et vivre dans sa lumière. En effet, l'homme est un reflet de cette beauté originelle qui est Dieu : "Tout ce que Dieu créa était excellent", écrit le saint Evêque. Et il ajoute : "Le récit de la création en témoigne (cf. Gn 1, 31). Parmi les choses excellentes se trouvait aussi l'homme, orné d'une beauté largement supérieure à toutes les belles choses. En effet, quelle chose pouvait être aussi belle que celui qui est semblable à la beauté pure et incorruptible?... Reflet et image de la vie éternelle, il était véritablement beau, et même très beau, comme le signe rayonnant de la vie sur son visage" (Homilia in Canticum 12 : PG 44, 1020C).

L'homme a été honoré par Dieu et placé au dessus de toute autre créature : "Le ciel n'a pas été fait à l'image de Dieu, ni la lune, ni le soleil, ni la beauté des étoiles, ni aucune des choses qui apparaissent dans la Création. Seule toi (anima umana) tu as été rendue l'image de la nature qui domine toute intelligence, ressemblance de la beauté incorruptible, empreinte de la vraie divinité, réceptacle de la vie bienheureuse, image de la véritable lumière; et lorsque tu la regardes, tu deviens ce qu'Il est, car à travers le rayon reflété provenant de ta pureté, tu imites Celui qui brille en toi. Aucune des choses qui existe n'est grande au point de pouvoir être comparée à ta grandeur"
(Homilia in Canticum 2 :  PG 44, 805D). Méditons cet éloge de l'homme. Voyons également à quel point l'homme est dégradé par le péché. Et cherchons à revenir à la grandeur originelle : ce n'est que si Dieu est présent que l'homme arrive à sa véritable grandeur.

L'homme reconnaît donc en lui-même le reflet de la lumière divine : en purifiant son cœur, il redevient comme il était au début, une image limpide de Dieu, Beauté exemplaire (cf. Oratio catechetica 6 : SC 453, 174). Ainsi, l'homme, en se purifiant, peut voir Dieu, comme les cœurs purs (cf. Mt 5, 8) : "Si, avec un style de vie diligent et attentif, tu effaces les choses laides qui se sont déposées sur ton cœur, alors resplendira en toi la beauté divine... En te contemplant toi-même, tu verras en toi celui qui est le désir de ton cœur et tu seras bienheureux" (De beatitudinibus, 6 :  PG 44, 1272AB). Il faut donc laver les choses laides qui se sont déposées sur notre cœur et retrouver en nous-même la lumière de Dieu.

L'homme a donc comme objectif la contemplation de Dieu. Ce n'est qu'en celle-ci qu'il peut trouver sa réalisation. Pour anticiper, dans une certaine mesure, cet objectif déjà au cours de cette vie, il doit progresser sans cesse vers une vie spirituelle, une vie de dialogue avec Dieu. En d'autres termes – et telle est la leçon la plus importante que saint Grégoire de Nysse nous transmet –, la pleine réalisation de l'homme consiste dans la sainteté, dans une vie vécue dans la rencontre avec Dieu, qui devient ainsi lumineuse également pour les autres, et pour le monde.




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