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25 janvier 2009 7 25 /01 /janvier /2009 12:07

Extrait de l’Audience Générale du Pape Benoît XVI, le 31 octobre 2007.

Entre la fin du quatrième siècle et le début du cinquième, un autre Père de l'Eglise, après saint Ambroise, contribua de manière décisive à la diffusion et à la consolidation du christianisme dans l'Italie du Nord : il s'agit de saint Maxime, que nous retrouvons Evêque de Turin en 398, un an après la mort d'Ambroise. Les informations sur lui sont peu nombreuses ; en revanche, un recueil d'environ quatre-vingt-dix Sermons est parvenu jusqu'à nous, d'où ressort le lien profond et vital de l'Evêque avec sa ville, qui atteste un point de contact évident entre le ministère épiscopal d'Ambroise et celui de Maxime (…).

On peut s'appuyer par exemple sur les Sermons 17 et 18, consacrés à un thème toujours actuel, qui est celui de la richesse et de la pauvreté dans les communautés chrétiennes. Même dans ce domaine, la ville était parcourue par de graves tensions. Les richesses étaient accumulées et cachées. "Personne ne pense au besoin de l'autre", constate avec amertume l'Evêque dans son dix-septième Sermon. "En effet, de nombreux chrétiens non seulement ne distribuent pas les choses qui leur appartiennent, mais volent également celles des autres. Non seulement, disais-je, en recueillant leur argent, ils ne l'apportent pas aux pieds des apôtres, mais ils éloignent aussi des prêtres leurs frères qui cherchent de l'aide". Et il conclut : "Dans notre ville, il y a beaucoup de visiteurs ou de pèlerins. Faites ce que vous avez promis" en adhérant à la foi, "pour que l'on ne vous dise pas à vous aussi ce qui fut dit à Ananie : "Vous n'avez pas menti aux hommes, mais à Dieu"" (Sermon 17, 2-3).

Dans le Sermon suivant, le dix-huitième, Maxime dénonce des formes récurrentes de spéculations sur les malheurs d'autrui. "Dis-moi, chrétien", ainsi l'Evêque apostrophe-t-il ses fidèles, "dis-moi : pourquoi as-tu pris la proie abandonnée par les pillards? Pourquoi as-tu introduit dans ta maison un "gain", comme tu le penses toi-même, déchiré et contaminé?". "Mais peut-être", poursuit-il, "dis-tu l'avoir acheté, et crois pour cette raison éviter l'accusation d'avarice. Mais ce n'est pas de cette façon que l'on peut faire correspondre l'achat à la vente. C'est une bonne chose d'acheter, mais en temps de paix, ce que l'on vend librement, et non au cours d'un pillage ce qui a été volé... Agis donc en chrétien et en citoyen qui achète pour restituer" (Sermon  18, 3). Sans en avoir l'air, Maxime arrive ainsi à prêcher une relation profonde entre les devoirs du chrétien et ceux du citoyen. A ses yeux, vivre la vie chrétienne signifie également assumer les engagements civils. Inversement, chaque chrétien qui, "bien que pouvant vivre de son travail, capture la proie d'autrui avec la fureur des fauves"; qui "menace son voisin, qui chaque jour tente de ronger les frontières d'autrui, de s'emparer des produits", ne lui apparaît même plus semblable au renard qui égorge les poules, mais au loup qui se jette sur les porcs (Sermon 41, 4).

Par rapport à l'attitude prudente de défense prise par Ambroise pour justifier sa célèbre initiative de racheter les prisonniers de guerre, apparaissent clairement les changements historiques intervenus dans la relation entre l'Evêque et les institutions de la ville. Désormais soutenu par une législation qui invitait les chrétiens à racheter les prisonniers, Maxime, face à l'écroulement des autorités civiles de l'Empire romain, se sentait pleinement autorisé à exercer dans ce sens un véritable pouvoir de contrôle sur la ville. Ce pouvoir serait ensuite devenu toujours plus vaste et efficace, jusqu'à remplacer l'absence des magistrats et des institutions civiles. Dans ce contexte, Maxime œuvre non seulement pour rallumer chez les fidèles l'amour traditionnel envers la patrie de la ville, mais il proclame également le devoir précis de faire face aux charges fiscales, aussi lourdes et désagréables que celles-ci puissent paraître (Sermon 26, 2). En somme, le ton et la substance des Sermons cités semblent supposer une conscience accrue de la responsabilité politique de l'Evêque dans les circonstances historiques spécifiques. Il est la "sentinelle" placée dans la ville. Qui sont ces sentinelles, se demande en effet Maxime dans le Sermon 92, "sinon les bienheureux Evêques, qui, placés pour ainsi dire sur un rocher élevé de sagesse pour la défense des peuples, voient de loin les maux qui surviennent?". Et dans le Sermon 89, l'Evêque de Turin illustre aux fidèles ses tâches, utilisant une comparaison singulière entre la fonction épiscopale et celle des abeilles : "Comme l'abeille", dit-il, les Evêques "observent la chasteté du corps, présentent la nourriture de la vie céleste, utilisent l'aiguillon de la loi. Ils sont purs pour sanctifier, doux pour restaurer, sévères pour punir". C'est ainsi que saint Maxime décrit la tâche de l'Evêque à son époque (…).

En conclusion, je voudrais rappeler ce que dit la Constitution pastorale Gaudium et spes, pour éclairer l'un des aspects les plus importants de l'unité de la vie du chrétien : la cohérence entre foi et comportement, entre Evangile et culture. Le Concile exhorte les fidèles à "remplir avec zèle et fidélité leurs tâches terrestres, en se laissant conduire par l'esprit de l'Evangile. Ils s'éloignent de la vérité ceux qui, sachant que nous n'avons point ici-bas de cité permanente, mais que nous marchons vers la cité future, croient pouvoir, pour cela, négliger leurs tâches humaines, sans s'apercevoir que la foi même, compte tenu de la vocation de chacun, leur en fait un devoir plus pressant" (n. 43). En suivant le magistère de saint Maxime et de nombreux autres Pères, nous faisons nôtre le souhait du Concile, que les fidèles soient toujours plus désireux de "mener toutes leurs activités terrestres, en unissant dans une synthèse vitale tous les efforts humains, familiaux, professionnels, scientifiques, techniques, avec les valeurs religieuses, sous la souveraine ordonnance desquelles tout se trouve coordonné à la gloire de Dieu" (ibid.) et donc au bien de l'humanité.


Lire le texte intégral de l'Audience Générale du Pape Benoît XVI

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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 19:29

Extrait de l’Audience Générale du Pape Benoît XVI du 24 octobre 2007.

Ambroise
n'était pas vieux lorsqu'il mourut. Il n'avait même pas soixante ans, étant né vers 340 à Trèves, où son père était préfet des Gaules. Sa famille était chrétienne. A la mort de son père, sa mère le conduisit à Rome alors qu'il était encore jeune homme, et le prépara à la carrière civile, lui assurant une solide instruction rhétorique et juridique. Vers 370, il fut envoyé gouverner les provinces de l'Emilie et de la Ligurie, son siège étant à Milan. C'est précisément en ce lieu que faisait rage la lutte entre les orthodoxes et les ariens, en particulier après la mort de l'Evêque arien Auxence. Ambroise intervint pour pacifier les âmes des deux factions adverses, et son autorité fut telle que, bien que n'étant qu'un simple catéchumène, il fut acclamé Evêque de Milan par le peuple.

Jusqu'à ce moment, Ambroise était le plus haut magistrat de l'Empire dans l'Italie du Nord.
Culturellement très préparé, mais tout aussi démuni en ce qui concerne l'approche des Ecritures, le nouvel Evêque se mit à étudier avec ferveur. Il apprit à connaître et à commenter la Bible à partir des œuvres d'Origène, le maître incontesté de l'"école alexandrine". De cette manière, Ambroise transféra dans le milieu latin la méditation des Ecritures commencée par Origène, en introduisant en Occident la pratique de la lectio divina. La méthode de la lectio finit par guider toute la prédication et les écrits d'Ambroise, qui naissent précisément de l'écoute orante de la Parole de Dieu. Un célèbre préambule d'une catéchèse ambrosienne montre de façon remarquable comment le saint Evêque appliquait l'Ancien Testament à la vie chrétienne : "Lorsque nous lisions les histoires des Patriarches et les maximes des Proverbes, nous parlions chaque jour de morale – dit l'Evêque de Milan à ses catéchumènes et à ses néophytes – afin que, formés et instruits par ceux-ci, vous vous habituiez à entrer dans la vie des Pères et à suivre le chemin de l'obéissance aux préceptes divins" (Les mystères, 1, 1). En d'autres termes, les néophytes et les catéchumènes, selon l'Evêque, après avoir appris l'art de bien vivre, pouvaient désormais se considérer préparés aux grands mystères du Christ. Ainsi, la prédication d'Ambroise – qui représente le noyau fondamental de son immense œuvre littéraire – part de la lecture des Livres saints ("les Patriarches", c'est-à-dire les Livres historiques, et "les Proverbes", c'est-à-dire les Livres sapientiels), pour vivre conformément à la Révélation divine.

Il est évident que le témoignage personnel du prédicateur et le niveau d'exemplarité de la communauté chrétienne conditionnent l'efficacité de
la prédication. De ce point de vue, un passage des Confessions de saint Augustin est significatif. Il était venu à Milan comme professeur de rhétorique ; il était sceptique, non chrétien. Il cherchait, mais il n'était pas en mesure de trouver réellement la vérité chrétienne. Ce qui transforma le cœur du jeune rhéteur africain, sceptique et désespéré, et le poussa définitivement à la conversion, ne furent pas en premier lieu les belles homélies (bien qu'il les appréciât) d'Ambroise. Ce fut plutôt le témoignage de l'Evêque et de son Eglise milanaise, qui priait et chantait, unie comme un seul corps. Une Eglise capable de résister aux violences de l'empereur et de sa mère, qui aux premiers jours de l'année 386, avaient recommencé à prétendre la réquisition d'un édifice de culte pour les cérémonies des ariens. Dans l'édifice qui devait être réquisitionné – raconte Augustin – "le peuple pieux priait, prêt à mourir avec son Evêque". Ce témoignage des Confessions est précieux, car il signale que quelque chose se transformait dans le cœur d'Augustin, qui poursuit : "Nous aussi, bien que spirituellement encore tièdes, nous participions à l'excitation du peuple tout entier" (Confessions 9, 7).

Augustin apprit à croire et à prêcher à partir de la vie et de l'exemple de l'Evêque Ambroise.
Nous pouvons nous référer à un célèbre sermon de l'Africain, qui mérita d'être cité de nombreux siècles plus tard dans la Constitution conciliaire Dei Verbum : "C'est pourquoi – avertit en effet Dei Verbum au n. 25 – tous les clercs, en premier lieu les prêtres du Christ, et tous ceux qui vaquent normalement, comme diacres ou comme catéchistes, au ministère de la Parole, doivent, par une lecture spirituelle assidue et par une étude approfondie, s'attacher aux Ecritures, de peur que l'un d'eux ne devienne "un vain prédicateur de la Parole de Dieu au-dehors, lui qui ne l'écouterait pas au-dedans de lui"". Il avait appris précisément d'Ambroise cette "écoute au-dedans", cette assiduité dans la lecture des Saintes Ecritures, dans une attitude priante, de façon à accueillir réellement dans son cœur la Parole de Dieu et à l'assimiler.

Chers frères et sœurs, je voudrais vous proposer encore une sorte d'"icône patristique", qui, interprétée à la lumière de ce que nous avons dit, représente efficacement "le cœur" de la doctrine ambrosienne. Dans son sixième livre des Confessions, Augustin raconte sa rencontre avec Ambroise, une rencontre sans aucun doute d'une grande importance dans l'histoire de l'Eglise. Il écrit textuellement que, lorsqu'il se rendait chez l'Evêque de Milan, il le trouvait régulièrement occupé par des catervae de personnes chargées de problèmes, pour les nécessités desquelles il se prodiguait ; il y avait toujours une longue file qui attendait de pouvoir parler avec Ambroise, pour chercher auprès de lui le réconfort et l'espérance. Lorsqu'Ambroise n'était pas avec eux, avec les personnes, (et cela ne se produisait que très rarement), il restaurait son corps avec la nourriture nécessaire, ou nourrissait son esprit avec des lectures. Ici,
Augustin s'émerveille, car Ambroise lisait l'Ecriture en gardant la bouche close, uniquement avec les yeux (cf. Confess. 6, 3). De fait, au cours des premiers siècles chrétiens la lecture était strictement conçue dans le but de la proclamation, et lire à haute voix facilitait également la compréhension de celui qui lisait. Le fait qu'Ambroise puisse parcourir les pages uniquement avec les yeux, révèle à un Augustin admiratif une capacité singulière de lecture et de familiarité avec les Ecritures. Et bien, dans cette "lecture du bout des lèvres", où le cœur s'applique à parvenir à la compréhension de la Parole de Dieu – voici "l'icône" dont nous parlons –, on peut entrevoir la méthode de la catéchèse ambrosienne : c'est l'Ecriture elle-même, intimement assimilée, qui suggère les contenus à annoncer pour conduire à la conversion des cœurs.

Ainsi, selon le magistère d'Ambroise et d'Augustin, la catéchèse est inséparable du témoignage de la vie (…). Celui qui éduque à la foi ne peut pas risquer d'apparaître comme une sorte de clown, qui récite un rôle "par profession". Il doit plutôt être – pour reprendre une image chère à Origène, écrivain particulièrement apprécié par Ambroise – comme le disciple bien-aimé, qui a posé sa tête sur le cœur du Maître, et qui a appris là la façon de penser, de parler, d'agir. Pour finir, le véritable disciple est celui qui annonce l'Evangile de la manière la plus crédible et efficace.


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22 janvier 2009 4 22 /01 /janvier /2009 09:59

Extrait de l’Audience Générale du Pape Benoît XVI du 23 janvier 2008.

Chers frères et sœurs,

Nous célébrons la Semaine de prière pour l'unité des chrétiens, qui se conclura vendredi prochain, 25 janvier, fête de la Conversion de l'Apôtre Paul. Les chrétiens des diverses Eglises et Communautés ecclésiales s'unissent au cours de ces journées dans une invocation commune pour demander au Seigneur Jésus le rétablissement de la pleine unité entre tous ses disciples. C'est une imploration unanime faite avec une seule âme et un seul cœur, répondant à l'aspiration du Rédempteur lui-même qui, lors de la Dernière Cène, s'est adressé au Père en ces termes : "Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui accueilleront leur parole et croiront en moi. Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu'ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m'as envoyé" (Jn 17, 20-21).
En demandant la grâce de l'unité, les chrétiens s'unissent à la prière même du Christ et s'engagent à œuvrer activement pour que l'humanité tout entière l'accueille et le reconnaisse comme seul Pasteur et unique Seigneur, et puisse ainsi faire l'expérience de la joie de son amour.

Cette année, la Semaine de prière pour l'unité des chrétiens prend une valeur et une signification particulières, car elle rappelle les cent ans écoulés depuis ses débuts. Lorsqu'elle fut lancée, ce fut en effet une intuition vraiment féconde. C'était en 1908 : un anglican américain, ensuite entré dans la communion de l'Eglise catholique, fondateur de la "Society of the Atonment" (Communauté des frères et des soeurs de l'Atonement), le Père Paul Wattson, avec un autre épiscopalien, le Père Spencer Jones, lança l'idée prophétique d'une octave de prière pour l'unité des chrétiens. L'idée fut accueillie de manière favorable par l'Archevêque de New York et par le Nonce apostolique. L'appel à prier pour l'unité fut ensuite étendu, en 1916, à toute l'Eglise catholique grâce à l'intervention de mon vénéré Prédécesseur le Pape Benoît XV, à travers le Bref Ad perpetuam rei memoriam. L'initiative, qui entre temps avait suscité un grand intérêt, prit pied partout de manière progressive et, avec le temps, elle définit toujours davantage sa propre structure, marquant également une évolution dans son déroulement grâce à l'apport de l'Abbé Couturier (1936). Ensuite,
lorsque souffla le vent prophétique du Concile Vatican II, on ressentit encore davantage l'urgence de l'unité. Après l'Assemblée conciliaire, le chemin patient de la recherche de la pleine communion entre tous les chrétiens se poursuivit, un chemin œcuménique qui, d'année en année, a trouvé précisément dans la Semaine de prière pour l'unité des chrétiens l'un des moments les plus qualifiés et fructueux.

Cent ans après le premier appel à prier pour l'unité, cette Semaine de prière est désormais devenue une tradition bien établie, conservant l'esprit et les dates choisies au début par le Père Wattson. Il les avait en effet choisies en raison de leur caractère symbolique. Le calendrier de l'époque prévoyait pour le 18 janvier, la fête de la Chaire de saint Pierre, qui est le fondement solide et la garantie certaine de l'unité du Peuple de Dieu tout entier, alors que le 25 janvier, comme aujourd'hui encore, la liturgie célèbre la fête de la conversion de saint Paul.
Alors que nous rendons grâce au Seigneur pour ces cent ans de prière et d'engagement commun entre les nombreux disciples de Jésus, nous rappelons avec reconnaissance le créateur de cette initiative spirituelle providentielle, le Père Wattson et, avec lui, ceux qui l'ont développée et enrichie par leur contribution, la faisant devenir le patrimoine commun de tous les chrétiens.

Je rappelais il y a quelques instants que le Concile Vatican II a consacré une grande attention au thème de l'unité des chrétiens, en particulier avec le Décret sur l'œcuménisme (Unitatis redintegratio), dans lequel, entre autres, sont soulignés avec force le rôle et l'importance de la prière pour l'unité.
La prière, observe le Concile, se trouve au cœur même de tout le chemin œcuménique. "Cette conversion du cœur et cette sainteté de vie, unies aux prières publiques et privées pour l'unité des chrétiens, doivent être regardées comme l'âme de tout l'œcuménisme" (UR, n. 8). Précisément grâce à cet œcuménisme spirituel – sainteté de la vie, conversion du cœur, prières privées et publiques –, la recherche commune de l'unité a enregistré un grand développement au cours de ces décennies, qui s'est diversifié dans de multiples initiatives : de la connaissance réciproque au contact fraternel entre membres des diverses Eglises et Communautés ecclésiales, de conversations toujours plus amicales à des collaborations dans divers domaines, du dialogue théologique à la recherche de formes concrètes de communion. Ce qui a vivifié et continue à vivifier ce chemin vers la pleine communion entre tous les chrétiens est tout d'abord la prière. "Priez sans cesse" (1 Th 5, 17) est le thème de la Semaine de cette année ; c'est en même temps l'invitation qui ne cesse jamais de retentir dans nos communautés, pour que la prière soit la lumière, la force, l'orientation de nos pas, dans une attitude d'écoute humble et docile de notre Seigneur commun.

En deuxième lieu, le Concile place l'accent sur la prière commune, celle qui est élevée à la fois par des catholiques et d'autres chrétiens vers l'unique Père céleste. Le Décret sur l'œcuménisme affirme à ce propos : "De telles supplications communes sont assurément un moyen efficace de demander la grâce de l'unité" (UR, n. 8). Et cela parce que dans la prière commune, les chrétiens se placent ensemble face au Seigneur et, prenant conscience des contradictions engendrées par la division, manifestent la volonté d'obéir à sa volonté en ayant recours avec confiance à son assistance toute puissante. Le Décret ajoute ensuite que ces prières "constituent une expression authentique des liens par lesquels les catholiques demeurent unis avec les frères séparés (seiuncti)" (ibid.). La prière commune n'est donc pas un acte volontariste ou purement sociologique, mais elle est l'expression de la foi qui unit tous les disciples du Christ.


Le Décret conciliaire sur l'œcuménisme fait référence à la prière pour l'unité quand, précisément à la fin, il affirme que le Concile est conscient que "ce projet sacré, la réconciliation de tous les chrétiens dans l'unité d'une seule et unique Eglise du Christ, dépasse les forces et les capacités humaines. C'est pourquoi il met entièrement son espoir dans la prière du Christ pour l'Eglise" (UR, n. 24). C'est la conscience de nos limites humaines qui nous pousse à l'abandon confiant entre les mains du Seigneur. A tout bien considérer, le sens profond de cette Semaine de prière est précisément de s'appuyer solidement sur la prière du Christ, qui dans son Eglise continue à prier pour que "tous soient un... pour que le monde croie..." (Jn 17, 21). Aujourd'hui nous ressentons profondément le réalisme de ces mots. Le monde souffre en raison de l'absence de Dieu, de l'inaccessibilité de Dieu, il a le désir de connaître le visage de Dieu. Mais comment les hommes d'aujourd'hui pourraient-ils et peuvent-il connaître ce visage de Dieu dans le visage de Jésus Christ si nous les chrétiens sommes divisés, si l'un enseigne contre l'autre, si l'un se dresse contre l'autre? Ce n'est que dans l'unité que nous pouvons réellement montrer à ce monde – qui en a besoin – le visage de Dieu, le visage du Christ. Il est également évident que ce n'est pas avec nos propres stratégies, avec le dialogue et avec tout ce que nous faisons – qui est pourtant si nécessaire – que nous pouvons obtenir cette unité. Ce que nous pouvons obtenir, c'est notre disponibilité et capacité à accueillir cette unité quand le Seigneur nous la donne. Voilà le sens de la prière : ouvrir nos cœurs, créer en nous cette disponibilité qui ouvre la route au Christ.
Dans la liturgie de l'Eglise antique, après l'homélie, l'Evêque ou le président de la célébration, le célébrant principal disait : "Conversi ad Dominum". Puis il se levait avec tout le monde et ils se tournaient vers l'Orient. Tous voulaient regarder vers le Christ. Ce n'est que convertis, dans cette conversion vers le Christ, dans ce regard commun vers le Christ, que nous pouvons trouver le don de l'unité.



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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 22:03

Extrait du discours du Pape Benoît XVI aux pharmaciens catholiques, le 29 octobre 2007.

Je suis heureux de vous accueillir, vous les membres de Congrès international des Pharmaciens catholiques, à l’occasion de votre vingt-cinquième Congrès, qui a pour thème : « Les nouvelles frontières de l’acte pharmaceutique ». Le développement actuel de l’arsenal médicamenteux et des possibilités thérapeutiques qui en découlent nécessite que les pharmaciens réfléchissent sur les fonctions de plus en plus larges qu’ils sont appelés à avoir, en particulier en tant qu’intermédiaires entre le médecin et le patient ; ils ont un rôle éducatif auprès des patients pour un usage juste de la prise médicamenteuse et surtout pour faire connaître les implications éthiques de l’utilisation de certains médicaments.

Dans ce domaine, il n’est pas possible d’anesthésier les consciences, par exemple sur les effets de molécules ayant pour but d’éviter la nidation d’un embryon ou d’abréger la vie d’une personne. Le pharmacien doit inviter chacun à un sursaut d’humanité, pour que tout être soit protégé depuis sa conception jusqu’à sa mort naturelle, et que les médicaments remplissent véritablement leur rôle thérapeutique.

D’autre part, nulle personne ne peut être utilisée, de manière inconsidérée, comme un objet, pour réaliser des expérimentations thérapeutiques ; celles-là doivent se dérouler selon des protocoles respectant les normes éthiques fondamentales. Toute démarche de soin ou d’expérimentation doit avoir pour perspective un éventuel mieux-être de la personne, et non seulement la recherche d’avancées scientifiques. La poursuite d’un bien pour l’humanité ne peut se faire au détriment du bien des personnes traitées.

Dans le domaine moral, votre Fédération est invitée à affronter la question de l’objection de conscience, qui est un droit qui doit être reconnu à votre profession, vous permettant de ne pas collaborer, directement ou indirectement, à la fourniture de produits ayant pour but des choix clairement immoraux, comme par exemple l’avortement et l’euthanasie.


Il convient aussi que les différentes structures pharmaceutiques, des laboratoires aux centres hospitaliers et aux officines, ainsi que l’ensemble de nos contemporains, aient le souci de la solidarité dans le domaine thérapeutique, pour permettre un accès aux soins et aux médicaments de première nécessité de toutes les couches de la population et dans tous les pays, notamment pour les personnes les plus pauvres.

En tant que pharmaciens catholiques, puissiez-vous, sous la conduite de l’Esprit saint, puiser dans la vie de foi et dans l’enseignement de l’église les éléments qui vous guideront dans votre démarche professionnelle auprès des malades, qui ont besoin d’un soutien humain et moral pour vivre dans l’espérance et pour trouver des ressorts intérieurs qui les aideront au long des jours.
Il vous revient aussi d’aider les jeunes qui rentrent dans les différentes professions pharmaceutiques à réfléchir sur les implications éthiques toujours plus délicates de leurs activités et de leurs décisions. Pour une telle démarche, il importe que se mobilisent et se rassemble l’ensemble des professionnels catholiques de la santé et les personnes de bonne volonté, pour approfondir leur formation non seulement sur le plan technique, mais aussi en ce qui concerne les questions de bioéthique, ainsi que pour proposer de telles formations à l’ensemble de la profession.

L’être humain, parce qu’il est image de Dieu, doit toujours être au centre des recherches et des choix en matière biomédicale. De même, le principe naturel du devoir d’apporter des soins au malade est fondamental. Les sciences biomédicales sont au service de l’homme ; si tel n’était pas le cas, elles n’auraient qu’un caractère froid et inhumain. Tout savoir scientifique dans le domaine de la santé et toute démarche thérapeutique sont au service de l’homme malade, considéré dans son être intégral, qui doit être un partenaire actif de ses soins et respecté dans son autonomie.


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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 14:01

Le 16 juin 2007, Sa Béatitude Chrysostome II, archevêque de Nuova Giustiniana et de tout Chypre, a rendu visite au Pape Benoît XVI. Partageant « les mêmes préoccupations », Benoît XVI et Chrysostome se sont engagés à renforcer le témoignage de leur Église respective afin que l'Évangile « soit une lumière pour tous les hommes ».

Discours du Pape Benoît XVI

Votre Béatitude et cher Frère,

Je vous accueille aujourd'hui avec joie, en entendant retentir dans mon cœur les paroles de l'apôtre Paul : « Que le Dieu de la constance et de la consolation vous accorde d'avoir les uns pour les autres la même aspiration à l'exemple du Christ Jésus afin que, d'un même cœur et d'une même bouche, vous glorifiez le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ » (Rm 15, 5-6). Votre visite est un don du Dieu de la constance et de la consolation, dont saint Paul parle en s'adressant à ceux qui écoutaient pour la première fois à Rome le Message du Salut. Nous faisons aujourd'hui l'expérience du don de la constance, car,
malgré la présence de divisions séculaires, de chemins divergents et en dépit de la difficulté à guérir des blessures douloureuses, le Seigneur n'a pas cessé de guider nos pas sur la voie de l'unité et de la réconciliation. Et cela est pour nous tous un motif de consolation, car notre rencontre d'aujourd'hui s'inscrit dans un chemin de recherche toujours plus intense de la pleine communion tant souhaitée par le Christ : « Ut omnes unum sint » (cf. Jn 17, 21).

Nous savons bien que l'adhésion à cet ardent désir du Seigneur ne peut et ne doit pas être proclamée seulement en paroles, ni de façon uniquement formelle. C'est pourquoi, Votre Béatitude, en reparcourant les pas de l'Apôtre des Nations,
vous n'êtes pas venu de Chypre à Rome simplement pour un « échange de courtoisie œcuménique », mais pour réaffirmer la ferme décision de persévérer dans la prière afin que le Seigneur nous indique la façon de parvenir à la pleine communion. Votre visite est dans le même temps un motif de joie intense, car, déjà dans notre rencontre, il nous est donné de goûter la beauté de la pleine unité voulue par les chrétiens.

Merci, Votre Béatitude, pour ce geste d'estime et d'amitié fraternelle. Dans votre personne, je salue le Pasteur d'une Église antique et illustre, tesselle resplendissante de cette mosaïque éclatante, l'Orient qui, selon l'expression chère au Serviteur de Dieu Jean-Paul II, de vénérée mémoire, constitue l'un des deux poumons avec lesquels l'Église respire. Votre présence appréciée me rappelle à l'esprit la prédication fervente de saint Paul à Chypre (cf. Ac 13, 4 et sq) et le voyage aventureux qui le conduisit jusqu'à Rome, où il annonça l'Évangile et scella son témoignage lumineux de foi par le martyre.
Le souvenir de l'Apôtre des Nations ne nous invite-t-il pas à tourner avec humilité et espérance notre cœur vers le Christ, qui est notre Maître unique ? Grâce à son aide divine, nous ne devons pas nous lasser de rechercher ensemble les voies de l'unité en surmontant les difficultés qui, au cours de l'histoire, ont provoqué entre les chrétiens des divisions et une méfiance réciproque. Que le Seigneur nous accorde de pouvoir bientôt nous approcher du même autel pour partager tous ensemble l'unique nourriture du Pain et du Vin eucharistiques.

Cher Frère, en vous accueillant dans le Seigneur, je voudrais rendre hommage à l'antique et vénérable Église de Chypre, riche de saints, parmi lesquels j'aime à rappeler particulièrement
Barnabé, ami et collaborateur de l'apôtre Paul, et Épiphane, évêque de Constantia, jadis Salamine, aujourd'hui Famagouste. Épiphane, qui exerça son ministère épiscopal pendant trente-cinq ans à une période agitée pour l'Église en raison d'un retour de l'arianisme et des controverses naissantes des « pneumatòmachi », écrivit des œuvres dans une intention clairement catéchétique et apologétique, comme lui-même l'explique dans l'Ancoratus. Cet intéressant traité contient deux Symboles de foi, le Symbole de Nicée-Constantinople, et le Symbole de la tradition baptismale de Constantia, correspondant à la foi nicéenne, mais dont la formulation et le développement diffèrent, et « plus apte – souligne Épiphane lui-même – à combattre les erreurs naissantes, bien que conforme à cette [foi] déterminée par les Saints-Pères mentionnés » du Concile de Nicée (Ancoratus, 119). Dans celui-ci – explique-t-il –, nous affirmons la foi dans « l'Esprit Saint, Esprit de Dieu, Esprit parfait. Esprit consolateur, Incréé, qui procède du Père et prend du Fils, objet de notre foi » (ibid.). En bon Pasteur, Épiphane indique au troupeau qui lui a été confié par le Christ les vérités auxquelles croire, le chemin à parcourir et les écueils à éviter. Voilà une méthode valable également aujourd'hui pour l'annonce de l'Évangile, en particulier aux nouvelles générations, fortement influencées par des courants de pensée contraires à l'esprit évangélique. L'Église doit affronter en ce début de troisième millénaire des défis et des problématiques assez semblables à ceux que dut affronter le pasteur Épiphane. Comme à l'époque, aujourd'hui aussi, il faut veiller attentivement afin de mettre en garde le Peuple de Dieu contre les faux prophètes, les erreurs et la superficialité de propositions non conformes à l'enseignement du divin Maître, notre unique Sauveur. Dans le même temps, il est urgent de trouver un langage nouveau pour proclamer la foi qui nous unit, un langage commun, un langage spirituel capable de transmettre fidèlement les vérités révélées, nous aidant ainsi à reconstruire, dans la vérité et la charité, la communion entre tous les membres de l'unique Corps du Christ. Cette nécessité que nous ressentons tous nous engage à poursuivre sans nous décourager le dialogue théologique entre l'Église catholique et l'Église orthodoxe dans son ensemble ; celle-ci nous pousse à utiliser des instruments valides et stables, afin que la recherche de la communion ne soit pas discontinue et occasionnelle dans la vie et dans la mission de nos Églises.

Face à l'immense tâche qui nous attend, et qui va au-delà des capacités humaines, il est nécessaire de s'en remettre avant tout à la prière. Cela n'ôte rien au fait qu'il faille mettre en acte, également aujourd'hui, tous les moyens humains utiles susceptibles de servir cet objectif. Dans cette optique, je considère votre visite comme une initiative plus que jamais utile pour nous faire progresser vers la pleine unité voulue par le Christ. Nous savons que cette unité est le don et le fruit de l'Esprit Saint ; mais nous savons aussi qu'elle exige, dans le même temps, un effort constant, animé par une volonté certaine et par une espérance inébranlable dans la puissance du Seigneur.

Discours de Sa Béatitude Chrysostome II

Votre Sainteté, Pape de l'Antique Rome et Évêque de la Chaire historique du Bienheureux apôtre Pierre,

La grâce de l'Esprit Saint et notre devoir d'archevêque-Primat de la Très Sainte Église martyre du saint apôtre Barnabé pour l'unité et la paix entre nos Églises apostoliques, ont conduit aujourd'hui nos pas, avec notre suite vénérable, sur le lieu du martyre des Coryphées des apôtres, Pierre et Paul, au sanctuaire des catacombes des martyrs de notre sainte foi commune pour vous rencontrer, vous qui, parmi les évêques, possédez le primat d'honneur de la chrétienté indivise, pour vous donner le baiser fraternel de la paix, et, après des siècles de chemin non fraternel, construire à nouveau des ponts de réconciliation, de collaboration et d'amour !

C'est la troisième fois que nous nous rencontrons, après les inoubliables obsèques de votre bien-aimé prédécesseur, le Pape Jean-Paul II de bienheureuse mémoire, et l'heureuse cérémonie de votre intronisation sur ce Trône apostolique, auquel aspire tout l'oekoumène chrétien avec de grandes espérances en attendant que celui qui le préside, le sage théologien, l'inlassable pasteur et le dynamique guide ecclésiastique, accomplisse des gestes de dialogue, de réconciliation, de rapprochement et d'amour. Dans ce sens, le développement du dialogue théologique officiel entre l'Église catholique et l'Église orthodoxe, auquel notre Église apostolique de Chypre participe avec responsabilité et cohérence, revêt une grande importance.
Peut-être nos yeux ne pourront-ils pas voir l'unité tant désirée de l'Église, mais, avec la grâce de l'Esprit Saint, nous aurons fait nous aussi notre devoir dans le temps et dans l'espace comme réconciliateurs et comme véritables frères « ut omnes unum sint ».

En outre, nous sommes personnellement convaincus que,
de même que l'éloignement et le schisme entre nos Églises-sœurs fut accompli au cours de l'écoulement de tant de siècles de malentendus accumulés, ainsi, leur réunification et le rétablissement de la confiance réciproque et du véritable amour entre elles nécessiteront du temps, de la patience et des sacrifices, que toutefois, avec le sens de notre grande responsabilité, nous assumons le devoir de porter à terme, « en vérité et charité » sous la direction infaillible de l'Esprit vivifiant de Dieu (…).

Récemment, Son Excellence le Président de la République de Chypre, M. Tassos Papadopoulos, a affirmé de façon très perspicace : « Chypre a toujours appartenu à l'Europe, avant même l'institution de l'Europe. Avec son entrée dans l'Union européenne, Chypre est retournée à nouveau dans sa maison ».

Toutefois,
notre maison commune, l'Europe, le berceau de la civilisation occidentale, le siège glorieux de l'esprit chrétien, la mère des saints et des missionnaires, traverse une période de crise et de désorientation, d'athéisme et de doute, de sécularisation et de décadence. La société et l'homme de notre temps ont soif et sont en quête. Elle possède des valeurs et des principes, des traditions et des habitudes qui furent créées à la lumière de l'Évangile et sous la sage direction des Pères de l'Église et des autres personnalités ecclésiastiques, mais elle ne peut reconnaître la présence du Christ et la force de son message sotériologique. Elle rejette l'importance fondamentale des racines chrétiennes de l'Europe : c'est l'heure de l'Église et de la nouvelle évangélisation, l'heure de la mission ad intra ! Toutefois, sans la collaboration des Églises d'Europe et notre témoignage chrétien commun, il est certain que peu de choses peuvent avoir une issue positive et de nombreux efforts isolés des diverses Églises et confessions chrétiennes sont, malheureusement, voués à l'échec. Notre époque mondialisée, au lieu d'influencer de façon positive le chrétien européen convaincu, semble rejeter le caractère œcuménique historique du message chrétien et marginaliser sa dynamique et son efficacité. La sécularisation, l'eudémonisme, la déification de la technologie et de la science athée, désorientent notre prochain et le conduisent inévitablement à un désespoir existentiel. Son cri angoissant s'élève : « Seigneur, à qui irons-nous ? » (Jn 6, 68).

Quelle est, alors, notre responsabilité en tant que pères spirituels ? Quelle sollicitude spirituelle devons-nous avoir face à notre jeunesse ? Réussirons-nous enfin à protéger l'institution sacrée de la famille ? Le caractère sacré de la personne humaine, désormais sans défense face à la recherche médicale, à l'avortement, à l'euthanasie ? Le caractère unique de la Création de Dieu qui nous entoure et qui risque d'être détruite de façon irréparable à cause de nous ?

Le chemin de l'orthodoxie passe par la spiritualité, l'ascèse, le jeûne, l'étude des textes des Pères de l'Église inspirés par Dieu, le sens du sacré et, surtout, la Divine Eucharistie : telles sont nos armes spirituelles et nous désirons lutter avec l'Église sœur de Rome pour transformer la société européenne anthropocentrique en une société christocentrique, dans le respect pour nos frères d'autres religions, les immigrés, les pauvres, les réfugiés et les faibles de la terre.


Lire le texte intégral des discours du Pape Benoît XVI et de Sa Béatitude Chrysostome II

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18 janvier 2009 7 18 /01 /janvier /2009 18:20


Deuxième Partie
: LA RAISON


INTRODUCTION

 

 


Chers amis,

Nous commençons aujourd’hui la deuxième grande partie de notre réflexion sur l’existence de Dieu.

Dans la première partie, nous avons posé ouvertement la question – sans doute la plus cruciale, la plus importante pour un être humain et la vie des hommes en général, en même temps que certainement l’une des plus taboues et des moins débattues dans notre société d’aujourd’hui : Dieu existe-t-il ?

Nous avons tenté de démontrer que, s’il est vrai qu’il n’existe pas – et qu’il n’existera jamais ! – de preuves « scientifico-expérimentales » de l’existence de Dieu (pas plus d’ailleurs qu’il n’existe et n’existera de preuves « scientifico-expérimentales » de l’inexistence de Dieu), nous avons dans l’œuvre grandiose de la Création un signe évident de l’existence d’une Intelligence souveraine et toute-puissante à l’œuvre dans l’univers ; une manifestation sensible de la gloire et de la majesté de Dieu.

La splendeur de notre univers – de l’infiniment grand à l’infiniment petit, en passant par le monde terrestre des minéraux, des végétaux, des animaux et des hommes –, nous livre un témoignage éloquent de l’existence d’un Artiste génial et supérieur ; d’une Présence d’Amour à l’origine de toute chose dans ce monde.

Alors croyez bien, chers amis, que je n’oublie pas le problème du mal et de la souffrance.

Il est certain que l’existence du Mal dans le monde constitue une objection sérieuse contre l’existence de Dieu, contre sa bonté infinie ou sa Toute-Puissance. Et nous aurons l’occasion de revenir ultérieurement sur ce délicat sujet qui est, en fait, au cœur même de la Bible et du Message chrétien.

Mais le désordre est la contrepartie de l’ordre. La maladie, par exemple, est la rupture du merveilleux équilibre du vivant. Il faut donc bien expliquer l’ordre avant le désordre ; pourquoi il y a équilibre avant de réfléchir sur le déséquilibre.

Il faut expliquer pourquoi il y a du bien dans notre existence – sans quoi le Mal ne nous révolterait même pas. L’existence du Mal ne nous blesse profondément que dans la mesure où nous faisons tous l’expérience du bien – ou d’un bien, dont le mal nous prive – et parce que nous sentons bien, au fond de notre cœur, que nous sommes appelés à vivre autre chose que le mal et la souffrance.

Pour le théologien Claude Tresmontant, le mal n’est un scandale que « par rapport à la théologie juive et chrétienne » : « il ne se pose pas du tout dans la perspective athée. En effet, dans cette perspective, s’il est vrai que la matière est le premier être, l’Être absolu qui ne dépend d’aucun autre, si elle a produit seule et « par hasard » les êtres organisés, comme le pensaient les philosophes atomistes, il faut s’estimer heureux qu’il n’y ait pas plus de monstres et de ratés dans la nature. S’il se trouve quelque échec, quelque animal mal constitué, quelque enfant mal formé, si tout ne va pas pour le mieux, nous ne pouvons pas nous en prendre à la matière aveugle. Nous ne pouvons nous en prendre à personne. Le miracle, c’est que les êtres soient, en général et le plus souvent, réussis et même beaux, qu’il y ait si peu de monstres, que nous soyons tous constitués d’une manière qui, en gros, est viable. C’est un miracle, quotidiennement renouvelé et stupéfiant.

« Nous l’avons vu : dans la perspective athée, ce qui fait problème, ce n’est pas le problème du mal qui est dans le monde, mais c’est d’abord l’existence du monde, qui est impensable, et puis l’existence des êtres organisés, le fait même de l’organisation ; en somme la réussite éclatante que constitue l’existence de la vie, des êtres vivants, de l’évolution biologique. Ce qui fait difficulté, dans la perspective athée, ce n’est pas l’existence du mal dans le monde, mais l’existence du bien, du bon, de l’être, de la vie… »

L’existence du Mal ne doit donc pas nous aveugler, et nous voiler la beauté première et primordiale de l’univers, l’organisation admirable du Cosmos, ou encore l’existence d’hommes et de femmes sur cette terre (pas toujours médiatiques il est vrai) qui luttent de toutes leurs forces contre le Mal, certains parfois au prix de leur vie…

Bref, le bien, ça existe aussi ! Et ça existe d’abord !

Aussi, avant d’examiner la question de savoir pourquoi il y a du Mal dans notre monde, il faut s’interroger sur la question de savoir pourquoi il y a du bien. Car, comme disait Saint Augustin : si Dieu n’existe pas, d’où vient le bien ?

Saint Thomas d’Aquin allait jusqu’à considérer l’existence du mal comme une preuve tangible de l’existence de Dieu ! Car pour qu’il y ait du mal, il faut qu’il y ait des êtres souffrant de ce mal. Si ces êtres n’existent pas, le mal non plus ne peut pas exister. D’où vient donc qu’il y ait des êtres capables de souffrir ? Pour le docteur angélique, le mal nous interpelle vivement sur l’existence de ces êtres souffrants qui, avant d’être souffrants, sont des êtres tout simplement dont l’existence, en tant que telle, interroge notre raison (cf. Summa contra Gentiles, III, 71). Il n’y aurait pas de souffrance s’il n’y avait pas d’êtres souffrants ; il n’y aurait pas d’êtres souffrants s’il n’y avait pas d’êtres du tout ; il n’y aurait pas d’êtres du tout si Dieu n’existait pas. Le mal nous révèle donc – à la manière d’un « négatif » photographique – l’existence de Dieu.

La question « du bien, du bon, de l’être, de la vie » se posant avant même celle du mal, nous allons poursuivre notre réflexion sur l’existence de Dieu en approfondissant la question de la rationalité de notre foi (nous aborderons dans la troisième partie la question de la Révélation).

Il est habituel d’opposer Dieu et la Raison. C’est ainsi que nombre d’athées rejettent Dieu au nom d’une Raison qui ne pourrait, selon eux, reconnaître pour vraie que ce que l’on pourrait voir, toucher et mesurer. Il leur paraît déraisonnable, absurde, voire nuisible d’adhérer à une « réalité » qui ne puisse se démontrer de manière « scientifique » – surtout lorsqu’elle implique autant de contraintes dans la vie des hommes que celle de Dieu.

Mais certains croyants eux-mêmes pensent que l’existence de Dieu n’a pas à être justifiée par la Raison ! Ils estiment que les vérités de la foi ne s’appuient sur aucun préambule rationnel ; que la Foi possède en elle-même sa propre raison et sa propre justification. Ils la considèrent comme une pure affaire d’expérience ou de sentiment, une question de conviction personnelle et subjective. Selon cette perspective, l’homme croit parce qu’il veut bien croire – un point, c’est tout ! Il n’y a pas à argumenter ni à débattre vainement ; on croit ou on ne croit pas. La question de l’existence de Dieu ressortirait de l’opinion de chacun, non d’une vérité objective démontrable rationnellement.

Ce sont ces deux types de considération dont nous allons tenter de démontrer la fausseté. Nous allons voir en effet que non seulement il est raisonnable de croire, mais qu’il est plus raisonnable de croire que de ne pas croire ; et bien plus : qu’il est absurde de ne pas croire.

(à suivre…)



Bibliographie de cette Introduction :

- Jacques LACOURT, « Croire en Dieu : est-ce possible aujourd’hui ? », Droguet & Ardant, 1991
- Mgr André-Mutien LEONARD, « Les raisons de croire », Editions Communio Fayard, 1987
- Claude TRESMONTANT, « Comment se pose aujourd'hui le problème de l'existence de Dieu », Editions du Seuil, 1966 

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17 janvier 2009 6 17 /01 /janvier /2009 00:00

Invité de Radio Notre Dame, le Père Antoine Guggenheim répond à toutes les questions que nous nous posons sur les dogmes de l'Eglise Catholique.

Pourquoi des dogmes? Et pourquoi les catholiques sont-ils contraints d'y adhérer? A-t-on vraiment besoin de dogmes dans notre foi? Les dogmes font-ils obstacles à notre liberté de penser?

Le Père Guggenheim, théologien, est - entre autres - l'auteur d'un important ouvrage consacré à l'étude des preuves de l'existence de Dieu.
 

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16 janvier 2009 5 16 /01 /janvier /2009 12:39

Extrait de l’Audience Générale du Pape Benoît XVI du 10 octobre 2007.

Aujourd'hui, je voudrais parler d'un grand Père de l'Eglise d'Occident,
saint Hilaire de Poitiers, l'une des grandes figures d'Evêques qui ont marqué le IV siècle. Au cours de la confrontation avec les ariens, qui considéraient le Fils de Dieu Jésus comme une créature, certes éminente, mais toutefois uniquement comme une créature, Hilaire a consacré toute sa vie à la défense de la foi dans la divinité de Jésus Christ, Fils de Dieu et Dieu comme le Père, qui l'a engendré de toute éternité.

Nous ne disposons pas d'informations certaines sur la plus grande partie de la vie d'Hilaire (…). Baptisé vers 345, il fut élu Evêque de sa ville natale autour de 353-354. Au cours des années suivantes, Hilaire écrivit sa première œuvre, le Commentaire à l'Evangile de Matthieu. Il s'agit du plus ancien commentaire en langue latine qui nous soit parvenu de cet Evangile. En 356, Hilaire assiste comme Evêque au Synode de Béziers, dans le sud de la France, le "synode des faux Apôtres", comme il l'appelle lui-même, car la réunion fut dominée par des Evêques philo-ariens, qui niaient la divinité de Jésus Christ. Ces "faux apôtres" demandèrent à l'empereur Constance la condamnation à l'exil de l'Evêque de Poitiers. Hilaire fut ainsi obligé de quitter la Gaule au cours de l'été 356.

Exilé en Phrygie, dans l'actuelle Turquie, Hilaire se trouva au contact d'un milieu religieux totalement dominé par l'arianisme. Là aussi,
sa sollicitude de pasteur le poussa à travailler sans relâche pour le rétablissement de l'unité de l'Eglise, sur la base de la juste foi, formulée par le Concile de Nicée. C'est dans ce but qu'il commença la rédaction de son œuvre dogmatique la plus importante et la plus connue : le De Trinitate (Sur la Trinité). Dans celle-ci, Hilaire expose son chemin personnel vers la connaissance de Dieu, et se préoccupe de montrer que l'Ecriture atteste clairement la divinité du Fils et son égalité avec le Père, non seulement dans le Nouveau Testament, mais également dans un grand nombre de pages de l'Ancien Testament, dans lequel apparaît déjà le mystère du Christ. Face aux ariens, il insiste sur la vérité des noms de Père et de Fils et développe toute sa théologie trinitaire à partir de la formule du Baptême qui nous a été donnée par le Seigneur lui-même : "Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit".

Le Père et le Fils sont de la même nature.
Et si certains passages du Nouveau Testament pourraient faire penser que le Fils est inférieur au Père, Hilaire offre des règles précises pour éviter des interprétations erronées : certains textes de l'Ecriture parlent de Jésus comme de Dieu, d'autres mettent, en revanche, en évidence son humanité. Certains se réfèrent à Lui dans sa préexistence auprès du Père ; d'autres prennent en considération l'état d'abaissement (kenosi), sa descente jusqu'à la mort ; d'autres, enfin, le contemplent dans la gloire de la résurrection.

Au cours des années de son exil, il écrivit également le Livre des Synodes, dans lequel il reproduit et commente pour ses confrères Evêques de Gaule les confessions de foi et d'autres documents des synodes réunis en Orient autour de la moitié du IVe siècle.
Toujours ferme dans son opposition aux ariens radicaux, saint Hilaire montre un esprit conciliant à l'égard de ceux qui acceptaient de confesser que le Fils était ressemblant au Père dans son essence, naturellement en cherchant à les conduire vers la plénitude de la foi de Nicée, selon laquelle il n'y a pas seulement une ressemblance, mais une véritable égalité du Père et du Fils dans la divinité. Cela aussi me semble caractéristique : l'esprit de conciliation qui cherche à comprendre ceux qui n'y sont pas encore arrivés et qui les aide, avec une grande intelligence théologique, à parvenir à la plénitude de la foi, dans la divinité véritable du Seigneur Jésus Christ. (…) Tel était précisément son don : conjuguer la fermeté dans la foi et la douceur dans les relations interpersonnelles.

Au cours des dernières années de sa vie, il rédigea encore les Traités sur les Psaumes, un commentaire de cinquante-huit Psaumes, interprétés selon le principe souligné dans l'introduction de l'œuvre :"Il ne fait aucun doute que toutes les choses qui se disent dans les Psaumes doivent être comprises selon l'annonce évangélique, de façon à ce que, quelle que soit la voix avec laquelle l'esprit prophétique a parlé, tout soit cependant rattaché à la connaissance de la venue de Notre Seigneur Jésus Christ, incarnation, passion et royaume, et à la gloire et puissance de notre résurrection" (Instructio Psalmorum 5). Il voit dans tous les psaumes cette compréhension du mystère du Christ et de son Corps, qui est l'Eglise. En diverses occasions, Hilaire rencontra saint Martin : précisément près de Poitiers, le futur Evêque de Tours fonda un monastère, qui existe encore aujourd'hui. Hilaire mourut en 367. Sa mémoire liturgique est célébrée le 13 janvier. En 1851, le bienheureux Pie IX le proclama Docteur de l'Eglise.

Pour résumer l'essentiel de sa doctrine, je voudrais dire qu'Hilaire trouve le point de départ de sa réflexion théologique dans la foi baptismale. Dans le De Trinitate, Hilaire écrit : Jésus "a commandé de baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit (cf. Mt 28, 19), c'est-à-dire dans la confession de l'Auteur, du Fils unique et du Don. Il n'y a qu'un seul Auteur de toutes les choses, car Dieu le Père est un seul, dont tout procède. Et Notre Seigneur Jésus Christ est un seul, à travers lequel tout fut fait (1 Co 8, 6), et l'Esprit est un seul (Ep 4, 4), don en tous... En rien on ne pourra trouver qu'il manque quelque chose à une plénitude aussi grande, dans laquelle convergent dans le Père, dans le Fils et dans le Saint-Esprit l'immensité de l'Eternel, la révélation dans l'Image, la joie dans le Don" (De Trinitate 2, 1).
Dieu le Père, étant entièrement amour, est capable de communiquer en plénitude sa divinité au Fils. Je trouve particulièrement belle la formule suivante de saint Hilaire : "Dieu ne sait rien être d'autre qu'amour, il ne sait rien être d'autre que le Père. Et celui qui l'aime n'est pas envieux, et celui qui est le Père l'est dans sa totalité. Ce nom n'admet pas de compromis, comme si Dieu pouvait être le Père sur certains aspects, mais ne l'était pas sur d'autres" (ibid. 9, 61).

C'est pourquoi,
le Fils est pleinement Dieu sans aucun manque ni diminution : "Celui qui vient de la perfection est parfait, car celui qui a tout, lui a tout donné" (ibid. 2, 8). Ce n'est que dans le Christ, Fils de Dieu et Fils de l'homme, que l'humanité trouve son salut. En assumant la nature humaine, Il a uni chaque homme à lui, "il s'est fait notre chair à tous" (Tractatus in Psalmos 54, 9) ; "il a assumé en lui la nature de toute chair, et au moyen de celle-ci il est devenu la vraie vie, il possède en lui les racines de chaque sarment" (ibid. 51, 16). C'est précisément pour cette raison que le chemin vers le Christ est ouvert à tous, – car il a attiré chacun dans sa nature d'homme – même si la conversion personnelle est toujours demandée : "A travers la relation avec sa chair, l'accès au Christ est ouvert à tous, à condition qu'ils se dépouillent du vieil homme (cf. Ep 4, 22) et qu'ils le clouent sur sa croix (cf. Col 2, 14) ; à condition qu'ils abandonnent les oeuvres de jadis et qu'ils se convertissent, pour être ensevelis avec lui dans son baptême, en vue de la vie (cf. Col 1, 12 ; Rm 6, 4)" (ibid. 91, 9).

La fidélité à Dieu est un don de sa grâce. C'est pourquoi saint Hilaire demande, à la fin de son Traité sur la Trinité, de pouvoir rester toujours fidèle à la foi du baptême.
C'est une caractéristique de ce livre : la réflexion se transforme en prière et la prière redevient réflexion. Tout le livre est un dialogue avec Dieu.


Lire le texte intégral de l'Audience Générale du Pape Benoît XVI

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15 janvier 2009 4 15 /01 /janvier /2009 14:40

Extrait du discours prononcé par le Pape Benoît XVI aux membres de la Commission Théologique Internationale, le 5 octobre 2007.

A l'occasion de l'
audience du 1 décembre 2005, j'ai présenté quelques orientations fondamentales du travail que le théologien doit accomplir en communion avec la voix vivante de l'Eglise sous la direction du Magistère. Je voudrais à présent m'arrêter de manière particulière sur le thème de la loi morale naturelle. Comme vous le savez probablement, à l'initiative de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi se sont déroulés, ou sont en train d'être organisés par divers centres universitaires et associations, des symposiums ou des journées d'études dans le but de déterminer des lignes de convergence utiles pour un approfondissement constructif et efficace de la doctrine sur la loi morale naturelle. Cette invitation a jusqu'à présent trouvé un accueil positif et un écho important. C'est donc avec un grand intérêt que l'on attend la contribution de la Commission théologique internationale, qui vise surtout à justifier et à illustrer les fondements d'une éthique universelle, appartenant au grand patrimoine de la sagesse humaine, qui constitue d'une certaine manière une participation de la créature rationnelle à la loi éternelle de Dieu. Il ne s'agit donc pas d'un thème de type exclusivement ou principalement confessionnel, même si la doctrine sur la loi morale naturelle est illuminée et développée en plénitude à la lumière de la Révélation chrétienne et de l'accomplissement de l'homme dans le mystère du Christ.

Le Catéchisme de l'Eglise catholique résume bien le contenu central de la doctrine sur la loi naturelle, en soulignant que celle-ci
"énonce les préceptes premiers et essentiels qui régissent la vie morale. Elle a pour pivot l'aspiration et la soumission à Dieu, source et juge de tout bien, ainsi que le sens d'autrui comme égal à soi-même. Elle est exposée en ses principaux préceptes dans le Décalogue. Cette loi est dite naturelle non pas en référence à la nature même des êtres irrationnels, mais parce que la raison qui l'édicte appartient en propre à la nature humaine" (n. 1995). Avec cette doctrine, l'on parvient à deux finalités essentielles : d'une part, on comprend que le contenu éthique de la foi chrétienne ne constitue pas une imposition dictée de l'extérieur à la conscience de l'homme, mais qu'il s'agit d'une norme qui a son fondement dans la nature humaine elle-même ; d'autre part, en partant de la loi naturelle accessible en soi à toute créature rationnelle, on établit avec celle-ci la base pour entrer en dialogue avec tous les hommes de bonne volonté et, de manière plus générale, avec la société civile et séculière.

Mais c'est précisément en raison de l'influence de facteurs d'ordre culturel et idéologique, que la société civile et séculière d'aujourd'hui se trouve dans une situation d'égarement et de confusion : on a perdu l'évidence originelle des fondements de l'être humain et de son action éthique,  et la doctrine de la loi morale naturelle s'oppose aux autres conceptions qui en sont la négation directe. Tout cela a des conséquences immenses et graves dans l'ordre civil et social. Chez de nombreux penseurs, semble aujourd'hui dominer une conception positiviste du droit. Selon eux, l'humanité ou la société, ou de fait la majorité des citoyens, devient la source ultime de la loi civile. Le problème qui se pose n'est donc pas la recherche du bien, mais celle du pouvoir, ou plutôt de l'équilibre des pouvoirs. A la racine de cette tendance se trouve le relativisme éthique, dans lequel certains voient même l'une des conditions principales de la démocratie, car le relativisme garantirait la tolérance et le respect réciproque des personnes. Mais s'il en était ainsi, la majorité d'un moment deviendrait la source ultime du droit. L'histoire démontre avec une grande clarté que les majorités peuvent se tromper. La véritable rationalité n'est pas garantie par le consensus d'un grand nombre, mais seulement par la compréhension qu'a la raison humaine de la Raison créatrice et par l'écoute commune de cette Source de notre rationalité.

Lorsque les exigences fondamentales de la dignité de la personne humaine, de sa vie, de l'institution familiale, de la justice, de l'organisation sociale, c'est-à-dire les droits fondamentaux de l'homme, sont en jeu, aucune loi faite par les hommes ne peut renverser la règle écrite par le Créateur dans le cœur de l'homme, sans que la société elle-même ne soit dramatiquement frappée dans ce qui constitue sa base incontournable. La loi naturelle devient ainsi la véritable garantie offerte à chacun pour vivre libre et respecté dans sa dignité et à l'abri de toute manipulation idéologique et de toute décision arbitraire ou d'abus du plus fort. Personne ne peut se soustraite à cet appel. Si, en raison d'un obscurcissement tragique de la conscience collective, le scepticisme et le relativisme éthique parvenaient à effacer les principes fondamentaux de la loi morale naturelle, l'ordre démocratique lui-même serait radicalement blessé dans ses fondements.

Contre cet obscurcissement, qui est à la base de la crise de la civilisation humaine, avant même que chrétienne, il faut mobiliser toutes les consciences des hommes de bonne volonté, laïcs ou appartenant à des religions différentes du christianisme, pour qu'ensemble et de manière concrète, ils s'engagent à créer, dans la culture et dans la société civile et politique, les conditions nécessaires pour une pleine conscience de la valeur inaliénable de la loi morale naturelle. C'est en effet du respect de celle-ci que dépend le développement des individus et de la société sur la voie de l'authentique progrès, conformément à la juste raison, qui est une participation à la Raison éternelle de Dieu.


Lire le texte intégral du discours du Pape Benoît XVI

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13 janvier 2009 2 13 /01 /janvier /2009 14:05

Extrait de l’Audience Générale du Pape Benoît XVI du 3 octobre 2007.

Poursuivant notre itinéraire sur les traces des Pères de l'Eglise, nous rencontrons une grande figure : saint Cyrille d'Alexandrie. Lié à la controverse christologique qui conduisit au Concile d'Ephèse de 431 et dernier représentant important de la tradition alexandrine, dans l'Orient grec, Cyrille fut plus tard défini le "gardien de l'exactitude" – qu'il faut comprendre comme gardien de la vraie foi – et même "sceau des Pères" (…).

En 428, Nestor, un moine sévère et faisant autorité, de formation antiochienne, fut élu évêque de Constantinople. Le nouvel évêque de Constantinople suscita très vite des oppositions, car dans sa prédication, il préférait pour Marie le titre de "Mère du Christ" (Christotòkos), à celui – déjà très cher à la dévotion populaire – de "Mère de Dieu" (Theotòkos). Le motif de ce choix de l'Evêque Nestor était son adhésion à la christologie de type antiochien qui, pour préserver l'importance de l'humanité du Christ, finissait par en affirmer la division de la divinité. Et ainsi, l'union entre Dieu et l'homme dans le Christ n'était plus véritable, et, naturellement, on ne pouvait plus parler de "Mère de Dieu".

La réaction de Cyrille – alors le plus grand représentant de la christologie alexandrine, qui entendait en revanche profondément souligner l'unité de la personne du Christ – fut presque immédiate, et se manifesta par tous les moyens déjà à partir de 429, s'adressant également dans quelques lettres à Nestor lui-même. Dans la deuxième (PG 77, 44-49) que Cyrille lui adressa, en février 430, nous lisons une claire affirmation du devoir des Pasteurs de préserver la foi du Peuple de Dieu. Tel était son critère, par ailleurs encore valable aujourd'hui : la foi du Peuple de Dieu est l'expression de la Tradition, elle est la garantie de la saine doctrine. Il écrit ainsi à Nestor : "Il faut exposer au peuple l'enseignement et l'interprétation de la foi de la manière la plus irrépréhensible, et rappeler que celui qui scandalise ne serait-ce qu'un seul des petits qui croient dans le Christ subira un châtiment intolérable".

Dans cette même lettre à Nestor – une lettre qui plus tard, en 451, devait être approuvée par le Concile de Chalcédoine, le quatrième Concile oecuménique – Cyrille décrit avec clarté sa foi christologique : "Nous affirmons ainsi que les natures qui se sont unies dans une véritable unité sont différentes, mais de toutes les deux n'a résulté qu'un seul Christ et Fils ; non parce qu'en raison de l'unité ait été éliminée la différence des natures, mais plutôt parce que divinité et humanité, réunies en une union indicible et inénarrable, ont produit pour nous le seul Seigneur et Christ et Fils". Et cela est important : réellement, la véritable humanité et la véritable divinité s'unissent en une seule Personne, Notre Seigneur Jésus Christ. C'est pourquoi, poursuit l'Evêque d'Alexandrie, "nous professerons un seul Christ et Seigneur, non dans le sens où nous adorons l'homme avec le Logos, pour ne pas insinuer l'idée de la séparation lorsque nous disons "avec", mais dans le sens où nous adorons un seul et le même, car son corps n'est pas étranger au Logos, avec lequel il s'assied également aux côtés de son Père, non comme si deux fils s'asseyaient à côté de lui, mais bien un seul uni avec sa propre chair".

Très vite, l'Evêque d'Alexandrie, grâce à de sages alliances, obtint que Nestor soit condamné à plusieurs reprises : par le siège romain, puis par une série de douze anathèmes qu'il composa lui-même et, enfin, par le Concile qui se tint à Ephèse en 431, le troisième concile œcuménique. L'assemblée, qui connut des épisodes tumultueux et une alternance de moments favorables et de moments difficiles, se conclut par le premier grand triomphe de la dévotion à Marie et avec l'exil de l'Evêque de Constantinople, qui ne voulait pas reconnaître à la Vierge le titre de "Mère de Dieu", à cause d'une christologie erronée qui suscitait des divisions dans le Christ lui-même. Après avoir ainsi prévalu sur son rival et sur sa doctrine, Cyrille sut cependant parvenir, dès 433, à une formule théologique de compromis et de réconciliation avec les Antiochiens. Et cela aussi est significatif : d'une part, il y a la clarté de la doctrine de la foi, mais de l'autre, également la recherche intense de l'unité et de la réconciliation. Au cours des années suivantes, il se consacra de toutes les façons possibles à défendre et à éclaircir sa position théologique jusqu'à sa mort, qui eut lieu le 27 juin 444 (…).

La foi chrétienne est tout d'abord une rencontre avec Jésus, "une Personne qui donne à la vie un nouvel horizon" (Enc. Deus caritas est, n. 1). Saint Cyrille d'Alexandrie a été un témoin inlassable et ferme de Jésus Christ, Verbe de Dieu incarné, soulignant en particulier son unité, comme il le répète en 433 dans la première lettre (PG 77, 228-237) à l'Evêque Succenso : "Un seul est le Fils, un seul le Seigneur Jésus Christ, que ce soit avant l'incarnation ou après l'incarnation. En effet, le Logos né de Dieu le Père n'était pas un fils, et celui né de la Sainte Vierge un autre fils ; mais nous croyons que précisément Celui qui existe depuis toute éternité est né également selon la chair d'une femme". Cette affirmation, au-delà de sa signification doctrinale, montre que la foi en Jésus Logos né du Père est également bien enracinée dans l'histoire, car, comme l'affirme saint Cyrille, ce même Jésus est venu dans le temps avec la naissance de Marie, la Theotòkos, et il sera, selon sa promesse, toujours avec nous. Et cela est important : Dieu est éternel, il est né d'une femme, et il reste avec nous chaque jour. Nous vivons dans cette certitude, en elle nous trouvons le chemin de notre vie.



Lire le texte intégral de l'Audience Générale du Pape Benoît XVI 

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Published by Matthieu BOUCART - dans Benoit XVI
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