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14 février 2009 6 14 /02 /février /2009 12:07

Extrait du remarquable ouvrage de Claude Tresmontant : « Comment se pose aujourd’hui le problème de l’existence de Dieu » (Editions du Seuil, 1966) – un ouvrage de référence qui ne doit manquer à la bibliothèque de quiconque (croyant ou non-croyant) s’interroge sur l’existence de Dieu.

On trouve dans l’histoire des métaphysiques des doctrines panthéistes en grand nombre, des cosmologies panthéistes puissantes et belles : en Inde avec la théosophie brahmique, en Grèce avec les philosophes présocratiques, puis avec Platon, Aristote, les stoïciens, Plotin, en Europe avec Spinoza par exemple. Ces métaphysiques enseignent que le monde est incréé, éternel, impérissable, car il est divin, il est l’Être absolu. Les astres sont divins, et toutes choses, à des degrés divers, sont animées.

Il existe aussi dans l’histoire des métaphysiques un courant, une tradition, une espèce de pensée qui n’est pas panthéiste : c’est l’espèce métaphysique qui a pour origine la pensée hébraïque biblique, et qui se continue par la pensée juive, la philosophie chrétienne et la philosophie arabe orthodoxe : selon cette métaphysique, le monde n’est pas l’absolu, rien de ce qui est du monde n’est divin, le monde n’est pas l’Être absolu et nécessaire. Il n’est pas le Rocher, il n’est pas la Consistance. Le monde existe bien réellement, mais il ne suffit pas à rendre compte par lui-même de son existence, ni de ce qu’il contient, ni de son développement. Il est ontologiquement insuffisant. Il dépend d’un autre.

Mais notez bien combien sont rares les philosophies réellement athées.

Du côté de l’Inde, on relève au VIe siècle avant notre ère le jaïnisme, qui professe un atomisme, une monadologie sans dieu, et l’éternité du monde. En Grèce, vous connaissez aussi une tradition atomiste avec Leucippe de Milet, Démocrite d’Abdère au Ve siècle avant notre ère. Les atomistes grecs ne sont pas absolument athées : ils pense que les dieux ne s’occupent pas du monde. Les atomes matériels éternels sont incréés. Ils s’arrangent entre eux pour produire les êtres qui constituent le monde que nous connaissons.

Ces philosophes s’accordent – ils sont bien obligés de le faire, comme nous tous – l’existence d’une matière. Ils affirment qu’elle est éternelle. Mais de l’existence de cette matière, ils ne rendent pas compte : or, c’est justement là qu’est la question. De même, ils ne rendent pas compte, comme le notait déjà Aristote, du mouvement qui anime les atomes : cela aussi, ils se le donnent pour accordé. Cela fait beaucoup de choses que l’on accorde. Enfin, lorsqu’ils pensent pouvoir expliquer l’organisation de la matière et la constitution des êtres vivants et organisés par un mouvement éternel des atomes qui s’entrechoquent au hasard, ils font preuve – et il n’y a pas lieu de le leur reprocher – d’une immense ignorance de ce qui est en question.

Nous traiterons (…) le problème philosophique posé par l’organisation de la matière : nous verrons avec l’unanimité des biochimistes et des biologistes qui ont réfléchi au problème, que l’explication des atomistes grecs, l’explication par le mouvement désordonné des atomes et le hasard, est très exactement un conte pour enfants. Le roman atomiste peut servir encore aujourd’hui pour apprendre le latin aux enfants à qui l’on fait traduire le De Natura rerum de Lucrèce. Il peut charmer par sa poésie. Il peut même consoler quelque vieil homme ignorant la biologie et qui veut bien se préparer dignement à la mort selon l’esprit du matérialisme ancien : il ne peut plus du tout se présenter comme une explication de quoi que ce soit. Mais, notez-le bien, à part la tentative d’explication atomiste des anciens philosophes grecs Leucippe et Démocrite, qu’est-ce qui existe comme philosophie athée s’efforçant de rendre compte de l’existence du monde et de ce qu’il contient ? On n’en voit pas d’autre. Et au XIXe siècle encore, lorsqu’on voulait proposer une cosmologie athée, c’est vers l’atomisme des anciens qu’on se tournait. Aujourd’hui, nous le verrons, les choses sont plus difficiles, parce qu’on connaît la complexité énorme d’un seul acide aminé, d’une seule protéine : et pour constituer une seule cellule, il faut des millions de macromolécules de protéines : l’explication par le hasard n’est plus valable. Il faut inventer autre chose.

Mais il faut rendre hommage à l’atomisme ancien : il a au moins représenté un effort pour proposer une cosmologie athée.

Qu’est-ce qui existe aujourd’hui pour le remplacer ? On ne voit rien.

L’atomisme échoue à rendre compte rationnellement du réel dans une perspective athée. Il échoue, parce qu’il ne répond pas aux questions posées par l’existence même de la matière, et par l’organisation de la matière.

Il ne nous reste donc toujours que deux métaphysiques entre lesquelles il faut choisir : la métaphysique panthéiste et la métaphysique de la Création.

L’histoire des philosophies ne nous propose pas une seule philosophie cohérente et tenant compte du monde réel, qui réponde dans une perspective purement athée aux problèmes métaphysiques posés par ce monde réel avec tout ce qu’il contient.

L’athéisme pur est rare dans l’histoire des philosophies, et lorsqu’il existe, c’est qu’il néglige de traiter les problèmes rationnels qui se posent inévitablement à la raison humaine lorsqu’elle réfléchit sur le monde. Il est facile, très facile, de se dire athée. Il est plus difficile de penser le monde dans une perspective athée. Nous aurons même à nous demander si c’est possible et nous serons amené à conclure que non : l’athéisme en fait est impensable, pour peu qu’on tienne compte du monde réel, et il n’a d’ailleurs jamais été pensé jusqu’au bout.

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14 février 2009 6 14 /02 /février /2009 06:31

Extrait de l’Audience Générale du Pape Benoît XVI du 2 janvier 2008.

Chers frères et sœurs (…),

Nous avons célébré hier la fête solennelle de Marie, Mère de Dieu. "Mère de Dieu", Theotokos, est le titre attribué officiellement à Marie au Ve siècle, plus exactement lors du Concile d'Ephèse de 431, mais qui s'était déjà affirmé dans la dévotion du peuple chrétien à partir du IIIe siècle, dans le contexte des discussions enflammées de cette période sur la personne du Christ. On soulignait, par ce titre, que le Christ est Dieu et qu'il est réellement né, comme un homme, de Marie : on préservait ainsi son unité de vrai Dieu et de vrai homme. En vérité, même si le débat semblait porter sur Marie, celui-ci concernait essentiellement son Fils. Voulant sauvegarder la pleine humanité de Jésus, certains Pères suggéraient un terme plus atténué : au lieu du titre de Theotokos, ils proposaient celui de Christotokos, "Mère du Christ" ; cela fut cependant vu à juste titre comme une menace contre la doctrine de la pleine unité de la divinité avec l'humanité du Christ. C'est pourquoi, après une longue discussion, lors du Concile d'Ephèse de 431, comme je l'ai dit, furent solennellement confirmées, d'une part, l'unité des deux natures, divine et humaine, en la personne du Fils de Dieu (cf. DS, n. 250) et, de l'autre, la légitimité de l'attribution à la Vierge du titre de Theotokos, Mère de Dieu (ibid., n. 251).

Après ce Concile, on enregistra une véritable explosion de dévotion mariale et de nombreuses églises dédiées à la Mère de Dieu furent construites. Parmi celles-ci domine la Basilique Sainte-Marie-Majeure, ici à Rome. La doctrine concernant Marie, Mère de Dieu, trouva en outre une nouvelle confirmation dans le Concile de Chalcédoine (451), au cours duquel le Christ fut déclaré "vrai Dieu et vrai homme [...] né pour nous et pour notre salut de Marie, Vierge et Mère de Dieu, dans son humanité" (DS, n. 301). Comme on le sait, le Concile Vatican II a recueilli dans un chapitre de la Constitution dogmatique sur l'Eglise Lumen gentium, le huitième, la doctrine sur Marie, réaffirmant sa maternité divine. Le chapitre s'intitule : "La Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, dans le mystère du Christ et de l'Eglise".

La qualification de Mère de Dieu, si profondément liée aux fêtes de Noël, est donc le titre fondamental sous lequel la Communauté des croyants honore, pourrions-nous dire depuis toujours, la Sainte Vierge. Celle-ci exprime bien la mission de Marie dans l'histoire du Salut. Tous les autres titres qui sont attribués à la Vierge trouvent leur fondement dans sa vocation à être la Mère du Rédempteur, la créature humaine élue par Dieu pour réaliser le plan du Salut, centré sur le grand mystère de l'incarnation du Verbe divin.
En ces jours de fête, nous nous sommes arrêtés pour contempler dans la crèche la représentation de la Nativité. Au centre de cette scène, nous trouvons la Vierge Mère qui offre l'Enfant Jésus à la contemplation de ceux qui viennent adorer le Sauveur : les bergers, les personnes pauvres de Bethléem, les Mages venus d'Orient. Plus tard, lors de la fête de la "Présentation du Seigneur", que nous célébrerons le 2 février, ce seront le vieux Siméon et la prophétesse Anne qui recevront le petit Enfant des mains de sa Mère et qui l'adoreront. La dévotion du peuple chrétien a toujours considéré la naissance de Jésus et la maternité divine de Marie comme deux aspects du même mystère de l'incarnation du Verbe divin et donc elle n'a jamais considéré la Nativité comme une chose du passé. Nous sommes "contemporains" des bergers, des mages, de Siméon et d'Anne, et alors que nous cheminons avec eux nous sommes remplis de joie, car Dieu a voulu être Dieu avec nous et qu'il a une mère, qui est notre mère.

C'est du titre de "Mère de Dieu" que dérivent ensuite tous les autres titres avec lesquels l'Eglise honore la Vierge, mais celui-ci est le titre fondamental. Nous pensons au privilège de l'"Immaculée Conception", c'est-à-dire au fait qu'elle soit exempte du péché depuis sa conception : Marie fut préservée de toute tache de péché, car elle devait être la Mère du Rédempteur. Cela est également valable pour le titre de l'"Assomption" : celle qui avait engendré le Sauveur ne pouvait pas être sujette à la corruption dérivant du péché. Et nous savons que tous ces privilèges ne sont pas accordés pour éloigner Marie de nous, mais au contraire pour la rendre proche ; en effet, étant totalement avec Dieu, cette Femme est très proche de nous et nous aide comme une mère et comme une sœur.

La place unique et singulière que Marie possède dans la communauté des croyants dérive également de sa vocation fondamentale à être la Mère du Rédempteur. Précisément en tant que telle, Marie est également la Mère du Corps mystique du Christ, qui est l'Eglise. C'est donc à juste titre que, durant
le Concile Vatican II, le 21 novembre 1964, Paul VI attribua solennellement à Marie le titre de "Mère de l'Eglise". Précisément parce qu'elle est la Mère de l'Eglise, la Vierge est également la Mère de chacun de nous, qui sommes les membres du Corps mystique du Christ. De la Croix, Jésus a confié sa Mère à chacun de ses disciples et, dans le même temps, il a confié chacun de ses disciples à l'amour de sa Mère. L'évangéliste Jean conclut son récit bref et suggestif par les mots suivants : "Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui" (Jn 19, 27). Telle est la traduction du texte grec : "èis tà ìdia", il l'accueillit dans sa propre réalité, dans son propre être. Si bien qu'elle fait partie de sa vie et que les deux vies s'interpénètrent ; et cette façon de l'accepter dans sa propre vie (èis tà ìdia) est le testament du Seigneur. Au moment suprême de l'accomplissement de la mission messianique, Jésus laisse donc à chacun de ses disciples, comme héritage précieux, sa propre Mère, la Vierge Marie.

Chers frères et sœurs, en ces premiers jours de l'année, nous sommes invités à considérer attentivement l'importance de la présence de Marie dans la vie de l'Eglise et dans notre existence personnelle. Remettons-nous à Elle, afin qu'Elle guide nos pas en cette nouvelle période de temps que le Seigneur nous donne de vivre, et qu'elle nous aide à être d'authentiques amis de son Fils et de courageux artisans de son Royaume dans le monde, Royaume de la lumière et de la vérité.


Lire le texte intégral de l'Audience Générale du Pape Benoît XVI

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13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 20:00

Extrait de l’Audience Générale du Pape Benoît XVI du 19 décembre 2007.

Chers frères et sœurs!

Au cours de ces journées, alors que nous nous approchons de la grande fête de Noël, la liturgie nous pousse à intensifier notre préparation, en mettant à notre disposition de nombreux textes bibliques de l'Ancien et du Nouveau Testament, qui nous incitent à bien cerner le sens et la valeur de cette fête annuelle.

Si, d'une part, Noël nous fait commémorer le prodige incroyable de la naissance du Fils unique de Dieu de la Vierge Marie dans la grotte de Bethléem, de l'autre, il nous exhorte également à attendre, en veillant et en priant, notre Rédempteur lui-même, qui au dernier jour "viendra juger les vivants et les morts".

Peut être qu'aujourd'hui, nous aussi en tant que croyants, nous attendons réellement le Juge ; mais tous nous attendons la justice. Nous voyons tant d'injustice dans le monde, dans notre petit monde, chez nous, dans notre quartier, mais également dans le grand monde des Etats, des sociétés. Et nous attendons que justice soit faite. La justice est un concept abstrait : on fait justice. Nous attendons que vienne concrètement celui qui peut faire la justice. Et nous prions en ce sens : Viens, Seigneur Jésus Christ, comme Juge, viens selon ta manière. Le Seigneur sait comment entrer dans le monde et instaurer la justice. Nous prions afin que le Seigneur, le Juge, nous réponde, qu'il instaure réellement la justice dans le monde.

Nous attendons la justice, mais cela ne peut pas être seulement l'expression d'une certaine exigence à l'égard des autres. Attendre la justice au sens chrétien indique surtout que nous commençons nous-mêmes à vivre sous le regard du Juge, selon les critères du Juge ; que nous commençons à vivre en sa présence, en réalisant la justice dans notre vie. Ainsi, en réalisant la justice, en nous mettant en présence du Juge, nous attendons la justice dans la réalité. Tel est le sens de l'Avent, de la vigilance. La vigilance de l'Avent signifie vivre sous le regard du Juge et nous préparer ainsi nous-mêmes et le monde à la justice. De cette façon, en vivant sous le regard du Dieu-Juge, nous pouvons ouvrir le monde à la venue de son Fils, préparant notre cœur à accueillir "le Seigneur qui vient". L'Enfant, que les bergers adorèrent dans la grotte de Bethléem il y a environ deux mille ans, ne se lasse jamais de nous rendre visite dans la vie quotidienne, alors que nous marchons en pèlerinage vers le Royaume. Dans son attente, le croyant se fait alors l'interprète des espérances de l'humanité tout entière ; l'humanité aspire à la justice et ainsi, bien que parfois de manière inconsciente, elle attend Dieu, elle attend le salut que Dieu seul peut nous donner.


Pour nous chrétiens cette attente est marquée par la prière assidue, comme cela apparaît dans la série particulièrement suggestive d'invocations qui nous sont proposées, au cours de ces jours de la Neuvaine de Noël, que ce soit dans la Messe, dans le chant de l'Evangile, ou dans la célébration des Vêpres avant le cantique du Magnificat. Chacune des invocations, qui implorent la venue de la Sagesse, du Soleil de justice, du Dieu-avec-nous, contient une prière adressée à l'Attendu des nations, afin qu'il hâte sa venue. Invoquer le don de la naissance du Sauveur promis signifie cependant également s'engager à en préparer la voie, à lui préparer une demeure digne, non seulement là où nous vivons, mais surtout dans notre âme. En nous laissant guider par l'évangéliste Jean, cherchons donc au cours de ces journées à tourner notre esprit et notre cœur vers le Verbe éternel, vers le Logos, la Parole qui s'est faite chair et de la plénitude duquel nous avons reçu grâce après grâce (cf. 1, 14.16). Cette foi dans le Logos Créateur, dans la Parole qui a créé le monde, en Celui qui est venu comme un Enfant, cette foi et sa grande espérance apparaissent aujourd'hui malheureusement éloignées de la réalité de la vie vécue chaque jour, publique ou privée. Cette vérité apparaît trop grande. Nous nous arrangeons nous-mêmes selon les possibilités que nous trouvons, c'est tout au moins ce qu'il semble. Mais de cette façon, le monde devient toujours plus chaotique et aussi violent : nous le voyons chaque jour. Et la lumière de Dieu, la lumière de la Vérité, s'éteint. La vie devient obscure et sans boussole.


Comme il est alors important que nous soyons réellement chrétiens et qu'en chrétiens nous réaffirmions avec force, à travers notre vie, le mystère du salut que contient la célébration du Noël du Christ! A Bethléem s'est manifestée au monde la Lumière qui illumine notre vie ; la voie qui nous conduit à la plénitude de notre humanité nous a été révélée. Si l'on ne reconnaît pas que Dieu s'est fait homme, quel sens cela a-t-il de fêter Noël? La célébration devient vide. En tant que chrétiens nous devons tout d'abord réaffirmer avec une conviction profonde et sincère la vérité du Noël du Christ, pour témoigner face à tous de la conscience d'un don inouï, qui est une richesse non seulement pour nous, mais pour tous.
C'est de là que naît le devoir de l'évangélisation qui est précisément la communication de cet "eu-angelion", de cette "Bonne Nouvelle". C'est ce qui a récemment été rappelé par le document de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, intitulé
Note doctrinale sur quelques aspects de l’Évangélisation, que je désire soumettre à votre réflexion et à votre approfondissement personnel et communautaire (…).

Demandons au Seigneur d'ouvrir notre âme, afin de pouvoir entrer dans le mystère de son Noël. Que Marie, qui a donné son sein virginal au Verbe de Dieu, qui l'a contemplé enfant entre ses bras maternels, et qui continue à l'offrir à tous comme Rédempteur du monde, nous aide à faire du prochain Noël une occasion de croissance dans la connaissance et dans l'amour du Christ.


Lire le texte intégral de l'Audience Générale du Pape Benoît XVI

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10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 10:26
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9 février 2009 1 09 /02 /février /2009 10:32

Samedi 17 février 2007, le Pape Benoît XVI a effectué une visite au Séminaire romain Majeur à l’occasion de la Fête de la Vierge de la Confiance. Le Saint Père a répondu aux questions de six séminaristes. Extrait.

Question d’un séminariste du diocèse de Rome :

« Votre Sainteté, dans les prochains mois, mes compagnons et moi serons ordonnés prêtres. Nous passerons de la vie bien structurée par les règles du séminaire, à la situation bien plus complexe de nos paroisses. Quels conseils pouvez-vous nous donner pour vivre au mieux le début de notre ministère sacerdotal ? »

Réponse du Pape Benoît XVI :

Bien sûr, ici au séminaire vous avez une vie bien structurée. Je dirais, pour commencer, qu'il est important également dans la vie de pasteurs de l'Eglise, dans la vie quotidienne du prêtre, de conserver, autant que possible, un certain ordre : que la messe ne manque jamais ! Sans l'Eucharistie, une journée est incomplète et c'est pourquoi nous grandissons déjà au séminaire avec cette liturgie quotidienne ; il me semble très important que nous sentions le besoin d'être avec le Seigneur dans l'Eucharistie, qui ne doit pas être un devoir professionnel, mais réellement un devoir ressenti de l'intérieur. Que l’Eucharistie ne manque jamais.

L'autre point important est de prendre le temps pour la Liturgie des Heures et ainsi pour cette liberté intérieure : avec tous les poids qui existent, elle nous libère et elle nous aide également à être plus ouverts et à demeurer en contact profond avec le Seigneur.
Naturellement nous devons faire tout ce qu'impose la vie pastorale, la vie d'un vicaire, d'un curé ou des autres tâches sacerdotales. Mais je dirais, ne jamais oublier ces repères que sont l'Eucharistie et la Liturgie des Heures, afin d'avoir dans la journée un certain ordre que, comme je l'avais dit en commençant, je ne dois pas toujours réinventer. Serva ordinem et ordo servabit te, avons-nous appris. Cela est vrai.

Il est également important de ne pas perdre la communion avec les autres prêtres, les compagnons de route et de ne pas perdre le contact personnel avec la Parole de Dieu, la méditation. Comment faire ? J'ai pour ma part une recette relativement simple : combiner la préparation de l'homélie dominicale avec la méditation personnelle, pour faire en sorte que ces paroles ne soient pas dites seulement aux autres, mais qu'elles soient réellement des paroles dites par le Seigneur à moi-même, et mûries dans un entretien personnel avec le Seigneur. Pour que cela soit possible, mon conseil est de commencer dès le lundi, parce que si l'on commence le samedi il est trop tard, la préparation est faite trop rapidement, et peut-être l'inspiration manque, parce que l'on a d'autres choses en tête. C'est pourquoi, je dirais, dès le lundi, lire simplement les lectures du dimanche suivant qui peuvent peut-être sembler assez inaccessibles. Un peu comme ces pierres de Massa et Meriba, où Moïse dit : « Ferons-nous jaillir de l'eau de ce rocher ? ».

Laissons-les là, laissons que le cœur les digère, ces lectures ; dans le subconscient, les paroles travaillent et chaque jour reviennent un peu. Bien sûr il faudra aussi consulter des livres, dans la mesure du possible. Et à travers cette intense activité intérieure, jour après jour, l'on s'aperçoit qu’une réponse mûrit peu à peu ; cette parole s'ouvre peu à peu, elle devient parole pour moi. Et puisque je suis un contemporain, cette parole devient également une parole pour les autres. Je peux ensuite commencer à traduire ce que peut-être je vois dans mon langage théologique dans le langage des autres ; la pensée fondamentale demeure toutefois la même pour les autres et pour moi.

Ainsi l'on peut avoir une rencontre permanente, silencieuse avec la Parole, qui ne demande par beaucoup de temps, ce dont peut-être nous ne disposons pas. Mais réservez un peu de temps : ainsi mûrit non seulement une homélie pour le dimanche, pour les autres, mais mon propre cœur est touché par la Parole du Seigneur. Je demeure également en contact avec une situation où le temps à disposition est peut-être réduit.

Je n'oserais pas à présent donner trop de conseils, parce que la vie dans la grande ville de Rome est un peu différente de celle que j'ai vécue il y a cinquante-cinq ans dans notre Bavière. Mais je pense que l'essentiel est précisément là : Eucharistie, Office des Lectures, prière et entretien, même bref, chaque jour, avec le Seigneur, sur ses Paroles que je dois annoncer. Et ne jamais perdre, d'une part, l'amitié avec les prêtres, l'écoute de la voix de l'Eglise vivante et, naturellement, la disponibilité pour les personnes qui me sont confiées, parce que c'est précisément à travers ces personnes, avec leurs souffrances, leurs expériences de foi, leurs doutes et difficultés, que nous pouvons nous aussi apprendre, chercher et trouver Dieu. Trouver notre Seigneur Jésus Christ.


Lire le texte de la réponse du Pape Benoît XVI sur Zenit.org

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7 février 2009 6 07 /02 /février /2009 14:36

Nous poursuivons notre réflexion sur la Trinité Sainte avec le Père Guy Pagès.

Le Père Pagès nous invite aujourd'hui à considérer que le mystère de la Très Sainte Trinité, pour aussi incompréhensible qu'il soit, n'est pas inintelligible pour autant ; que notre raison humaine peut en saisir la réalité au moyen d'un raisonnement métaphysique logique, ou encore par la considération des choses créées (ici : la paramécie et la goutte d'eau qui se divise).


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7 février 2009 6 07 /02 /février /2009 14:25

Samedi 17 février 2007, le Pape Benoît XVI a effectué une visite au Séminaire romain Majeur à l’occasion de la Fête de la Vierge de la Confiance. Le Saint Père a répondu aux questions de six séminaristes. Extrait.

Question d’un séminariste du diocèse de Rome :

« Très Saint-Père, comment votre vie était-elle organisée au cours de la période de formation au sacerdoce, et quels intérêts cultiviez-vous ? En considérant l'expérience accomplie, quels sont les points cardinaux de la formation au sacerdoce ? »

Réponse du Pape Benoît XVI :

Je pense que notre vie, dans notre séminaire de Freising, était articulée de manière semblable à la vôtre, même si je ne connais pas précisément votre horaire quotidien. On commençait, me semble-t-il, vers 6h30, ou 7h00, par une méditation d'une demi-heure, durant laquelle chacun parlait avec le Seigneur en silence, cherchait à prédisposer son âme à la sainte liturgie. Puis la messe suivait, le petit-déjeuner et, ensuite, dans la matinée, les cours.

Dans l'après-midi, il y avait des séminaires, des moments d'étude, et puis à nouveau la prière commune. Le soir, il y avait ce qu'on appelle les « puncta », c'est-à-dire que le directeur spirituel ou le recteur du séminaire, plusieurs soirs, nous parlaient pour nous aider à trouver le chemin de la méditation, non pas en nous donnant une méditation déjà prête, mais des éléments qui pouvaient aider chacun à personnaliser les paroles du Seigneur qui auraient été l'objet de notre méditation.

Tel était le parcours quotidien ; puis, naturellement, il y avait les grandes fêtes avec une belle liturgie, de la musique... Mais, il me semble, et peut-être reviendrai-je sur cela à la fin, qu'il est très important qu'il y ait une discipline préexistante et ne pas devoir chaque jour, à nouveau, inventer ce qu'il faut faire, comment vivre ; il existe une règle, une discipline qui m'attend déjà et qui m'aide à vivre cette journée de manière organisée.

Maintenant, quant à mes préférences, je suivais naturellement avec attention, dans la mesure du possible, les leçons. Au début, au cours des deux premières années de philosophie, j'ai surtout été fasciné par la figure de saint Augustin, et puis aussi par le courant augustinien médiéval : saint Bonaventure et les grands franciscains, la figure de saint François d’Assise.

Ce qui me fascinait surtout c’était la grande humanité de saint Augustin, qui n'eut pas simplement la possibilité de s'identifier avec l'Eglise, étant catéchumène dès le départ, mais qui dut en revanche lutter spirituellement pour trouver peu à peu l'accès à la Parole de Dieu, à la vie avec Dieu, jusqu'au grand « oui » prononcé à son Eglise. Ce chemin si humain, où nous pouvons voir aujourd'hui aussi comment on commence à entrer en contact avec Dieu, comment toutes les résistances de notre nature doivent être analysées attentivement et doivent ensuite être canalisées pour arriver au grand « oui » au Seigneur. Ainsi, j'ai été conquis par sa théologie très personnelle, présentée en particulier sous forme de prédication. Cela est important, car au début Augustin voulait vivre une vie purement contemplative, écrire d'autres livres de philosophie... mais le Seigneur ne l'a pas voulu, il l'a fait prêtre et évêque et tout le reste de sa vie, de son œuvre, s'est ainsi développé substantiellement dans un dialogue avec un peuple très simple. D'une part, il dut toujours trouver personnellement la signification de l'Ecriture et, de l'autre, tenir compte de la capacité de ces personnes, de leur contexte de vie, et parvenir à un christianisme réaliste et en même temps profond.

Ensuite, l'exégèse était naturellement très importante pour moi : nous avons eu deux exégètes un peu libéraux, mais qui étaient toutefois de grands exégètes, réellement croyants, qui nous ont fascinés. Je peux dire que l'Ecriture Sainte était réellement l'âme de notre étude théologique : nous avons réellement vécu avec l'Ecriture Sainte et appris à l'aimer, à parler avec elle. J'ai déjà parlé de la patrologie, de la rencontre avec les Pères. Notre professeur de dogmatique était aussi une personne alors très célèbre, sa dogmatique était nourrie par les Pères et la liturgie. Un point très central était pour nous la formation liturgique : à cette époque, il n'y avait pas encore de chaire de Liturgie, mais notre professeur de pastorale nous a donné de grands cours de liturgie. A l'époque, il était aussi Recteur du séminaire, ainsi la liturgie vécue et célébrée et la liturgie enseignée et pensée allaient de pair. Avec l'Ecriture Sainte, il s'agissait là des points fondamentaux de notre formation théologique. Je suis toujours reconnaissant de cela au Seigneur, car ensemble ils sont réellement le centre d'une vie sacerdotale.

Un autre intérêt était constitué par la littérature : il était obligatoire de lire Dostoïevski – il était à la mode à l'époque –, puis il y avait les grands français : Claudel, Mauriac, Bernanos, mais aussi la littérature allemande ; il y avait également une édition allemande de Manzoni : à l'époque je ne parlais pas italien. Nous avons ainsi un peu formé, dans ce sens, notre horizon humain. Nous avions également un grand amour pour la musique, ainsi que pour la beauté de la nature de notre terre. Avec ces préférences, ces réalités, sur un chemin souvent difficile, je suis allé de l'avant. Le Seigneur m'a aidé à arriver jusqu'au « oui » du sacerdoce, un « oui » qui m'a accompagné tous les jours de ma vie.


Lire le texte de la réponse du Pape Benoît XVI sur Zenit.org

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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 09:58

Samedi 17 février 2007, le Pape Benoît XVI a effectué une visite au Séminaire romain Majeur à l’occasion de la Fête de la Vierge de la Confiance. Le Saint Père a répondu aux questions de six séminaristes. Extrait.

Question d’un séminariste du diocèse de Rome :

« Votre Sainteté, dans la Lettre apostolique
Salvifici doloris de Jean-Paul II, il apparaît clairement combien la douleur est une source de richesse spirituelle pour tous ceux qui l'accueillent en union aux souffrances du Christ. Comment aujourd'hui, dans un monde qui cherche tous les moyens licites ou illicites pour éliminer toute forme de douleur, le prêtre peut-il être témoin du sens chrétien de la douleur et comment doit-il se comporter face à ceux qui souffrent sans risquer d'être rhétorique ou pathétique ? »

Réponse du Pape Benoît XVI :

Oui, comment faire ? Il me semble qu'il est juste de faire tout ce qui est possible pour vaincre les souffrances de l'humanité et pour aider les personnes qui souffrent – elles sont si nombreuses dans le monde – à trouver une vie bonne et à être libérées des maux que souvent nous causons nous-mêmes : la faim, les épidémies, etc.

Mais, dans le même temps, en reconnaissant ce devoir de travailler contre les souffrances causées par nous-mêmes, nous devons aussi reconnaître et comprendre que la souffrance est une part essentielle de notre maturité humaine. Je pense à la parabole du Seigneur sur le grain de blé tombé en terre, qui ne peut que de cette manière, en mourant, porter du fruit, et le fait de tomber en terre et de mourir ne représente pas simplement un moment, mais il s'agit véritablement du processus d'une vie.

Tomber comme un grain en terre et mourir ainsi, se transformer, être des instruments de Dieu, porter ainsi du fruit. Ce n'est pas par hasard que le Seigneur dit à ses disciples : le Fils de l'Homme doit aller à Jérusalem pour souffrir ; c'est pourquoi celui qui veut être mon disciple doit prendre sa croix sur les épaules et me suivre. En réalité, nous sommes toujours un peu comme Pierre, qui dit au Seigneur : Non, Seigneur, il ne peut pas en être ainsi pour toi, tu ne dois pas souffrir. Nous ne voulons pas porter la Croix, nous voulons créer un Royaume plus humain, plus beau sur la terre.

Cela est totalement erroné : le Seigneur l'enseigne. Mais Pierre a eu besoin de beaucoup de temps, peut-être de toute sa vie pour le comprendre ; parce que cette légende du Quo Vadis ? a quelque chose de vrai en soi : apprendre qu'aller avec la Croix du Seigneur est précisément le chemin qui porte du fruit. Ainsi, dirais-je, avant de parler aux autres, nous devons nous-mêmes comprendre le mystère de la Croix.

Certes, le christianisme nous donne de la joie, parce que l'amour donne de la joie. Mais l'amour est toujours également un processus où l'on se perd soi-même et donc également un processus où l'on sort de soi-même ; en ce sens, c'est également un processus douloureux. Et c'est uniquement de cette manière qu'il nous fait mûrir et arriver à la joie véritable. Ceux qui affirment ou qui promettent une vie qui serait seulement joyeuse et confortable, mentent, parce cela n'est pas la vérité de l'homme ; la conséquence est que l'on doit ensuite se réfugier dans des paradis artificiels. Et ainsi on ne parvient pas à la joie mais bien plutôt à l'autodestruction.

Le christianisme nous annonce la joie, oui ; cette joie ne croît cependant que sur le chemin de l'amour et ce chemin de l'amour a un lien avec la Croix, avec la communion avec le Christ crucifié. Elle est représentée par le grain de blé tombé en terre. Lorsque nous commençons à comprendre et à accepter cela, chaque jour, parce que chaque jour nous impose quelque insatisfaction, quelque poids qui crée aussi de la douleur, lorsque nous acceptons cette école de la sequela du Christ, comme les Apôtres ont dû apprendre à cette école, alors nous devenons également capables d'aider les personnes qui souffrent.


Lire le texte de la réponse du Pape Benoît XVI sur Zenit.org

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5 février 2009 4 05 /02 /février /2009 10:35

Samedi 17 février 2007, le Pape Benoît XVI a effectué une visite au Séminaire romain Majeur à l’occasion de la Fête de la Vierge de la Confiance. Le Saint Père a répondu aux questions de six séminaristes. Extrait.

Question d’un séminariste du diocèse de Tarante :

« Pour la plupart des personnes, nous pouvons apparaître comme des jeunes qui prononcent avec fermeté et avec courage leur « oui » et qui quittent tout pour suivre le Seigneur ; mais nous savons que nous sommes bien loin d'une véritable cohérence dans ce « oui ». Avec une confiance de fils, nous vous confessons la partialité de notre réponse à l'appel de Jésus et la difficulté quotidienne à vivre une vocation que nous sentons nous entraîner sur une voie définitive et totale. Comment faire pour répondre à une vocation aussi exigeante que celle de pasteurs du peuple saint de Dieu, en ressentant constamment notre faiblesse et notre incohérence ? »

Réponse du Pape Benoît XVI :

C'est un bien que de reconnaître sa propre faiblesse, car ainsi nous savons que nous avons besoin de la grâce du Seigneur.
Le Seigneur nous réconforte. Dans le collège des Apôtres il n'y avait pas que Judas, il y avait aussi de bons Apôtres ; toutefois Pierre a trahi et de nombreuses fois le Seigneur a reproché la lenteur, la fermeture du cœur des Apôtres, leur peu de foi. Cela nous montre donc qu’aucun d'entre nous n'est entièrement à la hauteur de ce grand « oui », à la hauteur de célébrer in persona Christi, de vivre de manière cohérente dans ce contexte, d'être uni au Christ dans sa mission de prêtre.

Le Seigneur nous a également donné, pour nous réconforter, les paraboles des filets avec les bons et les mauvais poissons, du champ où pousse le blé mais aussi l’ivraie. Il nous fait savoir qu'il est venu précisément pour nous aider dans notre faiblesse, qu'il n'est pas venu, comme Il le dit, pour appeler les justes, ceux qui prétendent être déjà complètement justes, ne pas avoir besoin de la grâce, ceux qui prient en se louant eux-mêmes ; mais qu'il est venu pour appeler ceux qui sont conscients d’être imparfaits, pour inciter ceux qui savent avoir besoin chaque jour du pardon du Seigneur, de sa grâce, pour aller de l'avant.

Il me semble très important de reconnaître que nous avons besoin d'une conversion permanente, que nous ne sommes jamais simplement arrivés au but.
Saint Augustin, au moment de sa conversion, pensait être désormais arrivé sur les hauteurs de la vie avec Dieu, de la beauté du soleil qui est sa Parole. Il a ensuite dû comprendre que le chemin, après la conversion, demeure encore un chemin de conversion, qu'il demeure un chemin où ne manquent pas les grandes perspectives, les joies, les lumières du Seigneur, mais où ne manquent pas non plus les vallées obscures, où nous devons aller de l'avant avec confiance, en nous reposant sur la bonté du Seigneur.

Le sacrement de la Réconciliation est donc également important. Il n'est pas juste de penser que nous devrions vivre sans jamais avoir besoin du pardon. Accepter notre fragilité, mais continuer à avancer, ne pas renoncer mais aller de l'avant et, à travers le sacrement de la Réconciliation, nous convertir toujours à nouveau pour un nouveau début et, ainsi, grandir, mûrir pour le Seigneur, dans notre communion avec Lui.

Il est également important de ne pas s'isoler, de ne pas penser pouvoir aller de l'avant tout seul. Nous avons justement besoin de la compagnie d’amis prêtres, également d'amis laïcs, qui nous accompagnent, qui nous aident. Pour un prêtre il est très important, dans la paroisse, de voir que les personnes ont confiance en lui et de faire l'expérience de leur confiance, également de leur générosité en pardonnant ses faiblesses. Les véritables amis nous lancent des défis et nous aident à être fidèles sur ce chemin. Il me semble que cette attitude de patience, d'humilité, peut nous aider à être bons avec les autres, à être compréhensifs face aux faiblesses des autres, à les aider, eux aussi, à pardonner comme nous pardonnons. Je pense ne pas être indiscret si je dis que j'ai reçu aujourd'hui une belle lettre du cardinal Martini : je lui avait envoyé mes félicitations pour son 80e anniversaire – nous avons le même âge – ; en me remerciant, il m'a écrit : je remercie surtout le Seigneur pour le don de la persévérance. Aujourd'hui – écrit-il – le bien s'accomplit plutôt ad tempus, ad experimentum. Le bien, selon son essence, ne peut être accompli que de façon définitive ; mais pour l'accomplir de manière définitive, nous avons besoin de la grâce de la persévérance ; je prie chaque jour – conclut-il – afin que le Christ me donne cette grâce.

Je reviens à saint Augustin : il était heureux au début de la grâce de la conversion, puis il découvrit qu’une autre grâce était nécessaire, la grâce de la persévérance que nous devons chaque jour demander au Seigneur
 ; mais étant donné que – je reviens à ce que dit le cardinal Martini – « jusqu'à présent le Seigneur m'a donné cette grâce de la persévérance ; il me la donnera, je l'espère, également au cours de la dernière étape de mon chemin sur cette terre ». Il me semble que nous devons avoir confiance dans ce don de la persévérance, mais que nous devons également, avec ténacité, humilité et patience, prier le Seigneur pour qu'il nous aide et nous soutienne par le don de ce qui est véritablement définitif ; qu'Il nous accompagne jour après jour jusqu'à la fin, même si notre chemin doit passer à travers des vallées obscures. Le don de la persévérance nous donne la joie, il nous donne la certitude que nous sommes aimés du Seigneur et cet amour nous soutient, nous aide et ne nous abandonne pas à nos faiblesses.


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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 09:46

Samedi 17 février 2007, le Pape Benoît XVI a effectué une visite au Séminaire romain Majeur à l’occasion de la Fête de la Vierge de la Confiance. Le Saint Père a répondu aux questions de six séminaristes. Extrait.

Question d’un séminariste du diocèse de Oria :

« Votre Sainteté, notre année est la première des deux années consacrées au discernement, au cours desquelles nous nous appliquons à scruter en profondeur notre personne. Il s'agit d'un exercice difficile pour nous, car le langage de Dieu est particulier et seul celui qui est attentif peut le saisir parmi les mille voix qui retentissent en nous. Nous vous demandons donc de nous aider à comprendre comment Dieu parle, concrètement, et quelles sont les traces qu'il laisse en se manifestant en secret. »

Réponse du Pape Benoît XVI :

Je remercie tout d'abord Mgr le Recteur de son discours. Je suis déjà curieux de connaître ce texte que vous écrirez et, ainsi, également d'apprendre. Je ne suis pas certain d'être en mesure d'éclaircir les points essentiels de la vie du séminaire, mais voilà ce que je peux dire.

Tout d'abord, cette première question : comment pouvons-nous discerner la voix de Dieu parmi les mille voix que nous entendons chaque jour dans notre monde. Je dirais que Dieu parle de façons très différentes avec nous. Il parle au moyen d'autres personnes, à travers nos amis, nos parents, le curé, les prêtres. Ici, à travers les prêtres auxquels vous êtes confiés, qui vous guident. Il parle à travers les événements de notre vie, dans lesquels nous pouvons discerner un geste de Dieu ; il parle également à travers la nature, la Création, et il parle, naturellement et surtout, dans Sa Parole, dans l'Ecriture Sainte, lue dans la communion de l'Eglise et lue de manière personnelle en conversation avec Dieu.

Il est important de lire l'Ecriture Sainte d'une façon très personnelle, d'une part, et réellement, comme le dit saint Paul, non pas comme la parole d'un homme ou un document du passé, comme si nous lisions Homère, Virgile, mais comme une Parole de Dieu qui est toujours actuelle et qui parle avec moi. Apprendre à entendre un texte, historiquement du passé, la Parole vivante de Dieu, c'est-à-dire entrer en prière, et ainsi faire de la lecture de l'Ecriture Sainte un entretien avec Dieu.

Saint Augustin, dans ses homélies, dit souvent : j'ai frappé plusieurs fois à la porte de cette Parole, jusqu'à ce que je puisse entendre ce que Dieu me disait.
Il y a d'une part cette lecture très personnelle, cet entretien personnel avec Dieu, dans lequel je cherche ce que le Seigneur me dit ; mais en plus de cette lecture personnelle, il est très important d'effectuer une lecture communautaire, car le sujet vivant de l'Ecriture Sainte est le Peuple de Dieu, l'Eglise.

Cette Ecriture n'était pas le caractère uniquement privé de grands écrivains – même si le Seigneur a toujours besoin de la personne, de sa réponse personnelle – mais elle s'est développée avec des personnes qui participaient au chemin du Peuple de Dieu et leurs paroles sont ainsi l'expression de ce chemin, de cette réciprocité de l'appel de Dieu et de la réponse humaine.

Le sujet vit donc aujourd'hui comme il vivait à cette époque ; c'est pourquoi l'Ecriture n'appartient pas au passé, car son sujet, le Peuple de Dieu inspiré par Dieu lui-même, est toujours le même, et la Parole est donc toujours vivante dans le sujet vivant. C'est pourquoi il est important de lire l'Ecriture Sainte et d'entendre l'Ecriture Sainte dans la Communion de l'Eglise, c'est-à-dire avec tous les grands témoins de cette Parole, en commençant par les premiers Pères jusqu'aux saints d'aujourd'hui, jusqu'au Magistère d'aujourd'hui.

C'est surtout une Parole qui devient vitale et vivante dans la Liturgie, je dirais donc que la Liturgie est le lieu privilégié où chacun de nous entre dans le « nous » des fils de Dieu, en conversation avec Dieu. Cela est important : le Notre Père commence par les paroles « Notre Père » ; ce n'est que si je suis inséré dans le « nous » de ce « Notre », que je peux trouver le Père ; ce n'est qu'à l'intérieur de ce « nous », qui est le sujet de la prière du « Notre Père », que nous entendons bien la Parole de Dieu. Cela me semble donc très important : la Liturgie est le lieu privilégié où la Parole est vivante, présente, et même où la Parole, le Logos, le Seigneur, parle avec nous et se remet entre nos mains ; si nous nous mettons à l'écoute du Seigneur dans cette grande communion de l'Eglise de tous les temps, nous le trouvons.

Peu à peu, il nous ouvre la porte. Je dirais donc qu'il s'agit du point sur lequel se concentrent tous les autres : nous sommes personnellement dirigés par le Seigneur sur notre chemin et, dans le même temps, nous vivons dans le grand « nous » de l'Eglise, où la Parole de Dieu est vivante.

D'autres points s'ajoutent ensuite, comme celui d'écouter ses amis, d'écouter les prêtres qui nous guident, d'écouter la voix vivante de l'Eglise d'aujourd'hui, en entendant ainsi également les voix des événements de notre époque et de la Création, qui deviennent déchiffrables dans ce contexte profond.

Pour résumer, je dirais donc que Dieu nous parle de nombreuses façons. Il est important, d'une part, d'être dans le « nous » de l'Eglise, dans le « nous » vécu dans la Liturgie. Il est important de personnaliser ce « nous » en nous-mêmes, il est important d'être attentifs aux autres voix du Seigneur, de nous laisser guider également par des personnes qui ont l'expérience de Dieu, si l’on peut dire, et qui nous aident sur ce chemin, afin que ce « nous » devienne mon « nous », et que je devienne quelqu'un qui appartient vraiment à ce « nous ». C'est ainsi que se développe le discernement et que se développe l'amitié personnelle avec Dieu, la capacité de percevoir, dans les mille voix d'aujourd'hui, la voix de Dieu, qui est toujours présente et qui nous parle toujours.



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